mercredi 29 juin 2022

Ô Sisters

 Un roman de Cécile Roumiguière et Julia Billet, publié chez École des loisirs.

Présentation de l'éditeur : 
1974. Janig et Macha ont seize ans, les mêmes yeux pailletés d'or et les mêmes sourcils en bataille. Janig vit seule avec sa mère au milieu des vignes et s'ennuie dans son école de secrétariat. Macha étouffe dans son pensionnat de la Légion d'honneur et s'oppose à ses parents bourgeois. Elles sont deux, ne se connaissent pas et viennent d'apprendre qu'elles sont sœurs. Après leur avoir annoncé la nouvelle, Marthe, leur grand-mère, leur a proposé de la rejoindre au camp du Geai, une communauté hippie qu'elle a fondée en Bretagne. Chacune à sa façon, à pied, en train, en stop, en péniche, et même à cheval, Janig et Macha vont traverser la France pour découvrir le secret de leur naissance, se rencontrer et tester les liens du sang...
Ce roman fleure bon les années 70 et nous happe dès ses premières pages dans son ambiance très hippie et rock’n’roll. Je m’y suis plongée avec délice bien que trop jeune pour avoir connu cette période. Et à dire vrai Macha et Janig sont nées la même année que ma mère. Cela m’a fait sourire et m’a sans doute aidée à mieux les comprendre car j’ai retrouvé dans leurs vies respectives et dans la saveur de leur époque un peu de ce qui a forgé ma mère. Elle est toujours à sa manière une ado des années 70 comme j’en suis une des années 90, cela a construit les adultes que nous sommes devenues.
Janig et Macha sont sœurs, mais elles ne le savent pas. La première vit à Narbonne avec sa mère, vigneronne. Son père est mort durant la guerre d’Algérie, elle rêve de liberté et de musique plutôt que de l’avenir bien tranquille que lui prépare sa mère. La seconde vit à Paris. Issue d’une famille riche, elle est reléguée dans un pensionnat par une mère qui la tient d’une main de fer et un père qui l’adore mais est totalement soumis à son épouse. Si les deux filles sont en conflit avec leurs parents, elles ont de bonnes raisons, même si elles peuvent sembler un peu puériles au lecteur adulte. Elles sont proches du point de rupture alors quand arrive une lettre de leur grand-mère qui les appâte avec les miettes d’une grande révélation, les filles plaquent tout, chacune de son côté, pour partir en Bretagne retrouver cette grand-mère farfelue, matriarche d’un camp de hippies.
