lundi 9 juin 2014

Le stage infernal, Ep2

L’auteur (ouais enfin disons plutôt la nana qui écrit cette histoire et qui adore parler d’elle à la troisième personne) s’excuse humblement auprès des êtres mythiques dont elle a utilisé les noms, ainsi qu’auprès de toutes les créatures infernales.
Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé est évidemment fortuite et indépendante de la volonté de l’auteur. Sauf en ce qui concerne un certain lutin tout de vert vêtu.


***


Une petite balade sur le fleuve, comme ça de bon matin, ce n’est pas si mal… Et puis ça me donne le temps à la fois de me remettre de mon bain de foule et de me préparer à affronter le reste de la journée.
Le travail que je fais dans les bureaux infernaux ne demande pas beaucoup d’efforts, c’est censé, à l’origine, être du secrétariat de base, des trucs abrutissants comme tenir les registres à jour, reclasser les archives pour rien (parce que c’était déjà fait. Mais, on ne sait pourquoi, elles semblent être régies par une forme de chaos perpétuel, une force invisible semble les déranger à loisir) et des trucs comme vérifier que les délais de peine sont respectés. Je sors rarement de ce bureau. À part pour quelques corvées détestables, c’est plutôt tranquille.
Accueillir les visiteurs, même s’ils sont rares, ou encore remplir les fiches de nouveaux arrivants, ce n’était vraiment pas mon truc, trop de monde, même ici, après tout c’est l’été. Les effectifs sont censés être doublés pour cette période, mais tu parles, réduction de budget, tout le monde se barre en vacances, Hadès est furieux parce que les affaires marchent mal et belle-maman l’exaspère…
Enfin, ce qu’on attend de nous n’est tout de même pas très compliqué, ce qui vaut mieux quand on connaît ma principale collègue : Chimère. La prochaine fois je ne me ferai pas avoir et je m’arrangerai, comme tous les autres, pour ne pas choisir les mêmes horaires. Disons que quand on rencontre Chimère pour la première fois, elle ne paraît pas vraiment sympathique et plus on passe de temps avec elle, plus ça se confirme… Elle est plutôt du genre grincheux et c’est un euphémisme. Ce n’est pas non plus le travail qui l’épuise, elle passe ses journées à limer les crochets des serpents qui lui servent de cheveux. D’un autre côté, je ne vais pas m’en plaindre, ces bestioles sont aussi agressives que le reste de sa personne…
Notre supérieur hiérarchique est censé être Hermès. Je dis « censé », parce qu’on ne le voit pas souvent le lascar… Cela dit, quand il vient, il nous apporte toujours des chocolats… Façon très élégante de nous faire oublier qu’il est payé à ne rien faire. Mais je suis tout de même ravie de travailler avec lui, nous sommes de vieux amis. Que de soirées mémorables passées avec lui et Diony…
Et puis, sachant qu’Hadès loue une partie du Tartare aux chrétiens dont les enfers sont en perpétuelle expansion alors que les nôtres régressent, je n’ai pas à me plaindre et je remercie tous les jours la Déesse de travailler avec un flemmard et une emmerdeuse plutôt qu’avec… Hum, ici les murs ont des oreilles, on va se le faire sous forme de devinette, ça commence par un S. et ça rime avec moisi… Je me le dis tous les jours : il y a vraiment pire comme boulot.


