samedi 25 avril 2015

Le Voyage de Simon Morley

Un roman de Jack Finney, publié par les éditions Denoël. Il a reçu le Grand Prix de l'Imaginaire en 1994.


J’ai gagné ce roman sur le blog Un papillon dans la lune dans le cadre du Challenge Retour vers le futur. Je remercie d’autant plus chaleureusement Lune et les éditions Denoël que cette lecture a été un grand coup de cœur.


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Présentation de l'éditeur :


Première parution en 1993


Trad. de l'anglais (États-Unis) par Hélène Collon


Nouvelle édition Pour remonter dans le passé lointain, il n'est pas nécessaire d'utiliser une machine à voyager dans le temps. Il suffit de s'imprégner de l'époque dans laquelle on désire se rendre, de se dépouiller de toutes les pensées, comportements qui vous ancrent dans le présent, bref, de se conditionner mentalement et physiquement, pour être projeté dans le temps que l'on croyait perdu. Telle est la théorie du Pr. Danzinger. Informé de ce projet, qui a secrètement l'aval et le soutien logistique du gouvernement américain, Simon Morley doute, hésite... Mais la médiocrité de son existence, la curiosité, et le mystère qui entoure le suicide d'un aïeul de son amie Kate, finissent par le décider. Installé dans un appartement du «Dakota», un vieil immeuble new-yorkais demeuré intact, il va s'y comporter comme un homme de la fin du XIXe, et un soir de neige, après des jours d'efforts et d'attente, le miracle se produit... Récit conjuguant le témoignage écrit et visuel (de nombreux dessins et photos accompagnent le texte), enquête policière, histoire d'amour comme Hollywood ne sait plus en filmer, Le Voyage de Simon Morley a été récompensé par le Grand Prix de l'Imaginaire.



Lecteur pointilleux, toi qui aimes les récits soignés et les descriptions très visuelles, toi qui as le goût du détail et apprécies par-dessus tout que l’auteur se donne la peine de rendre son récit le plus plausible possible : tu ne peux pas passer à côté du Voyage de Simon Morley, un classique en ce qui concerne le voyage temporel. New York, début des années 70, Simon Morley est un jeune homme de 28 ans, fraîchement divorcé et qui travaille sans grand enthousiasme dans la publicité, jusqu’au jour où quelqu’un vient lui faire la plus étrange des propositions. Et s’il suffisait de s’imprégner d’une époque pour pouvoir s’y projeter ? Et si les vestiges architecturaux de notre passé pouvaient nous y aider ? C’est cette expérience que va tenter Simon. Motivé par l’envie d’éclaircir le mystère entourant un secret bien gardé qui entache le passé familial de sa petite amie, il va tenter de rejoindre la fin du XIXe siècle. Ce roman démarre lentement, il faut en lire un bon tiers avant d’entrer dans le vif du sujet. Cependant, cela fait partie de ce qui m’a séduite. Le fait que l’auteur prenne le temps de mettre en place le projet, d’exposer la théorie de ses personnages et d’imprégner son lecteur de l’époque à laquelle Simon souhaite se rendre apporte de la cohérence et de la crédibilité au récit. Il est appréciable, pour une fois, de ne pas se trouver face à un personnage qui n’a qu’à claquer des doigts pour obtenir ce qu’il veut. J’ai eu le temps de m’attacher à Simon, jeune homme ordinaire qui semble d’autant plus proche du lecteur lambda, et j’ai beaucoup aimé le suivre dans son aventure, me sentant impliquée dans l’histoire. Finney était un conteur, on a envie de l’écouter et surtout de le croire. Rien n’est pesant dans ce récit, malgré de longues descriptions. Celles-ci paraissent au contraire très vivantes. Le roman est jalonné de photos et de croquis qui renforcent sa vraisemblance et ne manquent pas d’intérêt. Les photos d’époque, prétendument prises par Simon, m’ont particulièrement plu et s’insèrent tout naturellement dans le récit. Le tout est très esthétique, d’autant que le style de l’auteur est aussi visuel que précis sans perdre en élégance. Le narrateur est un dessinateur et cela se ressent : il voit et décrit comme un artiste. On sent que l’évolution de la cité fascinait l’auteur. Ses descriptions de New York, qu’il s’agisse de la ville de 1882 ou de celle des années 70, sont très détaillées et réfléchies. Je me suis ainsi posé des questions qui ne m’avaient pas effleurée jusqu’alors et j’ai appris des choses, sur la ville comme sur l’époque. Finney a su rendre vivante cette fin de XIXe siècle dans mon esprit et si Simon veut en voir les meilleurs côtés, il n’en est pas moins conscient des mauvais. Cela n’en semble que plus réaliste, même si flotte le persistant effluve du « quand même, c’était mieux avant ». L’intrigue est très plaisante, le personnage principal aussi et je n’ai pas vu filer les pages, mais je reconnais que les lecteurs férus d’action trouveront peut-être certains passages un peu longuets, surtout vers la fin quand le lecteur attentif a depuis longtemps compris quelque chose qui, dans la panique, échappe aux personnages. Ce roman a été conçu et se lit comme un one-shot. Finney a néanmoins repris plus tard le personnage de Simon dans un autre ouvrage : Le Balancier du temps. J’ai très envie de le lire, mais malheureusement sa réédition n’est pas prévue.


