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lundi 30 mai 2022

Anne d'Avonlea

Un roman de Lucy Maud Montgomery publié chez Monsieur Toussaint Louverture pour les versions papier et numérique, chez Audible pour la version audio lue par Lola Naymark.

Vous pouvez aussi consulter ma chronique du premier tome de la série : Anne de Green Gables.

Présentation de l'éditeur :

Avec ce deuxième roman, Lucy Maud Montgomery continue de déployer sous nos yeux fascinés l’univers enchanteur qu’elle a créé autour d’Anne Shirley, l’orpheline idéaliste aux yeux clairs et aux cheveux roux adoptée par erreur. 

Entre les amis de toujours, qu’on aime retrouver, et les nouveaux venus, si intéressants, entre les idées saugrenues qu’on ne peut museler, et le bon sens qui, désormais, pointe son nez, Anne nous entraîne dans les aléas de la vie douce et enchanteresse d’un village un peu hors du temps. 

À travers les joies et les peines qui font la trame du quotidien, le style si frais et poétique de Lucy Maud Montgomery porte la voix d’Anne dans les péripéties, les rêveries et les moments de tendresse. Après Green Gables, quel plaisir d’enfin découvrir Avonlea !
C’est toujours un plaisir de retrouver Anne Shirley et son imagination débordante. Ce tome est pour elle celui de la transition. Elle n’est pas encore prête à s’envoler du nid et se trouve à un âge charnière entre l’enfant et la femme. Bien qu’elle ait de nombreuses responsabilités d’adulte, dans son foyer ou dans son travail, elle doit encore grandir. Elle fait ses premiers pas en tant qu’institutrice dans son ancienne école et, si elle est bien jeune, elle n’en est pas moins responsable. Elle a conscience que certains de ses élèves ne sont rien moins que ses anciens camarades de classe.
La petite fille à l’imagination hyperactive est devenue une jeune fille sensée, toujours pleine d’idéaux et de rêves, toujours en quête de poésie dans les petites choses du quotidien, et c’est comme cela qu’on l’aime. Elle reste encline à se mettre dans des situations impossibles, mais elle assume ses erreurs et essaie de les réparer de son mieux. 
Dans ce volume, elle tente de se faire à sa nouvelle place dans la société, en tant que jeune institutrice mais aussi en tant que citoyenne en s’impliquant dans la vie du village avec ses camarades jeunes adultes. Ses amitiés évoluent. Elle rencontre de nouvelles personnes. Puis, surtout, elle doit trouver son équilibre entre la théorie et la pratique dans son école. Et ce ne sont pas forcément les enfants qui vont lui causer le plus de difficultés…
Certes, on peut avoir du mal avec les principes quelque peu vieillots — et bigots — délayés dans ce roman, mais il faut aussi le remettre dans son contexte. Je ne trouve pas cela gênant. Pour ma part, j’aime beaucoup les interactions d’Anne avec les enfants et la tendresse qui en émane. Il est clair qu’elle a à cœur de faire de son mieux et de leur apporter, outre l’instruction nécessaire, ce qu’elle peut de sa sensibilité et de sa joie de vivre. Elle veut avant tout en faire de futurs adultes heureux.
Cependant, ses petits élèves ne sont pas les seuls enfants dont elle doit s’occuper. Ce tome voit l’arrivée de Davy et Dora à Green Gables. J’aime moins les passages concernant les jumeaux, ils sont un peu caricaturaux, mais ils ont leur charme quand on apprécie les facéties enfantines.
J’avoue que ce tome n’est pas mon favori, même si certaines passages sont délicieux et semblent tout droit sortis de contes de fées. On y retrouve cette écriture douce et positive qui apaise l’âme et rend le monde un peu meilleur. J’ai un faible pour les rêveries de Paul, le jardin d’Hester et le merveilleux pavillon aux échos de Mademoiselle Lavendar.
J’ai pris grand plaisir à écouter ce roman. Lola Naymark est une bonne lectrice, même si elle donne parfois à Anne un air un peu halluciné. J’admets toutefois que le personnage est écrasant de gentillesse et de positivité, il peut être assez difficile de trouver le bon équilibre qui empêche l’enthousiasme et la joie de vivre de se changer en niaiserie. La lectrice a fait de son mieux, mais je n’ai eu de cesse de la comparer à Alison Wheeler, qui a narré le premier tome, et qui selon moi l’a fait avec brio. J’apprécie néanmoins le format et je vais continuer mon écoute avec le tome suivant. Cela reste une belle manière de découvrir ou redécouvrir cette série.

lundi 21 mars 2022

Anne de Green Gables

Un roman de Lucy Maud Montgomery publié chez Monsieur Toussaint Louverture pour les versions papier et numérique, chez Audible pour la version audio lue par Alison Wheeler.

