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mardi 30 avril 2024

Le Champ des possibles

Un roman graphique écrit par Vero Cazot et illustré par Anaïs Bernabé, publié chez Dupuis.


Marsu est architecte. Elle adore son métier et aime encore plus Harry, son époux. Mais un jour elle rencontre Thom qui construit des mondes virtuels et l’entente est immédiate. Peu à peu l’amitié se change en amour et Marsu ne peut choisir entre les deux hommes de sa vie. Elle qui refusait la réalité virtuelle finit par y adhérer, devenant même accro. Elle tâtonne à la recherche d’un équilibre entre les deux mondes. Petit à petit, sa vie se scinde en deux. Elle n’alterne plus et vit ces deux existences en même temps.
Le sujet de cette BD est fascinant. Elle nous parle à la fois de dissociation de conscience et de polyamour. J’ai beaucoup apprécié la première moitié du scénario pour toutes les réflexions qu’elle apporte, d’autant plus à une époque où l’on veut tout et tout de suite, sans avoir à faire de choix. L’envie de tout vivre, d’exploiter les moindres possibilités des nouvelles technologies pour s’affranchir de toute contrainte est assez typique de notre époque, même si c’est plus souvent un leurre pour nous qu’une réussite. Le récit illustre également la puissance de l’imaginaire et la richesse de notre vie intérieure. Cependant, j’ai moins aimé la deuxième partie de l’histoire. On part sur des sentiers un peu trop perchés, même pour moi. C’était cependant assez émouvant et j’ai eu les larmes aux yeux sur la fin. Il y a beaucoup d’amour dans cette histoire et même sans s’attacher outre mesure aux personnages, on le ressent.
J’ai adoré le côté psychédélique de certains dessins, le jeu de couleurs entre la réalité et le virtuel. L’aspect esthétique de la BD m’a particulièrement séduite et sert l’histoire à la perfection. J’ai passé pas mal de temps à admirer les dessins et je sais que j’y reviendrai plus tard. C’est un très bel ouvrage.

samedi 21 avril 2018

Cyberland

Un ouvrage de Li-Cam, publié chez Mü éditions.

Présentation de l'éditeur : 
Ici le destin se décide œil pour œil, dent pour dent.
Tu ne te copieras point en dehors des Terres Parallèles.
Tu ne convoiteras pas le fichier d'autrui.
Tu ne formateras pas hormis pour sauver le système.

< Saïd in Cyberland
Asulon
Simulation Love />

Cyberland est composé de trois récits suivant un axe chronologique.
Tous tournent autour du Chronocryte, une intelligence artificielle créée par l’homme pour le sauver de lui-même. Cette IA lui est à ce point supérieure qu’elle apparaît presque divine. De fait, elle est soit crainte, soit vénérée.
Le Chronocryte a fait évoluer internet en infosphère, véritable monde parallèle à la réalité, aussi appelé Cyberland. Pour profiter de cet espace en quatre dimensions, certains humains se sont fait poser des implants cérébraux. On les appelle des Humods. Mais dans ce monde post-singularité, un parti extrémiste, le Diktrans, qui exploite la crainte des machines et de cette IA toute-puissante, prend le pouvoir.
Sous prétexte de recenser les Humods, on les oblige à se déclarer auprès des autorités. Ils sont alors déportés vers une prison créée pour eux : Asulon.
Les Humods clandestins sont traqués et des brouilleurs empêchent la connexion à l’infosphère. Le Diktrans entre en guerre contre le Chronocryte et fait exécuter son créateur.

