mardi 16 avril 2019

Blues pour Irontown

Un roman de John Varley, publié chez Denoël.

Présentation de l'éditeur :
Christopher Bach était policier lors de la Grande Panne, ce jour où le Calculateur central, qui contrôle tous les systèmes de survie sur Luna, a connu une défaillance fatale. La vie de Chris a alors irrémédiablement basculé, et il essaie désormais d'être détective privé. Assisté de son chien cybernétiquement augmenté, Sherlock, il tente de résoudre les quelques missions qu'on lui confie en imitant les héros durs à cuire qui peuplent les livres et films noirs qu'il adore. Lorsqu'une femme entre dans son bureau et prétend avoir été infectée volontairement par une lèpre incurable, Chris est tout disposé à l'aider à retrouver celui qui l'a contaminée. Mais il va vite déchanter en comprenant que son enquête doit le mener là où personne n'a réellement envie d'aller de son plein gré : à Irontown... Blues pour Irontown est un mélange détonant de roman noir et de science-fiction. Situé dans le même univers que les précédents ouvrages de l'auteur, notamment Gens de la Lune et Le Système Valentine, parus chez Denoël, il marque le retour, tant attendu, de John Varley à son meilleur.
Chris Bach est détective privé. Avec son chien Sherlock, il parcourt les ruelles sombres de Luna sur la piste de criminels sans foi ni loi. Enfin, il aimerait bien. La plupart du temps, il passe juste pour un excentrique qui se balade avec un accoutrement tout droit sorti d’un vieux polar et qui refuse les implants cérébraux qui facilitent tellement la vie de ses concitoyens. 
Un jour, une femme arrive dans son bureau et l’engage pour retrouver le gars qui lui a transmis une forme persistante de lèpre, maladie depuis longtemps éradiquée sur Luna. On sait tous que ce n’est que le début de ses ennuis et Chris, en bon amateur de polar, le sait aussi, mais il se lance quand même sur la piste. 
Blues pour Irontown est un roman fort distrayant. Il fait partie du cycle des Huit mondes, mais peut se lire indépendamment. On y trouve de nombreuses références à Gens de la lune qui, bien loin de gêner, donnent plutôt envie de lire ce roman. 
Blues pour Irontown est de la SF très grand public. Attention, ce n'est pas du tout péjoratif. Disons que j'apprécie toujours un bon divertissement et c'est ce que nous offre Varley avec ce roman. Il évoque des sujets importants, mais ne les traite pas en profondeur. C’est un conteur, pas un visionnaire. 
Le polar n’est jamais loin des genres de la SFFF, c’est même un choix facile et qui peut vite sembler rebattu pour les habitués. Ce que je peux reconnaître à Varley, c’est qu’il en use sans prétention. Il a construit ses personnages avec soin et s’amuse des clichés. Chris Bach tend volontairement vers la caricature et il en a conscience. Cela crée d'emblée une connivence avec le lecteur, pour peu que celui-ci ait une petite inclination pour les classiques du polar, ce qui est mon cas. J'ajouterai que l’acolyte de Chris, le très intelligent clébard nommé Sherlock qui partage avec lui la narration apporte beaucoup au récit. Ce n'est pas la première fois que je rencontre un animal élevé au rang de personnage principal en SF, mais celui-ci, avec son humour douteux de canidé et ses réflexions sur la vie, la mort et les humains, a quelque chose de particulier. C’est un personnage très cohérent pour qui connaît un peu les chiens. Il est à la fois drôle, un peu lourd, et touchant. J’ai perdu ma chienne il y a environ un mois et certaines de ses considérations me sont allées droit au cœur. 
Chris, Sherlock et la complicité qui les lie sont vraiment le sel de ce roman. Des personnages travaillés me rendent souvent plus indulgente envers les petites faiblesses du récit. Pourtant, il faut bien le dire, Blues pour Irontown ne possède pas le scénario le plus complexe du monde. 
Je m’attendais à une enquête plus construite ou en tout cas qui ait un impact plus conséquent sur le récit. Cela démarrait bien et la première moitié du roman m’a plu. La seconde, cependant, m’a semblé beaucoup plus brouillonne, prévisible et souvent incohérente dans ses justifications. C’est dommage car j’ai malgré tout passé un moment agréable avec ce roman qui reste très distrayant. Je l’ai lu vite, ne piétinant que sur la toute fin. Et puis il y avait des chiens sympas, alors ça rattrape un peu...