Présentation de l'éditeur :

Cheveux désespérément roux, visage constellé de taches de rousseur, Anne Shirley est une petite fille curieuse, pleine d'énergie, souvent perdue dans ses pensées, parfois d'une gravité solennelle, sans aucun doute intemporelle. Difficile de résister à ce petit bout d'humanité de onze ans parfaitement imparfait, héroïne d'une série de romans qui a su conquérir des millions de lecteurs à travers le monde, Anne de Green Gables, écrit par Lucy Maud Montgomery, et dont le premier tome parut en 1908.

Orpheline à l'esprit vif, à l'imagination sans bornes et qui adore employer de "grands mots", Anne se retrouve par erreur chez Marilla et Matthew Cuthbert qui attendaient un garçon pour les aider à la ferme. Féministe involontaire, romantique impénitente, elle est impulsive, dramatique, maligne, drôle, et telle une authentique naïve, elle va bousculer le calme et la monotonie de la vie à Green Gables, en semant partout joies et rêveries, en dénichant la beauté dans les moindres recoins, en ne s'exprimant qu'en points d'exclamation, même dans "les affres du désespoir".

Il était une fois une petite orpheline romantique à l’imagination hyperactive envoyée par erreur chez des gens qui voulaient un garçon… Bien sûr ils vont s’en enticher, mais comment faire autrement ? Anne est très attachante. Rêveuse et étourdie, elle commet de nombreuses bêtises malgré sa volonté de bien faire. Ce roman qui raconte les débuts de sa vie à Avonlea et son passage de l’état de petite fille à celui de jeune femme presque adulte est un véritable bonheur. Les amitiés ou inimitiés de la fillette, sa propension à se perdre dans une imagination exubérante qui prête souvent à sourire, ses aspirations et ses mésaventures forment un récit délicieux aussi bien que réconfortant. Il y a là quelque chose qui nous ramène au temps plus insouciant de notre propre enfance, quand bien même elle serait très différente de celle d’Anne.
Vous connaissez forcément Anne Shirley, ne serait-ce que grâce à la dernière adaptation en date, très libre et néanmoins superbe, de ses aventures sur Netflix. Mais avez-vous lu ce classique de la littérature canadienne ? Si ce n’est pas le cas, je suis ravie de vous annoncer qu’Anne revient dans une nouvelle traduction. C’est un grand plaisir de la retrouver, d’autant plus que l’éditeur a pensé à rendre ce roman accessible dans différents formats.
Si vous voulez découvrir la vie d’Anne Shirley ce sera donc à votre convenance, soit dans un très beau livre, une édition vraiment soignée, élégante et au coût très raisonnable, soit une version numérique à petit prix, soit en audiolecture dématérialisée via audible. Voilà de quoi satisfaire tout à la fois les amoureux des beaux livres, les gens qui manquent de place, les malvoyants et les rêveurs qui aiment qu’on leur raconte de belles histoires.
Quand on aime, on ne compte pas, j’ai donc la version papier (et les suites parues jusqu’à présent. Ces livres sont tellement beaux qu’Anne elle-même en tomberait en pâmoison), mais je n’ai pas pu résister à la version audio après avoir écouté l’extrait. Celle-ci est vraiment très réussie et fut un plaisir à écouter. Alison Wheeler est une excellente narratrice, son interprétation possède la fraîcheur et l’enthousiasme parfaits pour ce roman. Je n’ai pas senti les chapitres défiler, même en connaissant l’histoire. Cela m’a convaincue de me procurer les prochains volumes en audio aussi, même si je suis un peu désappointée de savoir qu’ils seront narrés par d’autres personnes.
Quoi qu’il en soit, je vous encourage à profiter de cette belle réédition pour découvrir ou redécouvrir ce superbe classique.

samedi 31 décembre 2011

Derrière le masque

Ou le pouvoir d'une femme.

Un roman écrit par Louisa May Alcott, publié aux éditions Interférences. (Étant d'une futilité grandissime, je ne peux m'empêcher de vous dire que leur papier est génial.)
Il existe également en version poche aux éditions Joëlle Losfeld.

