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lundi 28 novembre 2016

Bienvenue T2

Une BD de Marguerite Abouet et Singeon, publiée chez Gallimard jeunesse, collection Bayou.


Mon avis sur le tome 1 est ici.


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bienvenue-t2-2

Présentation de l'éditeur :
Bienvenue, étudiante aux Beaux-Arts, collectionne les galères : elle est sans-le-sou, sa garde d'enfants tourne court, son prof la harcèle pour qu'elle rende un devoir, son père revient dans sa vie... Mais c'est finalement les problèmes de ses voisins qui lui donnent le plus de fil à retordre car, en bonne samaritaine, elle se retrouve toujours au cœur de leurs histoires. Quand aura-t-elle le temps de s'occuper de sa vie amoureuse ? !



Bienvenue, du nom du personnage principal, est une série de BD contemporaine destinée aux adolescents, mais qui peut tout aussi bien être lue par des adultes. Elle raconte le quotidien d’une étudiante en arts et des gens hauts en couleur qui gravitent autour d’elle.
Je ne m’explique pas que près de quatre années se soient écoulées entre ma lecture du premier tome, qui m’avait beaucoup plu, et cette suite. Je pensais bien me souvenir de tous les personnages et événements, mais j’étais loin du compte… À ma grande honte, j’avais complètement zappé Pénélope et Jojo… Si c’est vite revenu pour le second, j’ai dû zieuter le premier tome pour la première (c’est un comble quand on connaît l’oiseau).
À la fin du précédent tome, on quittait Bienvenue alors qu’elle se rendait à un rencard. C’était très frustrant ! On la retrouve ici quand elle en revient, mais sa cousine ne réussit qu’à grand peine à lui tirer les vers du nez. Concrètement, la vie amoureuse de Bienvenue ne sera qu’en arrière-plan dans ce tome. Cette jeune fille un brin revêche commence presque malgré elle à s’ouvrir aux autres et se trouve mêlée à toutes les petites histoires de ses voisins et amis… Elle devient plus altruiste, mais ne se rend pas compte à quel point cela va empiéter sur sa vie personnelle. Par certains côtés, elle rappelle beaucoup Aya, héroïne d’une autre série de Marguerite Abouet.
Le principe de la série, avec ses séquences courtes – des tranches de vie taillées à la serpe – est très chouette. Mais c’est un peu plus haché que dans mon souvenir et j’ai été un peu déçue par la tournure des événements. Ce que j’avais aimé dans le premier tome, à savoir le récit très actuel, tend beaucoup plus vers la caricature dans cette suite. C’est plus cliché et moins adulte, pas toujours très crédible. Le fait que la cible soit un public plus jeune n’est pas une excuse selon moi. Malgré tout, les personnages étant attachants, je me suis remise dans le bain et j’ai fini par me prendre au jeu, même si ça fait un peu Plus belle la vie.
Les intrigues, il y en a beaucoup, n’avancent que très peu dans ce tome. Ça reste sympathique, cependant, si le troisième est le dernier, je me demande bien comment il va se terminer. Je n’attends pas qu’il mette un point final aux vies des personnages. Comme dans Aya de Yopougon, je pense que Marguerite Abouet va vouloir montrer que la vie est un flux tendu d’événements, on ne peut pas tout clore dans un dernier tome, mais il faudrait quand même une avancée conséquente pour ne pas frustrer le lecteur.
C’est une chouette BD, même si elle manque un peu de rythme, et j’aimerais bien avoir un éclaircissement sur certains secrets qui flottent en périphérie de l’intrigue (même si j’ai probablement déjà tout compris toute seule).

samedi 13 septembre 2014

La Belle de Joza

Un roman de Kveta Legàtovà, publié chez Noir sur Blanc. (C’est la version que j’ai lue.)
Il existe une édition en gros caractères chez À vue d’œil et une version poche qui vient tout juste de sortir chez Libretto.
Il est aussi disponible en numérique, à un prix exorbitant par rapport à celui de poche, mais bon on ne pourra pas se plaindre de ne pas avoir le choix du format…


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La Belle de Joza*


Je vous conseille de ne surtout pas lire le résumé de l’éditeur Noir sur Blanc qui vous raconterait toute l’histoire et froidement avec ça… Et je ne l'échangerai pas non plus contre celui de Libretto qui, de mon point de vue, peut induire le lecteur en erreur sur la nature de ce récit. Non il ne s'agit pas d'une romance, mais il y a de l'amour dans cette histoire, c'est un fait.


