jeudi 28 mai 2020

La Fille dans la tour, Trilogie d'une nuit d'hiver T2

Un roman de Katherine Arden, publié chez Denoël dans la collection Lunes d'encre.

Ma chronique du premier tome est par-là.

Présentation de l'éditeur :
La cour du grand-prince, à Moscou, est gangrenée par les luttes de pouvoir. Pendant ce temps, dans les campagnes, d'invisibles bandits incendient les villages, tuent les paysans et kidnappent les fillettes. Le prince Dimitri Ivanovitch n'a donc d'autre choix que de partir à leur recherche s'il ne veut pas que son peuple finisse par se rebeller. En chemin, sa troupe croise un mystérieux jeune homme chevauchant un cheval digne d'un noble seigneur. Le seul à reconnaître le garçon est un prêtre, Sacha. Et il ne peut révéler ce qu'il sait : le cavalier n'est autre que sa plus jeune sœur, qu'il a quittée il y a des années alors qu'elle n'était encore qu'une fillette, Vassia.

Ne lis pas cette chronique si tu n'as pas lu le premier tome.

À la fin de L’Ours et le Rossignol, nous avions laissé une Vassilissa pleurant son père au milieu des cendres de son enfance. Dans ce tome, il est temps pour elle de s’émanciper. Bien que les épreuves l’aient mûrie, elle reste une jeune fille de la campagne, qui a grandi dans un milieu protégé. Même si elle a enduré le froid et la faim, entre autres épreuves, son père et ses frères veillaient sur elle et la simplicité de la vie dans son village ne l’a pas préparée au monde, encore moins aux intrigues de la cour. Malgré tout ce qu’elle a pu subir, elle est toujours naïve, pleine d’idéaux et d’illusions, nourrie par les contes de son enfance où les cœurs vaillants sont récompensés et où les filles ont le droit d’être davantage que des épouses serviles.
Vassia n’aspire qu’à parcourir le monde sur le dos de Soloveï. Elle rêve d’aventure, d’héroïsme et de magie. Malheureusement, Vassia est bien moins prête qu’elle ne l’imagine et elle a beaucoup à apprendre sur la cruauté des hommes. Elle va devoir grandir encore, et très vite, pour gagner cette liberté qui lui fait tant envie. Et pour être en sécurité sur les routes, quoi de mieux que se déguiser en garçon ? Cependant, il se pourrait que son subterfuge joue contre elle. Vassia va se trouver en présence de son frère Sacha, devenu moine, et du grand-prince de Moscou, Dimitri Ivanovitch. Précipitée au cœur d’un nid de serpents sans y avoir été préparée, elle va devoir être sur ses gardes car si son secret est éventé, elle risque gros.
Ce tome est celui de l’apprentissage, des faux-semblants et des trahisons. Vassia a un grand cœur et des aspirations tout aussi grandes, mais elle se comporte comme une enfant gâtée parfois et ses inconséquences sont douloureuses aussi bien pour elle et les siens, qui vont devoir en payer le prix, que pour le lecteur qui a envie de la secouer. Cependant, on doit lui reconnaître qu’elle apprend de ses erreurs, qu’elle les assume aussi bien que toutes les conséquences de ses choix.
J’avais apprécié le premier tome, surtout pour son ambiance de conte, pour ses Tchiorti et les petits rituels qui accompagnent leur existence, mais je l’avais trouvé un peu lent. Dans celui-ci, le rythme est beaucoup plus soutenu, à part peut-être dans la première partie. En tout cas, je l’ai lu très vite et avec grand plaisir tant j’étais prise dans l’histoire. Les ennemis qu’affronte Vassia sont cette fois beaucoup plus retors. J’ai retrouvé dans ce roman la magie et les références aux contes qui me plaisent tant, bien que le récit soit plus axé sur l’aventure et l’action. Les êtres surnaturels qu’on appelle Tchiorti, tous ces lutins domestiques et créatures des bois qui font toute la richesse du folklore russe, se font encore trop discrets à mon goût, mais leurs interventions dans ce volume sont toujours utiles et surtout significatives. À tout prendre, je préfère cela à un usage plus fréquent mais plus anodin de leur présence et de leurs pouvoirs.
Ce tome est la parfaite continuation du précédent et j’ai été heureuse de voir Vassia y retrouver son frère, mais aussi sa sœur aînée. Outre le fait d’apprendre ce qu’ils sont devenus, on peut voir comment leurs relations vont évoluer à l’âge adulte. On rencontre aussi les enfants d’Olga et surtout sa fille aînée, Macha, un personnage prometteur. Tous gagnent en profondeur dans ce récit.
Ce roman est à la fois très féminin et féministe. Le précédent l’était déjà, mais il nous montrait surtout le monde du point de vue de Vassia qui était tout de même relativement libre, même pour une fille de la campagne. Celui-ci parle d’émancipation, de ce qu’est la féminité — ou de ce qu’on voudrait qu’elle soit — et de la difficulté pour les femmes, nobles aussi bien que paysannes, de vivre dans cette Russie médiévale qui est si rude pour elles. Des femmes cloîtrées dans leur terem aux gamines de la campagne enlevées par des brigands, il ne fait pas bon être une fille à cette époque. À travers toutes ces figures féminines, Vassia ainsi que la jeune Katia, Olga et Macha, mais également Tamara, la grand-mère des filles, et son étrange destinée, on peut voir différentes facettes de la féminité et les choix qui les accompagnent.
J’ai été particulièrement ravie d’en apprendre davantage sur Tamara et sur l’héritage des filles, même s’il reste encore des mystères à mettre au jour. Ce fut vraiment une excellente lecture. 
Tout cela me donne très envie de lire la suite. Ça tombe bien, elle vient de sortir et c’est le dernier tome.

