vendredi 18 mai 2018

Mary et la Fleur de la sorcière




Mary et la Fleur de la sorcière est le premier long métrage d’animation du Studio Ponoc, fondé par d’anciens collaborateurs du Studio Ghibli. Il est tiré du roman pour la jeunesse The Little Broomstick de Mary Stewart.
Les bandes-annonces ont commencé à déferler sur les sites spécialisés et les réseaux sociaux plus d’un an avant la sortie du film en Europe. Elles ont évidemment piqué ma curiosité d’amatrice d’histoires de sorcières et j’ai attendu ce film avec une impatience croissante (ce qui est rarement une bonne chose).
L’histoire commence comme un conte. Mary, petite fille un peu esseulée, vient d’arriver à la campagne chez sa grand-tante Charlotte où elle vivra désormais. Elle attend ses parents qui tardent à la rejoindre et s’ennuie un peu, ses tentatives pour aider les gens de la maisonnée étant quelque peu maladroites…
Elle passe donc ses journées dehors et s’égare dans la forêt en suivant des chats. Elle y découvre une fleur rare, le vol de nuit ou fleur de la sorcière, qui ne fleurit que tous les sept ans et un balai fiché dans des racines.
Le début de l’anime est vraiment très plaisant, empreint de merveilleux et de mystère, puis, peu à peu, l’histoire devient plus enlevée, mais aussi davantage convenue et manichéenne. Je pense surtout que je m’attendais à autre chose.
Si vous êtes familiers des films du Studio Ghibli, l’apparence de certains personnages vous rappellera quelque chose. Par exemple, vous aurez l’impression d’avoir déjà vus les serviteurs du docteur Dee  dans Le Château ambulant. Ce n’est pas dérangeant.
Les dessins sont magnifiques, c’est un vrai bonheur à regarder, mais le film souffre un peu de ses faiblesses scénaristiques et autres petites incohérences. Peut-être craignez-vous une pâle copie d’Harry Potter avec cette petite fille qui découvre soudain le monde de la magie et une école de sorcellerie, alors rassurez-vous, ce n’est pas le cas. Quant à moi, j’espérais quelque chose de plus axé sur le merveilleux et ai été déçue par la deuxième moitié du film, d’autant que la fin est plutôt brouillonne.
Je ne suis pas très charitable avec cet anime et j’ai conscience qu’il souffre surtout de mon trop-plein d’imagination et de ma longue attente. Pour peu qu’on soit dans les bonnes dispositions d’esprit, on passe un agréable moment avec Mary et la Fleur de la sorcière.

mardi 15 mai 2018

Le Mystère du jeteur de sorts, Sorcières sorcières T1

Une BD de Joris Chamblain et Lucile Thibaudier, publiée chez Kennes éditions.


Présentation de l'éditeur :
À Pamprelune, tous les habitants sont des sorciers et des sorcières. Dans ce petit village fantastique où des dragons apprivoisés côtoient des citrouilles-boîtes-aux-lettres et où magie et sortilèges font partie du quotidien, trois petites sorcières de huit ans sont victimes tour à tour d'un mauvais sort. Harmonie, petite sorcière elle aussi, est la principale suspecte. Elle aura sans doute voulu venger sa petite sœur Miette, souffre-douleur des trois premières... Mais Harmonie est innocente ! Elle est aussi la seule à pouvoir enquêter et à découvrir qui est le mystérieux enchanteur....