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Cette lecture date d’il y a six ans et demi. Le fait que je me rappelle de la date à quelques jours près est assez rare pour être souligné. J’ai lu ce roman juste après sa sortie, au mois de février, et je me souviens encore très bien de cette matinée claire et froide où, emmitouflée près des braises, je découvrais cette belle et néanmoins triste histoire. Cependant, on le sait, toute belle histoire est tissée de joies autant que de peines… Celle-ci m’a offert seulement quelques heures de lecture, mais j’en garde des souvenirs toujours vivaces. C'est dire que ce roman me tient à cœur.
Je m’excuse par avance si j’écorche les noms des personnages, mais les accents tchèques et moi évoluons dans deux mondes distincts…
J’éprouve une certaine difficulté à retranscrire les impressions qu’il me reste de cette lecture car elles semblent scindées en deux parts. D’un côté demeurent la tendresse et la douceur de la partie la plus lumineuse du récit et de l’autre persiste le chagrin. Ce roman montre à la fois ce qu’il y a de meilleur et de plus mauvais dans l’humanité. Si vous décidez de vous fier à mes souvenirs, dites-vous tout de même que, malgré tout, c’est la tendresse qui l’emporte quand je repense à ce récit.
La Belle de Joza est à la fois l’histoire d’une femme, Eliska, jeune médecin qui doit se cacher et pour cela épouser l’un de ses patients, mais aussi celle de tout un village et de ses habitants, un environnement et des gens qu’il est passionnant de découvrir.
Eliska, projetée dans cette communauté, dont elle se sent si différente au départ, va évoluer, se révéler à elle-même, apprendre à connaître ces gens et à les aimer, entraînant le lecteur avec elle. C’est un choc des cultures pour cette femme qui pensait sa vie toute tracée, qui se retrouve abandonnée par son amant, qui doit contracter une union qui lui déplaît, mais qui au final découvre combien les apparences sont trompeuses et devient véritablement elle-même, sous un autre nom, ironiquement, et loin de l'idée qu'elle se faisait de sa carrière.
J’ai aimé Eliska et Joza également, dont la bonté tranquille et silencieuse investit les pages, ainsi que les autres personnages, la vieille Lucka, le chien Azor et tous ceux dont les noms trop complexes pour ma mémoire m’échappent, mais dont l’image reste présente dans mon souvenir.
La fin m’a beaucoup marquée. J’en garde une image fantomatique d’Eliska, errante et pleurant le passé. Une part de moi est encore avec elle. C'est une lecture qui a su laisser son empreinte et que je vous conseille chaleureusement.


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samedi 30 août 2014

Aya de Yopougon T5 et 6

Une BD de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, publiée chez Gallimard jeunesse dans la collection Bayou. Elle existe aussi en poche chez Folio.
Elle est constituée de six tomes.

Si vous le souhaitez, vous pouvez lires mes billets sur les tomes 1 et 2, puis 3 et 4.

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Aya de Yopougon t5 et 6*

Plus on avance dans une série, plus l’écriture de la chronique devient difficile… Il ne faut pas spoiler et on a l’impression de se répéter inlassablement, sans parvenir à faire passer les émotions que l’on a ressenties. Malgré cela, j’avais quand même envie de vous parler de la fin de cette BD qui m’a accompagnée cet été et m’a vraiment enchantée. C’est pour tout ceci que j’ai mis un certain temps à écrire ce billet et, en outre, que j’ai regroupé dans celui-ci mon avis sur les tomes 5 et 6.
Lire Aya de Yopougon c’est un peu une lecture doudou, un pur moment de bonheur. On suit avec un intérêt bienveillant toutes les histoires, futiles ou importantes, tristes ou joyeuses, que vivent au quotidien des personnages qu’on ne peut que trouver sympathiques et c’est agréable, tout simplement. On s’implique dans cette lecture comme on le ferait pour un roman ce qui, en tout cas pour moi, est plutôt rare avec les BD.
La forme ne change pas, c’est toujours trop court, mais on parcourt un terrain connu et, en quelque sorte, balisé. S’il y a toujours les traditionnels bonus de fin de volume, avec leurs lexiques, leurs recettes et faits de société, la présentation des personnages ainsi que leurs liens familiaux est remplacée dans ces deux tomes par un résumé des intrigues en suspens. Avec ça je me rends compte que cette BD fait un peu série télé, mais c’est utile si vous lisez ces albums de manière plus espacée que je ne l’ai fait.
Certains personnages se rapprochent, d’autres se croisent de manière improbable et somme toute assez ironique parfois, Marguerite Abouet nous a réservé quelques surprises. Moussa fait son grand retour, Ignace commence à prendre conscience de certaines choses et à prendre davantage son entourage en compte… S’esquisse entre les pages l’avenir des filles et d’Innocent qui pourtant continue d’enchaîner les quiproquos… Certaines intrigues arrivent enfin à leur terme, mais la vie ne semble pas s’arrêter pour autant à Yopougon.
Je ne suis pas amatrice des fins trop fermées car l’existence est ainsi faite qu’elle ne s’arrête pas à une fin de roman, de BD ou de nouvelle. C’est une bonne chose qu’elle semble suivre son cours, mais c’est aussi pour cela qu’on a inventé les épilogues. Ici la coupure est abrupte, trop pour moi… J’aurais bien aimé savoir, même très brièvement, ce que tous ces personnages auxquels je me suis tant attachée allaient devenir.
C’est donc avec un petit pincement au cœur que j’ai terminé cette série. Je quitte à regret tout ce petit monde. Je ne peux m’empêcher d’espérer une suite, mais je garderai en tout cas une grande tendresse pour cette série positive, très humaine et pleine d’humour.
Pour me consoler, je vais me plonger dans le deuxième tome de Bienvenue, autre série de l’auteur que je me gardais précieusement pour un moment de blues.

vendredi 15 août 2014

Aya de Yopougon T4

Une BD de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, publiée chez Gallimard jeunesse dans la collection Bayou. Elle existe aussi en poche chez Folio.
Elle est constituée de six tomes.

Si vous le souhaitez, vous pouvez lires mes billets sur les tomes 1 et 2, puis 3.