***


Un grognement en guise de bonjour, un café et une boîte de chocolats plus tard, je passe en mode travail, capacité de conversation minimale et amabilité digne d’une perceptrice… J’en suis toujours à recopier des dossiers qui n’ont pas besoin de l’être… Ma foi, ce sont les enfers pour tout le monde et autant prendre de l’avance, je me paierai des vacances quand je serai morte et de toutes façons je n’ai rien d’autre à faire…
Ou pas, car voici revenir le futur pape. Oh, ne riez pas, il a toutes les qualifications requises… Entre autres choses : il est têtu, moralisateur, persuadé de détenir la vérité unique et n’a pas de goût particulier pour la gente féminine.
Il arrive, tout sourire, dans un froufrou de plumes parfaitement entretenues, encore une qualité papale : on voit que le gars va rarement au charbon. Hum, faudrait vraiment que j’apprenne à ne pas utiliser certaines images par ici…
Peut-être que si je fais semblant d’être très occupée il passera son chemin, au besoin je pourrais lui dire qu’il m’incite à paresser. Un péché capital, ça devrait suffire à lui faire peur… Ou bien alors…
Humhum, toussotement agaçant, il s’est planté devant mon bureau. Faire semblant de rien…
Mais il réitère, une fois, deux fois. Je soupire…
— J’en veux pas.
— Pardon ?
— Bien, excuse-toi d’avance, tu as raison, je suis d’humeur miséricordieuse. Par contre, je ne sais pas ce que t’as à vendre, mais j’en veux pas.
Petit rire cristallin très agaçant.
— Oh, je n’ai rien à vendre, j’ai eu une promotion.
— Que Dieu te bénisse, tu vas travailler dans le cercle arctique ?
Je peux rêver…
— Mais non ! Je deviens ton ange gardien !
J’ai dû mal comprendre. Ou alors les cantiques lui sont montés au cerveau… Ne pas se démonter, ne pas vomir la café que je viens d’avaler… J’ai réussi à ne pas tomber de ma chaise, c’est déjà pas mal. Il doit tenter de me piéger, le perfide.
— J’ai déjà un ange gardien.
— Je le remplace, il est parti en vacances, va savoir pourquoi, on l’a mis au repos. Il avait de ces cernes…
Lutter contre la crise de panique, tenter de le dissuader, mais comment ?
— Mais… Il va revenir, hein ?
Je suis pitoyable… Vraiment lamentable… Mamaaaaaaaaan !
— Oh, mais bien sûr !
Léger soulagement, je calcule déjà combien de temps je vais devoir me coltiner le blondinet… Méfiante, je lui demande :
— Et… Tu sais quand ?
Autre rire cristallin, je vais l’étrangler…
— Dans quelques siècles, le temps de bien se remettre.
Hiiiii, ces immortels… Aucun sens de la mesure ! Après la crise de panique, vient la colère… Un autre péché capital, je suis bien partie dans la vie.
— Mais… C’est impossible ! Pas de remplaçant en cours de route, comme ça ! Que devient le suivi ?! Comment voulez-vous que je m’améliore si mon ange gardien m’abandonne lâchement ?!
Et le voilà qui prend son petit ton paternaliste…
— Tu vois trop facilement le mauvais côté des choses… Il ne te t’abandonne pas. Et puis ne t’en fais pas, il m’a laissé plein d’instructions. J’ai au moins trois classeurs remplis de fiches te concernant. Je crois que ça ne peut te faire que du bien de changer d’ange un moment, vraiment.
Ai-je décelé du sarcasme dans ces paroles doucereuses ? Il commence déjà… Autant tenter ma dernière carte.
— Non, sincèrement, ça ne va pas aller, nous n’avons vraiment pas la même notion de la religion toi et moi.
Et le dieu des roublards de s’en mêler derechef… Lui aussi dans le genre boulet… Le pire c’est que ce n’est pas par nature, non, c’est juste que ça l’amuse…
— Les anges ne sont pas forcément chrétiens. Si ?
— Pas forcément en effet, mais lui si, Glorfindel est bien un crétin convaincu, ça je peux te le dire.
— Tu as vraiment des problèmes avec les mots, d’abord je ne m’appelle pas Glorfindel et ensuite c’est chrétien, pas crétin.
— Lapsus révélateur… Rajoute Hermès en ricanant.
— En fait, je voulais bien dire crétin, mais l’un n’exclut pas l’autre dans son cas…
Regard outré de l’ange, froissement de plumes mécontent.
— Toi ma petite tu démarres mal !
— Et qu’est-ce que tu vas faire ? Demander à Gabriel de me fouetter ?
Quoique, entre adultes consentants ça peut être intéressant…
— Je suis ton ange gardien, je t’entends penser !
— Va le lui répéter, ça lui rappellera des souvenirs…
Nouveau ricanement d’Hermès, regard blasé de Chimère, et l’ange qui fait des signes de croix frénétiques…
Je le savais qu’elle allait être longue cette fichue journée…


À suivre…

dimanche 8 juin 2014

Manhattan Ghost

Cet ouvrage, hybride d'artbook et d'une novella fantastique est le fruit de la collaboration entre Philippe Ward pour le texte et Mickaël Laguerre pour les photos.
Il compte 60 pages et coûte 10€, ce qui, je tiens à le signaler, est un prix tout à fait raisonnable pour un ouvrage qui comporte autant de photos en couleur.
Si vous avez des difficultés à vous le procurer, vous pouvez passer par le site de Rivière Blanche ou alors contacter l'auteur.


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manhattan_ghost




Résumé de l'éditeur :
Elle attendit que son cœur reprenne un rythme normal avant de se décider à gagner le bar. Elle allait être en retard maintenant. - Bonjour Lisa. La jeune femme se retourna brusquement, surprise d'être ainsi abordée dans ce quartier. - Peter, mais que fais-tu ici ? Elle s'arrêta soudain, consciente de l'incongruité de sa question. Peter Monoghan était décédé trois ans plus tôt d'un cancer généralisé dû au surmenage, à l'alcool et surtout à l'abus de cigarettes. Et il se trouvait face à elle, vêtu du costume bleu que Lisa lui avait toujours connu. Ses épaules étaient plus voûtées, son visage plus pâle que dans ses souvenirs. Il lui souriait. - Tu es resplendissante, comme toujours. Lisa Kilpatrick, une pure New-Yorkaise, travaille dans la police, mais sa véritable passion demeure la musique. Un soir par semaine, après son service, elle joue du piano et chante dans un club new-yorkais. Un jour, elle assiste au Manhattanedge. Un soir par an, le soleil couchant se retrouve juste au milieu de la 14th Rue, dans un alignement parfait vers l'Ouest. Et là, elle va basculer dans un autre monde, celui des Fantômes de Manhattan. Manhattan Ghosts est un hymne à New York. À travers des photos et un texte, c'est toute la grosse pomme que vous dévoilent Mickaël LAGUERRE et Philippe WARD.