Ce sont les illustrations qui m’ont attirée vers cet album en premier lieu. Elles sont magnifiques, pleines de couleurs et de charme. Cela donne envie de tourner les pages. Et puis, si vous avez un peu cerné mes goûts depuis le temps vous savez que j’adore les sorcières… Bien que cette BD soit destinée aux enfants, je ne pouvais passer à côté et, toute adulte que je suis, j’ai beaucoup apprécié ma lecture.
Harmonie et Miette sont deux petites sorcières tout à fait craquantes avec leurs bas rayés. Elles vivent dans un village de sorciers, ont des balais magiques, un dragon de compagnie et une citrouille en guise de téléphone et de boîte aux lettres. Seule ombre au tableau : la petite Miette n’a pas de pouvoirs et elle est moquée par les autres enfants. Heureusement, sa grande sœur est toujours là pour la protéger. Alors quand les filles qui s’en prennent à Miette commencent à être victimes de sortilèges, Harmonie est le coupable idéal…
L’histoire est mignonne, simple mais efficace. Elle sensibilise les enfants en douceur à la tolérance. J’ai trouvé très touchante la complicité des deux sœurs et leur univers est bien sympathique. Cet album est une bulle de douceur.
Une fois le jeteur de sorts démasqué, on peut lire un autre récit éclairant des points de la première histoire restés dans l’ombre. C’est bien d’avoir séparé la narration en deux, cela ménage le mystère et permet aux jeunes enfants de se familiariser avec des récits non linéaires, une multiplicité de points de vue, et d’aller au-delà des apparences.
Ce premier tome existe également en version romanesque pour les enfants qui commencent à lire seuls. Je trouve très bien d’avoir le choix, même si pour ma part j’en resterai à la BD. Je lirai d’ailleurs volontiers la suite tant l’univers de ces petites sorcières regorge de promesses.
Si vous optez pour la version BD, sachez qu’il existe une intégrale des trois premiers tomes avec une belle couverture et de très jolies finitions qui donnent à l’ouvrage des allures de grimoire. C’est un joli cadeau pour les enfants qui aiment les univers un peu fantasques et la magie.

jeudi 3 mai 2018

Tag : des livres écrits par des femmes

Je suis tombée sur le tag de PKJ consacré aux autrices et je me suis dit que je n’avais plus fait de tag depuis longtemps…


1) Citer un livre écrit par une femme dans lequel le personnage principal est une fille/une femme.
L'âge desmiracles de Karen Thompson Walker.
J’aime beaucoup ce roman. Principalement pour le contraste saisissant entre cette adolescente qui veut vivre et qui grandit alors que la planète décline inexorablement.

2) Citer un livre écrit par une femme dans lequel le personnage principal est un garçon/un homme.
Plaguers de Jeanne-A Debats.
Encore un roman très marquant sur l’adolescence. Dans ce monde-là, lui aussi déliquescent, des enfants et des adolescents acquièrent des pouvoirs qui effraient les adultes. On les parque dans des réserves, qu’ils transforment en sortes d’îlots utopiques. J’ai aimé les voir se construire dans ce monde qui change, s’accepter ou lutter contre ce qu’ils sont.

3) Citer un livre de science-fiction écrit par une femme.
Je viens d’en lire un : Cyberland de Li-cam.

4) Citer un livre de fantasy écrit par une femme.
Déracinée de Naomi Novik.
C’est tout à fait le genre de fantasy que j’aime. C’est-à-dire qu’elle me rappelle les contes que je lisais enfant et qui ont nourri mon imaginaire.

5) Citer un thriller écrit par une femme.
Les Lumineuses de Lauren Beukes.
Je garde un très bon souvenir de ce roman. La fin est un peu expéditive, mais la richesse des personnages et le principe du tueur voyageant dans le temps m’ont beaucoup plu.

6) Citer un livre féministe écrit par une femme.
La Vestale duCalix d’Anne Larue.
C’est un des premiers livres que j’ai chroniqué pour le blog (j’espère avoir progressé depuis). C’est un bon roman, blindé de références, d’humour, mais aussi de réflexion.

7) Citer un livre adapté au cinéma écrit par une femme.
Je vais jouer la facilité (et je n’ai même pas honte) Entretien avec un vampire d’Anne Rice.

8) Citer un livre écrit en duo par deux femmes.
La série Sorcery and Cecelia de Caroline Stevermer et Patrcia C. Wrede
Elle n’est pas traduite en français. J’en garde un souvenir assez sympathique. C’est typé jeunesse, mais si vous aimez les écrits de Jane Austen et Gail Carriger, cela pourrait vous plaire.

9) Citer un livre écrit par une femme et traduit par une femme.
Grand-Mère, tableaux de la vie campagnarde, écrit par Božena Němcová et traduit par Eurydice Antolin
C'est un bijou. Lisez-le.

10) Citer un livre écrit par une femme dont la couverture a également été réalisée par une femme.
Trouver un roman (que j’aime) écrit par une femme, avec une couverture (que j’aime aussi) réalisée par une femme fut étonnamment difficile (il faut croire que c’est la façon dont on respecte la parité en SFFF). J’ai fini par dénicher Masky de Vivianne Etrivert, illustré par Krystal Camprubi.

samedi 21 avril 2018

Cyberland

Un ouvrage de Li-Cam, publié chez Mü éditions.

