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jeudi 4 avril 2024

Hippolyte

Une BD scénarisée par Clotilde Bruneau et dessinée par Carole Chaland, publiée chez Vents d'Ouest.


Hippolyte est une ville cachée, peuplée uniquement de femmes qui font ce qu’elles peuvent pour survivre dans un monde hostile. Avec ces amazones du Far West, attendez-vous à de la violence, des attaques de convois monétaires, des trahisons et des personnages dénués de tout sens moral. En somme, quelque chose d’assez classique pour un western.
Je n’ai pas réussi m’impliquer dans cette histoire au scénario délayé. Je peux imaginer pourquoi ces femmes ont choisi de répondre à la violence par la violence, mais j’aurais aimé en apprendre davantage sur leurs parcours respectifs. Je déteste quand les auteurs créent beaucoup de personnages et ne leur donnent aucune profondeur. C’est très fouillis au départ et on sait à peine qui est qui à la fin. On nous bombarde de prénoms et ça s’arrête là. Il n’y a guère que Victoria et les deux autres femmes de sa famille qui sont un rien plus esquissées que les autres. Les motivations de personnages pourtant importants, comme Brooke pour ne citer qu’elle, nous restent étrangères. Je peux comprendre que ces femmes soient dures, vu leur vie, mais elles sont aussi inexpressives et inflexibles que du marbre. On ne peut pas ressentir d’empathie pour des personnages aussi plats, qui semblent eux-mêmes n’avoir aucun sentiment.
J’ai particulièrement détesté la gamine psychopathe. Elle est exaspérante durant toute la BD et la conclusion de son histoire est bâclée. Franchement, tout ça pour ça ?
Ce western féminin ne m’a pas convaincue du tout. 

mardi 19 mars 2024

La Venise des Louves

Une BD scénarisée par Aurélie Wellenstein, avec des dessins d'Emanuele Contarini. Publiée chez Drakoo.


Les habitants de Venise ont vu une île s’éteindre brusquement durant la nuit et tous les secours qu’ils ont pu envoyer à leurs concitoyens depuis ne sont jamais revenus. Dès lors, des attentats aux effets dévastateurs ont commencé, semant la terreur et infligeant des blessures d’un genre nouveau à leurs victimes.
Renzo a survécu à l’une de ces bombes magiques. Il a perdu un bras, mais il peut s’estimer chanceux quand on voit ce qu’ont subit les femmes qu’il a rassemblées autour de lui. Elles sont quatre et il les surnomme ses Louves. Avec elles, il compte bien se venger de ceux qui ont orchestré ces attaques et qui rançonnent sans vergogne les Vénitiens.
Ce sont les dessins que j’ai préférés dans cette BD, mais je ne peux pas dire non plus qu’ils resteront gravés dans ma mémoire. Je n’ai pas aimé l’histoire, simpliste et brouillonne. Les scènes s’enchaînent sans réelle transition, donnant à l’ensemble un aspect fouillis. Ce manque de fluidité rend le récit pénible à suivre tant il est difficile d’y entrer. Le scenario se concentre davantage sur des scènes de combats plutôt confuses qui m’ont ennuyée et n’apportent pas grand-chose. Je ne me suis sentie à aucun moment impliquée dans cette histoire ni dans le destin de ses personnages.
Et puis j’ai détesté la suffisance et la masculinité tellement toxique du personnage de Renzo qui se sert de ses Louves comme d’armes sans respect de leur propre douleur ou de leurs limites. Il les utilise sans honte, les dirige et se cache derrière elles. La grande classe. Surtout quand il ajoute une nouvelle à sa collection, une enfant…
Il est le personnage le plus construit, bien que détestable, les autres sont davantage des accessoires. Les Louves, ainsi que tous ceux qui apparaissent en arrière-plan, demeurent des ombres. Malgré l’horreur de ce qu’ont vécu ces femmes et leur souffrance, on ne s’attache pas à elles car elles n’ont aucune profondeur. Pourquoi vouloir mettre en scène autant de personnages sans leur offrir un développement plus conséquent ? Certes, le format court a ses contraintes et chaque membre du groupe de Renzo illustre un des effets des bombes sur les victimes. Mais le tout ressemble au final davantage à un synopsis qu’à une histoire complète.
La fin, facile et convenue, a eu raison du peu de patience qu’il me restait. Je n’ai pas du tout apprécié cette lecture.

mardi 17 mai 2022

L"Armoire des robes oubliées

Un roman de Riikka Pulkkinen chez Albin Michel.


Je m’attendais à une histoire familiale, trois générations de femmes se retrouvant alors que leur doyenne est en train de mourir et partageant des souvenirs, dévoilant des secrets. Ce n’est pas vraiment ce que j’ai trouvé dans ce roman. Cela en fait partie, mais demeure très secondaire. Cependant il est juste de préciser que je ne lis jamais entièrement les résumés de quatrième de couverture et que je n’ai pas choisi ce roman, on me l’a offert il y a des années. Je suis donc seule responsable de mes attentes.
Cette histoire est plutôt celle d’un chagrin d’amour et d’une dépression.
L’écriture est poétique, bien qu’un peu convenue parfois dans ce qui se veut des phrases élégantes et pleines d’une sagesse pénétrante, peinture minutieuse de l’âme humaine, et qui m’ont plutôt parues tissées de lieux communs. Cela reste agréable dans une certaine mesure, au début. On se laisse porter, on observe les détails, on écoute des opinions assenées comme de grandes vérités et on finit par s’ennuyer, voire s’exaspérer du ton de maîtresse d’école d’un personnage infatué.
L’histoire, elle, est assez banale. Elsa va mourir. Elle exaspère sa fille unique en prenant les choses à la légère. Mais comment faire autrement quand il reste si peu de temps ?
Eleonoora, ladite fille s’inquiète pour tout, veut tout contrôler, et ses angoisses énervent son entourage qui ne veut pas comprendre que c’est la seule façon qu’elle a de supporter la perte à venir. 
Et il y a ses propre filles, Anna la dépressive, à qui porter une robe appartenant à quelqu’un d’autre suffit pour lui donner l’impression d’absorber les émotions de celle-ci sans la connaître, et Maria la pragmatique. Puis, dans l’ombre, il y a Eeva dont Anna trouve une robe dans l’armoire de sa grand-mère. Cette découverte va remuer pas mal de souvenirs, mais pas forcément ceux auxquels ont s’attend.
Ce qui aurait dû être une chorale de voix féminines est en fait un solo. Celui d’Anna qui a besoin de se défaire d’un chagrin persistant. Alors quand elle exhume un secret tout droit venu du passé de ses grands-parents, elle le monte en épingle et réinvente avec sa propre histoire.
Le secret en lui-même est d’une banalité désolante. C’est typiquement le genre d’histoires faciles que je déteste. On nous parle d’amour, mais cela sonne creux et on se rend bien compte que derrière tous ces grands mots et ces accès de lyrisme il n’y a que des gens qui s’ennuient, des pseudo-intellectuels trop oisifs pour leur propre bien.
En réalité, le destin d’Eeva n’intéresse pas Anna. C’est sa propre histoire qu’elle transpose, pour mieux expurger son chagrin — je devrais dire sa dépression. Anna imagine la vie d’Eeva et se la raconte à la première personne. Elle aménage le tout au fur et à mesure qu’elle apprend des choses, avec un luxe de détails perturbant. Je ne dévoile aucun point clé du récit. On s’aperçoit de cela tout de suite. Anna a l’habitude d’inventer des histoires aux gens ; c’est un jeu venu de l’enfance. Elle les brosse dans le détail, jusqu’à leurs goûts culinaires ou leur façon de froncer les sourcils, comme si elle était finement observatrice — on sent l’influence des grands-parents, l’un peintre et l’autre psychologue — alors que ce ne sont que des envolées créatives et non de réelles observations. On peut déceler des fixations dans ces inventions (quel est donc son problème avec le mardi soir ?). Anna est entièrement tournée vers elle-même. Les portraits mentaux qu’elle esquisse lui permettent de mettre à distance sa douleur. En faisant vivre les événements à d’autres, elle les accepte. Ses délires quasi schizophréniques sont un peu pénibles à suivre, mais surtout malsains. Pas tant parce qu’elle invente — certaines personnes gèrent mieux les événements traumatiques en les transposant qu’en les racontant tels quels —, mais parce qu’elle utilise des gens réels — réels dans le roman s’entend — et ravive de vieilles blessures parmi les membres de sa famille à un moment très difficile de leur vie. Le procédé est puérile, égoïste et narcissique. Cela est d’autant plus frustrant que la réaction du personnage sur lequel le secret est susceptible de faire le plus grand impact est à peine effleurée.
Je n’ai pas si souvent que ça l’occasion de découvrir de la littérature finlandaise et même si je n’ai pas choisi ce livre et que je ne me serais pas dirigée vers lui de moi-même, je l’ai ouvert avec intérêt et curiosité. J’apprécie les récits familiaux, à petite dose, et les explorations psychologiques. Malgré cela, je suis passée totalement à côté de cette histoire. Je dirais même que je l’ai détestée. Je l’ai trouvée soporifique et d’une insondable vacuité. Même la couleur locale n’a pas réussi à me distraire de cette logorrhée thérapeutique.

mardi 8 février 2022

Je suis mon ouvrage, La marquise de Merteuil t1

 Un roman de Léna Buignet, publié uniquement en numérique chez Kobo Originals.



