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vendredi 6 novembre 2020

Gris Présages, Meg Corbyn T3

Un roman d'Anne Bishop, publié chez Milady.

Lettres Écarlates, Meg Corbyn T1
Volée noire, Meg Corbyn T2


Présentation de l'éditeur :

Depuis que les Autres ont libéré les cassandra sangue de l’esclavage, les fragiles prophétesses du sang courent un grave danger. Simon Wolfgard, chef des terra indigene de l’Enclos de Lakeside, n’a d’autre choix que de faire appel à Meg Corbyn. En effet, les entailles de la jeune femme révèlent d’étranges visions qui sont pour Simon le seul espoir de mettre un terme au conflit. Son sacrifice est nécessaire, car l’ombre de la guerre s’étend de l’autre côté́ de l’Atlantik, et les conspirations d’un groupuscule extrémiste menacent de la propager à Thaisia...

J’ai retrouvé avec plaisir Meg et les autres habitants de l’Enclos de Lakeside. Je me suis même demandé pourquoi j’ai attendu si longtemps avant de lire ce tome, d’autant qu’une fois la première page tournée, j’ai eu beaucoup de mal à le lâcher.
Lire Anne Bishop est toujours agréable. Sa façon de raconter y est pour beaucoup, bien sûr, mais surtout elle sait gérer ses différentes intrigues de manière à garder l’attention du lecteur. Chaque tome possède son arc de base, en plus de petites circonvolutions secondaires, mais toutes servent le plan global de la pentalogie dont ce troisième volume est le pivot.
Si j’apprécie les séries — quand le nombre de volumes est raisonnable comme c’est le cas pour celle-ci — c’est avant tout pour avoir le plaisir de voir les personnages évoluer. En cela, je ne suis pas déçue, même si les relations entre eux stagnent un peu plus dans ce tome. Les efforts que font les Autres et les humains pour se comprendre, malgré la peur et la défiance, forment un intéressant contraste avec la situation globale du continent. La guerre couve toujours, comme des braises attisées par des humains avides de pouvoir. Des étincelles, lancées par-ci par-là, pourraient bien déclencher un incendie dévastateur. Malgré les progrès de ses habitants, l’Enclos est un bien faible rempart entre la haine des humains et la vindicte des Autres.
L’aspect politique du récit est intéressant, d’autant que l’autrice, sans ménager ses personnages, les a rendus réactifs et intelligents. Parfois ils doivent parer au plus pressé, mais en règle général ils ne se comportent pas comme des oisillons tombés du nid. Ils comprennent vite et ils agissent, ne laissant jamais le lecteur dans l’expectative pour des centaines de pages.
Ce tome est cependant un peu moins vif que les précédents. Il arrive que l’autrice insiste lourdement sur certains points, ce qu’elle ne faisait pas avant. Cela concerne surtout les intrigues secondaires et en premier lieu sa description de la relation entre Meg et Simon. Elle piétine un peu, car ils ont du mal à se comprendre malgré leurs efforts, et certaines scènes se font écho de manière un peu trop récurrente à mon goût. Il faut dire aussi que je me fiche un peu de leur petite histoire ; je n’ai pas vraiment envie qu’ils deviennent plus que des amis. Enfin, ces atermoiements ne sont pas trop dérangeants. La répétition qui m’a vraiment gênée concerne les Aînés. Chaque fois que l’autrice en parle, c’est pour dire peu ou prou la même chose qui tient en quelques mots. Cela sonne comme une petite phrase musicale censée augmenter la tension dans un vieux film d’épouvante… Au bout de deux ou trois fois c’est bon, je crois qu’on a compris, si tu n’as rien à ajouter sur le sujet, va de l’avant…
Les méchants de l’histoire sont aussi un peu caricaturaux. Ils auraient gagné a être un peu plus intelligents et nuancés. À mon sens, il y avait matière. Le lecteur est d’emblée du côté des Autres, c’est normal vu la façon dont ils nous sont présentés face à des humains qui font un peu n’importe quoi et s’oppressent les uns les autres. Pourtant, on pourrait aussi comprendre le point de vue inverse, si Anne Bishop avait pris la peine de ne pas simplement faire des membres du HAT des gens haineux, intéressés par le pouvoir et le profit. Les humains ont raison de craindre les Autres qui contrôlent ce monde et le développement des différents points de vue aurait pu donner une histoire bien plus profonde. L’opposition entre ces espèces est beaucoup trop manichéenne à mon goût. Néanmoins, je dois admettre que l’histoire reste prenante, même sous cette forme un rien simpliste.
Ce tome est donc axé sur la politique du continent et sur les relations entre les membres de l’Enclos et la meute humaine de Meg en contrepoint. On en apprend davantage sur Burke et Monty, ce qui est appréciable. Mais ce sont quelques passages, comme égarés entre les pages, qui ont vraiment capté mon attention. Ils portent sur la vie en dehors de l’Institution d’une autre Cassandra Sangue, une ancienne camarade de Meg. J’ai trouvé le personnage touchant. Il est plus facile de l’appréhender avec ce qu’on a appris sur les prophétesses dans le tome précédent. J’espère qu’elle aura un rôle plus prépondérant dans la suite. Meg aussi avance à sa façon dans la découverte de sa nature, autant pour elle-même qu pour aider ses semblables, et j’ai hâte de voir ce qu’elle en fera.
Malgré les redondances et la facilité de certains choix scénaristiques, ce fut une très bonne lecture. J’avais envie de lire la suite à peine le roman terminé. Cette fois je n’attendrai pas aussi longtemps pour le faire.

