lundi 4 août 2014

Aya de Yopougon T3

Une BD de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, publiée chez Gallimard jeunesse dans la collection Bayou. Elle existe aussi en poche chez Folio.


Ma chronique des tomes 1 et 2.


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aya de yopougon 3*


Attention mes amis, retour à Yop city !
La fin du deuxième tome laissait la famille d’Aya en pleine tourmente et je n’ai pas pu attendre bien longtemps avant de me jeter sur la suite. J’avais tellement hâte de savoir ce qui allait advenir de tous mes personnages préférés !
C’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé Aya et ses proches. La série semble, avec ce tome, avoir pris son rythme de croisière, si quelques bouleversements sont au programme, le lecteur est, quant à lui, bien installé dans l’histoire. On connaît maintenant tout le monde ou presque, on est comme à la maison.
Les problèmes des parents d’Aya sont au cœur de ce volume, cependant les autres personnages, même les plus secondaires, comme la petite Félicité, ne sont pas pour autant délaissés. De grandes évolutions se profilent, les intentions de certains se révèlent, d’autres affirment leur personnalité. On saura donc avec qui Albert a ses rendez-vous à l’hôtel aux mille étoiles, si la belle Bintou va finir par se rendre compte des manigances de son gars ou encore comment va se dérouler le tant attendu concours de Miss Yopougon et bien d’autres choses que je ne peux vous dévoiler… Même si on voit venir certaines de ces « surprises, » il est toujours agréable de se prêter au jeu.
Dans ce tome Aya commence à s’interroger, à se sentir un peu seule aussi, mais n’en oublie pas ses ambitions (ni de se mêler des histoires de tout un chacun d’ailleurs, mais elle veut tellement bien faire !). Ses copines aussi se cherchent. Amour, boulot, chacune a fort à faire… Avec des adultes déjantés et parfois plus puérils que leurs enfants, une famille Sissoko toujours aussi désopilante et des personnages vraiment très attachants, on ne peut que passer un excellent moment de lecture. Aya de Yopougon est définitivement une série de BD que j’affectionne, tendre, optimiste, drôle et pleine de joie de vivre.
On trouve cependant quelques incohérences dans ce volume : une robe qui passe de rose à jaune, une erreur de prénom, un gars dont les vêtements changent du tout au tout d’une case à l’autre, une première dauphine qui ne se trouvait pas dans les cinq candidates retenues… Je ne suis pas très observatrice, mais ça quand même c’est inratable. C’est dommage, mais ceci dit ça n’a pas non plus trop gâché ma lecture. C’est vraiment une chouette BD, un récit très vivant, une bonne lecture pour l’été.

vendredi 1 août 2014

Le Soir, Lilith

Un roman de Philippe Pratx, publié aux éditions L'Harmattan.


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le soir lilith




Présentation de l'éditeur :
23 novembre 1924, Lilith Hevesi, star du cinéma muet, est retrouvée morte dans le château où elle s'est retirée dans la campagne hongroise. Quarante ans plus tard, le narrateur tente de dépoussiérer son passé, ses recherches sont perturbées par une femme qui éveille rapidement ses soupçons... Lilith est un fantôme qui arpente les différentes strates du temps dans des mondes aux frontières incertaines dont on ne cesse de gratter la pellicule inflammable.