La marquise de Merteuil est un personnage aussi fascinant que détestable. Elle semble uniquement mue par la satisfaction de ses désirs et dénuée de tout sentiment ou remords, mais elle est surtout une très habile dissimulatrice dotée d’une intelligence hors du commun. C’est bien là son problème : elle est trop intelligente pour son époque et pour sa condition de femme qui ne lui permettent que de recueillir des miettes de l’admiration qu’elle devrait susciter. Cela est donc pour elle source de frustration et nourrit son amertume. Elle n’a d’autre choix, pour occuper son esprit bouillonnant et véloce, que d’exercer ses talents dans des intrigues de cour et de cœur, ce dont elle ne se prive pas. Elle est une lame qui tranche sans pitié la vie de ceux qui l’ont offensée et elle s’est forgée toute seule, comme elle le raconte dans ses lettres, pour être libre, aussi libre qu’une femme puisse l’être à son époque.
J’étais curieuse de voir ce que Léna Buignet ferait du matériel présent dans la correspondance des Liaisons dangereuses, me disant qu’il y avait matière à une belle exploration du personnage et peut-être à lui offrir davantage de nuances. Toutefois j’ai très vite été désappointée. L’autrice n’utilise pas du tout ce que la marquise confie dans ses lettres, elle lui invente une toute autre vie. 
J’ai beau avoir lu Les Liaisons dangereuses il y a plus de vingt ans, je me souviens encore très bien de la lettre dans laquelle la marquise raconte sa jeunesse, la façon dont elle a exercé son intelligence pour devenir aussi habile à feindre qu’à manipuler et, bien sûr, sa découverte de la sensualité. Je sais aussi qu’elle n’est jamais allée au couvent, contrairement à ce que nous conte Léna Buignet. Néanmoins, à ce moment de son récit, bien que déçue, je me suis dit qu’il y avait peut-être une bonne raison et que nous découvririons plus tard que l’autrice l’imaginait mentir à Valmont dans cette lettre.
Cependant, à peine quelques pages plus loin, qui rencontre la jeune Grisélidis après s’être échappée du couvent ? Le sémillant vicomte de Valmont, bien sûr. Il ne peut donc ignorer ses origines troubles et cette lettre n’a pas de raison d’exister dans le futur. À partir de là, oubliez tout ce que vous savez du roman épistolaire de Choderlos de Laclos à l’exception des noms des personnages. Aucune continuité entre les deux n’est possible. Si ce n’est profiter de l’aura d’un classique, je ne vois plus du tout l’intérêt. Cela est d’autant plus agaçant que ce roman n’a guère de consistance historique, il est assez mal documenté et va même jusqu’à amalgamer aristocrates et bourgeois plusieurs fois. L’intrigue est fort simpliste. On a une succession de situations improbables dans lesquelles les alouettes tombent toutes rôties dans le gosier de la future marquise. Rien n’est vraisemblable dans cette histoire. Même les détails pèchent, par exemple : un galant lit d’une traite une longue lettre échappée à dessein juste dans le temps qu’il met à se relever.
J’ai eu l’impression de lire une fanfiction, ce qui n’est pas péjoratif en soi : il en existe d’excellentes. Sauf que celle-ci ne l’est pas. Cette réinterprétation de l’histoire manque de profondeur aussi bien que d’érudition.
La fin est abrupte. Je suppose qu’elle est censée marquer une étape dans la vie de cette marquise et susciter l’envie de lire le prochain roman, toutefois cela donne surtout l’impression d’une coupure brute et injustifiée dans le récit.
À l’évidence, je n’ai pas été séduite par cette histoire que se veut féministe et libertine mais ne tient pas ses promesses. Je ne lirai donc pas la suite.


mercredi 17 novembre 2021

La disparition d'Agatha Christie

 Un feuilleton audio de Giuseppe Paternò di Raddusa, uniquement disponible chez Audible.


Il ne s’agit pas d’une adaptation de roman, mais d’un feuilleton original produit par Audible, avec un casting de différents interprètes. L’histoire est tirée de faits réels et l’auteur semble s’être attaché à les romancer le moins possible.
J’ai choisi ce feuilleton un peu par hasard. L’extrait m’avait plu et je ne demandais pas mieux que de m’immerger dans un récit un peu sombre et bien narré, assez typique des vicissitudes humaines ainsi que de l’hypocrisie de la bonne société. Cependant, cela n’a pas pris au-delà du premier chapitre.
Cet épisode de la vie d’Agatha Christie est bien connu, il a fait les choux gras de la presse en son temps et il n’y a guère de suspense le concernant. Je m’attendais cependant à un récit dont la profondeur ferait oublier qu’on en connaît l’issue. Ce n’est pas le cas et on s’ennuie vite.
Le détective Kenward est dépeint de manière très antipathique malgré l’excellent jeu de son interprète. Le personnage donne surtout l’impression de s’écouter parler, ce qui devient pénible à la longue tant il est blasé et méprisant. On en oublie de compatir, ce qui est assez triste quand on sait combien cette affaire a affecté l’homme derrière le personnage. Il aurait mérité d’être mieux traité et qu’on lui rende davantage justice.
Agatha, quant à elle, paraît encore plus inconséquente, capricieuse et décérébrée que son mari, ce qui n’est pas peu dire. Elle ne mérite pas cela et si le chapitre consacré à ses sentiments et pensées équilibre un peu la donne — en cela qu’il rappelle que les gens qui ont vécu cette histoire sont réels et que leur souffrance l’est aussi — il échoue néanmoins à combler les lacunes de ce feuilleton.
Le vrai problème de cette histoire est qu’il n’y a pas grand-chose à raconter. Je comprends bien qu’il faille coller aux faits mais du coup quel est l’intérêt de ce type de récit s’il est aussi aride ?
Je me suis donc ennuyée et ne vous conseille pas cette écoute, malgré le travail remarquable qu’ont fourni les interprètes pour le peu de matière qu’on leur a donné.

dimanche 11 avril 2021

Je choisirai la voie du vent

 Un roman de Régine Joséphine publié chez Marabooks.

Présentation de l'éditeur :

« Ce que je ferai dorénavant le sera pour la dernière fois. » Otzuka Akio, pilote kamikaze japonais, 1925 – 1945

Japon 1945 : Par un matin de printemps, un jeune pilote japonais Kiyoshi Anaka s’envole au-dessus de la mer vers le cuirassé américain qu’il doit faire exploser. Ce sera son dernier vol. Il ne laisse derrière lui qu’un carnet noir contenant une mèche de cheveux …

Lyon 2016 : Après avoir quitté la clinique de soins où elle a atterri suite à une dépression nerveuse, Colombe décide de quitter Lyon et d’accepter un poste de professeur dans l’école d’un village au beau milieu des montagnes. Ce n’est pas un hasard. Dans l’ancien moulin-bistrot du village, travaillait Louise, sa mère biologique, décédée dans d’étranges circonstances. Que s’est-il passé cette nuit fatidique où Louise a perdu la vie ? Que contient ce carnet noir qu’elle a légué à sa fille ?

Entre la rencontre d’un instituteur gothique désagréable, celles d’un bistrotier collectionneur de cuvettes de toilettes et d’un mystérieux artiste installateur de scènes miniatures, Colombe n’imagine pas à quel point sa décision va changer sa vie. 

Colombe, la vingtaine, traverse une grosse crise. Elle a raté son année de stage en tant que professeure des écoles pour une mystérieuse raison qui l’a envoyée en clinique pour quelques mois et se voit obligée, à cause des manipulations de sa mère, d’accepter un poste dans un village paumé. Cependant, c’est peut-être pour elle l’occasion d’en apprendre plus sur ses origines car Colombe a été adoptée et elle a vécu dans ce village les premières années de sa vie. Elle y déménage donc, avec dans ses valises le seul bien qui lui reste de sa mère biologique : un carnet écrit en japonais dont elle n’a pas la moindre idée du contenu.
Le récit oscille entre la vie de Colombe, ses difficultés à s’intégrer dans cette petite communauté déjà divisée ainsi que sa recherche d’informations concernant sa mère, et le journal intime d’un soldat japonais de la seconde guerre mondiale voué à devenir un kamikaze. Y a-t-il réellement un lien entre les deux ?
J’ai eu beaucoup de mal à finir ce roman qui pourtant se laisse lire sans demander trop d’attention. Le fait que j’ai trouvé Colombe détestable dès le début n’a pas aidé. Cependant, elle n’a rien à envier aux autres personnages, aussi caricaturaux et insupportables les uns que les autres. C’est la foire à la manipulation, à la puérilité et au jugement facile. J’ai essayé de les apprécier, car ils ont aussi de bons côtés, mais ça n’a pas fonctionné.
L’autrice n’a pas eu peur d’envoyer des clichés car tout y passe, dans le caractère de ses personnages comme dans la construction de son histoire… Ça m’a tapé sur les nerfs. Le récit est truffé d’erreurs et d’incohérences, des âges et des dates qui varient, des imbroglios et des facilités scénaristiques, des personnages qui changent d’avis en un claquement de doigts sans raison aucune, des coïncidences aussi discrètes dans le paysage que le serait la tour Eiffel déposée à côté du moulin dans la nuit… Bref, la cohérence boit à son aise sa chartreuse frelatée au bistrot du village et elle vous laisse vous débrouiller avec ça. Ici c’est le hasard qui fait tout et il est franchement prodigue. Mais quelle importance du moment que ça finit bien ? 
Je n’attendais pas quelque chose d’époustouflant ni de super original. J’espérais juste passer un moment agréable avec des personnages sympathiques. Mauvaise pioche...


mercredi 10 mars 2021

La Magie du foyer

 Un ouvrage de Rachel Patterson publié chez Danaé.

