mercredi 15 avril 2026

House of Windows

Un roman de John Langan, publié en version audio chez Lizzie.

Interprété par Marie Bouvier et Guillaume Orsat.


Lors d’un weekend entre amis, un homme, écrivain d’horreur de surcroît, se voit offrir une histoire par l’une de ses connaissances. Le mari de Veronica Croydon a disparu. Cela a fait pendant des mois les gorges chaudes de leur petit monde d’universitaires. Il faut dire que Roger et Veronica n’en étaient pas à leur premier scandale et que dans une si petite sphère, en outre assez collet monté, cela ne pardonne pas. Veronica agace notre narrateur, mais il est curieux. Tout le monde l’est. Les suppositions sur ce qu’il a pu advenir de Roger ont fait bon train et Veronica lui promet une histoire que personne n’attendait et qu’elle n’a pas pu raconter jusqu’à ce jour, car elle-même peine à y croire.
Durant deux nuits, elle lui livre un récit, tantôt digressif, tantôt presque trop apprêté, mais toujours prenant. Veronica se révèle une narratrice intelligente, même quand on pense qu’elle s’éloigne du sujet, à desseins ou non, elle ne lâche jamais le fil de son histoire. Elle ménage ses effets, joue avec l’attention de son auditeur. Coquetterie de littéraire ? Peut-être. Veronica est doctorante et enseigne la littérature, c’est comme ça qu’elle a connu Roger et les autres personnes présentes lors de ce weekend. 
Pourquoi se livre-telle maintenant et à cet homme qu’elle ne connaît pas tant que ça au final ? Est-ce seulement une fable élaborée pour obtenir de l’attention ? Peut-être Veronica a-t-elle créé cette histoire pour faire face à une situation qui la dépassait, créer du sens par le non-sens. Après tout, c’est ce dont elle a presque cru Roger coupable un moment. Difficile de savoir si le récit de Veronica est fiable, si elle a perdu l’esprit ou si elle a transposé les événements en une fiction qu’elle peut appréhender plus facilement que la réalité. Après tout, ses deux écrivains de prédilection sont Nathaniel Hawthorne et Emily Dickinson. Il est important de le noter, comme de noter que l’écrivain favori de Roger est Dickens. Les références littéraires sont légion dans ce roman, parfois évidentes, parfois extrêmement subtiles. Je doute de les avoir toutes saisies moi-même. Ce n’est pas vraiment un problème, mais quand on les débusque, elles apportent un plus à ce récit intelligent. Veronica est érudite, sans jamais être pontifiante, bien qu’elle fasse preuve parfois d’un snobisme que je connais bien, ayant moi-même évolué dans les mêmes sphères qu’elle. Cela m’a fait me sentir d’autant plus à l’aise au cours de cette audiolecture.
Au fur et à mesure que l’on écoute Veronica, on apprend à la connaître, à l’apprécier, et on se laisse aller à la croire, comme le fait, contre toute raison, le second narrateur de cette histoire qui recueille ses confidences. On se laisse prendre au piège de l’histoire, comme Veronica elle-même. C’est le premier roman de John Langan que j’ai lu et certainement pas le dernier tant j’ai apprécié son écriture.
J’aime beaucoup les histoires de maisons hantées, qui ont en général beaucoup à offrir d’un point de vue psychologique. Les personnages sont travaillés, les lieux ont une vie propre, et on plonge dans la psyché humaine accroché à une corde qui n’est pas fragile, mais que l’on craint quand même de voir céder dans les moments les plus sombres. C’est ce que nous offre John Langan avec ce roman, du fantastique, plus que de l’horreur, une réflexion nimbée de malaise, les âmes a vif de Roger et Veronica. L’ensemble est très Lovecraftien, en tout cas dans son appréhension de l’horreur. Cette influence n’est jamais reconnue ouvertement, mais on la voit, on la sent.  Je n’aime guère les écrits de Lovecraft, mais cela n’a pas eu d’incidence dans la façon dont j’ai perçu House of Windows. J’ai trouvé au contraire que cette influence était justifiée.
Des références à d’autres maisons hantées que celle qui nous occupe jalonnent le récit, mais elles font affaire de décorum. Quel littéraire décent oserait les omettre ? Pas Veronica, bien entendu. Ce n’est pas là quel faut chercher les références les plus subtiles cependant. J’ai adoré décrypter ce texte. Un récit qui stimule l’intellect de son lecteur est toujours une bonne chose selon moi, mais on peut aussi l’apprécier juste pour ce qu’il est, sans chercher plus, ce qui le rend si réussi.
Si vous cherchez de l’horreur pure, ce n’est sans doute pas pour vous, mais si vous voulez un roman psychologique avec des accents effrayants, vous serez ravis. Je suis une grande fan de fantastique, du vrai fantastique au sens littéraire du terme, pas ce genre fourre-tout où les gens mettent tout ce qu’ils sont en peine de classer faute de connaissances. (Oui je me permets un rien de snobisme, comme Veronica.) Ce roman remplit tous les critères du genre et cela m’a ravie. Je m’en suis délectée jusqu’à la toute fin, ou devrais-je dire les fins ?
Ce long récit passe très bien en audio car cela renforce l’impression de recueillir les confidences de Veronica. Les deux narrateurs, Marie Bouvier et Guillaume Orsat sont tous deux excellents et j’ai pris grand plaisir à les écouter. Je recommande vivement cette version.