Présentation de l'éditeur : 
Ici le destin se décide œil pour œil, dent pour dent.
Tu ne te copieras point en dehors des Terres Parallèles.
Tu ne convoiteras pas le fichier d'autrui.
Tu ne formateras pas hormis pour sauver le système.

< Saïd in Cyberland
Asulon
Simulation Love />

Cyberland est composé de trois récits suivant un axe chronologique.
Tous tournent autour du Chronocryte, une intelligence artificielle créée par l’homme pour le sauver de lui-même. Cette IA lui est à ce point supérieure qu’elle apparaît presque divine. De fait, elle est soit crainte, soit vénérée.
Le Chronocryte a fait évoluer internet en infosphère, véritable monde parallèle à la réalité, aussi appelé Cyberland. Pour profiter de cet espace en quatre dimensions, certains humains se sont fait poser des implants cérébraux. On les appelle des Humods. Mais dans ce monde post-singularité, un parti extrémiste, le Diktrans, qui exploite la crainte des machines et de cette IA toute-puissante, prend le pouvoir.
Sous prétexte de recenser les Humods, on les oblige à se déclarer auprès des autorités. Ils sont alors déportés vers une prison créée pour eux : Asulon.
Les Humods clandestins sont traqués et des brouilleurs empêchent la connexion à l’infosphère. Le Diktrans entre en guerre contre le Chronocryte et fait exécuter son créateur.

Saïd in Cyberland est le plus long des trois récits. Il pose les bases de cet univers cyberpunk pour nous permettre d’y entrer avec quelques repères.
Le Diktrans a envoyé des militaires dans Cyberland qui ne sont jamais revenus. Pour tenter une nouvelle approche, il a choisi des adolescents : Louise, une Humod libérée d’Asulon pour l’occasion qui leur servira de guide ; Saïd et Lu-Pan, deux jeunes prodiges, l’un en mathématiques, l‘autre en informatique ; Alyson, toute entière dévouée au Diktrans et iNNoKeNTi un étrange clone de dix ans.
Lâchés dans Cyberland, ces jeunes gens doivent découvrir ce que sont devenus les militaires, ramener des informations et, s’ils y parviennent, trouver de quoi faire tomber le Chronocryte. Mais se laisseront-ils tenter par les merveilles de Cyberland ? Et puis, quelles sont les réelles intentions de l’IA ?
L’idée de départ est très intéressante, mais je dois reconnaître que j’ai peiné lors de cette lecture. Les personnages, même dans leurs failles et blessures, n’ont que très peu suscité ma sympathie. Particulièrement Saïd qui malgré la profondeur de son personnage et sa grandeur d’âme reste un merdeux qui ne sait parler qu’en jurant la plupart du temps, ce qui le rend pénible. Intelligent mais irréfléchi, sensible mais geignard… J'ai du mal avec ce genre de personnage. À la rigueur, j’ai préféré l’émissaire du Chronocryte, qui est le narrateur de cette histoire.
À partir du moment où les tâtonnements des adolescents dans le monde virtuel sont remplacés par un jeu, une simulation créée par l’IA pour les « éduquer » le récit commence à piétiner. C’est dommage car le propos est vraiment intéressant.
Ierofan.th, envoyé par le Chronocryte pour guider les adolescents, apparaît presque plus humain que certains humains. Il met les jeunes face à leurs blessures pour leur permettre, ou non, de s’accepter et de se réaliser. Le choix leur appartient toujours. Tout l’intérêt de ce texte réside dans la finesse de son analyse des rouages de l’âme humaine et dans son appel à la tolérance.

Asulon suit le même chemin dans ses bons comme ses mauvais côtés. Dans cette novella qui a connu une précédente publication chez les regrettées éditions Griffe d’encre, on voit les conséquences des événements de Saïd in Cyberland. On retrouve un personnage du précédent récit enfermé à Asulon où une graine révolutionnaire va ou non s’enraciner.
Le récit est dense, la réflexion profonde. La nature divine du Chronocryte y est longuement évoquée. Les implications philosophiques, éthiques et métaphysiques de cette histoire feront turbiner votre cerveau à toute allure. Mais il faut aussi les digérer.
Peut-être que je n’étais pas d’humeur pour apprécier à leur juste valeur ces deux textes. Je leur reconnais toutefois de nombreuses qualités, mais la fluidité n’en fait partie. Il faut le savoir avant de commencer, Cyberland est une lecture très exigeante, qui demande une totale disponibilité d’esprit et une profonde implication intellectuelle. On a besoin de ce genre d’ouvrages, mais pour moi il a un peu manqué d’âme.