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lundi 8 avril 2019

Beaumarchais ou l'irrévérence

Une biographie écrite par Marie Geffray et publiée aux éditions du jasmin.


On connaît le dramaturge, bien sûr, resté célèbre pour la trilogie de Figaro. Et si on a suivi des études littéraires, on connaît aussi un peu l’homme. Brillant, libertin autant que libertaire, très en avance sur son temps et jouant néanmoins des inégalités de son époque pour s’élever socialement. Beaumarchais était un homme d’une remarquable intelligence, animé par de grands idéaux mais possédant aussi une bonne dose de pragmatisme. Jonglant en permanence entre raison et aspirations, il était tout en contradictions.
Cette biographie retrace son existence de manière très chronologique, anticipant peu, détaillant beaucoup. Elle ne prend pas souvent parti — ce qui est une bonne chose, mais s’attache à montrer quel bel esprit était Beaumarchais. On connaît l’auteur par ses plus grands succès, mais connaît-on le fils d’horloger, le jeune artisan doué qui a su se hisser dans les hautes sphères, puis le négociant qu’il est devenu par la suite ? Connaît-on l’homme pugnace et généreux qui malgré les revers — et il en a connu de nombreux — n’a jamais renoncé ?
Il était sans doute trop en avance sur les mœurs de son époque, mais beaucoup trop subtile pour se laisser piéger par les excès de la Révolution. Tout influencé qu’il était par l’humanisme des Lumières et souhaitant ardemment faire évoluer la France en luttant contre les inégalités sociales et les injustices, il était un homme aussi passionné que raisonnable, usant de son esprit et n’aspirant guère à la répression ni à la violence. Toutes les difficultés qu’il a rencontrées au cours de son existence ne sont jamais parvenues à l’abattre ni à rogner ses ambitions ou sa soif de justice. Ce sont sa grande intelligence et ses capacités d’adaptation qui en font encore aujourd’hui un personnage si intéressant.
Venu à la littérature par jeu ainsi que par intérêt social et resté célèbre par elle, il est néanmoins une figure historique qui mérite notre intérêt. Il n’a jamais cessé d’apprendre, ce que je trouve remarquable, et a exercé une bonne douzaine de métiers différents, dont espion et éditeur. Il a participé à de nombreux combats. Il s’est, entre autres, battu pour les droits des auteurs alors même qu’il ne comptait pas tirer de ses pièces un revenu substantiel.
Travailleur acharné, aimant néanmoins le luxe et les plaisirs de la vie, visionnaire et profondément marqué par la philosophie des Lumières, Beaumarchais fut l’un des grands hommes de son temps, bien qu’il ne sût, ou ne souhaitât, prendre le tournant de la Révolution, ni ne fût toujours récompensé pour ses prises de position, notamment dans l’aide qu’il apporta à la toute jeune nation américaine. Si on ne lui a pas rendu justice, c’est sans doute parce que ses intérêts touchaient souvent de près ou de loin aux combats qu’il menait. C’est là toute sa dualité.
Cette biographie est relativement agréable à lire. Fluide dans les premiers chapitres, elle se fait toutefois plus brouillonne et répétitive dans les derniers. Elle est cependant très complète et donc une bonne base pour en apprendre davantage sur Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais.

mercredi 13 mars 2019

La mer monte

Un roman d'Aude Le Corff, publié chez Stock.

Présentation de l'éditeur :
Lisa vit seule à Paris dans un appartement connecté. Dehors, le chant des cigales est aussi accablant que la chaleur, les drones filent entre les immeubles et surveillent les habitants, des créatures virtuelles parlent aux piétons. La jeune femme participe aux projets qui transforment le pays, mais peine à croire en ce nouveau monde à la fois insolite et oppressant. Son voisin Liam, devenu son confident, entretient avec dévotion son jardinium. Quant à Laure, sa mère, elle trouve dans les nouvelles technologies des remèdes à son anxiété et à sa solitude.
Nous sommes en 2042. Des catastrophes naturelles ont frappé le monde et forcé les dirigeants des pays développés à entamer une transition écologique radicale.
Lisa a vécu son enfance auprès d’une mère souvent absente et lunatique, qui tenait avec soin son journal. La fillette, qui le lisait en cachette, a ainsi découvert un épisode douloureux pour sa mère : dans les années 1990, son petit ami est brutalement parti au coeur de l’été, sans un mot. Laure ne l’a jamais revu, et Lisa s’interroge encore. Sa famille s’est toujours montrée silencieuse au sujet de cet abandon et des bouleversements qui ont suivi. Que lui a-t-on réellement caché ? Elle décide alors d’enquêter.
Ce roman très original alterne deux récits de femmes à des époques dissonantes : un monde familier se mêle à un monde imaginaire. Le lecteur est emporté par ces voix et les non-dits qu’elles dévoilent.

