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mercredi 1 décembre 2021

Les dix mille portes de January

Un roman d'Alix E. Harrow, publié chez Hachette dans la collection Heroes.

Présentation de l'éditeur :

Un voyage aux confins des mondes, une aventure fantastique, entre Terremer et À la Croisée des mondes.

Selon January Ruddy, il n’y a qu’une façon de s’échapper de sa propre histoire : c’est de se faufiler dans celle de quelqu’un d’autre…grâce à une des Dix Milles Portes…

Pénétrez, vous aussi, dans le monde magique de l’Ecrit…où certaines paroles tracées ont le pouvoir de modifier le réel, alors que le Mal qui ferme les Portes une à une est sur vos talons…Attention, la magie vient toujours avec un prix…
Tout commence avec une enfant orpheline de mère. C’est toujours comme ça dans les contes et vous trouverez dans ce récit de nombreux clichés tels que celui-ci. Ils sont néanmoins toujours bien employés.. Le père, quant à lui, est absent (bien sûr). Il voyage à travers le monde pour rapporter des objets précieux à un certain M. Locke, dans l’ombre duquel sa fille grandit.
January — tel est le nom de la gamine rêveuse et bien seule qu’il laisse derrière lui — trompe l’ennui en lisant des livres, bercée par la longueur des jours d’attente et contrainte par une éducation stricte qui vise à faire d’elle une « enfant sage qui sait où est sa place ». Tout un programme pour cette enfant à la couleur de peau aussi indéfinissable que ses origines… Elle s’interroge beaucoup, mais ne se rend pas toujours compte qu’elle étouffe auprès de ce protecteur qu’elle aime tant, même après avoir trouvé sa première Porte. Cependant, tout ne peut pas rester figé à jamais et January va devoir choisir entre être une enfant sage ou vivre sa vie.
Qui n’a jamais rêvé à ces passages magiques que nous décrivent les contes et les romans ? Portes magiques, armoires, terriers de lapin et arbres creux ont bercé les rêves d’enfant de chaque lecteur. N’avez-vous jamais eu envie de trouver l’une de ces Portes vers la Féerie ou le Merveilleux ? C’est sur les cordes de tous ces souvenirs que ce roman joue sa mélodie à la fois familière et singulière.
January a soif d’aventure autant que de réponses. Dans ce petit monde policé qui semble se refermer sur elle de plus en plus à mesure qu’elle grandit, les livres sont son oxygène, son unique fenêtre sur l’extérieur, même s’ils lui en donnent une image déformée.
J’ai pris grand plaisir à lire son histoire. January est une jeune fille futée, courageuse et attachante. L’univers dans lequel elle évolue est rapiécé, fruit d’une réalité conventionnelle et des pouvoirs qu’accorde l’imagination à ceux qui en font bon usage.
La narration est construite de manière subtile, assurée en partie par January et complétée par les extraits d’un livre qu’elle a trouvé et dont le rédacteur, tout en lui révélant de nombreux secrets, fait preuve de réticence à tout dévoiler d’un coup. On a beau deviner son identité, comme certains rebondissements à venir, c’est une histoire qui fonctionne avec cette double narration qui génère du suspense, même s’il est artificiel, et évite au lecteur de trouver le récit trop lent. En somme, c’est un bon roman d’aventures qui éveille beaucoup de souvenirs quand on a eu une enfance de lecteur compulsif et beaucoup rêvé de voyages entre les mondes. Les personnages secondaires, alliés comme ennemis, soutiennent bien l’intrigue. J’ai particulièrement aimé Jane et Bad. C’est inventif, très distrayant et bien écrit, une bonne manière d’utiliser les poncifs et motifs qui ont nourri la littérature jeunesse (et adulte quand elle veut bien l’admettre). J’ai passé un excellent moment avec ce roman.

mardi 23 juin 2020

American elsewhere

Un roman de Robert Jackson Bennett, publié chez Albin Michel.

