mercredi 5 août 2020

Vacances !

Vous l’avez peut-être remarqué, après une période d’activité plutôt intense le blog s’est mis à tourner au ralenti. J’ai besoin de vacances. Je recommencerai à poster début septembre.

En attendant, je me suis fait une liste de lectures pour les prochaines semaines :

- Orageuse de Joanne Richoux
- La Louve de Brocéliande, l’intégrale, de Lia Vilorë
- L’espace d’un an de Becky Chambers (depuis le temps que je veux le lire...)
- Au-delà des lumières, Ana l’étoilée T4 d’Ophélie Bruneau (lui aussi attend depuis longtemps, je crois que j’ai du mal à accepter que ce soit le dernier tome)
- Gris présage, Meg Corbyn T3 d’Anne Bishop
- A Cast-Off Coven, Witchcraft Mysteries T2 de Juliet Blackwell
- La Fileuse d’argent de Naomi Novik
- The Vampire Knitting Club de Nancy Warren
- Remède de cheval, Agatha Raisin T2 de M.C. Beaton
- L’hiver de la sorcière, Trilogie d’une nuit d’hiver T3 de Katherine Arden 
- Anthologie Art et Fantastique
- J’ai plein de tomes du manga Flying Witch de Chihiro Ishizuka qui m’attendent ?
- Et je vais peut-être me remettre au crochet avec le livre Easy Crochet de Laure Choppin Arbogast.

Il est peu probable que je parvienne à lire tout cela, mais au moins j’ai du choix.
Bon mois d’août à vous et profitez bien de vos vacances si vous avez la chance d’en avoir.
À très bientôt !

by Golden Cosmos

mardi 4 août 2020

Veggie

Un livre de cuisine de Clea aux éditions La Plage.

Présentation de l'éditeur :
Les raisons de réduire ou supprimer les produits d’origine animale de notre alimentation ne manquent pas : c’est bon pour la santé, pour le portefeuille, pour l’environnement… et pour les papilles ! Clea, la célèbre blogueuse, auteur de nombreux livres de cuisine bio, nous guide dans l’élaboration de repas sans viande ni poisson. Vous découvrirez que cuisiner végétarien, c’est s’ouvrir à un monde d’ingrédients qu’on ne soupçonnait pas forcément jusque-là. Grâce aux conseils nutritionnels du docteur Bernard-Pellet, vous apprendrez aussi à les associer dans des menus complets et équilibrés. Clea nous transmet de réels savoir-faire : 
- Composer des assiettes complètes, des plats uniques rapides pour toutes les occasions (du pique-nique au réveillon) et tous les publics, depuis les copines au régime jusqu’aux ados affamés. Des plats mythiques de la cuisine végétarienne, comme le tofu laqué au beurre de cacahuète, sont présentés pas à pas en photos.
- Faire aimer les légumes aux enfants ! Essayez la betterave sublimée dans des brioches roses, les coquillettes en gratin à la ratatouille et au sésame…
Recevoir différemment, autour d’une raclette végétarienne, de veggie burgers ou d’un wok comme à Bali…
- Finir en beauté avec des desserts gourmands et équilibrés : mousse au chocolat végétale, pudding de tapioca à l’abricot et au lait d’amande…

À qui est destiné ce livre ?
À tout le monde. Aux végétariens néophytes ainsi qu’à ceux qui le sont depuis toujours. À ceux qui veulent réduire la viande et le poisson ou juste ajouter plus de légumes dans leur alimentation. À ceux qui veulent découvrir de nouvelles recettes ou des ingrédients qu’ils ne connaissent pas ou peu. À ceux qui débutent en cuisine mais veulent apprendre sans qu’on leur tienne la main tout le temps. À ceux qui veulent de l’équilibre et de la gourmandise.

