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samedi 15 février 2025

Nayra et le Djinn

Une BD de Iasmin Omar Ata, publiée chez Bliss Comics Éditions.



Nayra vit une situation difficile. Elle ne se sent pas bien dans son lycée, où elle subit harcèlement et moqueries parce qu’elle est musulmane. Elle voudrait changer d’école, mais sa famille refuse de l’écouter, lui reproche ses notes en chute libre et lui intime d’être forte.
Nayra se sent seule, bien qu’elle ait une amie proche qui se trouve dans la même situation. Rami est plus fataliste quant à ce qu’elles vivent. Elle essaie juste d’éviter les problèmes et se concentre sur le positif, à savoir leur amitié, ce qui semble agacer Nayra.
J’ai eu de la compassion pour ces deux jeunes filles, mais au bout d’un moment l’égoïsme de Nayra m’a saoulée. Je n’ai pas compris pourquoi elle s’éloigne de la seule personne qui l’a toujours comprise et soutenue. Elle se plaint de son isolement tout en s’isolant encore plus. Quand Marjan lae Djinn entre dans sa vie, elle agit de même avec ellui. Pendant une bonne partie de l’histoire elle n’a aucune considération pour les gens autour d’elle. Et quand elle finit par s’amender, cela tombe un peu à plat. Alors certes, c’est une adolescente en souffrance, elle a des excuses, mais elle n’en demeure pas moins très narcissique.
De manière générale, cette histoire est pleine de facilités et de clichés. Les personnages ne sont pas toujours cohérents et il y a quelques évidents soucis de traduction. C’est dommage, car le thème est intéressant. En outre, on n’a pas souvent l’occasion de voir en littérature ce que peuvent vivre deux jeunes filles durant le mois du Ramadan, alors que c’est important. J’ai également apprécié les quelques incursions dans le monde des Djinns.
Pour ce qui est des dessins, le mélange de pastel et de tons vifs m’a un peu vrillé les yeux, mais c’est joli. Cela apporte de la vie aux dessins qui sont relativement simples. J’ai bien aimé ce style qui va bien avec l’histoire.
Mon avis est donc en demi-teinte. Cette BD ne me marquera pas, mais l’intention était louable. Un public plus jeune que moi sera sans doute aussi plus indulgent.


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mardi 7 mai 2024

Le Mystère des mangeurs d'histoires, Sorcières Sorcières T2

Une BD écrite par Joris Chamblain et dessinée par Lucile Thibaudier, publiée chez Kennes éditions.



Harmonie et Miette sont sœurs, elles ont un dragon de compagnie et vont à l’école pour apprendre à maîtriser leurs pouvoirs magiques. L’univers de ces deux adorables petites sorcières est aussi fantasque que cosy.
Pour une fois, on a deux sœurs qui s’entendent bien. On ne peut pas dire que ce soit courant dans les ouvrages pour la jeunesse. J’aime beaucoup ces petites sorcières qui représentent des valeurs positives. Harmonie est sérieuse et responsable, Miette pleine d’imagination, et toutes les deux ont un très grand cœur.
Dans ce tome, Harmonie qui est particulièrement observatrice, décèle un problème dans son école et décide de mener l’enquête. Ce qui semblait anodin au départ devient très préoccupant quand des enfants tombent malades et que les adultes ne parviennent pas à les soigner. Heureusement, les deux sœurs sont là pour, chacune à sa manière, apporter une solution.
On en apprend davantage sur la façon dont fonctionne la magie dans ce monde et j’ai apprécié cette jolie histoire. Elle nous rappelle le pouvoir de l’imagination et quand enfant on jouait à faire semblant, à construire et déconstruire des univers entiers. Elle nous offre une très belle réflexion sur la créativité et la façon de la nourrir : pour créer des histoires, il n’y a rien de mieux que d’en avoir été nourri, c’est un savoir qui se transmet, se partage, sans en être amoindri.
Cette BD est idéale pour un jeune public. L’histoire peut sembler un rien simple pour un adulte, mais est douce et réconfortante. Elle nourrira positivement les rêves des enfants. En outre, les dessins sont magnifiques, vivants et colorés. Ils font une grande partie de la magie de cette histoire.

jeudi 21 mars 2024

Le Printemps de Sakura

Une BD de Marie Jaffredo, publiée chez Vents d'Ouest.


Sakura vit à Tokyo avec son père d’origine française. Ce dernier doit partir quelques semaines à l’étranger pour le travail et la confie donc à la mère de sa défunte épouse qui vit dans un village de bord de mer. La petite fille se montre rétive à l’idée de se rendre chez cette grand-mère dont elle ne se souvient guère. Son père, pris dans la spirale du deuil et les difficultés qu’il a eu à récréer un équilibre pour sa fille, n’a pas réussi à maintenir le lien comme il l’aurait voulu et il le regrette. Il y voit une occasion de permettre à l’enfant de renouer avec sa grand-mère japonaise.
Sakura a beau vivre au Japon, elle se sent étrangère à sa propre culture. Sa mère décédée dans un accident trois ans auparavant n’est plus là pour l’éveiller à cette part de son héritage. Or, les racines poussent toujours vers l’endroit où elles trouvent de l’eau ainsi que des nutriments et les siennes s’atrophient. Sans en avoir vraiment conscience, l’enfant souffre d’être étrangère à cette part d’elle-même.
Auprès de sa grand-mère, elle va se reconnecter à sa moitié japonaise, à la langue qu’elle parle avec difficulté, aussi bien qu’à l’histoire de sa famille et à cette mère qui lui manque tant. J’ai aimé voir la vieille dame et la petite fille s’apprivoiser en douceur. Matsumi est une femme adorable qui comprend les sentiments de Sakura sans qu’elle ait besoin de les exprimer. Son amour pour sa petite-fille est inconditionnel. Elle lui montre son affection sans forcer la sienne en retour. J’ai aimé la façon dont elle laisse les choses se faire. Des liens se tissent peu à peu entre elles et cela passe par des petites choses : la cuisine, des promenades, apprécier la nature dont Sakura est trop privée à Tokyo, la pêche, les croyances et la découverte du village. Sakura apprend que sa grand-mère y a toujours vécu et commence à poser des questions sur sa famille, à s’intégrer dans cette histoire familiale qui est aussi la sienne. Toutes ces petites choses, tissées entre elles, nourrissent enfin cette part d’elle-même à l’abandon. Matsumi intègre Sakura dans sa vie comme si elle y avait toujours été et sans doute était-ce ce dont la petite fille avait besoin.
Sakura apprend à connaître les gens autour d’elle et se fait des amis. Mais, surtout, elle franchit une étape importante dans son deuil. Via sa grand-mère, elle retrouve sa mère. Voir la petite fille enfin libérée de ce poids est très émouvant.
Le Printemps de Sakura est une histoire douce-amère, pleine de tendresse, de poésie et de sensibilité. Les dessins sont magnifiques et j’ai passé beaucoup de temps à les admirer. J’ai adoré cet ouvrage du début à la fin, je ne peux que le recommander.

mercredi 18 janvier 2023

Lumberjanes, Intégrale 1

Une BD de Brooke Allen, Shannon Watters, Grace Ellis et Noelle Stevenson, publiée chez Kinaye.