Quatrième de couverture :
Qui se cache sous le masque de Louisa May Alcott, l'auteur des Quatre filles du Dr March ?
Mondialement connue pour ses romans destinés à la jeunesse, Louisa May Alcott écrivait aussi sous des pseudonymes de troublantes histoires de secrets de famille, de vengeance et de pouvoir, dans lesquelles des femmes indépendantes se libèrent des préjugés pour prendre leur revanche sur un monde masculin qui cherche à les enfermer dans un carcan de conventions.
Doubles vies, doubles visages, faux-semblants et illusions : ici, personne n'est ce qu'il paraît être. De même que l'auteur pénètre par un subterfuge dans l'Amérique littéraire du XIXe siècle, l'héroïne de Derrière le masque s'introduit dans l'aristocratie anglaise grâce à une mystification.
Si l'énigme à la fois littéraire et psychologique que représente cet écrivain est déjà connue du public anglo-saxon depuis une trentaine d'années, c'est seulement aujourd'hui que le lecteur français va pouvoir enfin découvrir l'envers ténébreux de son œuvre.
Ce roman ambigu contient sans doute l'une des clés du mystère Louisa May Alcott.

Il s'agit donc, comme la quatrième de couverture nous le promet, d'un roman sur les apparences, la manipulation et la réussite sociale, mais qui, s'il est habilement mené, n'est pas non plus exceptionnel et en tout cas n'apporte rien de bien nouveau au genre.
Jean Muir, gouvernante de son état et nouvellement admise dans le foyer d'une famille de la noblesse, semble avoir un certain goût du spectacle. De fait, on voit dès le départ où la petite ambitieuse souhaite en venir. Mais y réussira-t-elle ?
Derrière le masque fait partie d'une série de romans que Louisa May Alcott publia sous pseudonyme. Elle affectionnait les ouvrages de littérature populaire, romans feuilletons, univers noirs et gothiques, comme elle en faisait d'ailleurs écrire à sa Jo. De fait, c'est ce qu'elle a mis en scène dans ses propres romans qui s'apparentent à de la littérature de sensation pour leur époque.
Derrière le masque n'est pas le plus fantasmagorique ou extravagant, ni celui qui fait montre du plus grand talent. Il est certes très bien écrit, use de quelques ressorts typiques du roman feuilleton, bien qu'il n'en soit pas un, mais il reste sans surprise majeure.
C'est pourtant un roman qui ne manque pas de finesse et dont le cynisme est fort plaisant. Il dépeint surtout la nature humaine, grossissant légèrement le trait, mais pas tant que dans d'autres ouvrages de son auteur, en cela il reste plutôt crédible et agréable. Il a aussi un petit quelque chose de désuet qui ne manque pas de charme et séduira sans doute les amateurs de romans noirs poussiéreux (le terme n'étant pas péjoratif, d'ailleurs je m'inclus dans le lot).
Il se lit très vite, bien que l'histoire n'en paraisse pas moins un peu longuette pour le lecteur qui, sachant à quoi s'attendre, peine un peu face à la naïveté des Coventry. S'il est vrai qu'ils méritent assez qu'on essaie de les duper et que l'héroïne s'y prend plutôt bien, le fait de savoir dès le départ qu'elle joue un rôle enlève un peu de subtilité à l'histoire, même si la fin reste peu assurée jusqu'à l'avant-dernier chapitre. Et, surtout, c'est l'exagération permanente de Jean Muir dans son jeu qui devient un peu agaçante à mesure que l'histoire avance.
Sur le pouvoir de séduction et les artifices dont usent les femmes pour séduire même les plus récalcitrants, j'ai préféré la pièce de Goldoni : La Locandiera. La fin y est certes plus mitigée, avec une morale un brin trop masculine, même si hommes et femmes en prennent chacun pour leur grade, mais l'auteur y a déployé plus de subtilité et d'élégance dans sa description des ruses féminines.
Derrière le masque n'en est pas moins un bon livre, fort distrayant, et il est toujours plaisant de découvrir d'autres écrits de Louisa May Alcott que ses si célèbres Quatre Filles du Docteur March.

mercredi 28 décembre 2011

La Lettre Ecarlate de Nathaniel Hawthorne

Des écrits de Nathaniel Hawthorne, je crois bien n’avoir jamais lu que des extraits en cours de littérature ou de traduction. Et j’avais depuis longtemps envie de lire La lettre Écarlate, entre autres de ses travaux. En cela, le défi lecture d’ABFA et Vampires & Sorcières m’a fourni une très bonne occasion et je ne le regrette pas.

