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mercredi 15 avril 2026

House of Windows

Un roman de John Langan, publié en version audio chez Lizzie.

Interprété par Marie Bouvier et Guillaume Orsat.


Lors d’un weekend entre amis, un homme, écrivain d’horreur de surcroît, se voit offrir une histoire par l’une de ses connaissances. Le mari de Veronica Croydon a disparu. Cela a fait pendant des mois les gorges chaudes de leur petit monde d’universitaires. Il faut dire que Roger et Veronica n’en étaient pas à leur premier scandale et que dans une si petite sphère, en outre assez collet monté, cela ne pardonne pas. Veronica agace notre narrateur, mais il est curieux. Tout le monde l’est. Les suppositions sur ce qu’il a pu advenir de Roger ont fait bon train et Veronica lui promet une histoire que personne n’attendait et qu’elle n’a pas pu raconter jusqu’à ce jour, car elle-même peine à y croire.
Durant deux nuits, elle lui livre un récit, tantôt digressif, tantôt presque trop apprêté, mais toujours prenant. Veronica se révèle une narratrice intelligente, même quand on pense qu’elle s’éloigne du sujet, à desseins ou non, elle ne lâche jamais le fil de son histoire. Elle ménage ses effets, joue avec l’attention de son auditeur. Coquetterie de littéraire ? Peut-être. Veronica est doctorante et enseigne la littérature, c’est comme ça qu’elle a connu Roger et les autres personnes présentes lors de ce weekend. 
Pourquoi se livre-telle maintenant et à cet homme qu’elle ne connaît pas tant que ça au final ? Est-ce seulement une fable élaborée pour obtenir de l’attention ? Peut-être Veronica a-t-elle créé cette histoire pour faire face à une situation qui la dépassait, créer du sens par le non-sens. Après tout, c’est ce dont elle a presque cru Roger coupable un moment. Difficile de savoir si le récit de Veronica est fiable, si elle a perdu l’esprit ou si elle a transposé les événements en une fiction qu’elle peut appréhender plus facilement que la réalité. Après tout, ses deux écrivains de prédilection sont Nathaniel Hawthorne et Emily Dickinson. Il est important de le noter, comme de noter que l’écrivain favori de Roger est Dickens. Les références littéraires sont légion dans ce roman, parfois évidentes, parfois extrêmement subtiles. Je doute de les avoir toutes saisies moi-même. Ce n’est pas vraiment un problème, mais quand on les débusque, elles apportent un plus à ce récit intelligent. Veronica est érudite, sans jamais être pontifiante, bien qu’elle fasse preuve parfois d’un snobisme que je connais bien, ayant moi-même évolué dans les mêmes sphères qu’elle. Cela m’a fait me sentir d’autant plus à l’aise au cours de cette audiolecture.
Au fur et à mesure que l’on écoute Veronica, on apprend à la connaître, à l’apprécier, et on se laisse aller à la croire, comme le fait, contre toute raison, le second narrateur de cette histoire qui recueille ses confidences. On se laisse prendre au piège de l’histoire, comme Veronica elle-même. C’est le premier roman de John Langan que j’ai lu et certainement pas le dernier tant j’ai apprécié son écriture.
J’aime beaucoup les histoires de maisons hantées, qui ont en général beaucoup à offrir d’un point de vue psychologique. Les personnages sont travaillés, les lieux ont une vie propre, et on plonge dans la psyché humaine accroché à une corde qui n’est pas fragile, mais que l’on craint quand même de voir céder dans les moments les plus sombres. C’est ce que nous offre John Langan avec ce roman, du fantastique, plus que de l’horreur, une réflexion nimbée de malaise, les âmes a vif de Roger et Veronica. L’ensemble est très Lovecraftien, en tout cas dans son appréhension de l’horreur. Cette influence n’est jamais reconnue ouvertement, mais on la voit, on la sent.  Je n’aime guère les écrits de Lovecraft, mais cela n’a pas eu d’incidence dans la façon dont j’ai perçu House of Windows. J’ai trouvé au contraire que cette influence était justifiée.
Des références à d’autres maisons hantées que celle qui nous occupe jalonnent le récit, mais elles font affaire de décorum. Quel littéraire décent oserait les omettre ? Pas Veronica, bien entendu. Ce n’est pas là quel faut chercher les références les plus subtiles cependant. J’ai adoré décrypter ce texte. Un récit qui stimule l’intellect de son lecteur est toujours une bonne chose selon moi, mais on peut aussi l’apprécier juste pour ce qu’il est, sans chercher plus, ce qui le rend si réussi.
Si vous cherchez de l’horreur pure, ce n’est sans doute pas pour vous, mais si vous voulez un roman psychologique avec des accents effrayants, vous serez ravis. Je suis une grande fan de fantastique, du vrai fantastique au sens littéraire du terme, pas ce genre fourre-tout où les gens mettent tout ce qu’ils sont en peine de classer faute de connaissances. (Oui je me permets un rien de snobisme, comme Veronica.) Ce roman remplit tous les critères du genre et cela m’a ravie. Je m’en suis délectée jusqu’à la toute fin, ou devrais-je dire les fins ?
Ce long récit passe très bien en audio car cela renforce l’impression de recueillir les confidences de Veronica. Les deux narrateurs, Marie Bouvier et Guillaume Orsat sont tous deux excellents et j’ai pris grand plaisir à les écouter. Je recommande vivement cette version.


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lundi 30 décembre 2024

Cursed : Contes et mythes revisités

Une anthologie, publiée chez 404 éditions.

Sommaire :

- Le Château maudit, Jane Yolen
- Rouge comme le sang, Blanche comme la neige, Christina Henry
- Le Pont du troll, Neil Gaiman
- À cet âge, Catriona Ward
- Écoute, Jen Williams
- Henry et la boîte en bois de serpent, M.R. Carey
- Peau, James Brogden
- Faith & Fred, Maureen F. McHugh
- La Malédiction de la fée noire, Karen Joy Fowler
- Wendy Darling, Christopher Golden
- Fée loup-garou contre vampire-zombie, Charlie Jane Anders
- Regarde dedans, Michael Marshall Smith
- Little Red, Adam Stemple & Jane Yolen
- Les Joyeuses Danseuses, Alison Littlewood
- Encore, Tim Lebbon
- La Fille qui venait de l'enfer, Margo Lanagan
- Nouveau millésime, Angela Slatter
- Haza et Ghani, Lilith Saintcrow
- Haine, Christopher Fowler
- L'Éveil du château, Jane Yolen

