mercredi 16 novembre 2011

Les contes de la bécasse

Un recueil de nouvelles de Guy de Maupassant.

Pour une fois, je vais me payer le luxe de vous résumer moi-même l’amorce du recueil.
Imaginez une tablée de gros bourrins de chasseurs (j’ai le droit d’en dire du mal, mon père pourrait en être) dont l’hôte a deux passions : les histoires et tirer le pigeon depuis sa fenêtre…
Parce qu’il est paralysé le gars, faut le savoir, et ne pouvant plus aller gambader en forêt il a trouvé l’alternative de poster un valet dans les buissons qui de temps en temps lui lâche des pigeons… C’est pathétique et c’est à peu près le gros de ses occupations…
Il adore également inviter tous ses grands copains à chasser sur son domaine, se réjouir du moindre coup de fusil, toujours posté à sa fenêtre et organiser le soir des banquets où l’on s’empiffre de gibier. (Je vous promets, je n’ai rien de particulier contre les chasseurs. Contre les viandards par contre… Ahem…)
Mais revenons à nos moutons (à défaut d’un autre mot qui ferait la rime), pour allier les deux passions précitées, notre hôte n’a rien trouvé de mieux que de réinventer le jeu de la bouteille, mais avec une tête de bécasse… Celui que désigne le bec a le droit, non pas de bécoter un de ses convives (ou alors plus tard dans la soirée peut-être) mais de croquer toutes les têtes de bécasses. Il devra en revanche raconter en retour une histoire à ses compères.
Qu’est-ce qu’on se marre durant les repas de chasseurs…
Et c’est ainsi que naît l’excuse qui permet à l’auteur de nous raconter toutes ces petites histoires…
Je vous en épargne le détail, bien évidemment, mais vous laisse mon avis sur l’ensemble à vous mettre sous la dent si je n’ai pas réussi à vous dégoûter de cet ouvrage.

Bon, il faut le savoir pour commencer : je n’aime pas les écrits de Maupassant. Rien de ce que j’ai pu lire de lui, qu’il s’agisse de lectures imposées par des professeurs sadiques (ou pire, ayant tout simplement mauvais goût) ou de choix personnels, n’a trouvé grâce à mes yeux, même si certains textes m’ont marquée.
C’est le titre de cet ouvrage qui m’a intriguée et je n’ai pas lu le résumé de crainte de me décourager d’emblée. Et puis je me suis dit qu’il était temps de réessayer… Même si je ne m’attendais pas à ce que mon point de vue sur cet auteur change radicalement, faut pas rêver… (Et puis comme chacun sait je suis aussi un peu maso…)
Sur l’écriture elle-même il n’y a rien à dire. Le style n’est pas mauvais en soi, évidemment, mais n’a rien d’exceptionnel non plus. Il n’est ni poétique, ni élégant, ni vraiment travaillé. C’est de la simplicité crue, concise, le moyen nécessaire au récit plus que l’écrin de celui-ci. C’est Maupassant quoi… Avec lui ce n’est pas l’écriture qui compte, ni la façon de raconter, c’est la nature humaine sous le vernis qui s‘écaille. Et si je ne trouve pas toujours moi-même un intérêt à son propos, c’est sans doute parce qu’il est extrêmement réaliste et que la réalité étant à ma porte, je n’ai pas besoin non plus qu’il me la raconte.
L’avantage de plusieurs histoires courtes est évidemment qu’on se lasse moins vite, mais ce ne fut néanmoins pas une lecture des plus plaisantes.
La forme de ce recueil est somme toute très classique : une petite histoire en introduction sert de lien à tous les récits qui suivent. Ceux-ci n’auraient autrement aucune cohésion. Leurs deux seuls points communs sont qu’ils se passent pour la plupart en Normandie et qu’ils nous démontrent à quel point l’humanité est pourrie jusqu’à la moelle…
Faut croire que tous ces chasseurs ont le vin mauvais. Ils ne trouvent à nous raconter que des histoires plutôt sinistres. C’est un peu un florilège de sentiments humains, parmi les pires pour la plupart. On glisse du dégoût à la nostalgie, en passant par l’effroi, on est confronté à l’avarice, la bêtise et la rustrerie. Certaines histoires sont cruelles et rudes, voire même sordides, d’autres d’une grinçante ironie, certaines sont denses et pleines de réflexion, d’autres d’une clarté vaporeuse et intangible. Oui, il y a un moment où je me suis prise au jeu. Mais ça n’a pas duré…
Ces récits mettent en scène la bêtise et tous les travers de l’humanité, s’en moquent parfois mais les regardent de loin en général. Ils sont souvent empreints d’une profonde misogynie et d’un détachement dérangeant. C’est ce que j’appellerai pour ma part de l’horreur ordinaire, réaliste, et c’est pour ça qu’elle est dérangeante. Les chasseurs, eux, semblent plus s’en réjouir qu’autre chose. Quant à moi, j’ai du mal avec ça, tout simplement. Je ne suis pas naïve non plus, mais c’est la façon de traiter le sujet qui m’a ennuyée.
Pourtant toutes les histoires ne sont pas si déplaisantes. Certaines sont même assez drôles. L’une, d’une nostalgie triste et légère a su éveiller mon intérêt. Une autre encore a su me plaire pour la réflexion sur la peur qui en est le fil conducteur. Mais je me suis surtout beaucoup ennuyée et très franchement cet ouvrage aurait pu continuer plus longtemps à manquer à ma culture sans que cela ne me pose de problème majeur…