Un mot d’abord concernant l’introduction dans laquelle l’auteur nous explique, tout en circonvolutions et anecdotes, car il en va ainsi de son écriture, très évocatrice, mais aussi fluide et capricieuse qu’un fleuve, comment cette histoire lui échut et pour quelles raisons il devait impérativement nous la raconter. Ce texte fut à lui seul un excellent moment de lecture tant j’ai apprécié les réflexions d’Hawthorne concernant l’écriture et le métier d’écrivain, mais également grâce à l’éclat tout particulier de son style, à la fois élégant et tortueux. Tout cela savamment mêlé nous laisse apprécier quel personnage il devait être : homme brillant à l’esprit vif, dont l’imagination ardente et la sensibilité exacerbée, tout autant que son humour extrêmement pointu et caustique, imprégnaient l’écriture. Il savait ne pas s’égarer, ni perdre son lecteur au détour de ses apartés ou autres écarts accordés au fil principal de son récit. Le tout reste donc plaisant malgré tant de tours et détours.
Instructive, drôle, mais aussi émouvante par bien des aspects, cette antichambre du récit a suffi à me conquérir. Et l’histoire elle-même n’a fait que renforcer mon sentiment. Mais je vous dois d’abord un mot sur l’essence-même de celle-ci…
C’est d’abord l’histoire d’une femme, Hester Prynne, condamnée à porter sur sa poitrine un signe infamant : la fameuse lettre écarlate, un A comme adultère, mais c’est surtout, au final, l’étrange histoire de la façon dont l’esprit humain peut vivre sa honte, son remords, sa frustration ou sa vengeance, entre autres sentiments impérieux. En cela, Hawthorne a fait un magnifique travail sur la psychologie de ses personnages car même si elle ne nous en paraît pas moins excessive ou curieuse à nous dont les mœurs sont ceux de notre époque, elle fait montre d’une grande finesse qui, j’en suis sûre, me marquera longtemps.
Ce récit est de nature à mortifier son lecteur. Qu’on soit ou non dérouté par les réactions des personnages, par l’importance omniprésente de la religion dans leur vie, leurs pensées comme leurs actes, ou simplement par une façon de penser si différente de la nôtre, on ne peut qu’être emporté par cette histoire. C’est là que résidait tout le talent de conteur de Hawthorne, menant son lecteur par le bout du nez, il le faisait passer d’un point à l’autre de toute une palette d’émotions. Son écriture elle-même est fascinante, et je pèse ce mot. Il avait une capacité incroyable à évoquer certaines scènes et émotions à tel point qu’elles se muent en fantômes, évanescents mais pourtant quasiment palpables, sous les yeux du lecteur qui est pourtant bien loin de l’esprit qui anime ce récit.
S’il a distillé beaucoup moins d’humour dans ce texte-ci, bien qu’il y en ait un peu, discret, caché au détour d’une des phrases fleuves qu’il semblait affectionner, c’est sans doute pour mieux rendre son récit vivant et vibrant d’émotion. Et c’est une réussite car il a vraiment su insuffler à ses mots quelque chose de cet élan surnaturel vers lequel le portait sa si fine sensibilité. C’est ce style si puissamment évocateur qui fait de La Lettre Écarlate un récit si prenant et poignant qui restera gravé dans ma mémoire.

*

mercredi 16 novembre 2011

Les contes de la bécasse

Un recueil de nouvelles de Guy de Maupassant.

Pour une fois, je vais me payer le luxe de vous résumer moi-même l’amorce du recueil.
Imaginez une tablée de gros bourrins de chasseurs (j’ai le droit d’en dire du mal, mon père pourrait en être) dont l’hôte a deux passions : les histoires et tirer le pigeon depuis sa fenêtre…
Parce qu’il est paralysé le gars, faut le savoir, et ne pouvant plus aller gambader en forêt il a trouvé l’alternative de poster un valet dans les buissons qui de temps en temps lui lâche des pigeons… C’est pathétique et c’est à peu près le gros de ses occupations…
Il adore également inviter tous ses grands copains à chasser sur son domaine, se réjouir du moindre coup de fusil, toujours posté à sa fenêtre et organiser le soir des banquets où l’on s’empiffre de gibier. (Je vous promets, je n’ai rien de particulier contre les chasseurs. Contre les viandards par contre… Ahem…)
Mais revenons à nos moutons (à défaut d’un autre mot qui ferait la rime), pour allier les deux passions précitées, notre hôte n’a rien trouvé de mieux que de réinventer le jeu de la bouteille, mais avec une tête de bécasse… Celui que désigne le bec a le droit, non pas de bécoter un de ses convives (ou alors plus tard dans la soirée peut-être) mais de croquer toutes les têtes de bécasses. Il devra en revanche raconter en retour une histoire à ses compères.
Qu’est-ce qu’on se marre durant les repas de chasseurs…
Et c’est ainsi que naît l’excuse qui permet à l’auteur de nous raconter toutes ces petites histoires…
Je vous en épargne le détail, bien évidemment, mais vous laisse mon avis sur l’ensemble à vous mettre sous la dent si je n’ai pas réussi à vous dégoûter de cet ouvrage.