Présentation de l'éditeur :

Au camp pour filles badass de Miss Qiunzella Thiskwin Penniquiqul Thistle Crumpet, les choses ne sont pas toujours ce qu’on croit. Des renards à trois yeux. Des grottes secrètes. Des anagrammes !...

Heureusement, Jo, April, Mal, Molly et Ripley sont cinq meilleures amies qui n’ont pas froid aux yeux, et elles sont prêtes à tout pour passer ensemble des vacances d’été qui déchirent… et ce n’est ni une quête magique ni une bande de créatures surnaturelles qui vont les en empêcher ! Le mystère grandit de plus en plus, et ce n’est qu’un début…

Jo, Mal, April, Molly et Ripley passent leur été dans un camp scout pour filles (badass) : elles sont des Lumberjanes (mot formé à partir de lumberjack qui signifie bûcheron) et fières de l’être. Leur devise est « l’amitié au max » et elles l’appliquent tous les jours. Il se passe de drôle de choses autour du camp et nos cinq copines semblent être les seules à l’avoir remarqué. Elles sont bien décidées à tirer tout cela au clair, au grand désespoir de Jen, leur cheftaine, dont elles déjouent régulièrement la surveillance et qui angoisse à mort d’autant plus que Rosie, la responsable du camp, n’en fait pas grand cas.
J’ai été attirée par l’idée de base : une BD qui fait la part belle à l’amitié et qui encourage les filles a être braves, volontaires et à se soutenir les unes les autres. En cela, je n’ai pas été trompée, mais je suis un peu déçue quand même.
Les récits mis en scène dans cette BD manquent de consistance. Tout est fouillis, à l’image du style pictural, et pour commencer j’ai mis un temps fou à intégrer le nom des personnages. Heureusement pour moi, les portraits des filles et leurs personnalités sont exposés en fin d’ouvrage car dans l’histoire elle-même, on ne peut pas dire qu’elles soient développées et j’aurais eu du mal à dire qui est qui et quelles sont leurs caractéristiques sans cela. J’ai apprécié le goût du détail des auteurs qui ont créé une playlist illustrée pour chaque fille. Cela participe à les rendre plus vivantes. Mais ils en ont aussi fait des clichés sur pattes. On aurait pu s’attendre, vu le thème, à dépasser les stéréotypes ou s’en moquer, toutefois on patauge plutôt dedans. La seule qui subi une évolution notable est Jen, qui prend confiance en elle au contact de ses protégées. Elle est à mon avis le personnage le plus intéressant, car davantage mis en relief, de la BD. En tout cas elle est ma préférée.
L’arc principal et les courtes histoires qui composent la BD sont d’une grande simplicité : les filles voient un truc bizarre, genre un animal mutant ou une statue qui parle, et elles lui mettent une raclée. Ou alors elles voient un trou dans le sol et elles sautent dedans sans réfléchir… (Tiens, ça me rappelle un épisode de Buffy.) D’accord, elles sont intrépides et la force de leur amitié leur donne confiance, mais elles oublient quand même souvent de réfléchir avant d’agir (ou avant de cogner) et elles ne respectent pas grand-chose sinon leur envie du moment. Autant dire que c’est répétitif et exaspérant, d’autant que la fin n’est pas très élaborée non plus. En bref, il y avait certes une bonne idée, mais elle est concrétisée de façon assez médiocre.
Je n’ai pas été sensible au dessin non plus. Le trait est souvent grossier à mon goût, cependant j’admets que cela est subjectif. J’ai en revanche beaucoup aimé la galerie de couvertures à la fin de l’ouvrage.
Je dois en outre signaler un défaut de mise en page : toutes les introductions de chapitres, qui définissent les capacités récompensées par les badges que peuvent gagner les lumberjanes, sont amputées de leur fin. Ceci est d’autant plus dommage que ces extraits du manuel des lumberjanes sont intéressants, très positifs et porteurs d’importantes valeurs. Cela donne l’impression que l’édition n’a pas été soignée, d’autant qu’on y trouve aussi des coquilles.
Une seconde intégrale est prévue, mais je ne la lirai pas. On peut facilement se contenter de la première étant donné qu’il y a une conclusion, même simpliste.


lundi 23 mai 2022

La Tapisserie du Dragon-Thé

Une BD de Kay O'Neill, publiée chez Bliss Comics.

Mes chroniques des autres tomes :

Présentation de l'éditeur :