mercredi 9 novembre 2011

La Vestale du Calix

Un roman d'Anne Larue, publié chez l'Atalante dans la collection la Dentelle du Cygne.




Anna, une vestale consciencieuse mais émotive, est condamnée à mort pour avoir brisé un vase sacré – le fameux calix Esclarmonde. Son savant fou de maître la fait «décorporer» à son insu. L’expérience réussit et elle surgit indemne à une autre époque, où il perd sa trace.

En l’an 4666, Anna, devenue «costumière tradi» chez Thomasine Couture, habite avec Ankh Delafontaine, belle blonde médiéviste, et elle monte à cheval à Étampes. Le bonheur. Elle en viendrait à se convaincre qu’elle n’a pas rejoint le monde au-delà de la mort, quand tout se complique à nouveau.

Anna et Ankh sont arrêtées pour ne pas avoir assisté à un match de trimslop, puis une cavalière est assassinée. L’enquête conclut à la mort d’Anna.

Entre alors en scène Holinshed, un cheval extrêmement stylé qui effectue des missions en freelance pour les humains à travers le temps…

Pour tous ceux qui aiment Paris, la fin du monde, les chevaux, le camping, Simone de Beauvoir… et un peu moins le football.


Les femmes ne sont pas toujours d'excellents cobayes, les chevaux sont des êtres supérieurs et les blondes se rebellent... Tout un programme, n'est-ce pas ?

J'ai bien du mal à savoir par quel bout prendre cet étonnant roman et plus encore à savoir quoi vous en dire. Si ce n'est qu'il possède plusieurs niveaux de lecture, qu'on peut aisément s'en tenir à un seul, mais que ce serait bien dommage car c'est l'ensemble qui fait tout l'intérêt de cette histoire. Car la Vestale du Calix est certes un roman très distrayant, bourré d'un humour qui va du plus lourdingue au plus pointu et truffé de références en tous genres, mais également une intéressante satire sociale qui porte entre ses lignes un message féministe qui, s'il ne prend pas trop de place par rapport à l’ensemble de l'histoire, est quand même très présent. Il faut le savoir, ça ne marche pas avec tout le monde et en général je fais partie des gens avec qui ça ne fonctionne pas. Je n'ai rien contre le féminisme et encore moins contre les romans engagés, mais je n'aime pas avoir l'impression qu'on me fait la leçon. Ce livre-ci n'a jamais dépassé mes limites, mais l'a failli quelques fois.
Je crois que c'est le genre de récit qu'on aime ou qu'on déteste d'emblée. Et moi j'ai plutôt apprécié... Si ce n'est que j'ai trouvé l'usage du symbolisme un peu trop facile parfois, mais c'est aussi ce qui fait que ce livre reste aussi accessible quand l'auteur s'amuse à nous balader. Et il faut dire qu'elle ne se gêne pas pour ça...
La Vestale du Calix est une histoire simple dans un complexe écrin, c'est très bien écrit, mais c'est vraiment particulier. Il y a, entre autres choses, ce permanent foisonnement de détails et d'anecdotes qui peut parfois sembler être du babillage, mais qui au final fait tout le sel de ce récit. Et cela accentue considérablement cette manière qu'a l'auteur d'essayer de nous perdre entre les dédales de son histoire et de nous faire croire qu'on ne sait pas où elle veut nous emmener.
J'ai beaucoup aimé cette façon de raconter, ainsi que l'ironie tout à fait délicieuse de voir notre société décortiquée et sujette à toutes sortes d'interprétations plus ou moins oiseuses en 4660 où elle fait figure de Moyen Âge.
Ce que nous sommes, mais de manière plus générale ce que l'humanité a été, est et sera, se trouve analysé, bousculé, parfois tourné en ridicule dans ce roman, mais nous invite toujours à la réflexion.
Le monde change, les connaissances scientifiques évoluent, mais les préoccupations des personnages d'Anne Larue semblent toujours les mêmes de siècle en siècle.
Que restera-t-il de nous dans deux mille ans ? Comment verra-t-on alors cette société qui est la nôtre ? Nous-mêmes nous trompons-nous sur notre interprétation du passé ? Apprenons-nous des erreurs de nos prédécesseurs ou les humains sont-ils voués à toujours se fourvoyer dans leurs propres pulsions malgré l'évolution cyclique de leur monde ?
Ce ne sont que quelques questions parmi d'autres, des pistes à explorer ou non en suivant les déboires d'Anna et Ankh.
La Vestale du Calix est un roman intelligent et drôle, original et déjanté qui parfois verse joyeusement dans l’absurde. C'est certes un peu surfait aussi, mais cet inclassable mélange de SF, de mythologie, de littérature et de philosophie gagne à être découvert.