Format, mise en page et organisation
Veggie est un très gros livre, lourd et de grande taille. C’est peu pratique pour un livre de cuisine que l’on voudrait maniable et facile à caler sur le plan de travail. Toutefois cela donne un bel ouvrage très fourni, agrémenté de quelques photos engageantes. Toutes les recettes ne sont pas illustrées mais ce serait impossible tant il y en a. On en trouve parfois trois ou quatre par page, voire plus quand elles s’articulent sur le même principe.
Les chapitres sont construits autour de thèmes distincts, comme préparer des brunchs ou cuisiner pour des occasions spéciales, cependant vous pouvez toujours vous repérer grâce aux index. Ils sont au nombre de deux. L’un liste les recettes par ordre alphabétique, l’autre, plus pratique à mon goût, vous guide par ingrédient. S’il est peu commode par sa taille, cet ouvrage a néanmoins une bonne lisibilité. Il est facile de s’y retrouver qu’on cherche quelque chose de spécifique ou juste l’inspiration pour préparer le souper avec ce que l’on a sous la main sans se prendre la tête.

Des informations pratiques
Veggie comporte un chapitre d’introduction au végétarisme, mais aussi à la cuisine en général, très conséquent et rempli de toutes sortes d’informations essentielles.
Vous y trouverez bien entendu une explication du végétarisme, du végétalisme et des régimes connexes. On y évoque également la nécessité de faire des choix éthiques, loin des effets de mode et des produits aux origines douteuses. On nous expose les nombreuses raisons environnementales et sanitaires de réduire les produits animaux dans notre alimentation. En revanche on parle assez peu du bien-être animal et des souffrances engendrées par l’élevage intensif, mais partons du principe que cela n’échappe pas au lecteur.
Nous ne voyons pas tous le végétarisme — ni le végétalisme — de la même manière, toutefois il est important de savoir où se situer, ce que l’on est prêt à cautionner ou non et comment on veut vivre. Ce livre résume bien les choses, surtout pour ceux qui ne sont pas familiers des termes et des enjeux qu’ils couvrent. Il ne s’agit pas de juger qui que ce soit ou de donner des leçons, mais de permettre aux néophytes de se situer plus aisément et d’aider ceux qui sont en phase de transition. Clea est contre les clivages et elle a bien raison.
Sont mentionnés de manière succincte mais claire de nombreuses notions comme la slow food,, les circuits courts, l’agriculture biologique… Cependant se trouvent aussi à côté de cela des informations plus pratiques pour vous aider à gérer le végétarisme au quotidien comme par exemple des notions de diététique pour bien équilibrer ses menus. Cela permet en outre d’évacuer de fausses idées très répandues sur le végétarisme (non vous ne risquez pas la carence en protéines) et de se concentrer sur des aspects moins connus mais importants à prendre en compte quand on choisit ce type d’alimentation de manière exclusive.
Vous y découvrirez les ingrédients qui font la base de l’alimentation végétarienne, ceux que vous devriez associer ou avoir toujours dans vos placards. Vous apprendrez à vous organiser pour le stockage et les courses, pour créer des menus inventifs aussi équilibrés que gourmands et variés.
Vous trouverez des informations sur le matériel de base ainsi que deux tableaux, un pour les légumes et un autre pour les fruits, qui permettent d’identifier en un coup d’œil leur saison de disponibilité.
Ce ne sont que des conseils sommaires, néanmoins Ils permettent de mieux appréhender nos propres choix et de repartir sur des bases en adéquation avec ces derniers.

Les recettes

Végétariennes ou végétaliennes ?
Le sous-titre du livre annonce la couleur : les recettes sont végétariennes, c’est-à-dire qu’elle contiennent parfois de l’œuf ou des produits laitiers, rarement du miel. Si pour quelque raison que ce soit, allergie, goût ou conviction, vous ne consommez pas l’un de ces produits, sachez que vous aurez cependant du choix. Certaines recettes sont adaptables, d’autres strictement végétaliennes d’origine. Beaucoup sont faites avec des boissons ou crèmes végétales plutôt que des produits laitiers.

