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lundi 30 décembre 2024

Cursed : Contes et mythes revisités

Une anthologie, publiée chez 404 éditions.

Sommaire :

- Le Château maudit, Jane Yolen
- Rouge comme le sang, Blanche comme la neige, Christina Henry
- Le Pont du troll, Neil Gaiman
- À cet âge, Catriona Ward
- Écoute, Jen Williams
- Henry et la boîte en bois de serpent, M.R. Carey
- Peau, James Brogden
- Faith & Fred, Maureen F. McHugh
- La Malédiction de la fée noire, Karen Joy Fowler
- Wendy Darling, Christopher Golden
- Fée loup-garou contre vampire-zombie, Charlie Jane Anders
- Regarde dedans, Michael Marshall Smith
- Little Red, Adam Stemple & Jane Yolen
- Les Joyeuses Danseuses, Alison Littlewood
- Encore, Tim Lebbon
- La Fille qui venait de l'enfer, Margo Lanagan
- Nouveau millésime, Angela Slatter
- Haza et Ghani, Lilith Saintcrow
- Haine, Christopher Fowler
- L'Éveil du château, Jane Yolen

Des malédictions comme s’il en pleuvait !
J’adore les anthologies. D’une part elles permettent de découvrir des auteurs, d’autre part il y a souvent du Fantastique dans celles consacrées aux récits SFFF. Je parle du Fantastique à l’ancienne, mon genre de prédilection, et pas du fourre-tout qu’on essaie de faire de ce genre méconnu de nos jours. Bref, je suis toujours ravie de lire une anthologie, mais le risque est de tomber sur des textes très inégaux. C’est comme les papillotes, tu peux te délecter d’une délicieuse pâte de fruit ou grimacer devant un écœurant chocolat. C’est le jeu ma pov’ Lucette. Ici, le ratio entre pâtes de fruit et chocolats est plus que correct.
L’anthologie regroupe vingt textes : dix-huit nouvelles, deux poèmes. Je parlerai peu de ces derniers, aussitôt lus, aussitôt oubliés, cependant leur placement dans l’ouvrage était judicieux. Ces deux textes qui se répondent font office d’introduction et de conclusion. On entre et on sort du conte par leurs portes.
Tout ouvrage qui propose des réécritures de contes, en plus de son thème sur les malédictions, se doit d’avoir un récit inspiré de Blanche Neige, probablement l’un des contes les plus connus au monde. Cependant, ne vous y trompez pas, le conte de Christina Henry est un hybride et la fille au teint de porcelaine et aux cheveux noirs comme le jais n’est pas la seule à lui conférer son essence. J’ai beaucoup aimé ce conte, un rien classique, mais très agréable à lire.
Vient ensuite un texte de Neil Gaiman : Le Pont du troll qui est probablement sa nouvelle la plus connue avec Chivalry. Les deux ont fait le tour des anthologies… C’est un bon texte Fantastique, au symbolisme subtil, et si vous ne le connaissez pas c’est l’occasion de le lire.
À cet âge de Catriona Ward est un récit horrifique dans lequel le malaise se diffuse lentement. Son atmosphère d’étrangeté m’a beaucoup plu ; on y vogue comme en un rêve. Cependant, l’histoire se délite sur la fin et il a manqué quelque chose pour que cette nouvelle me semble aboutie. Je ne saurais dire quoi cependant.
Écoute de Jen Williams est un très bon texte, poétique, intelligent, qui a la saveur des contes et des mythes, tout en gardant sa propre originalité. Ce n’est pas la nouvelle qui m’a le plus enthousiasmée — question de goût — mais c’est une réussite.
Henry et la boîte en bois de serpent de M.R. Carey est un récit drôle et efficace qui se lit en deux temps trois mouvements. Il allège un peu cet ouvrage, malgré les thèmes philosophiques cachés sous sa généreuse couche d’humour.
Peau de James Brogden est un récit perturbant, un rien moralisateur sur les bords, mais qui ne manque pas d’intérêt. Comme pour la nouvelle de Ward, j’ai trouvé qu’il y manquait quelque chose.
Avec Faith & Fred de Maureen F. McHugh je suis arrivée sur un terrain familier. C’est du bon, très bon, Fantastique, qui nous promène entre deux mondes. Un rien d’horreur subtile, un parfum de merveilleux discordant et une bonne vieille malédiction donnent à ce récit sa profondeur ainsi que son originalité. J’ai beaucoup aimé. C’est pour moi l’un des meilleurs textes de cette anthologie.
La Malédiction de la fée noire, qui fait suite, m’a en revanche laissée un peu perplexe. Ce récit mêle songe et réalité dans un conte morcelé tel un miroir brisé. J’ai compris où voulait m’emmener l’autrice, mais cela ne m’a fait ni chaud ni froid, même si j’ai apprécié son style.
Dans Wendy Darling, Christopher Golden ne prend pas beaucoup de risques. Il utilise le sous-texte bien connu de Peter Pan pour nourrir les névroses d’une Wendy adulte qu’on ne peut que plaindre. Ce n’est pas mal écrit ni mal amené, mais ça manque cruellement d’originalité.
Heureusement, vient ensuite Fée loup-garou contre vampire-zombie de Charlie Jane Anders, une nouvelle rafraîchissante et énergique. J’aurais pu en lire encore des pages et des pages. C’est drôle, efficace et de la bonne Urban Fantasy. J’ai d’autant plus apprécié ce récit que sa légèreté fait du bien dans une anthologie aux textes et thèmes majoritairement sombres.
Regarde dedans est une nouvelle intéressante, du bon Fantastique, avec une fin ouverte, qui oscille un peu entre l’horreur et autre chose de plus diffus. J’aurais néanmoins aimée qu’elle soit davantage étoffée.
Little Red est l’un des textes les plus sérieux de cette anthologie, avec des séquences hallucinatoires ou rêvées, on ne sait pas trop, qui sont porteuses d’un fort symbolisme. C’est un récit perturbant — il est écrit pour l’être — qui parle d’abus et de troubles mentaux de manière pudique mais très dérangeante.
Les Joyeuses Danseuses d’Alison Littlewood est un autre récit Fantastique comme je les aime. Il a la saveur des contes et j’ai beaucoup apprécié l’escale aux îles Shetland ainsi que le symbolisme subtil caché entre les lignes.
Encore de Tim Lebbon ne m’a pas particulièrement plu. Le thème est du déjà-vu mais ce n’est pas tant ça le problème. Je n’ai pas réussi à m’intéresser au personnage que je ne trouve ni sympathique ni cohérent.
La Fille qui venait de l'enfer est probablement une nouvelle qui ne parlera pas à tout le monde. Un peu comme pour La Malédiction de la fée noire, on se retrouve dans un récit onirique où le symbole prévaut sur la logique. C’est un long rêve fiévreux, plein de détours, qui peut laisser perplexe. Pour ma part, je l’ai trouvé très intéressant et réfléchi. J’aimerais beaucoup relire cette autrice.
Nouveau millésime d’Angela Slatter se fait l’écho d’un conte très connu qui a toujours les faveurs des auteurs quand on leur commande des réécritures, mais elle y apporte sa propre originalité. Encore une fois, c’est un hybride entre deux contes dont je tairais les titres pour ne pas vous spoiler. C’est l’un des rares récits à l’époque moderne de cette anthologie, sans réel élément fantastique. Le texte est prenant, assez évident en soi, mais cela ne m’a pas posé problème car il est bien écrit. Peu importe qu’on connaisse déjà la destination si le voyage est agréable.
Cela faisait fort longtemps que je n’avais pas lu Lilith Saintcrow et je ne garde pas un souvenir impérissable de ses romans. Pourtant, sa nouvelle Haza et Ghani est l’un de mes textes préférés dans toute cette anthologie. Voilà un conte bien écrit ! Elle prend un peu de ci, un peu de ça, juste assez pour que le goût soit familier, et elle le jette dans son chaudron pour y concocter quelque chose de savoureux et de nouveau, qui pourtant résonne dans l’esprit du lecteur, lui rappelle des souvenirs tout en étant autre chose. J’ai adoré cette nouvelle.
Haine de Christopher Fowler n’était peut-être pas le meilleur texte pour clore cette anthologie (même s’il y a un poème ensuite). C’est un bon texte, dont la conclusion grinçante m’a plu, mais le tout est un peu facile pour nous parler du privilège de l’homme blanc fortuné. J’aurais préféré terminer ma lecture sur quelque chose d’un peu plus original et marquant.
En conclusion, je vous invite à lire cette anthologie qui recèle de très bons textes. Tous n’ont pas réussi à éveiller mon intérêt, mais c’est davantage une question de goût que de qualité. En lisant Cursed, vous ne perdrez pas votre temps et il y en a pour quasi tous les goûts dans les genres de l’imaginaire, du Conte à l’Horreur en passant par l’Urban, le Merveilleux et le Fantastique, il n’y a guère que la SF qui manque à l’appel.


jeudi 11 avril 2024

Les moelleuses au chocolat

Un recueil de nouvelles de Silène Edgar, publié chez Gephypre.