Saïd in Cyberland est le plus long des trois récits. Il pose les bases de cet univers cyberpunk pour nous permettre d’y entrer avec quelques repères.
Le Diktrans a envoyé des militaires dans Cyberland qui ne sont jamais revenus. Pour tenter une nouvelle approche, il a choisi des adolescents : Louise, une Humod libérée d’Asulon pour l’occasion qui leur servira de guide ; Saïd et Lu-Pan, deux jeunes prodiges, l’un en mathématiques, l‘autre en informatique ; Alyson, toute entière dévouée au Diktrans et iNNoKeNTi un étrange clone de dix ans.
Lâchés dans Cyberland, ces jeunes gens doivent découvrir ce que sont devenus les militaires, ramener des informations et, s’ils y parviennent, trouver de quoi faire tomber le Chronocryte. Mais se laisseront-ils tenter par les merveilles de Cyberland ? Et puis, quelles sont les réelles intentions de l’IA ?
L’idée de départ est très intéressante, mais je dois reconnaître que j’ai peiné lors de cette lecture. Les personnages, même dans leurs failles et blessures, n’ont que très peu suscité ma sympathie. Particulièrement Saïd qui malgré la profondeur de son personnage et sa grandeur d’âme reste un merdeux qui ne sait parler qu’en jurant la plupart du temps, ce qui le rend pénible. Intelligent mais irréfléchi, sensible mais geignard… J'ai du mal avec ce genre de personnage. À la rigueur, j’ai préféré l’émissaire du Chronocryte, qui est le narrateur de cette histoire.
À partir du moment où les tâtonnements des adolescents dans le monde virtuel sont remplacés par un jeu, une simulation créée par l’IA pour les « éduquer » le récit commence à piétiner. C’est dommage car le propos est vraiment intéressant.
Ierofan.th, envoyé par le Chronocryte pour guider les adolescents, apparaît presque plus humain que certains humains. Il met les jeunes face à leurs blessures pour leur permettre, ou non, de s’accepter et de se réaliser. Le choix leur appartient toujours. Tout l’intérêt de ce texte réside dans la finesse de son analyse des rouages de l’âme humaine et dans son appel à la tolérance.

Asulon suit le même chemin dans ses bons comme ses mauvais côtés. Dans cette novella qui a connu une précédente publication chez les regrettées éditions Griffe d’encre, on voit les conséquences des événements de Saïd in Cyberland. On retrouve un personnage du précédent récit enfermé à Asulon où une graine révolutionnaire va ou non s’enraciner.
Le récit est dense, la réflexion profonde. La nature divine du Chronocryte y est longuement évoquée. Les implications philosophiques, éthiques et métaphysiques de cette histoire feront turbiner votre cerveau à toute allure. Mais il faut aussi les digérer.
Peut-être que je n’étais pas d’humeur pour apprécier à leur juste valeur ces deux textes. Je leur reconnais toutefois de nombreuses qualités, mais la fluidité n’en fait partie. Il faut le savoir avant de commencer, Cyberland est une lecture très exigeante, qui demande une totale disponibilité d’esprit et une profonde implication intellectuelle. On a besoin de ce genre d’ouvrages, mais pour moi il a un peu manqué d’âme.

L’ouvrage se clôt sur Simulation Love une nouvelle que j’ai déjà lue dans une autre publication de Griffe d’encre : Chasseurs de fantasmes.
Cette anthologie avait pour intention de donner à l’érotisme une place centrale, sans toutefois que la trame narrative des nouvelles soit un prétexte ou un décor pour justifier le sexe.
Je me souvenais de Simulation Love, cependant cette nouvelle ne m’avait pas marquée en comparaison des autres. Sans connaissance préalable de l’univers créé par Li-Cam, elle valait surtout par sa chute. Je la trouvais anecdotique à l’époque et elle ne m‘a pas semblé plus intéressante aujourd’hui dans un contexte plus étayé.
Si un jour vous tombez sur un exemplaire de Chasseurs de fantasmes, n’hésitez toutefois pas à l’acheter, c’est une excellente anthologie.

En conclusion, Cyberland est un ouvrage intéressant car il pousse à la réflexion, néanmoins ce n’est pas le genre de récit qui vous permet de simplement apprécier l’histoire si vous n’êtes pas prêts à donner plus.

27/04/18, Ajout :
Suite à la publication de cette chronique sur Vampires & Sorcières j’ai eu une petite discussion avec l’autrice concernant le Chronocryte. Cela m’a amenée à voir la nouvelle sous un autre jour. Je pense avoir été influencée par ma première lecture hors contexte de celle-ci, ce qui m’a empêchée de percevoir correctement ce qu’elle apporte à l’ensemble. Je vous laisse en juger. Quant à moi, je ne la trouve plus du tout anecdotique.



Ce livre compte pour la lettre L du Challenge ABC imaginaire 2018.


tous les livres sur Babelio.com

mercredi 7 décembre 2016

Quantpunk

Une anthologie publiée chez Realities Inc, en numérique et à tout petit prix.

quantpunk
Présentation de l'éditeur :