Près d'un an après avoir accepté de prendre soin de Ginseng, Greta n'arrive pas à aider le timide dragon-thé à surmonter son deuil. Alors qu'elle peine à fabriquer un objet assez spectaculaire pour impressionner un maître-forgeron en recherche d'un apprenti, elle se questionne sur la signification de son artisanat, et sur comment aider quelqu'un en deuil. Pendant ce temps, Minette reçoit un curieux paquet de la part du monastère où elle étudiait pour devenir prophétesse. Confuse à propos du but de sa vie, la timide Minette découvre que plus elle ouvre son cœur aux autres, plus elle comprend ce qu'il a toujours renfermé.
Dans ce tome, on reprend l’histoire à peu près où on l’avait laissée à la fin du Cercle du Dragon-Thé. Greta perfectionne toujours son art et tente d’accompagner Ginseng au cours du deuil de son ancienne gardienne. Quant à Minette, elle peine à retrouver son équilibre loin du monastère. Hesekiel et Erik veillent sur leur petit monde, dispensant sagesse et réconfort chacun à sa manière.
Quelle joie de retrouver ces personnages tant aimés ! On se sent comme de retour chez soi.
J’aime particulièrement Greta, si pleine de joie de vivre et de rêves, toujours prête à faire de son mieux dans son travail ou pour son entourage. Elle met beaucoup de cœur à aider son petit dragon, sans beaucoup de résultat, et son amie Minette en pleine crise existentielle. J’apprécie aussi son ambition et son perfectionnisme.
Ce tome est également l’occasion de retrouver Rinn qui a bien grandi et a repris le métier de ses parents. Iel voyage pour vendre ou troquer des plantes, des légumes et des fruits provenant des montagnes et en profite cette fois pour rendre visite à son oncle en compagnie de son ami Aedhan.
J’aime voir de nouveaux liens se nouer entre tous ces personnages et surtout les voir évoluer. Greta et Minette grandissent, leur amitié aussi, si forte qu’elle se passe souvent de mots alors qu’elles s’accompagnent l’une l’autre à travers les difficultés de la vie. Ce sont deux jeunes filles très émouvantes.
Greta veut passer au stade supérieur dans son apprentissage de la ferronnerie, mais il va lui falloir démontrer son talent et peut-être quitter cette famille élargie si précieuse pour elle. Minette, elle, évolue dans une bulle de craintes et de regrets qui menacent de l’engloutir. Comme Ginseng, elle a aussi un deuil à accomplir. Le deuil d’elle-même.
C’est un très beau tome, mélancolique parfois, mais toujours plein d’espoir. Il met en avant l’amitié, les liens de toutes sortes que l‘on crée avec nos proches et dont on ne soupçonne pas toujours la force, ainsi que le partage, qui se fait bien entendu souvent autour d’une théière. Mais le thème majeur est à mon sens l’importance de la transmission du savoir. Qu’il s’agisse des rituels de la cérémonie du thé qu’Hesekiel transmet à Minette, de la ferronnerie pour Greta, Fraida et Kleitos, des plantes sauvages comestibles et médicinales pour Rinn ou encore de la façon de bien s‘occuper des dragons-thé, on se rend compte de l’importance de la survie de toutes ces connaissances. Cette BD nous rappelle en outre de ne pas perdre le désir d’apprendre, de se renouveler et, surtout, le plaisir du partage en lui-même car c’est lui qui permet de tisser ce filet qui nous lie tous et retient entre ses mailles ce qui est réellement important.
Les souvenirs se propagent par le partage du thé, grâce à la magie des petits dragons, cela nous enseigne que ce sont les bons moments et les échanges entre les personnes qui tiennent les unes aux autres qui perpétuent la mémoire ainsi que le savoir et apportent le réconfort.
Les couleurs sont toujours magnifiques, les silences chargés d’émotion, et au fur et à mesure que l’on tourne les pages, on se sent envahi par un bien-être tranquille. Ces albums sont de petites merveilles.
À la fin de la BD se trouvent quelques textes qui expliquent l’origine des dragons-thé et d’autres faits intéressants à leur sujet. C’est un complément fort agréable à découvrir.
J’ai retrouvé avec délice les membres du Cercle et j’espère que Kay O’Neill nous régalera encore de belles histoires à leur propos. Je ne me lasserai jamais de cet univers et de ces personnages si attachants.


mardi 10 mai 2022

Le Festival du Dragon-Thé

 Une BD de Kay O'Neill, publiée chez Bliss Comics.

Vous pouvez aussi consulter mon avis sur Le Cercle du Dragon-Thé.

Présentation de l'éditeur :

Rinn a grandi entourée de dragons-thé dans son village, mais tomber face à un véritable dragon est tout autre chose ! Elle rencontre Aedhan, un jeune dragon qui avait été envoyé pour protéger le village. Mais Aedhan s'est endormi dans la forêt il y a quatre-vingt ans... Avec l'aide d'Erik, l'oncle de Rinn, et de son compagnon Hesekiel, ils vont tous enquêter sur les mystères de ce sommeil enchanté. Mais Rinn souhaite surtout aider Aedhan à accepter le fait qu'il ne pourra pas rattraper le temps perdu...

Je vous ai déjà parlé du Cercle du Dragon-Thé, une BD destinée à un jeune public, mais pouvant être appréciée par les rêveurs de tous âges, dont je suis tombée amoureuse dès les premières pages. Le Festival du Dragon-Thé en est une sorte de préquelle. On y retrouve Hesekiel et Erik du temps de leur jeunesse, mais toujours accompagnés de leurs petits dragons. Ils ne sont cependant pas les personnages principaux.
Rinn vit dans un village isolé en montagne, auprès de sa grand-mère et de sa sœur. Iel veut devenir cuisinier-e, mais se rend surtout utile en cueillant des denrées dans la forêt pour tous les habitants de sa communauté. En cherchant des champignons, iel va découvrir une créature endormie.
J’ai adoré ce bel album plein de douceur et de positivité. C’est une ode au partage, à l’ouverture d’esprit et à la compréhension mutuelle, à l’acceptation de soi autant que des autres. Dans le village de Rinn, les gens s’entraident. Ils n’ont pas grand-chose, mais le partagent volontiers. Ils ont aussi une façon bien à eux de veiller sur les dragons-thé qui ici ne sont pas attachés spécifiquement à une personne mais à tout le village.
J’ai été très touchée par le parcours d’Aedhan et de Rinn, qui s’aident l’un l’autre à accepter l’un sa vie et l’autre son talent naturel. C’est raconté aussi bien que montré, avec poésie et délicatesse.
Les illustrations sont colorées et vibrantes d’une énergie revigorante. On se sent mieux, apaisé je dirais, après cette lecture.
Cette BD est en outre très inclusive. On a bien sûr un personnage non-binaire, comme vous l’aurez compris, mais l’auteurice sensibilise également ses lecteurices à l’usage de la langue des signes. On trouve à la fin de l’ouvrage des références pour aller plus loin dans la compréhension de cette langue et de la culture qui l’accompagne.
Si vous aimez le thé, les dragons et les belles histoires, que vous avez besoin d’un peu de tendresse dans ce monde angoissant, plongez dans cet univers chaleureux et bienveillant sans hésitation.

vendredi 11 décembre 2020

Terreur à Smoke Hollow

Un roman de Katherine Arden, publié chez PKJ.