Ce livre contient beaucoup de recettes très variées et il y en a pour tous les niveaux quoique la plupart soient simples à réaliser. Elles s’articulent autour de thèmes plus ou moins précis : petit-déjeuner, réception, plats uniques, en-cas, etc. Elles font la part belle aux légumineuses et aux légumes, ce qui est une bonne chose.
Certaines recettes sont assez connues et simples, très accessibles pour les personnes qui n’ont jamais cuisiné, comme par exemple la courge spaghetti en sauce tomate. Cependant, même si vous cuisinez végétarien depuis assez longtemps, comme c’est mon cas, vous pourrez faire des découvertes et enrichir votre répertoire.
Il y a vraiment beaucoup de choix : des pains, des boissons (beaucoup de smoothies), des brioches, des salades, des tartes, des poêlées, des tartinades, des soupes, des sauces, des coulis, mais aussi des plats plus complets et raffinés. Même s’il y a des classiques, les associations sont souvent originales.
Beaucoup de recettes sont sucrées-salées. C’est intéressant d’un point de vue nutritionnel, mais je ne supporte que très modérément ce genre de mélange alors je pense nécessaire de le mentionner pour les gens comme moi.
J’ai une préférence pour le chapitre des plats uniques dont les recettes sont celles qui m’ont donné le plus envie et qui ont l’avantage d’être assez pratiques au quotidien.
L’ouvrage se termine sur le chapitre des desserts. Certains sont végétaliens. Ils sont globalement assez faciles à réaliser, ce qui convient à l’usage quotidien plus qu’aux jours de fête et ils ne m’ont pas intéressée plus que ça. J’ai toutefois conscience d’être un public difficile sur le sujet. La plupart des gens y trouveront néanmoins de quoi agrémenter leurs menus sans se prendre la tête et c’est ce qui compte.

En conclusion
Veggie tient ses promesses, c’est est un livre qui regorge d’idées et de bonnes recettes pour qui veut apporter de la variété à son alimentation.

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samedi 25 juillet 2020

Peau d'homme

Une BD d'Hubert et Zanzim, publiée chez Glénat.


Renaissance italienne, Bianca a tout pour être heureuse selon ses amies. Mais qu’est-ce que cela signifie pour l’époque ? Elle s’apprête à épouser Giovanni, le fils d’un riche marchand et ses parents tireront avantage de cette union. Les femmes ne sont ni plus ni moins que des marchandises et si Bianca peut s’estimer heureuse, c’est parce qu’elle va épouser le fils, qui est un peu plus vieux qu’elle, et non le père de celui-ci.
Élevée dans un cocon, Bianca est naïve mais pas stupide et elle a des idées qui désespèrent sa mère, comme de vouloir connaître son fiancé avant le mariage. Que ferait-elle de cette possibilité dans un monde où de toute façon les femmes n’ont pas le choix ? Elle le saura par l’entremise de sa marraine qui lui révèle un secret de famille bien gardé par des générations de femmes : elles possèdent une peau d’homme et en la revêtant, elle pourra se faire passer pour tel sans que nul ne soupçonne sa vraie nature.
À cette époque (même si cette BD n’a pas vocation à être pertinente d’un point de vue historique), les hommes et les femmes vivent dans des mondes diamétralement opposés et Bianca va découvrir une liberté enivrante ainsi que les joies de la sexualité dans la peau de Lorenzo, mais aussi qu’on ne force pas les sentiments...
Ce récit est celui d‘une émancipation, de la découverte de soi, du désir et des contraintes de genres imposées par la société, de l’épanouissement, en ce qui concerne la sexualité mais aussi la vie en général, malgré les barrières et les préjugés. C’est un conte qui parle d’amour sous diverses formes et du courage d’être soi malgré la pression sociale.
J’ai beaucoup aimé le personnage de Bianca, sa lutte contre l’hypocrisie, son envie de vivre sa vie comme elle l’entend et sa ténacité. Elle grandit beaucoup au cours de cette histoire, en acceptant sa nature, mais aussi celle des autres.
Derrière sa couverture en relief aux nervures bleu métallisé qui attire le regard, Peau d’homme est une très belle BD, pour les thèmes qu’elle évoque et son appel à la tolérance, mais aussi en tant qu’objet artistique. Les planches sont superbes et chatoyantes. J’ai particulièrement aimé les pleines pages avec leur foisonnement de détails qu’il s’agisse des débuts de chapitres enluminés ou des scènes évolutives. Cela rend le dessin très vivant. Je ne peux que vous conseiller cette lecture.