Qu’est-ce que le Quantpunk ? C’est la question à laquelle les douze auteurs de ce recueil ont eu à répondre, dans une tentative de créer un nouveau genre, dérivé du cyberpunk et du steampunk, faisant appel aux découvertes de la physique quantique et des technologies qui en découlent, sans oublier la philosophie propre au mouvement punk.
Le résultat ? Onze textes plutôt disparates, preuve s’il en faut que l’exercice n’a rien d’évident. Le « Quantpunk », tout comme la mécanique quantique, résiste à la compréhension. Vouloir le définir, c’est laisser s’effondrer une foule de possibilités pour n’en conserver qu’une. Le regard de l’auteur influe sur son univers, et c’est particulièrement flagrant dans les textes qui constituent ce recueil.
Le Quantpunk est-il science-fiction, fantasy ou fantastique ?
Il est tout cela à la fois.
Est-il facétieux ou sérieux ?
Tout cela à la fois.
Jusqu’à ce que vous ayez tranché.
Sommaire :
- L’Homme au cerveaunivers d’Anthony Boulanger
- Le chat, les punks et la photocopieuse quantique de Lucie Pierrat-Pajot
- Cas de conscience de Sylvain Boïdo
- No past, no future, no Proust de Manon Bousquet
- Guanyin du sutra électrique de Jérôme Cigut
- Le chat ne s’est pas échappé de la boîte, il n’y a jamais été de Guillaume Parodi
- Mémoires mortes de Xavier Portebois
- Le prince est mort, vive le prince de Tesha Garisaki
- L’homme fractal de Fabien Clavel
- Conflux de Mathieu Rivero
- Transition d’André Woodcock & Thierry Fernandez
*
Toi aussi découvre le quantpunk, ce qu’il est et n’est pas, ce qu’il pourrait être… Le concept en lui-même m’a intéressée car il promettait originalité et diversité ; des IA et des chats (forcément), des punks et des mondes parallèles déployant l’éventail des possibles, des problématiques humaines, voire humanistes, des réalités qui s’épanchent, se mêlent, se contaminent et des récits allant du désenchantement du cyberpunk à l’incertitude migraineuse du fantastique. Qui ne serait pas tenté ?!
Je me suis très vite prise au jeu. Le premier texte, L’Homme au cerveaunivers, nous plonge tout de suite dans le bain. On y découvre un monde où les capacités psychiques des humains ont évolué. Classique, me dira-t-on, mais non, pas tant que ça. J’ai beaucoup aimé le background ainsi que le personnage et ai regretté la brièveté du récit.
Le deuxième texte est très drôle. Rien que le titre – Le chat, les punks et la photocopieuse quantique – est tout un programme. La fin, par contre, m’a semblé très abrupte.
Cas de conscience de Sylvain Boïdo est plus sombre et désenchanté. D’une certaine façon, il m’a rappelé la situation politique actuelle. On anticipe la fin, mais cela participe à l’envie de tourner les pages toujours plus vite. Je parlais avec ma liseuse, mais bizarrement les personnages ont refusé de m’écouter…
No past, no future, no Proust est une nouvelle plus légère qui m’a tout de suite séduite. Il faut dire qu’à partir du moment où on a une bibliothécaire psychorigide et un certain type de créature (faut lire, je ne vais pas tout dévoiler !) je suis conquise.
Guanyin du sutra électrique est un récit complexe qui mêle science-fiction, mythologie et philosophie, avec une narration puzzle comme je les aime. Je ne suis pas sûre d’en avoir intégré toutes les subtilités et il mériterait sans doute une seconde lecture. C’est néanmoins un très bon texte.
Le chat ne s’est pas échappé de la boîte, il n’y a jamais été se situe entre le fantastique et l’anticipation. Je n’ai pas été touchée autant que je l’aurais dû par les déboires du personnage, peut-être parce que le point de bascule était trop franc, trop tranché, et la fin pas très crédible. J’ai cependant apprécié le contexte qui donne à réfléchir.
La nouvelle suivante nous entraîne dans un univers virtuel, ou pas. La problématique de Mémoires mortes est particulièrement intéressante. Qu’est-ce qui fait notre conscience ? Est-elle copiable, numérisable ?
Dans Le prince est mort, vive le prince, le protagoniste explore des univers parallèles en quête de vengeance. J’ai apprécié l’aspect psychologique du récit, la façon dont l’auteur nous démontre l’importance des détails et dont elle analyse les nuances de la personnalité de ses personnages ainsi que la construction de celle-ci.
Avec L’homme fractal, Fabien Clavel prouve une fois de plus – s’il en était besoin – son talent de bâtisseur. Il n’écrit pas, il construit. Je suis toujours admirative de la qualité stylistique qu’il met entièrement au service de ses intrigues. Les deux s’équilibrent parfaitement. Et, bien sûr, j’ai beaucoup aimé cette nouvelle.
Conflux de Mathieu Rivero est un rien convenu, mais demeure un très bon texte malgré tout. J’ai déploré les coquilles (qui sont plus nombreuses dans cette nouvelle-ci), mais apprécié le propos.
Enfin Transition, le dernier texte, est celui qui m’a le moins plu. J’ai aimé les références, cependant je ne suis pas fan des scènes de combat à rallonge. Je n’en voyais plus la fin.
J’ai été conquise par cette anthologie décalée qui dépoussière les codes et métisse les genres. On est plus du côté cyber de la Force que du côté steam, mais ce n’est pas un mal car cela va à contresens de la mode actuelle. La grande variété des thèmes et des styles est indubitablement son point fort. C’est un ouvrage à découvrir absolument.
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Màj : On me dit dans l'oreillette que les coquilles que j'ai mentionnées ont été corrigées.
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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Lire un livre dans lequel une IA ou des robots ont un rôle prépondérant.