Manhattan Ghost est un artbook en grand format qui allie à merveille texte et photographies. Aucun des deux ne prévaut ou ne sert de prétexte à l’autre, ils s’harmonisent et se complètent, se mettent en valeur l’un l’autre en renforçant l’atmosphère fantastique mise en place par l’auteur et le photographe.
Les photos, en pleines pages mises en alternance avec le texte, illustrent très bien le parcours de l’héroïne, et font montre d’une grande richesse de détails. Elles nous plongent dans ce voyage que l’on pourrait presque qualifier d’initiatique. J’ai pris plaisir à les parcourir.
Le récit lui-même est un petit bijou de fantastique moderne, à la construction classique mais efficace. L’auteur réussit à capter l’attention de son lecteur en peu de mots et à le happer dans cette belle novella. L’héroïne, qui au départ rappelle un peu la Kate Beckett de Castle, est sympathique et son histoire très émouvante. On ne la suit que plus volontiers dans son périple à travers la ville. Tout en menant son enquête, Lisa tend vers la reconstruction de soi et c’est vraiment beau à lire comme à voir.
Cette novella est aussi entraînante qu’écrite avec talent et finesse. On s’y implique, on la ressent. Vous y trouverez de l’émotion, mais aussi une pointe d’humour très bienvenue. L’atmosphère fantastique est délicieusement trouble, presque onirique, mais toujours plaisante, jamais pesante. Le texte est émaillé de paroles de chansons qui participent grandement à l’ambiance du récit. On pourrait presque les entendre… En bien peu de pages, l’histoire est fort bien développée, même si je n’ai pu m’empêcher de regretter, en tournant la dernière page, qu’elle soit déjà terminée. L’ensemble, novella comme photos, a été un petit coup de cœur pour moi.
Manhattan Ghost est un ouvrage vivant dans lequel la musique, les références littéraires ou encore culturelles se croisent et se mêlent à l’essence même de la ville pour nous offrir un fabuleux voyage dans un New York intemporel, quasi mythique et fascinant.


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logo_vert JLNN

mercredi 4 juin 2014

La boîte de Schrödinger saison 2

 Un recueil de nouvelles de Jacques Fuentealba, publié chez Walrus.
Présentation de l'éditeur :
Vous ne trouvez pas qu'il y a dans l'air comme une odeur de fantômes, de monstres, de bizarreries, de vampires et d'apocalypses en tous genres? Oui, c'est bien ce que je me disais! Voici donc la nouvelle saison de l'OVNI littéraire made in Walrus: la Boîte de Schrödinger est de retour pour une nouvelle saison, avec aux manettes le formidable auteur d' "Émile Delcroix" précédemment publié chez Walrus,  Jacques Fuentealba.
« La Boîte de Schrödinger » se veut devenir, toute proportion gardée, l’équivalent textuel de ce que « La Quatrième Dimension » fut pour la télévision il y a quelques dizaines d’années, à savoir un formidable laboratoire de scénaristes, de conteurs, d’auteurs et d’inventeurs. Des auteurs aussi célèbres que Richard Matheson, entre autres, ont travaillé d’arrache-pied à faire de cette série télé la référence en matière de Fantastique. La Boîte de Schrödinger, à sa hauteur, veut prolonger l’héritage, et offre donc aux auteurs désireux d’en être la possibilité de travailler à leur propre saison, avec leurs propres épisodes, dont chacun portera sa patte, son univers propre. En donnant un nouvel éclairage à ce genre injustement boudé qu’est la nouvelle, nous espérons ouvrir la voie à de nombreuses suites. La seule contrainte: proposer au lecteur des univers étranges, décalés, bancals, où le fantastique, la peur et l’extraordinaire surgissent dans notre quotidien pour ne plus jamais nous laisser en paix!
Jacques est un auteur déjà bien établi, et le Morse est particulièrement fier de le compter parmi sa fidèle équipe d'auteurs. Auteur de romans prolifique, traducteur à ses heures,  il est aussi l'un des écrivains à l'initiative de la Fabrique de Littérature Microscopique.
Au sommaire, 21 épisodes: "Ghost Dance", "L'École de la vie", "Le Jeu du Destin", "Pluies du Crépuscule", "L'appel du cor", "Baku", "Jamais après minuit", "Indicible!", "Les Monstres", "L'Ermite", "Fritures sur la ligne", "Le Métadragon", "Trop de paperasses!", "Au sein de vos ténèbres", "L'Accordeur de miroir", "L'Homme sans visage", "Le Droit de ne pas savoir", "La Troisième Voie", "La Puissance destructrice des mythes", "Sous des cieux de flammes et de cendres" et "Les moins qu'humains".
Les épisodes se déclinent sous les thèmes "Les trompe-la-mort", "Les Monstres", "Humour", "Vampires" et "Apocalypses": vous pouvez bien entendu retrouver et acheter ces "packs" séparément auprès de votre librairie numérique.
Sommaire :
 
Les Trompe-la-mort
- Ghost Dance
- L’École de la vie
- Le Jeu du Destin
- Pluies du crépuscule
 
« Le sommeil de la raison engendre des monstres »
- L’Appel du cor
- Baku
- Jamais après minuit
- Indicible !
- Les Monstres
 
Humour
- L’Ermite
- Fritures sur la ligne
- Le Métadragon
- Trop de paperasses !
 