Futur proche, l’humanité tente de réparer ses erreurs. Les jardins urbains fleurissent sur des tours hyper-connectées dont l’ascenseur vous avertit à la moindre prise de poids. Les robots et les drones sont partout, mais les réfugiés climatiques ne sont pas les bienvenus… Les gens sont désabusés… et surveillés sans relâche. 
Lisa vit seule, comme beaucoup de personnes de son âge. Le couple n’est plus la norme. Elle travaille pour la ville de Paris. Son boulot est d’en améliorer l’environnement pour le rendre plus écologique et plus vivable. C’est qu’il fait chaud à Paris, l’hiver n’est plus qu’un lointain souvenir. 
Lisa s’interroge beaucoup. Au cœur de ses préoccupations on trouve son environnement, les I.A. et robots qui la mettent mal à l’aise et, surtout, sa mère : Laure. Celle-ci est une dépressive chronique que tout angoisse. Quand elle était adolescente, Lisa avait pour obsession de déterrer le secret maternel. Pour la guérir, pour en faire une meilleure mère. Cela la hante depuis. 
On slalome donc entre ce futur déliquescent qui est le présent de Lisa et les années 90, adolescence de Laure et berceau de ses névroses que l’on découvre par le biais d’un journal intime. L’alternance des voix et des époques fait la richesse du récit. 
Je suis tout de suite entrée dans cette histoire. Je pensais m’intéresser bien plus à l’aspect Anticipation du récit, qui est d’ailleurs cohérent et intéressant (même si je doute que l’humanité puisse opérer si rapidement un tel revirement, même pour sauver sa peau), mais peu à peu l’histoire personnelle des deux femmes a aussi éveillé ma curiosité. Je ne l’aurais pas cru de prime abord, ce genre de confidences et de jérémiades sur les amours déçues m’ennuient en général. Et c’est ce que semble être le récit de Laure, du moins au début, avant la dépression. L’aspect psychologique de ce roman est plus profond qu’il n’y paraît, même s’il n’a pas été assez développé à mon goût. 
Il ne faut pas s’y tromper, le futur que l’on nous dévoile est surtout un décor, même si c’est un décor tout en relief qui n’est pas exempt de réflexion sur notre avenir et notre façon de consommer. Les névroses de Laure, mais aussi celles de Lisa, sont en revanche le point focal du récit. 
En lisant les extraits du journal de Laure, on se sent glisser dans sa dépression. J’avais envie de la secouer, tout en ressentant une certaine peine pour elle. Lisa, qui m’était plus sympathique au départ, m’est vite devenue insupportable tant je la trouvais puérile dans ses réactions face à sa mère. Ses propres angoisses justifient-elles les piques et petites mesquineries qu’elle ne manque jamais d’assener à sa génitrice ? La pauvre Laure semble bien peu aidée et aimée. Mais ce n’est pas aussi simple. Tout le monde a ses torts dans cette histoire et la relation un rien malsaine des deux femmes est composée de nombreuses strates. On s’en rend compte à mesure que l’on déterre leurs secrets. 
À la lecture de la quatrième de couverture, je m’attendais à une enquête, sans pour autant espérer un thriller. Cependant, il n’y a guère d’investigation, juste des interrogations, même si elles trouvent finalement des réponses. On se laisse plutôt porter par cette histoire, entre souvenirs et questions récurrentes. 
J’ai été assez déçue par le dénouement. J’avais vu venir de loin l’explication de l’événement qui a gâché la vie de Laure, Thomas et même Lisa et j’ai trouvé facile la façon dont la résolution est amenée. Cela manquait un peu de profondeur et c’est bien dommage. Bien qu’il ne soit pas exempt de maladresses et que l’autrice use de ficelles un peu trop grosses, j’ai passé un bon moment avec ce roman qui n’est jamais pesant malgré les thèmes qu’il aborde.

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mardi 22 janvier 2019

Journal d'un animateur aux Studios Idéfix

Un témoignage en BD de Patrick Cohen, aux éditions Tartamudo.