Je me suis laissé porter dans les pas de ces filles et je les ai tout de suite aimées. Elles oscillent entre l’adolescence et l’âge adulte, butées souvent, injustes parfois, mais pleines de rêves et d’espoirs, de doutes, d’angoisses et d’incompréhension ainsi que du besoin d’être acceptées et aimées. Elles se lancent dans cette quête identitaire avec fougue et panache, mais sans réfléchir, enchaînant les ennuis, les erreurs, mais aussi les rencontres providentielles. J’ai aimé leur façon de s’adapter, d’apprendre à se débrouiller malgré tout et de persister dans leur recherche de la vérité.
Leur récit est parsemé de chansons et de références littéraires, cela les rend encore plus vivantes et accessibles. Elles sont très attachantes et même si elles sont les filles d’un autre temps, on s’identifie facilement à elles. On veut dénouer avec elles le mystère de leur naissance.
Ce roman est avant tout une histoire de femmes, de filles, de mères, de sœurs. L’homme le plus important du récit en est aussi le grand absent. C’est d’ailleurs cela qui lui donne tout son intérêt. Les autres personnages masculins sont des satellites en orbite, perpétuellement de passage, familiers mais distants. Ils sont des intermittents dans la vie de toutes ces femmes. Amis, amants, frères, pères ou maris, aimés ou non ils semblent inconsistants, pas forcément parce qu’ils n’ont pas de caractère, mais parce qu’elles ne leur accordent pas tant d’importance que cela. Ce sont des hommes qui se taisent, majoritairement, par pudeur ou lâcheté, par amour ou par devoir. Ce qui ne veut pas dire que les femmes n’ont pas aussi leurs secrets et leur petit enfer personnel…
Les femmes de ce roman s’aiment mais se déchirent. Elles reproduisent des schémas familiaux ou se laissent influencer par les mœurs de leur époque, ou alors elles pensent bien faire, elles veulent un bel avenir pour leur progéniture, mais elles s’y prennent très mal. Marthe, la grand-mère, a bien compris que cette spirale devait se terminer avec Janig et Macha, mais elle n’est pas meilleure que les autres. Elle aussi a une histoire à démêler et des blessures à guérir.
J’ai aimé voir ces femmes couper tous les fils qui les entravaient, vider leurs cœurs de leurs secrets honteux, de leurs colères et de leurs querelles, se décider à avancer, conscientes du passé mais tournées vers le futur, décidées à ne plus reproduire les mêmes erreurs. Et puis, j’ai apprécié ce séjour au camp du geai, un peu hors du monde, avec tous ces personnages qui vivent à contre-courant. Ce fut une très bonne lecture, un récit prenant et intelligent qui est estampillé jeunesse mais peut plaire à tout âge.