Vampires
- Au sein de vos ténèbres
- L’Accordeur de miroir
- L’Homme sans visage
- Le Droit de ne pas savoir
 
Apocalypses
- La Troisième Voie
- La Puissance destructrice des mythes
- Sous des cieux de flammes et de cendres
- Les moins qu’humains
- Épilogue

Alors, que trouverons-nous dans la boîte cette fois-ci ?
Des êtres à la fois vivants et morts, évidemment, mais pas tout le temps.
Il y aura des fins du monde, des personnages de papier plus vrais que nature, des dragons et des démons, des cauchemars, des vaisseaux spatiaux et des super-héros…

La boîte de Schrödinger saison 2 est un recueil de nouvelles, certaines inédites, d’autres déjà publiées dans des revues et anthologies. Disponible en numérique, cet ouvrage composé de 22 textes plus ou moins longs offre une excellente occasion de lire pour pas cher des récits orignaux et prenants. C’est un condensé de ce que l’imaginaire peut donner de meilleur. Les genres sont variés, ça va du fantastique à la SF, en passant par la fantasy et les mythes revisités. On ne risque pas de s’ennuyer avec ce recueil qui est, en outre, servi par une plume aussi aiguisée qu’elle peut se révéler poétique.

L’ouvrage est divisé en cinq parties thématiques, chacune dotée d’une introduction.
Ces parties ont pour titres fort explicites : Les Trompe-la-mort, « Le sommeil de la raison engendre des monstres », Humour, Vampires et enfin Apocalypses.
Les récits des Trompe-la-mort sont parmi mes préférés. C’est en grande partie du fantastique, sombre mais pas glauque, parfois porté sur le mortifère mais surtout sur la perception et la compréhension de la mort elle-même.
Ce sont tous de très beaux textes à leur manière. J’ai adoré L’École de la vie et ses thanatistes, nouvelle diablement efficace et très machiavélique. On doute en permanence, comme dans tout bon fantastique qui se respecte. La chute, au suspense préservé jusqu’à la toute fin, m’a particulièrement plu, c’était celle que j’espérais et elle est très bien trouvée.
Le jeu du Destin m’a aussi beaucoup marquée pour son principe qui, s’il n’est pas inédit, reste très séduisant et aussi pour son ambiance. J’ai également apprécié Pluies du crépuscule, notamment pour l’écriture de l’auteur qui a su rendre ce texte à la fois très vivant et mélancolique.
Je ne peux malheureusement pas évoquer toutes les nouvelles présentes dans ce recueil, pourtant chacune m’a apporté quelque chose, que ce soit dans la beauté du style ou la force du récit lui-même. Certaines sont drôles et légères, d’autres plus sombres, voire inquiétantes. Vous y rencontrerez des enfants trop curieux, des écrivains poursuivis par leurs personnages, des résurgences de mythes ou de légendes, comme Baku ou le Diable, et même d’ingénieux mythes d’avant les mythes. J’ai particulièrement apprécié L’accordeur de miroir, qui nous offre, avec une bonne part d’invention personnelle et le soutien de mythes habilement transformés, une très intéressante version de la naissance des vampires. Cependant, on trouve aussi d’autres récits vampiriques plus classiques et tout aussi efficaces, comme Au sein de vos ténèbres qui ravira les amateurs du genre.
Certains textes, comme L’appel du cor, ont la saveur des contes et d’autres, comme Jamais après minuit, celle de légendes urbaines.
La nouvelle Épilogue, qui clôt le recueil avec un brin d’humour et une pirouette, est également une de mes préférées, à la fois bonne conclusion pour ce présent ouvrage et porte ouverte vers d’autres mondes tant elle rappelle que la littérature est vaste et a tant de perspectives à nous offrir.
Pour la diversité des nouvelles et les excellents moments de lecture qu’elles procurent, je vous conseille chaleureusement d’ouvrir cette Boîte de Schrödinger saison 2.

lundi 2 juin 2014

Bookcrossing Le trône de fer !!!!!

Grâce à J'ai lu - et pour fêter la venue en France de George R. R. Martin (le 3 juillet à Dijon à la librairie Grangier) - il y aura au mois de juin 400 exemplaires du premier tome du Trône de fer déposés un peu partout en France et en Belgique.
L'équipe de Vampires et Sorcières est particulièrement fière d'y participer et nous avons 45 livres à lâcher dans la nature !


bookcrossing-trone-de-fer


Vous pourrez traquer les miens dans la belle île de Corse qui pour une fois ne sera pas la grande oubliée de l'événement !!!


Mes copines déposeront les leurs à :
- Bordeaux pour Exécutrice
- Caen pour Nesshime
- En région parisienne pour Chani et Oskarya
- Soissons pour Nairo
- Saint Nazaire et Tours pour Cecily
- Rennes et Laval pour Darly
- Limoges pour Marizlor


Suivez notre page facebook pour les photos et autres indices sur les lieux précis où trouver les livres !


Vous pourrez également débusquer les exemplaires de Lune à Lorient ou Quimperlé et ceux d'Acro sur Toulouse !


Pour les autres régions, je vous invite à suivre la page du Trône de fer.


Bonne chasse !

dimanche 1 juin 2014

Concours de nouvelles et vieux délire...

Il y a un chouette concours de nouvelles sur Vampires et Sorcières en ce moment. Vous pouvez au choix écrire sur le métier que pourrait éventuellement exercer une créature surnaturelle ou décrire son entretien d'embauche.