Présentation de l'éditeur :
Veillée par une lune rose, Wink, au Nouveau-Mexique, est une petite ville idéale. À un détail près : elle ne figure sur aucune carte. Après deux ans d'errance, Mona Bright, ex-flic, vient d'y hériter de la maison de sa mère, qui s'est suicidée trente ans plus tôt. Très vite, Mona s'attache au calme des rues, aux jolis petits pavillons, aux habitants qui semblent encore vivre dans l'utopique douceur des années cinquante. Pourtant, au fil de ses rencontres et de son enquête sur le passé de sa mère et les circonstances de sa mort (fuyez le naturel...), Mona doit se rendre à l'évidence : une menace plane sur Wink et ses étranges habitants.
Sera-t-elle vraiment de taille à affronter les forces occultes à l'oeuvre dans ce lieu hors d'Amérique ?
Mona, la trentaine, ancienne flic abîmée par la vie, vient de perdre son père et cela ne l’émeut pas plus que ça. Tout ce qui l’intéresse, c’est de récupérer la voiture de son paternel, comme une petite revanche sur son enfance difficile. Mais elle ne s’attendait pas à pouvoir prétendre à plus. Or, le testament précise qu’elle hérite d’une maison — celle de sa mère qu’elle a si peu connue — si toutefois elle se rend au Nouveau-Mexique et réclame son héritage dans les jours qui viennent. Problème, Wink, la ville où se trouve la maison, n’apparaît sur aucune carte.
American elsewhere est un roman sombre et lent, assez lovecraftien au début. Cela aurait pu me gêner, je ne suis pas du tout une adepte du genre. Cependant, ce récit a sa propre originalité et son caractère.
J’ai eu du mal à entrer dans l’intrigue qui prend vraiment son temps. Puis la curiosité l’a emporté et je dois reconnaître qu’on veut en savoir davantage à mesure que l’on avance dans la lecture. L’étrangeté des personnages et l’ambiance particulière de Wink, entretiennent le mystère. Et puis je me suis attachée à Mona qui est en quête de ses origines en même temps que d’une forme de paix intérieure. La pauvre a vécu bien des épreuves et elle espère trouver à la fois des réponses et du réconfort dans le passé de sa mère.
Tout semble lui résister, mais avec douceur et hypocrisie. Elle n’a pas de mal à récupérer la maison, les habitants se montrent charmants… Pourtant personne n’admet avoir connu sa mère et puis elle sent bien que quelque chose cloche. Peut-être que la réponse se trouve dans le laboratoire abandonné dans les hauteurs. Sa mère y travaillait et une aura de mystère entoure les expériences qu’on y menait.
Mona et sa quête sont le fil rouge qui permet au lecteur de ne pas s’égarer, car il y a dans ce roman de nombreuses pistes et tellement de personnages singuliers qu’on pourrait facilement perdre de vue l’essentiel. Souvent le style s’accorde à ses personnages, il devient froid, pragmatique et très descriptif.
American elsewhere est un bon roman, mais qui demande beaucoup de patience. Il fait des tours et des détours, on passe de chapitres taillés à la serpe à des retranscriptions de documents, des souvenirs ou des scènes de combats dignes d’un film d’action. Certains passages sont particulièrement contemplatifs. Ils ont leur utilité, c’est un fait, mais on a néanmoins l’impression d’être enlisé dans des sables mouvants en les lisant. Cela semble parfois très, très long. Les informations n’arrivent qu’au compte-goutte. Mona peine à assimiler ce qui pour elle ne peut être qu’une aberration, ce qui est tout à fait logique, cependant le lecteur veut avancer. Les personnages secondaires, aussi fascinants soient-ils, provoquent assez peu d’empathie. Cela est tout à fait normal, voulu même, cependant cela ajoute encore à la densité du récit. Toutefois, si vous persistez, votre intérêt sera récompensé.