Présentation de l'éditeur :
1974, naissance des studios Idéfix créés à Paris par René Goscinny, son complice Albert Uderzo et leur éditeur Georges Dargaud. Les studios réaliseront notamment « Les 12 travaux d'Astérix » et « La ballade des Daltons » devenus des classiques de l'animation française. Les studios Idefix fermeront définitivement leurs portes en 1978 à la mort prématurée de Goscinny survenue le 5 novembre 1977. Ils n'auront vécu que quatre années, mais des années qui auront révolutionné le monde de l'animation française qui « ronronnait sur ses lauriers tel un gros matou au coin du feu », le dessin animé français... et la vie de Patrick Cohen. Patrick Cohen intégrera Idefix dès la création, un premier avril 1974, ça ne s'invente pas !
Qui n’a pas vu — et adoré — Les douze travaux d’Astérix ? Ce chef-d’œuvre de l’animation française a été produit par Les Studios Idéfix dont la très brève existence a néanmoins été bien remplie. Dans cette BD, Patrick Cohen nous raconte leur histoire et la sienne, inextricablement mêlées, ainsi que le fabuleux essor de l’animation française. 
Passionné par les dessins animés de Walt Disney depuis son enfance, c’est en imitant ses personnages qu’il a développé son art en rêvant de devenir animateur à son tour. Quand le jeune Patrick est renvoyé de son lycée à seize ans, il n’imagine pas que cela va le rapprocher de son rêve. Son histoire professionnelle semble tissée d’heureux hasards et de bonnes rencontres, comme si quelque chose l’avait toujours poussé vers sa vocation. C’est ainsi qu’il débarque un jour aux Studios Idéfix, pépinière de talents fondée par René Goscinny et Albert Uderzo, ce qui sera le cœur de son récit. 
L’ouvrage se découpe en deux parties. La première est sous forme de planches en noir et blanc. Elle raconte l’histoire de Patrick Cohen, puis les Studios, avec force détails et humour. Les anecdotes sont tant personnelles qu’historiques et j’ai appris pas mal de choses sur l’animation, son développement, son évolution et ses acteurs en France. C’était très intéressant. 
Cela nous ramène à une époque pas si lointaine où le talent et l’opiniâtreté valaient autant que les diplômes (même si je ne dis pas que c’était plus facile). Le champ des possibilités semblait plus grand. Dans les années 70, l’animation était encore artisanale, avant l’avènement du numérique. En être témoin par le regard d’un de ses acteurs est fascinant. 
On ressent l’amour de Patrick Cohen pour son métier, ce qui est fort plaisant. Il mêle à ses planches des dessins d’archives, comme les caricatures que ses collègues et lui s’amusaient à faire. Il brosse leur portrait au passage, pas toujours flatteur, mais cela lui permet aussi de décrire leurs métiers respectifs et, pour certains, leur carrière à venir. Et il nous parle de Goscinny, pour qui j’éprouve, moi aussi, une grande admiration. 
La deuxième partie de l’ouvrage, plus courte, est composée de textes et de photos. On y retrouve sensiblement les mêmes informations que dans les planches, avec quelques détails en plus ainsi qu’un glossaire, des portraits et le parcours professionnel de l’auteur. 
Cet ouvrage a été une excellente surprise. Il est très agréable à lire et à feuilleter. J’ai apprécié de vivre par ce témoignage l’histoire des Studios Idéfix : quatre ans, deux longs métrages, des publicités, une école fondée en parallèle… Un rêve qui a pris fin brutalement avec la mort de Goscinny. 
Avec tout ça, j’ai très envie de revoir Les douze travaux d’Astérix.

mercredi 16 janvier 2019

Les Questions dangereuses

Une novella de Lionel Davout, publiée chez ActuSF.

Présentation de l'éditeur :
1637 : Qui a assassiné le docteur Lacanne, en plein château de Déversailles ? Pour connaître la réponse à cette question, le mancequetaire Thésard de la Meulière, son libram à la main, est prêt à résoudre les énigmes les plus perfides... jusqu'aux confins de l'indicible.
J’apprécie les textes de Lionel Davoust parce qu’ils sont toujours aussi percutants qu’intelligents. L’importance de ton regard est d’ailleurs l’un des meilleurs recueils qu’il m’ait été donné de lire. 
Les Questions dangereuses est un récit délectable, une novella de cape et d’épée à la saveur de roman feuilleton et aux relents de conte philosophique. Les niveaux de lecture s’y superposent avec une telle porosité qu’on va aisément de l’un à l’autre, sans s’en rendre compte. On passe un excellent moment, sans pour autant oublier de réfléchir. 
Dans cet univers, les mancequetaires sont des brhéteurs sans pareils (oui, vous avez bien lu et je n’ai pas fait d’erreur), les mots sont des armes et les énigmes peuvent être mortelles. Il n’est jamais bon de se poser trop de Questions existentielles quand la neurasthénie peut vous emporter à tout moment, faute de Réponse. L’intellect et l’action doivent s’équilibrer, c’est ainsi que notre héros Thésard de la Meulière, mancequetaire de son état, jongle entre son appétit pour les joies de l’existence et celui pour la connaissance. Mais il pourrait être bien malgré lui exposé à de trop dangereuses Questions en voulant élucider un meurtre barbare et protéger la reine. 
La plume acérée de Lionel Davoust glisse de jeux de mots en références, tous plus savoureux les uns que les autres. Ce récit est d’une remarquable finesse et si jubilatoire que je l’ai en grande partie lu à haute voix au bénéfice des corneilles (honneur le plus souvent réservé au grand Terry Pratchett). Cette lecture fut un réel plaisir et je ne peux que vous la recommander.