Vous pouvez également consulter les avis de Lune et Acr0.


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RVLFC

vendredi 17 avril 2015

Hiver noir

Une novella Fantastique de Céline Rosenheim, publiée aux éditions Flammèche.
Elle est disponible en papier et en numérique.


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Présentation de l'éditeur :


« Est-ce qu’être sombre signifie forcément être mauvais ? »


Voilà longtemps que Mélisande rêvait de découvrir les vastes paysages glacés d’Islande. Accompagnée de Liv, sa meilleure amie, l’étudiante espère que ce voyage lui permettra de panser les blessures laissées par ses récents échecs.
Mais le destin ne semble pas vouloir lui accorder de répit. Dehors, la terre tremble tandis que des cendres noires viennent couvrir la lande. Le caractère de Liv change brusquement, sans raison apparente, et Mélisande s’inquiète. Qui est cette jeune femme qu’elle seule semble voir ? Peuvent-elles vraiment faire confiance à Ármann, ce jeune homme qui leur offre l’hospitalité ?
Troublée, déboussolée, Mélisande cherche un bref soulagement dans les antidépresseurs. Elle ne sait plus ce qu’elle doit faire ni ce qu’elle doit croire. Car comment savoir où s’arrête la réalité et où commence la folie ?



L’intrigue d’Hiver noir se déroule en Islande et c’est en grande partie cela qui m’a attirée à la lecture du résumé. Ce pays ne ressemble à aucun autre. En outre, il s’agit de Fantastique, mon genre de prédilection. Je me suis donc lancée dans la lecture de cette novella avec de bons a priori et j’en suis plutôt contente.
Mélisande, la narratrice, est une jeune femme dépressive, solitaire et qui n’a pas une grande estime d’elle-même. Elle vient de rater ses examens et traîne sa peine sans trop savoir comment se libérer de ses angoisses ni que faire de sa vie. Une amie lui propose de partir en voyage, à la fois pour lui remonter le moral et l’aider à affronter un peu mieux le quotidien. Mélisande se laisse tenter, c’est l’occasion pour elle, qui n’a jamais quitté la France, de découvrir un pays qui l’a toujours fait rêver.
Je n’ai moi-même jamais visité l’Islande, par contre ma mère s’y est rendue plusieurs fois et j’avais donc en tête les lieux décrits par l’auteur. J’admets que cela peut aider. Je vous encourage d’ailleurs vivement à regarder des photos avant la lecture, ces paysages sont grandioses et il est fort difficile de rendre leur majesté à l’écrit. L’auteur a en tout cas bien exploité le cadre de son récit. Celui-ci va de pair avec les états d’âme du personnage.
Mélisande est un peu agaçante, surtout au début quand elle se dénigre, puis par la suite quand sa dépression l’empêche d’agir. J’ai souvent eu envie de la secouer, mais j’ai fini par m’attacher à elle. La jeune femme semble être tout le contraire de son amie Liv. Cette dernière est vive, téméraire, mais également plus froide.
Mélisande nous narre elle-même son histoire, ce qui permet à l’auteur de laisser la dépression du personnage, ainsi que la sensation ouatée des antidépresseurs quelquefois, imprégner le récit. Il y gagne en noirceur, mais aussi un peu en lourdeur. Ceci dit, c’est du bon Fantastique, sombre et inquiétant. L’ambiance est à couper au couteau et s’assombrit au fur et à mesure. Il ne se passe pas grand-chose, pourtant la tension est palpable. Pour cette raison ainsi que pour sa brièveté, cette novella se lit très vite.
Alors que leur périple a pris un tour imprévu, les deux jeunes femmes se trouvent isolées, reçues chez un homme au caractère des plus lunatiques. Peu à peu, un étau se referme sur Mélisande, sans qu’elle sache d’où vient le danger ni même s’il existe réellement... Perd-elle la raison, happée par sa dépression, ou son hôte, et peut-être même son amie, ont-ils des choses à cacher ?
On se pose beaucoup de questions en cours de lecture et c’est cela qui fait tout l’intérêt de cette histoire. La fin est un peu convenue, cependant j’ai dévoré ce livre d’un bout à l’autre, appréciant la dualité constante que l’auteur a si bien entretenue. J’ai parfois tremblé pour Mélisande, je me suis sentie étouffer dans ce huis-clos, tout en m’émerveillant par procuration de la splendeur de l’Islande. La lecture fut certes brève, mais intense et me laissera un bon souvenir.