Du coup ça m'a rappelé un vieux truc que j'ai écrit, juste pour m'amuser, et que j'avais publié sur mon blog privé en guise de feuilleton il y a bien cinq ans.
Il est trop long pour le concours, écrit à l'arrache et plein de références de l'époque, mais j'avais envie de vous le poster, du moins le premier épisode pour commencer.
Le personnage central est une sorcière, même si ça ne transparaît pas dans ce texte-là, et c'est mon punching-ball préféré. Quand j'ai envie d'écrire sans trop me prendre la tête, j'en reviens toujours à elle. Son humour est aussi pourri que le mien, mais vous verrez, elle est sympa quand même.


Le Stage infernal, épisode 1.


Il y a des avantages certains à bosser aux enfers en été. Déjà on peut choisir ses horaires, là-bas il y a du boulot à toute heure, mais moi je préfère la journée car, contrairement à quelques idées reçues, il fait frais en-bas. Bon, un peu humide quand même, on travaille dans des tunnels après tout, faut prévoir une petite laine… Il n’y a que dans la section chrétienne qu’on se les grille…
Le plus déprimant en arrivant le matin c’est de voir tous ces gens qui attendent aux guichets, ça râle, ça se plaint… D’un côté, avoir affaire à des créatures infernales qui font tout pour vous rendre cinglé, c’est agaçant, mais ils sont morts après tout, le temps n’est plus un problème. Ils feraient bien mieux, pour la plupart, de prendre cela comme un doux prélude à leurs souffrances à venir.
Je sais par ma marraine, qui d’ailleurs m’a trouvé ce job d’appoint, qu’une grève récente a contraint la direction à oublier ses projets de remplacement des guichetiers par des machines. M’est avis de toutes façons que mieux valent des créatures infernales occupées plutôt qu’oisives et de mauvaise humeur à traîner dans les tunnels… De toutes façons je m’en fous, j’ai un laisser-passer.
Ce qui ne m’empêche pas, restrictions budgétaires obligent, de devoir attendre la navette dont la gestion des allées et venues est de plus en plus aléatoire… Depuis que Charon a pris sa retraite, ça part en vrilles.
Moi, du moment qu’on me laisse tranquille… Mais ce sont les enfers ma p’tite dame, on ne vous laisse jamais tranquille, quoi que vous soyez venu y faire et comme sur mon front il doit y avoir marqué « renseignements généraux » (en abrégé quand même, je n’ai pas le grosse tête à ce point) y a toujours un plouc pas fichu de suivre les flèches qui vient me demander son chemin. Cela dit, ça m’arrive même en surface…
Celui d’aujourd’hui suinte la beaufitude par tous les pores, bermuda à la couleur indéfinissable, chemise aux tons criards qui habille un débardeur blanc, enfin qui a dû l’être un jour, des sandales maronnasses et des chaussettes. Sans oublier le sacro-saint bob cochonou qu’il a dû choper pendant le tour de France.
—Touriste… Dis-je machinalement.
Et le beauf de prendre ça pour une question :
— Oui, non, en fait j’étais en vacances quand…
— Ouais, ouais…
Les détails, très peu pour moi. Autant abréger, sinon il ne me lâchera pas.
— Et en quoi puis-je vous aider ?
— C’est que… C’est si grand ici, je ne sais pas trop… Et vous semblez bien connaître la maison…
Encore un cas. Si savoir où se trouve le distributeur de café veut dire bien connaître la maison, alors ouais, Il n’a pas tort. Tâchons d’accélérer un peu les choses.
— Badge.
— Hein ?
— On vous a bien filé un badge ?
— Euh oui.
— Et pourquoi on ne porte pas son badge, hummmm ?
— Oh, je ne savais pas que c’était nécessaire…
Ben voyons, tu crois qu’on te le donne pour le coller dans ton album souvenirs ? Ou peut-être qu’il n’allait pas avec ta chemise…
Et je le vois sortir un badge vert avec une croix.
— Chrétien, c’est par-là bas, la porte au-dessus de laquelle il y a une graaaaaande croix tout pareil que sur le badge.
— Mais enfin, je croyais… On est en enfer ici, non ?
Quand tu veux tu sais les lire les panneaux alors…
— Et je sais bien que je n’ai pas toujours été à l’église quand il fallait et tout, mais…
— Vous inquiétez pas… Vous allez juste passer à la pesée, vous irez sûrement au purgatoire si vous n’avez pas fait grand-chose de mal… Bon, c’est Gabriel que j’ai vu passer tout à l’heure et qui doit être de service aujourd’hui, il est plutôt caractériel, savez, mieux vaut ne pas lui dire que vous n’alliez pas à l’église, il n’aime pas les faux-culs… Bon évidemment n’allez pas mentir, il le saurait, mais contentez-vous de répondre le plus succinctement possible et ça devrait le faire.