Défi Cortex, catégorie auteur d’Amérique du nord.

mardi 26 mai 2020

Et je danse aussi

Un roman d'Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat, publié en version poche chez Pocket et en audio chez Lizzie.


Présentation de la version audio :

Un mail comme une bouteille à la mer. D'ordinaire, l'écrivain Pierre-Marie Sotto ne répond jamais aux courriers d'admirateurs. Mais cette Adeline Parmelan n'est pas une "lectrice comme les autres". Quelque chose dans ses phrases, peut-être, et puis il y a cette épaisse et mystérieuse enveloppe qu'elle lui a fait parvenir - et qu'il n'ose pas ouvrir. Entre le prix Goncourt et la jeune inconnue, une correspondance s'établit qui en dévoile autant qu'elle maquille, de leurs deux solitudes, de leur secret commun...

Marcha Van Boven et Robert Guilmard incarnent avec délicatesse cette correspondance pas comme les autres.

Pierre-Marie a la soixantaine, c’est un écrivain connu, mais il traverse une mauvaise passe. Quand il reçoit une grande enveloppe de la part d’une certaine Adeline Parmelan, il est plutôt contrarié. Il lui écrit néanmoins à l’adresse mail indiquée au dos pour lui dire qu’il ne lira pas son manuscrit et se propose de le lui renvoyer. Adeline répond à son mail et parvient à l’intriguer assez pour que petit à petit une correspondance se noue entre eux. 
Raconté ainsi, cela ressemble à une bluette anodine et moderne, pourtant je gage que ce roman vous surprendra. Adeline et Pierre-Marie badinent, tournent autour du pot, deviennent amis… Mais quelque chose cloche, on le ressent de manière diffuse. Cherchent-ils simplement à se déguiser pour mieux se plaire ou cachent-ils quelque chose de plus grave ? Qu’espérait vraiment Adeline en expédiant cette enveloppe que Pierre-Marie n’a toujours pas ouverte ? Et lui, qui décortique la moindre de ses phrases, qui semble chercher quelque chose dans leurs échanges, perdrait-il un peu la boule ? Qui ment ? Si tant est que quelqu’un mente réellement dans cette histoire.
Je ne savais pas à quoi m’attendre quand j’ai décidé d’écouter ce roman épistolaire et j’ai été très agréablement surprise. J’ai adoré suivre les échanges de ces deux personnages, les regarder s’apprivoiser au fil des courriers et partager leurs secrets. Quel plaisir d’apprendre à les connaître, avec leurs petites lâchetés, leurs faux-semblants et leurs faiblesses ! La façon subtile et précautionneuse qu’ils ont de se dévoiler — ils prennent pour se raconter de nombreux détours, non par coquetterie mais par réelle nécessité  —  m’a beaucoup touchée. J’y ai vu de la pudeur, car tous deux ont des raisons de se méfier et de se protéger. Chacun a sa manière est abîmé et se pose un peu en marge de sa propre vie.
À les lire ainsi, on se sent un peu voyeur, ce qui prouve que le roman est réussi. Parfois, ce sentiment d’intrusion m’a mise mal à l’aise, pourtant j’ai continué d’écouter avec une certaine fascination.
Adeline et Pierre-Marie prétendent ne pas être les héros de leur propre histoire et c’est un peu vrai. Cela ne les rend que plus touchants. Ils sont les personnages oubliés dans le fond du récit, qui vont peut-être se rebeller et réclamer leur part de lumière.
Je me suis passionnée pour le mystère que recèle ce roman et ai enchaîné les chapitres avec avidité pour le voir enfin dénoué. Je me suis posé mille questions et ai élaboré plusieurs hypothèses. D’un bout à l’autre, cette histoire a su me garder en alerte, même quand je voyais des rebondissements venir.
La fin peut sembler un peu frustrante, mais elle est cohérente avec la forme du récit. Elle plaira ou non, je suppose. Pour moi elle est tout à fait satisfaisante. Néanmoins, les auteurs ont écrit une suite que je compte lire très bientôt tant ce roman m’a séduite.