mardi 8 août 2017

Volée noire, Meg Corbyn T2

Un roman d’Anne Bishop, publié chez Milady.

Tome 1*

MC2-Volee-noire-meg-corbyn-t2-anne-bishop

Présentation de l'éditeur :

Grâce à son don de clairvoyance, Meg Corbyn a gagné sa place auprès des dangereux terra indigene de Lakeside. Lorsque l'apparition d'une nouvelle drogue violente et addictive remet en cause le pacte fragile entre Autres et humains, la petite ville est de nouveau plongée dans la tourmente. Les aptitudes de Meg devraient permettre à Simon Wolfgard, dirigeant métamorphe de l'enclos, d'éviter un bain de sang. Encore faut-il déchiffrer ses visions à temps. D'autant que l'homme qui veut récupérer la prophétesse se rapproche, mettant en péril les vies de tous ceux qui la considèrent à présent comme l'une des leurs.

Après un premier tome qui m’avait semblé une bouffée d’oxygène dans le monde de plus en plus étriqué de la low fantasy, j’ai retrouvé avec plaisir Meg Corbyn et les autres habitants de l’Enclos de Lakeside. Les problèmes évoqués dans le précédent volume sont plus que jamais d’actualité et leur source se précise. Le fragile équilibre entre humains et Terra Indigene est au bord de la rupture. Quelques personnes de bonne volonté suffiront-elles à enrayer la crise ? Ce que j’aime chez Anne Bishop, c’est qu’elle ne tergiverse pas sur les problèmes qu’elle pose. Elle n’essaie pas, comme le font beaucoup trop de ses confrères, de remplir les pages avec du vent. Quand la solution est à portée de main, les personnages la saisissent. Ils ne sont ni idiots ni aveugles. Mais rien n’est aisé pour autant et tout ne se résout pas en claquant des doigts. Les personnages doivent parer au plus pressé alors qu’une guerre se profile et que les accrochages entre humains et indigènes, attisés par l’usage des drogues évoquées dans le premier tome, deviennent de plus en plus fréquents. Trouver et détruire l’origine de ces substances est impératif. Mais l’on a déjà une idée de leur nature et Simon aussi… Le loup sait qu’il avance en terrain miné et que l’opinion de ses congénères à ce sujet sera peut-être plus radicale que ce qu’il souhaiterait. Volée noire est un bon roman. On se laisse facilement entraîner dans l’histoire, les pages se tournent sans qu’on s’en rende compte. Alors que le volume précédent nous laissait quelque peu sur notre faim concernant des éléments de l’univers mis en place par Bishop, ce deuxième tome est riche en révélations. Les prophétesses du sang sont au cœur du récit. On en apprend plus sur leur origine et on comprend mieux les réactions de Meg. En parallèle, les causes de la méfiance des Autres envers les humains sont davantage développées et c’est une partie de l’histoire qui m’a beaucoup intéressée. Les humains leur reprochent d’être des monstres, mais à mon avis ils devraient se réjouir de leur nature de prédateurs… Si les Autres leur ressemblaient davantage, peut-être les traiteraient-ils comme du bétail. Mais je digresse… J’aime l’uchronie qu’a créée Bishop, pourtant je dois reconnaître qu’elle pèche par certains aspects. Le glissement de notre monde à celui-ci manque un peu de cohérence et on s’en rend beaucoup plus compte dans ce tome que dans le premier. Je m’étais néanmoins déjà fait la réflexion que le nom des jours est changé (et on apprend ensuite que c’est pareil pour les mois) mais pas celui des saisons. De même, l’usage du latin est erratique. La façon dont vivent ensemble Terra Indigene et humains me semble on ne peut plus vraisemblable. Ce qui l’est moins, en revanche, c’est le développement des technologies. Pourquoi certaines et pas d’autres ? Ce sont des détails, mais qui montrent que l’auteur a privilégié le décor à la cohérence. Cela gêne un peu mon esprit logique mais, heureusement, n’enlève rien à l’attrait de l’intrigue. Je l’ai trouvée prenante, j’ai même failli enchaîner avec la suite (dans mon cas, ça veut tout dire). Seuls les atermoiements de Simon quant à ses sentiments pour Meg m’ont semblé un peu trop présents. Néanmoins, Bishop équilibre bien son récit entre intrigue globale et d’autres, plus secondaires, qui concernent le quotidien des protagonistes. J’aime les voir évoluer, d’une part parce qu’ils sont attachants, d’autre part parce que leurs interactions donnent à réfléchir quand ils sont confrontés à leurs différences. C’est une bonne série, originale et intéressante. Je vous la conseille.

lundi 25 juillet 2016

Lettres écarlates, Meg Corbyn T1

Un roman d'Anne Bishop, publié chez Milady.