Chaleureux remerciements, hey ne me touche pas avec tes sales pattes. Vraiment, je suis trop gentille. C’est ça, éloigne-toi, passe la porte, fiou…
Bon, enfin débarrassée. Regard vers l’horizon, toujours pas de navette, fait ch…
— Excusez-moi…
Et m… Un seul ne suffit pas à payer mon tribut à la société ?
— Ouiiiii ?
Tiens, lui il a mis son badge au moins.
— Oooooh, on n’en voit souvent des comme ça.
— Je vous demande pardon ?
— Des vrais de vrais athées y en a pas des masses, en général à la dernière minute ils pètent les plombs…
Son regard pincé m’en dit long sur ce qu’il pense des tarées dans mon genre…
— Et qu’est-ce que je fiche ici alors ?
— Comme tout le monde, pas de passe-droit.
En fait, avant on les envoyait tout de suite dans le néant pour quelques siècles, histoire de leur apprendre un peu la vie, sans mauvais jeu de mots. Quand tu passes tout ce temps dans le noir à réfléchir sur toi-même, ça te passe l’envie de ne croire en rien, mais maintenant, pour les faire chier un peu plus, on les force à attendre avec les autres, histoire de bien les enfoncer.
— Le néant c’est la troisième porte à droite, juste à côté des toilettes. Ne vous trompez pas, hein…
— Comment ça le néant ? Et tout ce fichu bazar ?
— Hé, tu ne crois en rien mon vieux, on ne va pas entretenir des enfers pour les gens comme toi. Qu’est-ce que tu t’imagines ? C’est que ça bouffe du combustible ce genre de choses (je n’aurais peut-être pas dû utiliser ce genre de métaphore, ici ça peut prêter à confusion) ce qui le fait tenir debout c’est la foi, tu n’en as pas alors tu reçois le minimum syndical, c’est-à-dire le néant. T’avais qu’à croire mon vieux et entretenir ce lieu avec tous tes camarades humains. Tu ferais mieux de te dépêcher si tu ne veux pas qu’ils t’y poussent à coup de fourche.
Le gars commence à se plaindre, je suis tentée d’appeler le service de sécurité. Oh, bien sûr je pourrais lui dire qu’après quelques siècles d’attente à s’ennuyer comme un rat mort — bien le cas de le dire — il va se réincarner, mais ça ne serait pas du jeu alors… Et puis je risquerais de me faire taper sur les doigts.
Je le regarde s’éloigner escorté par deux bestioles ailées plutôt patibulaires quand quelqu’un me pose la main sur l‘épaule. Après un bond magistral et pas vraiment gracieux, je reconnais un ange blond plutôt piteux.
— Non mais t’es cinglé Glorfindel, on ne t’a jamais appris à ne pas faire ce genre de truc aux enfers ? C’est un coup à te faire griffer (à défaut de fourche, je fais ce que je peux, je ne suis qu’une fille après tout).
Air pincé dudit Glorfindel.
— Je ne m’appelle pas Glorfindel.
— Ouais, ouais… Tu sais, les noms en el, ils se ressemblent tous…
— Je ne m’appelle pas…
— Ouais, bon, je sais, tu veux quoi ?
Et l’autre de me tendre un prospectus.
Je le lis sans toutefois le prendre. Faut se méfier ici. N’acceptez jamais rien, de personnes connues ou inconnues de même, et surtout pas quand ça vient des anges… Vous pourriez vous retrouver comme un rien propulsé pour une remise à niveau évangélique dans un monastère paumé. Là en l’occurrence, on n’en est pas loin…
— Il n’est jamais trop tard, convertissez-vous ? T’as de l’espoir mon vieux.
— J’ai surtout la foi et ce n’est pas ma faute si on m’a envoyé ici… Et puis toi t’as encore plus de chances que les autres de pouvoir reprendre la bonne voie. En plus tu étais chrétienne avant, tu…
— Oh, la paix ! Qui te dit que c’est la bonne voie ? En travaillant ici je suis bien placée pour savoir qu’il en existe tout un tas et qu’elles se valent plus ou moins.
— Mais la nôtre offre un paradis…
— Je l’ai vu votre paradis, tu m‘excuseras, mais ce n’est pas vraiment l’endroit où je passerais le plus volontiers mes vacances… J’en ai vu pleurer et supplier pour s’échapper de votre paradis.
— Tu exagères, répondit-il, d’une voix mal assurée pourtant, il faut juste un peu de temps pour s’acclimater à la musique, c’est tout…
— Ouais, ouais… Pas tout le monde supporte les cantiques non-stop.
Ma navette, sauvée.
— Alléluia, dis-je sans y penser.
— Ah, tu vois, tu…
— Pas le temps, je suis déjà en retard.
Je grimpe dans la barque avant qu’il ne puisse me retenir.
—Tu ne veux pas un prospectus ?
Je fais un geste de la main qui pourrait vouloir dire à la fois non merci, même pas en rêve, va donc te…, ou encore le bac du recyclage c’est par là-bas. Qu’il l’interprète comme il en a envie, après tout, il est temps qu’il comprenne que tout en ce monde est subjectif et qu’on ne peut rien faire sans libre-arbitre.
Je le sens, la journée va être longue.