vendredi 22 mai 2020

Ce que je peux te dire d'elles

Un roman d'Anne Icart, publié chez Pocket.

Présentation de l'éditeur :
Elles... C'est un clan décliné au féminin : mères, sœurs, filles, petites-filles. En trois générations, plus l'ombre d'un homme ; la vie en a voulu autrement. Dans ses cahiers noirs, Blanche rassemble ses souvenirs et cinquante ans défilent : le combat féministe, l'entreprise de haute couture familiale, les liens, les rires, les chagrins, les absents... Il est temps de tout dire. Peut-être parce que aujourd'hui un garçon est né... Celui de Violette, la fille de Blanche, qui a coupé les ponts.
Dérouler le fil des mots de leur histoire pourrait bien se conjuguer à présent avec " eux ".
Comme ce n’est précisé nulle part sur le livre, je crois bon de signaler que ce roman est le premier d’une série de trois. J’écris série et non trilogie car je ne sais pas si elle est terminée à ce jour. On pourrait se dire que le roman se suffit à lui-même, mais pour ma part je n’en suis pas convaincue.
Au cours d’un voyage en train, alors qu’elle va rejoindre sa fille qui vient d’accoucher, Blanche se remémore son histoire familiale, tout ce qui l’a forgée. Pour se raconter au lecteur mais surtout à Violette, avec qui elle entretient des relations très conflictuelles, elle exhume les souvenirs écrits dans des cahiers qu’elle destine à sa fille et qui, peut-être, justifieront ses choix.
Blanche nous conte sa mère et les cousines de celle-ci, presque des sœurs, toutes élevées par leur grand-mère pour diverses raisons. Elle évoque les plus dures épreuves, les cahots de l’existence et les destins embrassés parfois à contrecœur. On apprend à connaître cette famille martelée par les deuils dont les femmes qui semblent si proches, liées par les épreuves de la vie, sont au fond toutes un peu jalouses les unes des autres. Violette a vu sous le vernis, contrairement à Blanche qui, bien qu’elle dépeigne les défauts de « ses trois mères » semble encore idéaliser cette famille très dysfonctionnelle.
J’apprécie les histoires de famille en général, même si elles sont tissées de hauts et de bas. Celle-ci m’a donné l’impression que l’autrice s’écoutait parler sans jamais raconter quelque chose de significatif. On saupoudre des malheurs çà et là pour titiller la compassion du lecteur, mais j’ai eu beau m’apitoyer sur le sort de ces fillettes au début, je me suis vite lassée.
Il ne faut pas s’y tromper, elles ont beau se serrer les coudes, chacune tire les autres vers le bas pour les rendre dépendantes et ne pas se retrouver seule. Elles s’empêchent de d’avancer, de vivre et de guérir. C’est en tout cas comme cela que je l’ai compris, bien qu’on nous répète le contraire. Leur relation m’a semblé toxique et malsaine. Certes, leur bagage émotionnel l’explique peut-être, mais c’est très pesant et ça m’a empêchée de les apprécier.
Il y a Angèle, la bipolaire, que malgré ses manquements sa fille idolâtre (ce qui devient pénible tant c’est redondant), et que personne ne pousse à se soigner. Puis Justine, la féministe carriériste, qui est un cliché sur pattes, mais malgré tout ma préférée, même si elle peut se montrer très insensible envers sa petite sœur. Enfin il y a Babé, la douce, la peureuse, la lâche aussi car elle préfère une demi-vie sécurisante plutôt que de tenter sa chance. Toutes sont égoïstes à leur manière, elles passent leurs frustrations les unes sur les autres sans même s’en apercevoir et c’est dans ce nid, entre amour et rejet, qu’a grandi Blanche.
Cette dernière passe le trajet à se regarder le nombril, à nous dire qu’elle a hérité une facette de sa personnalité de l’une ou de l’autre, à utiliser leurs expériences personnelles pour justifier ses propres choix alors que tout ce que souhaite sa fille c’est connaître l’identité de son père. Ce verbiage au narcissisme exacerbé m’a exaspérée.
Je n’ai pas réussi à m’attacher à cette famille qu’on nous vend comme haute en couleur et hors norme. Leurs petites mesquineries, leur façon de toujours se frapper là où cela fait le plus mal, l’air de rien, leur égoïsme que l’affection n’adoucit pas…
C’est long, pathétique et déprimant. J’ai lu ce livre en une après-midi parce que je savais que si je le refermais, je ne le reprendrai jamais. Il va de soi que je ne lirai pas la suite.