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lundi 13 avril 2015

Royaume de Vent et de Colères

De Jean-Laurent Del Socorro, publié chez ActuSF.


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Présentation de l'éditeur : 596. Deux ans avant l'édit de Nantes qui met fin aux guerres de Religion, Marseille la catholique s'oppose à Henri IV, l'ancien protestant. Une rébellion, une indépendance que ne peut tolérer le roi. À La Roue de Fortune se croisent des passés que l’on cherche à fuir et des avenirs incertains : un chevalier usé et reconverti, une vieille femme qui dirige la guilde des assassins, un couple de magiciens amoureux et en fuite, et la patronne, ancienne mercenaire qui s’essaie à un métier sans arme. Les pions sont en place. Le mistral se lève. La pièce peut commencer.


Placé entre l'Histoire et la fantasy, ce premier roman de Jean-Laurent Del Socorro est époustouflant de maîtrise et d'érudition.



Royaume de Vent et de Colères est un roman choral dont les chapitres courts marquent le rythme. Les personnages principaux alternent, de même que la narration qui passe régulièrement de la première à la troisième personne. Cela permet de multiplier les points de vue, à la façon de plans cinématographiques ou de scènes théâtrales. Grâce à cela, le roman est très visuel et se lit vite. Par contre, si le lecteur voit l’histoire se dérouler sous ses yeux, il peut éprouver une certaine difficulté à s’y sentir impliqué.
La découpe du texte est intéressante et très réfléchie. La première partie, peut-être devrait-on parler de premier acte, met en place personnages, décors et atmosphère. Marseille, à la fin du XVIe siècle, alors que la France est encore prise dans les guerres de Religion, est une vraie poudrière. L’auteur nous met face à l’un des tournants de l’histoire avec un grand H, mais le raconte par le biais de la petite histoire, celle des gens du commun.
Ses personnages s’apparentent à des lames du Tarot de Marseille, battues et ramenées ensemble dans le tirage. Ils interagissent et influent sur les destins les uns des autres, parfois même sans en avoir conscience.
Le deuxième acte est consacré à leur passé, à la façon dont leurs vies se sont liées ou se font écho sans qu’ils le sachent. Comment sont-ils arrivés à ce point de rupture ?
J’ai beaucoup aimé cette partie qui m’a permis de mieux les connaître, de réduire un peu la distance qui me séparait d’eux. Malgré cela, quelque chose m’a retenue vis-à-vis des personnages, j’ai trouvé la voix de l’auteur et pas toujours la leur en lisant leurs aventures. Peut-être ai-je été freinée par un peu trop d’ostentation dans la façon de raconter cette histoire, ce qui passe mal avec la forme des chapitres. Pourtant, ces personnages ont été travaillés et méritent l’intérêt.
Le troisième acte, enfin, voit la petite histoire se fondre dans la grande et sceller le destin de ceux que nous avons suivis et plus encore.
La construction de ce roman m’a vraiment beaucoup plu ; j’ai aimé chercher les références au Tarot, discrètement parsemées dans le texte. Par contre, l’intrigue m’a moins interpellée.
Il s’agit de fantasy historique. Le récit est basé sur un événement de l’Histoire française, mais l’auteur y adjoint une magie, l’Artbon, qui se fond dans la trame plus qu’elle ne la change. Il y a une réflexion quant à l’usage de celle-ci, mais c’est du déjà-vu.
J’ai déploré la présence de la magie pendant presque tout le roman, je trouvais qu’elle ne servait à rien dans ce contexte. Ne pas l’ajouter et travailler un peu plus le relief historique du roman me semblait une meilleure option. J’ai revu ma position à la fin et compris l’intérêt de la vision de l’auteur. Cependant, ce n’est pourtant un roman ni suffisamment historique ni suffisamment Fantasy à mon goût. Les personnages en sont le pivot, mais j’ai manqué d’empathie à leur égard.
À la suite du roman, se trouve également une belle nouvelle centrée sur l’un des personnages secondaires et dont le ton plus personnel m’a davantage parlé. Elle explore sous un autre angle des zones du roman qui restaient floues. En permettant d’apprendre l’histoire de Gabin, elle nous fait prendre conscience d’autres facettes des personnages principaux.
Je conseillerais plus ce roman aux amateurs d’Histoire, s’ils aiment l’action et les personnages développés, qu’aux lecteurs de Fantasy.


Je vous invite à consulter également les avis de Lhisbei et Lune.