 

Aya 4*

Aya de Yopougon est décidément une excellente série de BD qui se bonifie de tome en tome. Le troisième était un volume de transition et, avec le quatrième, les intrigues se complexifient davantage. On apprend à connaître plus intimement les personnages, ce qui nous les rend de plus en plus proches, et c’est toujours un bonheur de les voir évoluer.
Nous retrouvons Adjoua sur les chemins de la maturité, alors que la jeune femme cherche à se construire une vie sur des bases solides pour son enfant, mais reste néanmoins attachée au père de celui-ci. Mamadou est quant à lui toujours dans les combines, va-t-il réussir à s’en sortir ?
On apprend également quelle a été l’enfance d’Hervé et on se demande si sa nouvelle situation financière va ou non le changer. Albert, quant à lui, est partagé entre ses sentiments et le besoin de plaire à son père. Les galères d’Inno à Paris ont également une bonne place dans ce tome et j’avoue que c’est parfois très amusant de le suivre, j’adore ce personnage si sympathique et attachant.
Aya, prise dans ses propres problèmes, n’en peut plus de toujours devoir s’occuper des autres alors que les crises s’enchaînent autour d’elle. Féli aussi a des ennuis avec son père qui souhaite la récupérer.
Ambiance douce-amère en perspective pour ce très bon tome, en le refermant on a vraiment très envie d’ouvrir le suivant pour savoir ce qu’il va advenir de tout ce petit monde qu’on aime de plus en plus. C'est quelque chose d'assez rare dans une BD pour être signalé. Ces personnages sont tellement attachants qu’on a l’impression de les connaître, au point que la petite présentation des liens familiaux au début du tome n’est pas du tout nécessaire.
Les événements des tomes 3 et 4 nous prouvent que cette série peut aussi aborder des sujets graves, souvent avec de l’humour et de l’optimisme, mais sans les noyer pour autant dans le rose bonbon. Je m’attends à encore mieux pour les deux derniers tomes qui semblent des plus prometteurs.
Comme toujours, l’auteur nous offre un excellent bonus de fin, avec des recettes et des infos intéressantes. Cela participe grandement au charme d’Aya, impliquant davantage le lecteur dans l’histoire.

lundi 4 août 2014

Aya de Yopougon T3

Une BD de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, publiée chez Gallimard jeunesse dans la collection Bayou. Elle existe aussi en poche chez Folio.


Ma chronique des tomes 1 et 2.


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aya de yopougon 3*


Attention mes amis, retour à Yop city !
La fin du deuxième tome laissait la famille d’Aya en pleine tourmente et je n’ai pas pu attendre bien longtemps avant de me jeter sur la suite. J’avais tellement hâte de savoir ce qui allait advenir de tous mes personnages préférés !
C’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé Aya et ses proches. La série semble, avec ce tome, avoir pris son rythme de croisière, si quelques bouleversements sont au programme, le lecteur est, quant à lui, bien installé dans l’histoire. On connaît maintenant tout le monde ou presque, on est comme à la maison.
Les problèmes des parents d’Aya sont au cœur de ce volume, cependant les autres personnages, même les plus secondaires, comme la petite Félicité, ne sont pas pour autant délaissés. De grandes évolutions se profilent, les intentions de certains se révèlent, d’autres affirment leur personnalité. On saura donc avec qui Albert a ses rendez-vous à l’hôtel aux mille étoiles, si la belle Bintou va finir par se rendre compte des manigances de son gars ou encore comment va se dérouler le tant attendu concours de Miss Yopougon et bien d’autres choses que je ne peux vous dévoiler… Même si on voit venir certaines de ces « surprises, » il est toujours agréable de se prêter au jeu.
Dans ce tome Aya commence à s’interroger, à se sentir un peu seule aussi, mais n’en oublie pas ses ambitions (ni de se mêler des histoires de tout un chacun d’ailleurs, mais elle veut tellement bien faire !). Ses copines aussi se cherchent. Amour, boulot, chacune a fort à faire… Avec des adultes déjantés et parfois plus puérils que leurs enfants, une famille Sissoko toujours aussi désopilante et des personnages vraiment très attachants, on ne peut que passer un excellent moment de lecture. Aya de Yopougon est définitivement une série de BD que j’affectionne, tendre, optimiste, drôle et pleine de joie de vivre.
On trouve cependant quelques incohérences dans ce volume : une robe qui passe de rose à jaune, une erreur de prénom, un gars dont les vêtements changent du tout au tout d’une case à l’autre, une première dauphine qui ne se trouvait pas dans les cinq candidates retenues… Je ne suis pas très observatrice, mais ça quand même c’est inratable. C’est dommage, mais ceci dit ça n’a pas non plus trop gâché ma lecture. C’est vraiment une chouette BD, un récit très vivant, une bonne lecture pour l’été.

mardi 1 juillet 2014

La ballade de Bobby Long

Un roman de Ronald Everett Capps, publié aux Éditions Rue Fromentin.


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la ballade de bobby long




Bobby Long et Byron Burns se connaissent depuis toujours. Ils ont partagé les fêtes insouciantes de la jeunesse et les coups durs de l'âge adulte. Installés avec leur amie Lorraine à la Nouvelle-Orléans, ils laissent filer les journées , en parlant de livres, de femmes et en vidant des verres de vodka orange dès le petit déjeuner.
Quand Lorraine meurt subitement, Hanna, sa fille âgée de 17 ans, débarque chez les deux hommes. Elle bouleverse leur quotidien par sa franchise, sa jeunesse mais aussi par la résignation et le cynisme de sa génération. La cohabitation est houleuse mais Bobby et Byron décident de lui prouver qu'aucune vie n'est jouée à 17 ans.