Quelle difficulté il y aurait à vouloir expliquer simplement Le Soir, Lilith… Ce roman est celui d’une femme, dont l’énigmatique présence, le charisme et la personnalité trouble transcendent le temps, influencent les êtres. La langue est maîtrisée, imagée et précise à la fois, mais l'intrigue elle-même demeure indéfinissable, un vrai dédale où le propos oscille entre délire inspiré, voire enfiévré, et lyrisme emphatique. Souvent, cette écriture pourrait s’apparenter à de la poésie en prose. Ce fut une fascinante découverte, à plus d’un titre. L’histoire, le personnage principal, l’insaisissable Lilith, et le style sont indéniablement assortis.
L’ambiance est diffuse, elle a la consistance de la brume et tire sur le fantastique, pour le plus grand bonheur de l’amatrice du genre que je suis. L’auteur nous offre une intrigue prenante, mais quelque peu contemplative. Troublante, enrobée de mysticisme, pleine de secrets et de non-dits, elle peut engendrer autant le malaise que l’intérêt le plus profond et l’envie frénétique de tourner les pages. Ici l’histoire est éparse, elle se construit par touches, se délite parfois, elle demande au lecteur de s’immerger en elle.
Je suis toujours ravie de lire un roman qui ne soit pas bêtement chronologique ou linéaire, mais j’ai pu remarquer que cela perturbe un grand nombre de lecteurs. J’aimerais vraiment que l’on ne s’arrête pas à cela. Le Soir, Lilith est un roman exigeant, une histoire à tiroirs qui demande patience, goût du mystère, curiosité et investissement. L’auteur perd son lecteur, le rattrape au vol, sans cesse. Si celui-ci accepte de ne pas tout saisir, d’avancer à l’écoute de ses sensations, mais un bandeau sur les yeux, alors il pourra apprécier à sa juste valeur ce récit troublant qui s’apparente à un vieux film en noir et blanc. Parfois l’image saute, il se peut qu’elle soit détériorée par le temps et un peu floue, mais c’est elle qui raconte l’histoire, pas les quelques cartons qui de temps en temps la soulignent de si peu de mots, il vous faudra être attentifs, cependant vous aurez vos réponses.
Le personnage de Lilith, actrice des années vingt disparue dans de mystérieuses circonstances est vraiment fascinant. Dans le sens premier du mot qui allie charme et répulsion. Le terme de répulsion peut sembler un peu fort dans son cas, mais il est certain que Lilith est dérangeante. Fragile et vénéneuse à la fois, elle personnifie la femme sauvage, hors limites. Quand Eve — celle qu’elle incarne sous son nom de scène — est la face lumineuse, mais entravée, de sa personne, la vraie Lilith, complète et tellement plus vivante est la sauvagerie faite femme, littéralement possédée par elle-même et non par des rôles.
Le narrateur nous entraîne à sa suite, quarante ans plus tôt, de sa vie de jeune fille en Hongrie à ses débuts artistiques, des fastes du cinéma à sa réclusion dans les Carpates. Le cinéma lui-même, art si neuf et expressif, si prometteur tant il était alors un champ immense de possibilités, fait partie intégrante de l’histoire, apporte sa substance à l’ambiance et son élégance d’alors au récit. J’ai particulièrement apprécié les récits des films de Lilith qui contrastent par leur fantasmagorie avec l’essence purement fantastique (c’est-à-dire brillamment maintenue entre deux mondes) du récit de la « vraie » vie de l’actrice. Mais l’essence du roman reste Lilith.
Lilith et Eve, les deux femmes d’Adam, la première libre et insoumise, égale de son époux, la deuxième dépendante, née de lui, assujettie, ont toutes deux eu une influence sur Lilith Hevesi. Car celle-ci, selon son journal, ses lettres et les souvenirs du narrateur semble s’être perdue, mais aspirer à redevenir elle-même. Seulement sait-on (sait-elle ?) qui elle est ? Et que lui est-il arrivé d’ailleurs ? Si sa vie semble déjà mystérieuse, les circonstances de sa disparition le sont encore plus.
J’ai pris plaisir à ramasser les morceaux épars de ce puzzle et à tenter de reformer le tableau, alors que j’errais dans les méandres de la vie de Lilith, que je la voyais engendrer ses chimères… Le roman est délicieusement lent, évanescent comme l’est Lilith, tout en circonvolutions, tissé pêle-mêle des notes du narrateur qui fut un proche de Lilith et tente d’en écrire la biographie, de notes éparpillées, correspondance, divers journaux intimes, résumés des films de Lilith… Cela renforce l’aspect de puzzle, c’est une enquête à mener, des fils à débrouiller.
Ce récit merveilleusement construit, entre le fantastique et le roman noir, distille le doute en permanence. La femme, le démon, tous les mythes qu’on y rattache prennent vie ici. Lilith aux multiples visages est un personnage si complexe qu’on est presque tenté de croire à son existence.
Et la question revient sans cesse, dans les moments les plus épurés comme les plus malsains, qui est Lilith ? Et pourquoi, comment, les gens qui ont gravité autour de cette femme en sont restés à ce point obsédés ?
Pour trouver votre réponse, il vous faudra lire le roman.