Bon, il faut le savoir pour commencer : je n’aime pas les écrits de Maupassant. Rien de ce que j’ai pu lire de lui, qu’il s’agisse de lectures imposées par des professeurs sadiques (ou pire, ayant tout simplement mauvais goût) ou de choix personnels, n’a trouvé grâce à mes yeux, même si certains textes m’ont marquée.
C’est le titre de cet ouvrage qui m’a intriguée et je n’ai pas lu le résumé de crainte de me décourager d’emblée. Et puis je me suis dit qu’il était temps de réessayer… Même si je ne m’attendais pas à ce que mon point de vue sur cet auteur change radicalement, faut pas rêver… (Et puis comme chacun sait je suis aussi un peu maso…)
Sur l’écriture elle-même il n’y a rien à dire. Le style n’est pas mauvais en soi, évidemment, mais n’a rien d’exceptionnel non plus. Il n’est ni poétique, ni élégant, ni vraiment travaillé. C’est de la simplicité crue, concise, le moyen nécessaire au récit plus que l’écrin de celui-ci. C’est Maupassant quoi… Avec lui ce n’est pas l’écriture qui compte, ni la façon de raconter, c’est la nature humaine sous le vernis qui s‘écaille. Et si je ne trouve pas toujours moi-même un intérêt à son propos, c’est sans doute parce qu’il est extrêmement réaliste et que la réalité étant à ma porte, je n’ai pas besoin non plus qu’il me la raconte.
L’avantage de plusieurs histoires courtes est évidemment qu’on se lasse moins vite, mais ce ne fut néanmoins pas une lecture des plus plaisantes.
La forme de ce recueil est somme toute très classique : une petite histoire en introduction sert de lien à tous les récits qui suivent. Ceux-ci n’auraient autrement aucune cohésion. Leurs deux seuls points communs sont qu’ils se passent pour la plupart en Normandie et qu’ils nous démontrent à quel point l’humanité est pourrie jusqu’à la moelle…
Faut croire que tous ces chasseurs ont le vin mauvais. Ils ne trouvent à nous raconter que des histoires plutôt sinistres. C’est un peu un florilège de sentiments humains, parmi les pires pour la plupart. On glisse du dégoût à la nostalgie, en passant par l’effroi, on est confronté à l’avarice, la bêtise et la rustrerie. Certaines histoires sont cruelles et rudes, voire même sordides, d’autres d’une grinçante ironie, certaines sont denses et pleines de réflexion, d’autres d’une clarté vaporeuse et intangible. Oui, il y a un moment où je me suis prise au jeu. Mais ça n’a pas duré…
Ces récits mettent en scène la bêtise et tous les travers de l’humanité, s’en moquent parfois mais les regardent de loin en général. Ils sont souvent empreints d’une profonde misogynie et d’un détachement dérangeant. C’est ce que j’appellerai pour ma part de l’horreur ordinaire, réaliste, et c’est pour ça qu’elle est dérangeante. Les chasseurs, eux, semblent plus s’en réjouir qu’autre chose. Quant à moi, j’ai du mal avec ça, tout simplement. Je ne suis pas naïve non plus, mais c’est la façon de traiter le sujet qui m’a ennuyée.
Pourtant toutes les histoires ne sont pas si déplaisantes. Certaines sont même assez drôles. L’une, d’une nostalgie triste et légère a su éveiller mon intérêt. Une autre encore a su me plaire pour la réflexion sur la peur qui en est le fil conducteur. Mais je me suis surtout beaucoup ennuyée et très franchement cet ouvrage aurait pu continuer plus longtemps à manquer à ma culture sans que cela ne me pose de problème majeur…

dimanche 28 août 2011

Un mort encombrant

Roman de Robert Louis Stevenson.
Que vous pouvez également rencontrer sous le titre Le Mort Vivant. Et s'il vous sied de le lire, vous le trouverez là sous forme de ebook.