Présentation de l'éditeur :

Plongez au cœur de la cuisine (presque !) ordinaire d'une sorcière extraordinaire...

Préparez-vous une tasse de thé, installez-vous confortablement et entrez dans le monde merveilleux de la cuisine sorcière.

Eaux de lavage, bâtons de fumigation pour votre corps et votre maison, bouteilles sorcières, sacs médecine, poudres magiques et offrandes, ce livre vous donnera une vue d'ensemble sur ce qu'est une sorcière de cuisine, sur ce qu'elle fait et sur la manière dont elle s'y prend.

La pertinence de cet ouvrage réside dans la façon dont Rachel Patterson parvient à retranscrire l'essence même de la magie, en la mêlant savamment au quotidien. Traitant des saisons aux éléments en passant par les célébrations, le jardinage, la confection de lotions, le travail avec les bougies, la Lune et les cristaux, mais aussi les recettes de potions et d'encens, ce livre plaira à tous les païens car c'est une véritable mine d'informations.

Un ouvrage léger et amusant à lire !

La première chose que j’ai pensé en feuilletant ce livre est qu’il est joli. Un papier moucheté pour donner l’impression d’un cahier qui a passé l’épreuve du temps et les aléas d’un usage dans une cuisine, de belles photos en couleur, une mise en page soignée avec des frises et des petits dessins dans les marges rendent cet ouvrage agréable à feuilleter. Cependant, si l’emballage est charmant, le contenu est très léger et, comme son contenant, il fait dans l’esthétique plus que dans le substantiel.
Je ne doute pas que ce livre ait été écrit avec amour et sincérité, mais il n’a pas grand-chose d’autre à offrir que de bonnes intentions et de la déco. Sachez aussi que cet ouvrage s’inscrit dans la mouvance wiccane (tout le monde n’associant pas forcément sorcellerie et Wicca, donc si ce n’est pas votre truc, vous êtes prévenus).
Je devrais d’ailleurs commencer par dire que je n’ai rien contre la Wicca, le new age et la spiritualité en général. Je me considère moi-même comme une sorcière de cuisine, bien que plus pragmatique que spirituelle, plus magicienne que prêtresse. Je garde le chaudron et laisse le calice à qui le veut. Pour autant, mon esprit n’est pas fermé aux aspects spirituels de l’Art. S’il est clair que j’attendais autre chose de cet ouvrage (comme explorer la magie au quotidien de manière plus intuitive et moins ritualisée qu’elle est présentée en général), je pense pouvoir être objective. On peut avoir différentes opinions sur ce qui fait une sorcière, envisager cela comme une philosophie de vie ou alors comme un chemin spirituel menant vers le divin, sans que ce soit un problème.
Cela étant dit, revenons au livre qui est un condensé très superficiel de tout ce que vous pourrez lire sur le net de « trucs de base » pour jouer à la sorcière. Dit comme ça, ça semble méchant, mais je ne crois pas que ce soit de dessiner des spirales sur ses placards ou d’avoir un tablier spécial qui fait la sorcière, désolée. Si cela vous amuse et si cela vous permet de vous connecter à la sorcière en vous, tant mieux, mais c’est de la déco, pas de la spiritualité. Sans rire, qui a besoin qu’on lui dise qu’il a le droit de décorer sa cuisine comme il veut et qu’il doit la nettoyer (en chantant pour rendre la tâche moins rébarbative… Sérieusement, j’ai pensé aux sept nains en lisant ça...) ? On est quand même au ras des pâquerettes et on va y rester. 
L’autrice nous explique ainsi le symbolisme des couleurs, ce qui n’est pas inintéressant en soi quand on n’oublie pas que cela peut varier, parfois de façon radicale, selon les cultures et qu’il vaut mieux encourager les gens à utiliser leur propre symbolique. La magie est comme un langage fait d’images et de correspondances, autant parler une langue que vous maîtrisez, sinon vous risquez de baragouiner pas mal de conneries… Ce que vous faites doit avoir du sens pour vous. En cela, l’autrice vous encourage à utiliser votre intuition, mais ça ne veut pas dire qu’on peut faire n’importe quoi non plus.
Outre les couleurs et les outils de base, Rachel Patterson nous donne le symbolisme de certains légumes et épices, avec des mots-clés sur leur sphère d’influence, rien de plus, sans jamais préciser d’où elle sort ces informations et au final ça ne veut pas dire grand-chose. Le thé noir, par exemple, représente la force, la richesse et le courage. Vous êtes contents de le savoir, non ? Je ne dis pas que tout doit toujours être développé en profondeur et justifié, mais certaines associations laissent perplexe, surtout quand elles sont contradictoires.
Elle nous parle aussi des sabbats, de la lune, des éléments et de leurs correspondances, soit des informations que vous pouvez trouver sur n’importe quel site consacré à la Wicca. Vous découvrirez aussi dans ce livre une double page sur les runes, avec leurs noms et une fois de plus deux ou trois mots-clés, et pas même le dessin des runes elles-mêmes... Ce qui est quand même assez ridicule, vous en conviendrez.
Vous l’aurez compris, c’est le genre de livre qui effleure beaucoup de sujets, mais jamais de manière substantielle.
Il y a bien quelques idées à retenir, surtout quand on débute et qu’on n’a jamais entendu parler de sachets, nouets ou autres bouteilles sorcières, mais rien de transcendant. Ceci dit je dois admettre que les sorts présentés sont accessibles, même si leur symbolisme laisse souvent à désirer (je le répète le symbolisme est important). Rachel Patterson vous offre une méthode simple pour concevoir vos propres sortilèges, à vous d’aller chercher plus loin que de mettre des paillettes dans vos poudres…
Et ne prenez pas pour argent comptant tout ce qu’elle raconte… Il y a de bonnes idées, mais aussi d’autres beaucoup moins bonnes. NE DONNEZ PAS DU PAIN AUX OISEAUX !!! Vous leur feriez plus de mal que de bien. Si vous voulez les aider durant l’hiver, achetez des graines et confectionnez des boules de graisse. Et ne nettoyez pas vos pierres avec de l’eau et du sel comme elle le préconise ! Selon la nature de la pierre, vous pourriez l’abîmer irrémédiablement. De même, ne gaspillez pas vos huiles essentielles. Quand elle vous suggère de créer des sprays avec de l’eau distillée et de l’huile essentielle, outre le fait que ça ne se mélangera pas, vingt-et-une gouttes pour 15cl d’eau est un gâchis aberrant. Bref, je ne doute pas des bonnes intentions de Rachel Patterson, mais je doute de la profondeur de sa réflexion sur le sujet...
À la fin du livre, elle propose des méditations guidées (on appelle aussi cela des visualisations créatives). Bien entendu, elle ne perd pas de temps à vous expliquer à quoi elles servent ni comment en user au mieux… Ce qui est assez dommage, la visualisation est un bel outil de développement personnel.
L’ouvrage se termine là-dessus et je dois avouer mon étonnement à ne pas trouver de conclusion, mais bon, c’est raccord avec l’aspect brouillon du livre qui ne semble pas suivre d’organisation particulière...
Si vous vous intéressez de loin à la Wicca, que vous souhaitez découvrir des informations de base sans avoir à lire d’interminables articles et que vous voulez mettre un peu de spiritualité dans votre quotidien, alors sans doute ce livre répondra à vos attentes. Cependant, je ne vous le conseille pas. Il propose une magie simple, faite de petites choses du quotidien (ce qui est plaisant), mais vide de sens. De nombreux sites vous offriront des informations beaucoup plus complètes et fouillées, vous permettant ainsi de mieux comprendre ce que représente la magie pour les sorcières (non ce n’est pas une façon d’obtenir tout ce qu’on veut juste en vidant ses pots d’épices et en faisant brûler une bougie) afin de l’appliquer à votre vie.

mercredi 3 mars 2021

L'Odyssée du Marsouin

Un roman de Mark Haddon, publié chez Nil.


Présentation de l'éditeur :
Il était une fois, dans l’Angleterre du XXIe siècle, un homme qui, rendu fou de douleur par la mort de son épouse, tomba éperdument amoureux de leur fille.
Il était une fois une jeune fille qui rêvait du prince charmant qui viendrait l’arracher à l’emprise délétère de son père.
Il était une fois un jeune homme obligé de fuir pour échapper à la fureur meurtrière du père incestueux.
C’est alors que les époques se télescopent, que le présent bascule dans le passé, que l’Angleterre actuelle s’efface devant la Grèce antique et que la réalité rejoint le mythe.
En s’inspirant très librement de la pièce Périclès, prince de Tyr de Shakespeare, Mark Haddon nous offre un roman d’aventures ambitieux porté par des personnages inoubliables et déchirants.