Si celui-ci vous intrigue, ce qui j'espère est le cas, je vous invite à visiter le site qui lui est consacré.

dimanche 20 juillet 2014

Rémiges de cendre

Une nouvelle de Julien Chatillon-Fauchez, publiée en numérique dans la collection e-courts de chez Voy'el.


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L'univers est un lieu étrange, et Atarashi Hiroshima l'une de ses composantes. Planète dévastée par un hiver nucléaire, elle est morte pour toute vie depuis des siècles. Seules ses richesses minières attirent désormais les prospecteurs, qui font fi des radiations.


Pourtant, dans le silence ouaté des cendres irradiées, Atarashi Hiroshima préserve une confidence de l'univers.



Sur Atarashi Hiroshima, une planète figée dans un hiver nucléaire, une femme mène des recherches pour le compte d’une grande compagnie minière, jusqu’à son accident. Hallucination ou réalité, il lui semble faire alors une découverte hors du commun.
Il se dégage de ce court et poétique récit de planet op une beauté tranquille et sereine, cotonneuse, hors du temps. C’est presque magique. D’une certaine façon, son aspect apaisant m’a fait penser à Clamatlice de Vanessa Terral, mais en plus éthéré. J’ai aussi songé à l’excellent recueil Sanshôdô de Jean Millemann.
J’ai beaucoup apprécié ce texte très japonisant, dans lequel, pour qui sait contempler, la beauté, l’équilibre et le divin se révèlent au cœur d’un milieu tout ce qu’il y a de plus hostile. La communion de la narratrice avec cette planète oubliée, détruite par la folie humaine, est magnifique et rejaillit par empathie sur le lecteur, lui laissant un sentiment de paix une fois la dernière phrase lue.


Pour vous faire une idée, lisez également la chronique de Lune.


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vendredi 18 juillet 2014

Jéricho, Ladainian Abernaker Ep5

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À l'équinoxe de printemps, tous les dix ans, arrive le jour de Jéricho, le moment où tout vampire doit se nourrir abondement pour ne pas perdre en puissance. Ladainian, organisé, suit un plan bien rodé : il profite des guerres de gang pour passer inaperçu durant cette période délicate. Mais cette année, le Duc a décidé de gérer lui-même les festivités, mettant en péril la machine bien huilée du vieux vampire. Une erreur qui fera date dans l'histoire des vampires de Chicago.



Ce n’est pas dimanche, mais j’ai déjà un billet de prévu pour le JLNND et je n’ai pas pu résister au charme légendaire de Ladainian Abernaker. Oui, je suis fan, j’assume. Donc, aussitôt parue sa dernière aventure a été chargée sur ma liseuse et lue dans la foulée.
Cette fois-ci Lydie Blaizot nous en apprend un peu plus sur les traditions de ses vampires, ce qui est très intéressant. J’apprécie toujours autant le fait que le héros soit un vampire « à l’ancienne ». Cette série ne fait que se bonifier avec le temps, nous offrant des intrigues de plus en plus complexes et dévoilant petit à petit tout son potentiel ainsi que la richesse de son background.
Dans cette nouvelle histoire, Abernaker laisse libre cours à son talent pour la manipulation et c’est un vrai plaisir de suivre ce vieux vampire tout ce qu’il y a de plus retors. Malheureusement, j’ai toujours le même problème avec ses aventures : elles se lisent bien trop vite !
L’indépendance des épisodes est réellement un grand point fort de cette série. Vous pouvez commencer par n’importe lequel, vous aurez de toute façon envie de lire les autres.
Par contre le soin apporté à la relecture n’est pas fameux. On trouve de grossières coquilles dans cette nouvelle, qu’il s’agisse d’erreurs de vocabulaire (serrait à la place de serait ou bon à la place de bond, pour ne citer que les deux exemples qui m’ont le plus marquée) ou d’une inversion, à un moment donné, du nom des gangs (là j’ai quand même sérieusement grincé des dents). Sans compter que les notes ne sont pas liées. Ça me laisse dubitative, même si j’ai beaucoup apprécié ma lecture.