Comment trouver les mots justes pour parler de cet étrange roman ?
Mon avis n’a cessé d’osciller au rythme de cette histoire, elle-même toute en circonvolutions. Et au final je crois que si je ne l’ai ni aimée ni détestée, il est clair qu’elle ne m’a pas laissée indifférente pour autant.
Tout commence avec trois paumés qui décident de vivre ensemble dans une chambre d’hôtel miteuse à la Nouvelle-Orléans. Ils semblent de prime abord aussi louches que sympathiques, puis, petit à petit, ils font pitié et agacent.
Lorraine est une gentille fille, mais totalement déconnectée de la réalité. Tant qu’elle peut s’empiffrer toute la journée et s’évader dans son petit monde quand la vie la déconcerte un peu trop, tout va bien. Les deux hommes sont par contre nettement plus horripilants.
Byron, le plus modéré du trio, est Issu d’un milieu aisé, ancien professeur de littérature, c’est à se demander comment il a atterri là… Se jugeant trop intelligent, comme son pote Bobby d’ailleurs, il pense que son amour pour les femmes, l’alcool et la littérature est responsable de sa déchéance. Au fond on ne peut pas lui donner tout à fait tort à ce sujet.
Le dernier membre de ce petit groupe n’est autre que le très bavard (et aussi très lourd) Bobby Long. Le plus taré de tous. Il parle sans arrêt, aime raconter des saloperies aux gamins qui croisent son chemin… Mais de temps en temps, il y a comme des éclats de poésie qui émanent d’un coup de sa personne, pour mieux s’évanouir ensuite dans le graveleux.
J’avoue avoir particulièrement détesté Bobby qu’on nous présente comme un homme extrêmement intelligent, mais justement très immature émotionnellement en contrepartie. Il est assez déstabilisant, égoïste, narcissique au dernier degré, franchement crade, et rien dans son comportement ne tend à le rendre sympathique, du moins à mon sens.
La vie d’alcolos de tout ce petit monde va être bouleversée par la disparition de Lorraine et par l’arrivée de sa fille Hanna, tout aussi paumée, mais pour la bonne raison qu’elle n’a pas eu toutes ses chances dans la vie, contrairement aux deux hommes. Alors, dans un moment de grand égarement (à moitié pour la sauter, à moitié par affection pour Lorraine), ils lui proposent de la prendre en charge, décidant qu’elle a encore toute la vie devant elle et qu’elle ne doit pas la gâcher. Ils sont persuadés de pouvoir l’aider à reprendre ses études.
C’est en gros le premier tiers du roman, celui que la quatrième de couverture nous dévoile, ce n’est donc pas vraiment un spoiler. L’idée, dans cette première partie, est de comprendre qui sont ces marginaux et de voir comment ils vivent. Leur quotidien est, de fait, assez hallucinant.
Ce récit est glauque, poisseux, crade, assez absurde, mais aussi étrangement poétique et émouvant parfois. J’avoue avoir été plus séduite par la partie dans laquelle apparaît Hanna et plus spécifiquement par le dernier tiers de l’histoire. La jeune fille, une vraie ado, très réaliste, apporte au roman une certaine fraîcheur par sa jeunesse, mais aussi une vision plus aiguisée du monde dans lequel elle évolue, en comparaison de ses compagnons toujours saouls comme des barriques. Elle est légère et capricieuse, mais aussi intelligente, drôle, attachante. Elle peut faire ressortir le meilleur comme le pire de Bobby et Byron.
Et l’histoire oscille donc ainsi, entre exaspération et émotion au fil des aventures de cet improbable trio. Hanna et son éducation deviennent la priorité des deux hommes, mais s’extirperont-ils vraiment du bourbier dans lequel ils se complaisent ?
J’ai ressenti très peu d’empathie envers ces personnages, censés être trop intelligents pour supporter ce monde, mais extrêmement lourds le plus souvent. L’auteur essaie sans doute de nous démontrer que la poésie contraste magnifiquement avec le sordide et qu’elle peut même s’y épanouir comme une fleur vénéneuse, cependant cela n’a pas bien marché avec moi. Ces types-là ont choisi leur vie de paumés, ils l’aiment ainsi, tant mieux pour eux. Je ne suis parvenue la plupart du temps qu’à voir deux gros dégueulasses obsédés, malgré toute leur culture et la gentillesse dont ils arrivent à faire preuve de temps en temps… Malheureusement, je crois que cette mauvaise image persistera plus dans mon souvenir que leurs bons côtés.
Au final, j’ai trouvé ce roman assez plat, que ce soit dans l’écriture, assez linéaire, ou dans le récit. J’ai bien conscience qu’il y avait quelque chose à voir et que je ne l’ai pas vu avec le bon regard. Tout embryon de poésie ou d’émotion, au lieu de se développer et de prendre forme dans mon esprit de lectrice s’est vite flétri face à la « glauquitude » de cette histoire et de ses personnages. Hanna et Byron, dans leurs meilleurs moments, rattrapent un peu l’ensemble, mais pas suffisamment pour me rendre cette lecture inoubliable.
Il existe un film, Love Song, adapté de ce roman. Je le regarderai peut-être, si l’occasion se présente.