Ollie a onze ans. Elle est intelligente et sportive. Elle aime lire, même si elle déplore que les filles n'aient que des rôles très secondaires dans beaucoup des romans d'aventures qu'elle affectionne. Elle a aussi des préjugés idiots, mais c'est parce que c'est plus facile pour elle de s’imaginer que les autres ne valent pas la peine d’être connus. Ollie ne veut surtout pas s'attacher. Toutefois, derrière ce mauvais caractère et ces faux airs supérieurs, il y a une fille au grand cœur qui ne se remet pas d'une tragédie. 
En se rendant à son coin préféré à la fin des cours, elle croise une femme très perturbée qui s'apprête à jeter un livre dans la rivière. Celle-ci tient un discours incohérent, limite effrayant, mais Ollie n'a qu'une idée en tête : sauver le livre. Et elle y parvient. Elle s’enfuit avec ce petit livre noir, au titre sobre et mystérieux de Recoins. L’histoire qu’elle va y lire est des plus bizarres. Peut-être, d’ailleurs, est-elle plus qu’une simple histoire.
Je connaissais Katherine Arden pour sa belle trilogie de fantasy russe. J’apprécie son écriture poétique, ses personnages au caractère bien trempé et la façon dont elle puise dans les légendes pour donner corps à ses récits. De fait, Terreur à Smoke Hollow, bien que typé jeunesse, m’a tout de suite intriguée. 
Bien écrit, intelligent, profondément enraciné dans de vielles légendes tout en restant très moderne, Terreur à Smoke Hollow est aussi le genre de livres effrayants que j’aimais lire pendant les vacances quand j’avais l’âge des personnages. L’effroi et l’aventure sont parfaitement dosés et donnent un récit qu’on n’a jamais envie de lâcher.
Pourtant, l’intrigue de base est très classique. En outre, nous connaissons tous au moins une ou deux légendes sur la Chasse sauvage, sur les sacrifices liés aux récoltes ou sur les pactes. Dans ce roman, il y a un peu de tout cela en fond, mais traité de manière originale et personnelle. Cette intrigue m’a beaucoup plu et les jeunes personnages sont construits avec finesse, ils sortent du cadre dans lequel leurs camarades voudraient les maintenir.
Terreur à Smoke Hollow est le livre jeunesse parfait à lire durant Halloween. Le titre original est à la fois moins sensationnel et plus évocateur : Small Spaces, comme le petit livre noir que sauve Ollie. Je déplore qu’il ait perdu ce petit côté mystérieux à la traduction. Il résume bien l‘ambiance sombre de cette histoire.
Il existe un deuxième tome, Dead Voices, pas encore sorti en français, et un troisième est prévu pour 2021. Je retrouverai avec plaisir les personnages dans de nouvelles aventures.

mercredi 14 octobre 2020

Le Cercle du Dragon-Thé

Une BD de Katie O'Neill, publiée chez Bliss Comics.

Présentation de l'éditeur :
Greta, apprentie forgeronne, découvre une petite créature perdue sur la place du marché. En ramenant le dragon-thé chez lui, elle va rencontrer les deux propriétaires du salon de thé : Hesekiel et Erik. Ces derniers vont alors l'initier k l'art délicat du soin des dragons-thé. Tandis qu'elle se lit d'amitié avec eux et avec la timide Minette, Greta va découvrir l'étendue de cet art et comment les dragons-thé enrichissent leurs vies. Un conte de fées envoûtant autour de Greta et de sa découverte du monde enchanteur des dragons-thé.
Greta est une jeune fille enjouée et sympathique qui vit dans un monde magique peuplé de magnifiques créatures. Elle-même a du sang de gobelin. Elle apprend la ferronnerie avec sa mère qui est une forgeronne d’exception. Greta aussi est douée, elle a même noué un pacte avec Brick, une petite créature du feu qui la suit partout.
Un jour, Greta découvre un petit dragon aux prises avec des canidés affamés. N’écoutant que son bon cœur, elle va mettre tout le monde d’accord à la manière douce. En venant au secours de cette petite créature si délicate, elle va découvrir le monde fabuleux des dragons-thé.
Cette BD est d’une beauté, d’une harmonie et d’une douceur incroyables. C’est de la choupitude en paillettes et non ce n’est pas niais du tout, promis. 
Les dessins sont magnifiques et chaleureux, les couleurs douces et vives à la fois. C’est de toute beauté et le texte est à la mesure des illustrations. Greta est un personnage très attachant et les gens qu’elle rencontre le sont tout autant. Ce fut un plaisir de découvrir avec elle l’univers des dragons-thé et les histoires des personnes qui en prennent soin.
Cette histoire met en avant l’amitié, le partage du savoir et la préservation de celui-ci, la générosité et l’amour du thé. Elle est aussi positive qu’inclusive et j’ai été ravie de découvrir la diversité des personnages qu’elle met en scène. En outre, les dragons-thé sont d’adorables créatures. L’autrice leur a donné une apparence en adéquation avec le thé qu’ils personnifient et c’est juste parfait.
La BD est découpée en cinq chapitres courts, soit quatre saisons et l’épilogue. En assez peu de pages, elle offre néanmoins une histoire consistante et subtile. À la fin vous trouverez un guide des dragons-thé qui donne des précisions aussi bien sur les différentes espèces que sur la façon de s’en occuper. Ça donne envie d’en avoir un...
Le seul défaut de cette BD est qu’elle m’a parue trop courte. Je n’avais pas envie de quitter ces merveilleux personnages. Par chance, c’est le premier volume d’une série et le deuxième est beaucoup plus long. Je vais me jeter dessus. 
Même les adultes, pour peu qu’ils soient amateurs de thé et aiment les belles choses, adoreront cette lecture. Je vous invite à découvrir ce très bel ouvrage et à le partager avec vos enfants ou ceux de votre entourage. 


Défi Cortex catégorie Océanie

mercredi 7 octobre 2020

Les Naissances fantômes, L'enfant du cimetière T3

 Un roman jeunesse de Pierre Brulhet, publié chez Séma.