mardi 5 avril 2016

Inner City

Un roman de Jean-Marc Ligny.

La version publiée chez ActuSF dans la collection Hélios a été remaniée.
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Présentation de l'éditeur :

En quelques années, Paris est devenue une ville fantôme. Ses derniers habitants sont plongés en permanence dans les réalités virtuelles, bien protégés par une enceinte qui garde à l'extérieur, en banlieue, les pauvres et les miséreux. Mais leur vie dorée est menacée par un tueur agissant dans la Haute Réalité tandis que de l'autre côté du périf, la révolte gronde. Dans ce climat explosif, Hang traque les scoops les plus sanglants pour mieux les injecter (et les vendre) dans ces mondes virtuels pendant que Kriss enquête pour neutraliser ce serial killer...
ActuSF poursuit les rééditions des ouvrages de Jean-Marc Ligny avec Inner City, roman Cyberpunk originellement paru en 1996. Cette version a été retravaillée pour prendre en compte les progrès technologiques de ces vingt dernières années.
L’action d’Inner City se déroule dans un futur difficile à situer, mais qui ne doit pas se trouver bien loin de notre propre époque. Paris est coupée de la banlieue, devenue une zone de combat quasi permanent où règne la loi du plus fort, par une barrière qui grille sur place toute personne qui voudrait la traverser sans autorisation. La province, quant à elle, est désertée. Les dictatures fleurissent de par le monde dans l’indifférence générale. Il y a deux types de personnes dans Inner City : ceux qui sont connectés à MAYA et ceux qui ne le sont pas. Entre eux, le fossé se creuse.
MAYA est un vaste réseau virtuel par lequel tout passe, des appels téléphoniques à la livraison des courses, sans parler des jeux et de la vie, de plus en plus virtuelle, de la majorité des connectés. Les inners se perdent dans ce dédale, qu’ils nomment Haute-Réalité, et y laissent parfois leur raison. Kris est psychoriste, elle récupère et tente d’aider les inners en perdition. Cependant, au cours de ses incursions en réalité profonde, elle va être confrontée à un mystérieux tueur dont l’existence même est sujette à conjectures.
Dans ce roman on suit plusieurs personnages. Il incombe au lecteur de placer à mesure les pièces du puzzle. Qui est le tueur ? Comment la société « connectée » en est-elle arrivée-là ? A-t-elle conscience qu’elle ne tient qu’à un fil ? Je me suis plus intéressée à Alice, la grand-mère de Kris qui vit en Bretagne, et à son amie déjantée Betsy, ainsi qu’à Zora et sa bande d’outers en banlieue, qu’au devenir de Kris et Hang qui sont pourtant les personnages principaux.
Je vais être franche, les réalités virtuelles, intelligences artificielles et, de manière générale, les ouvrages qui traitent de l'immersion dans ces « réalités » ne sont pas du tout ma tasse de thé. De fait, j’ai eu du mal à entrer dans cette histoire. Je n’ai rien contre le Cyberpunk qui, à mon sens, est un genre amenant à la réflexion. Ici, il est question d’immersion dans les réseaux virtuels et de la capacité du cerveau à faire ou non la part entre ce qui est vrai ou pas, la vieille polémique sur la dangerosité des jeux vidéo, mais aussi de l’abrutissement des masses. Les inners deviennent totalement inaptes à la vie en-dehors de MAYA, ils en feraient presque pitié. Ils sont assistés en permanence, dépendant du réseau et des robots qui font tant bien que mal fonctionner leur société déliquescente. À côté de ça, les non connectés ont leur lot de problèmes. Tout dépend de MAYA, même l’électricité. Il n’y a plus de transports, sauf de marchandises… Il est devenu très difficile de survivre en basse-réalité. De ce point de vue, Inner City est intéressant, mais il ne s’agit que du contexte. L’intrigue principale un peu fouillis et le background pas suffisamment développé à mon goût m’ont fait traîner les pieds. J’ai fini par accrocher à cette intrigue au cours des derniers chapitres, quand les événements s’enchaînent de façon plus intense, mais c’était un peu tard.
La fin est ouverte, je commence à avoir l’habitude avec cet auteur et cela ne me gêne pas. Bien au contraire, j’ai cette fois apprécié de pouvoir me faire ma propre idée sur le devenir de certains personnages. Toutefois, il reste des zones d’ombre, des choses que je ne m’explique pas, comme le rôle de Max dans tout ça. Quelles étaient ses motivations et l’origine de son implication ?
J’ai beaucoup aimé la nouvelle bonus qu’on trouve en fin d’ouvrage car elle met en scène des personnages que j’apprécie et qui sont complètement décalés. Elle apporte un peu de légèreté après cette ambiance plutôt sombre et désenchantée.
Inner City m’a laissé une impression mitigée. Je n’étais sans doute pas dans le bon état d’esprit au moment de sa lecture. N’hésitez pas à me faire part de votre opinion, je serais assez curieuse de discuter de ce roman avec d’autres lecteurs.

