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jeudi 15 février 2024

Randonnée mortelle, Agatha Raisin 4

Un roman de M.C. Beaton, publié chez Albin Michel.
En version audio chez Audible, lu par Françoise Carrière.

Pour mon avis sur les autres tomes de la série vous pouvez consulter le tag ou mon index des auteurs pour les voir dans l'ordre chronologique.


Après un séjour à Londres bien trop long à son goût, Agatha est de retour dans son village des Cotswolds. Et bien sûr elle retombe vite dans ses habitudes, notamment celle de traquer son séduisant, et néanmoins peu réceptif, voisin. Alors quand une de ses voisines lui demande de l’aide au nom de sa nièce, Agatha y voit une bonne occasion d’entraîner de nouveau James dans son enquête pour passer plus de temps avec lui. Et là, je dois admettre qu’elle fait fort ! On peut dire beaucoup de choses d’Agatha, mais elle a de la suite dans les idées.
J’ai moins apprécié ce tome que les précédents, sans doute car les personnages auxquels il s’attache sont plus antipathiques les uns que les autres. Une part de moi, très paradoxale, a aimé les détester, toutefois ils n’en deviennent pas moins très vite pénibles au fil des pages.
Dans cette série, les personnages, surtout secondaires, sont toujours un peu caricaturaux, mais dans ce tome ils le sont particulièrement. Cependant, je ne peux nier qu’il est plutôt drôle et qu’il se lit très vite. La résolution de l’enquête, en revanche, est davantage due au hasard qu’aux efforts d’Agatha. Il faut dire qu’elle se concentre davantage sur la séduction de James que sur une enquête dont elle se fiche éperdument.
Leur relation semble enfin prête à évoluer dans ce volume et c’est tant mieux. Cependant, rien ne se passe jamais comme Agatha l’attend et c’est d’autant plus amusant pour le lecteur.
M. C. Beaton savait accrocher son lectorat malgré des enquêtes un peu faciles. Cela passe principalement par le développement subtile des personnages principaux. Si le cortège de personnages secondaire est là pour apporter une touche de ridicule, Agatha, elle, demeure attachante. On s’implique dans son devenir, même si on se moque un peu d‘elle aussi parfois, et on veut savoir ce qui va lui arriver.
Je vais faire une petite pause dans cette série pour ne pas me lasser, mais je ne doute pas qu’elle sera courte.

vendredi 9 février 2024

Pas de pot pour la jardinière, Agatha Raisin T3

Un roman de M.C. Beaton, publié chez Albin Michel.
En version audio chez Audible, lu par Françoise Carrière.

Pour mon avis sur les autres tomes de la série vous pouvez consulter le tag ou mon index des auteurs pour les voir dans l'ordre chronologique.


Agatha a une nouvelle rivale, qui non contente d’être plus jeune et mince a l’outrecuidance de bien cuisiner ainsi que d’être une jardinière hors paire ! Cela lui vaut d’avoir les honneurs de la société d’horticulture et donc l’attention de James Lacey, le voisin sur lequel Agatha a jeté son dévolue. Que faire alors ? Se mettre au jardinage ! Sauf qu’Agatha et le jardinage ça fait deux… En revanche, elle est douée pour trouver des cadavres.
Ce roman est plutôt drôle et j’ai particulièrement aimé voir notre peau de vache préférée tenter de tirer son épingle du jeu. Agatha n’est pas une bonne personne, mais ça fait partie de son charme. De même que le lecteur s’attache à Agatha malgré ses défauts, les villageois ont fini par l’adopter, pourtant elle n’en a pas réellement conscience et cela la rend touchante d’une certaine façon.
Le meurtre arrive tard, toutefois ce tome nous permet une bonne plongée dans le village et la psyché des habitants. On en apprend beaucoup plus à leur sujet, d’autant qu’un des personnages a l’art de frapper là où ça fait mal. 
C’est typiquement le genre de roman qu’on lit pour son ambiance. L’enquête fait partie du décor, mais je dois admettre que dans celui-ci elle n’est pas trop mal ficelée. J’ai surtout apprécié le développement des personnages ainsi que de leurs relations.
Ce fut une audiolecture très distrayante et je ne lui en demandais pas plus.

mardi 30 janvier 2024

Un Remède de cheval, Agatha Raisin T2

Un roman de M.C. Beaton, publié chez Albin Michel.
En version audio chez Audible, lu par Françoise Carrière.