mercredi 22 juillet 2020

La Mer sans Étoiles

Un roman de Erin Morgenstern, publié chez Sonatine.

Présentation de l'éditeur :
" Aucune histoire ne s'achève jamais vraiment tant qu'elle continue à être racontée. "
Dans la bibliothèque de son université, Zachary Ezra Rawlins trouve un livre mystérieux, sans titre ni auteur. Découvrant avec stupéfaction qu'une scène de son enfance y est décrite, il décide d'en savoir davantage. C'est le début d'une quête qui le mènera à un étrange labyrinthe souterrain, sur les rives de la mer sans Étoiles. Un monde merveilleux fait de tunnels tortueux, de cités perdues et d'histoires à préserver, quel qu'en soit le prix...

Zachary a toujours aimé la lecture et depuis quelques temps il ne vit plus que dans les livres, le temps de guérir, car la vie s’est révélée décevante. Il est étudiant et il adore ce qu’il fait. Il a une seule amie proche et sa vie sociale avoisine le néant. Pour autant, c’est quelqu’un d’équilibré et de sympathique. Il ne cherche pas vraiment à s’enfermer. On se reconnaît facilement en lui. Il ne s’attend à rien de particulier, mais un jour il trouve le livre...
Un jeune homme tout ce qu’il y a de plus banal tombe sur un livre mystérieux dans une bibliothèque. Il le lit, il l’aime, il découvre un peu de son histoire à l’intérieur. Quel grand lecteur, a fortiori de fantasy ou de fantastique, peut rester insensible à cette simple accroche ? On a envie d’en savoir davantage et ce roman est tellement plus que cela.
La Mer sans Étoiles est de ces romans étranges qui, l’air de rien, vous capturent. On y pénètre comme en un labyrinthe composé d’histoires entrelacées, avec espoir, candeur ou circonspection, pour se rendre compte après quelques chapitres qu’on s’y est volontairement égaré et qu’on ne demande pas mieux que de s’y égarer davantage.
La narration éclatée peut surprendre et former une barrière dans les premiers chapitres. Des récits disparates foisonnent de toutes parts. Certains sont de brèves étoiles filantes et d’autres semblent voués à devenir des fils conducteurs. Pour moi qui me délecte de ce type de construction, c’est jubilatoire, mais je peux comprendre que ça ne convienne pas à tout le monde. Il faut être dans le bon état d’esprit pour plonger dans ce roman exigeant, accepter de lui donner toute son attention, toute sa patience, je dirais même qu’il faut faire acte de foi en le lisant. Il ne peut vous rendre que ce que vous lui donnerez. J’aime ces romans qui prennent autant qu’ils offrent, qui s’impriment à jamais dans la cartographie de votre imaginaire et hantent vos rêves. J’ai su presque immédiatement qu’il serait de ceux-là et que je pourrais le lire des centaines de fois sans m’en lasser.