dimanche 3 février 2013

Everfree

Un roman de Nick Sagan, publié chez J'ai Lu dans la collection Nouveau Millénaire.

Les chroniques des tomes précédents sont également sur ce blog :

Présentation de l'éditeur :
Le virus génétique connu sous le nom de Black-Ep a bien failli mettre un terme brutal à l'histoire de l'humanité, mais quelques-uns, dont les gènes ont été modifiés en prévision de la catastrophe, ont réussi à survivre. Hal, Pandora, Isaac et les autres posthumains s'appliquent à présent à sortir de leur stase cryogénique des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, et à leur faire partager leur vision d'une nouvelle société fondée sur l'entraide et le partage, afin que les erreurs du passé 'ne se reproduisent jamais. Pourtant la contestation enfle à mesure que la population augmente. Très vite, l'utopie des posthumains se heurte à la mégalomanie de ceux qui voient dans cette nouvelle ère un monde à conquérir...
Si vous êtes un habitant du système solaire ou de sa banlieue, il est impossible que vous n'ayez pas entendu la voix du petit Nick Sagan, six ans, clamer à qui veut l'entendre « Hello from the children of planet Earth » depuis les sondes Voyager 1 et 2. Depuis, il se consacre à des choses infiniment moins sérieuses comme l'écriture de scénarios pour le cinéma et la télévision. Everfree conclut la trilogie initiée par Idlewild et Edenborn, dans laquelle il offre de notre futur immédiat une vision à la fois sombre et porteuse d'espoir.

Attention, cette chronique contient des spoilers concernant les ouvrages précédents.