vendredi 10 avril 2015

Si tu tends l'oreille

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Si tu tends l’oreille est un film d’animation adapté d’un manga d’Aoi Hiiragi et produit par le Studio Ghibli. Réalisé par Yoshifumi Kondo et scénarisé par Hayao Miyazaki, il est sorti en 1995 au Japon.
Pendant longtemps, cet anime est resté indisponible à la vente en France et la seule version anglophone que je connaisse est en zone 1. Il aura fallu attendre janvier 2015 pour que le DVD et le Blu-ray sortent enfin dans nos contrées et avec, de surcroît, une piste en français. Pour autant, je ne suis pas très fan de cette VF, j’ai peut-être trop vu cet anime sous sa forme sous-titrée par des fans… Je suis surtout gênée par les dialogues que je trouve un rien trop modernes pour l’époque à laquelle est censée se dérouler l’histoire. Toutefois, elle est tout de même meilleure que la version anglophone qui prend des libertés avec le scénario d’origine. J’avais été assez choquée des aménagements scénaristiques de cette dernière. Elle tue dans l’œuf l’aspect fantastique de l’histoire, mais ce n’est certainement pas le pire. Elle modifie carrément l’avenir de Seiji pour qu’il colle davantage à un standard et ça m’est totalement insupportable. Je trouve cela presque insultant. Mais ce que je vous raconte ne vous dira rien si vous n’avez pas vu le film et il ne vaut pas la peine de se pencher sur ce sujet, puisque je vous encourage fortement à le regarder en VOSTFR.
Les bonus du DVD n’ont rien de vraiment notable. Il nous offre des bandes annonces et un montage d’images du décor du film avec les thèmes principaux en fond musical. Malheureusement, les images sont un peu trop floues pour qu’on puisse en apprécier les détails. Passons plutôt au film en lui-même.
Si tu tends l’oreille est un shojo et également un récit d’apprentissage dont l’action doit se situer durant les années 80. Il nous conte la vie quotidienne d’une toute jeune fille, Shizuku, qui adore lire. Elle est dans sa dernière année de collège, doit préparer son entrée au lycée mais, un peu rêveuse, elle cherche encore sa voie.
Certains diront qu’il s’agit d’une œuvre réaliste, avec sa part de romance adolescente, mais je l’apparente plutôt au réalisme magique. Je préfère ne pas m’appesantir sur les aspects les plus sirupeux de la romance que je ne trouve pas si prégnants que ça en fait. Shizuku a l’esprit ouvert, connecté à la magie qui se cache derrière le quotidien grisâtre qui l‘entoure, et c’est pour cela que je l’aime beaucoup. Elle ne se laisse pas cloisonner dans le réalisme, elle est prête à voir le merveilleux partout : dans un chat qui voyage en métro, une statuette mystérieuse ou un dirigeable. Cette aptitude à rêver et à imaginer des aventures rocambolesques à partir d’un rien est précieuse, on le sait quand on l’a perdue.
