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jeudi 23 février 2023

Les Disparus du Clairedelune, La Passe-miroir T2

 Un roman de Christelle Dabos, publié chez Gallimard jeunesse.

Mon avis sur le T1.

Présentation de l'éditeur :

Fraîchement promue vice-conteuse, Ophélie découvre à ses dépens les haines et les complots qui couvent sous les plafonds dorés de la Citacielle. Dans cette situation toujours périlleuse, peut-elle seulement compter sur Thorn, son énigmatique fiancé ? Et que signifient les mystérieuses disparitions des personnalités influentes à la cour ? Ophélie se retrouve impliquée malgré elle dans une enquête qui l'entraînera au-delà des illusions du Pôle, au cœur d'une redoutable vérité.

Le premier tome de cette ambitieuse tétralogie m’avait laissé une impression mitigée. Le début m’avait intriguée, les derniers chapitres passionnée, mais le milieu du récit m’avait engluée dans l’attente. Les Fiancés de l’hiver m’avait semblé un long préambule à quelque chose qui, certes promettait d’être grandiose, mais prenait trop son temps à mon goût. Pourtant, cette série mérite bien toute notre patience. Le monde et l’intrigue créés par Christelle Dabos sont complexes et par conséquent s’épanouissent petit à petit. Ce qui peut vous sembler de l’ordre du détail sur le moment sera peut-être important plus tard. Cette lecture à la fois distrayante et exigeante demande de l’implication en plus d’un peu de patience, cependant, elle vous en récompensera amplement.
J’ai adoré Les Disparus du Clairdelune d’un bout à l’autre et j’aurais bien enchaîné avec le tome suivant si je n’avais été raisonnable. Même le léger mysticisme qui enrobe l’intrigue ne m’a pas découragée (ce qui n’est pas peu dire car j’ai ce genre de préoccupations en horreur).
L’arc principal avance beaucoup dans ce tome, surtout dans les derniers chapitres, et je n’en dirai pas un mot pour ne pas spoiler. De toute façon, c’est juste la cerise sur le gâteau tant le récit a de pistes à offrir. Les personnages évoluent de manière notable. Ophélie, bien sûr, reste au centre de l’histoire et après tout ce qu’elle a déjà traversé, elle n’est plus tout à fait la jeune fille timide et effacée qu’elle était sur Anima. J’ai aimé la voir s’affirmer. Ses relations avec son entourage sont de moins en moins superficielles, que ce soit avec Thorn ou avec sa propre famille. Ophélie avait tendance à se contenter de suivre le mouvement, voire à se laisser un peu marcher sur les pieds, cependant les leçons du Pôle ont porté leurs fruits. Ce tome est, de mon point de vue, celui où elle essaie d’acquérir son indépendance par tous les moyens, tout en protégeant les gens qu’elle aime, et je l’ai trouvée très touchante.
On apprend aussi à mieux connaître Thorn, personnage pour lequel j’ai beaucoup d’affection tant il est à la fois complexe et émouvant dernière sa façade glaciale. Christelle Dabos ne verse jamais dans la facilité et je lui en sais gré, ses personnages n’en sont que plus fascinants. J’ai aimé voir Thorn et Ophélie changer au contact l’un de l’autre, les voir considérer le monde d’un regard plus vaste et s’épauler même s’ils ne se comprennent pas toujours. J’ai aimé voir leurs familles respectives évoluer aussi par ricochet et en apprendre davantage sur certains de leurs membres, comme la mère de Thorn ou le grand-oncle adoré d’Ophélie.
Tout cela était passionnant, mais ne constituait en fait que le fond de l’intrigue, le cœur de celle-ci étant l’enquête qu’Ophélie se voit contrainte de mener. J’ai adoré suivre cette enquête, recueillir des indices petit à petit, en apprendre davantage au passage sur les différents pouvoirs familiaux et les autres Arches. Je suis restée rivée à mon bouquin du début à la fin tant je me suis impliquée dans ce récit. Je ressors de ma lecture extrêmement enthousiaste et avide de découvrir la suite.

lundi 20 juillet 2020

Les Fiancés de l'hiver, La Passe-Miroir T1

Un roman de Christelle Dabos, publié chez Gallimard jeunesse.