Si vous avez aimé ce roman ou que ce billet a éveillé votre intérêt, je vous conseille la série Blue Cerise à laquelle a participé Cécile Roumiguière. C’est une série jeunesse comme il en faudrait plus.


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lundi 30 mai 2022

Anne d'Avonlea

Un roman de Lucy Maud Montgomery publié chez Monsieur Toussaint Louverture pour les versions papier et numérique, chez Audible pour la version audio lue par Lola Naymark.

Vous pouvez aussi consulter ma chronique du premier tome de la série : Anne de Green Gables.

Présentation de l'éditeur :

Avec ce deuxième roman, Lucy Maud Montgomery continue de déployer sous nos yeux fascinés l’univers enchanteur qu’elle a créé autour d’Anne Shirley, l’orpheline idéaliste aux yeux clairs et aux cheveux roux adoptée par erreur. 

Entre les amis de toujours, qu’on aime retrouver, et les nouveaux venus, si intéressants, entre les idées saugrenues qu’on ne peut museler, et le bon sens qui, désormais, pointe son nez, Anne nous entraîne dans les aléas de la vie douce et enchanteresse d’un village un peu hors du temps. 

À travers les joies et les peines qui font la trame du quotidien, le style si frais et poétique de Lucy Maud Montgomery porte la voix d’Anne dans les péripéties, les rêveries et les moments de tendresse. Après Green Gables, quel plaisir d’enfin découvrir Avonlea !
C’est toujours un plaisir de retrouver Anne Shirley et son imagination débordante. Ce tome est pour elle celui de la transition. Elle n’est pas encore prête à s’envoler du nid et se trouve à un âge charnière entre l’enfant et la femme. Bien qu’elle ait de nombreuses responsabilités d’adulte, dans son foyer ou dans son travail, elle doit encore grandir. Elle fait ses premiers pas en tant qu’institutrice dans son ancienne école et, si elle est bien jeune, elle n’en est pas moins responsable. Elle a conscience que certains de ses élèves ne sont rien moins que ses anciens camarades de classe.
La petite fille à l’imagination hyperactive est devenue une jeune fille sensée, toujours pleine d’idéaux et de rêves, toujours en quête de poésie dans les petites choses du quotidien, et c’est comme cela qu’on l’aime. Elle reste encline à se mettre dans des situations impossibles, mais elle assume ses erreurs et essaie de les réparer de son mieux. 
Dans ce volume, elle tente de se faire à sa nouvelle place dans la société, en tant que jeune institutrice mais aussi en tant que citoyenne en s’impliquant dans la vie du village avec ses camarades jeunes adultes. Ses amitiés évoluent. Elle rencontre de nouvelles personnes. Puis, surtout, elle doit trouver son équilibre entre la théorie et la pratique dans son école. Et ce ne sont pas forcément les enfants qui vont lui causer le plus de difficultés…
Certes, on peut avoir du mal avec les principes quelque peu vieillots — et bigots — délayés dans ce roman, mais il faut aussi le remettre dans son contexte. Je ne trouve pas cela gênant. Pour ma part, j’aime beaucoup les interactions d’Anne avec les enfants et la tendresse qui en émane. Il est clair qu’elle a à cœur de faire de son mieux et de leur apporter, outre l’instruction nécessaire, ce qu’elle peut de sa sensibilité et de sa joie de vivre. Elle veut avant tout en faire de futurs adultes heureux.
Cependant, ses petits élèves ne sont pas les seuls enfants dont elle doit s’occuper. Ce tome voit l’arrivée de Davy et Dora à Green Gables. J’aime moins les passages concernant les jumeaux, ils sont un peu caricaturaux, mais ils ont leur charme quand on apprécie les facéties enfantines.
J’avoue que ce tome n’est pas mon favori, même si certaines passages sont délicieux et semblent tout droit sortis de contes de fées. On y retrouve cette écriture douce et positive qui apaise l’âme et rend le monde un peu meilleur. J’ai un faible pour les rêveries de Paul, le jardin d’Hester et le merveilleux pavillon aux échos de Mademoiselle Lavendar.
J’ai pris grand plaisir à écouter ce roman. Lola Naymark est une bonne lectrice, même si elle donne parfois à Anne un air un peu halluciné. J’admets toutefois que le personnage est écrasant de gentillesse et de positivité, il peut être assez difficile de trouver le bon équilibre qui empêche l’enthousiasme et la joie de vivre de se changer en niaiserie. La lectrice a fait de son mieux, mais je n’ai eu de cesse de la comparer à Alison Wheeler, qui a narré le premier tome, et qui selon moi l’a fait avec brio. J’apprécie néanmoins le format et je vais continuer mon écoute avec le tome suivant. Cela reste une belle manière de découvrir ou redécouvrir cette série.

mardi 24 mai 2022

Eschatologie du vampire

Un recueil de Jeanne-A Debats publié chez ActuSF dans la collection Hélios.

Les autres ouvrages faisant partie du même cycle :
- Métaphysique du vampire (éditions Ad Astra)
- Métaphysique du vampire (version enrichie, éditions ActuSF)
Trilogie Testaments :

Présentation de l'éditeur :