Présentation de l'éditeur :

Création vengeresse, puissance libératrice, magie féérique, nouveau sens organique, jeu épistolaire, folie douce, péché capital : sept nouvelles toutes en érotisme et chocolat, qui embrassent les genres de l’imaginaire et les enrobent d’une liqueur cacao à vous faire fondre… sans oublier l’humour, épice indispensable pour lier ces créations concoctées avec amour & gourmandise.

Au menu :
- La chocolatière de Hamelin
- Ève
- La cuisson parfaite
- Effluves
- Entre mes lignes
- Les gourmandes
- Une petite cantate
Évidemment, chaque nouvelle est complétée par ses recettes exclusives et coquines, à cuisiner à deux (ou plus).

Dans ce recueil tout en sensualité et gourmandise se côtoient une sorcière tentatrice et revancharde, une Galatée chocolatée, une veuve qui sait ce qu’elle veut, une fille-fée qui désespère d’être aimée pour elle-même, une mégère apprivoisée et un certain nombre de gourmandes impénitentes toutes plus séduisantes les unes que les autres. Je me suis laissé envelopper par la douceur cacaotée de leurs histoires à la saveur de contes. J’ai trouvé entre ces pages un brin d’érotisme, des torrents de sensualité, beaucoup de gourmandise et tout autant d’amour.
Toutes ces histoires m’ont séduite d’une manière ou d’une autre, mais j’ai une certaine tendresse pour celle de Mahaut, un peu fée, un peu sorcière et surtout fort pragmatique. J’ai aussi particulièrement apprécié Entre mes lignes, un récit aussi drôle qu’attendrissant. Le symbolisme d’Ève, à qui la précision et la mégalomanie donnent corps, mais qui ne prend vie que grâce à la tendresse et au désir a également touché mon cœur de guimauve.
Ces nouvelles ont quelque chose de réconfortant, comme le chocolat qui les a inspirées. Elles explorent le désir, l’éveil des sens, mais aussi la sensation de tomber en amour et sont pour la plupart extrêmement positives.
Les textes sont joliment tournés, poétiques et imagés. Ces récits fortement inspirés de contes sont agréables à lire et se savourent comme autant de mignardises. Il faut être raisonnable, car ce petit livre peut aussi bien se dévorer trop vite. L’autrice a pris soin d’agrémenter ses nouvelles de recettes alléchantes, pour entretenir l’appétit de ses lecteurs, et j’ai bien envie d’en essayer certaines.
J’avais déjà lu Silène Edgar et je trouve qu’elle excelle dans l’art de conter des nouvelles. Ce fut une très plaisante lecture.


mardi 23 janvier 2024

Le Règne des chimères - Les Royaumes Immobiles T2

Un roman d'Ariel Holzl, publié chez Slalom.
Cette série ne compte que deux tomes.



Le tome précédent m’ayant laissée dans l’expectative, j’ai préféré lire le deuxième dans la foulée, d’une part car je souhaitais connaître la suite et d’autre part car il m’a semblé plus judicieux de le lire tant que tous les indices que j’avais glanés étaient encore frais dans ma mémoire. J’ai bien fait. Ces livres auraient clairement mérité d’être réunis en un seul.
Cependant je dois avouer que j’ai moins aimé cette deuxième partie et je ne pense pas que cela soit dû à un trop long séjour dans cet univers tortueux. D’ailleurs, cette lecture ne m’a pris que deux jours, comme pour le premier volume.
L’histoire m’a semblé plus lente dans cette partie, toujours intéressante, cependant répétitive. Dans ce drame shakespearien, passions et égarements se répètent comme dans l’opéra éternelle de Khald. Cela fait sens à la fin, mais devient néanmoins lassant au fil des péripéties.
On en apprend davantage sur la cour des Ombres et le monde féerique, ce qui est appréciable. L’auteur tient ses promesses et réserve même quelques surprises. J’ai été ravie de voir que j’avais bien décodé plusieurs de ses références et bonne perdante quand je ne les avais pas vues venir.
Cependant Ivy est insupportable dans ce deuxième tome, ce qui a plombé ma lecture. Si j’étais toute disposée à lui pardonner sa naïveté dans le tome précédent car je la pensais justifiée, je croyais aussi qu’elle avait tiré des leçons de ses erreurs et grandit un peu. Elle avait d’ailleurs pris conscience de ses défauts et faisait face à son destin et aux épreuves avec plus d’opiniâtreté. Je m’attendais donc à la retrouver plus posée et tactique. Malheureusement il n’en est rien. Elle m’a semblé beaucoup plus puérile dans cette suite. Elle vit certes une situation compliquée, mais je doute que se plaindre continuellement et jouer les bravaches soit une solution… Elle se montre très prétentieuse, sans pourtant en avoir les moyens, et ressemble davantage à une enfant capricieuse qu’à une reine.
J’ai donc été quelque peu déçue par ce deuxième tome. Il est bien écrit et cohérent avec ce que l’auteur nous avait laissé entrevoir, mais assez plat d’un point scénaristique, notamment à cause du périple des personnages qui s’étire en longueur et répétitions. En outre, lesdits personnages m’ont semblé davantage caricaturaux dans cette suite. Cela fait sens avec la fin cependant et je garderai un bon souvenir de cette duologie.

jeudi 18 janvier 2024

La Princesse sans visage - Les Royaumes Immobiles T1

Un roman d'Ariel Holzl, publié chez Slalom.
Cette série ne compte que deux tomes.

Présentation de l'éditeur :

Une plongée fantastique au royaume des feys
Dans les Royaumes Immobiles, l'existence est contrôlée par quatre monarques. Sans eux, la réalité serait réduite à un flot d'énergie magique et chaotique. Or le trône d'Automne, vacant depuis trop longtemps, menace cet équilibre : il faut lancer un nouveau sacre. Sept jeunes femmes peuvent y prétendre. La compétition sera sans pitié. Ivy est candidate malgré elle. À 18 ans elle a passé toute son existence cachée derrière les murs de son manoir et les parois de son masque.
Elle est une " Belle-à-mourir " : quiconque voit son visage est pris de folie meurtrière ou suicidaire. Propulsée dans le monde des Sidhes, la noblesse des feys, au cœur de manigances qui la dépassent, elle va devoir puiser dans ses ressources pour survivre. Un chemin qui la mènera bien plus loin qu'elle ne l'aurait imaginé...

Un roman fantastique de haute volée dans l'univers sombre et mystérieux des Feys.

Evergrey, le royaume fey de l’automne se délite et si les trois autres reines des saisons ne lui trouvent pas rapidement de monarque, le mal atteindra bientôt leurs contrées. Aussi organisent-elles une série d’épreuves retorses pour tester les candidates qu’elles ont-elles-mêmes choisies. Reines autant que participantes ont leurs ambitions et sont prêtes à tout pour tirer leur épingle de ce jeu cruel, mais c’était sans compter une candidate de dernière minute… Une jeune femme qui ne prend pas la mesure du nid de serpents dans lequel on l’a jetée.
Férue de mythes, de légendes et de fantasy ancrée dans ce fertile terreau, j’arrive aussitôt que l’on me parle de feys. Le sujet est à la mode actuellement et cela donne lieu à autant de belles découvertes que de déconvenues. Cependant, en choisissant un roman d’Ariel Holzl, je savais opter pour une valeur sûre et j’ai été emportée par ce récit. L’auteur a construit son monde et ses personnages autour d’un noyau composé de ce magma de connaissances, d’histoires et de légendes qui parlent à chaque amateur du genre, mais en y apportant son originalité, le foisonnement de sa tortueuse imagination (oui c’est bien un compliment) et l’élégance acérée de sa plume. J’ai aimé toutes les références, notamment shakespeariennes et tout ce qu’elles laissent deviner.
Ivalie, l’héroïne de ce roman, est un personnage aussi attachant qu’intéressant. L’auteur distille ses informations au fur et à mesure, laissant au lecteur le temps de chercher entre les lignes. Ivalie change beaucoup au cours du récit. La jeune fille naïve et un peu pleurnicheuse, qu’elle a néanmoins conscience d’être, s’étoffe et s’endurcit au fil des épreuves, mais son cœur reste généreux. J’ai hâte de voir ce qu’elle deviendra dans la suite.
J’ai terminé cette lecture en deux jours. Il m’a été très difficile de la lâcher sur la deuxième moitié. Le récit est intelligent, plein de détails et de références plus ou moins évidentes qu’un lecteur attentif appréciera. Je vais illico enchaîner avec le deuxième tome (ce que je déteste faire d’habitude) car la fin du premier explose dans un cliffhanger. Comment pourrais-je attendre davantage avant de savoir ce qu’il advient de tous ces personnages ?!

mardi 9 janvier 2024

L'Hiver de la Sorcière, Trilogie d'une nuit d'hiver T3

Un roman de Katherine Arden, publié chez Denoël dans la collection Lunes d'encre.