Imaginez... L'époque victorienne pétrie de toutes ses valeurs et sa bonne éducation, un vieil homme qui, au lieu d'administrer correctement les biens de ses pupilles, a passé sa vie à emmagasiner des connaissances toutes plus inutiles et absurdes les unes que les autres et dont le seul plaisir est de les partager avec autrui... (En gros c'est un insupportable et invétéré bavard qui est persuadé d’œuvrer à l'éducation des masses.) Imaginez aussi l'aîné de ses neveux, un homme pleurnicheur, pas très futé mais extrêmement près de ses sous qui a toujours un peu l'impression d'être persécuté et qui passe son temps à courir après ce qu'il n'a pas plutôt que de faire fructifier ce qu'il a en main...
C'est là que se noue le problème, car même si le vieux Joseph cède volontiers l'administration de tout ce qui reste de sa fortune à son neveux, ainsi que sa demeure et l'affaire dans laquelle il a investi mal-à-propos les biens de ses pupilles, il manque encore une certaine somme. Or, étant, avec son frère aîné, le dernier en lice pour la gain d'une tontine (les participants mettent tous la même somme sur un compte, le dernier en vie empoche la totalité avec les intérêts,) le vieil oncle accepte également de la céder à son neveu s'il l'emporte... Le jeune Maurice commence alors à voir son oncle comme un investissement et le couve de soins aussi jaloux qu'insupportables.
Cela pourrait s'arrêter là si Maurice n'était pas un paranoïaque patenté et si un accident de train ne venait pas d'un coup bouleverser ses plans. Car, après tout, l'oncle Joseph vaut-il finalement plus mort ou vivant ? Et surtout, dans lequel de ces états est-il le plus encombrant ?

Ce roman, qui n'a d'autre but que celui de divertir son lecteur, remplit définitivement bien son office. Il faut le dire : c'est furieusement drôle.
Il y a l'histoire d'abord, rocambolesque, à la limite de l'absurde parfois (terriblement anglaise dans son humour en somme), servie par une pléiade de personnages aussi hauts-en-couleurs qu'exaspérants, tous plus cinglés et stupides et les uns que les autres. Mais surtout il y a l'écriture, subtile, cynique, extrêmement sarcastique et grinçante, avec son humour incisif qui compense souvent les plus lourdes circonvolutions de cette histoire quand elle est le plus invraisemblable. Il faut dire qu'elle a parfois des allures de pyramide de dominos, sans parler des effets boule de neige qui accompagne la chute desdits dominos...
Je me suis néanmoins beaucoup amusée avec ces personnages qui choisissent toujours la solution la plus compliquée et abracadabrante, qui s'emmêlent dans leurs mensonges, dans leur lâcheté et surtout dans leur imbécilité.
Il n'y a qu'au chapitre neuf que j'ai un peu décroché, le tout devenant un peu trop délirant à mon goût (toujours du point de vue de l'histoire). Mais c'était globalement plaisant et, surtout, j'ai adoré les remarques de l'auteur, caustiques au dernier degré, les meilleures survenant toujours quand on si attend le moins, pince-sans-rire, au détour d'une phrase anodine.
Il se moque de sa société et de ses contemporains, de lui-même et de son écriture, des artifices dont il joue aussi bien que de son histoire, avec ses coïncidences si faciles et pleinement assumées qu'il distille sans pitié au long du roman, tout comme il se moque de ses déplorables personnages, de leurs faiblesses, de leur stupidité et de la vie en général.
Ce fut une très agréable lecture, il y avait longtemps qu'un roman ne m'avait pas fait rire à ce point.

samedi 16 avril 2011

La locandiera

Comédie en trois actes de Carlo Goldoni.

Mirandolina tient une auberge dans la Florence du XVIIIème siècle. Elle est séduisante et en a bien conscience, les clients se disputent pour ses beaux yeux. Aussi habile à la manipulation qu'elle est belle, elle sait bien quelles limites elle ne doit pas dépasser et tout en n'encourageant jamais ni ne promettant rien - si ce n'est à son valet qu'elle a juré d'épouser et qu'elle fait tourner en bourrique depuis des lustres - elle entretient les sentiments de ses admirateurs.
Mais il y a un homme qui d'emblée ne se montre pas aussi empressé que les autres, un chevalier qui n'hésite pas à la rudoyer, qui se déclare ouvertement misogyne... C'en est vite trop pour Mirandolina qui décide de le remettre à sa place et de le séduire pour lui montrer que les femmes ont vite fait de prendre l'ascendant sur n'importe quel homme...