Mon avis sur le tome 1.


Ma lecture du premier tome date de 2020 et je ne sais pas pourquoi j’ai tant attendu pour lire la suite car j’en garde un très bon souvenir. J’avais apprécié ce que proposait l’autrice, les bases qu’elle posait pour sa série et surtout son personnage principal sortant de la norme.
Agatha n’est pas sympathique. C’est une peau de vache, plutôt grossière quand elle s’énerve, mesquine, un rien manipulatrice et sa moralité est pour le moins élastique. Pourtant on l’aime quand même. Cela peut prendre un peu de temps, mais on finit par s’attacher, par voir davantage ses bons côtés et même apprécier ses défauts. Et puis elle est très drôle. Cela nous change de la jeune femme parfaite que la littérature glorifie d’ordinaire.
C’est le genre de roman qu’on lit vraiment pour se détendre. Même si dans cette série de cosy mysteries les enquêtes sont relativement bien construites, elles restent un élément de décor. Les personnages font tout le boulot. On s’investit dans leurs petites histoires. On déambule dans le village et on en glane les secrets, parfois honteux. C’est bien écrit, tout en n’étant pas le genre de roman qui marquera votre vie.
Dans ce tome, un nouveau vétérinaire arrive dans le village et toutes les femmes du coin s’en entichent aussitôt. Agatha, qui ne parvient pas à séduire son voisin, va jeter son dévolu sur lui. Mais n’a-t-il rien à cacher ? 
J’ai ri d’un bout à l’autre de cette écoute. Oui, j’ai choisi de passer au format audio pour cette série. En ce moment, j’ai envie de cosy mysteries. C’est la saison, me direz-vous. Or, je préfère écouter ce genre de livres plutôt que les lire et même s’il commence à y avoir plus de choix dans ce format, je suis souvent un peu déçue par ce qu’on me propose. Mais Agatha est une valeur sûre. À dire vrai, j’ai tellement apprécié que j’ai presque aussitôt enchaîné avec les troisième et quatrième tomes et cela ne m’a pas lassée, loin de là !

dimanche 24 décembre 2023

Retour à St Mary Hill - Cosy Christmas Mystery

Un roman de Carine Pitocchi, publié chez Robert Laffont 



Apprenant que son compagnon la trompe, Jo-Ann Brown, scénariste à succès, s’enfuit sans le moindre mot pour se terrer dans le cottage qu’elle a hérité d’une cousine. Si tout le monde la croit morte, tant mieux, ça fera les pieds à son ex. 
Cela vous rappelle quelque chose ? Oui, Agatha Christie. Ce roman est clairement placé sous le patronage de cette dernière ainsi que celui de Louisa May Alcott. Cela pour mon plus grand bonheur car ces autrices talentueuses ont bercé mon enfance. J’ai adoré toutes les références à leurs œuvres ainsi qu’à leur vie que Carine Pitocchi a glissées dans son propre ouvrage.
Le résumé de l’éditeur, quant à lui, nous vend une héroïne à la Bridget Jones. Ce n’est pas le cas et tant mieux ! J’aimais bien Bridget autrefois, mais j’ai lu ses mésaventures quand j’avais dix-sept ans et je la trouve assez insupportable aujourd’hui que j’en ai plus de quarante. Cela étant dit, j’ai néanmoins eu du mal avec le tempérament de Jo. 
Elle est très en colère au début, ce qui se comprend, je peux donc lui pardonner d’être exécrable. En revanche, quand elle a commencé à mettre sur le dos de son ex des choix qu’elle-même a faits, ça m’a tapé sur les nerfs. Entendons-nous bien, elle était en couple avec un abruti de compétition, mais c’est trop facile de tout justifier, surtout des petites lâchetés qui l’arrangeaient bien, en disant « c’est la faute d’Andrew, je faisais tout ce qu’il me disait ».
Jo et moi avons donc pris un mauvais départ et j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher à elle. Je l’ai mieux comprise au fil de l’histoire, mais je n’ai jamais vraiment réussi à l’aimer. Tout au plus, je l’apprécie. Cependant ce manque d’affect est largement compensé grâce aux personnages secondaires. J’ai adoré Daisy, l’assistante débonnaire de Jo, avec son côté peste et son grand cœur. Alex, le neveu délaissé par son père, a lui aussi facilement gagné mon cœur, tout comme Jack, Judith, Violette et, le dernier mais pas le moindre, Lawrie, l’ami d’enfance de Jo.
Ce roman est de ceux que l’on lit pour leur ambiance aussi bien que pour le développement des personnages et en cela j’ai été ravie. Je me suis plu à St Mary Hill, qui m’a un peu rappelé le village où vivait ma grand-mère, et je n’avais pas envie d’en partir.
N’attendez pas grand-chose de l’enquête, elle est prévisible du début à la fin (et souffre d’un défaut de logique assez conséquent), mais cela n’a pas vraiment d’importance. Elle est un élément de décor, pas la trame principale de l’histoire. Ce sont les personnages qui importent : des gens tous un peu paumés à leur manière, qui se trouvent et forment une famille. En cela, Daisy et Alex sont particulièrement touchants, chacun à leur manière, et j’ai particulièrement aimé voir le jeune garçon s’intégrer dans un groupe de filles et sympathiser avec le voisin âgé de sa tante.
Jo, quant à elle, a encore pas mal de chemin à faire pour se guérir de ses blessures psychologiques et des angoisses qu’elles ont générées, néanmoins j’ai aimé la voir progresser et finalement montrer un peu de ses bons côtés.
Ce cosy mystery est idéal pour les vacances de Noël. Il était pile ce qu’il me fallait pour entrer dans l’hiver et l’ambiance des fêtes de fin d’année. Je me suis aussi bien marrée avec ce roman et il donne le ton d’une série qui pourrait bien devenir ma favorite dans le genre.