La Mer sans Étoiles est un tissage complexe d’histoires qui ne semblent pas forcément liées de prime abord. On oscille sans cesse entre un onirisme flou et une réalité qui glisse inexorablement vers l’étrange. Vous lirez entre ces pages des extraits de journaux, des contes, des bribes de vie çà et là, en marge de ce qui semble être l’arc principal. Toutefois, ne vous y trompez pas, tout est lié, le moindre détail compte. Parfois vous remarquerez l’un de ces détails du coin de l’œil et vous serez fier de vous, parfois il s’envolera sans que vous le captiez et son importance vous sautera aux yeux bien plus tard, vous désarçonnant peut-être.
Toutes ces histoires enchâssées les unes dans les autres vous rappelleront peut-être des matriochkas, mais elles forment aussi ensemble les pièces d’un tangram, arrangées de maintes et maintes façons. Toujours semblables pour un résultat toujours différent. Au début, il me semblait qu’elles constituaient une spirale qui n’avait pour but que de m’attirer au centre et il y a aussi un peu de ça. Erin Morgenstern vous leurre dans une galerie de miroirs entre de nombreux reflets déformés. Elle vous donne l’impression de participer à l’histoire. C’est un merveilleux roman, écrit avec une virtuosité sans pareille.
Qui ne rêverait pas de se perdre dans cet univers à la consistance des songes ? Qui ne voudrait pas passer des portes peintes pour parcourir la mer sans étoiles et respirer l’air hanté auprès de ces personnages aussi singuliers qu’attachants ? J’ai suivi leurs aventures avec passion, fait des recoupements, posé des hypothèses et j’ai aimé ce livre comme cela m’est rarement arrivé dans ma longue vie de lectrice.
Dans cette ambiance feutrée, qui peut se révéler aussi intrigante et exaltante que dérangeante, je me suis sentie chez moi, un chez moi que je ne savais pas avoir. Une part de ce roman restera à jamais avec moi.
Zachary parle de moments signifiants, des moments qui vont tout changer dans la vie de quelqu’un, même si un œil extérieur peut parfois les juger anodins. La Mer sans Étoiles est un roman signifiant. J’ai eu la chance, dans ma vie de grande lectrice, de trouver quelques-uns de ces livres magiques qui vous accompagnent et continuent de vous nourrir tout le reste de votre existence. Les histoires de Erin Morgenstern ont résonné dans mon imaginaire et éveillé de nombreux échos. Une chose est sûre : je veux encore parcourir la mer sans étoiles et respirer l’air hanté.
Magnifiquement écrit, d’une élégance rare et d’un symbolisme riche, ce roman a été conçu pour les grands lecteurs et les rêveurs, les amateurs de jeux de pistes et les téméraires qui ne craignent pas de se perdre. C’est une petite merveille.