Nous avons donc une femme sûre de son pouvoir de séduction et de son intelligence, qui prétend du reste défendre la cause de son sexe, un chevalier qui a une piètre opinion de la gent féminine et qui le fait savoir à tout un chacun, un valet amoureux et, de fait, jaloux, des comédiennes en goguette qui cherchent à grappiller quelques présents et faveurs, ainsi qu'en guise de soupirants pour notre rusée aubergiste : un marquis sans le sou et un comte parvenu. Voilà de quoi faire une bonne pièce, sans doute, mais elle ne me marquera pas plus que cela...
Évidemment le théâtre est toujours mieux joué que lu et j'aurais certainement plus apprécié cette pièce en la voyant... En la lisant par contre je me suis quelque peu ennuyée et les effets comiques entourant l'histoire principale n'y ont rien changé.
J'ai apprécié certaines scènes et trouvé Mirandolina très crédible dans les deux premiers actes. L'opposition comique entre le comte qui doit son titre à sa richesse et le marquis, de vieille noblesse, qui est un vrai pique-assiette est assez amusante, mais le serait plus si elle n'avait pas vite versé dans l'excès. J'ai eu juste envie d'attraper le marquis et de le virer de la scène, comme j'ai eu envie de le faire pour les deux comédiennes qui deviennent vite agaçantes (surtout Ortensia, Dejanira, elle, apporte un peu de fraîcheur à l'ensemble.)
J'ai trouvé tout ceci trop long et trop tarabiscoté, même en prenant en compte l'exagération propre (et nécessaire) au théâtre en général et à la comédie en particulier.
Mirandolina est un personnage très intéressant et Goldoni a vraiment bien brossé et rendu sa rouerie en mettant au jour de nombreuses ficelles de séduction dont la réussite n'est plus à démontrer. Elle flatte notamment les penchants du chevalier, puis se montre soumise et empressée à le servir, ensuite, une fois sa sympathie gagnée elle se contente surtout de silence pour laisser s'installer le quiproquo sans avoir rien à faire d'autre que d'être présente. Par contraste avec les comédiennes de l'époque dont il est couramment admis qu'elles étaient des coureuses toujours prêtes à se faire entretenir et donc à faire métier de leur séduction, Goldoni nous montre qu'il faut se méfier plus encore de celles qui semblent ne pas chercher à séduire. En effet, les comédiennes n'arrivent à rien avec le chevalier, Mirandolina, elle, plus rusée, plus dissimulatrice et en même temps plus honnête, car elle le laisse se faire des idées plus qu'elle ne lui fait des avances, parvient à le rendre fou alors qu'il a bien conscience de ce qu'elle est en train de faire et qu'il se précipite dans la toile qu'il a lui-même tissée. Mais elle l'a ferré, quand bien même il essaie de fuir, il sait qu'il est perdu...
Si la première partie de la pièce est très significative et pas dénuée d'une certaine logique, la suite m'a par contre laissée dubitative. S'il nous prouve à quel point une femme sait s'y prendre pour obtenir ce qu'elle veut, et même au-delà de ses espérances, Goldoni nous démontre aussi que le chevalier a finalement bien raison d'être misogyne...
C'est peut-être parce que je suis une femme que cette histoire m'a dérangée, d'une certaine manière. Mirandolina, toute rusée qu'elle est, s'enlise dans ses manigances et finit par ne plus pouvoir s'en sortir sans le secours des hommes. Bien fait pour elle, me dira-t-on et je penserai de même, seulement ça manque de cohérence dans ce contexte, c'est une morale de complaisance... Et même si les personnages masculins n'en sortent pas vraiment grandis, la fin ne me fait pas moins l'effet d'un cours d'eau qu'on aurait dévié par caprice au lieu de le laisser aller dans son lit naturel...
Mirandolina est pourtant celle qui s'en tire le mieux au final, obligée de se marier, mais l'étant déjà de toute façon, elle pense à cette union comme à une mascarade qui l'arrange bien mais ne la privera pas de sa liberté. Fabrizio, le valet, est quant à lui ravi d'obtenir ce qu'il voulait, sans se rendre compte qu'il n'en a pas fini avec les frasques de sa charmante future épouse, le marquis et le comte se sont fait retourner comme des crêpes et en plus sont contents, le chevalier a décidé de fuir définitivement les femmes... On n'est pas loin en fait du début de la pièce...
Ça aura au moins eu le mérite de me faire travailler un peu mon italien.