Des malédictions comme s’il en pleuvait !
J’adore les anthologies. D’une part elles permettent de découvrir des auteurs, d’autre part il y a souvent du Fantastique dans celles consacrées aux récits SFFF. Je parle du Fantastique à l’ancienne, mon genre de prédilection, et pas du fourre-tout qu’on essaie de faire de ce genre méconnu de nos jours. Bref, je suis toujours ravie de lire une anthologie, mais le risque est de tomber sur des textes très inégaux. C’est comme les papillotes, tu peux te délecter d’une délicieuse pâte de fruit ou grimacer devant un écœurant chocolat. C’est le jeu ma pov’ Lucette. Ici, le ratio entre pâtes de fruit et chocolats est plus que correct.
L’anthologie regroupe vingt textes : dix-huit nouvelles, deux poèmes. Je parlerai peu de ces derniers, aussitôt lus, aussitôt oubliés, cependant leur placement dans l’ouvrage était judicieux. Ces deux textes qui se répondent font office d’introduction et de conclusion. On entre et on sort du conte par leurs portes.
Tout ouvrage qui propose des réécritures de contes, en plus de son thème sur les malédictions, se doit d’avoir un récit inspiré de Blanche Neige, probablement l’un des contes les plus connus au monde. Cependant, ne vous y trompez pas, le conte de Christina Henry est un hybride et la fille au teint de porcelaine et aux cheveux noirs comme le jais n’est pas la seule à lui conférer son essence. J’ai beaucoup aimé ce conte, un rien classique, mais très agréable à lire.
Vient ensuite un texte de Neil Gaiman : Le Pont du troll qui est probablement sa nouvelle la plus connue avec Chivalry. Les deux ont fait le tour des anthologies… C’est un bon texte Fantastique, au symbolisme subtil, et si vous ne le connaissez pas c’est l’occasion de le lire.
À cet âge de Catriona Ward est un récit horrifique dans lequel le malaise se diffuse lentement. Son atmosphère d’étrangeté m’a beaucoup plu ; on y vogue comme en un rêve. Cependant, l’histoire se délite sur la fin et il a manqué quelque chose pour que cette nouvelle me semble aboutie. Je ne saurais dire quoi cependant.
Écoute de Jen Williams est un très bon texte, poétique, intelligent, qui a la saveur des contes et des mythes, tout en gardant sa propre originalité. Ce n’est pas la nouvelle qui m’a le plus enthousiasmée — question de goût — mais c’est une réussite.
Henry et la boîte en bois de serpent de M.R. Carey est un récit drôle et efficace qui se lit en deux temps trois mouvements. Il allège un peu cet ouvrage, malgré les thèmes philosophiques cachés sous sa généreuse couche d’humour.
Peau de James Brogden est un récit perturbant, un rien moralisateur sur les bords, mais qui ne manque pas d’intérêt. Comme pour la nouvelle de Ward, j’ai trouvé qu’il y manquait quelque chose.
Avec Faith & Fred de Maureen F. McHugh je suis arrivée sur un terrain familier. C’est du bon, très bon, Fantastique, qui nous promène entre deux mondes. Un rien d’horreur subtile, un parfum de merveilleux discordant et une bonne vieille malédiction donnent à ce récit sa profondeur ainsi que son originalité. J’ai beaucoup aimé. C’est pour moi l’un des meilleurs textes de cette anthologie.
La Malédiction de la fée noire, qui fait suite, m’a en revanche laissée un peu perplexe. Ce récit mêle songe et réalité dans un conte morcelé tel un miroir brisé. J’ai compris où voulait m’emmener l’autrice, mais cela ne m’a fait ni chaud ni froid, même si j’ai apprécié son style.
Dans Wendy Darling, Christopher Golden ne prend pas beaucoup de risques. Il utilise le sous-texte bien connu de Peter Pan pour nourrir les névroses d’une Wendy adulte qu’on ne peut que plaindre. Ce n’est pas mal écrit ni mal amené, mais ça manque cruellement d’originalité.
Heureusement, vient ensuite Fée loup-garou contre vampire-zombie de Charlie Jane Anders, une nouvelle rafraîchissante et énergique. J’aurais pu en lire encore des pages et des pages. C’est drôle, efficace et de la bonne Urban Fantasy. J’ai d’autant plus apprécié ce récit que sa légèreté fait du bien dans une anthologie aux textes et thèmes majoritairement sombres.
Regarde dedans est une nouvelle intéressante, du bon Fantastique, avec une fin ouverte, qui oscille un peu entre l’horreur et autre chose de plus diffus. J’aurais néanmoins aimée qu’elle soit davantage étoffée.
Little Red est l’un des textes les plus sérieux de cette anthologie, avec des séquences hallucinatoires ou rêvées, on ne sait pas trop, qui sont porteuses d’un fort symbolisme. C’est un récit perturbant — il est écrit pour l’être — qui parle d’abus et de troubles mentaux de manière pudique mais très dérangeante.
Les Joyeuses Danseuses d’Alison Littlewood est un autre récit Fantastique comme je les aime. Il a la saveur des contes et j’ai beaucoup apprécié l’escale aux îles Shetland ainsi que le symbolisme subtil caché entre les lignes.
Encore de Tim Lebbon ne m’a pas particulièrement plu. Le thème est du déjà-vu mais ce n’est pas tant ça le problème. Je n’ai pas réussi à m’intéresser au personnage que je ne trouve ni sympathique ni cohérent.
La Fille qui venait de l'enfer est probablement une nouvelle qui ne parlera pas à tout le monde. Un peu comme pour La Malédiction de la fée noire, on se retrouve dans un récit onirique où le symbole prévaut sur la logique. C’est un long rêve fiévreux, plein de détours, qui peut laisser perplexe. Pour ma part, je l’ai trouvé très intéressant et réfléchi. J’aimerais beaucoup relire cette autrice.
Nouveau millésime d’Angela Slatter se fait l’écho d’un conte très connu qui a toujours les faveurs des auteurs quand on leur commande des réécritures, mais elle y apporte sa propre originalité. Encore une fois, c’est un hybride entre deux contes dont je tairais les titres pour ne pas vous spoiler. C’est l’un des rares récits à l’époque moderne de cette anthologie, sans réel élément fantastique. Le texte est prenant, assez évident en soi, mais cela ne m’a pas posé problème car il est bien écrit. Peu importe qu’on connaisse déjà la destination si le voyage est agréable.
Cela faisait fort longtemps que je n’avais pas lu Lilith Saintcrow et je ne garde pas un souvenir impérissable de ses romans. Pourtant, sa nouvelle Haza et Ghani est l’un de mes textes préférés dans toute cette anthologie. Voilà un conte bien écrit ! Elle prend un peu de ci, un peu de ça, juste assez pour que le goût soit familier, et elle le jette dans son chaudron pour y concocter quelque chose de savoureux et de nouveau, qui pourtant résonne dans l’esprit du lecteur, lui rappelle des souvenirs tout en étant autre chose. J’ai adoré cette nouvelle.
Haine de Christopher Fowler n’était peut-être pas le meilleur texte pour clore cette anthologie (même s’il y a un poème ensuite). C’est un bon texte, dont la conclusion grinçante m’a plu, mais le tout est un peu facile pour nous parler du privilège de l’homme blanc fortuné. J’aurais préféré terminer ma lecture sur quelque chose d’un peu plus original et marquant.
En conclusion, je vous invite à lire cette anthologie qui recèle de très bons textes. Tous n’ont pas réussi à éveiller mon intérêt, mais c’est davantage une question de goût que de qualité. En lisant Cursed, vous ne perdrez pas votre temps et il y en a pour quasi tous les goûts dans les genres de l’imaginaire, du Conte à l’Horreur en passant par l’Urban, le Merveilleux et le Fantastique, il n’y a guère que la SF qui manque à l’appel.