mercredi 20 mai 2020

La Quiche fatale, Agatha Raisin T1

Un roman de M.C. Beaton, publié chez Albin Michel.


En ce moment, j’ai besoin de lectures légères. Alors je me suis souvenu d’Agatha Raisin, une série de cozy mysteries que m’a conseillée une amie il y a longtemps. Le moins qu’on puisse dire c’est que, sans être exceptionnel, ce premier tome se lit très vite. En deux jours, il était plié et j’ai passé un bon moment avec Agatha.
Cette dernière était directrice d’une agence publicitaire londonienne et a toute sa vie tendu vers un seul but : s’offrir un cottage dans les costwolds et mener une existence tranquille dans l’un de ces pittoresques petits villages de carte postale. Cependant, une fois son objectif atteint, cela se révèle bien moins satisfaisant qu’elle l’imaginait. Agatha peine à faire son trou dans ce village où tout le monde se connaît et où les gens venus d’ailleurs sont toujours des étrangers au bout de vingt ans. Pire, elle qui était une femme d’affaires tenace et efficace commence à s’ennuyer. Alors, pour tenter de faire réagir les gens à sa présence, elle décide de participer à un concours de cuisine pour lequel elle triche sans vergogne… C’est là que tout tourne mal, puisque le juge meurt empoisonné à cause de sa quiche. Pas sûr que ce genre de publicité soit celui qu’elle espérait...
Au début du roman, Agatha est une sorte de Tatie Danielle, assez revêche et antipathique. Elle a une manière bien à elle de chercher sa place, mais j’ai aimé sa détermination. Ce n’est pas du tout le genre de femme qui se laisse faire et elle ne fait pas non plus dans la séduction. Son côté « peau de vache l’air de rien » est vraiment très british et elle m’a beaucoup rappelé la mère d’une amie (qui, je l’espère, ne lira pas cette chronique). Cela fait d’elle un personnage principal atypique. Elle n’est pas faite pour vous charmer. Elle y arrive néanmoins.
L’enquête qu’elle mène, avec l’aide occasionnelle de son ancien assistant, est sans prétention, mais bien construite. On se laisse aller à se demander qui est l’assassin et comment il s’y est pris. On recueille les indices avec Agatha. On apprend à connaître les gens du coin, tous plus singuliers les uns que les autres.
Au-delà du prénom de l’héroïne, les personnages aussi, entre les colonels à la retraite, les vieilles dames qui se tirent dans les pattes et le voisinage médisant, tout est fait pour nous rappeler les enquêtes de Miss Marple. Mais cela m’a également fait penser à deux séries populaires, les enquêtes de l’inspecteur Barnaby pour les petits villages de la campagne anglaise et leur lot de mesquineries entre voisins, ainsi qu’Arabesque pour son enquêtrice qui met son nez partout. Bon, Agatha est loin d’être aussi sympathique que Jessica Fletcher, mais elle est étrangement attachante et se bonifie à mesure qu’elle trouve sa place dans son nouvel environnement.
Les personnages secondaires, aussi amusants soient-ils, sont quand même caricaturaux. Toutefois, ils donnent corps à l’ensemble avec un petit côté théâtral qui n’est pas déplaisant. Ils offrent un avant-goût du ton que la série va prendre.
Ce fut une lecture agréable, distrayante et sans prétention, amusante même parfois, assez pour que j’envisage de lire la suite.

