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mardi 19 novembre 2019

Ciao Bella, la vie l'emportera

Un roman de Mélinda Schlige.

Présentation de l'éditeur :
Ingénieur, Benjamin se révèle incapable de réagir à un projet visant à déverser des drones autonomes au cœur des villes. Il pressent que le programme est un danger pour les populations, même si l'engin doit bénéficier de son propre réseau, mais il est entravé par le poids du suicide de sa tante, et son enthousiasme pour la haute technologie a pris fin en Afghanistan, où il a appris à ses dépens qu'un esprit malveillant peut transformer le drone en arme. Les intérêts de Buleo, son entreprise, et ceux du ministre des transports, ou même ceux de Tanya, sublime arriviste en charge de la communication du projet, sont autant d'obstacles à franchir, et les stratagèmes qu'il imagine ne suffisent pas à ébranler une machinerie bien huilée, soi-disant au service de tous. Parallèlement, Habib Khan, l'Afghan à l'origine du drame qu'il a vécu en Afghanistan, poursuit ses manœuvres pour parvenir à utiliser le Junction à des fins de vengeance. Il compte sur son frère Mahdi, et sur sa femme Asima, réfugiés en France, avec qui il a engagé une lutte contre les talibans ? Benjamin parviendra-t-il à recouvrer l'envie de se battre ? En aura-t-il les moyens ? Sera-t-il de taille face à l'ambition démesurée des Français, et à la détermination de Khan ?
Benjamin est ingénieur dans le domaine des drones. Un projet de son entreprise le ramène sur ses terres natales et ses souvenirs commencent à s’entrechoquer. De vieilles hantises remontent à la surface. Tout d’abord le suicide de sa tante Emma. Il ne s’est jamais remis de la mort de cette seconde mère dont l’influence pèse encore sur son existence. Et puis il y a son travail et le développement de drones urbains destinés aux commerçants et aux particuliers pour les livraisons de proximité. Benjamin a un jour accordé sa confiance à la mauvaise personne et s’est rendu complice d’un effroyable crime. Il craint plus que tout que ses créations soient de nouveau dévoyées pour servir les objectifs de personnes sans scrupules. Mais jusqu’où devra-t-il aller pour empêcher cela ?
Ciao Bella est une fiction spéculative où l’anticipation est légère mais pose de nombreuses questions morales concernant l’usage des technologies et leurs dérives. C’est un problème très actuel. Nous savons tous qu’en ces temps incertains ce que l’on crée pour nous faciliter la vie peut très vite se retourner contre nous. Cependant, au-delà de cette question importante, une autre interrogation rythme le roman : où se trouve la limite qui sépare un acte juste d’un acte terroriste. Entre théorie et pratique il y a tout un monde, fait de nuances et de l’impact que toute action peut avoir sur autrui. Des paramètres calculés peuvent malgré tout mener une action que l’on croit maîtrisée au désastre. Si de bonnes intentions ont des effets délétères, qu’importe que la motivation première ait semblé juste. 
Benjamin s’est trouvé confronté à un homme qui, en voulant se faire justice lui-même, a choisi d’occulter complètement les victimes innocentes qui se trouveraient sur son chemin. Ne risque-t-il pas de dériver à son tour ? Et cette mère en colère qui veut frapper un grand coup pour dissuader des extrémistes d’embrigader des jeunes ne court-elle pas à la catastrophe ? Nous sommes tous responsables de nos choix et de leurs conséquences mais nous ne les maîtrisons pas toujours ; nous pouvons tous franchir la limite sans nous en apercevoir. En luttant contre des terroristes et des oppresseurs en utilisant les mêmes moyens qu’eux, ne devient-on pas à leur image, même si l’on ne souhaite pas engendrer les mêmes dégâts ?
Benjamin est un homme idéaliste, un rêveur qui a cru que son travail rendrait le monde meilleur et qui a réussi mais est également tombé de très haut. C’est un personnage émouvant, que l’on voit évoluer, en quête du courage qui lui permettra de couper l’herbe sous le pied de ceux qui pourraient détourner ses drones. Il y a bien sûr les souvenirs de sa tante, cette blessure intime qui demeure et les questions en suspens qu’elle a laissées. Cependant, c’est dans sa relation avec Stella, une fillette immobilisée dans l’attente de l’opération qui la fera peut-être remarcher qu’il est le plus touchant. Stella représente l’avenir, elle rêve de liberté et de voyages. C’est pour elle et sa sécurité que Benjamin trouve la force de lutter. À côté de cela, sa relation avec Tanya, la mère de l’enfant, paraît malheureusement un peu trop artificielle et ne m’a pas convaincue.
Ce fut une lecture intéressante et bien construite pour la réflexion qu’elle propose. J’ai déploré que les faits soient contés de manière assez clinique, mais cela ne dérangera pas les lecteurs qui préfèrent aller droit au but sans fioritures. Il m’a manqué un petit quelque chose d’indéfinissable pour m’impliquer davantage dans le sort des personnages, cependant c’est une perception toute personnelle.
Si vous aimez les fictions spéculatives qui s’intéressent au devenir de nos technologies en développement, les romans qui traitent de problèmes actuels et les personnages dont l’histoire personnelle se mêle soudain à quelque chose de plus universel, cette histoire devrait éveiller votre intérêt.