Ajout du 19 juillet :
Le fichier a été corrigé par l'éditeur que je ne peux que remercier pour une telle réactivité.

mercredi 16 juillet 2014

Bookcrossing Trône de fer, les photos !

Un billet qui s'est fait attendre, certes, mais je suis toujours à temps.


Début juin je vous annonçais avoir cinq exemplaires du premier volume de la série de livres de George R. R. Martin à déposer en Corse.
J'ai adoré participer à cet événement et j'avais donc envie de vous montrer les photos des lieux que j'avais choisis.
J'aurais aimé savoir qui a eu la chance de trouver ces livres, mais ce ne fut pas toujours le cas. J'espère seulement que les personnes qui les ont "ramassés" apprécieront leur lecture.


Premier livre déposé le 5 juin à Corte :


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Il a été trouvé par une de mes collègues de travail. Il faut dire que c'est juste à côté de nos locaux.

Deuxième livre déposé le 13 juin à Corte :


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Troisième livre déposé le 14 juin à l'Île Rousse :


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Celui-ci a été trouvé deux jours plus tard par une personne qui suit la page de Vampires et Sorcières et qui nous a gentiment laissé un mot pour nous prévenir.


Quatrième livre déposé le 17 juin à Ajaccio :


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Cinquième livre déposé le 27 juin à Corte :


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dimanche 13 juillet 2014

La plus belle qui soit

Une nouvelle numérique de Cindy Van Wilder.


Tout d’abord je me dois de remercier l’auteur qui nous offre très gentiment cette nouvelle. Rendez-vous sur son blog pour vous la procurer.


La plus belle qui soit est un court récit vampirique qui pastiche intelligemment une célèbre scène de Cyrano de Bergerac.
Je suis tombée amoureuse de la pièce d’Edmond Rostand il y a longtemps maintenant et c’est, de mon point de vue, l’une des plus belles au monde. Tout est dans cette pièce. La lire ou la voir sur scène me bouleverse toujours autant, or je ne suis pas vraiment d’une nature émotive…
Tout cela pour dire que je suis de fait assez difficile pour tout ce qui concerne Cyrano, qu’il s’agisse de pastiche ou d’inspiration au sens plus large. J’ai donc dû, pour essayer d’apprécier cette nouvelle à sa juste valeur, tenter de mettre un peu de côté le culte que je voue à cette pièce de théâtre. Et j’ai réussi.
La plus belle qui soit, si elle a un peu égratigné mon cœur de fan au passage, m’a néanmoins offert un très bon moment de lecture. Le sujet est bien trouvé et superbement mis en scène. J’apprécie toujours autant le style très fluide de l’auteur et ai de plus en plus honte de faire attendre Les Outrepasseurs dans mal pile à lire.
Cela m’a également donné envie de relire Cyrano de Bergerac, que je vous conseille ardemment si vous ne l’avez déjà lue, ainsi que les écrits du vrai Cyrano, notamment Les états ou empires de la lune et du soleil, très modernes pour leur époque.


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vendredi 11 juillet 2014

Dans la dèche au royaume enchanté

Un roman de Cory Doctorow, publié dans la collection folio SF de chez Gallimard.