L’ouvrage se clôt sur Simulation Love une nouvelle que j’ai déjà lue dans une autre publication de Griffe d’encre : Chasseurs de fantasmes.
Cette anthologie avait pour intention de donner à l’érotisme une place centrale, sans toutefois que la trame narrative des nouvelles soit un prétexte ou un décor pour justifier le sexe.
Je me souvenais de Simulation Love, cependant cette nouvelle ne m’avait pas marquée en comparaison des autres. Sans connaissance préalable de l’univers créé par Li-Cam, elle valait surtout par sa chute. Je la trouvais anecdotique à l’époque et elle ne m‘a pas semblé plus intéressante aujourd’hui dans un contexte plus étayé.
Si un jour vous tombez sur un exemplaire de Chasseurs de fantasmes, n’hésitez toutefois pas à l’acheter, c’est une excellente anthologie.

En conclusion, Cyberland est un ouvrage intéressant car il pousse à la réflexion, néanmoins ce n’est pas le genre de récit qui vous permet de simplement apprécier l’histoire si vous n’êtes pas prêts à donner plus.

27/04/18, Ajout :
Suite à la publication de cette chronique sur Vampires & Sorcières j’ai eu une petite discussion avec l’autrice concernant le Chronocryte. Cela m’a amenée à voir la nouvelle sous un autre jour. Je pense avoir été influencée par ma première lecture hors contexte de celle-ci, ce qui m’a empêchée de percevoir correctement ce qu’elle apporte à l’ensemble. Je vous laisse en juger. Quant à moi, je ne la trouve plus du tout anecdotique.



Ce livre compte pour la lettre L du Challenge ABC imaginaire 2018.


tous les livres sur Babelio.com

mardi 3 avril 2018

Le Songe d'une nuit d'octobre

Un roman de Roger Zelazny, publié chez ActuSF.


Deux précisions concernant le résumé de quatrième de couverture :
- Vous ne devriez pas le lire.
- Il vous promet du steampunk mais à mon sens ce n'en est absolument pas.

Présentation de l'éditeur :
Quand le steampunk rencontre le mythe de Cthulhu.
 Octobre. Dans 31 jours, le portail s’ouvrira et les Grands Anciens déferleront sur le monde. 
 Dracula, Sherlock Holmes, Raspoutine, le docteur Frankenstein… Ils seront tous là. Mais feront-ils partie des ouvreurs avides de pouvoir, ou seront-ils des fermeurs qui s’opposeront aux horreurs indicibles ? 
 Les familiers de ces personnages seront eux aussi impliqués dans cette murder party ésotérique riche en rebondissements. Tout particulièrement Snuff, un chien dont le maître, Jack, aime se promener la nuit dans Londres avec son grand couteau... 
 Le Jeu va commencer. 
 Quel sera votre camp ? 
 Roger Zelazny est l’auteur de la saga des Neuf Princes d’Ambre. Avec Le Songe d’une nuit d’octobre, il rend hommage avec humour à l’univers de H.P. Lovecraft.