lundi 26 février 2024

Bluebells Wood

 Une BD de Guillaume Sorel, publiée chez Glénat.


William est peintre. Il vit tel un naufragé volontaire à l’écart du monde dans une maison isolée au creux d’une crique avec pour seuls visiteurs son agent, qui tente de le pousser à sortir de sa réclusion, et une jeune modèle qu’il regarde à peine. William ne dessine et ne peint qu’Héléna, sa compagne dont on ne sait vraiment si elle est décédée ou si elle l’a juste quitté. Mais un jour l’étrange envahit l’existence solitaire de cet artiste submergé par les regrets sous la forme de créatures marines, dont une en particulier semble autant obsédée par lui qu’il l’est par Héléna.
Bluebells Wood offre une atmosphère étrange et tourmentée, un rien poisseuse. C’est de l’Effroi à la lisière du Fantastique (ou inversement selon la sensibilité de chacun) et cela m’a particulièrement rappelé les écrits d’Arthur Machen. Je préfère le Fantastique plus vaporeux, plus incertain encore, mais cet album est néanmoins un digne représentant du genre qui ravira les amateurs.
Dans l’antiquité, la mer était le domaine des morts même si paradoxalement toute vie vient d’elle. Elle symbolise aussi l’immensité et la perte de repères. Dans notre monde cartographié au millimètre, elle demeure nimbée de mystère. On peut toujours ignorer la science à dessein et rêver sans se forcer à ce qui pourrait se cacher au cœur de ses abysses.
L’océan appelle à l’introspection. Bluebells Wood est à sa façon une histoire de submersion intérieure, de deuil et de repères faussés, souvent les nôtres, où l’on navigue à vue avec le personnage.
Qu’est-ce qui est réel ? Qu’est-ce qui ne l’est pas ? L’histoire est assez classique mais cette version presque horrifique de La Petite Sirène se révèle un peu inconsistante. Le récit se fait de plus en plus onirique et saccadé au fil des pages et, pour moi, il manque de fluidité. Je n’ai pas été aidée par les dessins qui, tout en étant remarquablement exécutés, renforcent cette impression de désordre. C’est un mélange de contrastes forts et de ce que l’on pourrait presque qualifier d’impressionnisme que je trouve visuellement assez perturbant. Cependant j’ai conscience qu’il s’agit de la façon dont mon œil le perçoit, cette impression est particulièrement subjective dans mon cas. J’ai toutefois beaucoup aimé la texture que l’artiste a donné à ses dessins. Il a fait un travail magnifique sur cet album.
Je dois avouer que j’ai davantage apprécié les dessins et croquis du dossier final, quand mon esprit s’est libéré de l’histoire. Celle-ci ne me marquera pas outre mesure, mais le bon Fantastique se fait rare de nos jours et ça fait plaisir d’en voir en BD.

mardi 24 mai 2022

Eschatologie du vampire

Un recueil de Jeanne-A Debats publié chez ActuSF dans la collection Hélios.

Les autres ouvrages faisant partie du même cycle :
- Métaphysique du vampire (éditions Ad Astra)
- Métaphysique du vampire (version enrichie, éditions ActuSF)
Trilogie Testaments :

Présentation de l'éditeur :