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mercredi 16 avril 2014

Aya de Yopougon T1 et 2

Une BD de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, publiée chez Gallimard jeunesse dans la collection Bayou.
Elle existe aussi en poche chez Folio.


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aya_de_yopougon


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Parce que j’ai beaucoup aimé le premier volume d’une autre série de l’auteur, j’ai décidé de me pencher sur cette bande dessinée en six tomes.
Comme son titre l’indique, le personnage central se nomme Aya. C’est une jeune fille de 19 ans qui vit à Yopougon, quartier populaire d’Abidjan, à la toute fin des années 70. Si Aya est sérieuse et ne rêve que de continuer ses études pour devenir médecin, ses amies sont quant à elles un peu plus délurées et Aya se retrouve souvent, bien malgré elle, mêlée à leurs déboires amoureux, alors qu’elle a déjà fort affaire avec son père qui voudrait la marier avec le fils de son patron.
Au final, dans ces deux premiers tomes, Aya n’a pas un très grand rôle, néanmoins c’est elle qui centralise les différentes intrigues qui touchent ses proches. On fait ici la connaissance de ses deux meilleures amies, Adjoua et Bintou, de leurs familles respectives ainsi que de celle d’Aya, puis plus généralement des autres gens du quartier, les voisins, le patron du père d’Aya et sa famille, les dragueurs invétérés... Il y a beaucoup de personnages, mais on s’y retrouve assez vite car l’auteur sait s’y prendre pour nous présenter tout ce beau monde.
C’est une série sous forme de chronique, la vie quotidienne d’un quartier, d’adultes parfois un peu dépassés par les événements et de jeunes gens qui se cherchent, s’interrogent, ou pas, sur leur avenir, tombent amoureux et vivent leur vie en somme. C’est ce qui fait tout le charme de cette BD. C’est réaliste, mais optimiste, drôle et touchant. Les personnages sont très attachants, ce qui est pourtant assez difficile à rendre dans une BD et surtout pour un premier tome. On les suit avec plaisir et on a envie de savoir ce qui va leur arriver. Ils sont tous terriblement vivants et leurs traits de caractère, souvent très marqués, rendent particulièrement savoureuses leurs aventures tour à tour cocasses ou émouvantes. Ils sont indubitablement le point fort de cette série.
Il y a de l’humour et de la tendresse dans ces pages, c’est une BD à découvrir. Elle est publiée dans une collection dévolue aux adolescents, mais conviendra aussi bien à des adultes.
Le dessin ne m’a pas marquée outre mesure, ce n’est pas mon style de prédilection, mais il s’adapte bien à l’esprit et à l’ambiance de la série. C’est coloré, vibrant de joie de vivre, agréable tout en n’étant pas forcément très recherché, ça fait un peu carnet de croquis jetés vite fait alors qu’en fait ça demande du travail, c’est bien dans l’esprit désinvolte, bon enfant et optimiste, malgré les aléas de la vie, des intrigues mises en scène.
Autre point sympathique à préciser : à la fin de chaque tome se trouve une section bonus, avec des crayonnés, des recettes, des réflexions et anecdotes sur la façon de vivre en Côte d’Ivoire portées par la bouche des personnages et bien sûr l’indispensable lexique pour mieux comprendre les expressions qui jalonnent le récit.
Grâce à cette partie, vous apprendrez notamment comment faire une sauce arachide, recette que j’ai moi-même goûtée il y a longtemps et refait bien souvent depuis, à ma manière. C’est très, très bon. Vous verrez en outre la façon de nouer un pagne pour porter son bébé dans son dos, les traditions familiales lors des naissances, etc. C’est vraiment très sympa et ça aide à s’immerger dans cette culture ainsi que dans l’histoire. On sent la tendresse de l’auteur vis-à-vis de son pays et son envie de la partager.
Il existe un film d’animation qui porte sur l’histoire de ces deux premiers tomes et qui est vraiment fidèle à la BD en plus d’être très bien fait. Il est agréable à regarder, d’ailleurs je vous le conseille, vous passerez un bon moment en compagnie des personnages et serez facilement immergé dans l’esprit de la série dont il est imprégné. J’espère que la suite sera également mise en animation.
La BD est publiée en six volumes et semble terminée. Elle commence à sortir en poche à un prix très abordable. Les deux premiers tomes, que j’ai lus séparément, sont également disponibles en un seul volume en grand format depuis la sortie du film.
Il existe aussi un spin-off pour les plus jeunes, Akissi, dont le personnage principal est la petite sœur d’Aya. Quant à moi, je vais continuer de lire Aya de Yopougon parce que c’est vraiment très, très sympa et qu’il me tarde de voir ce que deviennent les personnages.

mardi 12 mars 2013

Block party : Un roman à dix étages

Un roman de Richard Milward, publié chez Asphalte éditions.




La jolie Georgie aime deux choses : les bonbecs et son petit ami Bobby. Bobby l'Artiste aime deux choses : Georgie et peindre sous l'influence de drogues psychédéliques que lui refourgue son voisin Johnny. Johnny le dealer de service aime deux choses : le porno et sa petite amie Ellen. Ellen la chômeuse professionnelle aime deux choses : Johnny et faire l'amour, mais pas avec Johnny, parce qu'il ne sait vraiment pas s'y prendre. Tout ce petit monde se croise, trinque et fait la fête à Peach House, une tour HLM de Middlesbrough, au nord de l'Angleterre. Jusqu'au jour où les toiles de Bobby sont repérées par une galerie branchée de Londres. L'harmonie apparente de Peach House y survivra-t-elle ?