jeudi 28 avril 2016

Techno Faerie

Un fix up de Sara Doke, publié chez les moutons électriques.


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Présentation de l'éditeur :


Les fées existent, bien sûr, et elles sont de retour ! Les fées ont cessé de se cacher des hommes : elles sont revenu et bon an mal an l'univers de la Faerie s'est intégrées à la société technologique. Depuis les premiers contacts d'enfants-fae avec la civilisation de l'automobile jusqu'aux premiers voyages spatiaux, ce livre conte l'histoire d'une évolution différente de notre monde. L'auteur, Sara Doke, vit à Bruxelles et est traductrice. La poésie puissante de son inspiration, l'orginalité de sa vision d'un monde soudain enrichi des faes, sont saisissantes. Avec des documents, des fiches couleur sur les 88 principales faes et de nombreuses illustrations, par Bigot, Booth, Calvo, Cardinet, Caza, Ellyum, Fructus, Gestin, Jozelon, Larme, Lathrop, Malvesin, Mandy, Muylle, Nunck, Tag, Verbooren, Zandr et Zariel. Le retour des fées, dans un livre d'exception.



Techno Faerie est un très bel ouvrage à la croisée des genres. Si la Science-Fiction a la part belle dans ces pages, le travail de Sara Doke forme presque un essai. Le sujet est traité de manière atypique. L’auteur part du principe que les Faes, longtemps retranchées loin de notre monde, ont décidé d’y revenir. Leur technologie, qui a pris appui sur la nôtre, est toutefois plus développée. Mais que souhaitent-elles apporter à l’humanité ?
Le livre est divisé en deux parties. La première est consacrée aux nouvelles, qui forment un fix up. Elles illustrent l’évolution du retour féérique et son impact sur nos civilisations. En se basant sur les légendes et la mythologie traditionnelles, Sara Doke a créé une fiction spéculative complexe, intelligente, et surtout très crédible. Elle la développe avec brio au fil des textes. Chacun marque un jalon dans le retour des Faes et ses conséquences sur notre avenir. Le plus souvent, des individus sont au cœur de ces nouvelles, mais l’on perçoit en filigrane l’évolution des mœurs, au-dessus comme dessous la Colline, et les avancées scientifiques qui vont changer le monde.
Les textes s’imbriquent et s’articulent autour de personnages récurrents, dont le plus central se trouve être Arthur Passeur, un humain, mais aussi d’événements qui se répercutent. Les ellipses sous-tendent ces récits, les soutiennent de leurs silences. Le lecteur imagine, devine, extrapole. Il est invité à participer activement à cette construction. Cela est d’autant plus prégnant que ces textes prennent diverses formes et des styles variés. On lit tour à tour des dialogues, des nouvelles, des articles, des témoignages, des journaux intimes… Cette diversité est aussi plaisante que nécessaire afin d’appréhender toutes les facettes de cette fiction. Quelle que soit leur forme, les récits sont denses, très axés sur les ressentis des personnages, ce qui occasionne parfois des longueurs un peu emphatiques. Ces personnages ne manquent pas d’ego… Cependant, la réflexion, qu’elle soit en avant ou en arrière de la scène, est toujours intéressante.