Les tomes précédents :

Présentation de l'éditeur :

Moscou se relève difficilement d'un terrible incendie. Le grand-prince est fou de rage et les habitants exigent des explications. Ils cherchent, surtout, quelqu'un sur qui rejeter la faute. Vassia, avec ses étranges pouvoirs, fait une coupable idéale. Parviendra-t-elle à échapper à la fureur populaire, aiguillonnée par père Konstantin ? Saura-t-elle prévenir les conflits qui s'annoncent ? Arrivera-t-elle à réconcilier le monde des humains et celui des créatures magiques ? Les défis qui attendent la jeune fille sont nombreux, d'autant qu'une autre menace, bien plus inquiétante, se profile aux frontières de la Rus'. Conclusion magistrale de la "Trilogie d'une nuit d'hiver", L'Hiver de la sorcière peut, comme les tomes précédents, se lire indépendamment. On y retrouve la poésie, la magie et la sombre cruauté des contes russes qui ont fait le succès de la série dans le monde entier.
Il était grand temps que je lise cette suite. J’ai essayé au printemps dernier, mais cette trilogie est taillée pour l’hiver et semble incongrue à toute autre époque.
Quelle épique conclusion que celle-ci ! J’ai adoré ce tome. Il a brisé mon cœur et exalté mon âme. Il m’a rappelé pourquoi j’aimais tant l’écriture de Katherine Arden, alors que le tome précédent, quoique bien écrit, me l’avait un peu fait oublier.
Ce tome est pour Vassia celui de la maturité. Dans le premier, nous l’avons connue enfant, nous avons découvert avec elle ses capacités et assisté à la formation de son caractère. Dans le deuxième, exaltée par sa toute nouvelle liberté, elle se croit invincible comme beaucoup de jeunes adultes. Mais dans le troisième… J’ai aimé cette Vassia devenue adulte. Elle fait toujours des erreurs, elle a gardé en elle ses idéaux de jeunesse, mais elle est aussi plus prudente, plus maligne, plus déterminée aussi. Les malheurs l’ont forgée.
Katherine Arden a su construire un récit solide dans lequel elle mêle habilement la grande histoire et la petite ainsi que les légendes et contes russes, mais elle a également construit des personnages qu’elle refuse de garder figés. Vassia en est la plus aboutie et demeure la grande force de cette histoire. Qu’on comprenne ou non ses choix, on craint pour elle et sa famille.
J’ai aussi une grande affection pour ses frères et sœurs, même si seulement deux d’entre eux sont présents dans ce dernier tome. J’aime particulièrement Olga, plus posée que Vassia, intelligente et ouverte d’esprit même quand la situation la dépasse. J’aurais aimé que les autres membres de la famille aient aussi une petite place dans ce récit, mais je reconnais qu’il y avait déjà beaucoup à faire.
Cette trilogie de fantasy douce équilibre parfaitement l’histoire et les légendes. Chaque tome a soufflé sur les braises de mon amour des contes de manière fort bienvenue. J’en garderai un excellent souvenir.

mercredi 5 janvier 2022

Hilda et le roi de la montagne ♥


Vous pouvez aussi consulter mes billets sur la première et la deuxième saisons.

Hilda et moi, c’est une grande histoire d’amour qui a débuté au premier regard. Dès le premier épisode j’ai été sous le charme de cette petite fille aventureuse, de son renard-cerf et de leur univers imprégné de réalisme magique. Des chats rondouillards volent dans le ciel d’Hilda, des trolls dorment la journée dans les montagnes et une sorcière travaille à la bibliothèque.
Mon amour pour ce monde n’a fait que croître au fil des épisodes et des rencontres car les personnages secondaires sont tout aussi intéressants que l’héroïne. Ils ont leurs propres histoires, ils grandissent. Les voir changer et s’affirmer est un réel plaisir. La complexité de leurs relations est l’un des grands points fort de la série.
J’ai adoré les deux premières saisons. Hilda est une série intelligemment construite, qui évolue et aborde tout en finesse et symbolisme des thèmes sérieux. 
Dans la première saison, Hilda devait faire face à un grand changement et trouver son équilibre dans un nouvel environnement. Dans la deuxième elle s’opposait beaucoup à sa mère. Elle est par nature très indépendante et elle grandit, c’est normal. En outre, leur changement de vie avait quelque peu bouleversé leur relation. Mais Hilda devait aussi apprendre à se soucier des autres, qui sont toujours là pour la sortir de la mouise et qui s’y retrouvent souvent à cause d’elle... Sa grande témérité est autant une force qu’une faiblesse. 
Le dernier épisode laissait Hilda dans une situation critique (dont je ne dévoilerai rien). La petite fille est débrouillarde, elle l’a maintes fois prouvé, et elle n’est pas aussi seule qu’elle le croit. Mais arrivera-t-elle à faire confiance et à choisir les bons alliés ? Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas uniquement sa propre sécurité qui en pâtira car les trolls se massent face à la ville et la brigade anti-troll est décidée à en découdre.
Néanmoins, comme on a déjà pu s’en apercevoir, personne n’est entièrement mauvais dans cette série (même si certains en tiennent une sacrée couche) et c’est l’une des choses qui me séduit. Tout est juste une question de point de vue et de compréhension mutuelle. C’est une ode à la tolérance. Rien n’est simple, bien sûr, mais la violence est loin d’être la meilleure des solutions et l’implication des enfants dans ce désir de changement fait chaud au cœur.
Ce film est magnifique. On y retrouve tout ce qui fait le charme de la série : une intrigue passionnante pleine de rebondissements, des personnages farfelus, de la magie et de l’amitié. C’est une très belle histoire.
Le film semble clore la série et même si cela me rend un peu triste — j’aurais pu encore longtemps courir les sentiers avec Hilda et ses amis à la découverte de nouvelles créatures — c’est une excellente conclusion. J’ai juste envie de revoir le tout maintenant, pour prolonger un peu la magie.

mercredi 30 décembre 2020

Hilda - Saison 2 ♥


La série animée Hilda est adaptée d’une bande-dessinée. J’ai déjà dit sur ce blog tout le bien que je pense de cette géniale adaptation à la sortie de la première saison et comme je suis toujours en amour avec cette série, je vais récidiver.
Hilda est une petite fille qui aime beaucoup se mettre dans des situations impossibles. Elle vit à Trollbourg avec sa mère Johanna, Twig son renard-cerf, Alfur l’elfe et Tomtu le Nisse de la maison. Elle aime explorer la ville, aller à la rencontre de créatures magiques improbables et globalement mettre ses proches dans le pétrin, dont ses deux meilleurs amis : Frida et David.
Le plus intéressant dans cette série, outre les interactions entre les personnages qui se complexifient au fil des épisodes, consiste en la grande richesse et l’originalité de cet univers. Dans Hilda vous rencontrerez de minuscules elfes très procéduriers, des trolls qui se changent en pierre à la lumière du soleil, mais aussi des chats-ballons volants, une dragonne souffrant d’anxiété sociale, des souris dévoreuses d’âmes et des tas d’autres bizarreries. L’inspiration légendaire côtoie la magie douce dans des histoires parfois absurdes ou au moins décalées, mais toujours très significatives. C’est ce côté fantasque qui m’a séduite. Les petites histoires d’Hilda et ses amis sont comme des bonbons acidulés.
Hilda n’est pas le genre de séries dans lequel les aventures se succèdent sans cohérence. Il y a un arc global, les actions ont des conséquences, des personnages reviennent, tout cela donne du relief et de la complexité à l’histoire. La deuxième saison est la suite directe de la première et c’est un vrai plaisir de voir s’émanciper encore davantage les personnages secondaires. Ils ont bien montré dans la saison précédente qu’ils n’étaient pas les faire-valoir d’Hilda, mais c’est encore plus flagrant cette fois. Dans cette saison, chacun d’eux, même Johanna, a son moment. J’ai particulièrement apprécié de découvrir les origines de Twig et d’en apprendre davantage sur le passé de Kaisa, la bibliothécaire. Des personnages que l’on pensait anecdotiques prennent aussi de l’ampleur et cela est de bon augure pour la suite.
Hilda aussi évolue dans cette saison. On sait déjà qu’elle ne prend pas toujours en considération les limites des gens. On l’a déjà vu avec David, dont elle balaie toujours les craintes avec trop de légèreté. Cependant, ce trait de caractère assez égoïste s’accentue et elle va devoir en subir les conséquences. Sa relation avec sa mère, qui était déjà mise à mal par leur changement de vie, peine à retrouver son équilibre. Durant cette saison, Hilda va devoir s’intéresser davantage à son entourage si elle ne veut pas perdre ses proches, et apprendre à réfléchir avant d’agir ainsi qu’à assumer ses erreurs.
Mon coup de cœur pour cette série n’a fait que se confirmer avec ces nouveaux épisodes. La saison finit sur un cliffhanger ce qui présage une suite et c’est tant mieux car je doute de pouvoir me lasser des aventures d’Hilda et ses amis.

lundi 7 septembre 2020

La Louve de Brocéliande, intégrale

Une trilogie de Lia Vilorë.
Le premier volume a été publié chez Lune Écarlate, mais n'est plus disponible à la vente. Vous pouvez vous procurer l'intégrale gratuitement sur le blog de l'autrice et lui faire un don via Tipeee si ça vous dit.