Navarre est un vampire particulier. Beau, très beau, aimant les hommes comme les femmes, il est employé par l'Eglise pour traquer "Les Monstres" de son espèce. Un personnage attachant, enjoleur, puissant, complexe... que l'on retrouve dans cet ultime recueil de nouvelles, dans l'univers de la série Testament !
J’ai une grande tendresse pour la série Testaments, c’est un de mes cycles d’urban fantasy préférés. Mais, surtout, j’adore Navarre. Il est mon vampire favori toutes catégories confondues. Alors je me suis jetée sur ce recueil avec une certaine jubilation.
Je connaissais la plupart de ces nouvelles, parce que j’ai un faible pour les anthologies et une certaine tendance à traquer les textes de Jeanne-A Debats mais force est de constater qu’on apprécie davantage tous ces récits une fois réunis car il s’en dégage une cohérence qui les montre sous un nouveau jour. Les personnages se croisent et leurs actions ricochent d’une nouvelle à l’autre de manière souvent imprévisible. J’ai lu ou relu ces textes avec grand plaisir.
Dans ce recueil, la magie investit les villes, les cités, les pavillons et les rues, tous les endroits où on l’attend le moins. Et ce n’est pas juste un décor comme un autre. Si Debats ancre ses histoires dans un temps et un lieu précis, cela a toujours un sens. Pour autant, même s’il s’agit souvent de fantasy urbaine, ces récits se révèlent protéiformes.
Le mélange des genres participe en grande partie au charme de ce recueil et renouvelle sans cesse l’intérêt du lecteur. On passe du western à l’histoire de fantôme ou encore du polar parodique plein d’humour et de gouaille à la SF sous diverses formes. Il faut dire que Navarre est un personnage qui s’y prête bien, sa grande force en tant qu’immortel étant sa capacité d’adaptation. L’autrice en a toujours beaucoup joué. Cependant Navarre, bien que pivot de recueil, n’en est pas toujours le personnage principal. Et ce n’est pas un mal car il est très efficacement secondé par une galerie de personnages tous plus intéressants les uns que les autres.
J’apprécie en particulier Deborah et Alphonse qui sont tellement différents qu’ils vont parfaitement ensemble. J’adore retrouver ces personnages et plus j’en lis à leur sujet, plus je voudrais en lire.
Si vous avez aimé les jeux de pouvoirs qui agitent le Royaume dans la trilogie Testaments, sachez que vous les retrouverez ici, poussés parfois à leur extrême par des créatures désespérées de voir se déliter les derniers débris de leur empire. Debats a un don pour décrire les mondes finissants et les êtres qui s’y accrochent. C’est sombre, sale et cynique, cela met en lumière toutes les saloperies que ces sociétés ont permises ainsi que les failles et nuances de ces personnages, pourtant on s’accroche avec eux. Ce recueil est empli de prédateurs et ce ne sont pas forcément ceux dont la nature est la plus évidente qui sont les plus tordus. Debats tape sans remords là où ça fait le plus mal. Elle n’hésite pas à nous mettre face à ce que l’humanité peut produire de plus abject, que ce soit pour survivre ou par plaisir. Préparez-vous au pire pour entrevoir, de loin et dans la pénombre, le meilleur.
Mémorial est mon texte préféré. Tout d’abord, il met au jour une partie peu glorieuse de l’histoire de France dont il faut perpétuer le souvenir (d’autant plus en ces temps troublés), mais surtout il m’a prise à la gorge. Je me suis sentie très proche de Selima et j’ai tremblé pour elle. Ce récit a pesé lourd sur mon âme tout le temps de la lecture et même après. Ce texte est signifiant (je peine à trouver un autre mot pour le décrire). S’il a tout du récit classique de fantastique horrifique, cela sert avant tout son propos avec brio.
Bien sûr j’ai particulièrement apprécié les récits consacrés à Navarre, même si je les avais presque tous déjà lus, Toutefois l’un de ces textes a suscité quelques questions, en rapport avec la fin de Testaments, dont je n’ai pas trouvé la réponse. Enfin, ce n’est que la manifestation de mon esprit tortueux. J’espère que l’autrice n’en a pas fini avec mon vampire préféré.
Si vous ne connaissez pas Jeanne-A Debats, ce n’est peut-être pas l’ouvrage le plus accessible pour découvrir son travail, c’est cependant un grand recueil et je vous encourage à y revenir quand vous aurez lu Métaphysique du vampire ou Testaments. Et si vous la connaissez déjà, vous n’avez pas besoin de mon avis pour vous jeter sur le bijou de SFFF que constitue ce recueil.

lundi 11 avril 2022

La Digue, Blackwater ou l'épique saga de la famille Caskey T2

Un roman de Michael McDowell, publié chez Monsieur Toussaint Louverture.

Mon avis sur le T1.


La vie suit son cours à Perdido, Alabama, et c’est avec délectation que je me suis replongée dans les eaux sombres et boueuses des deux rivières qui la ceignent.
La ville, à peine remise des dégâts laissés par la crue, envisage l’avenir avec inquiétude et le projet de digue commence à prendre forme. Cela pourrait changer le destin de Perdido de bien plus de façons que ne l’ont imaginé le conseil municipal et les riches familles de la ville qui supportent le projet.
De leur côté, les Caskey ont trouvé un équilibre fragile. Elinor a consenti un sacrifice à la matriarche pour que son mari et elle retrouvent leur liberté, mais est-ce suffisant ? Mary-Love n’est pas femme à se contenter d’un accord à l’amiable qu’elle n’a pas fomenté et accordé elle-même avec force magnanimité. Contre Elinor, elle veut une victoire écrasante que nul ne saurait contester. Aux yeux de tous, sa belle-fille s’en sort avec trop de superbe. 
Tout ce que Mary-Love sait faire de toute façon est écraser l’autre, de son amour ou de sa haine, c’est selon. C’est le monopole qu’elle veut et cela va de la scierie familiale à la vie de ses enfants. Elle apparaît comme une pieuvre géante et on prend conscience encore davantage dans ce tome de quelle horrible personne, étouffante, manipulatrice et possessive elle est. Elinor paraît presque sympathique à côté. Pourtant, elle est tout aussi monstrueuse et bien plus cruelle.
Pour commencer, le cheval de bataille de la matriarche sera la digue puisqu’Elinor hait ce projet. Et quoi de mieux pour agacer sa belle-fille que d’héberger sous son toit, dans la chambre qu’elle occupait bien entendu, l’ingénieur chargé de l’étude de terrain ? 
Mais Mary-Love joue sans le savoir avec le feu. Obnubilée par Elinor, elle pourrait perdre son soutien le plus précieux : sa fille Sister qu’elle considère comme un prolongement d’elle-même. L’obéissante Sister en a peut-être assez d’être malheureuse et soumise, il se pourrait bien que l’exemple de son frère, même s’il est passé d’une mère dominatrice à une femme plus subtile mais tout aussi dirigiste, pourrait l’inspirer et lui donner l’occasion de démontrer qu’elle est bien la fille de sa mère.
Ce roman est encore plus passionnant que le précédent. On navigue en eaux troubles et chaque méandre de la rivière semble prêt à nous avaler. Le lecteur est, avec la petite Zaddie, un témoin privilégié (si l’on peut dire) des événements. Or, s’il est bien caché derrière le rempart infranchissable qu’est son livre, je me demande bien ce qui protège l’adolescente. Est-ce, comme je le crois, sa nature féminine qui la préserve ? Pourtant une autre femme n’a pas échappé aux foudres d’Elinor. Je suis donc très curieuse de savoir ce qui arrivera à Zaddie en particulier, d’autant que j’aime beaucoup ce personnage.
À n’en pas douter, cette saga est une histoire de femmes et pas seulement parce qu’elle figure un échiquier occupé d’une part par les pions de Mary-Love et d’autre part par ceux d’Elinor. Oscar, tout naïf qu’il peut l’être parfois, l‘a bien compris et s’en accommode. Avec l’aveu de son incompétence face à ces caractères en acier trempé, il se trouve en mesure d’accéder à une compréhension plus subtile. Il sait depuis le début qu’il n’a pas la main et ne cherche pas à la prendre, mais il n’en est pas pour autant un pion totalement aveugle à l’échiquier sur lequel il se trouve. Au contraire, il semble de plus en plus prendre la mesure de la partie qui se joue et vouloir participer en toute conscience.
Ce tome montre d’ailleurs combien les enfants de Mary-Love ont été sous-estimés par leur mère et par une grande partie, sinon toute, la communauté. Tous deux sont plus fins qu’on pourrait le croire et il faudra compter avec eux non comme des pions mais comme des lieutenants prêts à servir une cause si elle est dans leur intérêt.
Comme la digue qui donne à Perdido une nouvelle allure, la famille Caskey se redéfinie et se métamorphose. Dans ce volume des personnages que l‘on pensait secondaires et anecdotiques s’ancrent à Perdido et provoquent de nombreux remous. La famille s’étend, tisse de nouveaux liens ou en répare d’anciens et les pouvoirs s’équilibrent une fois encore de façon inattendue.
Je n’aurais jamais cru pouvoir me passionner autant pour des histoires de famille ! Pourtant j’ai dévoré ce volume et pas seulement à cause de sa dimension fantastique, même si elle est encore plus sombre et prégnante que dans le précédent.
J’aime en particulier Ivey et ses superstitions. On ne sait jamais si elle a une conscience plus acérée des choses ou si elle se contente d’amalgamer et de véhiculer les peurs de tous. Et des peurs, il y en a à Perdido. Elles glissent dans les recoins sombres tels des serpents d’eau à l’affût de la moindre proie. Un instant de faiblesse et ils vous mordent.
C’est du Fantastique comme je les aime, un soupçon d’effroi, d’étranges rituels, de la magie noire, des âmes tourmentées réclamant vengeance et des scènes que les personnages s’efforcent d’oublier et de ranger dans un tiroir tels de vieux rêves chiffonnés qui refusent de s’effilocher assez pour disparaître.
Certaines scènes sont clairement horrifiques et il y en a une que j’ai trouvée particulièrement éprouvante, cependant, si comme moi vous n’affectionnez pas les récits trop sanglants, sachez que celui-ci est tout à fait soutenable. L’horreur rampe parfois hors de la rivière tel un brouillard épais, mais se dissipe vite. C’est le Fantastique qui imprègne le récit, plus inquiétant qu’effrayant.
Je n’ai pas pour habitude d’enchaîner les tomes d’une série, mais si j’avais le troisième sous la main, je serais déjà en train de le lire. Cette saga est décidément aussi excellente qu’addictive.