jeudi 3 novembre 2022

Quand la vie s'en mêle T2 : Valentine

Un roman de Lucie Castel, publié en numérique chez Kobo Originals.


Présentation de l'éditeur :

Suivez cette fois les pas de Valentine dans ce deuxième tome de la trilogie Quand la vie s’en mêle, par Lucie Castel. Après avoir décidé de couper les ponts avec sa famille, Valentine se lance dans une formation de guide touristique à Paris. À l’obtention de son diplôme, elle postule auprès du célèbre château des Deux Sources de la petite ville de Luserne, d’où elle est originaire. C’est Louis, le châtelain, patriarche fatigué et solitaire, qui l’embauche pour mettre en œuvre une idée qu’il a depuis longtemps : ouvrir le château au public dans l’espoir d’éponger les dettes accumulées par sa famille. Laquelle est farouchement opposée à ce changement… Alors que Valentine se jette corps et âme dans ce projet colossal, elle est rejointe par Gabriel, fils unique de Louis, un homme hautain et glacial. La collaboration entre Valentine, tombée amoureuse de l’édifice et qui veut à tout prix le sauver, et Gabriel, qui ne pense qu’à le vendre et à couper définitivement les ponts avec sa famille, fait des étincelles. Mais événements étranges et problèmes se multiplient au sein du château, poussant Valentine et Gabriel à mettre leurs divergences de côté pour résoudre le mystère de l’origine de ces attaques.