Navarre est un vampire particulier. Beau, très beau, aimant les hommes comme les femmes, il est employé par l'Eglise pour traquer "Les Monstres" de son espèce. Un personnage attachant, enjoleur, puissant, complexe... que l'on retrouve dans cet ultime recueil de nouvelles, dans l'univers de la série Testament !
J’ai une grande tendresse pour la série Testaments, c’est un de mes cycles d’urban fantasy préférés. Mais, surtout, j’adore Navarre. Il est mon vampire favori toutes catégories confondues. Alors je me suis jetée sur ce recueil avec une certaine jubilation.
Je connaissais la plupart de ces nouvelles, parce que j’ai un faible pour les anthologies et une certaine tendance à traquer les textes de Jeanne-A Debats mais force est de constater qu’on apprécie davantage tous ces récits une fois réunis car il s’en dégage une cohérence qui les montre sous un nouveau jour. Les personnages se croisent et leurs actions ricochent d’une nouvelle à l’autre de manière souvent imprévisible. J’ai lu ou relu ces textes avec grand plaisir.
Dans ce recueil, la magie investit les villes, les cités, les pavillons et les rues, tous les endroits où on l’attend le moins. Et ce n’est pas juste un décor comme un autre. Si Debats ancre ses histoires dans un temps et un lieu précis, cela a toujours un sens. Pour autant, même s’il s’agit souvent de fantasy urbaine, ces récits se révèlent protéiformes.
Le mélange des genres participe en grande partie au charme de ce recueil et renouvelle sans cesse l’intérêt du lecteur. On passe du western à l’histoire de fantôme ou encore du polar parodique plein d’humour et de gouaille à la SF sous diverses formes. Il faut dire que Navarre est un personnage qui s’y prête bien, sa grande force en tant qu’immortel étant sa capacité d’adaptation. L’autrice en a toujours beaucoup joué. Cependant Navarre, bien que pivot de recueil, n’en est pas toujours le personnage principal. Et ce n’est pas un mal car il est très efficacement secondé par une galerie de personnages tous plus intéressants les uns que les autres.
J’apprécie en particulier Deborah et Alphonse qui sont tellement différents qu’ils vont parfaitement ensemble. J’adore retrouver ces personnages et plus j’en lis à leur sujet, plus je voudrais en lire.
Si vous avez aimé les jeux de pouvoirs qui agitent le Royaume dans la trilogie Testaments, sachez que vous les retrouverez ici, poussés parfois à leur extrême par des créatures désespérées de voir se déliter les derniers débris de leur empire. Debats a un don pour décrire les mondes finissants et les êtres qui s’y accrochent. C’est sombre, sale et cynique, cela met en lumière toutes les saloperies que ces sociétés ont permises ainsi que les failles et nuances de ces personnages, pourtant on s’accroche avec eux. Ce recueil est empli de prédateurs et ce ne sont pas forcément ceux dont la nature est la plus évidente qui sont les plus tordus. Debats tape sans remords là où ça fait le plus mal. Elle n’hésite pas à nous mettre face à ce que l’humanité peut produire de plus abject, que ce soit pour survivre ou par plaisir. Préparez-vous au pire pour entrevoir, de loin et dans la pénombre, le meilleur.
Mémorial est mon texte préféré. Tout d’abord, il met au jour une partie peu glorieuse de l’histoire de France dont il faut perpétuer le souvenir (d’autant plus en ces temps troublés), mais surtout il m’a prise à la gorge. Je me suis sentie très proche de Selima et j’ai tremblé pour elle. Ce récit a pesé lourd sur mon âme tout le temps de la lecture et même après. Ce texte est signifiant (je peine à trouver un autre mot pour le décrire). S’il a tout du récit classique de fantastique horrifique, cela sert avant tout son propos avec brio.
Bien sûr j’ai particulièrement apprécié les récits consacrés à Navarre, même si je les avais presque tous déjà lus, Toutefois l’un de ces textes a suscité quelques questions, en rapport avec la fin de Testaments, dont je n’ai pas trouvé la réponse. Enfin, ce n’est que la manifestation de mon esprit tortueux. J’espère que l’autrice n’en a pas fini avec mon vampire préféré.
Si vous ne connaissez pas Jeanne-A Debats, ce n’est peut-être pas l’ouvrage le plus accessible pour découvrir son travail, c’est cependant un grand recueil et je vous encourage à y revenir quand vous aurez lu Métaphysique du vampire ou Testaments. Et si vous la connaissez déjà, vous n’avez pas besoin de mon avis pour vous jeter sur le bijou de SFFF que constitue ce recueil.

lundi 23 mai 2022

La Tapisserie du Dragon-Thé

Une BD de Kay O'Neill, publiée chez Bliss Comics.