mardi 8 novembre 2011

Non à l'augmentation de la TVA sur les livres !

Vu ce matin sur le blog de Charlotte Bousquet (merci à elle) :

Pétition lancée par la Librairie Coquillette, à relayer et signer...

Le gouvernement français vient de passer la TVA du livre de 5,5 % à 7... au même titre que celui des vendeurs de pizzas ou de hamburgers.

MAIS, NON ! LE LIVRE N'EST PAS UN HAMBURGER !!!!!!!!!!!!!!

Le livre n’est pas un objet comme les autres. C’est l’objet le plus intime qui soit, celui qui nous accompagne partout, tout le temps, sous tous les climats, durant notre vie, jusqu’aux endroits les plus interdits. Un objet si proche de nous, si lié à nous, que les pulsions ou répulsions (ce qui représente sensiblement la même chose) que nous tissons avec lui nous sont si passionnels, si entiers et si puissants, qu’elles en parviennent à nous surpasser.

Depuis notre enfance, le livre nous ouvre les portes d’un imaginaire qui nous tire par le haut d’un réel bien bas qu’il nous est plus en plus difficile à supporter. C’est lui qui nous prépare à nos premiers émois amoureux et qui nous exerce aux expériences les plus heureuses et les plus tragiques qui jalonneront bientôt nos existences.

Les livres, c’est la gomme abstractive de toutes les inégalités. C’est l’identique voyage offert aux riches ou aux pauvres, invalides ou non, jeunes ou âgés, depuis un fauteuil roulant ou de salon, un lit conjugal encore tiède ou d’hôpital glacé, depuis le banc d’un square ou d’un refuge, ou d’une cellule.

Les livres, c’est de l’émotion en mots, du rêve en pages, de la vie en chapitres. Les livres, c’est une seconde vie qui vous tient à la peau et à l’âme, telle une seconde peau, qui vous est si douce que vous vous sentez épris d’une irrépressible envie de la faire partager à celles et ceux que vous aimez ou qui vous sont proches. Un livre, c’est du lien social noble, de l’humanité pure ; c’est de l’amitié et de l’amour.

.Recommander un livre, c’est comme partager un plat. C’est une odeur, un toucher et d’imperceptibles impressions profondes qui nous font grandir ensemble vers une même voie d’humanité. C’est de l’intimité pure, de la considération absolue et du respect aux autres. Un livre, c’est des sons et des images qui surgissent de toute part pour nous mettre en émois.

A l’instar d’un boucher, d’un charcutier ou d’un boulanger, le libraire est un petit artisan qui connaît bien toutes ces sensations. Il sait combien son métier est de connaître les produits qu’il conseille, après les avoir préalablement sélectionnés, goûtés et testés. Il sait aussi combien ce qu’il propose se doit de contribuer au bonheur et à l’éveil des sens individuels, et in fine, à la société toute entière. Dans électeur, après tout, n’y a-t-il point « lecteur » ?

Mais le libraire sait aussi combien, plus important encore que le livre, est l’échange amical avec un lecteur, un bon repas partagé entre amis ou le sublime d’une nuit d’amour. Car, après tout, les livres ne sont que des tremplins, des portes grandes ouvertes sur le monde, sur l’humanité et sur la vie.

Voici pourquoi, amateurs de livres et de littérature, il nous faudra toujours combattre et demeurer vigilants pour que subsistent toujours, et toujours plus, en nous et dans chaque foyer, ces ouvertures sur nos imaginaire et sur l’Autre…

A CE TITRE, LE LIVRE DOIT ETRE CONSIDERE COMME UN OBJET DE PREMIERE NECESSITE... NECESSITE VITALE, HUMAINE ET DEMOCRATIQUE !!!

VOTONS NON !!!!