Quand j’ai lu le résumé de l’éditeur, j’ai été intéressée par la mention de Périclès, Prince de Tyr, pièce de Shakespeare que j’ai lue durant mes années universitaires quand je préparais un exposé sur le roman médiéval Apollonius de Tyr. J’avais apprécié ce roman, davantage que la pièce, et je vous encourage vivement à le lire, ne serait-ce que pour découvrir un peu de littérature médiévale si vous n’en avez jamais eu l’occasion. Riche de motifs, largement héritière de l’antiquité mais néanmoins porteuse de sa propre originalité, cette œuvre gagne à être connue.
Enfin bref, revenons à L’Odyssée du Marsouin, cet étrange roman tissé de plusieurs brins de fils qui ne semblent pas voués à se rejoindre mais à coexister et qui, je dois l’avouer, m’a laissée perplexe.
Une première partie se déroule à notre époque. Elle nous conte l’histoire de Maja, actrice Suédoise, et de son accident d’avion, puis de sa fille Angelica, grandissant sous la coupe d’un père incestueux. Je ne vous dévoile rien que ne raconte le résumé de l’éditeur, bien qu’il présente cette histoire comme un conte, une sorte de Peau d’Âne moderne, alors qu’elle en est bien loin.
Rassurez-vous, si vous craignez les détails glauques que peut receler ce genre de récit, l’auteur n’insiste pas au sujet de l’inceste. Il est plus prolixe sur l’accident d’avion, qui est très pénible à lire dans ses détails et la froideur avec laquelle il décrit le sort des passagers, dont un enfant. Pour être honnête, la mort de Maja m’a laissée froide. La jeune femme est aussi profonde qu’un verre à liqueur, le pilote présente aussi peu d’intérêt. Le seul méritant ma compassion est Rudy, l’enfant qui se trouve à bord et qui est bien loin des bassesses et autres mesquineries des adultes. Sinon, ce passage était surtout horrible dans ses descriptions et cela augurait du reste du roman. On en oublierait presque le sort de la pauvre Angelica, toute entière à la merci de son horrible père qui n’a vraiment rien d’un être humain et qui, ça me semble clair, n’aurait pas été moins immoral si sa femme avait vécu.
L’écriture est froide et chirurgicale. L’auteur découpe des morceaux de narration et les étale devant le lecteur comme autant de pièces de chair morte. Je pense qu’il l’a fait sciemment, mais cela a freiné mon intérêt pour son récit. J’avais l’impression de lire un rapport et cela a rendu d’autant plus pénible ma progression.
La première partie s’efface vite, à la suite d’un événement traumatisant, et l’histoire d’Angelica n’apparaît plus qu’en pointillés. Elle nous entraîne dans une fantasmagorie antique et l’auteur nous offre alors une écriture plus élégante mais toujours désincarnée, descriptive, coupée des sentiments de ses protagonistes. Le fait que la grande majorité des personnages soient détestables, ou à tout le moins pas attachants du tout (même Angelica), n’aide pas. Ce sont des figures sans relief, pas des humains, pas même des archétypes.
Ce n’est pas une lecture agréable et la plupart du temps j’avais juste envie que ça se termine, même si certains passages, plus dans l’action, parviennent à réveiller l’intérêt. Je pense notamment à ceux réservés à Chloé ou aux pointillés d’Angelica.
Au début, je pensais que l’auteur, en transposant ces deux histoires, souhaitait nous démontrer quelque chose ou je ne sais, je croyais qu’il y avait une autre finalité que de simplement les mettre en regard. Mais non, ou alors je n’ai rien compris. J’y ai juste vu des fils tressés ensemble, les dernières pensées d’une fille en grande souffrance qui a supporté plus qu’elle ne pouvait, et un auteur qui s’écoute parler sans avoir rien à dire de substantiel.
Il y avait tant à faire et à montrer, pourtant, en puisant dans ce récit si riche de symboles. Il a juste emprunté ce petit côté empesé, très classique, pour des descriptions imagées vides de tout autre chose que du souci de l’esthétique. D’Angelica on passe à Périclès, dans le récit duquel elle se laisse absorber. Puis l’histoire de Périclès elle-même se scinde, on fait un détour par Londres, on laisse Chloé dériver, Angelica n’apparaît qu’en échos de plus en plus sourds… Les liens se distendent et chaque histoire existe par elle-même. De mon point de vue, Mark Haddon avait juste envie de raconter le blanc d’entre les lignes de ces illustres versions d’un périple qui a su traverser les époques. Il le fait bien, je dois le reconnaître, c’est cohérent, cependant il manque quelque chose d’essentiel. Il n’y a pas d’âme dans son roman.
Les personnages se laissent ballotter par la vie, même quand ils semblent tisser leur destin, ils sont en fait à la merci de celui-ci, ou peut-être de celle qui se cache derrière. Peu importe, on ne les aime pas. On les regarde juste s’agiter en vain et c’est un peu déprimant.
Souvent le récit prend la consistance d’un songe sans logique dont les symboles seraient muets car coupés de leur correspondant. Un symbole, à l’origine, est un signe de reconnaissance, une poterie brisée en deux dont les morceaux sont séparés pour mieux se retrouver plus tard et attester de l’identité de leur porteur ou des droits de celui-ci relatifs à un contrat passé. Ici c’est comme si le symbole correspondant n’existait pas, n’avait jamais existé, ne sert à donc à rien. Pourtant les mythes et histoires antiques sont composés de symboles. On en a souvent oublié le sens, néanmoins ils racontent une histoire dans l’histoire, l’autre morceau du symbole que l’on devine en reflet, c’est là tout leur intérêt. Périclès, aussi divertissante que soit la pièce, est symboliquement plus pauvre qu’Apollonius, qui peut-être était plus pauvre — ou pas, car nous n‘en savons rien — que des récits précédents. Compléter les blancs de l’histoire est une bonne idée, mais encore faut-il y apporter quelque chose de consistant et Mark Haddon avait la possibilité d’étoffer un personnage qui y aurait gagné. Il a choisi de ne pas le faire.
À la fin de L’Odyssée du Marsouin, l’auteur évoque dans une note la personne oubliée de cette histoire : la fille du roi, celle qui subit l’inceste et qui n’est au final qu’un personnage très secondaire dans toutes ces versions. Dans Périclès elle n’a même pas de nom et si elle en a un dans Apollonius, je dois avouer que je ne m’en souviens pas. Elle n’est qu’une ombre, éternelle oubliée, parfois même diabolisée car considérée coupable. Sachant cela, le constatant même dans ses notes, je me serais attendue à ce qu’il lui offre plus d’espace au lieu de l’effacer derrière des chimères. Je n’ai vraiment pas compris l’idée… Et j’ai du mal à lui pardonner ce énième manque de respect au personnage. Cela est, je crois, ma plus grande déception. J’aurais pu pardonner tout le reste s’il avait laissé à Angelica la possibilité d’être, tout simplement.
S’il y avait un sens caché à tout cela, il m’a échappé, et je me suis surtout beaucoup ennuyée au cours de cette lecture. Si je n’avais pas reçu ce roman via Masse Critique, je ne l’aurais sans doute pas terminé et je n’aurais rien perdu. Lisez plutôt Périclès si vous avez deux heures ou, mieux encore, Le Roman d’Apollonius de Tyr.

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mercredi 23 septembre 2020

La femme au manteau violet

 Un roman de Clarisse Sabard, en papier et numérique chez Charleston, en audio chez Audible.

Présentation de l'éditeur :

2018. La vie de Jo vole en éclats suite à ce qui ne semblait être qu'un banal accident sans gravité ; pourtant, un scanner révèle qu'un anévrisme risque de se rompre à tout moment. Le neurologue lui laisse le choix : elle peut être opérée, mais les risques sont importants. Persuadée qu'elle va mourir, Jo se réfugie chez Victor, son grand-père.

Ce dernier va lui montrer un pendentif qu'il a reçu d'Angleterre quelques années plus tôt, avec pour seule explication ce mot griffonné sur une feuille : "De la part de Charlotte, qui n'a jamais oublié Gabriel. Ce souvenir vous revient de droit".

Victor lui révèle que Gabriel était son frère aîné, décédé lorsqu'il était enfant. Jo décide de se rendre à Ilfracombe, dans le Devonshire, afin d'aider son grand-père à résoudre ce mystère, et surtout, de réfléchir à la décision qu'elle doit prendre...

1929. Charlotte et son mari, Émile, quittent leur vignoble d'Épernay pour un voyage d'affaires à New York. Sur place, la jeune femme s'éprend de Ryan, un mystérieux homme d'affaires. Lorsqu'il se rend compte de cette trahison, Émile entre dans une rage folle, la frappe et la laisse pour morte. À son réveil, Charlotte se rend compte que son mari est parti ; pire, il lui a pris tous ses papiers. Elle est effondrée : son fils de dix-huit mois, Gabriel, est resté en France, et sans papiers, elle ne peut pas le rejoindre... 