Mes chroniques des autres tomes :

Présentation de l'éditeur :

Près d'un an après avoir accepté de prendre soin de Ginseng, Greta n'arrive pas à aider le timide dragon-thé à surmonter son deuil. Alors qu'elle peine à fabriquer un objet assez spectaculaire pour impressionner un maître-forgeron en recherche d'un apprenti, elle se questionne sur la signification de son artisanat, et sur comment aider quelqu'un en deuil. Pendant ce temps, Minette reçoit un curieux paquet de la part du monastère où elle étudiait pour devenir prophétesse. Confuse à propos du but de sa vie, la timide Minette découvre que plus elle ouvre son cœur aux autres, plus elle comprend ce qu'il a toujours renfermé.
Dans ce tome, on reprend l’histoire à peu près où on l’avait laissée à la fin du Cercle du Dragon-Thé. Greta perfectionne toujours son art et tente d’accompagner Ginseng au cours du deuil de son ancienne gardienne. Quant à Minette, elle peine à retrouver son équilibre loin du monastère. Hesekiel et Erik veillent sur leur petit monde, dispensant sagesse et réconfort chacun à sa manière.
Quelle joie de retrouver ces personnages tant aimés ! On se sent comme de retour chez soi.
J’aime particulièrement Greta, si pleine de joie de vivre et de rêves, toujours prête à faire de son mieux dans son travail ou pour son entourage. Elle met beaucoup de cœur à aider son petit dragon, sans beaucoup de résultat, et son amie Minette en pleine crise existentielle. J’apprécie aussi son ambition et son perfectionnisme.
Ce tome est également l’occasion de retrouver Rinn qui a bien grandi et a repris le métier de ses parents. Iel voyage pour vendre ou troquer des plantes, des légumes et des fruits provenant des montagnes et en profite cette fois pour rendre visite à son oncle en compagnie de son ami Aedhan.
J’aime voir de nouveaux liens se nouer entre tous ces personnages et surtout les voir évoluer. Greta et Minette grandissent, leur amitié aussi, si forte qu’elle se passe souvent de mots alors qu’elles s’accompagnent l’une l’autre à travers les difficultés de la vie. Ce sont deux jeunes filles très émouvantes.
Greta veut passer au stade supérieur dans son apprentissage de la ferronnerie, mais il va lui falloir démontrer son talent et peut-être quitter cette famille élargie si précieuse pour elle. Minette, elle, évolue dans une bulle de craintes et de regrets qui menacent de l’engloutir. Comme Ginseng, elle a aussi un deuil à accomplir. Le deuil d’elle-même.
C’est un très beau tome, mélancolique parfois, mais toujours plein d’espoir. Il met en avant l’amitié, les liens de toutes sortes que l‘on crée avec nos proches et dont on ne soupçonne pas toujours la force, ainsi que le partage, qui se fait bien entendu souvent autour d’une théière. Mais le thème majeur est à mon sens l’importance de la transmission du savoir. Qu’il s’agisse des rituels de la cérémonie du thé qu’Hesekiel transmet à Minette, de la ferronnerie pour Greta, Fraida et Kleitos, des plantes sauvages comestibles et médicinales pour Rinn ou encore de la façon de bien s‘occuper des dragons-thé, on se rend compte de l’importance de la survie de toutes ces connaissances. Cette BD nous rappelle en outre de ne pas perdre le désir d’apprendre, de se renouveler et, surtout, le plaisir du partage en lui-même car c’est lui qui permet de tisser ce filet qui nous lie tous et retient entre ses mailles ce qui est réellement important.
Les souvenirs se propagent par le partage du thé, grâce à la magie des petits dragons, cela nous enseigne que ce sont les bons moments et les échanges entre les personnes qui tiennent les unes aux autres qui perpétuent la mémoire ainsi que le savoir et apportent le réconfort.
Les couleurs sont toujours magnifiques, les silences chargés d’émotion, et au fur et à mesure que l’on tourne les pages, on se sent envahi par un bien-être tranquille. Ces albums sont de petites merveilles.
À la fin de la BD se trouvent quelques textes qui expliquent l’origine des dragons-thé et d’autres faits intéressants à leur sujet. C’est un complément fort agréable à découvrir.
J’ai retrouvé avec délice les membres du Cercle et j’espère que Kay O’Neill nous régalera encore de belles histoires à leur propos. Je ne me lasserai jamais de cet univers et de ces personnages si attachants.


mardi 17 mai 2022

L"Armoire des robes oubliées

Un roman de Riikka Pulkkinen chez Albin Michel.