Entre Zelazny et moi, c’est surtout une histoire de marelle, de lames de tarot et de princes, quelques nouvelles arrachées au hasard et des titres de romans griffonnés depuis longtemps sur une liste de livres à lire… Mais cette réédition chez ActuSF était tellement tentante, même pour quelqu’un comme moi qui ne suis guère amatrice des écrits de Lovecraft… Imaginez… Le mois d’octobre, mystérieux entre tous, une bataille ésotérique et néanmoins épique en préparation, des personnages connus et réinterprétés, mais, surtout, un récit écrit du point de vue de leurs familiers ! Je ne pouvais pas résister.
Pour une fois, ce sont les personnages d’ordinaire cantonnés à la figuration (même pas aux rôles secondaires !) qui se trouvent au premier plan. Avec les animaux on a l'impression de voir l'envers du décor sans que cela devienne pour autant une histoire de seconde zone car ils participent activement à la préparation du rituel.
Le récit se découpe en jours et va crescendo jusqu’au 31 octobre, quand la lune sera pleine et le destin du monde scellé lors du combat opposant les ouvreurs et les fermeurs. Les événements nous sont contés par Snuff, chien de garde placide et consciencieux au service d’un dénommé Jack… Snuff est un très chouette personnage, malin, sympathique. On sent qu’il connaît tous les rouages du Jeu. Il semble assez patelin quand il coopère avec les autres familiers, mais pas non plus de nature à se laisser doubler. Il est déroutant de découvrir un personnage si facilement attachant associé à un maître que l’on s‘attend à trouver tout de suite antipathique… Cependant, même la façon dont ces personnages connus sont traités est originale. Jack, par exemple, a peut-être une autre inspiration que celle que vous attendez. Cependant, cela ne sera jamais dévoilé.
Zelazny a une façon particulière de se servir de l’humus généré par tout notre imaginaire commun et de faire pousser ses propres hybrides, créant son univers, sa mythologie. Le doute plane, toujours, quant à la vraie nature de ces figures qui nous semblent si familières. Vous pouvez choisir d’ignorer les références car de toute façon ce que Zelazny a pris, il en fait ce qu’il en veut, ou vous amuser à les décortiquer. Vous ressentirez cette dualité, vous vous trouvez en terrain connu, pourtant vous n’arriverez pas pour autant à vous repérer, comme si vous connaissiez l’espace, mais pas le temps (ou inversement).
J’ai passé un excellent moment avec cette lecture, délaissant mes tâches pour la continuer, rechignant à la lâcher pour aller dormir. Bien sûr, dénicher les références cachées et leurs implications possède un certain charme, cependant la force du récit réside dans l’envie du lecteur de percer les secrets du Jeu. On se laisse vite entraîner dans la partie, on s’implique. Avec Snuff on cherche des indices, on essaie d'identifier qui est ouvreur, qui est fermeur. Y a-t-il seulement des gentils et des méchants dans cette histoire ?!
La préface de Thimothée Rey est très intéressante. Oui je lis toujours les préfaces et je vous encourage à lire celle-ci, avant ou après le roman, à votre convenance, car elle explicite certaines références. Je ne les aurais pas toutes saisies sans cela. Mon ignorance n’aurait pas été grave, néanmoins ces éclaircissements ont enrichi ma perception et cela est toujours une bonne chose.
Le Songe d’une nuit d’octobre est un excellent roman que vous pourrez apprécier même en ayant des connaissances très restreintes concernant l’univers de Lovecraft (voire aucune) car malgré ce jeu de références permanent l’histoire se suffit à elle-même et demeure très divertissante.


Découvrez également les avis d'Acr0, Chani et Dionysos.



Ce roman compte pour la lettre Z du Challenge ABC imaginaire 2018.


dimanche 1 avril 2018

Il sera une fois...

Un recueil de nouvelles de Southeast Jones, publié chez Séma éditions.


Présentation de l'éditeur : 
"Il sera une fois" vous invite à rêver demain : de l'humain au surhumain, de notre insignifiante petite planète aux confins de l'univers et au-delà, Southeast Jones vous convie à découvrir ses visions d'avenir au travers de quinze contes étranges, drôles ou inquiétants. Ces histoires hors du commun vous fourniront nombre de réflexions sur les futurs possibles imaginés par l'auteur : quelle serait votre réaction si vous appreniez qu'il y a bien une vie après la mort ? Qui est ce Père Noël un peu bizarre que l'on voit le 24 décembre sur Carabistouille IV ? Quelles pourraient être les conséquences de la victoire des mutants contre le genre humain ? Quelles traces garde-t-on quand on a été avalé par un ogre ? Que faire si, pour sauver la Terre, il fallait détruire l'Humanité ? S'inspirant du "Golden Age of science-fiction", l'auteur vous ouvre grand les portes de ses univers.

Sommaire : 
  • Barbares !
  • Contrat
  • Émancipation 
  • Divergence d’opinion
  • Question de foi
  • Rétrocession
  • Jonas
  • Trip
  • Grand-Veille
  • Notre-Dame des opossums
  • Début de semaine
  • Le C.R.I.M. était presque parfait
  • Le temps du repos 
  • Noël Lointain
  • Les enfants de nos enfants