lundi 18 mai 2020

Désaccordée

Un roman de Joanne Richoux, publié chez Gulf Stream éditeur.

Présentation de l'éditeur :
Violette, 17 ans, part en virée avec Maëva, Lucas et Alexis. Direction le château d'eau désaffecté de Saint-Crépin-l’Hermite, un endroit à la sinistre réputation. Quelques heures plus tard, elle ouvre les yeux. Elle est couchée face contre terre, au milieu d’une forêt sauvage. Ceux qu'elle rencontre portent des noms bizarres : Dièse, Trille, Sonate...
Telle Alice tombée de l’autre côté du miroir, la jeune fille aurait-elle atterri dans un univers à part ? Pourquoi tout le monde la confond avec une certaine Princesse Croche, disparue trois ans plus tôt ? Et qui est Arpège, ce garçon casse-cœur qui la dévisage ? Violette le sent, l’envers de ce décor féerique, c’est un danger de mort.
Mais comment retrouver le chemin de la maison ?

Violette a dix-sept ans, elle vit dans un petit village et elle a les problèmes de son âge : une meilleure amie qui est la reine des pestes, un crush pour un gars qui n’est pas aussi sympa qu’elle le croit et des adultes qui la saoulent. Rien de bien méchant. Sauf que son frère a disparu quand elle avait sept ans et que c’est une vieille blessure qui n’a jamais guéri. Alors, après une horrible soirée, elle se cache dans sa chambre. C’est là que les choses vont vraiment mal tourner pour Violette.
Désaccordée est une sorte de conte initiatique au décor fantasque et coloré. Projetée dans un autre monde, Violette doit tout faire pour rentrer chez elle et ce faisant elle va en apprendre davantage sur elle-même, sur sa famille, mais aussi sur le monde des Muses et sa magie.
Le point fort du roman est indubitablement ce monde baroque que l’autrice a beaucoup travaillé. Malheureusement, ce décor fastueux que j’ai adoré parcourir a tendance à écraser un peu le reste. À côté, l’intrigue semble bien creuse. Les amours de Violette passent avant la guerre entre les trois ordres de muses, avant sa quête pour rentrer chez elle et les secrets de sa famille… Tout cela est relégué dans le décor et à peine effleuré au passage. Il y avait pourtant matière, surtout en ce qui concerne les différents ordres et j’aurais vraiment voulu en savoir davantage. Les personnages eux-mêmes sont très peu développés. Les sentiments de Violette, en revanche, sont déclamés jusqu’à la nausée. Le ton affecté de la narration, entre lyrisme qui tombe souvent à plat et phrases lapidaires, n’arrange rien et donne une impression persistante de superficialité.
C’est bien dommage car il y a de l’imagination, de l’originalité et du talent dans la façon dont ce monde a été créé. Le roman aurait gagné à proposer un récit plus construit et surtout plus profond. Il me fait penser à un joli colifichet qui brille beaucoup de loin mais qui se révèle en toc dès qu’on le regarde d’un peu plus près.

vendredi 15 mai 2020

La vie a plus d'imagination que nous

Un roman de Clarisse Sabard, publié aux éditions Charleston.
La version audio est une exclusivité Audible.


