jeudi 3 octobre 2019

Les Ombres d'Esver

Un roman de Katia Lanero Zamora, publié chez ActuSF dans la collection Naos.

Présentation de l'éditeur :
Amaryllis a 16 ans et n’a jamais connu que la maison où elle est née, le domaine d’Esver, reculé, magnifique, mystérieux. Dans ce manoir qui tombe en ruines où elle vit seule avec sa mère austère, elle étudie la botanique avec l’espoir d’en faire son métier... Le jour où elles reçoivent une lettre du père annonçant la vente du domaine et le mariage forcé d’Amaryllis à un de ses associés, tout bascule. Pour échapper à ce destin, malgré les ombres qui hantent ses nuits, la jeune fille répondra-t-elle à l’aventure fantastique qui se cache derrière les portes fermées d’Esver ?
Katia Lanero Zamora est actuellement consultante en écriture à la RTBF dans l’unité fiction séries. Elle a notamment publié la trilogie des Chroniques des Hémisphères aux éditions Les Impressions Nouvelles et propose ici un somptueux roman aux accents gothiques.

Décidément, la collection Naos me séduit de plus en plus. Les Ombres d’Esver est une pépite. 
Tout commence comme un conte gothique, sombre, dérangeant, poussiéreux. Amaryllis est élevée à la dure par sa mère, une aristocrate déchue, dans un manoir vétuste. De santé fragile, la jeune fille n’a jamais quitté le domaine et est contrainte de prendre tous les soirs les médicaments que lui prépare sa mère. Cette dernière n’a qu’une ambition : faire de sa fille une botaniste comme elle-même rêvait de l’être. Gersande est une femme pragmatique, peu lui importent les aspirations de sa progéniture. 
La jeune fille est plus ou moins docile, mais rêve d’aventures. Elle grandit comme une pousse maladive dans cette maison en ruine, sous le regard sévère et l’attention sans faille de cette mère autoritaire, qu’elle aime pourtant. Les secrets de cette famille, autrefois respectée et prospère, semblent enkystés dans le décor comme en une chair malade. Amaryllis déteste la saleté car elle pense que les monstres s’y cachent, mais sa mère refuse de s’arracher au passé. Elles vivent donc au milieu des débris de celui-ci. 
Cependant les parents de l’adolescente ont chacun une idée très définie de l’avenir qu’ils lui réservent et leur opposition à ce sujet arrive à sa confrontation finale. Botaniste ou épouse soumise, que va devenir Amaryllis ? 
On ressent tout le poids de cette ambiance dans les descriptions, dans le délabrement du manoir, dans la détresse d’Amaryllis, surtout quand elle cauchemarde, dans le caractère irascible de Gersande. On se sent étouffer dans les premiers chapitres, mais cela ne dure pas. 
Le récit commence lentement, le temps que l’atmosphère lourde vous oppresse et vous capture, pour devenir un roman d’aventures, entre un réalisme pragmatique et un onirisme débridé. Mais quel monde est réel ? Amaryllis est-elle en train de devenir folle ? Les médicaments que sa mère lui concocte l’aident-ils à restaurer sa raison égarée ou l’affaiblissent-ils pour l’empêcher de s’enfuir ? Ce monde qui se superpose au sien est-il réel ? 
L’autrice sème des indices, mais s’amuse à égarer son lecteur. J’ai apprécié ce questionnement qui ne fait que se complexifier au fil des chapitres. Bien malin qui saura démêler le vrai du faux sans son aide avant le dernier quart du roman. C’est la richesse de ces symboles et cette oscillation permanente entre le rêve et la réalité, ainsi que la poésie délicate du style, qui font de ce roman un excellent récit Fantastique. 
J’ai lu la deuxième moitié en une après-midi, ce qui est très inhabituel pour moi, tant je voulais savoir ce qu’il adviendrait des personnages. Cette histoire est à la fois triste et belle, pleine de douleur, mais aussi d’espoir et d’amour. Ce fut une excellente surprise.

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