Everfree commence fort, tout de suite dans le vif du sujet. C’est inquiétant quand la lecture des premiers volumes date un peu. Pas de préambule, des explications limitées au nécessaire, mais il n’a pas été si compliqué pour moi de me remettre dans le bain, à mon grand étonnement. Oui j’avais oublié des choses, des détails concernant les volumes précédents, mais tout s’est remis naturellement en place très vite. Sans doute le mérite en revient-il à l’auteur qui a su parsemer ses textes de points de repères discrets, mais efficaces. 
Après le déchaînement des événements dans Idlewild et le mysticisme d’Edenborn, c’est un environnement incertain que nous trouvons dans ce roman, avec un continent américain qui renaît lentement de ses cendres. Nos posthumains ont vaincu le Black Ep et commencé à sortir de leur stase cryogénique les rares humains à y avoir été plongés à temps. Mais tout n’est pas idyllique en ce début de roman. Halloween se sent cerné de tous côtés, cherchant à protéger les siens et leur idéal. La nature humaine étant ce qu’elle est, il semble passer son temps à désamorcer des bombes, au sens figuré comme au propre. 
J’avais terriblement hâte de retrouver Hal, Pandy et les autres. Au fil de la trilogie, je me suis attachée à ces personnages, trouvant des affinités, m’enrichissant des différences. S’il y a bien une chose que l’on peut reconnaître à Nick Sagan, c’est le travail qu’il a fait dans la construction de ses personnages principaux. Rien n’a été laissé au hasard, mais sans que cela paraisse trop apprêté non plus. Ils sont complexes, tangibles, imparfaits et surtout humains. Que nous les aimions ou les détestions, nous le faisons pour de bonnes raisons, selon notre sensibilité. 
Le roman lui-même est bien construit, que l’on apprécie ou non les tenants et aboutissants de l’histoire, on peut y voir une évolution logique, réaliste, réfléchie. De petites choses qui semblaient de l’ordre du détail dans Idlewild et Edenborn resurgissent, ont des conséquences importantes, mais aussi des origines. Dans ce dernier volume on obtient enfin des réponses à certaines questions qu’on a pu se poser, mais aussi à d’autres que l’on n’envisageait même pas et dont l’importance est finalement capitale. Une fois ces choses, que l’on pensait laissées de côté, plus développées et mieux comprises, on se rend compte de toute la dimension que Sagan a su apporter à son univers. 
Comme le précédent volume, Everfree prend la forme d’une narration chorale. 
La première partie, qui nous propulse directement dans ce panier de crabes qu’est New Cambridge, est uniquement narrée par Hal, mais avec ce qu’il faut d’implication des autres personnages pour offrir au lecteur un point de vue plus large. Qui plus est, on s’est attaché à Hal, on le connaît bien depuis le temps et c’est lui le plus à même de faire passer cette histoire. 
La deuxième partie voit émerger des narrateurs jusque-là laissés de côté. Hal est toujours présent, bien sûr, mais Sloane, Isaac et Fantasia viennent mettre leur grain de sel. C’est intéressant de voir Isaac tel qu’il est et non selon la façon dont les autres, qu’il s’agisse de ses pairs, plus ou moins hostiles à son égard, ou de ses enfants, le perçoivent. On comprend également un peu mieux Sloane et, paradoxalement, les actes de Penny, ce qui amène encore un peu plus de substance et de complexité à une histoire que l’on pensait déjà connaître. 
Et puis il y a Fantasia… Entrer de plain-pied dans l’esprit perturbé, mais brillant de cette dernière est une expérience des plus fascinantes. Elle est un cas particulier car mentalement instable. Il est très difficile de suivre ses réflexions, imagées, lapidaires, chaotiques ou parfois très lucides, mais c’est aussi très enrichissant quand on se donne la peine de décrypter ses pensées et ses notes, de chercher à comprendre ses motivations et son histoire personnelle. 
Cette évolution des personnages, l’entrée dans les pensées de certains jusque-là distants ou inaccessibles, ces révélations sur l’avant Black Ep et la création des posthumains sont les choses qui ont fait, pour moi, l’intérêt de ce troisième et dernier volume. Mais à côté de ça, d’autres choses m’ont déplu, comme cette fin un peu bâclée et une possibilité concernant l’origine du Black Ep qui me laisse perplexe. Je ne comprends pas ce qu’elle fait là si c’est pour être au final si peu développée. 
La dimension religieuse a, dans ce volume, laissé place à un contexte politique très important. Elle est toujours présente, mais un peu absorbée par d’autres idéaux, pas toujours nets, il faut le dire. Les guerres de pouvoir, les manipulations et les stratégies sont au cœur de l’intrigue. Le tout est bien pensé, travaillé, mais assez redondant et lourd, comme pouvait l’être le mysticisme dans Edenborn. J’ai trouvé que cela manquait un peu de mesure, non que les choix de l’auteur me paraissent exempts de réalisme, bien au contraire, mais ils pèchent un peu par manque de subtilité. 
J’ai eu une petite déception concernant le déroulement de l’histoire, mais elle est toute personnelle. Quand on attend longtemps un livre, a fortiori quand celui-ci conclut une trilogie, on se fait toutes sortes d’idées à son sujet et cela n’est pas forcément une bonne chose. Le diable est dans les détails… 
C’est toujours bien écrit, malgré quelques cafouillages (des coquilles, quelques petites erreurs dans les prénoms. De quoi agacer les maniaques dans mon genre, mais laisser les autres indifférents) c’est une intrigue réfléchie et construite, l’auteur a suivi son schéma de réflexion et, qu’on soit dubitatif ou non concernant ses choix, on ne peut nier qu’ils sont motivés et ancrés dans une structure logique et cohérente. Et puis le cynisme de cette histoire me semble très réel… C’est peu flatteur pour la nature humaine, mais ce n’est pas parce que ça semble un peu trop manichéen que c’est invraisemblable. 
La trilogie Black Ep me laissera donc une bonne impression. J’ai apprécié de suivre ces personnages, de les voir grandir, mûrir, fonder une communauté et essayer de travailler ensemble malgré leurs différences, les rancœurs et les convictions qui les séparent. Un peu trop mystique parfois, un peu facile dans son contexte politique, mais au final très humaine, cette trilogie d’anticipation a aussi de très bons côtés. Elle est prenante, imagée, riche de détails, de symboles, elle a des implications psychologiques et philosophiques intéressantes et est, tout simplement, propice à la réflexion. Mais c’est aussi, et c’est peut-être le plus important, un excellent moment de lecture.

lundi 2 avril 2012

Edenborn

Un roman de Nick Sagan publié chez J'ai Lu dans la collection Nouveau Millénaire.