Les signataires


dimanche 6 novembre 2011

Imago, Les Gentlemen de l'étrange T2

Un roman d'Estelle Valls de Gomis, publié chez Sombres Rets.
Le premier volume avait été publié aux éditions du Calepin Jaune en 2007 et est maintenant disponible uniquement au format poche aux éditions Black Book.



Quatrième de couverture :

Wolfgang Bloodpint et Manfred Gladstone sont les Gentlemen de l’Etrange. Respectivement érudit aux pouvoirs mystérieux et docteur en psychiatrie, ils entraînent leurs comparses, la jeune gouvernante Mademoiselle Wilhelmine, Gustock Mespin de Scotland Yard, Ernest le souriceau parlant et la chienne labrador Dita, dans une aventure mouvementée en Roumanie – terre de légendes fantastiques s’il en fut – chez le vampire Arpad Nocturnaeru.
Wolfgang entreprend aussi un voyage introspectif durant lequel il va tenter de découvrir ce qu’il est vraiment. Il semble, en effet, qu’en cette fin d’époque victorienne, Londres soit devenu trop étroit pour Manfred, Wolfgang et Mademoiselle Wilhelmine.

Second tome des aventures des Gentlemen de l’Etrange, Imago relate une facette inconnue de la vie de ces surprenants, et non moins attachants, personnages.

Ce roman peut être lu indépendamment du premier tome grâce à un résumé en début d'ouvrage.

Miroir, miroir, montre-moi l'étendue des possibles au-delà du temps et de l'espace !
Et le miroir se fendit, laissant glisser les éclats de lumière qui se reflétaient en son sein, pour qu'ils tournent comme des pages...
Alors le miroir me montra une étrange, et néanmoins connue, troupe de voyageurs sur les routes de l'Europe de l'Est.
Curieuse je suis et plus encore attachée à ceux qu'il me montrait, aussi je ne pus que m'engager à leur suite, dans les profondeurs du miroir...

Ce roman-ci est indubitablement le roman de Wolfgang, qui est, je dois l'admettre, mon personnage préféré parmi le petit groupe de Belgravia... C'est le roman de l'introspection, des dernières illusions qui s'effilochent avant l'acquisition, ou non, de la sagesse et de la sérénité. C'est le roman des choix et de la quête de soi. C'est le roman du changement dans lequel se mêlent ce qui a été et ce qui sera, sans pour autant que ce mélange soit assez homogène pour que l'on puisse y distinguer ce qui de ces deux temps devrait normalement former le présent. Et cela nous ramène à Wolfie car il est vraiment à son image... Notre Wolfie si troublé qui se sent différent, qui fera peut-être le choix de changer plus encore ou celui de redevenir l'homme qu'il ne voulait pas cesser d'être...
Lointain et proche, immuable et pourtant en pleine mutation, Wolfgang est malgré tout, et très paradoxalement, il faut le dire, égal à lui-même tout au long de cette histoire et j'ai eu grand plaisir à le retrouver, à compatir à ses déboires, à le soutenir dans sa recherche et aussi, d'une certaine façon, à grandir avec lui. Car Wolfie et moi nous ressemblons un peu, il est vrai. Mais au-delà de cette communion de pensée, il y a surtout l'affection que je lui porte, à lui comme à Vesper d'ailleurs, qui a rendu cette lecture encore plus émouvante...
C'est bien le mot, ce fut vraiment très émouvant, de bien des façons, ce fut également étrange entre ce jeu de miroirs, cette écriture qui ressemble à celle que je connais de son auteur, pleine d'espièglerie, d'allusions, tissant une atmosphère si particulière, pour s'en éloigner, se faire triste et sérieuse, distante, tant que sans l'histoire elle-même je n'aurais pu la reconnaître, et y revenir finalement. Étrange et fascinant, inquiétant aussi parfois.
Mais puisque l'espièglerie reparaît, que passé et futur acceptent de se mêler de nouveau dans l'instant présent, qu'il y aura toujours des sorcières prenant le thé, un livre dans les pattes d'Ernest et tant de mystères à débrouiller, puis surtout que Wolfie, quoi qu'il décide, sera toujours Wolfie, c'est sans nul doute que tout est pour le mieux et que je peux, rassurée, rentrer chez moi, au-delà du miroir, en important avec moi les souvenirs du voyage.

Et quand je suis revenue dans la bibliothèque, le miroir reposant sagement à sa place, il y avait encore, se mêlant dans l'air, ces effluves de neige et de roses séchées, ce parfum tiède de printemps que je ne connais qu'aux terres du sud et celui, plus doux et plus profond de l'encre.
Mais peut-être était-ce mon imagination, l'odeur trompeuse de l'automne et des livres, de quelques roses oubliées dans une coupelle... Ou peut-être pas.