J’écoute les livres de Clarisse Sabard quand j’ai envie qu’on me raconte une histoire sympa et positive, sans prise de tête. Cela me permet de faire d’autres choses en même temps, comme tricoter (je ne suis pas vieille !). Bref. Ses romans sont toujours basés sur une formule identique : une jeune femme un peu paumée se plonge dans le passé, qu’il s’agisse de son histoire familiale ou celle de quelqu’un d’autre, et trouve en se confrontant à ces révélations la force de reprendre sa vie en main. L’autrice alterne les chapitres à l’époque contemporaine, avec une ambiance feel good et romantique, et ceux qui en général se passent durant la première moitié du XXe siècle, avec leurs drames, coups du sort et personnages qui ne se laissent jamais abattre. Un peu cliché, je vous l’accorde, mais quand c’est bien fait, ça marche.
Sauf que là ça n’a pas marché. Pas du tout.
Entendons-nous bien, j’attendais juste quelque chose de distrayant et j’étais tout à fait prête à passer sur les bons sentiments un peu trop sucrés et les clichés à deux balles dans la mesure du raisonnable. Or, on a de loin dépassé le raisonnable avec des phrases toutes faites toutes les deux pages et des personnages insupportables. 
Ici nous avons Jo, la trentaine, qui découvre qu’elle peut mourir d’un jour à l’autre d’un anévrisme. Elle doit décider si elle veut se faire opérer ou non. Alors son grand-père ne trouve pas mieux que de l’envoyer en Angleterre déterrer un secret de famille, soit l’histoire de Charlotte, brutalement séparée de son bébé dans les années 30 par un mari violent et jaloux.
D’ordinaire, je préfère la partie contemporaine de ces romans, qui a un petit côté amusant alors que celle concernant le passé reste assez plate. Elle me fait souvent l’effet d’un compte-rendu manquant de profondeur et de sentiment. Cette fois ça a été l’inverse. J’ai apprécié Charlotte, même si au bout d’un moment tant de coups du sort tuent la vraisemblance. Enfin, allez, admettons. En revanche, pour ce qui est de Jo, de sa puérilité sans limite et de sa meilleure amie exaspérante, je crois n’avoir jamais rien lu (enfin écouté dans ce cas) d’aussi pénible. Rien dans cette histoire n’est crédible, même en faisant de très gros efforts (et c’est une personne qui a lu toute sa vie des romans dont la seule explication tient sur le « ta gueule c’est magique » bien pratique de la fantasy qui vous dit ça…)
Le récit est cousu de fil blanc et lardé de leçons de vie creuses. Cela donne des phrases comme : si cette épreuve te tombe dessus, c’est que tu as en toi la force de l’encaisser. Vous savez comment on appelle ce genre de réflexion ? Du positivisme toxique.
Ce roman m’a tapé sur les nerfs d’un bout à l’autre. S’il n’avait été en audiolivre, je n’aurais même pas pris la peine de le terminer.
La lectrice ne m’a pas aidée à apprécier davantage cette histoire. Angélique Heller a une jolie voix (selon mes critères très subjectifs), cependant son interprétation manquait de naturel et cela n’a fait que renforcer l’impression de superficialité que m’ont donné les personnages.

lundi 1 juin 2020

Dans les pas de Valeria

Un roman d'Elisabet Benavent, publié chez Archipel.
La version audio est chez Lizzie.

Présentation de l'éditeur :
Elles sont quatre amies de toujours qui vivent à Madrid. Complices et inséparables, elles se connaissent sur le bout des doigts et se racontent tout. Vraiment tout. Surtout leurs histoires de cœur...
Valeria, 27 ans à peine, commence à s'encroûter avec son compagnon de toujours - elle déprime ; Lola s'est entichée d'un super coup - mais il est fiancé ; Carmen est amoureuse d'un collègue, mais elle n'ose pas se lancer - elle est un peu complexée ; Nerea, la sainte- nitouche du groupe, vient enfin de rencontrer un homme à sa hauteur - mais...
Tout bouge lorsque Valeria rencontre Victor, un homme ô combien séduisant ; lorsque Lola décide de réagir ; lorsque Carmen parvient à séduire son collègue et découvre que le nouveau petit ami de Nerea n'est autre que... son propre boss - qu'elle déteste ! Leur amitié survivra-t-elle à ce drame ?
C'est drôle, c'est vif, ça pétille et ça passe aussi vite qu'une soirée entre filles. On s'est à peine embrassées qu'il est déjà l'heure de se quitter. À regret.

Dans les pas de Valeria est le premier tome d’une tétralogie ; une adaptation vient de sortir sur Netflix. À force de voir ce livre un peu partout, cela a titillé ma curiosité.
Je suis partie d’un très mauvais pied avec ce roman car j’avais opté pour la version audio et j’ai trouvé la narratrice exécrable. Elle ne met aucune expression dans sa lecture et cela donne l’impression que les personnages sont encore plus stupides qu’ils ne le sont déjà. En outre, j’ai constaté qu’il manquait un bout de phrase dans le premier chapitre. J’en ai eu confirmation quand je me suis décidée à passer à la version numérique, lasse que j’étais de la lectrice. C’est peut-être un incident isolé, n’ayant pas été plus loin que le chapitre six pour l’audio je ne peux l’affirmer, mais cela me fait douter de la qualité de l’enregistrement.
Enfin bref, revenons au récit. Malgré le changement de support et mon opiniâtreté à finir ce roman, je n’ai pas réussi à lui trouver de qualités. Faisons simple, c’est Sex and the City à Madrid. Nous avons Valeria, l’aspirante écrivain dont le mariage bat de l’aile et qui trouve son inspiration dans les aventures sexuelles de ses trois meilleures amies, Carmen l’accro au boulot, Lola la délurée — peu importe de quoi les autres parlent, elle trouvera toujours moyen de placer une allusion sexuelle, de préférence aussi vulgaire qu’incongrue — et Nerea la coincée — ce n’est pas moi qui le dis, ce sont ses amies — avec de très hauts standards. Si tout cela ne te rappelle pas quelque chose, c’est que tu es très jeune. Pour moi, c’est juste une mauvaise contrefaçon avec des coutures qui craquent de tous les côtés.
Que dire… Il est très difficile de s’impliquer dans la vie de ces personnages tant l’autrice nous les rend inconsistantes. Elles n’ont aucun relief, elles n’éveillent ni sympathie ni émotions car leurs histoires sont contées de façon trop superficielle. C’en est aussi étonnant que navrant. Je me suis contentée d’attendre que ça passe.
Ce roman est composé de dialogues et des commentaires de Valeria sur sa vie ou celle des trois autres filles. Les chapitres sont courts et les ellipses nombreuses. La forme de la narration ne sied pas au récit. Le fait que ce soit Valeria qui raconte les histoires des autres contribue à les rendre plus creuses étant donné qu’elle n’est pas omnisciente. Le style est d’une platitude affligeante, elle pourrait nous résumer le bulletin météo que ce serait du pareil au même, elle se contente d’énumérer des faits. Quand on sait que le récit est majoritairement composé de baise et de crêpage de chignon, ça ne fait pas rêver.
Le texte est jonché de phrases toutes faites et de clichés du genre « Telle une tigresse, elle ne versait jamais une larme, mais faisait pleurer les autres. » ou encore mieux : « Victor était une arme de destruction massive... » C’est la version moderne du « canon », j’imagine...
Pour Valeria, il n’y a que deux types de femmes : celles qu’elle se ferait si elle n’était pas hétéro (oui c’est elle qui le dit. Apparemment on ne peut pas trouver une autre femme belle sans devoir se justifier sur sa sexualité) et les guenons. Charmant... Et je vous passe d’autres remarques du même acabit. Je pourrais vous dire qu’avec ce roman l’image de la femme prend un coup dans l’aile, mais celle des homme est en train d’agoniser dans le caniveau. Machos, misogynes, manipulateurs, lâches et abrutis, ils ont tout pour plaire. Il n’y a pas un personnage pour rattraper l’autre.
J’espérais un roman moderne et amusant. Il l’est peut-être pour d’autres. Valeria et ses copines m’ont donné l’impression d’être des concepts plus que des personnages. On veut leur donner un genre, une impertinence et une modernité formatées, mais elles sont juste creuses et vulgaires. Entendons-nous bien, je ne suis pas prude, elles peuvent s’envoyer la terre entière, tous les machos et les bourrins qu’elles veulent, et parler de cul sans arrêt, cela ne me choque pas, mais là c’est juste une énumération d’ébats sans aucune autre finalité. Elles n’ont aucune personnalité. Je ne sais pas quelles femmes elles sont censées représenter...
Je ne comprends vraiment pas l’engouement qu’a provoqué ce roman. J’essaierai peut-être la série, parce qu’on dit qu’elle est assez différente et que je suis curieuse, mais j’en ai terminé avec les romans.

vendredi 22 mai 2020

Ce que je peux te dire d'elles

Un roman d'Anne Icart, publié chez Pocket.