Résumé :
De nos jours en Bretagne, peu savent que la légendaire forêt de Brocéliande est le théâtre d'une guerre fratricide entre fées.
Victime de fièvres inexplicables lors de la nouvelle et de la pleine lune, la lycéenne Hikira Bisclavret fait un jour la connaissance d'Éric Freinet. Un être ambigu qui la fascine et en qui elle trouve un ami inespéré.
Éric et Hikira deviennent les cibles de fées prêtes à tout pour les détruire, car découvrir le secret des fièvres de la jeune fille ne sera pas sans payer le prix fort.
Après tout, les Demoiselles sont aussi merveilleuses que terribles...
Hikira a presque seize ans. Elle a perdu sa mère dans des circonstances horribles et s’est un peu renfermée sur elle-même. Cela étant, elle semble être une adolescente normale et c’est par hasard qu’elle attire l’intérêt du docteur Éric Freinet. Déterminé à aider la jeune fille, qui est atteinte de mystérieuses fièvres que tout le monde semble traiter à la légère, Freinet va se trouver embarqué bien malgré lui dans une histoire aussi étrange que complexe.
Amateurs de légendes et de loups-garous, cette trilogie devrait vous intéresser. Lia Vilorë mêle dans son récit de nombreuses influences qui forment un tout cohérent. Je me suis plu à découvrir cette interprétation du Lai de Bisclavret, récit que je vous invite à lire si vous ne le connaissez pas. La trilogie s’articule autour de lui et il est résumé dans son entièreté au cours du premier tome, cependant il ne faut pas vous priver de la lecture, au demeurant fort brève, d’une belle pièce de littérature médiévale.
J’ai vraiment beaucoup aimé la façon dont Lia use de la matière de Bretagne, associée au folklore sur les fées et les loups-garous, pour créer sa propre légende. Sa manière d’interpréter le lai et de l’entremêler à d’autres légendes, comme on peut le voir au fil des tomes, est tout en relief et subtilités.
Hikira est un personnage intéressant. Elle oscille longtemps entre l’enfant et la jeune fille, avec ce petit côté sauvage qui est l’apanage de son héritage. Elle a vécu des événements affreux, chaque petite part de son innocence rognée au fur et à mesure des épreuves, pourtant, elle fait preuve d’une grande capacité de résilience. Vouée à grandir dans la douleur, elle doit sans cesse faire le deuil de son enfance, de ses rêves et même de son humanité alors que paradoxalement elle humanise les gens autour d’elle, du meurtrier de sang froid aux gamins perdus qui ne savent pas toujours comment ils en sont arrivés là. Elle leur permet de faire émerger ce qu’il y a de meilleur en eux et de panser leurs plaies. Cela me touche particulièrement chez ce personnage qui n’est qu’un pion dans une partie d’échecs qui le dépasse et dont il entrevoit pourtant l’issue avec une grande lucidité. Hikira est toute entière aux mains des fées, bonnes et mauvaises, qui se disputent le monde. Le potentiel initiatique de ce récit n’en est que renforcé.
J’ai aussi beaucoup aimé le personnage d’Océane qui pour moi est l’autre face d’une même pièce. Soumise au bon vouloir de la Bête, elle n’en est pas moins la plus forte des deux. Elle aussi est une fille sacrifiée mais, plus encore que Hikira, elle embrasse sa destinée avec détermination. On ne peut que s’attacher à ces deux jeunes filles et leurs défauts ne les rendent que plus humaines.
J’ai lu, il y a de cela quatre ans,, le premier volume de cette trilogie et j’avais vraiment envie d’en connaître la fin. Maintenant que c’est chose faite, j’ai pourtant l’impression que ce n’était qu’un pan de l’histoire globale et que d’autres personnages ont encore des choses à me raconter, même si Hikira est allée au bout de son parcours initiatique.

jeudi 28 mai 2020

La Fille dans la tour, Trilogie d'une nuit d'hiver T2

Un roman de Katherine Arden, publié chez Denoël dans la collection Lunes d'encre.

Ma chronique du premier tome est par-là.

Présentation de l'éditeur :
La cour du grand-prince, à Moscou, est gangrenée par les luttes de pouvoir. Pendant ce temps, dans les campagnes, d'invisibles bandits incendient les villages, tuent les paysans et kidnappent les fillettes. Le prince Dimitri Ivanovitch n'a donc d'autre choix que de partir à leur recherche s'il ne veut pas que son peuple finisse par se rebeller. En chemin, sa troupe croise un mystérieux jeune homme chevauchant un cheval digne d'un noble seigneur. Le seul à reconnaître le garçon est un prêtre, Sacha. Et il ne peut révéler ce qu'il sait : le cavalier n'est autre que sa plus jeune sœur, qu'il a quittée il y a des années alors qu'elle n'était encore qu'une fillette, Vassia.

Ne lis pas cette chronique si tu n'as pas lu le premier tome.

À la fin de L’Ours et le Rossignol, nous avions laissé une Vassilissa pleurant son père au milieu des cendres de son enfance. Dans ce tome, il est temps pour elle de s’émanciper. Bien que les épreuves l’aient mûrie, elle reste une jeune fille de la campagne, qui a grandi dans un milieu protégé. Même si elle a enduré le froid et la faim, entre autres épreuves, son père et ses frères veillaient sur elle et la simplicité de la vie dans son village ne l’a pas préparée au monde, encore moins aux intrigues de la cour. Malgré tout ce qu’elle a pu subir, elle est toujours naïve, pleine d’idéaux et d’illusions, nourrie par les contes de son enfance où les cœurs vaillants sont récompensés et où les filles ont le droit d’être davantage que des épouses serviles.
Vassia n’aspire qu’à parcourir le monde sur le dos de Soloveï. Elle rêve d’aventure, d’héroïsme et de magie. Malheureusement, Vassia est bien moins prête qu’elle ne l’imagine et elle a beaucoup à apprendre sur la cruauté des hommes. Elle va devoir grandir encore, et très vite, pour gagner cette liberté qui lui fait tant envie. Et pour être en sécurité sur les routes, quoi de mieux que se déguiser en garçon ? Cependant, il se pourrait que son subterfuge joue contre elle. Vassia va se trouver en présence de son frère Sacha, devenu moine, et du grand-prince de Moscou, Dimitri Ivanovitch. Précipitée au cœur d’un nid de serpents sans y avoir été préparée, elle va devoir être sur ses gardes car si son secret est éventé, elle risque gros.
Ce tome est celui de l’apprentissage, des faux-semblants et des trahisons. Vassia a un grand cœur et des aspirations tout aussi grandes, mais elle se comporte comme une enfant gâtée parfois et ses inconséquences sont douloureuses aussi bien pour elle et les siens, qui vont devoir en payer le prix, que pour le lecteur qui a envie de la secouer. Cependant, on doit lui reconnaître qu’elle apprend de ses erreurs, qu’elle les assume aussi bien que toutes les conséquences de ses choix.
J’avais apprécié le premier tome, surtout pour son ambiance de conte, pour ses Tchiorti et les petits rituels qui accompagnent leur existence, mais je l’avais trouvé un peu lent. Dans celui-ci, le rythme est beaucoup plus soutenu, à part peut-être dans la première partie. En tout cas, je l’ai lu très vite et avec grand plaisir tant j’étais prise dans l’histoire. Les ennemis qu’affronte Vassia sont cette fois beaucoup plus retors. J’ai retrouvé dans ce roman la magie et les références aux contes qui me plaisent tant, bien que le récit soit plus axé sur l’aventure et l’action. Les êtres surnaturels qu’on appelle Tchiorti, tous ces lutins domestiques et créatures des bois qui font toute la richesse du folklore russe, se font encore trop discrets à mon goût, mais leurs interventions dans ce volume sont toujours utiles et surtout significatives. À tout prendre, je préfère cela à un usage plus fréquent mais plus anodin de leur présence et de leurs pouvoirs.
Ce tome est la parfaite continuation du précédent et j’ai été heureuse de voir Vassia y retrouver son frère, mais aussi sa sœur aînée. Outre le fait d’apprendre ce qu’ils sont devenus, on peut voir comment leurs relations vont évoluer à l’âge adulte. On rencontre aussi les enfants d’Olga et surtout sa fille aînée, Macha, un personnage prometteur. Tous gagnent en profondeur dans ce récit.
Ce roman est à la fois très féminin et féministe. Le précédent l’était déjà, mais il nous montrait surtout le monde du point de vue de Vassia qui était tout de même relativement libre, même pour une fille de la campagne. Celui-ci parle d’émancipation, de ce qu’est la féminité — ou de ce qu’on voudrait qu’elle soit — et de la difficulté pour les femmes, nobles aussi bien que paysannes, de vivre dans cette Russie médiévale qui est si rude pour elles. Des femmes cloîtrées dans leur terem aux gamines de la campagne enlevées par des brigands, il ne fait pas bon être une fille à cette époque. À travers toutes ces figures féminines, Vassia ainsi que la jeune Katia, Olga et Macha, mais également Tamara, la grand-mère des filles, et son étrange destinée, on peut voir différentes facettes de la féminité et les choix qui les accompagnent.
J’ai été particulièrement ravie d’en apprendre davantage sur Tamara et sur l’héritage des filles, même s’il reste encore des mystères à mettre au jour. Ce fut vraiment une excellente lecture. 
Tout cela me donne très envie de lire la suite. Ça tombe bien, elle vient de sortir et c’est le dernier tome.