mardi 15 janvier 2019

Réalités volume III

Une anthologie dirigée par Tesha Garisaki et publiée chez Realities Inc.
Existe en papier et numérique.

Découvrez aussi :


Présentation de l'éditeur :
Tesha Garisaki continue sa pêche aux perles et nous a rapporté dix petits bijoux dans ses filets. Catch du futur, géomancie, robots géants, voyages burlesques et interplanétaires… si vous croyiez avoir tout vu, attendez d’avoir lu !

Sommaire :
  • 5’34, par Jonathan Penglin
  • Un petit, tout petit Bout de Protestation, par Q. Marrou 
  • En pleine Dérive, par Guillaume Parodi
  • Le Bleu et le Noir, Lucie Heiligenstein
  • Le Mur, Loïc Daverat
  • Nouvelle Tête, Sham Makdessi
  • L’Âne qui rit, Justin Hurle
  • Le dernier des Enfants rouges, Jean Bury
  • Le Pays des Cyclopes, Le Dino Bleu
  • Un Héritage draconique, Sébastien Mora

Comme les volumes précédents, cette anthologie nous offre une grande diversité de genres et d’univers. L’humanité n’y est pas toujours à son avantage et la plupart des nouvelles sont cette fois-ci grinçantes, voire franchement dérangeantes. Cependant, s’il y a bien un thème récurrent qui se dégage de l’ensemble, c’est la contestation. Règles brisées ou dévoyées, luttes frontales ou silencieuses et louvoyantes, les personnages de ces nouvelles trouvent toujours un moyen, même s’ils ne gagnent pas forcément toutes les batailles. Cela fait écho dans le contexte actuel. 
Les combats physiques ont la part belle dans ce volume, qu’il s’agisse de l’intense et fascinant duel de 5’34 ou d’une guerre extrêmement violente sur une planète lointaine contre d’immenses et énigmatiques machines dans Le Pays des Cyclopes. Mais il ne s’agit pas d’action pour l’action. Je ne suis pas du tout friande de scènes de combat, cependant ces deux textes m’ont plu pour les réflexions qu’ils inspirent. Il en va de même pour Le dernier des Enfants rouges, un récit saisissant, très perturbant dans ses thèmes, qui m’a néanmoins semblé infiniment long, sans doute à cause du malaise qu’il provoque. 
Certains textes jouent davantage sur l’émotion. En pleine dérive est un récit triste et émouvant, une lutte pour la survie cette fois. Il est d’autant plus marquant qu’il touche du doigt notre réalité. 
Le Bleu et le Noir, avec sa saveur de légende cauchemardesque est bien loin de notre monde, mais n’en est pas moins chargé d’émotions. À sa manière il parle aussi de survie, d’espoir et de foi. 
Et si vous préférez le cyberpunk et le transhumanisme aux légendes oniriques, vous aimerez Nouvelle Tête, un récit fascinant, qui s’engloutit très vite tant il est divertissant, mais n’en est pas moins porteur de réflexion. 
La rébellion est partout dans cet ouvrage. J’ai notamment beaucoup apprécié Le Mur, nouvelle dans laquelle les membres d’équipage d’une station spatiale refusent que soit rapatrié sur Terre le mur qui leur a servi de défouloir. J’ai trouvé ce texte très humain et à contre-courant, à l’heure où l’on affiche constamment sa vie sur les réseaux sociaux. Il nous rappelle que nos pensées nous appartiennent et que le choix de les diffuser ou non ne revient à personne d’autre. 
Et je termine avec mes deux nouvelles préférées. Tout d’abord Un Héritage draconique, un texte dont je n’avais pas envie de sortir tellement l’univers m’a plu. J’aurais bien lu tout un roman sur ce personnage et ce monde totalitaire où les dragons ont régné puis disparu. 
Enfin, mon coup de cœur absolu dans cette anthologie est indubitablement Un petit, tout petit Bout de Protestation. C’est tout ce que j’aime dans la SF : un récit réellement original et humaniste, qui s’interroge sur le devenir des peuples, qui est cohérent tout en étant imaginatif, qui est bien loin de notre quotidien mais nous parle quand même. J’ai adoré cette nouvelle. 
Ce volume de Réalités est digne de ses prédécesseurs. Il offre d’excellents moments de lecture, du divertissement et du suspense autant que de l’émotion et de la réflexion. C’est une réussite.