Sara Doke nous invite à nous interroger sur l’altérité, le traditionalisme dans ce qu’il a de meilleur comme de plus pernicieux, sur l’identité, sur la génétique, le vivre ensemble et la créativité. Les sujets de réflexion sont nombreux. Elle a fait un travail formidable et il est dommage de ne pas l’avoir développé davantage.
Le seul vrai reproche que je pourrais faire à Techno Faerie, outre quelques contradictions (notamment sur l’incapacité de mentir des Faes), est que l’on y trouve beaucoup de coquilles. Cela est désolant pour un ouvrage par ailleurs de grande qualité.
La deuxième partie, toute de papier glacé, est constituée de fiches sur les être féeriques, accompagnées d'illustrations que l’on doit à divers artistes. Ces fiches permettent de prolonger la magie des textes et d’en savoir plus sur les créatures que l’on y a croisées. Certaines sont connues, même si quelquefois le nom qu’on leur donne est différent de celui usité dans nos légendes, d’autres sont des inventions de l’auteur mais s’intègrent parfaitement dans la masse. Le tout est homogène et compose un petit dictionnaire complet qui se suffit à lui-même. Les Faes y sont classées par groupes : végétales, liées au feu ou encore esprits domestiques, etc. Il est très intéressant de voir la façon dont elles s’impliquent dans l’univers créé par Sara Doke.
Techno Faerie est un ouvrage original et travaillé qui mérite une lecture attentive. Sara Doke a su intégrer la technologie à la Faerie, ce qui n’est pas une mince affaire. Par exemple, elle n’a pas mis de côté l’allergie au fer des Faes, elle s’en est servie. Elle a su allier Fantasy et Science-fiction, mythes et anticipation, pour envisager un futur possible, ne laissant pas de côté les détails, d’où le fait que je le compare à un essai. Je ne peux que vous encourager à le lire à votre tour et à rêver d’un futur non pas féérique, mais riche de possibilités.


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Avec cette lecture, je cartonne dans les challenges !


CRAAA


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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Lire une œuvre de SF ou Fantasy ou Fantastique (SFFF) francophone mais non française.

mardi 11 mars 2014

Impulsion

Un roman de Bernard Henninger, publié chez Asgard.


Présentation de l'éditeur :

Impulsion : ce qui permet de se lancer et modifier son parcours pour la vie entière. C'est aussi ce qui propulse un objet spatial vers son objectif.