Défi Cortex, catégorie auteur d’Amérique du nord.

samedi 11 janvier 2020

Ar Men-Ir – Christmas Kouign-Amann

Une nouvelle de Jean-Marc Sire, publiée chez Realities Inc.


Tous les ans, les éditions Realities Inc. Nous gratifient d’une nouvelle de Noël. Celle de 2019 revisite la nativité avec humour et un chouïa d’absurde.
Que feriez-vous si pendant le réveillon de Noël un couple de golems, dont la femme est enceinte, sonnait à votre porte pour réclamer l’aide de votre poivrot de père ? Eh bien vous les installez dans la grange  pendant que votre mère prépare des sandwichs en espérant qu’il ait une illumination. Ce qui, vous vous en doutez, n’est pas gagné… Bien entendu, vous n’êtes pas au bout de vos surprises.
Ce texte empreint de dérision se lit d’une traite. On apprécie tous les détournements auxquels l’auteur se livre sans vergogne et on passe un moment agréable. Que demander de plus ?

Les autres nouvelles de Noël chroniquées sur ce blog :

vendredi 11 octobre 2019

L'Ours et le Rossignol

Un roman de Katherine Arden, publié chez Denoël dans la collection Lunes d'encre.

Présentation de l'éditeur :
Au plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante. Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela. En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt. Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales. 
Inspiré de contes russes, L’Ours et le Rossignol a su en garder toute la poésie et la sombre cruauté. C’est le premier roman de Katherine Arden.

Fortement imprégné du folklore russe, L’Ours et le Rossignol est un mélange entre fantasy historique, merveilleux, quête initiatique et saga familiale. 
Vassilissa, dite Vassia, est la cinquième née d’un seigneur du nord et d’une femme aussi sagace qu’indépendante. Sa mère meurt pour la mettre au monde et sa vie aurait pu commencer sous de sombres auspices. Mais Vassia, enfant désirée par sa mère, est choyée par sa famille, particulièrement sa gouvernante et sa grande sœur. Elle s’épanouit librement sur le domaine de son père, connaît la forêt par cœur et préfère imiter ses frères que rester à coudre près du poêle. Ayant la capacité de voir les esprits du foyer comme ceux de la forêt, elle perçoit le monde différemment, ce qui se révèle parfois avantageux, parfois dangereux. Ses aptitudes ne sont pas du goût de tout le monde, notamment sa nouvelle belle-mère.
L’ambiance est feutrée, le récit lent. Il faut bien cela pour voir Vassia grandir, prendre conscience de sa différence et faire ses propres choix. La jeune fille est plus qu’anachronique dans cette société où les femmes sont vouées au mariage ou au voile, vendues ou cachées, en somme. Si l’autrice a distillé quelques indices quant à l’ascendance de Vassia et de sa mère, Marina, j’aurais toutefois aimé en apprendre plus. Ce sera, je suppose, pour les prochains tomes.
L’influence du merveilleux russe est savamment dosée. Les éléments du conte sont là, parfois évidents, parfois en filigrane, souvent détournés. Ce fut amusant de les repérer. Cependant Katherine Arden nous conte une histoire personnelle, un apprentissage où finalement la fantasy reste accessoire. Et je garde le regret de n’avoir pas rencontré Baba Yaga…
L’autrice a néanmoins su se jouer des clichés qui accompagnent les contes, par exemple : la « méchante belle-mère » est plus nuancée qu’on pourrait le croire de prime abord. Elle est avant tout une femme en souffrance. Si elle était née comme Vassia dans un environnement qui l’avait aidée à prendre confiance en elle plutôt que stigmatisée, peut-être aurait-elle été une tout autre femme et pas cette petite chose apeurée qui cherche réconfort dans la religion.
Les personnages sont très développés et c’est avant tout une histoire intimiste. Ce roman met en scène la complexité des sentiments humains, jalousie, orgueil, mais aussi amour et abnégation… C’est aussi la confrontation de deux mondes dans cette Russie médiévale : la chrétienté qui veut régner sans partage et les vieilles croyances païennes. Vassia et sa belle-mère, toutes deux capables de voir les esprits, incarnent ce combat qui ne devrait pas en être un.
L’Ours et le Rossignol est un roman où l’intrigue semble assujettie à l’atmosphère. Elle est lente, précautionneuse, si bien qu’après tant d’attente la conclusion peut laisser un rien perplexe par sa simplicité. Elle est pourtant tout à fait adéquate.
Ce fut une lecture plaisante. Grande amatrice de contes, j’en attendais un peu plus, mais je me suis laissé bercer par ce récit et ne me suis jamais ennuyée.
Bien que premier tome d’une trilogie, ce roman peut tout à fait se lire indépendamment. Cela étant, je lirai volontiers la suite.

samedi 24 novembre 2018

Noces d'écailles

Texte d'Anthelme Hauchecorne.
Illustrations de Loïc Canavaggia.
Publié aux éditions du Chat Noir.

Quatrième de couverture : 
Octobre 1345, 
Comté de Bourgogne 
Fuyant la colère du baron,Aymeric Jodelet, peintre et coureur de jupons, doit s’exiler de son village.
L’artiste trouve refuge dans la forêt voisine, au mépris des superstitions.
Selon les paysans, un monstre y rôderait : la Vouivre, dont les griffes déchireraient les intrus. Une fable, rien de plus ?
À l’automne, les sentiers sylvestres mènent n’importe où. Parfois jusqu’à l’inconnu.
Comme j’ai déjà pu m’en rendre compte lors de précédentes lectures, Anthelme Hauchecorne excelle dans l’art de revisiter les légendes. Il les régénère en quelque sorte, leur offrant une poésie nouvelle et surtout le relief qui parfois manque à des récits qui, s’ils restent magnifiquement symboliques, sont souvent trop manichéens ou superficiels.
Avec Noces d’écailles, il s’attaque à la Vouivre. Figure mystérieuse, féminine et reptilienne, tendre et cruelle à la fois, qui hante notre imaginaire collectif. D’autres avant lui, dont Marcel Aymé, l’ont tenté, mais ce personnage légendaire reste en retrait des textes modernes. Il a gardé son mystère et n’en est donc que plus passionnant car toujours sauvage.
Noces d’écailles est à la fois novella et artbook. Dans ses magnifiques illustrations, Loïc Canavaggia donne vie comme personne aux créatures de toutes écailles. Que celles-ci soient issues de rêves ou de cauchemars, elles semblent réelles tant le soin du détail qui leur est apporté est acéré. Ce bel ouvrage se feuillette et s’admire autant qu’il se lit.
Aymeric, le personnage principal et narrateur, nous conte à travers des lettres et un journal intime une mésaventure qui lui est arrivée alors qu’il se cachait au cœur de la Sylve serpentine.
Cartésien et acariâtre, Aymeric n’en est pas moins sympathique. On s’attache à ce peintre solitaire, on tremble en le voyant commettre ses pires erreurs. Le fait que le récit nous parvienne par le biais d’écrits intimes renforce l’immersion et la connivence avec le personnage principal, d’autant que la richesse du style permet de s’imprégner de l’ambiance sombre et forestière du récit. Toutes les illustrations sont, de même, censées avoir été brossées par le personnage et n’en paraissent que plus vivantes.
Le texte est superbe et flotte encore longtemps après lecture à la lisière de l’esprit et des songes. Anthelme Hauchecorne a une manière bien à lui de nous faire réfléchir sur le concept de monstruosité et ce questionnement fait partie de ce qui m’a le plus marquée à la lecture de cet ouvrage.
C’est une belle lecture qui ravira tous les amateurs de contes, d’esprit chthoniens et de beaux ouvrages.

vendredi 12 octobre 2018

Hilda ♥


Hilda est une série d’animation, adaptée d’une BD de Luke Pearson (que je n’ai pas lue), à laquelle je ne prêtais guère attention malgré l’envahissante pub de Netflix. Cela jusqu’à ce que des détails finissent par s’insinuer dans mon esprit et que je réalise qu’elle faisait la part belle aux créatures magiques telles que les trolls, lutins et autres esprits de la nature. J’ai donc lancé le premier épisode. Dès lors, j’étais fichue. Cette série est adorable, onirique et magique à souhait, et son univers se développe tout en finesse. Si beaucoup d’éléments sont d’inspiration nordique, d’autres légendes s’y mêlent et elle crée sa propre mythologie avec brio. 
C’est tout à fait le genre de dessin animé qui peut être apprécié à tout âge du moment qu’on est un minimum rêveur. J’ai adoré cet univers à la fois pour son originalité et les souvenirs d’enfance qu’il a réveillés.
Hilda est une fillette qui vit seule avec sa mère, très loin de la ville. Elle a un renard-cerf comme animal de compagnie et passe ses journées à courir la nature à la recherche de créatures magiques à dessiner. Mais sa tranquillité va bientôt être mise à mal par les lutins des environs, bien décidés à virer ces deux géantes qui les enquiquinent.
J’ai adoré entrer dans le monde de cette enfant fantasque, généreuse et enthousiaste, un peu trop fonceuse pour son propre bien, qui n’imagine pas vivre ailleurs qu’en pleine nature. Evidemment Hilda va tenter de négocier avec les lutins, mais si le début de la série est très plaisant, ce n’est rien comparé à la suite. D’épisode en épisode, l’histoire va en s’améliorant, elle gagne en consistance et cohérence. Des personnages deviennent récurrents et c’est un vrai bonheur de voir tout ce petit monde évoluer.
Ils sont tous très originaux et attachants, qu’il s’agisse des humains ou des créatures légendaires. Le corbeau, Alfur le lutin et le bonhomme de bois sont tout simplement géniaux. J’ai aussi particulièrement aimé la relation entre Hilda et sa mère qui sonne très juste et me rappelle un peu celle que j’entretiens avec ma propre mère.
J’ai eu un immense coup de cœur pour cette délicieuse série, que j’ai regardée en un weekend, et j’en étais déjà nostalgique au générique de fin du dernier épisode. Vivement la suite !

vendredi 10 août 2018

La Légende des plumes mortes

Un roman de Maëlig Duval, publié chez Gephyre.