Présentation de l'éditeur :
Après sa récente rupture avec Clément, Léna redoutait une fois encore les vacances de Noël dans sa famille quelque peu agitée. Mais elle n'imaginait pas avoir affaire à un nouveau cataclysme. Cette fois, c'est son père qui fait des siennes ! Une semaine avant Noël, la voilà forcée de venir le chercher à l'hôpital, car il a été ramassé ivre mort devant la grille du cimetière de Vallenot... Qu'est-ce qui lui a pris ? Et pourquoi a-t-il rompu avec sa dernière conquête ? Comme si cela ne suffisait pas, sa mère a décidé de la recaser avec Clément, Mamie Jacotte l'a inscrite en secret sur un site de rencontres et son oncle Xavier a invité un SDF pour les fêtes... Cette année encore, les vacances ne s'annoncent pas de tout repos ! Heureusement qu'il y aura la neige, le chocolat chaud, le marché de Noël et les traditionnelles décorations au programme !
En ce moment, j’ai besoin d’ambiances chaleureuses, de personnages attachants et de lectures sans prise de tête. Si en plus cela me rappelle l’hiver (l’été qui arrive me déprime. Oui, il y a des gens comme ça…) c’est parfait. Ainsi, puisque j’ai beaucoup aimé le premier tome, La vie a plus d’imagination que nous m’a semblé être une valeur sûre.
J’ai retrouvé avec grand plaisir Léna ainsi que les autres membres de la famille Pichon, pour qui Noël n’est décidément pas une période de tout repos.
Cette année, Léna a de nouveau le blues face à ses amours qui partent à la dérive. Mais elle n’a pas vraiment le temps de s’apitoyer sur son sort entre son père qui a reçu un choc psychologique violent dont il refuse de parler, la demi-sœur de sa grand-mère qui a décidé de s’inviter pour les fêtes avec sa petite fille et les rumeurs qui circulent au village, elle va avoir de quoi faire. Comme dans le précédent volume, les histoires de famille se mêlent aux situations cocasses de la vie quotidienne, avec un soupçon de mystère et un brin de romance. Ce mélange des genres forme un ensemble étrangement cohérent et l’on prend plaisir à découvrir un peu plus l’histoire de cette famille. Même si les personnages sont un peu caricaturaux parfois, je les aime bien. J’ai néanmoins mis un certains temps à apprécier les nouveaux venus et ne me suis pas spécialement passionnée pour les secrets de famille qu’ils se sont employés à déterrer.
Il faut dire que les rebondissements sont très prévisibles, plus encore que dans le premier tome, et Léna, qui n’a pas la comprenette rapide, n’aide pas à les faire mieux passer. Cependant, le tout fonctionne bien car on ne s’ennuie pas. En outre, l’autrice n’en fait pas non plus des caisses avec toutes ces révélations et on lui en sait gré. C’est du divertissement, pas un roman de mœurs.
Comme pour le premier tome, j’ai opté pour la version audio. De prime abord, j’ai été un brin désappointée que ce roman soit narré par une nouvelle lectrice, j’aimais bien la première. Toutefois, Flora Brunier est une bonne lectrice et j’ai beaucoup apprécié de l’écouter. C’est tout à fait le style de roman qui passe très bien en audio, sans doute même davantage qu’à l’écrit.
Peu ou prou, ce roman m’a offert ce que j’en espérais, même si j’ai préféré son prédécesseur, et j’ai passé un agréable moment à l’écouter. Si Clarisse Sabard lui offre une suite, je la lirai ou l’écouterai volontiers.

mercredi 13 mai 2020

Le Cycle d'Oz t1

Deux romans de fantasy jeunesse, écrits par Lyman Franck Baum et publiés aux éditions Le Cherche Midi.

Qui ne connaît pas Le Magicien d’Oz ? Même sans avoir lu le roman original, on a forcément vu une adaptation, lu une version abrégée ou l’une des nombreuses histoires qu’il a inspirées. Ce récit est entré dans notre imaginaire commun depuis longtemps, même s’il est évidemment plus populaire dans son pays d’origine. Ce que nous savons moins en revanche, nous francophones, c’est qu’il est le premier tome d’une série de quatorze livres (si on ne compte que ceux écrits par Lyman Frank Baum lui-même).
Il y a quelques années, les éditions Le Cherche Midi ont commencé à publier cette série, dont la plupart des titres étaient inédits en français, à raison de deux tomes par volume. Seuls trois de ces volumes sur les six prévus sont parus à ce jour mais les histoires peuvent se lire indépendamment.
Le premier volume contient donc une nouvelle traduction du Magicien d’Oz et une suite Le Mystérieux Pays d’Oz dont Dorothy est absente. Il est illustré en noir et blanc par Stéphane Levallois. Il existe aussi en audiolivre.