Les Naissances fantômes est la suite directe de Catacombes Ville. Nous retrouvons donc Yoann et Ora pile où nous les avons laissés. Alors qu’ils se croient une fois de plus sortis d’affaire, un spectre vient les prévenir d’une bataille prochaine contre Owen Black et ses sbires. Toutefois, il ne s’agit pas de n’importe quel spectre…
Ce roman ouvre le temps des adieux et des réponses. On sent que Yoann aspire à une vie de famille tranquille, avoir un deuxième enfant, supporter Mme Boyle sans trop faire attention à ses piques… Sa complicité avec sa fille n’a jamais été aussi forte. On retrouve autour de lui tous les personnages que l’on connaît déjà, dont l’antipathique belle-mère qui est toujours aussi acariâtre et dirigiste. Si ses amis fantômes participent aussi à l’histoire, ils sont davantage en retrait.
Dans cet ultime tome, Yoann recueille les dernières pièces du puzzle de son identité, cela contribue à boucler la boucle et à le faire se sentir en paix avec lui-même. Il est temps de revenir à la source, à tous points de vue. Durant son dernier combat Yoann doit interagir autant avec les fantômes que les vivants pour mettre ses ennemis hors d’état de nuire une bonne fois pour toute. Cela marque la fin de son aventure avec les esprits alors qu’il est enfin ancré dans le monde des vivants et prêt à aller de l’avant. C’est un joli symbole.
Ce dernier volume est plus glauque que les précédents et il fera frissonner vos chérubins. Cependant, il est aussi porteur d’espoir en l’avenir et axé sur la famille. Il offre une bonne conclusion à cette trilogie.

mercredi 13 mai 2020

Le Cycle d'Oz t1

Deux romans de fantasy jeunesse, écrits par Lyman Franck Baum et publiés aux éditions Le Cherche Midi.

Qui ne connaît pas Le Magicien d’Oz ? Même sans avoir lu le roman original, on a forcément vu une adaptation, lu une version abrégée ou l’une des nombreuses histoires qu’il a inspirées. Ce récit est entré dans notre imaginaire commun depuis longtemps, même s’il est évidemment plus populaire dans son pays d’origine. Ce que nous savons moins en revanche, nous francophones, c’est qu’il est le premier tome d’une série de quatorze livres (si on ne compte que ceux écrits par Lyman Frank Baum lui-même).
Il y a quelques années, les éditions Le Cherche Midi ont commencé à publier cette série, dont la plupart des titres étaient inédits en français, à raison de deux tomes par volume. Seuls trois de ces volumes sur les six prévus sont parus à ce jour mais les histoires peuvent se lire indépendamment.
Le premier volume contient donc une nouvelle traduction du Magicien d’Oz et une suite Le Mystérieux Pays d’Oz dont Dorothy est absente. Il est illustré en noir et blanc par Stéphane Levallois. Il existe aussi en audiolivre.

Le Magicien d’Oz
Je ne pense pas avoir besoin de présenter cette histoire ni ses personnages.
Ce que j’aime dans ce roman est qu’il prend à contre-pied beaucoup de poncifs des contes. Il montre aux enfants que l’on a en soi des ressources insoupçonnées, mais que l’on a parfois besoin d’une aide extérieure pour en prendre conscience. Au pays d’Oz, la métaphore soutient la logique, le raisonnement ne doit pas aller sans l’allégorie et le rêve. Le symbolisme compte autant que le vécu et il nourrit l’expérience. S’il est important de ne pas s’en laisser conter et de ne pas croire aux illusions du magicien, on grandit tous à notre propre manière et on a besoin de rites de passages autant que des encouragements d’autrui pour prendre enfin confiance en nous.
C’est une histoire sympathique dont la réputation n’est plus à faire.

Le Merveilleux Pays d’Oz
Si l’on retrouve dans ce récit des personnages connus tels que l’épouvantail ou le bûcheron, le héros en est un petit garçon du nom de Tip. Élevé par une vieille sorcière acariâtre qui le traite comme un domestique, l’espiègle gamin veut lui faire une blague. Il fabrique un bonhomme à tête de citrouille qu’il poste sur son chemin pour l’effrayer quand elle rentrera, mais sa farce n’a pas du tout l’effet escompté. La vieille femme ne se laisse pas abuser et, venant d’acquérir une poudre magique auprès d’un sorcier de la région qu’elle a envie d’essayer, elle donne vie au bonhomme ! Après quoi elle est bien décidée à punir Tip de ce mauvais tour et il n’a d’autre choix que de fuir en volant la poudre magique et en emmenant Jack Pumpkinhead avec lui pour le soustraire à la vindicte de la sorcière.
Les aventures, ou plutôt mésaventures, du jeune garçon sont toutes plus abracadabrantes les unes que les autres et il est amusant de le suivre à travers tout le pays à mesure que se joignent à lui des personnages tous plus étonnants les uns que les autres. La force de ce récit est toujours ce merveilleux un peu absurde et l’humour grinçant dont l’auteur ne se privait pas de nous abreuver.
On pourra juger ce roman un peu sexiste. En effet, une armée de filles s’est mis en tête de conquérir la cité d’émeraude et, bien que victorieuses, ces demoiselles sont largement moquées pour leurs motivations vaines (elles veulent des bijoux et de nouvelles robes), leurs peurs absurdes et leur manque de jugeote, sans parler de leurs armes qui sont des aiguilles à tricoter… Toutefois, il ne faut pas se leurrer, derrière l’ambiance bon enfant de ces romans, l’auteur se moque de tout le monde. L’aveuglement des uns, l’orgueil bouffi des autres et même les hommes qui sont épuisés quand ils doivent faire le travail des femmes, tous en prennent pour leur grade. La grande majorité des personnages de ces histoires ne sont pas bien finauds et ils sont très loin de la perfection que l’on confère d’ordinaire aux personnages que l’on trouve dans les récits pour enfants. Cela est pour le moins rafraîchissant.
Il y a de nombreux niveaux de lecture dans ces récits et si leur aspect fantasque plaira aux enfants, les adultes pourront y lire une critique acerbe de la société dans plusieurs domaines.

Ces romans ne sont pas devenus des classiques par hasard et gagnent à être découverts. Ils font en outre de bonnes histoires du soir étant composés de tableaux qui forment de petits récits dans le récit principal.
Je les avais déjà lus, mais j’ai opté cette fois pour la version audio. Je n’ai pas aimé la performance du lecteur qui met beaucoup d’emphase dans son interprétation, cependant c’est une bonne alternative pour faire découvrir ces romans à des enfants qui seraient trop jeunes pour lire seuls un ouvrage aussi dense.

lundi 24 février 2020

Sélène et la roue de l'année

Un album pour enfants écrit par Cécile Guillot et illustré par Mina M, publié chez Séma.