La première excentricité notable à propos de ce roman c’est qu’il est composé d’un seul et même paragraphe qui fait dans les trois cents pages. Cela devrait déjà suffire à vous donner un peu l’idée de ce qu’est l’esprit de ce livre.
L’histoire est très visuelle, toujours en mouvement. Si elle s’attarde parfois dans les soubresauts nerveux des délires de certains personnages, ils sont vite balayés par d’autres pistes à suivre. On passe d’un protagoniste à l’autre au gré de leurs rencontres ou d’associations d’idées, comme si une caméra les suivait en traveling, s’accrochait aux pas de l’un, se laissait emporter au passage par un autre. Farfelue, tourbillonnant à la suite de ces personnages déjantés, l’histoire semble néanmoins suivre un fil invisible. Elle nous entraîne dans les rues d’une petite ville ouvrière du nord de l’Angleterre et, surtout, dans la tour HLM de Peach House où vivent nos personnages.
Ils sont tous plus barges et paumés les uns que les autres, mais cinq d’entre eux se détachent plus particulièrement du lot. Il y a Georgie la brave fille, pas très futée (que j’ai eu envie de claquer chaque fois qu’elle pensait ou parlait avec les mots d’une gamine de quatre ans) et son chéri Bobby l’artiste drogué jusqu’à la moelle, avec lui tout y passe, il vaporise du déodorant sur ses pulls sales et les renifle pour ne pas redescendre trop vite ou sniffe du nescafé quand il est trop en dèche pour se payer de l’ecstasy (Servietsky, sort de ce corps !). Il y a aussi Johnnie dealer occasionnel et psychopathe paranoïaque régulier, puis sa copine Ellen, la glandeuse professionnelle dont le sexe est le hobby principal. Et enfin il y a Alan, dit le salaud, qui est juste un raté de plus. Si son histoire est cousue de fil blanc, un peu comme toutes celles qui peuplent ce roman, elle n’en est pas moins touchante malgré les travers de cet homme. D’ailleurs, elle est peut-être la seule à vraiment susciter de la compassion.
Il y a dans cette histoire une belle brochette de tarés en tous genres, à qui on a envie de filer des claques pour leur remettre le cerveau à l’endroit. Ils peuvent nous laisser consternés, dépités ou mélancoliques, mais aussi nous faire rire. Autant vous le dire, on n’est pas sortis du pub avec cette bande de cinglés, mais le pire dans tout ça c’est qu’on finit par s’attacher à eux. Bobby en est l’exemple le plus flagrant. L’auteur le compare à un clébard et il n’a pas tort, on a envie de le secouer, puis on s’y habitue… C’est un chouette toutou au fond, il bave un peu, mais il est gentil… Et si la fin réservée aux deux couples n’est pas crédible pour trois sous, si naïve puisse-t-elle sembler dans son optimisme, on s’en fiche un peu parce qu’on les aime bien quand même.
Ça se laisse lire sans trop perdre le lecteur en route, même si l’insistance de l’auteur sur certains passages m’a parfois fait l’effet d’une craie crissant sur un tableau noir. Aussi curieux que cela puisse paraître avec tout ce que j’ai pu en dire, j’ai apprécié cette lecture atypique.
Le style est trash, assez brut, sans demi-mesure ou fioritures, s’adaptant à la pensée naïve ou basique des personnages. Ça ne semble pas voler très haut, mais c’est pourtant étudié. Même si je n’ai pu m’empêcher de me demander, l’idée étant en plus renforcée par l’effet que produit l’absence de paragraphes, si l’auteur n’avait pas écrit le tout d’une traite, une nuit après s’être savamment torché… Bobby accroche bien ses toiles n’importe comment pour s’en débarrasser et aller se murger… La spontanéité dans l’art n’est pas un mal et ce roman semble être un pied-de-nez à beaucoup de ce qui fait notre littérature contemporaine…
A noter qu’il y a à la fin du livre une playlist suggérée par l’auteur, exclusivité de la version française, avec le lien pour l’écouter sur le net. J’apprécie toujours ce genre de bonus et c’est d’autant plus appréciable que la musique a une part importante et significative dans cet ouvrage.
Je ne peux que vous encourager à vous faire votre propre opinion sur Block Party car elle ne peut être que très subjective et tranchée dans le cas présent, on aime ou on déteste.

dimanche 10 mars 2013

L'âge des miracles

Un roman de Karen Thompson Walker, publié chez Presses de la Cité.