En suivant Adèle dans le premier tome, j’ai découvert une petite ville, avec ses défauts et ses qualités, mais surtout des personnages dont en a très envie de connaître les histoires. Je me suis donc replongée avec plaisir dans cette ambiance qui m’est, en tant que fille du Sud, assez familière, avec ses bons comme ses mauvais côtés. Dans les petites villes, tout le monde connaît tout le monde et souvent parler d’autrui est une distraction comme une autre… Aussi Luserne, bien que fictive, semble très réaliste. J’ai apprécié de la voir en hiver cette fois, avec les fêtes de fin d’année en bonus. Ce genre d’endroits très touristiques offre un tout autre visage hors saison, j’en sais quelque chose, et le changement d’ambiance est parfaitement décrit. Je me suis tout de suite sentie chez moi.
Ce deuxième tome est consacré à Valentine, qui essaie très fort d’assurer les fondations d’une nouvelle vie chèrement acquise. J’ai une certaine tendresse pour elle, cependant je conçois qu’elle puisse paraître assez antipathique de prime abord, surtout dans le premier tome. Toutefois, Valentine se bat contre cette part d’elle-même avec une telle opiniâtreté qu’elle en devient touchante. Dans ce volume, on apprend à mieux la connaître, on voit se dessiner ses cicatrices, mais aussi ses espoirs. Derrière le sarcasme qu’elle manie en permanence, derrière les affres de la maladie, se cache une amie loyale et une jeune femme pleine de rêves qu’elle ose à peine effleurer du bout des doigts. Sa toute récente liberté l’a laissé pleine de détermination mais aussi un peu chancelante. Personnage tout en contradictions, Valentine est à la fois très forte et très fragile. C’est ce qui fait tout son charme et qui la rend si réelle.
Même si ce roman est celui de Valentine, ses camarades ne sont pas laissés de côté. J’ai retrouvé avec plaisir Adèle, Ed, Nicolas et Jazz. C’est sympa de les voir évoluer, même si cela reste en arrière plan. On dirait bien qu’Adèle a apporté un vent de changement avec elle dans ce petit groupe au sein duquel elle a pris racine. Ils ne sont plus figés, subissant tous les aléas de la vie, mais sont bien décidés à se construire une existence qui leur ressemble. Il est un peu frustrant de ne pas en voir davantage à leur sujet.
Il faut dire que ce roman se lit très vite et on ne s’ennuie jamais, même si on voit tout venir de très loin. Les clichés se ramasse à la pelle, mais ce n’est pas bien grave car l’autrice sait rendre son histoire plaisante d’un bout à l’autre. Je serais bien en peine de trouver un genre dans lequel le classer, si ce n’est « feel good ». Prenez une petite ville du Sud en hiver, une bande de copains, un soupçon de romance et un paquet d’ennuis, vous obtiendrez quelque chose d’assez approchant du noyau de ce récit.
J’ai bien aimé l’histoire de fond : une guéguerre entre aristos de campagne et ce château qui s’écroule de partout, comme la famille qu’il abrite, mais qu’on essaie de réhabiliter. Je ne suis pas une fan de secrets de famille, mais tout le folklore inventé autour de ces deux maisonnées est assez amusant. La romance est discrète, juste ce qu’il faut de sucre pour adoucir l’histoire, et les personnages sont attachants. Que demander de plus ? C’est le roman pas prise de tête parfait pour un jour de pluie près de la cheminée. Ce tome s’est révélé meilleur que le précédent et je lirai sans aucun doute la suite.


lundi 18 avril 2022

Quand la vie s'en mêle T1 : Adèle

Un roman de Lucie Castel, publié en numérique chez Kobo Originals.

Présentation de l'éditeur :

Lorsque la grand-mère adorée d’Adèle décède, la jeune femme à l’esprit sarcastique et à la langue bien pendue est déterminée à respecter ses dernières volontés : quitter la demeure familiale et partir à l’aventure.

Une formation de jardinier-paysagiste plus tard, elle part pour Luserne, petite ville du sud, où se trouve Lucien Vidal, vieil homme acariâtre mais aussi et surtout premier grand amour de sa grand-mère. Grâce à lui, Adèle décroche un petit boulot pour s’occuper du jardin du cimetière communal.

Malgré la suspicion qu’elle suscite chez les habitants les plus conservateurs, elle se lie bientôt d’amitié avec un groupe de marginaux : un jeune facteur dont l’obésité menace son maintien en poste, une toiletteuse gothique et lesbienne, une ancienne reine du lycée anorexique et le jeune et séduisant croque-mort de la ville.

Mais l’ambiance se dégrade lorsqu’un corbeau placarde sur les tombes des lettres accusant des notables respectables des pires comportements. Commence alors une chasse aux sorcières qui accuse prioritairement les amis d’Adèle en raison de leurs différences…