Vous pouvez consulter la chronique du premier tome : Idlewild.


Présentation de l'éditeur :
A la fin du XXIe siècle, l'espèce humaine a totalement été éradiquée par le Black Ep, un virus qui détruit l'ADN de ses victimes. Pourtant, une poignée d'hommes et de femmes hante encore les ruines du monde. Les scientifiques qui leur ont « donné naissance » avant la catastrophe les ont dotés d'un code génétique différent du nôtre, les immunisant contre le Black Ep. Ils ont passé leur enfance dans une Réalité Virtuelle Immersive, où ils ont vécu l'illusion d'une jeunesse normale et acquis les connaissances nécessaires à l'exécution de leur mission future : ressusciter l'humanité. C'est à cette tâche qu'ils s'attèlent aujourd'hui, mais, alors qu'ils sont sur le point de faire une avancée significative, plusieurs de leurs « enfants » meurent inexplicablement. Mutation du virus ou sabotage ?

Attention, cet avis dévoile une partie de l’intrigue du tome précédent. 

Dix-huit années se sont écoulées depuis les événements décrits dans Idlewild. Deux groupes distincts tentent de redonner vie à l’humanité. Vashti et Champagne se sont installées en Allemagne avec leurs bébés nageurs, enfants génétiquement modifiés pour mieux résister au virus. Isaac, lui, a opté pour une descendance pleinement humaine qu’il dope aux médicaments. 
Pandora tente, quant à elle, de faire le lien entre les différentes factions, ne perdant pas non plus espoir de ramener Hal à de meilleurs sentiments envers ses anciens camarades de classe. Avec l’assistance de Malachi, elle gère également le réseau RVI. 
Contrairement à Idlewild dont le seul narrateur était Halloween, Edenborn nous offre une narration chorale à six voix. Pandora, tout d’abord, nous donne un point de vue extérieur, qu’elle veut neutre et honnête, sur les deux factions entre lesquelles elle évolue, mais également sur l’histoire générale, anticipant parfois les événements par touches légères. C’est avec celle de Pandora que la voix de Malachi se fait le plus souvent entendre en contrepoint, la causticité contre la douceur, la précision contre l’extrapolation... Ils sont tous deux le ciment de cette histoire. 
Lors de ma lecture d’Idlewild, Pandora et Malachi étaient les deux personnages secondaires ayant le mieux capté mon attention. J’ai été heureuse de les retrouver nettement plus présents dans cette suite et d’en apprendre davantage à leur sujet. Néanmoins, Halloween, qui se fait discret pendant les deux premiers tiers du roman, m’a beaucoup manqué au début. 
Le reste de la narration se partage entre Penny, l’une des filles de Vashti et Champagne, Haji, l’un des fils d’Isaac, et Deuce, personnage étrange dont l’origine reste longtemps obscure. Chacun apporte quelque chose de différent au récit et a sa propre façon d’interagir avec le lecteur. Pandora nous raconte une histoire, Penny, elle, écrit son journal, Haji vit sa vie comme une quête spirituelle, il s’interroge et commente, il rapporte par exemple les dialogues sans la ponctuation qui devrait les marquer, ce qui peut troubler le lecteur, quant à Deuce, il a une façon bien à lui de s’exprimer, enfin, ce cher Hal reste heureusement tout à fait égal à lui-même. 
L’alternance entre ces diverses voix allège un peu la narration car, il faut bien le dire, certains personnages sont plus difficiles à supporter que d’autres. Le narcissisme de certains, le mysticisme d’autres, des personnages qui parfois délirent ou anticipent trop les événements à venir poussent le lecteur en-dehors de l’histoire ou l’y engluent davantage selon le cas… Mais je considère que tout cela fait justement partie du charme de cette lecture. Edenborn est un roman très bien construit et sans concession, même si je l’ai trouvé un peu inférieur à Idlewild qui m’avait séduite du début à la fin, l’auteur a su lui insuffler le même esprit. 
L’action dans Edenborn est plus lente, plus posée, mais elle demande, tout autant que celle de son prédécesseur, une implication totale du lecteur pour bien la suivre. Il est certes plus difficile d’entrer dans cette lecture et de s’attacher aux personnages, de ne pas avoir l’impression d’étouffer, par exemple, sous l’aspect religieux du texte, mais c’est un roman qui sait rester prenant, avec une tension qui s’intensifie au fil des pages. Et, tout en ayant l’impression que l’auteur lui dévoile une bonne partie des événements à venir, il y a fort à parier que le lecteur trouvera toujours de quoi le surprendre, parfois jusqu’à l’impression d’avoir été retourné comme une crêpe, car cette histoire est truffée de révélations et de rebondissements. 
Edenborn est une excellente suite et il me tarde de lire le troisième et dernier volume de cette trilogie.

dimanche 19 février 2012

Idlewild

Un roman de Nick Sagan publié chez J'ai Lu dans la collection Nouveau Millénaire.