Présentation de l'éditeur :
Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l'Arche d'Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d'un complot mortel.

Imaginez un monde éclaté, constitué d’arches rescapées d’une catastrophe appelée la Déchirure dont on sait peu de choses. Ces arches sont des sortes d’îles volant en orbite autour d’un noyau. Elles sont placées sous la protection tutélaire d’un Esprit de famille qui transmet à sa descendance des pouvoirs particuliers à chacune. 
Ophélie a grandi sur Anima où les gens peuvent donner vie aux objets, les réparer par magie ou encore lire le vécu de leurs propriétaires successifs par simple contact. Ce dernier pouvoir est rare et c’est celui que possède Ophélie. Elle est experte en la matière et peut remonter très loin dans l’histoire de l’objet, ce qui en fait la candidate idéale pour tenir le musée d’Anima. D’ailleurs Ophélie n’aspire à rien d’autre et est un peu la risée de la famille. Cependant, ses refus catégoriques d’épouser l’un ou l’autre de ses lointains cousins vont l’éloigner davantage de ses aspirations qu’elle ne l’aurait cru.
Au départ, la vie d’Ophélie a éveillé mon intérêt. Cette femme discrète et intelligente, avec sa voix de souris et son écharpe de compagnie, m’était sympathique. J’ai aimé sa discussion avec son grand-oncle bourru, puis découvrir son environnement en la suivant. Même si le reste de la famille, comme autant de petits clichés sur pattes, est bien vite apparu dans le décor, j’étais toute prête à me laisser bercer par cette histoire.
Et puis je me suis embourbée dans l’ennui… La famille casse-pieds, passe encore. Le fiancé désagréable, passe encore. Le voyage en dirigeable allez, on y va ! Mais non, ça ne démarre jamais vraiment. L’arrivée au Pôle s’est révélée très décevante. Pas tant parce que l’accueil que l’on réserve à Ophélie est aussi glacial que le climat, mais parce qu’il ne se passe quasiment rien pendant une très longue partie du roman. C’est là tout ce que je lui reproche : beaucoup d’attente pas spécialement utile au bon fonctionnement de l’intrigue, peu de compensation, que ce soit en action ou en révélations. Ophélie a beau courir partout, elle ne glane que des miettes d’information. Le reste du temps elle joue les Cendrillon et c’est bon, j’ai déjà lu ce conte.
On m’a dit beaucoup de bien de cette tétralogie et peut-être que j’en attendais trop, mais il n’y a guère que le début et la fin qui m’ont intéressée. Les personnages ne rattrapent pas la mollesse de l’histoire, même si on sent que derrière tous ces clichés Christelle Dabos a essayé de les étoffer. Ophélie est très passive, bien qu’elle grandisse et s’affirme un peu plus vers la fin. Elle n’est pas dépourvue de caractère, même si celui-ci ne s’exprime pas par des éclats de colère ou des rebellions, cependant il faut du temps pour s’en rendre compte. J’ai eu du mal à ne pas me lasser alors que je l’aimais bien au début. Thorn est encore mon préféré, pourtant ce n’est pas un modèle de sympathie… Quant aux personnages secondaires, la plupart sont horripilants et pas forcément à cause de leur comportement détestable, mais parce qu’ils sont des caricatures qui deviennent insupportables à la longue et ce peu importe les excuses qu’on leur trouve. Au final, ceux qu’on voit le moins sont ceux qu’on apprécie le plus… Peut-être qu’ils s’améliorent dans la suite, mais dans ce tome ils manquent autant de vie que de subtilité.
C’est vraiment dommage car le monde créé par Christelle Dabos est quant à lui fascinant. Bien que je me sois parfois posé des questions comme : pourquoi les gens sont-ils si misogynes sur une arche dont l‘esprit de famille et féminin et où le conseil est composé de matriarches ? Plusieurs considérations du même acabit m’ont laissée un peu perplexe. De manière générale, j’ai surtout eu envie d’en savoir plus et de sortir un peu des coulisses. Or, c’est bien dans les coulisses que l’on passe quasiment tout ce premier tome qui n’est qu’un long préambule à l’introduction d’Ophélie dans une nouvelle arche et au rôle qu’on lui réserve. On nous présente le monde et les personnages mais il se passe bien peu de choses en arrière-plan.
Je m’attendais à beaucoup mieux, cependant je lirai la suite en espérant que l’intrigue prendra plus de corps.