Je m’attendais à une histoire familiale, trois générations de femmes se retrouvant alors que leur doyenne est en train de mourir et partageant des souvenirs, dévoilant des secrets. Ce n’est pas vraiment ce que j’ai trouvé dans ce roman. Cela en fait partie, mais demeure très secondaire. Cependant il est juste de préciser que je ne lis jamais entièrement les résumés de quatrième de couverture et que je n’ai pas choisi ce roman, on me l’a offert il y a des années. Je suis donc seule responsable de mes attentes.
Cette histoire est plutôt celle d’un chagrin d’amour et d’une dépression.
L’écriture est poétique, bien qu’un peu convenue parfois dans ce qui se veut des phrases élégantes et pleines d’une sagesse pénétrante, peinture minutieuse de l’âme humaine, et qui m’ont plutôt parues tissées de lieux communs. Cela reste agréable dans une certaine mesure, au début. On se laisse porter, on observe les détails, on écoute des opinions assenées comme de grandes vérités et on finit par s’ennuyer, voire s’exaspérer du ton de maîtresse d’école d’un personnage infatué.
L’histoire, elle, est assez banale. Elsa va mourir. Elle exaspère sa fille unique en prenant les choses à la légère. Mais comment faire autrement quand il reste si peu de temps ?
Eleonoora, ladite fille s’inquiète pour tout, veut tout contrôler, et ses angoisses énervent son entourage qui ne veut pas comprendre que c’est la seule façon qu’elle a de supporter la perte à venir. 
Et il y a ses propre filles, Anna la dépressive, à qui porter une robe appartenant à quelqu’un d’autre suffit pour lui donner l’impression d’absorber les émotions de celle-ci sans la connaître, et Maria la pragmatique. Puis, dans l’ombre, il y a Eeva dont Anna trouve une robe dans l’armoire de sa grand-mère. Cette découverte va remuer pas mal de souvenirs, mais pas forcément ceux auxquels ont s’attend.
Ce qui aurait dû être une chorale de voix féminines est en fait un solo. Celui d’Anna qui a besoin de se défaire d’un chagrin persistant. Alors quand elle exhume un secret tout droit venu du passé de ses grands-parents, elle le monte en épingle et réinvente avec sa propre histoire.
Le secret en lui-même est d’une banalité désolante. C’est typiquement le genre d’histoires faciles que je déteste. On nous parle d’amour, mais cela sonne creux et on se rend bien compte que derrière tous ces grands mots et ces accès de lyrisme il n’y a que des gens qui s’ennuient, des pseudo-intellectuels trop oisifs pour leur propre bien.
En réalité, le destin d’Eeva n’intéresse pas Anna. C’est sa propre histoire qu’elle transpose, pour mieux expurger son chagrin — je devrais dire sa dépression. Anna imagine la vie d’Eeva et se la raconte à la première personne. Elle aménage le tout au fur et à mesure qu’elle apprend des choses, avec un luxe de détails perturbant. Je ne dévoile aucun point clé du récit. On s’aperçoit de cela tout de suite. Anna a l’habitude d’inventer des histoires aux gens ; c’est un jeu venu de l’enfance. Elle les brosse dans le détail, jusqu’à leurs goûts culinaires ou leur façon de froncer les sourcils, comme si elle était finement observatrice — on sent l’influence des grands-parents, l’un peintre et l’autre psychologue — alors que ce ne sont que des envolées créatives et non de réelles observations. On peut déceler des fixations dans ces inventions (quel est donc son problème avec le mardi soir ?). Anna est entièrement tournée vers elle-même. Les portraits mentaux qu’elle esquisse lui permettent de mettre à distance sa douleur. En faisant vivre les événements à d’autres, elle les accepte. Ses délires quasi schizophréniques sont un peu pénibles à suivre, mais surtout malsains. Pas tant parce qu’elle invente — certaines personnes gèrent mieux les événements traumatiques en les transposant qu’en les racontant tels quels —, mais parce qu’elle utilise des gens réels — réels dans le roman s’entend — et ravive de vieilles blessures parmi les membres de sa famille à un moment très difficile de leur vie. Le procédé est puérile, égoïste et narcissique. Cela est d’autant plus frustrant que la réaction du personnage sur lequel le secret est susceptible de faire le plus grand impact est à peine effleurée.
Je n’ai pas si souvent que ça l’occasion de découvrir de la littérature finlandaise et même si je n’ai pas choisi ce livre et que je ne me serais pas dirigée vers lui de moi-même, je l’ai ouvert avec intérêt et curiosité. J’apprécie les récits familiaux, à petite dose, et les explorations psychologiques. Malgré cela, je suis passée totalement à côté de cette histoire. Je dirais même que je l’ai détestée. Je l’ai trouvée soporifique et d’une insondable vacuité. Même la couleur locale n’a pas réussi à me distraire de cette logorrhée thérapeutique.