Présentation de l'éditeur : 
Quand il reprend conscience au milieu de ce champ de citrouilles, il ne peut plus bouger aucun de ses muscles. Pire, il a tout oublié : son nom, son passé, comment il est arrivé là. Seules certitudes : 
1. On a essayé de le tuer 
2. Lazare est mort 
3. Il a tué Lazare 
Si seulement il pouvait se rappeler qui est Lazare... 
Ainsi commence pour Halloween un fascinant voyage, au cours duquel il rencontrera des smileys tueurs, un professeur sadique, les maigres bêtes de la nuit, l'âme sœur et, éventuellement, lui-même. Un voyage qui le mènera bien plus loin qu'il ne l'aurait cru possible, par-delà les frontières de la réalité... 
Si vous êtes un habitant du système solaire ou de sa banlieue, il est impossible que vous n'ayez pas entendu la voix du petit Nick Sagan, six ans, clamer à qui veut l'entendre : « Hello from the children of planet Earth » depuis les sondes Voyager 1 et 2. Depuis, il se consacre à des choses infiniment moins sérieuses comme l'écriture de scénarios pour le cinéma et la télévision. Idlewild, sur lequel planent les ombres de Roger Zelazny, H.P. Lovecraft et Philip K. Dick, est son premier roman.

Tout commence avec un jeune homme allongé dans un champ de citrouilles.
Il ne peut plus bouger, il ne sait plus qui il est, mais il est sûr d’une chose : il a tué Lazare.
Mais qui est Lazare ? Qui est notre héros et où se trouve-t-il vraiment ?
Puis, plus important que tout le reste, qui veut sa peau ?

Engagés presque malgré nous dans ce roman initiatique, bourré de faux-semblants, de jeux de miroirs et de références en tous genres, nous sommes au départ aussi perdus que le narrateur qui peine à remettre en place ses rares souvenirs. Les événements s’enchaînent, les pièces du puzzle s’assemblent difficilement. La narration à la première personne, qui ajoute en empathie, est entrecoupée de scènes tout d’abord étranges et de requêtes informatiques. C’est au fur et à mesure que ces interludes prendront leur sens et s’emboîteront dans l’histoire pour mieux nous la révéler.
Pour autant, nous ne pouvons être sûrs de rien, ne serait-ce qu’au niveau des intentions des personnages, et c’est une des grandes forces de ce roman. Il est vraiment très plaisant d’avancer à tâtons, en même temps que le héros, de chercher à comprendre et surtout à anticiper sans qu’on nous mâche le travail. En cela, le roman est vraiment bien ficelé. C’est intelligent et très dense, mais jamais trop incompréhensible non plus. Le suspense est savamment dosé et ce presque jusqu’à la toute fin. Le seul reproche que je pourrais faire à celle-ci est d’être un peu trop hâtive, mais le reste compense sans problème ce petit défaut.
Le fait que cet univers, qui semble au début si déjanté, soit si bien construit et blindé de références aux littératures de l’imaginaire comme à la mythologie ou à diverses religions m’a charmée. Cela faisait en outre très longtemps que je n’avais pas autant aimé suivre des personnages. Fantasia et son concept du Nutritif et du Délicieux valent franchement le détour…
J’ai eu un coup de cœur pour ce roman brillant, son écriture agréable et inventive, son intrigue passionnante, ses personnages et surtout son héros paumé, mais attachant, cynique jusque dans son humour.
Si vous avez lu, entre autres, Zelazny ou Philip K. Dick ou si vous avez aimé Matrix, vous vous sentirez probablement chez vous, mais si au contraire ces références vous inquiètent pour une raison ou une autre, sachez qu’Idlewild sait aussi s’en affranchir pour cultiver sa propre originalité et c’est ce qui en fait une lecture aussi "délicieuse" que "nutritive".

Idlewild est le premier volume d’une trilogie et j’ai, pour ma part, terriblement hâte de lire la suite.