Etudiante en école d'ingénieurs, Bénédicte attend le grand amour, lorsqu'une annonce sur le panneau d'affichage de son école attire son attention : une certaine fondation Vestiboran, aux USA, a lancé un concours pour concevoir une sonde à destination de Pluton.
Bénédicte ne s'est jamais intéressée aux planètes mais, suivant son impulsion, elle vole l'annonce. Dès lors, sa vie est changée, elle découvre les étoiles, le monde des sondes spatiales, un univers où les machines côtoient les rêves les plus fous...
Convoquée pour défendre son projet, Bénédicte l'emportera devant Rudra, brillant mathématicien Indien. Bénédicte pensait ne concevoir qu'une sonde spatiale mais voilà qu'elle tombe amoureuse de Rudra, que la fondation engagera aussi. La sonde de Bénédicte s'envolera, malgré les aléas que leur infligera une vie où l'une comme l'autre se retrouvent bientôt seules au monde.
Il est assez difficile de parler d’Impulsion. Bien mal avisé qui voudrait le ranger sous une étiquette… On peut considérer que ce roman est de la SF, on peut aussi considérer que ça n’en est pas. Vous ne trouverez ici qu’un peu d’anticipation, sur un léger fond de hard SF. Impulsion est avant tout l’histoire de la vie d’une femme, Bénédicte, influencée de loin en loin par le projet de toute une vie : Clyde, sonde spatiale à destination de Pluton.
Impulsion est basé sur ces petits hasards qui peuvent chambouler totalement l’existence de ceux qui les vivent.
Bénédicte est la narratrice, ingénieure d’un âge assez avancé, elle revient sur son passé, sa vie personnelle comme ses recherches. C’est un peu pour meubler un voyage fatigant, mais aussi parce que l’heure du bilan lui semble venue et que l’appel au chevet de la sonde autour de laquelle toute sa vie a tourné réveille ses souvenirs.
Au début, elle est particulièrement antipathique, le côté cynique du personnage contraste trop avec son attitude en société pour être crédible. Cela peut aussi venir du fait que le regard que porte la vieille femme sur la jeune étudiante qu’elle a été et son comportement de l’époque est influencé par celle qu’elle est devenue ensuite et un peu moins objectif qu’elle pourrait le croire. Le fait est que la jeune Bénédicte, élève médiocre, un peu je-m’en-foutiste et qui ne sait pas trop quoi faire de sa vie, va évoluer et trouver sa voie, mais sans pour autant éviter les écueils. Alterneront alors dans son existence des phases intenses et d’autres plus ternes, comme en latence. Elle-même se sent duelle. Bénédicte ne cessera jamais de se reconstruire, sa quête personnelle rythmée par celle de Clyde dans l’espace.
La narration est totalement au présent, ce qui est un peu gênant quand on sait que le personnage revient sur son passé. Plutôt que d’être immersif, ça m’a agacée et empêchée de m’impliquer. Mais d’un autre côté, l’écriture est linéaire, on ne risque pas de s’y perdre. Malgré quelques rares incursions dans le « vrai » présent, Bénédicte raconte ses souvenirs d’un point à un autre.
Cela donne parfois une impression d’énumération de faits dont on doute de l’importance, d’autant plus que le style est assez sec. On se demande parfois où veut aller l’auteur avec un tel luxe de détails. Cependant, le parallèle entre la vie de la chercheuse avec le voyage de la sonde est intéressant. Il y a un symbolisme très fort entre les épreuves que vit Bénédicte et les plus importants événements liés à l’avancée de Clyde. Ce sont ces moments d’émotion qui font le roman car ils contrastent avec l’existence plutôt normale (on pourrait même dire un brin médiocre) de Bénédicte. On nous a habitués à raconter des destins exceptionnels, or, si celui de Bénédicte l’est grâce à son projet, sa vie elle-même est réaliste et n’a pas forcément beaucoup de saveur. Après tout, l’Histoire et les grandes découvertes ne sont-elles pas faites par des gens normaux ?
Peu à peu j’ai réussi à m’attacher à cette femme revêche, ce qui ne fut pas une mince affaire. Au fur et à mesure, tout l’intérêt que j’éprouvais vis-à-vis de l’odyssée de Clyde a dû rejaillir sur sa créatrice.
Ce voyage de toute une vie est à la fois du rêve et de la poésie, de multiples impulsions qui changent le cours des choses, des événements heureux ou tristes qui mêlent la réalité d’une personne, son individualité, et la science.
N’attendez pas un roman où la SF et l’action seraient prépondérantes. Ce récit séduira surtout ceux que les mystères spatiaux font rêver. Je ne regrette pas ma lecture, d’autant que j’ai apprécié le réalisme de l’histoire et ai été surprise par la fin.