À suivre…

vendredi 16 mai 2014

Tag : poche ou grand format ?

Un tag que j'ai piqué chez Margaud, qui l'a elle-même piqué chez Florent.


1 Préfères-tu les poches ou les grands formats ?
J'aime les GF quand ce sont des "beaux" livres ou les ouvrages de mes auteurs préférés, sinon les poches me conviennent parfaitement.


2 Quels sont les points forts et faibles des poches ?
Points forts :
Ils sont légers, pratiques à emporter avec soi n'importe où, le prix est plus abordable (quand on lit des séries au long cours, c'est indispensable), ils sont pratiquement tous au même format et c'est donc facile à ranger, ça prend également beaucoup moins de place que des GF.
Points faibles :
La qualité de l'objet lui-même laisse parfois beaucoup à désirer (sachant que le prix, lui, ne cesse d'augmenter), on a du mal à lire certains poches une seule fois sans que les pages se détachent (oui Pocket, c'est de toi que je parle, même si j'admets que de ce côté il y a eu un peu de progrès), la police d'écriture est parfois vraiment petite et moi je lis pour me détendre, pas pour esquinter mes yeux déjà bien fatigués (Panini si tu m'entends, Le cercle des sorcières c'est super, mais faut une loupe intégrée...) Un autre point faible peut aussi être un point fort selon les goût de chacun : les poches sont très uniformes, donc ça fait bien dans une bibliothèque, mais pour en trouver un dans un monceau de poches identiques, bon courage. (Non je ne range pas par ordre alphabétique et je ne le ferai jamais.)


3 Quels sont les points forts et faibles des GF ?
Points forts :
Certains sont très beaux, c'est futile mais ça fait bien dans une bibliothèque, c'est beaucoup plus joli que les poches. C'est toujours plus facile de lire la police pour des gens qui ont des soucis de vue comme moi. La mise en page est souvent plus agréable et les livres plus solides.
Points faibles :
Ils prennent beaucoup de place. Ils sont lourds, difficilement transportables, chers, parfois trop aérés (oui j'aime le confort de lecture, mais faut pas abuser non plus), la qualité est de moins en moins de mise chez certains éditeurs.
Pour mon anniversaire, j'ai reçu de la part d'une amie l'intégrale de la Moïra (non pas celle à 10€, celle à 25), un GF aussi "mou" qu'un vieux catalogue... Je ne dis pas qu'il ne tiendra pas sur le long terme, ceci reste à voir, mais ça fait vraiment bizarre de voir un grand format plus souple que certains poches.


Comme le dit si bien Margaud, les points forts des poches sont les points faibles des GF, les points forts des GF sont les points faibles des poches.


4 Si tu avais le choix pour tes derniers livres tu prendrais 1 GF ou 2 poches ?
Deux poches évidemment.
Mais je n'ai pas forcément le choix. Malgré ma patience, certains titres sont voués à ne jamais sortir en version poche.


5 Quel sont les livres poches et GF que tu as préférés ?
Ma préférence va au texte lui-même et non au format qui n'est au final qu’accessoire, donc c'est assez difficile à dire. Sinon je vais empiéter sur la prochaine question en parlant de la qualité et de la beauté de l'objet. A dire vrai je ne vois pas trop l'intérêt. (Et j'ai un peu la flemme.)


6 Quelle maison d'édition préfères-tu pour les poches et pour les GF ? Pourquoi ?


Commençons par les GF :
- J'aime les éditions Midgard, surtout pour les écrits eux-mêmes, la mise en page me laissant parfois dubitative, sans parler des coquilles. Ceci dit, ils ont de belles couvertures et surtout de bon récits. C'est quand même ce dernier point qui compte le plus.
- Les moutons électriques font de très beaux GF, même pour les brochés. Par contre certains sont assez larges et donc moins maniables. J’aime beaucoup leurs ouvrages « de luxe », il n’y en a pas beaucoup dans ma bibliothèque, pour une question de budget, mais je n’hésite pas quand je peux me les offrir. Il n’y en a qu’un seul qui m’a déçue à ce jour. L’impression des images sur le type de papier employé n’était pas terrible.
- Les éditions du Riez ainsi que celles du chat noir offrent un format assez similaire, je n'ai pas vérifié, mais je pense qu'ils travaillent avec le même imprimeur. Je suis plus intéressée par le texte, toujours de qualité pour les ouvrages de ces éditeurs que j'ai pu lire, mais les livres eux-mêmes sont de bonne qualité. Le papier est épais, le prix raisonnable et les couvertures soignées.


Les poches :
- J'ai beaucoup de folio SF. C'est une collection que j'apprécie tout particulièrement pour la qualité des titres qu'ils reprennent. En outre, leurs prix sont relativement raisonnables par rapport à d'autres.
J’adorais les présence du futur et du fantastique de chez Denoël, j’ai notamment pas mal de Bradbury dans cette collection, c’est du poche de qualité, contenu et contenant.
- J'aime les éditions lokomodo pour l'originalité de leurs publications.
- Enfin Hélios, la collection poche des indés de l'imaginaire est vraiment prometteuse, par contre il y a du progrès à faire niveau typographie...


Et puis, un peu à part, il y a ActuSF, avec ses semi-formats et les éditions Dystopia qui publient de très bons livres.


7 Que penses-tu de la différence de prix entre les poches et les GF ?
Les deux augmentent sans cesse. Alors oui, faut ce qu'il faut, mais le prix des GF devient vraiment inabordable.
Les petites maisons font moins cher, alors on peut se poser des questions quand on voit chez d'autres éditeurs un livre qui coûte dans les 25€ et est très aéré. Sans parler de ceux qui les découpent en trois... De mon point de vue les livres en général sont trop chers. Mais que voulez-vous, c'est l'opinion d'une lectrice...


8 Quels livres GF et poches souhaites-tu le plus avoir ?
J'attends avec impatience la suite de Spiridons de Camille von Rosenschild et je l'achèterai en GF sans me plaindre du prix. Je me laisserai peut-être tenter également par Un éclat de givre d'Estelle Faye.
Pour ce qui est des poches j'avoue que là tout de suite je ne sais pas trop. Il y a bien la cinquième intégrale du Trône de fer, mais je ne sais pas si ça compte vraiment puisque ce sera un semi-format. Avec de la chance, je connaîtrai la fin de l'histoire avant mes 50 ans...