vendredi 13 mai 2022

Meurtres et muffins aux myrtilles - Les enquêtes d'Hannah Swensen T3

Un roman de Joanne Fluke, publié chez Le Cherche Midi pour la version papier et Audible pour la version audio. Celle-ci est lue par Flora Brunier.


Présentation de l'éditeur :

Eden Lake est sur le point de célébrer son premier carnaval d'hiver. Au menu ? Sports de glace, activités pour les enfants et, bien évidemment, les délicieuses pâtisseries du Cookie Jar, amoureusement préparées par la charmante Hannah Swensen. Cerise sur le muffin, Connie MacIntyre, vedette d'une célèbre émission de cuisine, doit venir signer son livre. Toute la ville est sur le pont - même la mère d'Hannah, qui passe généralement son temps à essayer de la marier. Mais quand Connie MacIntyre est retrouvée morte dans la boutique d'Hannah, cette dernière ne va pas résister très longtemps à son envie de mener une enquête qui va s'avérer pleine de rebondissements.

Une énigme à résoudre, un déluge de sucreries et de nouvelles recettes de pâtisserie, criminellement délicieuses, à faire chez vous. Que demander de mieux pour passer l'hiver ?

Hannah Swensen est de retour pour le Carnaval d’hiver de Lake Eden. Au programme : concours de bonhommes de neige, concours de pêche, reconstitution historique, séance de dédicace de la star très caractérielle d’une émission culinaire et un petit meurtre histoire de s’occuper entre les différents jeux organisés par la mairie.
Ce volume est pour l’instant mon préféré de la série, non que l’enquête soit trépidante, mais l’ambiance du carnaval est sympa et il fait la part belle aux relations entre les personnages. J’aime beaucoup la façon dont évolue la relation entre Andrea et Hannah et l’ambiance de leur petite ville. C’est le genre de roman qu’on lit pour l’ambiance plus que pour son intrigue. Bien sûr, Joanne Fluke force souvent le trait, mais je suis plus tolérante à ce genre de défaut dans les cosy mysteries que pour n’importe quel autre genre.
Les amours d’Hannah sont le point noir du tableau, ça en devient embarrassant tant ça n’a aucun sens. Il n’y a aucune évolution et on a vraiment l’impression que l’autrice se sent obligée de bidouiller un semblant de romance. Peut-être craint-elle qu’on s’imagine qu’Hannah n’est pas séduisante (sans doute parce qu’elle passe son temps à se rabaisser). Cependant, comme dans le tome précédent, ça ne prend pas beaucoup de place alors on fait avec. Et, de la même manière, on oublie les « fillers », ces inévitables répétitions d’un tome à l’autre qui lui font gagner des pages.
Tout est toujours extrêmement accommodant dans cette intrigue. Les gens confient des secrets à Hannah comme un rien (pile au bon moment) et elle s’imagine avoir une grande capacité de déduction alors que c’est le hasard qui joue pour elle. Et je ne parle même pas des personnes qui se trouvent comme par enchantement en relation alors qu’il y avait peu de chances qu’elles se rencontrent un jour. Mais quelle importance ? C’est un roman sans prétention qui n’essaie pas de se faire passer pour ce qu’il n’est pas. Il est très distrayant à écouter et ne demande pas une grande attention, toutefois je ne sais pas si cela aurait le même effet en lecture, je crois que je serais tentée de sauter des pages.
C’est une série sympathique si on arrive à s’attacher aux personnages, sans prise de tête et avec des recettes en prime. Pour l’instant, ça me va.