lundi 31 octobre 2016

Maisons hantées

Une anthologie des Éditions Luciférines.

Existe en numérique à un tout petit prix.*

maisons-hantees

Présentation de l'éditeur :

 Qu’elles soient perdues au milieu des bois, héritées d’un grand oncle ou cachées dans la brume, les maisons hantées sont des motifs familiers de l’horreur. Depuis Le Château d’Otrante de Walpole et l’apparition du roman noir anglais au XVIIIe siècle jusqu’au slasher moderne, il est devenu impossible de passer à côté de ces lieux maudits où la réalité se distord.

En hommage à l’intarissable production littéraire et cinématographique qui se plaît à abandonner ses personnages entre des murs de plus en plus étroits, dix-sept auteurs ont proposé leurs huis-clos les plus angoissants. De hautes tours gothiques, un appartement d’étudiant, un motel d’où on ne revient pas… chaque nouvelle présente un édifice dans lequel il serait imprudent de s’aventurer très longtemps. Spectres, démons, souvenirs d’un autre temps et monstres cannibales ont un sens de l’accueil particulier… Alors, comme le disait si bien Dante : Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance…

Des textes inquiétants, violents, insolents, qui n’hésitent pas à s’amuser de nos peurs les plus profondes.

Sommaire :
  • Jeux d’enfants, Floriane Soulas
  • Motel K, Yann Isoardi
  • Annabelle, Jean-Charles Flamion
  • Le murmure des pierres, Chris Vilhelm
  • Préservons l’éternelle fontaine, Raphaël Boudin
  • Amphytryon, Quentin Foureau
  • 65 de la rue Bouscarrat, Jérémy Bouquin
  • Kolka, V.F.F. Pouget
  • 145 rue Lafayette, Antoine Techenet
  • Classifié, Emmanuel Delporte
  • Métafiction, Mahaut Davenel
  • Dans le placard, Hélène Duc
  • Cambrousse Punk, Mickaël Feugray
  • Iravel, Vincent Tassy
  • Les Murs de Blackat, Nicolas Saintier
  • La Vénus aux épines, David Mons
  • Dehors il neige, Bruno Pochesci
La maison hantée a posé ses fondations dans notre imaginaire collectif il y a longtemps et de nombreux auteurs nous ont entraînés dans de sombres corridors, à pas lents ou courses effrénées sur le parquet grinçant, emprisonnant nos peurs les plus instinctives dans ces lieux cauchemardesques. C’est quelque chose que l’on connaît, mais dont on ne se lasse pas.
La maison hantée, aux murs suintants de souvenirs plus ou moins effroyables, nous renvoie les images de nos propres peurs domestiques. Elle est un classique de l’horreur car elle détourne le symbole bienveillant du refuge, que tous nous cherchons à un moment ou un autre de notre vie, pour en faire une prison. Ce constat seul augmente l’angoisse et la pression pesant sur le cœur du lecteur.
Évidemment, avec un tel sujet, on craint le déjà vu. Je vous rassure tout de suite, les textes qui composent cette anthologie, s’ils sont basés sur des motifs connus, n’en sont pas moins imaginatifs et font preuve d’une belle diversité de genres et d’approches. Pour preuve de la variété des récits, on a même du post-apo. Qui plus est, l’anthologiste a su les répartir avec intelligence. La peur va crescendo, mais connaît des moments de latence.
La lecture n’a cessé de me surprendre, tout en me mettant très mal à l’aise. Maisons hantées est un excellent ouvrage. Bien entendu, j’ai été plus sensible à certains textes que d’autres, mais ils sont égaux en qualité. Les auteurs n’ont pas choisi la facilité et je les en félicite. Lire cette anthologie est une bonne occasion de découvrir de nouvelles plumes.
On nous emmène du fantastique à l’horreur, de l’angoissant au gore. Il y a quelques textes vraiment crades mais, pour tous ceux qui comme moi ne sont pas friands d’hémoglobine, sachez que si j’en suis sortie sans aggraver mes insomnies, vous le pouvez également.
L’ouvrage s’ouvre sur Jeux d’enfants, une histoire classique, avec toutefois une petite originalité qui m’a séduite. La narration puzzle fait monter le suspense et l’angoisse même si on anticipe les événements. C’était un très bon texte pour se mettre dans l’ambiance.
À partir de là, l’effroi jouera au yoyo avec votre estomac, vous laissant juste le répit nécessaire pour que vous acceptiez de prolonger votre plongée dans les abysses. Et c’est bien pire quand on devine ce qui va advenir… J’ai été traumatisée par Dans le placard, je me suis perdue dans les méandres d’Iravel et du 145 rue Lafayette, Parfois, j’ai fui aussi prestement que ma vitesse de lecture le permettait, mais je suis tombée de Charybde en Scylla.
J’ai beaucoup apprécié l’angle d’attaque de Raphaël Boudin dans sa nouvelle Préservons l’éternelle fontaine. De même, j’ai trouvé La Vénus aux épines de David Mons particulièrement glauque et originale.
Je ne vais pas évoquer tous les textes dans le détail, même si d’autres m’ont marquée. Il est toujours assez difficile de parler de nouvelles sans trop en dévoiler. Mais j’espère avoir aiguisé votre curiosité.
Fantômes vengeurs ou esprits mélancoliques, maisons maudites ou gloutonnes, obsessions, menaces qui planent dans les murs ou présences malveillantes… Que la nouvelle soit cynique et sans espoir, affreusement clinique ou ignominieuse, vous tournerez les pages avec fascination.
Je suis contente d’avoir attendu la période d’Halloween pour lire cette anthologie. C’est un ouvrage à découvrir.