Présentation de l'éditeur :
Elles... C'est un clan décliné au féminin : mères, sœurs, filles, petites-filles. En trois générations, plus l'ombre d'un homme ; la vie en a voulu autrement. Dans ses cahiers noirs, Blanche rassemble ses souvenirs et cinquante ans défilent : le combat féministe, l'entreprise de haute couture familiale, les liens, les rires, les chagrins, les absents... Il est temps de tout dire. Peut-être parce que aujourd'hui un garçon est né... Celui de Violette, la fille de Blanche, qui a coupé les ponts.
Dérouler le fil des mots de leur histoire pourrait bien se conjuguer à présent avec " eux ".
Comme ce n’est précisé nulle part sur le livre, je crois bon de signaler que ce roman est le premier d’une série de trois. J’écris série et non trilogie car je ne sais pas si elle est terminée à ce jour. On pourrait se dire que le roman se suffit à lui-même, mais pour ma part je n’en suis pas convaincue.
Au cours d’un voyage en train, alors qu’elle va rejoindre sa fille qui vient d’accoucher, Blanche se remémore son histoire familiale, tout ce qui l’a forgée. Pour se raconter au lecteur mais surtout à Violette, avec qui elle entretient des relations très conflictuelles, elle exhume les souvenirs écrits dans des cahiers qu’elle destine à sa fille et qui, peut-être, justifieront ses choix.
Blanche nous conte sa mère et les cousines de celle-ci, presque des sœurs, toutes élevées par leur grand-mère pour diverses raisons. Elle évoque les plus dures épreuves, les cahots de l’existence et les destins embrassés parfois à contrecœur. On apprend à connaître cette famille martelée par les deuils dont les femmes qui semblent si proches, liées par les épreuves de la vie, sont au fond toutes un peu jalouses les unes des autres. Violette a vu sous le vernis, contrairement à Blanche qui, bien qu’elle dépeigne les défauts de « ses trois mères » semble encore idéaliser cette famille très dysfonctionnelle.
J’apprécie les histoires de famille en général, même si elles sont tissées de hauts et de bas. Celle-ci m’a donné l’impression que l’autrice s’écoutait parler sans jamais raconter quelque chose de significatif. On saupoudre des malheurs çà et là pour titiller la compassion du lecteur, mais j’ai eu beau m’apitoyer sur le sort de ces fillettes au début, je me suis vite lassée.
Il ne faut pas s’y tromper, elles ont beau se serrer les coudes, chacune tire les autres vers le bas pour les rendre dépendantes et ne pas se retrouver seule. Elles s’empêchent de d’avancer, de vivre et de guérir. C’est en tout cas comme cela que je l’ai compris, bien qu’on nous répète le contraire. Leur relation m’a semblé toxique et malsaine. Certes, leur bagage émotionnel l’explique peut-être, mais c’est très pesant et ça m’a empêchée de les apprécier.
Il y a Angèle, la bipolaire, que malgré ses manquements sa fille idolâtre (ce qui devient pénible tant c’est redondant), et que personne ne pousse à se soigner. Puis Justine, la féministe carriériste, qui est un cliché sur pattes, mais malgré tout ma préférée, même si elle peut se montrer très insensible envers sa petite sœur. Enfin il y a Babé, la douce, la peureuse, la lâche aussi car elle préfère une demi-vie sécurisante plutôt que de tenter sa chance. Toutes sont égoïstes à leur manière, elles passent leurs frustrations les unes sur les autres sans même s’en apercevoir et c’est dans ce nid, entre amour et rejet, qu’a grandi Blanche.
Cette dernière passe le trajet à se regarder le nombril, à nous dire qu’elle a hérité une facette de sa personnalité de l’une ou de l’autre, à utiliser leurs expériences personnelles pour justifier ses propres choix alors que tout ce que souhaite sa fille c’est connaître l’identité de son père. Ce verbiage au narcissisme exacerbé m’a exaspérée.
Je n’ai pas réussi à m’attacher à cette famille qu’on nous vend comme haute en couleur et hors norme. Leurs petites mesquineries, leur façon de toujours se frapper là où cela fait le plus mal, l’air de rien, leur égoïsme que l’affection n’adoucit pas…
C’est long, pathétique et déprimant. J’ai lu ce livre en une après-midi parce que je savais que si je le refermais, je ne le reprendrai jamais. Il va de soi que je ne lirai pas la suite.

mercredi 25 mars 2020

Meilleurs ennemis

Un roman de Sally Thorne publié chez Harlequin.

Présentation de l'éditeur :
Le jour où Lucy rencontre son nouveau collègue, Joshua Templeman, elle n’en revient pas : il est à tomber ! Sauf qu’il ne lui faut pas plus de deux secondes pour découvrir qu’il est aussi froid, cynique, impitoyable… absolument détestable ! Alors, quand leurs chefs respectifs les mettent en concurrence pour une promotion, Lucy est prête à tout pour le battre. Car, si elle gagne, elle sera sa boss. S’il gagne… elle démissionnera. Autant dire qu’elle n’a pas le choix : elle doit gagner. Mais lorsque, un soir, dans l’ascenseur, ce traître de Josh l’embrasse fougueusement, elle est complètement déstabilisée. Se serait-elle trompée à son sujet depuis le début ? Ou est-ce une tactique de Josh pour lui faire perdre ses moyens ?
J’ai déjà lu une romance de Sally Thorne, Drague Interdite, qui ne m’a pas vraiment convaincue car l’infantilisation permanente du personnage principal féminin m’exaspérait. Cependant, comme les commentaires sur le net disaient combien Drague interdite était inférieur à son précédent roman, j’ai rangé le titre dans un coin de ma tête pour redonner une chance à cette autrice. 
Meilleurs ennemis part sur un postulat on ne peut plus classique de la romance : deux personnages qui se détestent vont finir par tomber amoureux. Bien qu’elle soit rebattue, je n’ai rien contre cette approche. J’aime bien voir des personnages s’apprivoiser. En revanche, je ne pense pas, au contraire de l’autrice, que la haine et l’amour soient interchangeables, loin de là. Des gens peuvent apprendre à se connaître et aller au-delà de leurs désastreuses premières impressions ou maladresses, mais quand on va trop loin dans la mesquinerie, les coups bas et les injures ou que les sentiments changent d’un coup sans qu’on sache vraiment pourquoi, ça n’est plus crédible. Pire, ça devient ridicule.
Ici, nous avons Lucy et Josh, tous deux assistants de direction dans une maison d’édition. Si on en croit ce que raconte Lucy, ce sont eux qui font tout le boulot, pourtant ils semblent passer leurs journées à se provoquer et à jouer à des jeux débiles plutôt que de travailler. Par exemple, au début du roman, Josh imite Lucy, il reproduit chaque geste qu’elle fait… Oui, on est en maternelle. Ceci dit, ça semble idiot mais pas bien méchant. Cependant, on apprend que Josh se montre régulièrement méprisant et moqueur envers Lucy que tout le monde aime. D’ailleurs c’est ce qu’elle ne supporte pas. Tout le monde l’aime, bordel ! Alors pourquoi pas lui ? Parce que Lucy est charmante, il faut que ça rentre dans votre petite tête, l’autrice y tient. Même ses défauts sont des qualités. Faites avec !
Ce genre de niaiseries est un peu saoulant, néanmoins le problème majeur de cette romance est surtout l’incohérence. Ni les mots ni les actes ne semblent avoir de valeur pour Sally Thorne. Par exemple, on nous dit que Lucy est tout à fait apte à se défendre toute seule, on l’encense pour cela, pourtant elle se laisse marcher dessus tout au long du roman. Ses rares colères contre Josh sont suivies d’une capitulation. Au mieux elle pleure auprès de sa patronne parce que Josh l’a détruite. Oui, elle utilise bien ce mot. Ce n’est pas un terme anodin, pourtant il semble l’être dans ces pages.
Dans un paragraphe elle a peur de lui, vraiment peur (elle pense qu’il est capable de la tuer), le paragraphe suivant parce qu’il la coince dans l’ascenseur et lui roule la pelle de sa vie, elle est folle de lui. Et quand je dis folle… Une vraie junkie, soudain elle n’arrive plus à se passer de lui alors qu’il la dégoûtait. Elle rôde en bas de chez lui, s’accroche à lui comme un bébé koala (ce n’est pas une métaphore, elle fait vraiment ça) et elle a juste peur qu’il la largue. Là je ne comprends plus… Il suffit qu’un homme soit beau et embrasse bien pour qu’on lui pardonne tout ? Cinq minutes avant tu avais peur qu’il te frappe, cocotte !
Lucy est un personnage tout en contradictions, mais des contradictions qui ne veulent pas dire grand-chose. Elles sont là juste pour remplir les pages… Elle harcèle Josh pour l’accompagner à un événement et ensuite elle tente de se défiler, sans vraie raison d’un bout à l’autre de cette partie de l’intrigue. Ce personnage n’a aucune logique. Mais on s’en fout, c’est une femme, on sait qu’elles sont comme les chats...
Quant à lui, c’est un cliché sur pattes. Il est canon, il passe sa vie à faire du sport pour être bien foutu, mais justement le pauvre chéri n’est apprécié que pour son corps. Et puis il a des problèmes avec son père… Alors il n’a pas confiance en lui. Cela est censé justifier le fait qu’il agisse comme un connard. Mais en vrai c’est un pervers narcissique. Il passe ton temps à « éduquer » Lucy. Il lui montre combien son style de vie est merdique parce que lui est parfait en comparaison et qu’une femme ne sait pas vivre toute seule, genre ne serait-ce que s’alimenter correctement. Voilà, voilà…
C’est tout à fait normal de menacer les hommes avec qui elle parle et de lui arracher son téléphone des mains. C’est très romantique (non, ça ne l’est pas, c’est un comportement de taré qui ne doit pas être encouragé !) Je ne cherche pas à transformer les romances en essais féministes, mais personne ne voit le problème ?
Je sais bien que les romances ne sont pas connues pour leur valorisation de la femme, mais quand même, à partir du moment où elles se modernisent, ne peut-on espérer une petite évolution et au moins qu’on n’infantilise pas autant les femmes ? Je sais aussi qu’il y a bien pire dans la description d’une relation malsaine (hello dark romance, plaie de la société), mais c’est d’autant plus perturbant que la façon dont se comporte Josh est présentée comme normale et romantique alors qu’elle est dangereuse.
Sally Thorne a un vrai problème avec ses personnages féminins. Elle nous présente ces femmes comme étant indépendantes alors qu’elles sont tout le contraire. Il n’y a pas de mal à s’appuyer sur quelqu’un, qu’on soit une femme ou un homme d’ailleurs, mais ici cela franchit une limite de manière très insidieuse. C’est malsain et destructeur de normaliser ainsi ce qui n’est rien d’autre que de la maltraitance psychologique. Toutes les déclarations d’amour du monde n’y changeront rien.
Meilleurs ennemis a eu tant de succès qu’il est en cours d’adaptation cinématographique. Cela me laisse perplexe.

jeudi 18 octobre 2018

Plusieurs manières de danser

Un roman de Juliette Allais publié chez Eyrolles.