Présentation de l'éditeur :
Une journée d'octobre apparemment comme les autres, l'humanité découvre avec stupeur que la vitesse de rotation de la Terre a ralenti. Les jours atteignent progressivement 26, 28 puis 30 heures. La gravité est modifiée, les oiseaux, désorientés, s'écrasent, les marées se dérèglent et les baleines s'échouent... Tandis que certains cèdent à la panique, d'autres, au contraire, s'accrochent à leur routine, comme pour nier l'évidence que la fin du monde est imminente. En Californie, Julia est le témoin de ce bouleversement, de ses conséquences sur sa communauté et sa famille. Adolescente à fleur de peau, elle est à l'âge où son corps, son rapport aux autres et sa vision du monde changent : l'âge des miracles. Entre roman d'anticipation et roman d'apprentissage, L’Âge des miracles est un livre visionnaire sur la capacité d'adaptation de l'homme, poussée ici à son paroxysme.
Et si la fin du monde arrivait lentement, presque sans qu’on s’en aperçoive ? C’est vrai, on attend toujours quelque chose de spectaculaire… On ne s’imagine pas le monde que l’on connaît périclitant lentement, même si on dit souvent le contraire avec tout ce qui se passe à l’heure actuelle… Mais si la fin du monde arrivait réellement sans tambour ni trompette, sans catastrophe vraiment notable, se faufilant doucement dans notre quotidien jusqu’à ce qu’il soit trop tard, alors que l’on se rend enfin compte du changement, pour faire machine arrière. Comment nous adapterions-nous quand surviendraient les premiers effets ?
L’âge des miracles est un roman d’anticipation très réaliste, peut-être pas d’un point de vue scientifique, je ne suis pas apte à en juger, mais d’un point de vue sociologique. Comment réagirait-on si la Terre commençait subitement à ralentir ? Et que se passerait-il pour les créatures vivantes peuplant la planète à mesure que se rajoutent des minutes aux jours comme aux nuits ? Que deviendraient nos habitudes, notre mode de vie ? Et surtout comment survivre ?
On ne se rend pas forcément compte de ce qu’impliquent des nuits et des journées plus longues, pourtant ça ne concerne pas seulement notre rythme de vie et l’auteur nous brosse avec minutie un tableau peu reluisant de ce qui adviendrait alors de l’humanité.
Julia, qui entrait à peine dans l’adolescence quand sont survenus les premiers changements, nous raconte comment le ralentissement a agi sur son monde, mais également sur elle, sur ses proches, de manière presque insidieuse. Toutes ces histoires parallèles, celle de la planète et de la famille de Julia, de ses camarades de classe, son quartier, son pays, se répondent les unes les autres, se mêlent et sonnent vraies.
Le parallèle entre ce ralentissement général et les changements dus à l’adolescence est fait avec subtilité et délicatesse. L’auteur a vraiment bien travaillé son sujet, ne laissant au hasard aucune conséquence, générale ou individuelle, induite par le ralentissement.
Si Julia a vieilli quand elle se penche finalement sur le récit de cette période de son existence, c’est néanmoins son regard de jeune fille qui se pose encore, la plupart du temps, sur ces événements. Elle était à cet âge charnière où l'on ne sait plus trop si l’on est encore un enfant ou déjà un adolescent et cela se ressent dans le récit. Le style est superbe, mais cette narratrice ne plaira pas à tout le monde. Ce n’est pas pour rien que ce roman a été publié sous deux couvertures différentes, privilégiant chacune une représentation particulière de cette histoire : la quête initiatique pour la jeunesse, l’anticipation dans sa globalité pour les adultes. Mais peu importe l’artifice censé attirer le lecteur, le texte est le même et il faut accepter de se mettre à la place d’une enfant… Le récit ne manque pas de maturité, mais les priorités de Julia n’étaient pas forcément les mêmes que celles des adultes à l’époque.
Ce roman peut sembler sombre et un peu désespérant par moments, alors que les faits se succèdent, détaillés d’une manière un peu pointilleuse par une Julia légèrement psychorigide qui semble vouloir consigner la moindre petite chose. Elle est un peu froide parfois, comme pour cacher son incapacité à gérer tous les événements auxquels elle se trouvait confrontée à un âge où elle est était encore trop jeune pour les comprendre. Et le récit est très lent, bien sûr, à l’image de la course de la Terre qui peu à peu ralentit, mais sans pour autant devenir lourd. Si l’atmosphère peut se faire pesante par instants, c’est que l’on sait que tout ce que l’on connaît est en pleine déliquescence et que c’est inéluctable.
Ce roman est mélancolique, c’est d’autant plus frappant qu’il est très réaliste, mais aussi extrêmement bien écrit. Je l’ai adoré. C’est dans la banalité des événements qu’il décrit et des sentiments de Julia qu’il est le plus bouleversant. Le diable se cache dans les détails et Karen Thompson Walker a à cœur de nous le montrer, mais également de nous le faire ressentir.
L’âge des miracles, c’est aussi la quête initiatique de Julia lors de cette année d’entrée au collège, de grands changements dans sa vie. L’auteur nous décrit ces petites choses qui font que la vie bascule d’un côté ou de l’autre. Une amie qui s’en va et creuse le vide autour de celle qui reste, des mots échangés, ou pas, une boîte de conserve de plus ou de moins dans un placard… Tout a son importance. L’âge des miracles est un texte très réfléchi, très bien construit, ne laissant rien au hasard et dans lequel l’évolution de Julia et du monde vont de concert, de façon chaotique, incertaine, mais crédible. Cette vraisemblance me touche tout particulièrement.
Je n’ai qu’un seul reproche, les petites anticipations du récit, « si j’avais su que », sont très nombreuses et ont fini par me gêner. Dans un tel récit, on n’a pas vraiment besoin d’une dose de stress supplémentaire… J’ai déjà eu du mal à ne pas me ruer dans le supermarché le plus proche pour faire des réserves… Eh oui, je suis toujours aussi paranoïaque. Mais l’écriture de l’auteur y est vraiment pour quelque chose, on ressent l’inquiétude des personnages, on sait que cette situation est plausible et qu’on pourrait se trouver à leur place.
J’ai eu des sentiments assez ambivalents au cours de cette lecture, j’avais toujours un peu de mal à m’y plonger, redoutant ce que j’allais lire. Mais, une fois le livre ouvert, c’était une torture de devoir le reposer. Et je l’ai aimé, vraiment. C’est un ouvrage que je vous conseille si vous êtes d’humeur à lire de l’anticipation qui ne verse pas dans le sensationnalisme et qui reste très humaine.

jeudi 13 décembre 2012

Bienvenue T1

De Marguerite Abouet et Singeon.
Une BD publiée chez Gallimard jeunesse, collection Bayou.