Présentation de l'éditeur :
Tourne, tourne la roue de l'année,
dansent les saisons.
Un nouveau cycle a commencé,
plein de joie et de célébrations.
Découvre avec Sélène les fêtes du passé
et amuse-toi grâce au petit cahier d'activités.
Ce très bel album présente les huit grandes fêtes païennes célébrées dans la Wicca et d’autres mouvements néo-païens. Au-delà de toute obédience religieuse ou sensibilité spirituelle, c’est un bel ouvrage pour expliquer aux jeunes enfants le rythme des saisons via des perceptions ainsi que des habitudes simples et concrètes qui leur parleront facilement.
Les textes sont courts, poétiques. Il y en a deux par fête, un quatrain qui présente l’essence de la célébration et quelques phrases sur les activités de saison que pratique la petite fille de l’illustration. C’est joli et rassurant d’une certaine façon, puisque cela fait créer des connexions à l’enfant entre la fête, la saison et sa propre vie.
À la fin de l’ouvrage se trouvent huit recettes ou activités créatives peu onéreuses, une par fête donc, que l’enfant peut réaliser avec ses parents et rendre ainsi encore plus concret le passage des saisons.
Les illustrations sont magnifiques. J’aime beaucoup le style de Mina M qui est à la fois précis et éthéré. Elles sont plus enfantines dans ce livre, colorées et texturées, pleines de charme. Le symbolisme est important et très présent.
Le seul petit reproche que je pourrais faire à cet album est qu’il contient deux ou trois coquilles. Je suis toujours plus tatillon quand il s’agit de livres pour enfants.
En ces temps de mixité, d’aucuns se plaindront peut-être que l’ouvrage est axé « fillette et maman », ce qui ne convient pas à toutes les familles. En ce qui concerne la question du genre, si des générations de fillettes ont pu grandir en n’ayant quasiment que des héros masculins dans leur bibliothèque, les garçons peuvent bien s’identifier à une fille de temps en temps.
C’est un beau livre, très positif, qui reconnecte aux saisons et aide l’enfant à mieux les appréhender. Il propose de surcroît des activités simples et agréables qui font de jolis souvenirs en grandissant. Je le conseille chaleureusement.

mardi 1 octobre 2019

Catacombes Ville

Un roman jeunesse de Pierre Brulhet, publié chez Séma.

Il s'agit de la suite de L'Enfant du cimetière.


Ce roman est la suite directe de L’Enfant du cimetière. On y retrouve les nouveaux personnages qui apparaissaient à la fin de l’histoire, mais aussi Yoann et ses amis fantômes. Le jeune homme va cette fois encore devoir les sauver d’un grand danger.
Si votre enfant a aimé le premier tome, il sera sans nul doute ravi de se replonger dans les aventures de Yoann. Toutefois, le récit est plus sombre. Si les gentils fantômes sont de retour, les méchants spectres le sont aussi et l’ambiance est plus pesante, le surnaturel plus prégnant. Il me semble important de le préciser pour les enfants qui sont un peu plus impressionnables que d’autres.
Ceci dit, il est plaisant de découvrir ce qui s’est passé après l’épilogue de L’Enfant du cimetière. L’auteur a trouvé un bon moyen de nous ramener auprès des fantômes tout en explorant la nouvelle vie de Yoann. 
Pour ma part, je trouve toujours le tout un peu cliché, surtout le personnage de la grand-mère que je n’ai pas du tout aimé. Cependant, étant adulte et grande lectrice, je suis aussi un public plus difficile.
L’atmosphère de ce roman est très feutrée, onirique, un peu absurde même par moments. Mais comme le précédent, la lecture est aisée. Les enfants qui aiment se faire peur apprécieront ce petit voyage dans l’autre monde.

vendredi 6 septembre 2019

L'Enfant du cimetière

Un roman de Pierre Brulhet, publié chez Séma.

Présentation de l'éditeur :
Abandonné par une nuit pluvieuse, un bébé grandit parmi les Esprits du cimetière. Il connaîtra, dans ce lieu intemporel, l’Amitié et l’Amour.
Mais par leur incompréhension et leur cruauté, les Vivants voudront le forcer à vivre dans le monde réel, alors qu’une terrible menace plane sur le cimetière.
Un enfant qui grandit dans un cimetière, forcément, quand je lis ça, je pense à Nobody Owens. Pourtant, L’Enfant du cimetière ne possède que peu de similitudes avec le roman de Gaiman. Il est tout aussi fantasque, mais tend plus vers le Merveilleux que le Fantastique. Comme dans les contes, on ne se pose pas trop de questions, on accepte même les choses les plus bizarres ou illogiques. C’est aussi beaucoup plus enfantin et assez classique pour un ouvrage jeunesse. 
Pierre Brulhet nous offre un récit tendre et mignon, qui ne recèle rien d’effrayant et plaira sans problème à un jeune public, même aux enfants qui ne sont pas friands d’histoires de fantômes. L’Enfant du cimetière est un ouvrage vraiment facile à lire. 
L’ambiance est bon enfant, de mignonnes illustrations closent des chapitres courts, tout est fait pour rendre la lecture agréable. On suit volontiers le petit Yoann qui vit au rythme du cimetière et aimerait bien en découvrir plus sur ses origines. Avec lui, on apprend à connaître le lieu et ses résidents. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il y a plus de vie que de mort dans ce cimetière… Pour autant, j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher à ces personnages. 
C’est une histoire plutôt sympathique, mais qui est tout de même pleine de clichés. De mon point de vue, la littérature jeunesse est censée ouvrir l’esprit, pas le formater. Je reste donc assez dubitative face à cette lecture. Mais après tout je suis une adulte...

mardi 21 mai 2019

Sortilèges

Un roman de Denis Labbé, illustré par Krystal Camprubi.