dimanche 6 janvier 2019

Les Quatre Filles du docteur March (série de 2017)


Le hasard faisant parfois bien les choses, j’ai appris hier que la série de 2017, que je mentionnais dans mon précédent billet, était passée sur France 2 le 31 décembre et donc encore disponible en replay jusqu’au 7 janvier (quand on n’a pas la télé… bref). J’étais sur ma lancée, alors pourquoi pas ? 
Cette série est composée de trois épisodes d’une heure chacun. Il s’agit d’une adaptation plus libre que le film de 1994, elle va du début de Little Women à la fin de Good Wives
Cette adaptation se veut plus nuancée, accentuant la part la plus sombre de l’histoire, tout en mettant également le doigt sur les inégalités sociales. Cela n’a pas marché, à mon sens, car c’est fait de façon superficielle. En revanche, une grande partie du charme du roman s’est estompée dans ces circonvolutions. De bons moments ont été gâchés ou oubliés en route, alors que le film, pourtant plus court, avait su capter l’essentiel. La série manque de substance et l’on peine à s’attacher à des personnages qu’on aimait pourtant déjà. 
Pour citer quelques exemples : la complicité des sœurs n’est pas aussi évidente qu’elle le devrait et leur amitié avec Laurie ne passe que par le prisme de Jo. Amy est devenu un personnage détestable. Des quatre sœurs, c’est celle que j’aime le moins, mais pour autant ses qualités compensent ses défauts normalement. Ce n’est pas le cas dans la série où même ses moments censés être les plus émouvants la montrent capricieuse et narcissique. Je vous citerai simplement la scène du testament où sa seule préoccupation est de se mettre en valeur sans s’inquiéter du sort de sa sœur… Le traitement réservé à son personnage est celui qui m’a le plus déçue. 
Quant à Jo… Le côté bourrin de sa personnalité est volontairement accentué. Mais a-t-on vraiment besoin de cela pour savoir qu’elle a du caractère ? Elle qui est caractérisée par son intelligence ne semble pas manifester une grande curiosité intellectuelle dans cette adaptation… 
Ajoutons à cela des ajouts, parfois motivés par le besoin de garder un personnage à demeure, comme la tante Carole qui remplace la tante March pour le voyage en Europe de Amy. C’est souvent plat et pas toujours utile. 
Cela étant, il y a aussi des réussites. Willa Fitzgerald est excellente dans le rôle de Meg. Le personnage de Mme March est plus dur et pas toujours juste. Cependant, on voit un peu plus d’elle et de ce caractère buté qu’elle évoque avoir eu dans les romans quand elle explique à Jo qu’elle doit dominer ses accès de colère. 
Mais pour moi le personnage le plus réussi est celui de la tante March, superbement campé par l’excellente Angela Lansbury. La vieille tante est toujours aussi revêche, mais elle acquiert plus de corps dans cette série. Cependant, cette évolution est toujours en accord avec le modèle original et c’est ce qui en fait tout l’intérêt. 
Il est dommage, tant qu’à faire une série, de s’être arrêté à la fin de Good Wives, alors que la suite a si peu connu d’adaptations. Et c’est un peu triste, en fin de compte, d’avoir eu une nouvelle occasion de raconter cette histoire et d’en faire quelque chose de si fade. Je ne suis pas contre les changements ni contre une exploration plus profonde et dramatique du récit, mais il manque quelque chose à cette version. Alors que les livres ou le film de 94, lus et vu des dizaines de fois, m’émeuvent toujours autant, cette série est à peine parvenue à le faire lors de son passage le plus triste. 
Je ne l’ai pas détestée, mais je ne l’ai pas aimée non plus. Tant de tiédeur me laisse perplexe.