Présentation de l'éditeur : 
Lilly Bootz trouve le monde exaspérant. Elle est passionnée, entière, pleine de vie et d'envies, mais son tempérament rebelle, râleur et colérique lui a encore coûté cher : à Londres, elle vient de perdre son travail et son petit ami l'a quittée... Désabusée, alors qu'elle s'apprête à repartir pour Paris sans projet, elle fait "par hasard" la connaissance de l'inspirante et fantasque Katarina Wolf. C'est le coup de foudre réciproque. Katarina est justement à la recherche d'une assistante et propose à Lilly de la suivre à Paris, où elle anime avec son mari Walter, une école dédiée au "réenchantement". Lilly accepte, sur un coup de tête. Elle a l'intuition que quelque chose d'inédit se présente à elle : une rencontre qui pourrait enfin l'amener quelque part ! Plongée dans l'univers mystérieux des Wolf, entre planètes capricieuses, chevaux racés et inconnus masqués, Lilly ira de surprise en surprise, jusqu'à la révélation finale.
C’est la notion de réenchantement qui m’a attirée dans le résumé de ce roman. Je crois sincèrement que nous avons besoin de laisser un peu plus de place à l’imaginaire et à la magie dans nos vies, de nous reconnecter à un peu de notre enfance pour être plus heureux. Il n’est pas question de se voiler la face afin d’éviter la réalité ou d’aller contre la logique, mais plutôt de trouver un équilibre, d’oser un peu plus vivre nos rêves et surtout nous montrer plus créatifs. Dans notre société les artistes meurent littéralement de faim, mais ceux d’entre nous qui renoncent à toute activité créative meurent quant à eux figurativement à petit feu.
Le roman présente très bien ce qu’est le réenchantement et pourquoi nous en avons besoin. Cependant, il ne va pas plus loin que cette brève explication et se concentre davantage sur une forme de thérapie liée à l’astrologie qui me laisse nettement plus dubitative.
J’ai beaucoup étudié l’astrologie, son histoire, ses différentes utilisations à travers le temps, mais surtout son langage symbolique. Un langage, car on lit les astres et constellations (enfin leur voyage théorique et non réel en astrologie tropicale) comme on lit un texte, ce qui est sujet à interprétation et subjectivité, comme n’importe quel écrit. À mon sens, l’astrologie prévisionnelle (ou divinatoire si vous préférez) n’a aucun intérêt, en revanche l’utilisation de sa symbolique d’un point de vue psychologique est intéressante du moment que ce travail est personnel et l’interprétation laissée au sujet lui-même avec le thérapeute comme guide. C’est une façon comme une autre, en utilisant les symboles comme un support, de dénouer en douceur certains de nos blocages car l’on se sert ainsi à dessein de notre subjectivité et de notre inconscient. L’astrologie peut aider à cartographier sa propre psyché, pas comme une vérité ultime définissant notre être point par point, mais en tant qu’invite à la réflexion sur soi.
Je vois tout à fait l’usage que l’on peut en faire dans le cadre d’une thérapie quand le sujet étudie son propre thème. Pour autant, je n’ai pas du tout adhéré à la méthode de l’auteur, elle-même thérapeute, qui est décrite dans l’ouvrage. Le jeu de rôles, pourquoi pas ? Néanmoins, tout cela m’a semblé terriblement hasardeux, voire dangereux.
Et quand dans un travail de groupe une personne, qui n’est ni la thérapeute ni le sujet, se met à débiter des choses liées à la vie dudit sujet « instinctivement » juste parce qu’on lui a dit de jouer la lune en capricorne, moi j’appelle ça une coïncidence et n’y vois pas une inspiration venue tout droit des astres. On se croirait au spectacle la plupart du temps. Avec la meilleure volonté du monde, je ne pouvais pas croire à ça. Et que dire de toutes les contradictions présentes entre ces pages ? Vous êtes maître de votre destin, mais il est quand même écrit dans les astres et vous devrez faire avec. Ahem…
L’histoire elle-même ne rattrape rien. On fait la rencontre de Lilly, jeune femme paumée, dont les bons côtés sont bien cachés derrière des réactions toujours excessives et ce qui apparaît vite comme un caractère de merde de gamine capricieuse et égocentrique. Dès le départ, son phrasé m’a agacée. Je n’ai rien contre le langage familier utilisé dans des dialogues, mais dans ce qui semble être une sorte de confession adressée à sa thérapeute, comme un résumé de son histoire et de ses progrès, c’est lourd. Et cette narration… Lilly s’adresse à Katarina, ce qui exclut d’emblée le lecteur mais n’est pas un problème en soi, cependant elle voue une telle vénération à sa thérapeute que ça en devient dérangeant au fil des pages.
L’évolution de Lilly m’a laissée froide. Je n’ai pas cru à son histoire, je ne me suis pas attachée à elle ni aux autres personnages. Et que dire de « l’histoire d’amour »… Tout est trop facile, caricatural, prévisible. J’ai eu un mal fou à finir ce bouquin malgré des chapitres courts et tellement aérés… Même en rassemblant toute la bienveillance dont je suis capable, je n’ai rien trouvé qui puisse me permettre d’adoucir cette chronique.
Le récit et même les personnages sont accessoires. Contrairement aux apparences, ce n’est même pas un roman feel good bien qu’il soit empli de positivisme. Tout tourne autour de l’astrothérapie. Alors si vous n’aimez pas l’astrologie vous vous ennuierez et si vous la pratiquez ça ne vous passionnera pas pour autant… Ni vraiment un roman, car l’histoire manque de corps, ni guide de développement personnel, ce livre est une bizarrerie, mais pas dans le bon sens du terme. Aussitôt lu, aussitôt oublié.


dimanche 16 octobre 2016

Camille et Merveille

Un roman de Ludovic Roubaudi, publié chez Serge Safran éditeur.


 
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Présentation de l'éditeur :
Quand il ne vend pas des couteaux à huître sur des foires, et qu'il ne discute pas avec Nadège, la vendeuse d'égouttoirs, Camille cherche à réconcilier ses deux voisins qui se haïssent : Mme Fillolit, vieille dame acariâtre, et Dlahba, le maçon slave et bougon. Lorsqu'il rencontre Merveille devant leur porte, son coeur chavire, sa vie bascule. Qui est vraiment cette jeune femme ? Un épais mystère l'entoure. Camille et Nadège enquêtent. Les voilà soudain accusés des pires crimes et menacés. Le mystère sera-t-il levé ? Les secrets de famille déterrés ? Seules conditions pour que Camille et Merveille puissent enfin s'aimer.



Camille et Merveille ou l’amour n’a pas de cœur est le récit d’un amour inattendu, un roman moderne plein de promesses qui démarre au quart de tour. Le narrateur, loquace, un rien gouailleur, ferre le chaland dès le premier chapitre. C’est son boulot, faut dire, il est démonstrateur dans les foires. Les mots sont ses amis, la littérature et le cinéma aussi, et s’il aime bien parfois jouer sur les registres langagiers, on sent que le gars a de la culture.
Il nous dépeint son quotidien, son boulot, ses voisins hauts en couleur et son associée, la belle Nadège qui a oublié d’être bête. Jusqu’au jour où, dans un coin de porte, il rencontre une femme qui va totalement chambouler son existence.
Cela commençait bien, le ton était plaisant, les personnages prometteurs, mais j’ai très vite déchanté. Il y a d’abord eu une remarque, de celles qui me mettent les nerfs en pelote :




« Je ne sais pas si les femmes subodorent la puissance de notre désir et le risque qu’elles prennent à compter sur notre retenue.
C’est à ce moment-là du désir que l’on prend conscience de la finesse du vernis de civilisation posé sur notre peau humaine. Un rien. Un souffle suffirait à nous plonger dans la barbarie et à nous pousser à prendre sans question ce que nous désirons. »



C’est avec ce genre de conneries qu’on justifie n’importe quoi… Je ne vais pas lancer un débat, mais le charme s’est brisé net et les défauts du texte autant que de l’intrigue sont devenus bien plus aigus.
Camille et Merveille, c'est l’histoire d’un coup de foudre et, comme chacun sait, on se lasse prestement de l’hébétude amoureuse. Des pages et des pages de Camille se pâmant devant une femme dont il n’est même pas pressé de connaître le prénom… C’était trop pour moi.
Cette poésie de la parole que l‘auteur tente d’insuffler à son texte finit par sonner creux. Entre références cinématographiques pêle-mêle et psychologie de comptoir, on se dit que la littérature de bobo ça va cinq minutes…
Il y a de jolis passages, mais rien qui sauve vraiment l’ensemble. J’ai en outre les incohérences en horreur, alors quand une conversation commence au téléphone et se termine de visu, forcément je grince des dents.
L’avantage de ce texte est qu’il se laisse lire ; les chapitres sont courts, les dialogues nombreux. C’est bien sa plus grande qualité. Pour le reste, ça n’a pas pris. Avec son ton patelin et sa prétendue sincérité, c’est un récit plein de prétendues vérités sur les hommes, les femmes, la maternité, assenées avec juste ce qu’il faut de prétention pour clore tout débat.
Ce qui m’a fait continuer ma lecture, outre le fait qu’il s’agissait d’un service presse, c’est que l’on se demande quand même un bout de temps qui ment dans cette affaire. Pourtant, même cela traîne en longueur et retombe comme un soufflé à la fin.
Ce fut une lecture décevante a bien des égards.