Défi Cortex catégorie Lieux souterrains ou sous-marins

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lundi 20 juillet 2020

Les Fiancés de l'hiver, La Passe-Miroir T1

Un roman de Christelle Dabos, publié chez Gallimard jeunesse.

Présentation de l'éditeur :
Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l'Arche d'Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d'un complot mortel.

Imaginez un monde éclaté, constitué d’arches rescapées d’une catastrophe appelée la Déchirure dont on sait peu de choses. Ces arches sont des sortes d’îles volant en orbite autour d’un noyau. Elles sont placées sous la protection tutélaire d’un Esprit de famille qui transmet à sa descendance des pouvoirs particuliers à chacune. 
Ophélie a grandi sur Anima où les gens peuvent donner vie aux objets, les réparer par magie ou encore lire le vécu de leurs propriétaires successifs par simple contact. Ce dernier pouvoir est rare et c’est celui que possède Ophélie. Elle est experte en la matière et peut remonter très loin dans l’histoire de l’objet, ce qui en fait la candidate idéale pour tenir le musée d’Anima. D’ailleurs Ophélie n’aspire à rien d’autre et est un peu la risée de la famille. Cependant, ses refus catégoriques d’épouser l’un ou l’autre de ses lointains cousins vont l’éloigner davantage de ses aspirations qu’elle ne l’aurait cru.
Au départ, la vie d’Ophélie a éveillé mon intérêt. Cette femme discrète et intelligente, avec sa voix de souris et son écharpe de compagnie, m’était sympathique. J’ai aimé sa discussion avec son grand-oncle bourru, puis découvrir son environnement en la suivant. Même si le reste de la famille, comme autant de petits clichés sur pattes, est bien vite apparu dans le décor, j’étais toute prête à me laisser bercer par cette histoire.
Et puis je me suis embourbée dans l’ennui… La famille casse-pieds, passe encore. Le fiancé désagréable, passe encore. Le voyage en dirigeable allez, on y va ! Mais non, ça ne démarre jamais vraiment. L’arrivée au Pôle s’est révélée très décevante. Pas tant parce que l’accueil que l’on réserve à Ophélie est aussi glacial que le climat, mais parce qu’il ne se passe quasiment rien pendant une très longue partie du roman. C’est là tout ce que je lui reproche : beaucoup d’attente pas spécialement utile au bon fonctionnement de l’intrigue, peu de compensation, que ce soit en action ou en révélations. Ophélie a beau courir partout, elle ne glane que des miettes d’information. Le reste du temps elle joue les Cendrillon et c’est bon, j’ai déjà lu ce conte.
On m’a dit beaucoup de bien de cette tétralogie et peut-être que j’en attendais trop, mais il n’y a guère que le début et la fin qui m’ont intéressée. Les personnages ne rattrapent pas la mollesse de l’histoire, même si on sent que derrière tous ces clichés Christelle Dabos a essayé de les étoffer. Ophélie est très passive, bien qu’elle grandisse et s’affirme un peu plus vers la fin. Elle n’est pas dépourvue de caractère, même si celui-ci ne s’exprime pas par des éclats de colère ou des rebellions, cependant il faut du temps pour s’en rendre compte. J’ai eu du mal à ne pas me lasser alors que je l’aimais bien au début. Thorn est encore mon préféré, pourtant ce n’est pas un modèle de sympathie… Quant aux personnages secondaires, la plupart sont horripilants et pas forcément à cause de leur comportement détestable, mais parce qu’ils sont des caricatures qui deviennent insupportables à la longue et ce peu importe les excuses qu’on leur trouve. Au final, ceux qu’on voit le moins sont ceux qu’on apprécie le plus… Peut-être qu’ils s’améliorent dans la suite, mais dans ce tome ils manquent autant de vie que de subtilité.
C’est vraiment dommage car le monde créé par Christelle Dabos est quant à lui fascinant. Bien que je me sois parfois posé des questions comme : pourquoi les gens sont-ils si misogynes sur une arche dont l‘esprit de famille et féminin et où le conseil est composé de matriarches ? Plusieurs considérations du même acabit m’ont laissée un peu perplexe. De manière générale, j’ai surtout eu envie d’en savoir plus et de sortir un peu des coulisses. Or, c’est bien dans les coulisses que l’on passe quasiment tout ce premier tome qui n’est qu’un long préambule à l’introduction d’Ophélie dans une nouvelle arche et au rôle qu’on lui réserve. On nous présente le monde et les personnages mais il se passe bien peu de choses en arrière-plan.
Je m’attendais à beaucoup mieux, cependant je lirai la suite en espérant que l’intrigue prendra plus de corps.

Si cela vous intéresse, je me permets de vous suggérer des œuvres qui me rappellent ce roman :

vendredi 17 juillet 2020

Artémis

Un roman d'Andy Weir, publié chez Bragelonne.