Adèle, vingt-cinq ans, ne sait plus quoi faire de sa vie. Elle a perdu l’être qui lui était le plus cher au monde : sa grand-mère qui l’a élevée. Ce deuil lui semble d’autant plus insurmontable qu’elle s’était repliée sur elle-même, enfermée avec sa grand-mère pour profiter le plus possible du temps qu’il leur restait. Pendant dix ans, elle a tout juste vivoté et le peu d‘attaches qu’elle avait réussi à nouer en dehors de cette relation fusionnelle ne pèse pas bien lourd. Mais c’est sans compter les dernières volontés de Mahaut qui avait bien l’intention de sortir sa petite-fille de l’impasse, même malgré elle.
Alors, ça peut sembler cliché raconté comme ça, mais ça n’a pas d’importance, parce qu’on entre dans cette histoire avec une facilité déconcertante et un intérêt qui ne fait que croître au fil des pages. La jeune femme sarcastique et paumée que l’on rencontre au pire moment de sa vie est très attachante. Adèle est sympathique, elle aime le cinéma et les couleurs vives, elle se sent seule et cache ses failles sous beaucoup trop de sarcasme. Parce qu’elle est une fille lambda à laquelle on peut facilement s’identifier, elle ne semble que plus réelle. Elle se trouve désarmée face à la vie car sa grand-mère était le centre de son monde, mais ce n’est pas pour autant une petite chose fragile qui va pleurer sur son sort. Bien au contraire, elle décide de se focaliser sur la vie et d’être heureuse.
Ce roman est assez typique du genre feel good, avec un événement malheureux comme déclencheur d’une volonté de se reconstruire. Le début nous offre quelques réflexions sombres, mais très vraies, sur le cancer. Sachez toutefois, si c’est pour vous un sujet sensible, que c’est l’affaire de quelques pages. L’héroïne ne s’appesantit ni sur son deuil ni sur la maladie. Cependant, ce passage m’a marquée à cause de ses accents de vérité et de mon expérience personnelle sur le sujet. Je suppose que cela m’a aidée à entrer dans l’histoire, puisque j’y ai tout de suite cru.
Une fois les affres du deuil consumées, Adèle décide enfin de sortir de sa coquille et comme il faut bien commencer par quelque chose autant dévider la pelote de souvenirs que lui a laissée Mahaut, une pelote de regrets pour encourager sa petite-fille à ne pas commettre les mêmes erreurs.
Cette histoire est agréable à lire et pleine d’humour. Quand l’autrice emploie des clichés, ce qui arrive souvent, ils se fondent dans l’intrigue sans trop laisser de grumeaux. C’est le genre de clichés qu’on apprécie parce qu’on se sent comme à la maison, même si on lève de temps en temps les yeux au ciel juste par esprit de contradiction. L’ambiance d’une petite ville du Sud est parfaitement rendue, même si bien sûr les contours sont accentués car il faut bien assurer le spectacle.
J’ai passé un bon moment avec Adèle et ses amis. Cependant, j’ai relevé quelques incohérences, coquilles et cafouillages. Entre autres, il y a des contradictions dans l’histoire de certains personnages, une femme change de prénom en cours de route et pourquoi diable Adèle porte-t-elle le nom de jeune fille de sa grand-mère quand on sait que celle-ci s’est mariée ? Enfin, cela est ennuyeux mais pas bien grave. C’est le genre de roman sans prétention qu’on lit pour son ambiance solaire et pour voir les gentils triompher des aléas de l’existence. Dans cette optique, c’est une réussite.
Comme je suis curieuse d’en apprendre davantage sur les amis d’Adèle, je lirai sans doute la suite.


dimanche 11 avril 2021

Je choisirai la voie du vent

 Un roman de Régine Joséphine publié chez Marabooks.

Présentation de l'éditeur :

« Ce que je ferai dorénavant le sera pour la dernière fois. » Otzuka Akio, pilote kamikaze japonais, 1925 – 1945

Japon 1945 : Par un matin de printemps, un jeune pilote japonais Kiyoshi Anaka s’envole au-dessus de la mer vers le cuirassé américain qu’il doit faire exploser. Ce sera son dernier vol. Il ne laisse derrière lui qu’un carnet noir contenant une mèche de cheveux …

Lyon 2016 : Après avoir quitté la clinique de soins où elle a atterri suite à une dépression nerveuse, Colombe décide de quitter Lyon et d’accepter un poste de professeur dans l’école d’un village au beau milieu des montagnes. Ce n’est pas un hasard. Dans l’ancien moulin-bistrot du village, travaillait Louise, sa mère biologique, décédée dans d’étranges circonstances. Que s’est-il passé cette nuit fatidique où Louise a perdu la vie ? Que contient ce carnet noir qu’elle a légué à sa fille ?