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"J'ai vécu assez longtemps pour voir le remède à la mort, assister à l'ascension de la Société Bitchun, apprendre dix langues étrangères, composer trois symphonies, réaliser mon rêve d'enfance d'habiter à Disney World et assister non seulement à la disparition du lieu de travail, mais du travail lui-même". Ainsi débute l'histoire de Julius, un jeune homme d'environ cent cinquante ans. Il a tout pour être heureux dans ce meilleur des mondes possibles, pourtant, sa vie va basculer, et l'utopie se transformer en enfer... Avec ce premier roman, Cory Doctorow fait preuve d'un grand talent et se révèle comme l'un des auteurs de science-fiction à suivre ces prochaines années. Dans la dèche au Royaume Enchanté est de ces œuvres denses et novatrices qui nous font prendre conscience que le futur, c'est déjà demain.



J’avais choisi ce petit roman comme livre à trimballer avec moi entre deux grands formats. Il me fallait un récit court et déjanté pour me distraire sans trop me détourner de mes lectures du soir. En ce qui concerne la distraction, j’ai été servie, mais au moment de reprendre le GF du soir, impossible de lâcher Dans la dèche au royaume enchanté. Ce fut une excellente surprise.
Le titre est marrant, c’est d’ailleurs lui qui m’a attirée en premier, et il correspond parfaitement à l’ambiance de ce roman. J’ai eu un peu de mal, au départ, à entrer dans l’histoire, je me demandais où j’étais tombée. Il faut dire que j’avais lu le résumé longtemps auparavant, il ne me restait donc qu’un vague souvenir de l’accroche et de ce qu’on m’avait dit de ce roman. Cependant, après quelques ajustements, le récit m’a emportée et j’ai adoré ça.
Le ton est vif, plein d’humour, mais pas pour autant dénué de réflexion. Dans une projection future de notre monde, la société Bitchun a trouvé comment vaincre la mort. Les cerveaux humains sont sauvegardés, puis restaurés dans des clones. Les gens sont connectés en permanence au réseau, gérant leurs corps selon leur bon vouloir, comme des machines. Ils contrôlent même leurs hormones…
Dans ce monde, l’argent a disparu, tout est une affaire de mérite et de réputation, c’est le taux de whuffie qui définit les privilèges de chacun et, pernicieusement, influe aussi sur l’attitude des gens les uns envers les autres. La façon dont ce système est construit est à mon sens plutôt géniale, même si je détesterais un monde de ce genre. Une idée très humaniste au départ finit souvent dévoyée… Enfin, dans le cas présent chacun se fera sa propre opinion.
Si le prologue se situe aux débuts de la société Bitchun, durant la rencontre de Julius et Dan, deux des personnages principaux, la suite nous emmène de nombreuses années plus tard, alors que Julius a passé le centenaire depuis un bail et que les réfractaires à la société Bitchun sont morts depuis longtemps, offrant à celle-ci le monopole.
L’histoire nous est contée par Julius lui-même, alors qu’il se trouve à un tournant de son existence, quand Dan resurgit dans sa vie. J’ai très vite ressenti une certaine empathie envers ce personnage, très humain, un peu trop gentil et idéaliste, mais qui se bat pour ses idées. Julius est bien intégré dans le système Bitchun mais va pourtant en venir à lutter pour préserver une part de passé, un peu de rêve à l’ancienne, face à la froideur des progrès techniques.
J’ai trouvé ce roman passionnant, l’intrigue policière est plutôt bonne, les ressorts politiques intéressants apportent leur dynamique à l’ensemble sans ennuyer le lecteur et le caractère d’anticipation du récit encourage une certaine réflexion. Ce roman pose les bonnes questions sur la modernité, les réseaux sociaux, le choix du changement, les valeurs, la protection du patrimoine et surtout quel en est le prix, puis comment, parfois, en voulant protéger un héritage chéri ou peut finir par le dénaturer soi-même.
Le nœud de l’intrigue est un peu prévisible, mais cela n’a pas dérangé ma lecture. Le fait d’avoir compris où l’on va ne gâche pas le voyage dans ce cas précis et je n’aurais pas voulu une autre trame tant c’est bien amené et construit. Ce fut une excellente lecture.