Si cela vous intéresse, je me permets de vous suggérer des œuvres qui me rappellent ce roman :

samedi 28 mars 2015

Le Volcryn

Une novella de G.R.R. Martin publiée en poche dans la collection Hélios des Indés de l'imaginaire.

volcryn

Présentation de l'éditeur :

« J’ai senti cette chose dès mon arrivée à bord. Et cela empire. Cela me poursuit dans mes rêves. Il y a quelque chose de dangereux et d’étranger, Karoly, d’étranger ! »

Depuis des temps immémoriaux, les volcryns traversent la galaxie. Personne ne sait d’où ils viennent, où ils se rendent... ni même ce qu’ils sont vraiment. Karoly d’Branin est bien décidé à être celui qui percera ce mystère. Entouré de scientifiques de talent, il embarque sur l’Armageddon. Mais bien vite les tensions s’accumulent. Quelle est cette menace sourde qui effraie tant leur télépathe ? Et pourquoi le commandant du vaisseau refuse d’apparaître autrement que par hologramme ? Karoly est certain d’une chose : ses volcryns sont tout proches. Pas question de faire demi-tour. Quel qu’en soit le prix.

Mondialement connu pour sa série du Trône de Fer, George R. R. Martin a eu avant elle une riche carrière d’écrivain, récompensée par de prestigieux prix (Hugo, Nebula, Locus...). Touchant à tous les genres avec le même brio, à l’aise aussi bien sur la forme longue que plus courte, il signe avec Le Volcryn un huis clos spatial angoissant qui tient en haleine jusqu’à la dernière page. Prix Analog 1980 Prix Locus 1981

Une équipe de chercheurs s’embarque pour un voyage spatial afin d’aller à la rencontre d’un hypothétique peuple extraterrestre parcourant l’espace depuis des siècles et uniquement connu par le biais de quelques mentions dans des mythes ou légendes interstellaires : les Volcryns. Cependant, la traversée n’est pas aussi calme que l’espéraient les membres de l’équipage. Le mystérieux commandant de leur vaisseau, Royd Eris, qui vit dans une partie du bâtiment qui leur demeure inaccessible et qu’ils n’ont jamais vu que sous forme d’hologramme, semble cacher un certain nombre de secrets. Peu à peu, la peur et la paranoïa s’instillent dans l’esprit des chercheurs, amplifiées par le confinement. Le danger est-il réel ? Et, si oui, d’où vient-il ? Cette novella tient évidemment de la SF, mais n’a rien à envier au roman noir ou au genre horrifique grâce au huis-clos angoissant qu’elle met en scène. L’ambiance est sombre et délétère, mais, pour parachever un heureux mélange des genres, on peut également découvrir une très belle histoire d’amour entre ces pages. L’intrigue démarre lentement et j’ai eu un peu de mal, au début, à identifier les personnages. En plus de retenir leurs noms, il fallait intégrer leur fonction qui sert parfois de périphrase pour les désigner. C’est un coup à prendre, il suffit d’être attentif durant les premières pages, après cela va tout seul. La trame est bien trouvée et suffisamment développée pour un récit court. À un moment donné, l’origine du mal devient évidente, mais le texte reste toujours prenant et l’issue incertaine. Le Volcryn est une excellente novella avec laquelle G.R.R. Martin prouve une fois de plus qu’il est tout aussi talentueux pour la SF que la Fantasy et tout autant habile à développer un récit concis qu’une saga fleuve.