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vendredi 6 février 2026

Les Brigades du Steam T1

Un roman de Cécile Duquenne et Étienne Barillier, publié chez ActuSF.


Bienvenue dans les brigades du tigre version steampunk !
En ce début de XXe siècle, les innovations technologiques promettent de révolutionner le monde mais en sont encore à leurs balbutiements. Clémenceau a créé les brigades mobiles et a pour elles davantage d’ambition que de budget. Alors que certains s’attèlent à la création de « cerveaux mécaniques » et rêvent de construire une base de données accessible à toutes les brigades, d’autres rêvent d’humains augmentés…
Solange Chardon de Tonnerre, une agente expérimentée, vient de vivre une expérience très traumatisante quand deux choses se produisent : tout d’abord on lui assigne Auguste Genovesi, un jeune bleu avide de faire ses preuves et ensuite quelqu’un essaie de l’assassiner. Convalescente ou non, Solange est bien décidée à retrouver le commanditaire et à découvrir tout ce qu’on lui cache.
J’ai beaucoup apprécié ce roman plein d’action et la dynamique entre les deux personnages principaux. Solange pourrait facilement tomber dans le cliché de la Mary Sue, pourtant il n’en est rien. Les Mary Sue se laissent généralement porter, or Solange n’est pas du genre à se laisser entraîner par sa destinée. En outre, elle est profondément humaine et, de fait, imparfaite. Auguste, quant à lui, est de ces idéalistes auxquels on s’attache facilement. Il a beau être naïf, il n’en est pas moins intelligent. Entre les deux l’équilibre se fait et j’ai pris plaisir à suivre leur enquête et le développement de leur caractère au contact l’un de l’autre.
L’enquête n’est pas extrêmement complexe, mais elle est prometteuse quant à la suite de la série. Je lirai volontiers le deuxième tome.

lundi 12 janvier 2026

Le Tarot de la Fleur de Fougère

 Un tarot créé par Walderya et illustré par Vassilissa Gamzukoff, aux éditions Arcana Sacra.