9 Dans ta bibliothèque as-tu plus de poches ou de GF ?
Ça doit être approximativement pareil, mais c'est assez difficile de juger comme ça. Il est hors de question que je compte.


10 De quelle maison d'édition voudrais-tu voir les livres sortir en poches ?
Toutes les maisons font plus ou moins du poche ou alors leurs livres sont repris par d'autres. Malheureusement j'ai tendance à vouloir ceux qui ne sortiront jamais en poches...
Spontanément, j'ai toutefois le nom de l'Atalante qui me vient. On ne trouve pas leurs livres en poches, à part le disque-monde, la compagnie noire et quelques rares ouvrages, dont deux séries abandonnées en cours de route pour ladite version poche. Ils ont plein de titres intéressants, mais faut le budget, surtout pour les séries. Il y a deux trilogies qui me tentent et une série à venir, sans compter quelques one-shot.

mercredi 7 mai 2014

La mort peut danser

Un roman de Jean-Marc Ligny, publié chez Gallimard dans la collection Folio SF.


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Irlande, 1181. Alors que sévit l’invasion anglo-normande, une sorcière est brûlée vive au sommet d’une falaise. Une sorcière aux yeux de l’Église, mais pour le peuple elle était Forgaill, leur poétesse, la prophétesse...
Irlande, 1981. Un couple de musiciens, Bran et Alyz, s’installe dans un manoir du XIIe siècle. Sous le nom de La Mort Peut Danser, ils donnent des concerts dont le succès va grandissant. Mais quelle puissance surnaturelle anime la voix d’Alyz, cette voix qui ouvre les esprits, qui semble venir d’un autre monde ?


Roman inspiré des légendes celtiques et des recherches musicales du groupe Dead Can Dance, riche des couleurs et de la beauté sauvage de l’Irlande, La mort peut danser renouvelle magistralement le thème de la possession.



C’est avec une joie certaine que j’ai appris que La mort peut danser, un roman de fantastique que j’ai moi-même connu dans l’excellente collection Présence du Futur des éditions Denoël allait être réédité chez Folio SF. D’ailleurs, le mois de mai 2014 est un peu celui de la musique chez cet éditeur car toutes les parutions de la collection y sont liées (je trouve ça trop cool). Mais revenons plutôt à La mort peut danser.
C’est avec ce roman-ci que j’ai connu les écrits de Jean-Marc Ligny, auteur habituellement plus porté sur la SF et qu’il fut un plaisir de découvrir par la suite dans son genre de prédilection.
Toutefois, il excelle également dans le fantastique et, en lectrice amatrice du genre, je me souviens encore avec émotion de La mort peut danser. Ce récit est d’une étrange poésie, s’y entremêlent des fils différents, une réalité largement romancée, inspirée par le groupe Dead can dance et particulièrement par sa chanteuse, Lisa Gerrard qui devient ici Aliz, chanteuse australienne ramenée en Irlande, pays d’origine de sa famille, par un soudain héritage.
L’Irlande va changer Alyz irrémédiablement, ou peut-être la révéler à elle-même, tout dépend de comment on comprend les évènements qui suivent. Mélange de réalité fantasmée, de mythologie et d’un fantastique diffus, La mort peut danser tresse deux histoires parallèles. Celle d’Aliz, artiste géniale, dont la musique et la voix sont une magie éthérée qui ne transparaît pas dans les enregistrements, puis celle de Forgaill, banfile et banfaith, c’est-à-dire poétesse et prophétesse, en apprentissage, à l’époque trouble où il ne fait pas bon suivre la voie druidique.
L’auteur a su insuffler à son récit une musicalité particulière qui rappelle vraiment Dead can dance et apporte une dimension plus complexe à la trame elle-même. D’ailleurs, de nombreuses références aux chansons du groupe sont présentes tout au long du roman, que ce soit dans les titres des chapitres, dans l’ambiance mise en place ou dans des éléments de l’intrigue.
Est-ce une histoire de possession, de réincarnation, ou tout simplement les vies parallèles de deux femmes qui, ayant vécu à plusieurs siècles d’intervalle se ressemblent un peu ? C’est là toute l’ambiguïté de La mort peut danser.
L’auteur a de plus effectué des recherches assez pointues sur le druidisme pour étoffer son roman. Je me souviens avoir lu, un peu à la même époque d’ailleurs, un essai de Christian J. Guyonvarc'h et avoir trouvé de nombreuses références à ce texte-là dans La mort peut danser.
Le mélange entre les mythes, le fantastique et la réalité romancée est parfaitement équilibré. C’est un roman très bien écrit, vaporeux, comme un rêve un peu agité entre deux sommeils. Cette étrangeté, dans le bon sens du terme, m’a marquée, et je me souviens encore avec affection de ce petit roman et de la magie trouble qu’il dégage, c’est pour cela que j’ai été heureuse de le savoir réédité et que je vous en parle aujourd’hui.
Les amateurs de fantastique, de druidisme, les gens qui aiment la musique de Dead can dance, les rêveurs invétérés apprécieront la magie de l’écriture comme celle du récit.