Il s'agit d'une version augmentée de la novella L'Après-dieux, dont vous pouvez consulter ma chronique sur ce blog.

Présentation de l'éditeur :
Les dieux ont disparu, entraînant le décès des humains qui leur étaient le plus liés, la guerre civile et l’apparition d’une nouvelle mort.
Dans cette société en reconstruction sous la férule d’un gouvernement totalitaire, Albert, fonctionnaire, établit des rapports sur les lieux à restructurer. Parfois, il se souvient des dieux, mais hésite à en parler, même à sa maîtresse, sous peine d’être soupçonné de sédition.
Jusqu’au jour où il rencontre Eva qui raconte les légendes proscrites à son fils. Lequel est persuadé d’être destiné à sauver les dieux.
Un enfant, si différent soit-il, aurait-il le pouvoir de changer le monde ?
La vie d’un lecteur est jalonnée de coups de cœur. Cependant, si certains ouvrages sont réjouissants durant leur lecture, leur souvenir s’affadit parfois avec le temps et l’on n’a pas toujours envie de les redécouvrir plus tard. Ce sont les livres qui étaient là au bon moment, mais cet instant était fugace et ne reviendra plus, même si le lecteur, qui en a bien conscience, leur conservera sa tendresse. 
D’autres lectures, elles, sont en revanche intemporelles. Ce sont celles qui restent, qui s’incrustent dans l’imaginaire au point qu’elles semblent en avoir toujours fait partie. Elles vous changent et vous construisent. On peut les lire vingt fois, elles feront toujours écho. Pour moi, La Légende des plumes mortes est de celles-ci. 
J’ai découvert cette histoire dans sa précédente édition, L’Après-dieux chez Griffe d’encre et j’ai su tout de suite qu’elle avait quelque chose de particulier. Alors quand Gephyre a publié une version enrichie, j’ai tout de suite eu envie de la lire. 
Toutes ces années, l’émotion de ma première lecture a perduré, le grand désarroi qui l’avait accompagnée aussi. Il m’est revenu comme un boomerang. Car ce n’est pas une lecture facile. Elle est empreinte d’espoir comme de désespoir, d’amour autant que de tristesse et de nostalgie, de quelque chose de perdu qui ne reviendra jamais. Mais on en sort grandi, je crois. Elle m’a bouleversée à l’époque, elle me touche encore aujourd’hui. 
Dans le monde créé par Maëlig Duval, les humains vivaient en harmonie avec leurs dieux, sorte d’immenses oiseaux au plumage majestueux, qui venaient les écouter dans les temples. Leur vie était rythmée par les marches du temple, symboles des différents âges, qui les rapprochaient des dieux à mesure qu’ils vieillissaient. Quand un humain mourrait, son corps, à l’origine façonné et offert par les dieux, se changeait en poussière et ne restait de lui qu’une plume qui partait alors rejoindre le plumage divin. Mais les dieux ont disparu subitement, laissant les humains orphelins, en proie à la peur, aux conflits internes et à la vraie mort. 
Dans ce monde désenchanté, Albert est un fonctionnaire zélé qui travaille même durant ses congés pour ne pas trop penser à ce que l’humanité a perdu. C’est ainsi qu’il va tomber sur des gens oubliés par le système, dans un petit village promis à la démolition, et devenir, bien malgré lui, un légendier. 
La Légende des plumes mortes est un grand roman, intimiste, original, réfléchi, contemplatif aussi et souvent équivoque. Il a la saveur des légendes et des mythes ; il porte bien son titre. La nouvelle fin, un peu plus complète que celle dont je me souviens (je ne peux vérifier pour le moment) m’a laissé une impression très ambiguë. J’ai toutefois aimé relire cette histoire, la voir s’étoffer dans cette nouvelle version.
Il y a quelque chose de particulier dans ce récit, indéfinissable et poétique. Il nous parle de foi, de la fragilité de l’âme et de la beauté de la mortalité, de la façon dont se façonnent les légendes et les héros. Il nous dit que la façon dont on choisit de vivre notre vie peut changer le monde. 
Ce roman mérite d’être davantage connu et j’espère que vous lui en donnerez l’occasion.

jeudi 2 août 2018

La Forêt de l'étrange / Over The Garden Wall


Je suis tombée, voilà quelques mois, sur un article vantant les mérites de ce court dessin animé — une saison, dix épisodes d’une dizaine de minutes chacun, ça passe en un clin d’œil — et il m’est resté en mémoire pour tout ce qu’il m’évoquait. Notamment, l’un des personnages, avec son chapeau pointu et son nez, me semblait tout droit sorti des Moomins. Et puis, surtout, on me promettait une ambiance étrange, mélancolique, un peu glauque aussi, à la saveur de conte. C’est tout ce que j’aime. Alors, quand je l’ai trouvé en parcourant le catalogue de Netflix, j’ai cliqué, c’était obligé. J’ai ainsi découvert un chef-d’œuvre, un immense coup de cœur qui s’est intégré dans le grand puzzle de mon imaginaire et ne le quittera plus. 
Le début est assez abrupt, mais cela trouve son explication plus tard. On rencontre deux frères, Wirt et Greg ainsi que leur grenouille, perdus dans une forêt. Ils semblent ne plus trop savoir comment ils sont arrivés là. Il fait nuit, une menace rôde et ils vont faire une rencontre… 
Tout fait sens dans cette œuvre, même si ce n’est pas toujours évident de prime abord. Elle est extrêmement soignée, pleine de références, de réflexion. Elle nous parle d’entraide et d’espoir, nous pousse à aller au-delà des apparences. Il y a de nombreux secrets à découvrir, plusieurs pistes de lectures selon l’âge que l’on a. Il faut faire très attention aux détails. J’ai aimé la complexité du symbolisme, mais on peut aussi bien tout prendre au premier degré, comme le petit Greg, et adorer ce dessin animé. 
Attention toutefois, ce n’est pas pour les jeunes enfants. De mon point de vue, les frayeurs « pour de faux » sont salutaires, mais seulement si l'enfant a envie de jouer à se faire peur. C’est un état d’esprit et il n’est pas présent chez tous. Je sais que cette histoire m'aurait foutu la pétoche petite mais que je l’aurais néanmoins adorée et en aurais tiré quelque chose de bénéfique. 
Comme je le pressentais, Over The Garden Wall est tout ce que j’aime : récit d’apprentissage, symboles issus de contes qui renvoient un écho à tout le monde, tout en ayant été assez malaxés pour obtenir leur identité propre, et puis c’est effrayant juste ce qu’il faut… C’est le genre de récit très roboratif pour l’imaginaire. 
Ce dessin-animé a de surcroît de quoi réveiller la nostalgie des enfants des années 80 (il doit d’ailleurs se situer à cette période), que ce soit dans son esthétique ou dans sa structure, cependant il est intemporel, ce qui, à mon sens, caractérise les chefs-d’œuvre. Il m’a rappelé L’Oiseau bleu, que je regardais quand j’étais petite. C’est plus une impression basée sur les souvenirs qu’il m’en reste, je devais avoir quatre ou cinq ans, qu’une réelle comparaison cependant. 
Avec son ambiance glauque, sa poésie mélancolique et ses métaphores, puis ce rien d’absurde aussi qui surprend toujours le spectateur, ce dessin animé est réellement délicieux. L’espoir et la tendresse hantent toujours les moments les plus sombres. La conclusion est également très satisfaisante. Ce fut un immense méga coup de cœur que je ne suis pas près d’oublier.

jeudi 12 juillet 2018

L'Ombre de l'Ankou

Un roman de Jean Vigne, illustré par Mina M, publié dans la collection Chatons hantés des éditions du Chat Noir.