Présentation de l'éditeur :

Laissez la mythique fleur de fougère vous dévoiler les arcanes du monde féerique… Tous les botanistes classiques vous diront que la fougère ne fleurit pas. Et pourtant… Une seule fleur éclorait à minuit, la nuit de Noël. Elle permettrait à celui qui la trouve d’accéder aux mystères de la nature, aux murmures des arbres, aux secrets des fées. Le Tarot de la Fleur de Fougère s’inspire de cette fleur insaisissable. Il ouvre un chemin vers un monde oublié, tissé de contes anciens, de plantes aux vertus cachées et d’animaux porteurs de messages. Chaque carte est une passerelle entre intuition et tradition, entre visible et invisible. Mais prenez garde : le monde féerique n’est pas fait que de lumière. Il est aussi peuplé d’êtres farceurs, d’augures sombres et de vérités profondes. Un tarot illustré avec âme, accompagné d’un livret, conçu pour guider aussi bien les novices que les initiés.

Depuis de nombreuses années, je collectionne les tarots et oracles. Je les choisis pour leur originalité et leur beauté, mais j’aime aussi pouvoir les utiliser. Celui-ci est superbe. La qualité du coffre et des cartes est appréciable. Les illustrations sont magnifiques. Il s’agit d’un tarot de forme classique, soit 78 lames, mais il en compte une de plus : la fameuse fleur de fougère.
L’avantage du tarot, dans sa forme habituelle, est que sa symbolique s’applique à chaque jeu de manière plus ou moins égale. On n’a donc pas à réapprendre la signification des arcanes. Cependant, si le Tarot de la Fleur de Fougère est bien composé de 78 lames comprenant des arcanes majeurs et mineurs, il a son propre symbolisme. C’est un tarot dans la forme, mais pas tant que ça dans le fond. Cela à l’avantage d’offrir quelque chose de nouveau en comparaison d’un jeu que vous possédez potentiellement déjà.
Les quatre suites portent des noms différents : Étincelles, Gouttes, Épines et Racines. La suite à laquelle les arcanes appartiennent est identifiable grâce à un symbole sur le côté de la lame, en haut à gauche, ce qui est plutôt bien pensé. Les arcanes majeurs ont aussi leur propre symbole.
Ce jeu n’est pas facile à utiliser pour la divination si vous avez déjà une connaissance du tarot car vous aurez tendance à chercher des correspondances tout le temps. Parfois ça aide, parfois non. Pour s’en servir, il faut l’apprivoiser, l’apprendre, comme un oracle, et je ne trouve pas les cartes aisément identifiables d’un coup d’œil malgré les symboles. C’est une question de sensibilité, j’imagine. J’emploie davantage les jeux plus évocateurs. J’aurais tendance à lui préférer des oracles botaniques qui sont plus accessibles dans la pratique. Ceci dit, il me semble un excellent support pour la méditation et la recherche d’inspiration. C’est une aussi une bonne occasion de se plonger dans le folklore et d’apprendre des choses.
Bien entendu, ce n’est qu’un avis personnel et l’usage que vous en ferez ne tient qu’à vous. Il est tout à fait utilisable en tant qu’outil divinatoire. En outre, il est toujours bon d’apprendre quelque chose de nouveau et de sortir de sa zone de confort.
L’autrice encourage l’utilisateur à la créativité dans sa pratique ainsi qu’à développer sa propre méthode, ce que j’apprécie. J’aime aussi beaucoup les formes de tirages qu’elle propose. Elle encourage également à voir le tirage dans son ensemble et nos opinions s’accordent là-dessus. C’est un aspect de la lecture que de nombreux manuels laissent de côté alors qu’il est essentiel.
J’ai de surcroît apprécié la façon dont elle parle des plantes, la profondeur de sa pensée et la sensibilité avec laquelle elle a développé son jeu. Elle évoque également les contes et le folklore régionaux qui sont, à mon avis, fort intéressants à explorer, que ce soit dans la pratique du tarot ou en dehors.
La carte qu’elle ajoute, la fleur de fougère, apporte un petit plus un rien mystique au jeu. On peut lui trouver de nombreux usages.
Je ne pense pas l’utiliser souvent car ce n’est pas, pour moi, le jeu le plus évocateur, néanmoins ce tarot est une belle pièce de collection et je suis ravie qu’il se soit ajouté à la mienne.