Lisa a tout juste onze ans et les préoccupations de tous les enfants de son âge. Elle ne s’attendait pas à apprendre du bec d’une chouette qu’elle est une sorcière. Dès lors, elle devra apprendre à se servir de ses pouvoirs et ira de dangers en découvertes. 
Avec ce récit estampillé jeunesse, on est loin d’Harry Potter, ce qui n’est pas pour me déplaire. Cela reste assez enfantin, mais j’aime la façon dont la magie est évoquée ici et la simplicité — je devrais peut-être dire le naturel — des événements. Cela sonne juste. 
Le livre est composé de quatre chapitres et chacun est une histoire à part entière. Si on voit l’évolution de Lisa au fil des pages, j’ai quand même été un peu déçue que certaines pistes ne soient pas davantage développées. Pour citer quelques exemples en essayant de ne pas spoiler, on n’entend plus parler de l’apparition évoquée dans le deuxième chapitre et la dernière histoire laisse clairement le lecteur sur sa faim. J’ose donc espérer une suite pour les aventures de cette petite sorcière somme toute assez sympathique. En outre, les personnages secondaires méritent d’être bien plus développés. 
La lecture est agréable. Elle séduira sans difficulté les enfants d’une douzaine d’années qui sont déjà amateurs de merveilleux, de fantastique et de magie. 
Les illustrations de Krystal Camprubi sont superbes, comme toujours, et apportent un vrai plus au livre.

mardi 14 mai 2019

Un été d'enfer

Une BD de Vera Brosgol.


Vera est une petite fille de neuf ans qui adore dessiner. Elle vit avec sa mère, son frère et sa sœur dans un petit appartement. Elle est d’origine russe et sa famille n’a pas beaucoup d’argent. Ces différences culturelles et sociales font qu’elle a beaucoup de mal à s’intégrer. Les autres fillettes ne sont pas très tendres avec elle. (On a vraiment envie de leur filer des claques…) Du coup, quand elle entend parler d’un camp de scouts russes, elle pense avoir trouvé l’occasion de se faire des amis et de se sentir à sa place. Mais rien ne va se passer comme prévu...
La première chose qui m’a sauté aux yeux est la couleur. Les dessins, superbes et expressifs au demeurant, sont en noir, blanc… et vert. Pas un vert agréable et relaxant, non. Ce vert est nauséeux, sans doute pour coller à l’ambiance. Au début cela m’a gênée, puis je m’y suis habituée et je l’ai trouvé vraiment adapté à l’histoire. En outre, comme je le disais, les dessins sont superbes, riches de détails et de nuances. C’est vraiment une jolie BD, très agréable à lire malgré les déboires de Vera.
Il faut bien le dire, l’histoire est un peu déprimante parfois. J’ai eu de la peine pour Vera. On s’attache vite à elle, on aimerait pouvoir l’aider… C’est d’autant plus touchant que cette histoire, sans être biographique, est fortement inspirée de souvenirs d’enfance de l’autrice. Bon, ne vous inquiétez pas, tout n’est pas déprimant et c’est un joli récit d’apprentissage. Le personnage grandit, sa personnalité s’affirme et sa compréhension de l’autre s’affine. Vera apprend beaucoup durant cet été au camp.
Cette bande dessinée est destinée à un jeune public, disons d’une dizaine d’années, mais elle reste intéressante même pour un public plus âgé. Toute adulte que je suis, je l’ai appréciée. Elle est très agréable à lire et si ça pouvait inciter les enfants à être plus ouverts et tolérants, ça serait d’autant plus cool.

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jeudi 12 juillet 2018

L'Ombre de l'Ankou

Un roman de Jean Vigne, illustré par Mina M, publié dans la collection Chatons hantés des éditions du Chat Noir.


J’ai vraiment passé l’âge de lire ce genre de romans, mais je suis parfois superficielle et, je l’avoue, j’ai été attirée par la magnifique couverture. Elle m’a vendu du rêve et les illustrations intérieures sont à sa mesure. J’ai adoré en découvrir les détails. Elles participent grandement à l’atmosphère du roman.
Celui-ci est moins sombre que je ne m’y attendais. Sans doute parce que je suis adulte. Ce n’est pas un problème, il en faut pour tous les goûts et les enfants qui veulent frissonner sans cauchemarder ensuite y trouveront leur compte.
Lotie a onze ans, elle vient de déménager dans un manoir très isolé en Bretagne. Ses amies lui manquent, sa maman est malade, les temps sont durs pour elle. Elle est encore très petite fille, entre deux âges en fait, cela la rend aussi agaçante — quand elle chouine — qu’attachante par sa candeur. Cet été-là, sur la lande, elle va tenter d’apprivoiser le passé de sa mère pour la sauver.
Le rythme est assez lent, car assujetti aux découvertes de Lotie, qui fouine un peu mais se laisse surtout porter. Et elle digresse beaucoup cette petite, mais ce n’est pas désagréable. On furète avec elle, on apprend à la connaître.
J’ai vu le dénouement venir de loin, cependant c’est plutôt normal et je pense que les jeunes lecteurs le trouveront à leur goût. J’offrirai volontiers ce petit roman à un enfant en âge de lire cette histoire de fantôme mâtinée de légende bretonne.

mardi 15 mai 2018

Le Mystère du jeteur de sorts, Sorcières sorcières T1

Une BD de Joris Chamblain et Lucile Thibaudier, publiée chez Kennes éditions.


Présentation de l'éditeur :
À Pamprelune, tous les habitants sont des sorciers et des sorcières. Dans ce petit village fantastique où des dragons apprivoisés côtoient des citrouilles-boîtes-aux-lettres et où magie et sortilèges font partie du quotidien, trois petites sorcières de huit ans sont victimes tour à tour d'un mauvais sort. Harmonie, petite sorcière elle aussi, est la principale suspecte. Elle aura sans doute voulu venger sa petite sœur Miette, souffre-douleur des trois premières... Mais Harmonie est innocente ! Elle est aussi la seule à pouvoir enquêter et à découvrir qui est le mystérieux enchanteur....