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samedi 24 octobre 2015

Phoebus Mortel

Un roman de Thomas Andrew, publié chez Sidh Press.


phoebus-mortel

Phoebus Mortel est une romance paranormale M/M, axée sur le personnage de Glen Landsbury, jeune homme de bonne famille qui vient d’entrer à Harvard.
N’ayant pas aimé le premier tome de Drek Carter (pour cause de héros aussi misogyne que bourrin), j’ai néanmoins tenté la lecture du spin off en me disant qu’un autre personnage me serait peut-être plus sympathique. Et puis on me promettait une belle histoire d’amour et de l’humour… Depuis le temps, je devrais savoir que les promesses de certains auteurs sont aussi fiables que celles des candidats à la présidentielle.
En ce qui concerne le capital sympathie du personnage, là aussi faudra faire avec. Vous vous souvenez des bijoux fantaisie qui changeaient de couleur selon la température du corps ? Eh bien, la personnalité de Glen, c’est un peu pareil… Quand le vent souffle, il tourne la tête. Il fait preuve de la même constance dans ses amours, notamment quand il s’excuse d’avoir trop longtemps pleuré son soi-disant grand amour ou qu’il est attiré par tous les mecs qui passent alors que la seconde d’avant il se morfondait encore, mais à propos de son séduisant colocataire cette fois. Et comme dans toute romance (ça devient de plus en plus lassant) Glen est irrésistible. S’il y a un gay dans le périmètre, il est pour lui. Qu’est-ce que ce serait si Killian, le fameux coloc’ source de tous ses fantasmes, n’était pas tout le temps sur son chemin pour l’empêcher de céder à ses pulsions…
La relation qui se construit petit à petit entre Glen et Killian est d’un ennui mortel (voilà au moins une partie du titre qui se justifie). Deux vraies girouettes… Les événements semblent se répéter inlassablement, comme si l’auteur avait voulu transformer une nouvelle en roman et peinait à meubler.
Le style n’arrange rien. J’ai décidément beaucoup de mal avec l’humour bien lourd de Thomas Andrew, mais aussi avec son usage du vocabulaire. Il y a une nuance dans l’usage des synonymes qui semble lui passer au-dessus de la tête.
Entre la cohérence qui avait décidé de prendre des vacances, les clichés de la romance qui filent aussi vite qu’un collant premier prix et les dialogues qui rappellent furieusement les sitcoms des années 80, j’ai payé cher ma curiosité.

dimanche 17 mai 2015

Nitescence, l'âme de la nuit T1

Une romance paranormale de Maria J. Romaley, publiée chez Rebelle.


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nitescence




Présentation de l'éditeur :
Une mère dont la vie n’a de sens que l’existence de son fils voit son monde basculer dans les méandres incertains d’une autre réalité. Là, règle une guerre, cachée aux yeux des mortels, entre des créatures mythiques dont seuls ses rêves pouvaient lui souffler l’existence.
Que faire quand on est partagé entre une passion interdite et un amour protecteur plus puissant que sa propre raison ? Que faire quand notre vie est menacée à chaque instant et que l’on entraîne avec nous, amis et famille ?
La mort n’est pas une réponse acceptable lorsque la vie d’un enfant est en jeu...



Prenez des anges et des démons. Donnez-leur un autre nom pioché dans une autre mythologie, parce que ça fait à la fois plus cool et plus ancien, mais n’exploitez absolument pas cette mythologie (sinon ça pourrait devenir trop original), deux ou trois mots en sanskrit sont amplement suffisants. Surtout n’oubliez pas de rendre vos anges et démons extrêmement manichéens : les gentils sont très gentils et lumineux, ils se nourrissent des bons sentiments des humains, les méchants sont très méchants et ont donc de grandes ailes sombres, évidemment ils bouffent des âmes humaines dès le petit-déjeuner (les céréales ne sont pas bonnes pour la ligne et les mauvais sentiments ne tiennent pas au corps). Utilisez tout cela pour mettre en valeur des amours interdites et vous obtiendrez ce roman.
Et moi j’ai passé l’âge. Si j’avais encore 12 ans et un bagage littéraire des plus succincts, sans doute aurais-je apprécié, mais là non, c’est trop immature. L’intrigue de fond, qui en fait ne sert que de prétexte, est délayée, c’est la romance qui importe et elle ne m’a pas emballée. Nous avons un héros froid et blessé par la vie (très original…) et une héroïne bien gentille qui semble être la réincarnation d’un bisounours, mais qui se trouve tellement banale qu’elle se sent obligée de le répéter une fois par page. Néanmoins, elle est exceptionnelle, ce qui la met en danger, alors il doit la protéger, trouvant enfin le nouveau but qui lui manquait pour supporter sa longue existence. Et ils s’aiment au premier regard, bien sûr, mais ne se comprennent pas… On enchaîne donc les quiproquos aussi bien que les platitudes et lieux communs. Je n’ai jamais vu autant de points d’interrogation à la page tant le tout semble être une suite ininterrompue de questionnements des personnages l’un à propos de l’autre… Pourquoi a-t-il fait-ci ? Pourquoi a-t-elle dit ça ? Pourquoi ai-je ouvert ce livre ? (Ah non, la dernière est de moi…) C’est usant à force. Ce n’est pas parce qu’il s’agit de romance paranormale que tout doit être cousu de fil blanc, d’autant qu’il y a de trop nombreuses incohérences dans ce récit, ce qui n’en améliore pas la vraisemblance.
En bref, je me suis terriblement ennuyée et j’aurais mieux fait de passer mon chemin.

mardi 10 mars 2015

Ella Enchanted / Ella au pays enchanté

Ella enchanted


Avant de parler du film, j’aimerais dire un mot sur le roman dont il est l’adaptation : Ella l’ensorcelée en français, qui est publié par L’école des loisirs. Il s’agit d’un excellent ouvrage qui peut être lu par des jeunes autant que des adultes, bien écrit, réfléchi, pas mièvre pour deux sous. Ma première lecture date d’une dizaine d’années au moins et je garde beaucoup d’affection pour cette belle histoire que je trouve très positive pour la gent féminine. L’intrigue s’inspire du conte de Cendrillon, que je n’affectionne guère car il a pour personnage central une jeune fille incapable de prendre son destin en main. Cendrillon subit les bonnes autant que les mauvaises choses qui lui arrivent. Ella l’ensorcelée nous offre une autre approche et une héroïne tout sauf fataliste. Si Ella se montre soumise, c’est qu’une fée lui a jeté un sort, pensant lui faire un beau cadeau (ou plutôt à ses proches…). Elle est forcée d’obéir dès qu’on lui donne un ordre, dût-il la mettre en péril. Elle se bat de toutes ses forces contre cela. C’est une jeune fille indépendante, intelligente, elle ne reste pas passive à attendre le prince qui la sauvera. Et, pourtant, prince il y aura…


Parce que j’ai aimé le roman et que la magie est encore présente quelques années plus tard, je n’étais pas tentée par l’idée de voir le film. J’avais peur qu’il gâche tout et, honnêtement, j’avais raison.
Cependant, ces derniers temps le roman m’est revenu en tête et je me suis dit que j’allais quand même essayer pour le Winter Mythic Challenge, après tout, peut-être serai-je agréablement surprise… Temps perdu, au final je ne sais même pas comment j’ai pu regarder ce film en entier.
Que dire ? Cela faisait longtemps que je n’avais rien vu d’aussi kitsch. Il reste peu de la trame du roman dans le scénario du film, si ce n’est le début, et même si je comprends la nécessité d’adapter un récit écrit pour une transmission plus visuelle, je m’interroge sur l’utilité de rajouter une intrigue secondaire (et les personnages qui vont avec) alors que l’on n’exploite pas vraiment la trame principale…
Mandy, la sage marraine d’Ella, devient une potiche, son père s’efface dans le décor, emportant avec lui une partie de la dynamique familiale complexe qui donne corps au récit, mais évidemment il n’en oublie pas de ramener à sa fille une méchante belle-mère et la progéniture dégénérée de celle-ci… Un peu trop dégénérée d’ailleurs. Et Ella se doit de se battre pour libérer des peuples opprimés qui n’ont rien à faire dans cette histoire…
L’humour est très lourd, il repose sur des anachronismes censément drôles et sur des acteurs qui sur-jouent un maximum, rendant ainsi l’histoire assez bêbête… La bande de filles décérébrées qui constitue le fan-club du prince m’a particulièrement écœurée.
Ce long-métrage ne nous offre qu’une héroïne insipide, un prince qui n’a rien de charmant, à part son nom, des méchants plus pathétiques les uns que les autres, une intrigue sur le racisme construite de bric et de broc et une fin particulièrement ridicule…
La morale de l’histoire, si belle dans le roman, devient complètement neuneu. Ce film amusera sans doute les très jeunes enfants grâce aux gags visuels, mais il ne vole vraiment pas haut, préférez-lui de loin le roman.


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challenge WMF

Challenge Winter Mythic Fiction