J’ai vraiment passé l’âge de lire ce genre de romans, mais je suis parfois superficielle et, je l’avoue, j’ai été attirée par la magnifique couverture. Elle m’a vendu du rêve et les illustrations intérieures sont à sa mesure. J’ai adoré en découvrir les détails. Elles participent grandement à l’atmosphère du roman.
Celui-ci est moins sombre que je ne m’y attendais. Sans doute parce que je suis adulte. Ce n’est pas un problème, il en faut pour tous les goûts et les enfants qui veulent frissonner sans cauchemarder ensuite y trouveront leur compte.
Lotie a onze ans, elle vient de déménager dans un manoir très isolé en Bretagne. Ses amies lui manquent, sa maman est malade, les temps sont durs pour elle. Elle est encore très petite fille, entre deux âges en fait, cela la rend aussi agaçante — quand elle chouine — qu’attachante par sa candeur. Cet été-là, sur la lande, elle va tenter d’apprivoiser le passé de sa mère pour la sauver.
Le rythme est assez lent, car assujetti aux découvertes de Lotie, qui fouine un peu mais se laisse surtout porter. Et elle digresse beaucoup cette petite, mais ce n’est pas désagréable. On furète avec elle, on apprend à la connaître.
J’ai vu le dénouement venir de loin, cependant c’est plutôt normal et je pense que les jeunes lecteurs le trouveront à leur goût. J’offrirai volontiers ce petit roman à un enfant en âge de lire cette histoire de fantôme mâtinée de légende bretonne.

mercredi 17 mai 2017

Déracinée

Un roman de Naomi Novik publié chez Pygmalion.*

Présentation de l'éditeur :

Patiente et intrépide, Agnieszka parvient toujours à glaner dans la forêt les baies les plus recherchées, mais chacun à Dvernik sait qu'il est impossible de rivaliser avec Kasia. Intelligente et pleine de grâce, son amie brille d'un éclat sans pareil. Malheureusement, la perfection peut servir de monnaie d'échange dans cette vallée menacée par la corruption. Car si les villageois demeurent dans la région, c'est uniquement grâce aux pouvoirs du "Dragon". Jour après jour, ce sorcier protège la vallée des assauts du Bois, lieu sombre où rôdent créatures maléfiques et forces malfaisantes. En échange, tous les dix ans, le magicien choisit une jeune femme de dix-sept ans qui l'accompagne dans sa tour pour le servir. L'heure de la sélection approche et tout le monde s'est préparé au départ de la perle rare. Pourtant, quand le Dragon leur rend visite, rien ne se passe comme prévu...

Imaginez une vallée dont le seigneur est un Dragon à qui les villageois offrent tous les dix ans une jeune fille de dix-sept afin qu’il les protège d’un bois maléfique… Oui, imaginez, mais sachez que le Dragon n’en est pas vraiment un et que la dernière jeune fille désignée pour l’accompagner est tout sauf ordinaire. Avec Déracinée, Naomi Novik rend hommage aux contes polonais que sa mère lui racontait quand elle était enfant. Elle joue avec les poncifs, prend nos attentes à revers, distille les références de-ci de-là et crée une belle fantasy qui parlera à tous les rêveurs. Nous avons tous lu des contes, quelle qu’en soit l’origine, et Novik a su en capturer l’essentiel : cette magie que nous comprenons instinctivement. Cela donne au texte une impression de chaleureuse familiarité, tout en apportant un souffle de fraîcheur qui bouscule nos souvenirs d’enfance. En effet, Novik ne se laisse pas aller à la facilité et son texte est beaucoup moins manichéen qu’on peut le penser de prime abord. Dans cette Pologne imaginaire, la magie est un don que l’on possède ou non dès la naissance et, dans la vallée, on s’inquiète plus du Bois que de politique malgré la menace constante de reprise des hostilités avec le pays voisin. Le Dragon est un mage et la lutte contre le Bois son unique préoccupation, alors cela vaut bien quelques sacrifices pour les gens du cru… Et puis les filles reviennent un jour, même si elles ont changé. Par le hasard de la naissance, Agnieszka est une fille du Dragon. C’est-à-dire qu’elle pourra, comme les autres nées à la même époque, être désignée pour le servir durant dix ans. Mais tout le monde sait bien qu’il choisira Kasia dont la beauté est loin d’être la seule qualité. Or, c’est Agnieszka, fille banale et meilleure amie de Kasia, qui nous narre cette histoire. On se doute bien que tout ne va pas se passer comme prévu… Cependant, quoi que vous imaginiez, ce sera mieux, promis. Gardez patience car le début est assez lent, les maladresses d’Agnieszka, qui sont parfois exagérées, vont finir par passer et l’intrigue va peu à peu vous emporter. Novik n’adhère pas au principe du “show, don’t tell”, d’où le début difficile. En outre, elle aime bien délayer. Cependant, des passages plus vifs arrivent toujours à propos pour redonner du souffle au récit et attiser l’envie de tourner les pages plus vite. Ce roman est tel un long conte à épisodes, oscillant entre scènes du quotidien et batailles épiques, bourré de péripéties et de retournements de situation plus ou moins prévisibles, mais qu’on prend toujours plaisir à voir développés. J’y ai mis le temps, mais je me suis fortement attachée aux personnages : Agnieszka qui se révèle moins balourde de page en page, la trop parfaite Kasia, et même ce Dragon caractériel… Tous gagnent en profondeur, même s’il reste un peu en eux de la caricature typique des héros de contes de fées. Au début, j’étais un peu blasée en découvrant la magie de ce monde. J’aime les systèmes plus élaborés, ceci dit je trouvais tout de même que c’était adapté à l’univers des contes où elle est toujours réduite à de simples formules et claquements de doigts. Néanmoins, j’ai été agréablement surprise par la suite. Même si ce n’est pas le système le plus développé de la Fantasy, Novik a su le rendre cohérent et intéressant. Ce petit pavé m’a accompagnée dans un moment difficile et m’a aidée à mettre de côté mes soucis. Tout en étant à la fois plus travaillé et plus adulte, ce roman vous rappellera le plaisir que vous preniez enfant à lire ou écouter des contes. Déracinée est une belle histoire, qui prendra sans nul doute racine parmi les incontournables de la Mythic Fantasy.

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vendredi 27 mai 2016

Apostasie

Un roman de Vincent Tassy, publié aux éditions du Chat Noir.

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Présentation de l'éditeur :
Anthelme croit en la magie des livres qu'il dévore. Étudiant désabusé et sans attaches, il décide de vivre en ermite et de s'offrir un destin à la mesure de ses rêves. Sur son chemin, il découvre une étrange forêt d'arbres écarlates, qu'il ne quitte plus que pour se ravitailler en romans dans la bibliothèque la plus proche.
Un jour, au hasard des étagères, il tombe sur un ouvrage qui semble décrire les particularités du lieu où il s'est installé. Il comprend alors que le moment est venu pour lui de percer les secrets de son refuge.
Mais lorsque le maître de la Sylve Rouge, beau comme la mort et avide de sang, l'invite dans son donjon pour lui conter l'ensorcelante légende de la princesse Apostasie, comment différencier le rêve du cauchemar ?
Imaginez que les romantiques Britanniques et Allemands se disputent des contes de fées très connus, les tordent en tous sens, les corrompent, mais les humanisent aussi… Saupoudrez cette œuvre improbable de gothique vampirique et vous obtiendrez Apostasie. Sorte de conte inversé, comme reflété par un miroir maléfique qui en montrerait la face obscure, ce roman distille son merveilleux discordant et atypique, tout en paraissant familier au bibliophage averti. On y retrouve les codes, bien qu’ils soient dévoyés, des genres précités, ainsi que de multiples références à d’autres ouvrages plus ou moins connus. Cette érudition se fond dans l’histoire et c’est un réel plaisir pour tout amoureux des livres.
La préciosité du style est parfaitement adaptée au récit, mais peut rebuter dans les premiers chapitres. C’est elle qui me rappelle beaucoup les écrits, poétiques et fourmillant de détails, de Mme d’Aulnoy en particulier, mais sans leur côté kitsch et par trop galant. Apostasie est composé de contes glauques, imbriqués les uns dans les autres. Ils s’enroulent autour de la trame principale et la nourrissent, comme pour mieux emprisonner le narrateur, mais aussi le lecteur, dans leur toile.
Anthelme est un jeune homme étonnant, à la fois naïf et aguerri. Grand lecteur et solitaire, il a choisi de vivre en marge de la société. Il y a une candeur dans sa façon d’être, à la fois innocence et potentiel en latence, qui fait qu’il est prêt à accepter toutes les bizarreries et que j’ai parfois eu l’impression qu’il réagissait comme on le fait dans un rêve : en sachant qu’on pourrait s’éveiller à tout instant. Anthelme a beaucoup lu… Il ne veut vivre, si ce n’est sa légende. Il s’éveillera presque malgré lui. J’ai appris à l’aimer, petit à petit.
Il en va ainsi des contes, mêmes sombres, le héros pénètre dans la forêt. Et celle-ci est loin d’être ordinaire… Elle est sylve aux arbres rouges, elle est organe pulsant… La forêt, dans les contes comme les récits médiévaux, est le lieu de la sauvagerie, sans notion de bien ni de mal. Les règles de la société n’y ont plus cours et elle peut s’ouvrir sur des pays imaginaires… Dans la forêt, on se perd et on se trouve, à la fois changé et plus proche de soi, on fuit le monde, mais on doit y retourner un jour. Dans celle-ci, au lieu d’une fée, Anthelme va croiser un vampire. Ceci dit, on peut se demander laquelle de ces deux créatures serait la plus cruelle…
J’ai eu quelques difficultés à m’immerger dans les aventures d’Anthelme et c’est à cause de la première partie, trop dolente… Bien écrite, sans nul doute, mais j’ai lu beaucoup de récits de ce type. Aujourd’hui je préfère la sobriété à la mélancolie langoureuse d’une poésie enrobée de préciosité qui se délecte de sa propre algie. Les rêves brisés des personnages m’ont rendue nauséeuse. Cet imaginaire mutilé, dont on regarde goutte à goutte s’écouler l’ichor, n’est pas pour moi. J’ai eu par moment l’impression d’observer malgré moi des scènes sordides que je n’étais pas censée voir. Ce n’est pas effrayant, c’est dérangeant. Il y a du sang, bien sûr, de la violence, mais, si vous craignez les récits horrifiques, sachez que cela reste tout à fait supportable. C’est plus malsain que gore.
Ce récit languide, froid comme une couleuvre, glisse sur l’esprit du lecteur, le fait frissonner, non de peur, mais de malaise, laissant une trace sinueuse et désagréable. C’est ce que je pensais en découvrant la première partie. Contrairement à Anthelme, je me méfiais. Et puis petit à petit on se laisse prendre au piège, on s’attache aux personnages… On voudrait inventer pour eux une fin heureuse. À l’instant où Anthelme entend les premiers mots de la légende d’Apostasie, j’ai été saisie. Comme chacun sait, le ravissement et le dégoût engendrent la fascination. Tout comme le héros, je ne pouvais plus m’échapper. J’ai adoré Ambrosius et Lavinia, leurs peines et leurs fêlures, leur grandeur et leur folie, leur amitié sans faille…
Ensuite, j’ai mieux compris la facture de la première partie. Puis, est venu le moment où je n’ai plus pu lâcher le livre. Il fallait que je voie s’accomplir la légende, que je sache la fin. Et je n’ai pas été déçue, loin de là. Cette œuvre sort vraiment des sentiers battus.
Apostasie est typiquement le genre de roman que l’on aime ou pas, difficile de faire dans la demi-mesure, cependant il est indubitable qu’il s’agit d’un véritable joyau de merveilleux noir.