Si tu tends l’oreille est le récit formateur d’une jeune fille qui confronte ses illusions à la réalité du monde, parce que rêver est beau, mais inutile si on n’essaie pas d’en faire quelque chose de tangible. Alors Shizuku se met à l’écriture pour donner corps à ses rêveries et, plutôt que de s’y enfermer, elle grandit et trouve sa place.
Ce très bel anime est porteur d’espoir. Quand je me sens triste et que j’ai l’impression que les perspectives s’effondrent une à une autour de moi, je le regarde et je me sens mieux. Les dessins ne sont pas magnifiques mais ils ont un certain charme désuet, après tout j’étais enfant dans les années 80… Et puis je ne me lasse pas de cette histoire.
Tout au long du film, les fans des productions Ghibli pourront glaner des détails rappelant d’autres animes, passés mais aussi en gestation. On peut par exemple voir écrit Porco Rosso sur l’horloge et la robe que porte Shizuku, quand elle s’identifie à l’un de ses personnages, vous rappellera peut-être celle d’une certaine Nadia…
Il existe une suite au manga d’origine, mais elle n’est pas sortie en français ni en anglais. Par contre, Si tu tends l’oreille a largement inspiré Le royaume des chats, tiré lui aussi d’un manga spin-off du même auteur et adapté par Ghibli quelques années plus tard. Hiiragi l’a créé comme une histoire que Shizuku aurait pu écrire.
Dans Le royaume des chats, on peut voir le lien avec certaines scènes de Si tu tends l’oreille, comme si Shizuku s’était vraiment inspirée de détails de son aventure pour écrire une histoire. Bien sûr, on retrouve des personnages comme le Baron et Muta, mais ce sont des myriades de petites choses disséminées à travers l’anime qui peuvent à chaque instant nous rappeler un souvenir ou une impression. Le royaume des chats est plus lumineux, plus onirique aussi. J’ai également lu le manga dans sa version anglophone, Baron, the cat returns, je l’ai d’ailleurs chroniqué. Je pense que les deux sont complémentaires, l’anime est très agréable à regarder, le manga confère un peu moins de charisme aux personnages mais possède par contre une dimension humaine intéressante.
Quoi qu’il en soit, vous les apprécierez certainement davantage en ayant vu Si tu tends l’oreille.


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Baron

jeudi 9 avril 2015

Noces d'éternité

Une novella de Fantastique Gothique d'Aude Réco, publiée aux éditions du Petit Caveau.
Également disponible en numérique.


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Présentation de l'éditeur :


Angleterre, année 1890...
Ellen Covert vit dans un manoir victorien sujet à d’étranges manifestations : empreintes de pas mouillés, robe de mariée qui saigne,...
L’atmosphère se charge de mystère jusqu’au jour où le corps de son futur époux est retrouvé mort au matin de ses noces.
En dépit des conventions, Ellen enquête sur le mystère de la demeure et sur celui qui entoure sa propre personne. Dépourvue de droits, elle se heurte aux secrets de son père et à la mort mystérieuse d’une esclave.
Perdue entre intimes convictions et troubles, elle s’apercevra que le plus grand danger ne vient pas d’où elle pense...