jeudi 19 mars 2015

Nouvelles en vrac (5)

J’avais un bon d’achat sur la boutique des éditions Mythologica, c’était donc l’occasion parfaite pour découvrir quelques nouvelles numériques.
J’ai avant tout opté pour du fantastique car cela reste mon genre de prédilection.


Ces nouvelles ne sont pas disponibles sur toutes les plateformes de téléchargement. Je vous encourage vivement à vous les procurer via le site de l’éditeur.


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La Nuit toutes les Dames sont blanches d’Élodie Meste


Une nouvelle très courte, mais efficace. Elle a connu une première publication dans Ghost stories, une anthologie publiée chez Asgard (que je n’ai toujours pas lue… J’avais dit que je le ferais, d’ailleurs ce ne serait pas une contrainte, mais ce livre joue les fantômes dans ma bibliothèque, j’en suis persuadée !).
Bien évidemment, il s’agit d’une histoire de fantôme. Cependant, l’auteur joue avec les codes du genre et c’est plutôt agréable à lire. Elle intrigue plus qu’elle n’effraie, pourtant l’ambiance est sombre à souhait. Elle l’a écrite pour qu’on la relise une fois la chute découverte et c’est une bonne idée.
J’avais pressenti la fin, du moins en partie, mais cela ne m’a pas gênée. La réinterprétation de cette légende urbaine est très plaisante.


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L’impératrice des gnomes de Pénélope Labruyère


Âmes sensibles s’abstenir !
Si l’Horreur ne se trouvait pas si souvent estampillée Fantastique, cela m’éviterait de tomber sur de telles nouvelles, même si, honnêtement, j’aurais pu me douter de ce qui m’attendait, malgré un résumé de présentation extrêmement succinct. La frontière est mince entre ces deux genres et ce texte-là a clairement basculé du côté le plus obscur…
Je n’ai pas apprécié cette lecture, cependant la qualité du texte n’est pas du tout en cause. Il est très bien écrit, dégueulasse à souhait et si vous aimez ce genre de récits bien crades et suintants, il est fait pour vous. Moi, par contre, je ne suis pas cliente et j’ai pourtant le cœur suffisamment accroché à mon goût. J’ai lu des texte violents et immondes par le passé, mais j’ai beaucoup de mal avec le fait que cette horreur-là ne serve pas un but précis, à part celui de vous retourner l’estomac.


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Hell’s Hope de Delphine Imbert


Les textes signés Delphine Imbert sont fort rares et je suis toujours ravie quand j’en découvre un. Si j’aime suivre cette auteur, c’est parce qu’elle a une Voix particulière. En plus d’un beau style, elle met de la profondeur, de l’humanité dans ses écrits.
Cette nouvelle-ci ne fait pas exception à la règle. Elle est magnifique, sombre, passionnante et, bien sûr, magnifiquement écrite. Le fantastique s’y insinue peu à peu, pour flirter ensuite avec la fantasy, mais ce n’est pas cela le plus important.
J’ai été bouleversée par le personnage principal, jeune femme à la fois fragile et forte, intelligente, sensible, mais en demi-teinte. Hope est complexe, cependant l’auteur arrive à nous la rendre accessible en bien peu de pages. Son histoire est troublante et laisse une grande part à l’imagination du lecteur, sans pourtant donner l’impression qu’il aurait fallu la développer davantage.
Ce texte mérite largement la mention coup de cœur.


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Le tribunal des corbeaux de Delphine Imbert


J’aime les corbeaux et les écrits de Delphine Imbert, ceci pourrait être aussi simple que cela, mais j’aimerais savoir comment faire passer, en quelques phrases, toutes les émotions que cette lecture m’a procurées. J’en frissonne encore.
Le texte est magnifique, poétique, mais pour être franche je n’en attendais pas moins venant de cet auteur. L’histoire m’a également interpellée, mais semble bien difficile à résumer. Je tiens à vous laisser le plaisir de la découverte.
Cette nouvelle est riche de symbolisme et réveille des échos dans ma mémoire. D’anciennes lectures tourbillonnaient dans ma tête, me rapprochant inexorablement du personnage, attisant l’empathie comme l’immersion dans le récit.
C’est de l’excellent fantastique et encore un autre coup de cœur.


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Contes des temps d’avant Noël de Nathalie Dau


Avant Noël et même avant Yule, les mythes étaient tout neufs et se prélassaient sous le soleil d’un monde plus jeune. Ils aidaient l’humanité à appréhender son environnement par le symbole. J’ai une tendresse particulière pour eux car ils sont le terreau de notre imaginaire. Cela, Nathalie Dau l’a bien compris. Ses écrits sont toujours nourris de mythes, de contes, de légendes, tout en ayant leur propre originalité.
Avec ce récit, elle nous offre l’un de ces mythes prompts à révéler des souvenirs enfouis. Elle conte à merveille l’une des nombreuses facettes de Yule, mais également de Noël, car tout est lié.
J’ai souri tout au long de ma lecture. Ce conte est superbe et peut être lu à tout âge. Je dirais même qu’il a été écrit pour être partagé, lisez-le donc à vos enfants, de préférence en décembre.


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JLNND-Je-lis-des-nouvelles-et-des-novellas

mercredi 20 novembre 2013

Nouvelles en vrac (2)

Je vais cette fois vous parler de quatre nouvelles, toujours dans la collection micro des éditions Walrus.
Elles m'ont été envoyées dans le cadre du JLNN, je remercie donc les éditions Walrus et Lune.
D'ailleurs, vous pouvez lire l'avis de cette dernière sur 1888 et En Adon je puise mes forces sur son blog.