Présentation de l'éditeur :
Jasmine Bashara, dite Jazz, une jeune femme d’origine saoudienne, vit sur Artémis depuis l’âge de six ans. Elle connaît la cité lunaire comme sa poche  : ses cinq bulles où se répartissent toutes les classes sociales, du plus riche au plus misérable, ses lois si particulières – et pas seulement gravitationnelles – et sa corruption. La vie sur Artémis est rude quand on n’est pas un riche touriste ou un milliardaire. Jazz rêve d’une vie meilleure, et son job de porteuse (elle livre à domicile les denrées légales et de contrebande importées de Terre) ne lui promet guère d’évolution. Une chose est sûre  : elle ne compte pas dormir toute sa vie dans un «  cercueil  », ces couchettes ultra réduites où se serrent les pauvres.
Quand un de ses riches clients lui propose un job risqué, elle ne peut pas refuser  : c’est un défi bien payé. Mais elle ne se doute pas qu’elle prend part à une conspiration politique dont le but est de renverser le pouvoir sur Artémis, et de prendre le contrôle des 2000 âmes qui vivent sur la Lune…
Jazz a grandi sur la Lune dans la ville d’Artémis et le moins qu’on puisse dire est qu’elle adore y vivre. Elle ne se verrait pour rien au monde retourner sur Terre. Toutefois Jazz est pauvre. Elle a beau être brillante et posséder une capacité d’adaptation exceptionnelle, cela ne l’a pas empêchée de faire de très mauvais choix. Alors elle vit de contrebande, ce qui est un peu la solution de facilité. De manière paradoxale, elle est aussi la femme la plus honnête qui soi, ce qui a fait sa réputation. Avec Jazz, vous n’avez pas fini de voir s’allier les contraires. À la fois puérile et responsable, intelligente et stupide, honorable et pourtant tout à fait prête à s’arranger avec la vérité ou la loi… cette femme n’en finira pas de vous étonner. Toutes ces contradictions font d’elle un personnage complexe et nuancé ainsi qu’une très intéressante narratrice.
Et elle est têtue, tellement têtue… Si elle avait utilisé son intelligence à bon escient, elle aurait facilement obtenu la fortune après laquelle est court comme une dératée. Mais dans ce cas pas de roman... J’ai souvent eu envie de la secouer ou de lui donner des claques, pourtant je me suis aussi attachée à elle. Sa façon d’interagir avec ses proches y est pour beaucoup. Jazz a fait des erreurs, elle essaie de les assumer, mais elle a aussi perdu confiance en autrui, alors elle se tient à distance et agit comme une petite conne, tout en étant très dévouée à ceux qu’elle aime. Grâce à sa correspondance avec Kelvin, un terrien, depuis leurs neuf ans, on peut voir comment elle s’est construite en tant qu’adulte. Ces échanges, insérés dans la narration principale, apportent beaucoup au récit. La longue amitié entre ces deux personnages est certes renforcée par leurs accords commerciaux, mais elle est cimentée par le soutien qu’ils se sont apporté durant les années difficiles. Cela illustre bien quel genre de personne est Jazz.
L’atmosphère de ce roman oscille entre science fiction et thriller. L’auteur a parsemé son récit d’explications scientifiques en réussissant à maintenir le suspense et la fluidité. Je ne me suis pas ennuyée un seul instant. Le nœud de l’intrigue est plutôt simple, mais la narration est efficace. Ce qui intéresse vraiment le lecteur est de savoir si et comment Jazz va se tirer d’affaire. Aussi complexes que soient ses plans, elle ne peut pas tout prévoir, toutefois elle sait s’adapter. Le fait qu’elle ne s’avoue jamais vaincue est ce que j’ai préféré dans ce personnage.
Artémis n’est pas le roman du siècle, mais il est aussi distrayant que dépaysant. Je ne lui en demandais pas plus.

Défi Cortex catégorie Dans le système solaire, mais pas sur Terre

mercredi 15 juillet 2020

Les Canaux du Mitan

Un roman d'Alex Nikolavitch, publié chez les Moutons électriques.