mardi 10 mai 2022

Le Festival du Dragon-Thé

 Une BD de Kay O'Neill, publiée chez Bliss Comics.

Vous pouvez aussi consulter mon avis sur Le Cercle du Dragon-Thé.

Présentation de l'éditeur :

Rinn a grandi entourée de dragons-thé dans son village, mais tomber face à un véritable dragon est tout autre chose ! Elle rencontre Aedhan, un jeune dragon qui avait été envoyé pour protéger le village. Mais Aedhan s'est endormi dans la forêt il y a quatre-vingt ans... Avec l'aide d'Erik, l'oncle de Rinn, et de son compagnon Hesekiel, ils vont tous enquêter sur les mystères de ce sommeil enchanté. Mais Rinn souhaite surtout aider Aedhan à accepter le fait qu'il ne pourra pas rattraper le temps perdu...

Je vous ai déjà parlé du Cercle du Dragon-Thé, une BD destinée à un jeune public, mais pouvant être appréciée par les rêveurs de tous âges, dont je suis tombée amoureuse dès les premières pages. Le Festival du Dragon-Thé en est une sorte de préquelle. On y retrouve Hesekiel et Erik du temps de leur jeunesse, mais toujours accompagnés de leurs petits dragons. Ils ne sont cependant pas les personnages principaux.
Rinn vit dans un village isolé en montagne, auprès de sa grand-mère et de sa sœur. Iel veut devenir cuisinier-e, mais se rend surtout utile en cueillant des denrées dans la forêt pour tous les habitants de sa communauté. En cherchant des champignons, iel va découvrir une créature endormie.
J’ai adoré ce bel album plein de douceur et de positivité. C’est une ode au partage, à l’ouverture d’esprit et à la compréhension mutuelle, à l’acceptation de soi autant que des autres. Dans le village de Rinn, les gens s’entraident. Ils n’ont pas grand-chose, mais le partagent volontiers. Ils ont aussi une façon bien à eux de veiller sur les dragons-thé qui ici ne sont pas attachés spécifiquement à une personne mais à tout le village.
J’ai été très touchée par le parcours d’Aedhan et de Rinn, qui s’aident l’un l’autre à accepter l’un sa vie et l’autre son talent naturel. C’est raconté aussi bien que montré, avec poésie et délicatesse.
Les illustrations sont colorées et vibrantes d’une énergie revigorante. On se sent mieux, apaisé je dirais, après cette lecture.
Cette BD est en outre très inclusive. On a bien sûr un personnage non-binaire, comme vous l’aurez compris, mais l’auteurice sensibilise également ses lecteurices à l’usage de la langue des signes. On trouve à la fin de l’ouvrage des références pour aller plus loin dans la compréhension de cette langue et de la culture qui l’accompagne.
Si vous aimez le thé, les dragons et les belles histoires, que vous avez besoin d’un peu de tendresse dans ce monde angoissant, plongez dans cet univers chaleureux et bienveillant sans hésitation.