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1888 de Céline Etcheberry

1888

1888 nous entraîne dans le sillage de Jack l’éventreur. Présenté ici comme un dandy glacial, Jack n’a qu’une seule obsession : le temps. Rythmés par sa précieuse montre à gousset, ses crimes semblent lui apporter plus que la satisfaction de ses instincts de tueur.
La montre est, dans cette nouvelle, une entité à part entière, menaçante, intéressante dans ses tic-tacs comme dans ses silences inquiétants. Jack est-il tout simplement fou ou cette montre a-t-elle un réel pouvoir ?
On est ici dans le fantastique, car le doute demeure pour qui le souhaite. Cependant, si ambiguïté il y a, l’auteur exploite néanmoins très bien son idée et les meurtres, ici à rebours, de ce célèbre tueur. En peu de mots, elle nous plonge dans son récit. Sa façon de traiter le sujet est originale et j’ai beaucoup aimé son style.
Ce fut pour moi une excellente lecture, riche en suspense et émotions. La chute m’a laissée un peu perplexe et je ne l’ai pas trop appréciée, mais c’est bien mon seul regret.

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En Adon je puise mes forces de Dominique Lémuri

En Adon je puise mes forces

Dans la quiétude d’une tombe, Elthya, une jeune prêtresse, veille aux derniers sacrements qui aideront son défunt roi à passer de l’autre côté. Cependant, son rituel est sur le point d’être perturbé par deux créatures pour le moins étranges.
C’est la rencontre de deux mondes en total décalage, celui d’Elthya et de ses dieux avec celui de Vjlir, policier extraterrestre à la poursuite d’un prisonnier évadé. Or, ce chef de la pègre interstellaire ne compte pas se laisser attraper aussi facilement. Ce n’est toutefois pas vraiment le contraste entre les deux civilisations ou le potentiel comique de la situation que l’auteur a choisi d’exploiter. Cependant, le récit n’en est que plus original selon moi.
Ce mélange de SF et de mythologie m’a plu et si je suis restée un peu en-dehors de la réflexion philosophique qui l’accompagne (surtout à cause de l’aspect religieux de l’affaire en fait, même s’il y a moult façons de voir les choses), j’ai néanmoins apprécié l’idée et elle m’a donné du grain à moudre.
C’est un très bon texte, bien pensé, agréable à lire. Les débuts rocambolesques y amènent un peu d’humour pour contrebalancer la réflexion et l’équilibre entre les deux se fait.
J’ai beaucoup aimé cette lecture.

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Hérésie minérale de Stéphane Desienne

Hérésie minérale

Des quatre textes présentés dans ce billet, celui-ci est mon préféré.

Je me suis vraiment passionnée pour cette histoire qui mêle science et religion afin de poser d’intéressantes questions sur la notion d’intelligence, de vie et de communauté. La problématique, ainsi que la façon dont elle est traitée, m’a beaucoup plu et est évidemment la raison majeure qui m’a fait aimer ce texte. Cependant, je l’ai de surcroît trouvé très bien écrit. J’ai apprécié la façon dont sont amenées les révélations au fur et à mesure, ce suspense maintenu sans pour autant frustrer le lecteur, et le rythme que cela apporte au récit.
Dès les premières lignes, nous comprenons que nous nous trouvons au cœur d’un procès, mais un procès ecclésiastique et même inquisitorial, ce qui a son importance. Le père Franck comparait et c’est son témoignage que nous invite à suivre l’auteur. Or, il semblerait que ce procès soit bien plus important pour l’humanité tout entière qu’une simple affaire d’église.
La prégnance de la religion, mais aussi l’aspect mercantile du voyage spatial et de notre société de consommation sont au centre de cette réflexion.
Le père Franck évoque un voyage dans l’espace et surtout une découverte importante, d’un point de vue scientifique, mais aussi humain. Les responsabilités qui pèsent sur lui m’ont touchée, son combat m’a émue. J’ai lu ce texte avec une certaine fébrilité et c’est au final un vrai coup de cœur.
J’ai tout aimé dans cette nouvelle, l’intrigue en elle-même, qui est prenante, la problématique abordée, le style… J’ai juste le regret de ne pouvoir qu’extrapoler sur ce que va engendrer la décision qui est prise à la fin.
Je vous invite de tout cœur à découvrir cette nouvelle.

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Anastasis d'Aude Cenga

Anastasis

Laisse-moi entrer, murmure la voix à l’oreille de Lodrick alors que celui-ci se trouve dans une situation désespérée. C’est là le début de l’histoire et de ce qui va, à jamais, changer cet homme, mais aussi son entourage.
En lisant le résumé de l’éditeur, j’ai tout de suite deviné de quelle créature il s’agissait, cependant, même si ça me paraît évident et que l’auteur nous le dévoile dans les premières lignes, je préfère vous en laisser la surprise.
Pour autant, c’est dans les ambitions de ladite créature que tient toute la singularité du récit. On ne la croise pas souvent, il faut le dire, et jamais, en tout cas, je ne l’avais vue traitée de la sorte. Ça ne pouvait qu’éveiller mon intérêt.
C’est original, prenant, mais également assez gore, potentiellement perturbant et très malsain. Âmes sensibles s’abstenir, même si le sujet justifie toute cette violence. J’avoue que je ne suis pas cliente, mais ça ne m’a pas non plus traumatisée.
Cette nouvelle est taillée dans le vif (si j’ose dire avec une telle intrigue) et s’il y a bien un début, la fin reste très ouverte. Ça ne me dérange pas, j’aime bien la façon abrupte dont elle se termine, mais certains, qui apprécient les nouvelles plus structurées, pourront se sentir frustrés.
Ça reste un texte à lire pour les amateurs du genre. Les férus de zombies, même s’il ne s’agit pas de ces créatures-ci, pourront aussi y trouver leur compte.

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vendredi 16 août 2013

Sales bêtes ! Animaux étranges et délires zoomorphiques

Une anthologie publiée par les Artistes Fous Associés.


Vous pouvez télécharger gratuitement cet ouvrage au format epub sur le site des Artistes Fous.
Mais ce serait sympa de l’acheter, parce que ça encouragerait une association et des auteurs qui fournissent un travail de qualité et qui sort des sentiers battus.


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Sales bêtes !

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Chimères, Animaux totems, transformations bestiales, animal tapi en soi, conscience émergeant chez la bête, créatures mythologiques... Dans cette deuxième anthologie, les Artistes Fous Associés explorent la thématique animale autour de 20 récits horrifiques, poétiques, sarcastiques, émouvants, tragiques ou gore. Venant des quatre coins de la francophonie, ces auteurs et illustrateurs sauront réveiller la (sale) bête qui sommeille en vous !