Présentation de l'éditeur :
Une fiction hantée de magies inconnues, alternant lumières et ténèbres.
Le Mitan, vaste plaine couturée de canaux, creusés en des temps immémoriaux, et que les colons parcourent désormais sur de lentes péniches tirée par des chevaux. C'est sur l'une d'entre elles qu'embarque le jeune Gabriel, attiré par son côté exotique : peuplée de phénomènes de foire, elle lui permet d'échapper à un quotidien morose.
Mais quels sont les esprits qui hantent les anciens tertres, tout au bout de la plaine ? Pourquoi, depuis des siècles, condottières et capitaine viennent-ils se perdre dans le Mitan ? Et surtout, à quoi bon maintenir les anciennes traditions des bateleurs-bateliers, quand la civilisation apporte de nouvelles règles ?
Gazogènes, héliographes, canaux, chevaux et grandes plaines : un autre monde.
Quand on lit de la SFFF depuis aussi longtemps que moi, on devient mauvais public. Ce n’est ni du snobisme ni de la mauvaise volonté. On ne se laisse plus vraiment surprendre, c’est comme ça. Cela n’empêche pas de noter quel travail a fourni l’auteur, mais on apprécie de moins en moins lire, ce qui est désolant. Avec Les Canaux du Mitan, j’ai retrouvé un enthousiasme et une joie de lire qui je n’avais plus ressentis depuis tellement longtemps ! J’ai savouré cette lecture originale et intelligente, d’autant qu’Alex Nikolavitch a un très beau style.
Les Canaux du Mitan est un roman chorale dans lequel chaque partie ou presque est centrée sur un personnage différent mais dont l’histoire converge vers une seule quête : les secrets du bateau carnaval. Car si l’on s’attache au destin de certains personnages en particulier, c’est l’essence-même du bateau, sa fonction, qui est au cœur de ce fabuleux récit.
Gabriel est le premier personnage que l’on rencontre. Il nous raconte l’ennuie dans son petit village du Mitan, l’absence de perspective d’avenir et le rêve d’une vie qui, si elle n’est plus grandiose, serait au moins la somme de ses propres choix. Et ainsi Gabriel, qui n’est encore qu’un adolescent, décide de s’embarquer sur le bateau carnaval, fasciné qu’il est par les artistes qui vivent à son bord et leur vie itinérante. Et je me suis passionnée pour son apprentissage, sa façon de faire sa place dans ce petit monde. Quand il a fallu le quitter, la coupure n’en a été que plus abrupte. Gabriel m’a manqué et je voulais le retrouver, savoir ce qu’il advenait de lui. D’un autre côté, cela m’a permis de m’identifier plus encore au personnage suivant : Suzanne, amie d’enfance de Gabriel, tourmentée par le besoin de savoir ce qui lui est arrivé. Nous avions une quête commune et, en tant que personnage, elle est tout aussi intéressante. C’est qu’elle est intelligente, Suzanne, et beaucoup plus pragmatique que Gabriel. Quand lui ne rêvait que de partir et n’était fort que de sa bonne volonté, elle s’est montrée plus réfléchie. Suzanne n’a pas renié ses racines, mais elle a pris son envol et sait se sentir chez elle dans le Mitan comme ailleurs. Elle est devenue prévôt itinérant, elle ne se soucie que de justice et d’équité et toute femme qu’elle est dans un corps de métier plutôt masculin, elle sait imposer le respect. J’ai adoré suivre ce personnage en particulier, mais tous ceux qui prêtent leur voix, même si c’est parfois indirectement, et leurs sentiments à ce récit sont importants. Chacun représente une pièce d’un puzzle étonnant que l’on voit se dessiner avec fascination. 
L’auteur nous conte le Mitan et ses canaux, sa vieille magie et ses étendues sauvages, ses bateleurs et ses traditions que ronge petit à petit une modernité aux bénéfices ambigus. C’est un roman en mouvement perpétuel, que ce soit le long des canaux ou dans les villes, on voit se dessiner ce monde sous la plume d’Alex Nikolavitch, on rencontre ses peuples, on démêle petit à petit l’écheveau de ses mythes. Tout cela dans l’ombre fantomatique du bateau carnaval et de ses occupants. Cela donne au récit un aspect que l’on pourrait presque qualifier d’anthropologique.
Ce fut un réel plaisir de naviguer dans cet univers et surtout de découvrir ses légendes et sa magie, ainsi que leurs échos.
Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en tournant la première page, même en ayant lu le résumé de l’éditeur, et c’est très bien comme ça. Il faut laisser ce roman vous surprendre et vous emporter.