C'était ma lecture théâtre pour le défi d'ABFA et de Vampires & Sorcières.


jeudi 14 avril 2011

Grand-mère, tableaux de la vie campagnarde

Un roman de Božena Němcová, publié aux éditions Zoé, collection les Classiques du monde, sous le titre Babitchka.
ISBN : 9782881826283.

Présentation de l'éditeur :
La babitchka (grand-mère en tchèque) de Bozena Nemcova est devenue au fil des ans la grand-mère la plus célèbre, la plus célébrée et la plus choyée de la littérature romanesque tchèque. D'un regard serein, cette vieille femme observe les saisons défiler sur une petite vallée de Bohême et lorsque celle-ci se voit troublée par les catastrophes naturelles, par la présence de l'armée, les vicissitudes de l'amour, la tragédie amoureuse ou la folie, sa sagesse et son humour, en quelques mots, ramènent calme et gaieté sur ce petit coin d'univers. Premier grand roman de la littérature tchèque, " chaleureux comme la parole maternelle " (Jaroslav Seifert), Babitchka (Babicka) fait l'objet d'un véritable culte dans son pays. La vallée de Ratiborice, au nord-est de la Bohême, rebaptisée " Vallée de Babitchka ", continue d'être visitée, et le roman, trois fois adapté à l'écran, a connu plus d'une centaine d'éditions.

Puisque ce livre fait partie de la liste que j'ai proposée à Azilys et qu'il est l'un de ceux qui m'ont profondément marquée, je me suis dit qu'il méritait bien que j'en parle un peu ici...
En vérité ce billet date du 2 janvier 2009, je l'avais posté sur un autre de mes blogs et en le relisant je me suis dit que je ne pourrais pas mieux expliquer ce que j'ai aimé dans ce livre...

C’est une lecture très apaisante, avec des personnages attachants et une histoire délectable que j’ai dégustée chapitre par chapitre, car je savais bien qu’elle me laisserait nostalgique… Quitter cette grand-mère a été un peu comme quitter la mienne. J’ai ressenti une sorte de tristesse et, paradoxalement, une impression d’accomplissement.
Oui, je crois qu’au final c’est ce que j’ai le plus retenu de cette lecture, cette sensation d’accomplissement et je crois sincèrement que c’était l’effet recherché par l’auteur car Grand-mère a vécu son existence selon ses propres principes, en acceptant toujours ce que chaque jour lui apportait. Comment ce que m’évoque cette lecture aurait-il pu alors être différent quand de cette vie se dégage un tel sentiment de sérénité et de complétude ?
C’est un magnifique roman, teinté de cette vision idéalisée que l’on garde des moments heureux de son enfance et qui lui donne des allures de conte. C’est le roman d’une fillette (comment, entourée de conteurs comme elle l’était, aurait-elle pu éviter de devenir une si talentueuse conteuse ?) qui a un jour promis à sa grand-mère de ne pas oublier ses paroles et qui en lui rendant hommage avec ce livre a fait aussi un très beau cadeau à son pays.
J’ai tendance à croire que ce qui crée une identité nationale, outre une langue, une culture et des traditions communes, ce sont les légendes, les histoires et personnages locaux. Ce sont nos « mythes » et ils maintiennent une cohésion dans notre culture en lui donnant corps, ils nous font nous sentir proches les uns des autres car ils nous montrent ce que nous avons en commun. Nous chérissons ces personnages un peu comme des membres de notre famille.
Et ce roman nous parle d’une grand-mère qui a conscience d’être à un carrefour entre son ancien monde et le nouveau qui est celui de ses petits-enfants (même si je crois qu’on est toujours entre deux mondes), une grand-mère qui aime son pays, sa langue maternelle et qui est, dans sa famille comme pour ses voisins, une gardienne de la tradition qu’elle entretient et transmet à son entourage. Ainsi cet ouvrage, à son tour, nous transmet un peu de cette tradition. Les chapitres sont des tableaux peints au fil de l’an (même si les événements sont survenus sur plusieurs années, comme l’auteur le sous-entend parfois, le roman est conçu comme une boucle qui suit le mouvement des saisons et nous dévoile certaines traditions, des habitudes ou travaux qui rythment le quotidien des gens, comme un almanach qui serait constitué d’anecdotes et de récits.)
C’est une merveille, un pur moment de bonheur, une lecture que je ne peux que vous conseiller ardemment.