Le Magicien d’Oz
Je ne pense pas avoir besoin de présenter cette histoire ni ses personnages.
Ce que j’aime dans ce roman est qu’il prend à contre-pied beaucoup de poncifs des contes. Il montre aux enfants que l’on a en soi des ressources insoupçonnées, mais que l’on a parfois besoin d’une aide extérieure pour en prendre conscience. Au pays d’Oz, la métaphore soutient la logique, le raisonnement ne doit pas aller sans l’allégorie et le rêve. Le symbolisme compte autant que le vécu et il nourrit l’expérience. S’il est important de ne pas s’en laisser conter et de ne pas croire aux illusions du magicien, on grandit tous à notre propre manière et on a besoin de rites de passages autant que des encouragements d’autrui pour prendre enfin confiance en nous.
C’est une histoire sympathique dont la réputation n’est plus à faire.

Le Merveilleux Pays d’Oz
Si l’on retrouve dans ce récit des personnages connus tels que l’épouvantail ou le bûcheron, le héros en est un petit garçon du nom de Tip. Élevé par une vieille sorcière acariâtre qui le traite comme un domestique, l’espiègle gamin veut lui faire une blague. Il fabrique un bonhomme à tête de citrouille qu’il poste sur son chemin pour l’effrayer quand elle rentrera, mais sa farce n’a pas du tout l’effet escompté. La vieille femme ne se laisse pas abuser et, venant d’acquérir une poudre magique auprès d’un sorcier de la région qu’elle a envie d’essayer, elle donne vie au bonhomme ! Après quoi elle est bien décidée à punir Tip de ce mauvais tour et il n’a d’autre choix que de fuir en volant la poudre magique et en emmenant Jack Pumpkinhead avec lui pour le soustraire à la vindicte de la sorcière.
Les aventures, ou plutôt mésaventures, du jeune garçon sont toutes plus abracadabrantes les unes que les autres et il est amusant de le suivre à travers tout le pays à mesure que se joignent à lui des personnages tous plus étonnants les uns que les autres. La force de ce récit est toujours ce merveilleux un peu absurde et l’humour grinçant dont l’auteur ne se privait pas de nous abreuver.
On pourra juger ce roman un peu sexiste. En effet, une armée de filles s’est mis en tête de conquérir la cité d’émeraude et, bien que victorieuses, ces demoiselles sont largement moquées pour leurs motivations vaines (elles veulent des bijoux et de nouvelles robes), leurs peurs absurdes et leur manque de jugeote, sans parler de leurs armes qui sont des aiguilles à tricoter… Toutefois, il ne faut pas se leurrer, derrière l’ambiance bon enfant de ces romans, l’auteur se moque de tout le monde. L’aveuglement des uns, l’orgueil bouffi des autres et même les hommes qui sont épuisés quand ils doivent faire le travail des femmes, tous en prennent pour leur grade. La grande majorité des personnages de ces histoires ne sont pas bien finauds et ils sont très loin de la perfection que l’on confère d’ordinaire aux personnages que l’on trouve dans les récits pour enfants. Cela est pour le moins rafraîchissant.
Il y a de nombreux niveaux de lecture dans ces récits et si leur aspect fantasque plaira aux enfants, les adultes pourront y lire une critique acerbe de la société dans plusieurs domaines.

Ces romans ne sont pas devenus des classiques par hasard et gagnent à être découverts. Ils font en outre de bonnes histoires du soir étant composés de tableaux qui forment de petits récits dans le récit principal.
Je les avais déjà lus, mais j’ai opté cette fois pour la version audio. Je n’ai pas aimé la performance du lecteur qui met beaucoup d’emphase dans son interprétation, cependant c’est une bonne alternative pour faire découvrir ces romans à des enfants qui seraient trop jeunes pour lire seuls un ouvrage aussi dense.