Sommaire :

  • Les Maîtres ne vinrent plus [Ludovic Klein] (illustré par Maniak)

  • Pffugs [Mathieu Fluxe] (illustré par cAmille)

  • Pluviôse [Adam Roy] (inédit) (illustré par Deadstar)

  • Un arrière-goût d'éternité [Morgane Caussarieu] (inédit) (illustré par Deadstar)

  • La parole du Rhinocéros [Ana Minski] (illustré par Ana Minski)

  • La bête noire [Julien Heylbroeck] (illustré par Christophe “FloatinG” Huet) (inédit)

  • La Solitude du Soleil le Vendredi soir [Diane] (illustré par Stab et Nelly Chadour)

  • Tous les singes ne vont pas au paradis [Vincent Leclercq] (illustré par Maniak)

  • Le deuxième événement [Ludovic Klein] (inédit) (illustré par Cham)

  • Cobaye #27 [Éric "Udéka" Noël] (illustré par L'ananas à cheveux)

  • La condition inhumaine [Maniak] (illustré par Xavier Deiber)

  • La dépression du chat [Gallinacé Ardent] (illustré par Maniak)

  • Parasite [Vincent T.] (illustré par Antoine “Codex Urbanus” Téchenet)

  • Jonas [Southeast Jones] (illustré par Cham)

  • L'ascension des suicidés [Ana Minski] (illustré par Ana Minski)

  • La mélodie des bois [Vincent Leclercq] (illustré par Nelly Chadour)

  • Notre-Dame des opossums [Southeast Jones] (illustré par Kenzo Merabet)

  • Manger les rêves [Romain d’Huissier] (illustré par Xavier Deiber) (inédit)

  • τρ [Herr Mad Doktor] (illustré par Ana Minski)

  • Clic [Maniak]


Fin(s) du monde, précédente anthologie présentée par les Artistes Fous, faisait déjà montre d’une grande variété de genres. Sales bêtes n’est pas en reste. On nous propose du réalisme, du fantastique, de la SF, de l’anticipation, de l’onirisme, de l’humour, de l’horreur et j’en passe, des sales bêtes de tous poils pour des récits originaux. Il est rare qu’une anthologie garde mon intérêt éveillé d’un bout à l’autre, mais ça a été le cas de celle-ci, grâce, justement, à cette diversité de genres et de styles.
Bien sûr, il y a des textes que j’ai préférés et la palme revient cette fois à Cobaye #27, parce que j’aime les rats, mais pas uniquement. Cette nouvelle explore les méandres de l’esprit et nous montre que les animaux sont parfois plus humains que nous. Ce fut un plaisir à lire. L’illustration qui l’accompagne m’a également beaucoup plu.
Les deux nouvelles de Ludovic Klein et La parole du Rhinocéros d’Ana Minski sont aussi parmi mes textes favoris. Très émouvantes dans leur réalisme, elles distillent l’empathie sans en abuser.
Un arrière-goût d'éternité de Morgane Caussarieu m’a rappelé un manga, pour le thème plus que dans la forme de l’histoire elle-même. Si vous en avez marre des sirènes rousses qui chantent des chansons (il n’y a pas pire sale bête que celle-là) vous adorerez cette nouvelle.
Parmi les textes de cette anthologie qui m’évoquent l’onirisme, trois m’ont particulièrement marquée. L’ascension des suicidés est un ovni ayant la consistance et le symbolisme d’un rêve. Alors que Jonas, texte moins vaporeux mais tout aussi symbolique, nous emmène dans l’espace auprès d’un homme qui dit avoir été avalé par un ogre et pense ne jamais en être vraiment revenu. Ce texte-ci m’a beaucoup plu, d’une part parce que l’histoire est vraiment agréable à lire, mais aussi pour sa réflexion sur la réalité et les perceptions. Enfin, j’ai adoré Manger les rêves, un récit un peu plus fantastique qui nous emmène au Japon à la rencontre du Baku.
Cette anthologie propose également un bon nombre de textes plutôt sombres. Parmi eux, certains m’ont particulièrement interpelée. La condition inhumaine explore une métaphore glauque et saisissante, vraiment bien trouvée. La bête noire est un récit crade, immonde, mais cela sert une histoire fort bien pensée et lui donne toute sa dimension. Ce texte explore une autre facette de l’animalité et de notre rapport à celle-ci, ainsi que la compromission dont l’être humain peut faire preuve dans son intérêt. Tous les singes ne vont pas au paradis est une de mes nouvelles favorites. Bien écrite, prenante, mais surtout assez cynique. Elle nous parle d’apparences, trompeuses ou non, et de l’expression de la bestialité.
Parasite est un texte plutôt marrant et bien construit. Écrit sous la forme d’un journal, il nous permet de suivre la lente prise de conscience d’un individu qui ne sait pas trop où il se trouve et qui possède dans sa mémoire les vestiges persistants d’une existence humaine passée. C’est bien trouvé. Ça m’a rappelé un épisode de South Park (on a les références qu’on a) mais en beaucoup mieux.
Je ne sais trop quoi vous dire concernant Notre-Dame des opossums si ce n’est que j’ai adoré ce texte et que vous devriez vraiment le lire. Je ne pouvais pas ne pas le mentionner, même en sachant que je dois passer sous silence d’autres récits qui m’ont aussi beaucoup plu. Cette nouvelle est écrite sous la forme d’un carnet de bord. Celui-ci relate l’expédition d’un équipage spatial ayant retrouvé la Terre et qui se trouve confronté au fléau qui a provoqué le départ des humains de cette planète.
Pour finir τρ, le dernier texte de l’anthologie, est aussi le plus barré. C’est une longue épopée blindée de jeux de mots moisis qui m’ont bien fait rire. On aime ou pas, sans demi-mesure, mais une chose est sûre, après cette lecture, vous ne verrez plus jamais la mythologie grecque comment avant. J’ai adoré traquer toutes les références qui s’y trouvent.
Il est toujours difficile de présenter des nouvelles en peu de mots pour ne pas trop en dire mais donner envie au lecteur de les découvrir. J’espère y être parvenue car c’est une belle découverte. Sales bêtes n’est pas un ouvrage léger ni qu’on lit d’une traite. Il explore l’animalité sous de nombreux aspects. Souvent les plus sombres, il est vrai, mais jamais de manière gratuite dans la surenchère de bestialité. Ces nouvelles sont réfléchies, intelligentes, forcent le lecteur à ne pas rester un spectateur passif. C’est vraiment une excellente anthologie.


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