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Petite séquence émotion. J'avais le même carton à dessins. Enfin pas tout à fait, le mien était vert et noir, mais avec des rubans, exactement comme celui-ci. C'est une rareté à notre époque où on les préfère plus pratiques, avec des élastiques. Oui, j'ai bien conscience que ça n'intéresse que moi, mais cette BD m'a rappelé de nombreux souvenirs.

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A noter qu’il s’agit de ce format moyen que l’on trouve de plus en plus souvent en BD et qui est un peu plus haut et large qu’un roman en grand format, mais beaucoup moins qu’une BD classique. C’est un format que j’apprécie vraiment, Il n’est pas trop lourd ni trop encombrant et est très agréable à lire.
L’ouvrage comporte une centaine de pages, de quoi bien entrer dans une très bonne histoire et profiter un minimum de la lecture. Les BD sont souvent trop courtes…
Celle-ci est censée être un ouvrage jeunesse, mais je suis dubitative sur le sujet. Je ne sais pas à quel âge est destinée la collection Bayou, mais personnellement je conseillerais plutôt cet album à partir de 17 ans. Ce n’est évidemment que mon point de vue.

Enfin, passons aux choses sérieuses…
Bienvenue est une jeune femme de 21 ans, étudiante aux beaux-arts, elle partage une chambre de bonne avec sa cousine Lola qui veut devenir actrice. Perpétuellement fauchées, les deux jeunes femmes sont vraiment en galère au début de ce tome et doivent absolument trouver du boulot. Tandis que Bienvenue joue les nounous, Lola s’essaie aux castings de danseuse.
Il s’agit d’une BD très réaliste (plus dans le scenario que le dessin) et c’est un vrai régal. Bienvenue est une fille sympa, malgré son côté un peu grincheux et caustique. On peut néanmoins avoir envie de la secouer pour lui remettre les idées en place, lui montrer aussi qu’elle reproche aux autres leur égoïsme et leur inattention, mais qu’elle n’est guère mieux au final. C’est toutefois un personnage attachant et très crédible, tout comme l’épatante galerie de personnages secondaire qui l’accompagne. Tous ont une histoire, pas encore parfaitement développée évidemment, mais que l’on sent poindre dans ce premier volume et qui donne envie d’en savoir plus.
Le récit est prenant, les personnages attachants. Ils sont bourrés de défauts, mais n’en paraissent que plus humains. Bienvenue se plaint tout le temps, de sa vie, de ses proches, de son prénom. Elle n’a pas tort ceci dit, avec un tel prénom tous les faux départs de la vie ne paraissent que très ironiques.
Le ton est très juste, l’histoire est simple mais extrêmement crédible, elle nous montre le quotidien d’une jeune fille pas très sociable et les interactions qu’elle a pourtant avec les autres (un peu malgré elle parfois), les voisins à problèmes, les enfants, ses profs et condisciples, ses amis et sa famille. Toutes ces personnalités qui se croisent, avec leur vie, leurs soucis, tissent une histoire commune dans laquelle les joies et les peines s’équilibrent.
On s’attache vite à tout ce petit monde et l’histoire file sans qu’on s’en rende compte, pour laisser le lecteur sur sa faim à la dernière page. Le récit est consistant, mais j’ai pourtant été désappointée par cette fin. C’était un arrêt un peu brutal pour moi. Cela ne manque pas de logique ceci dit, cette BD étant avant tout une tranche de vie prise dans le vif.
Le dessin en lui-même me plaît bien sans être vraiment remarquable, des traits pas toujours très fins en ce qui concerne les visages, mais une certaine classe dans la représentation de la ville, les décors en général, l’usage de la couleur. Ça fait un peu BD des années 50, sans que je sache vraiment comment l’expliquer. On a des couleurs pleines à la texture simple, mais agréable, à mi-chemin entre cet aspect rétro et quelque chose de plus moderne.
Pour une obscure raison ça me rappelle certains tomes de l’espiègle Lili que je lisais quand j’étais gamine, puis surtout Tom-Tom et Nana, probablement parce que les enfants que garde Bienvenue leur ressemblent beaucoup (surtout la fillette). Je vous avouerai toutefois que je me suis plus concentrée sur l’histoire que sur le dessin.
J’ai été un peu gênée par la police d’écriture. Ce n’est qu’un détail et c’est évidemment très subjectif, mais le côté irrégulier est un peu pénible à lire dans mon cas et esthétiquement parlant ça n’apporte rien de bien spécial. La simplicité est encore ce qu’il y a de mieux.
Quoi qu’il en soit, cet ouvrage a été un énorme coup de cœur et pas seulement parce qu’il me rend un peu nostalgique en me rappelant ma vingtaine. Bienvenue est une très belle découverte. Maintenant il me faut la suite et ça tombe bien, elle vient tout juste de paraître, je vais donc pouvoir me jeter avidement dessus.