Ce sont les illustrations qui m’ont attirée vers cet album en premier lieu. Elles sont magnifiques, pleines de couleurs et de charme. Cela donne envie de tourner les pages. Et puis, si vous avez un peu cerné mes goûts depuis le temps vous savez que j’adore les sorcières… Bien que cette BD soit destinée aux enfants, je ne pouvais passer à côté et, toute adulte que je suis, j’ai beaucoup apprécié ma lecture.
Harmonie et Miette sont deux petites sorcières tout à fait craquantes avec leurs bas rayés. Elles vivent dans un village de sorciers, ont des balais magiques, un dragon de compagnie et une citrouille en guise de téléphone et de boîte aux lettres. Seule ombre au tableau : la petite Miette n’a pas de pouvoirs et elle est moquée par les autres enfants. Heureusement, sa grande sœur est toujours là pour la protéger. Alors quand les filles qui s’en prennent à Miette commencent à être victimes de sortilèges, Harmonie est le coupable idéal…
L’histoire est mignonne, simple mais efficace. Elle sensibilise les enfants en douceur à la tolérance. J’ai trouvé très touchante la complicité des deux sœurs et leur univers est bien sympathique. Cet album est une bulle de douceur.
Une fois le jeteur de sorts démasqué, on peut lire un autre récit éclairant des points de la première histoire restés dans l’ombre. C’est bien d’avoir séparé la narration en deux, cela ménage le mystère et permet aux jeunes enfants de se familiariser avec des récits non linéaires, une multiplicité de points de vue, et d’aller au-delà des apparences.
Ce premier tome existe également en version romanesque pour les enfants qui commencent à lire seuls. Je trouve très bien d’avoir le choix, même si pour ma part j’en resterai à la BD. Je lirai d’ailleurs volontiers la suite tant l’univers de ces petites sorcières regorge de promesses.
Si vous optez pour la version BD, sachez qu’il existe une intégrale des trois premiers tomes avec une belle couverture et de très jolies finitions qui donnent à l’ouvrage des allures de grimoire. C’est un joli cadeau pour les enfants qui aiment les univers un peu fantasques et la magie.

samedi 7 janvier 2017

La Jeune Fille au Corbeau

Un roman de Cécile Guillot, illustré par Mina M et publié aux Éditions du Miroir aux Troubles.
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Présentation de l'éditeur :

Frances est une jeune fille solitaire qui n'a qu'un corbeau comme ami.
Elle possède le don mystérieux de prédire l'avenir, mais cela effraie beaucoup trop ses parents. Un jour, ils décident donc de l'envoyer dans un pensionnat très loin de Londres. Quand elle arrive sur les lieux, un vieux manoir perdu dans la forêt, elle s'aperçoit rapidement que quelque chose ne va pas... Elle apprend alors que des élèves ont disparu, des filles comme elle, des filles différentes.
La Jeune Fille au Corbeau est un court roman jeunesse écrit par Cécile Guillot et illustré par Mina M. Il est plutôt destiné aux filles d’une dizaine d’années, mais ce n’est qu’à titre d’indication bien entendu.
Frances, une jeune fille un peu spéciale, nous conte son histoire, installant ainsi d’emblée la connivence avec le lecteur. Ses parents, las de ses crises de somnambulisme et de ses excentricités, l’envoient dans un pensionnat perdu en pleine forêt. Elle est emplie d’appréhensions face à la nouvelle vie qui se profile, mais est aussi animée par l’espoir secret de se faire des amies, elle qui n’a que son corbeau pour confident. Cependant, l’atmosphère de sa nouvelle école est bien lourde…
Frances est intelligente, sensible et attachante, les petites filles s’identifieront facilement à elle. Le récit coule avec fluidité tandis que la fillette tente de dénouer le mystère qui entoure la disparition de ses camarades. L’adulte voit venir les événements, mais les jeunes lecteurs, qui ne sont pas encore trop aguerris, apprécieront.
Les grands caractères et la police adaptée aux dyslexiques rendent ce roman très accessible au jeune public à qui il est destiné.
Les belles illustrations, très romantiques, participent grandement à étoffer l’ambiance gothique et vénéneuse du récit. Pour autant, l’histoire n’est pas trop effrayante pour les enfants, juste de quoi frissonner dans la sécurité de sa chambre.
Ce joli texte est une ode à la différence et une bonne initiation à la poésie du gothique pour les enfants.

dimanche 20 septembre 2015

The Amazing Mr Blunden

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The Amazing Mr Blunden est l’un de ces films de fantômes aux vaporeuses allures de conte que l’on aime regarder à l’approche des fêtes de fin d’année. Certes un peu kitsch – il date de 1972, c’était l’époque – il n’a néanmoins pas si mal vieilli que l’on pourrait le craindre.
Tout commence lors d’une veille de Noël en 1918. Un vieux gentleman toque à la porte d’une veuve désargentée et lui propose un emploi de gardienne, mais quand celle-ci s’éclipse pour s’occuper du bébé malade, il tient à ses deux aînés des propos sibyllins.
Alors qu’ils tentent de s’habituer à leur nouvelle vie, Lucy et Jamie vont se rendre compte que les rumeurs concernant le vieux manoir dont leur mère a la garde ne sont peut-être pas que des superstitions. Dans le parc, ils font une rencontre qui va les conduire cent ans en arrière pour, peut-être, éviter un drame.
J’aime l’ambiance de ce film, même si l’intrigue a quelques accents puérils parfois. C’est une histoire de fantômes très british, qui n’est pas faite pour effrayer mais plutôt pour laisser l’esprit dériver aux limites du merveilleux. Elle réveille les souvenirs enfouis de l’enfance, quand on s’imagine que tout est possible. Elle joue sur des motifs connus, mais sans lourdeur. C’est agréable à regarder. Un humour grinçant et subtil, irrévérencieux autant qu’ironique, ajoute un peu de piquant à cette intrigue qui serait sinon un peu trop enfantine avec ses grosses ficelles et ses méchants caricaturaux. De fait, The Amazing Mr Blunden peut plaire autant aux adultes qu’aux plus jeunes.
Si ce n’est clairement pas un film époustouflant dans son esthétique ou ses effets, il est cependant très soigné dans ses détails. Je pense notamment aux chansons (non, ne vous inquiétez pas, ce n’est pas un Disney ou une comédie musicale, on ne chante pas toutes les deux secondes) ; même quand on entend uniquement des bribes sur le passage de Mr Blunden, elles sont toujours significatives.
J’ai vu ce film pour la première fois il y a une bonne dizaine d’années et il est demeuré dans ma mémoire. Quelque chose dans cette histoire me touche, sans que je sache vraiment définir quoi. Cela se cache dans l’ambiance fantastique, dans la magie et le symbolisme du récit, peut-être. J’ai un faible pour les histoires de fantômes aussi, je dois bien l’avouer.
Je l’avais vu doublé en français, mais cette version semble introuvable aujourd’hui. J’ai donc dû me contenter de sous-titres en anglais. Cela dit, le vocabulaire est tout à fait accessible.
J’ai passé un moment agréable à me remémorer des détails que j’avais oubliés. Si vous n’avez pas peur du kitsch, si vous aimez les histoires de fantômes à l’ancienne et que vous avez envie de retomber en enfance pour une heure, suivez donc Mr Blunden et les enfants dans leur quête.


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RVLFC