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Présentation de l'éditeur :

Meg Corbyn a vécu toute sa vie coupée du monde, traitée comme de la viande par des hommes sans scrupules se servant de ses visions du futur pour s'enrichir. Lorsqu'elle s'enfuit, ils sont prêts à tout pour la récupérer, même à s'aventurer sur le territoire des Autres. Ces créatures de cauchemar prêtes à éradiquer l'humanité au moindre faux pas auprès desquelles Meg va trouver refuge. Mais si Simon Wolfgard, loup-garou et chef de la communauté, est d'abord intrigué par cette humaine intrépide, il pourrait à tout moment décider de simplement éliminer cette source de danger pour les siens…

Meg Corbyn, The Others en V.O., est une série de low fantasy uchronique. L’intrigue se déroule dans un monde et une époque qui ressemblent aux nôtres, mais le point de divergence remonte à la naissance de la vie sur la planète. Namid, une déesse-mère, a engendré une race particulière, composée de métamorphes, de vampires et d’élémentaires, avant les humains. Si ces derniers les nomment simplement les Autres, ils se font plutôt appeler Terra Indigene (à mon grand désespoir le latin est utilisé à tort et à travers dans ce roman, mais passons sur cette faute de goût). Dans sa grande sagesse, Namid a protégé les humains des Autres afin qu’ils puissent survivre et se développer. Néanmoins, ils ont fini par prendre conscience de l’existence les uns des autres et que dire, sinon que les humains ne sont pas cette fois au sommet de la chaîne alimentaire… L’uchronie n’est pas plus développée que cela. Les humains se sont montrés créatifs (mais pas plus que dans notre monde) et leurs inventions ont amélioré leur mode de vie ainsi que celui des Autres par ricochet. En effet, ces derniers se sont arrogé toutes les ressources naturelles et veillent à rester la race dominante tout en profitant des progrès apportés par l’humanité. Dans les quelques grandes villes humaines, sont installés des Enclos où les lois humaines ne s’appliquent pas. Les Autres y vivent tout en surveillant leurs voisins. L’Enclos de Lakeside est plus progressiste que les autres, même si c’est uniquement par intérêt. Et c’est là que va trouver refuge une étrange jeune femme, qui s’est échappée d’une institution. Au début, Meg Corbyn ressemble un peu à un chaton mouillé. C’est une jeune femme très innocente, de par sa nature et le fait qu’elle n’a jamais vraiment été confrontée au monde, néanmoins elle est intelligente, elle sait s’adapter rapidement. Elle est pragmatique, même si elle a vécu des choses affreuses, elle veut aller de l’avant et ne se laisse pas aliéner par la peur. Elle a le cœur sur la main, sans être niaise ou trop naïve. Par-dessus tout, elle tient à sa liberté chèrement acquise. Si elle doit mourir, au moins mourra-t-elle libre. À l’instar des Autres, on ne peut que s’attacher à elle et vouloir son bonheur. Ce premier tome est très axé sur les personnages et sur la présentation de cet univers en général ainsi que de l’Enclos. On apprend en même temps que Meg à connaître les Autres, leur mode de vie et les différents clans, mais surtout on découvre petit à petit qui est Meg et ce qu’elle fuit. C’est un personnage intéressant, mais pas la seule humaine sur qui va se focaliser notre intérêt. Les personnages secondaires, humains ou Terra Indigene sont tout aussi développés et j’ai particulièrement aimé Hiver. On m’avait tellement vanté les qualités de cette série que je craignais d’y avoir placé trop d’attentes. Au final, je ne suis pas déçue du tout. Le premier tome des aventures de Meg Corbyn s’est révélé très distrayant. L’intrigue n’est pas époustouflante, mais la nature de Meg ainsi que la façon de vivre des créatures surnaturelles apportent une dose suffisante d’originalité. L’histoire est intéressante et surtout très agréable à lire. Ce roman a été ma « récréation » du soir, une pause bienvenue face à des lectures plus sérieuses, et j’étais toujours ravie de le retrouver, repoussant l’heure du coucher alors que les pages défilaient à toute vitesse. C’est une série sympa et pleine de potentiel. Elle tire son épingle du jeu dans le flot de parutions de ce type et elle le mérite amplement.