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samedi 21 février 2015

La République des Enragés

Un roman de Xavier Bruce publié chez ActuSF.


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Résumé de l'éditeur :
Mai 68, un pavé lancé sur un CRS. La colère étudiante embrase Paris.
Seize ans plus tôt, neuf enfants, cobayes pour un programme ultra-secret, s’échappaient de l'Institut Heintelle. Ils ont grandi, développé leurs talents extraordinaires et vont tenter, dans le chaos qu'est devenue la capitale, de mener à bien leur propre révolution.
Dans ce nouveau monde où il est interdit d’interdire, est-il permis de tuer ?
Deuxième roman de Xavier Bruce, après Incarnations, La République des Enragés est une ode féroce et séduisante à la liberté, une uchronie politique et révoltée. Jouant avec les événements de Mai 68 qui ont façonné notre société, l'auteur donne à lire sa version du mythe où l'artiste apparaît comme unique salut et les arts comme de puissantes armes.



1952, neuf enfants s’échappent d’un institut censé expérimenter des méthodes d’éducation novatrices. Seize ans plus tard, la jeunesse française est en colère et ses affrontements avec le gouvernement gagnent en intensité. Que sont devenus les petits cobayes du professeur Heintelle ? Participent-ils de près ou de loin à la révolution qui gronde ?
Entre l’Histoire secrète et l’uchronie, ce récit se développe comme un réseau complexe de racines. L’auteur nous balade d’un personnage à l’autre, mais toujours avec enthousiasme et vivacité, sans jamais nous perdre en route. Il faut bien entendu aimer les récits morcelés. Ceux-là sont souvent près de se rejoindre, voire se chevauchent. Pourtant, on ne sait jamais vraiment si ou quand ils vont se télescoper. Cela m’a plu, d’autant que cette narration insuffle du dynamisme à l’ensemble et pousse le lecteur à tourner les pages toujours plus vite. Les chapitres restent rythmés malgré les coupures et c’est un roman qui se lit très vite.
Les événements que relate La République des Enragés se déroulent sur un laps de temps très court, ce qui intensifie le sentiment d’urgence que l’on ressent. On connaît l’histoire de fond, bien sûr, mais l’auteur nous la montre sous un nouveau jour. Elle se mêle savamment aux intrigues plus personnelles que développent les personnages.
Anna et Arthur sont deux jeunes gens sympathiques qui apportent un peu de légèreté et d’humour dans ce climat instable, même si Arthur aurait dû me taper sur les nerfs tant il est obsédé. Le jeune homme est le seul personnage à s’exprimer à la première personne, cela dénote, mais se révèle finalement une bonne chose car il aurait été beaucoup moins touchant avec plus de distance, ses mauvais côtés en auraient semblé renforcés. Anna et lui sont un vaudeville permanent, une comédie drôle et romantique à eux seuls.
Antoine et Adèle m’ont un peu moins séduite, cependant j’ai aimé les suivre et ai appris à les apprécier à mesure que je les voyais évoluer. Leurs histoires sont tout aussi intéressantes, mais plus sombres.
Et puis il y a Startelle, personnage très drôle bien malgré lui. C’est une bonne idée d’avoir inséré cette personnalité dans cette histoire, de lui avoir offert ce double uchronique. Le personnage est très bien construit et je me suis délectée de toutes les allusions dont nous régale l’auteur.
La République des Enragés m’a offert un très agréable moment de lecture. J’ai parfois beaucoup ri, mais me suis également laissée surprendre par le récit. J’ai néanmoins trouvé la fin un peu rapide, d’autant que j’aurais bien aimé savoir ce qui était arrivé à d’autres personnages. Cela m’a donné envie de découvrir d’autres écrits de l’auteur et j’ai justement une nouvelle en stock.
On peut également consulter une intéressante interview de Xavier Bruce et une bibliographie à la fin du livre. J’apprécie toujours ce type de bonus.