lundi 23 mai 2016

Notre-Dame de la mer

Une novella de Rozenn Illiano.


Vous pouvez vous procurer cet ouvrage en papier (à paraître en juin) et bientôt en numérique auprès de l’auteur.


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notre-dame de la mer - rozenn illiano 2




Alors que sa grand-mère est hospitalisée, Nellig profite de devoir veiller sur la maison familiale pour s’accorder des vacances en Bretagne. Mais la demeure est hantée de souvenirs, de présences, d’échos d’enfance enfuie… et Nellig n’aime pas vraiment ça.
La nuit de la Toussaint, tandis qu’une tempête se fracasse sur les côtes et que les phares s’éteignent, pendant que d’anciennes légendes refont surface, le fantôme de son grand-père lui apparaît. Et il a un message à lui faire passer.



Tout m’attirait dans cette novella… titre évocateur, résumé intrigant, couverture sublime et bien sûr la promesse de me laisser bercer, comme toujours, par les mots de Rozenn. Son écriture a un effet bénéfique sur moi, même quand les récits sont sombres. Elle réveille des émotions, des souvenirs, toujours avec justesse et sensibilité, presque sur le ton de la confidence. Elle me donne l’impression de murmurer son histoire à mon oreille. Cette fois encore, la magie a opéré. Dès les premières pages, je me suis laissé glisser dans l’histoire et je suis tombée amoureuse de ce texte. On sent qu’il est très personnel et introspectif. Cela a contribué à happer mon attention.
Nellig, la narratrice, est une jeune femme tout ce qu’il y a de plus normal et je me suis assez vite sentie proche d’elle, d’autant que son grand-père me rappelle beaucoup le mien. Elle se retrouve seule dans la maison de sa grand-mère, alors que celle-ci est hospitalisée. Peu à peu, entre souvenirs d’enfance et événements curieux, elle va creuser son histoire familiale et faire d’étranges découvertes. En suivant Nellig dans ses investigations, le lecteur cherche lui aussi à débrouiller cette intrigue qui se révèle passionnante. Il devient vite impossible de lâcher cette lecture avant de savoir la fin.
Cette novella est un exemple parfait de ce que le Fantastique moderne peut offrir de mieux. C’est un genre que j’affectionne particulièrement, je suis donc difficile. L’auteur nous balade entre énigmes, intuitions, légendes et superstitions, tout en entretenant le mystère. Elle a su recréer l’atmosphère froide et chargée de magie de l’époque de la Toussaint, mais aussi m’emporter avec elle en bord de mer.
J’ai adoré Notre-Dame de la mer, des premières lignes jusqu’à la toute fin, et je vous encourage chaleureusement à découvrir cette histoire.


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CRAAA

vendredi 20 mai 2016

Le lai de Bisclavret, La louve de Brocéliande T1

Un roman de Lia Vilorë, publié chez Lune écarlate.

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Présentation de l'éditeur :

De nos jours en Bretagne, peu savent que la légendaire forêt de Brocéliande est le théâtre d'une guerre fratricide entre fées. Victime de fièvres inexplicables lors de la nouvelle et de la pleine lune, la lycéenne Hikira C. Bisclavret fait un jour la connaissance d'Éric Freinet. Un être ambigu qui la fascine et en qui elle trouve un ami inespéré. Éric et Hikira deviennent alors les cibles d'une marraine prête à tout pour les détruire. Une alliance est leur seul espoir de survie. Car découvrir la vérité derrière « Le lai du Bisclavret » ne sera pas sans payer le prix fort. Après tout, les Demoiselles sont aussi merveilleuses que terribles...

Férue de mythologie celtique mais aussi nordique nourrie par le travail de l'elficologue Pierre Dubois, passionnée d'Histoire et de littérature médiévale, et joueuse invétérée de jeux de rôles... Lia Vilorë a commencé dès le collège à écrire des histoires où le destin tragique la magie dangereuse et la féerie noire avaient la part belle.

Le lai de Bisclavret… Peut-être ce titre vous évoque-t-il quelque chose ? Il est calqué sur celui d’un lai très connu de Marie de France qui conte la mésaventure d’un loup-garou. Celui-ci, loin d’être sanguinaire comme les autres représentants de son espèce, est trahi par la femme en qui il avait confiance au point de lui avouer sa nature. C’est un très beau texte, que je vous invite vivement à lire si ce n’est déjà fait. Cela n’est pas essentiel pour comprendre le roman de Lia Vilorë, car il y est résumé dans son entier, mais ce serait bête de vous priver de cette découverte. Il existe également une jolie adaptation en dessin-animé et ombres chinoises dans Les Contes de la Nuit (ou Dragons et Princesses) de Michel Ocelot. Mais bref, revenons au roman. Du récit médiéval découle l’histoire d’Hikira et de sa famille, de nos jours, en Bretagne. La jeune fille est la descendante du chevalier-loup et un pion au sein de la guerre que se livrent bonnes et mauvaises fées. Mais, si le lai ainsi que d’autres légendes posent les bases de la trame, l’auteur a su créer quelque chose de cohérent et de personnel. J’ai beaucoup aimé la façon dont elle use de la matière de Bretagne ou de motifs récurrents de la Féerie, celle du Petit Peuple autant que des contes, pour nourrir sa propre imagination. Hikira est un personnage attachant. Elle oscille entre l’enfant et la jeune femme, avec un petit quelque chose, très logique, de l’animal sauvage. J’imagine que son côté « sale gamine » pourrait agacer certains, mais je l’ai trouvée crédible dans son comportement. Elle a vécu de nombreux traumatismes, il lui est difficile, mais en même temps nécessaire, de grandir. Comme son ancêtre, elle navigue entre trahisons et faux-semblants. À la fois monstre et fillette sacrifiée, elle doit dompter sa nature et se construire. Ce premier tome nous conte les débuts difficiles de l’acceptation de son état et son apprentissage. On y découvre sa destinée au même rythme qu’elle, ses ennemis et ses alliés. J’ai trouvé cette trame intéressante et certains passages vraiment très prenants. Il faut dire que j’aime les histoires de sombre féerie et de loups-garous, alors c’est un combo gagnant. Lia Vilorë a su doser les scènes d’action, qui apportent de l’énergie au récit, et d’autres moments plus introspectifs qui étoffent les personnages, cela fait qu’on ne s’ennuie jamais. Elle a pris le parti de retranscrire le parler tel qu’il est censé être dans les dialogues. C’est un peu gênant pour la maniaque que je suis, mais cela se justifie tout à fait. L’ensemble du récit est très fluide et se lit vite. On sent venir certaines choses, mais elles sont bien amenées et il y a aussi quelques surprises. Je suis très curieuse de voir comment vont évoluer l’intrigue et les personnages dans les prochains tomes, maintenant que quelques secrets ont été éventés et qu’Hikira commence à prendre conscience de sa mission. J’ai aussi très envie d’en apprendre davantage sur le passé d’Éric, son mystérieux protecteur.

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