Il sera une fois… Ce titre évoque des contes du futur, une étendue de possibles. Il est surtout la marque d’une filiation, l’héritage d’un lecteur vorace qui a su se nourrir des grands classiques de la science-fiction pour nous proposer à son tour ses visions, ses problématiques, de futurs potentiels. Southeast Jones nous propose une SF plurielle, plus clinique que cynique, mais toujours intéressante. Ses textes courts se lisent d’une traite et, si j’en connaissais déjà certains pour les avoir lus dans les anthologies des Artistes fous, je les ai relus volontiers. Je pense notamment à Notre-Dame des opossums, Le Contrat et Jonas, récits qui m’ont beaucoup marquée à ma première lecture.
Si j’ai apprécié Barbares ! la nouvelle d’ouverture, j’en avais vu venir la chute, ce qui m’a un peu désappointée. Ce n’est pas très objectif, car c’est un bon texte, il souffre juste du fait que les grands lecteurs sont moins tolérants avec ce qu’ils ont déjà pu voir de trop nombreuses fois. Il s’agit toutefois d’un des textes les plus classiques du recueil et je vous encourage à passer outre cette possible impression de déjà-lu. Vous trouverez par la suite des récits moins convenus.
Chaque texte est accompagné d’une illustration, ce qui permet de se mettre tout de suite dans l’ambiance. Entre autres aventures, vous testerez une invention mystérieuse dans Le C.R.I.M. était presque parfait, vous assisterez à une guerre absurde dans le très caustique Divergence d’opinion, vous rencontrerez un pape et des extraterrestres dans Question de foi et vous serez peut-être même avalé par un ogre…
Au fil des nouvelles, des références littéraires se croisent, des problèmes se posent et des idées sont semées. J’ai plié ce recueil en deux jours, c’est dire s’il se lit vite (je suis d’ordinaire plus parcimonieuse avec les nouvelles). Pour autant, ce sont des histoires distrayantes mais qui donnent à réfléchir, elles éclosent lentement et demeurent vivantes bien après lecture.



vendredi 30 mars 2018

Élixir de nouvelles steampunk

Un recueil de Delphine Schmitz, publié chez Séma éditions.

Présentation de l'éditeur :
Dans ce monde de vapeur et de rouages où science et magie se côtoient, vous rencontrerez des inventeurs plus loufoques les uns que les autres, parfois charmants, d'autres fois terrifiants. Vous découvrirez un appareil photographique qui n'en fait qu'à sa tête, un sous-marin en quête de créatures fabuleuses, un musée de cire où les statues prennent vie, le premier ordinateur de l'Histoire, et bien d'autres choses encore. Au fur et à mesure de votre lecture, d'étranges liens entre les textes éveilleront votre intérêt. Vous ne pourrez vous empêcher de remarquer la présence fugace mais récurrente de mystérieux matériaux aux étonnants pouvoirs. Et si la dernière nouvelle vous livrait leur secret ?


Quelle excellente surprise que ce recueil ! Je survole généralement les quatrièmes de couverture et je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais du steampunk et des nouvelles… cela suffisait à me convaincre. Quel ne fut pas mon étonnement au fil de ma lecture en constatant qu’en fait cet ouvrage est presque un fix up. Il faut dire que j’étais frustrée à la fin de la première nouvelle, mécontente d’en rester à cette chute abrupte. Alors, quand j’ai vu que l’histoire n’était finalement pas totalement en suspens, cela m’a ravie.
Les liens entre les textes sont subtils, à peine évoqués dans les premiers récits, puis de plus en plus prégnants. Cette façon de construire l’univers, comme une toile d’araignée dans laquelle le lecteur se laisse prendre puis entraîner jusqu’au centre, m’a beaucoup plu. J’ai adoré regarder le motif se dessiner, chercher à comprendre l’origine des artefacts qui hantent ces histoires, dénicher les liens entre les personnages, retrouver ces derniers, parfois, dans une autre histoire. Il faut dire que certains parviennent en peu de pages à se rendre très attachants.
L’écriture de Delphine Schmitz est très agréable et donne l’impression d’écouter une conteuse. Son imaginaire m’a tout de suite séduite.
Tout cela contribue à impliquer le lecteur et les pages se tournent de plus en plus vite. On se sent un peu triste quand arrive la fin, mais content.
Dans ce tissage uchronique vous verrez des inventions étonnantes (et des matières qui le sont tout autant), des amours transcendant la mort, des automates (évidemment), un super-héros comme on les aime (c’est un ptéranodon, pas une chauve-souris bon sang !), un pirate damné, vous suivrez des enquêtes, voyagerez dans un sous-marin, vous attendrirez parfois et, avec les personnages, tenterez de changer le cours du temps.
Je vous conseille chaleureusement cette très chouette lecture, même si vous n’êtes pas amateurs de nouvelles, vous tomberez sans nul doute sous le charme de cet univers haut-en-couleur.