lundi 2 avril 2012

Edenborn

Un roman de Nick Sagan publié chez J'ai Lu dans la collection Nouveau Millénaire.

Vous pouvez consulter la chronique du premier tome : Idlewild.


Présentation de l'éditeur :
A la fin du XXIe siècle, l'espèce humaine a totalement été éradiquée par le Black Ep, un virus qui détruit l'ADN de ses victimes. Pourtant, une poignée d'hommes et de femmes hante encore les ruines du monde. Les scientifiques qui leur ont « donné naissance » avant la catastrophe les ont dotés d'un code génétique différent du nôtre, les immunisant contre le Black Ep. Ils ont passé leur enfance dans une Réalité Virtuelle Immersive, où ils ont vécu l'illusion d'une jeunesse normale et acquis les connaissances nécessaires à l'exécution de leur mission future : ressusciter l'humanité. C'est à cette tâche qu'ils s'attèlent aujourd'hui, mais, alors qu'ils sont sur le point de faire une avancée significative, plusieurs de leurs « enfants » meurent inexplicablement. Mutation du virus ou sabotage ?

Attention, cet avis dévoile une partie de l’intrigue du tome précédent. 

Dix-huit années se sont écoulées depuis les événements décrits dans Idlewild. Deux groupes distincts tentent de redonner vie à l’humanité. Vashti et Champagne se sont installées en Allemagne avec leurs bébés nageurs, enfants génétiquement modifiés pour mieux résister au virus. Isaac, lui, a opté pour une descendance pleinement humaine qu’il dope aux médicaments. 
Pandora tente, quant à elle, de faire le lien entre les différentes factions, ne perdant pas non plus espoir de ramener Hal à de meilleurs sentiments envers ses anciens camarades de classe. Avec l’assistance de Malachi, elle gère également le réseau RVI. 
Contrairement à Idlewild dont le seul narrateur était Halloween, Edenborn nous offre une narration chorale à six voix. Pandora, tout d’abord, nous donne un point de vue extérieur, qu’elle veut neutre et honnête, sur les deux factions entre lesquelles elle évolue, mais également sur l’histoire générale, anticipant parfois les événements par touches légères. C’est avec celle de Pandora que la voix de Malachi se fait le plus souvent entendre en contrepoint, la causticité contre la douceur, la précision contre l’extrapolation... Ils sont tous deux le ciment de cette histoire. 
Lors de ma lecture d’Idlewild, Pandora et Malachi étaient les deux personnages secondaires ayant le mieux capté mon attention. J’ai été heureuse de les retrouver nettement plus présents dans cette suite et d’en apprendre davantage à leur sujet. Néanmoins, Halloween, qui se fait discret pendant les deux premiers tiers du roman, m’a beaucoup manqué au début. 
Le reste de la narration se partage entre Penny, l’une des filles de Vashti et Champagne, Haji, l’un des fils d’Isaac, et Deuce, personnage étrange dont l’origine reste longtemps obscure. Chacun apporte quelque chose de différent au récit et a sa propre façon d’interagir avec le lecteur. Pandora nous raconte une histoire, Penny, elle, écrit son journal, Haji vit sa vie comme une quête spirituelle, il s’interroge et commente, il rapporte par exemple les dialogues sans la ponctuation qui devrait les marquer, ce qui peut troubler le lecteur, quant à Deuce, il a une façon bien à lui de s’exprimer, enfin, ce cher Hal reste heureusement tout à fait égal à lui-même. 
L’alternance entre ces diverses voix allège un peu la narration car, il faut bien le dire, certains personnages sont plus difficiles à supporter que d’autres. Le narcissisme de certains, le mysticisme d’autres, des personnages qui parfois délirent ou anticipent trop les événements à venir poussent le lecteur en-dehors de l’histoire ou l’y engluent davantage selon le cas… Mais je considère que tout cela fait justement partie du charme de cette lecture. Edenborn est un roman très bien construit et sans concession, même si je l’ai trouvé un peu inférieur à Idlewild qui m’avait séduite du début à la fin, l’auteur a su lui insuffler le même esprit. 
L’action dans Edenborn est plus lente, plus posée, mais elle demande, tout autant que celle de son prédécesseur, une implication totale du lecteur pour bien la suivre. Il est certes plus difficile d’entrer dans cette lecture et de s’attacher aux personnages, de ne pas avoir l’impression d’étouffer, par exemple, sous l’aspect religieux du texte, mais c’est un roman qui sait rester prenant, avec une tension qui s’intensifie au fil des pages. Et, tout en ayant l’impression que l’auteur lui dévoile une bonne partie des événements à venir, il y a fort à parier que le lecteur trouvera toujours de quoi le surprendre, parfois jusqu’à l’impression d’avoir été retourné comme une crêpe, car cette histoire est truffée de révélations et de rebondissements. 
Edenborn est une excellente suite et il me tarde de lire le troisième et dernier volume de cette trilogie.

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