Noces d’éternité est une novella de Fantastique gothique d’environ 70 pages. Elle se lit très vite et je pense que je l’oublierai plus rapidement encore. Pour tout dire, cette lecture m’a ennuyée.
Il ne faut pas se fier au résumé de quatrième de couverture qui donne l’impression que les événements s’enchaînent crescendo. Bien au contraire, tout se précipite sans trop de cohérence, le meurtre survient dans les premières pages et l’héroïne n’enquête pas vraiment. Et que dire des manifestations étranges qui passent de légères, et par trop détachées, à avérées au point qu’elles en semblent ordinaires aux personnages…
Il y avait matière à rendre l’intrigue plus complexe et à semer le doute dans l’esprit du lecteur comme dans celui de l’héroïne. Ellen est une jeune fille un peu éteinte dont les noces non désirées approchent, mais elle semble détachée de sa propre histoire, comme si elle ne s’intégrait pas vraiment dans celle-ci. C’est par elle que l’angoisse et le doute sont censés passer, mais elle est profondément antipathique et semble tout juste bonne à atermoyer. Cela donne un récit très superficiel et donc jamais réellement intéressant.
L’atmosphère gothique de l’histoire n’a pas le temps de se déployer, le mystère point à peine qu’il est balayé net. Pourtant, la trame de fond n’est pas mauvaise en soi, elle n’aurait demandé qu’à être exploitée davantage. Tout le monde aime les histoires de fantômes… Quand on me promet du gothique, je m’attends à une ambiance qui s’opacifie au fur et à mesure, à une intrigue tortueuse et un style très travaillé, voire poétique. Je n’ai rien vu de tout cela.
C’est le style qui m’a le plus déçue. L’auteur abuse de phrases lapidaires sans verbe qui, au lieu de donner du rythme, se révèlent surtout très agaçantes pour le lecteur qui n’apprécie pas particulièrement le style télégraphique. En outre, de nombreuses coquilles (et pas des moindres) sont disséminées dans ces pages, ce qui est d’autant plus exaspérant que le texte est court.
Je m’attendais à beaucoup mieux.


Si vous voulez lire un roman court nettement plus typique de ce qu’est le gothique, je ne saurai trop vous conseiller À l’ombre des falaises de Chloé Bourdon, chez le même éditeur.


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dimanche 5 avril 2015

Mary Wollstonecraft

Une nouvelle de Fantastique gothique par Salyna Cushing-Price, publiée en numérique chez Lune Écarlate Éditions.


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Mary Wollstonecraft




Présentation de l'éditeur :
Suite à un défi lancé par Lord Byron, la jeune Mary Godwin a toutes les peines du monde à trouver l’inspiration. C’est alors qu’elle trouve dans les affaires de sa défunte mère, un curieux carnet… Entre vérités et mensonges, entre la vie et la mort, cette lecture va changer le cours de l’histoire…



Derrière ce titre anodin pour qui ne connaît pas la biographie de Mary Shelley, se cache une superbe nouvelle Fantastique, gothique pourrait-on dire, originale et intelligemment construite. J’ai un goût tout particulier pour ce type de textes, non seulement car il appartient à un genre littéraire dont je suis friande, mais également car il s’attache à des personnages connus, entremêlant si bien le fantastique et le réel que le récit a des accents de vérité. Dans le cas présent, ils sont fort dérangeants, ce qui n’est pourtant pas un mal.
L’histoire est prenante et se dévore avec fébrilité. S’y retrouvent quelques clins d’œil que l’amateur de littérature anglaise appréciera ou qui donneront peut-être envie au néophyte de découvrir certains auteurs dont il est question dans cette nouvelle. En effet, c’est bien suite à un défi lancé par Lord Byron que Mary Shelley a commencé l’écriture de son œuvre la plus célèbre. Et l'auteur a sa propre idée sur les détails de cette affaire...
Les seuls reproches que je pourrais faire à ce texte sont de l’ordre du détail : quelques coquilles et un récit au présent qui m’a un peu gênée. Il ne sert pas particulièrement la nouvelle, j’aurais préféré les traditionnels temps du récit qui offriraient un peu plus de cachet à l’ensemble. Néanmoins, je retiendrai plutôt l’élégance et l’originalité de cette histoire. C’est de l’excellent Fantastique que je conseille à tous les amateurs du genre.


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