Entre la rencontre d’un instituteur gothique désagréable, celles d’un bistrotier collectionneur de cuvettes de toilettes et d’un mystérieux artiste installateur de scènes miniatures, Colombe n’imagine pas à quel point sa décision va changer sa vie. 

Colombe, la vingtaine, traverse une grosse crise. Elle a raté son année de stage en tant que professeure des écoles pour une mystérieuse raison qui l’a envoyée en clinique pour quelques mois et se voit obligée, à cause des manipulations de sa mère, d’accepter un poste dans un village paumé. Cependant, c’est peut-être pour elle l’occasion d’en apprendre plus sur ses origines car Colombe a été adoptée et elle a vécu dans ce village les premières années de sa vie. Elle y déménage donc, avec dans ses valises le seul bien qui lui reste de sa mère biologique : un carnet écrit en japonais dont elle n’a pas la moindre idée du contenu.
Le récit oscille entre la vie de Colombe, ses difficultés à s’intégrer dans cette petite communauté déjà divisée ainsi que sa recherche d’informations concernant sa mère, et le journal intime d’un soldat japonais de la seconde guerre mondiale voué à devenir un kamikaze. Y a-t-il réellement un lien entre les deux ?
J’ai eu beaucoup de mal à finir ce roman qui pourtant se laisse lire sans demander trop d’attention. Le fait que j’ai trouvé Colombe détestable dès le début n’a pas aidé. Cependant, elle n’a rien à envier aux autres personnages, aussi caricaturaux et insupportables les uns que les autres. C’est la foire à la manipulation, à la puérilité et au jugement facile. J’ai essayé de les apprécier, car ils ont aussi de bons côtés, mais ça n’a pas fonctionné.
L’autrice n’a pas eu peur d’envoyer des clichés car tout y passe, dans le caractère de ses personnages comme dans la construction de son histoire… Ça m’a tapé sur les nerfs. Le récit est truffé d’erreurs et d’incohérences, des âges et des dates qui varient, des imbroglios et des facilités scénaristiques, des personnages qui changent d’avis en un claquement de doigts sans raison aucune, des coïncidences aussi discrètes dans le paysage que le serait la tour Eiffel déposée à côté du moulin dans la nuit… Bref, la cohérence boit à son aise sa chartreuse frelatée au bistrot du village et elle vous laisse vous débrouiller avec ça. Ici c’est le hasard qui fait tout et il est franchement prodigue. Mais quelle importance du moment que ça finit bien ? 
Je n’attendais pas quelque chose d’époustouflant ni de super original. J’espérais juste passer un moment agréable avec des personnages sympathiques. Mauvaise pioche...


mercredi 20 mai 2020

La Quiche fatale, Agatha Raisin T1

Un roman de M.C. Beaton, publié chez Albin Michel.


En ce moment, j’ai besoin de lectures légères. Alors je me suis souvenu d’Agatha Raisin, une série de cozy mysteries que m’a conseillée une amie il y a longtemps. Le moins qu’on puisse dire c’est que, sans être exceptionnel, ce premier tome se lit très vite. En deux jours, il était plié et j’ai passé un bon moment avec Agatha.
Cette dernière était directrice d’une agence publicitaire londonienne et a toute sa vie tendu vers un seul but : s’offrir un cottage dans les costwolds et mener une existence tranquille dans l’un de ces pittoresques petits villages de carte postale. Cependant, une fois son objectif atteint, cela se révèle bien moins satisfaisant qu’elle l’imaginait. Agatha peine à faire son trou dans ce village où tout le monde se connaît et où les gens venus d’ailleurs sont toujours des étrangers au bout de vingt ans. Pire, elle qui était une femme d’affaires tenace et efficace commence à s’ennuyer. Alors, pour tenter de faire réagir les gens à sa présence, elle décide de participer à un concours de cuisine pour lequel elle triche sans vergogne… C’est là que tout tourne mal, puisque le juge meurt empoisonné à cause de sa quiche. Pas sûr que ce genre de publicité soit celui qu’elle espérait...
Au début du roman, Agatha est une sorte de Tatie Danielle, assez revêche et antipathique. Elle a une manière bien à elle de chercher sa place, mais j’ai aimé sa détermination. Ce n’est pas du tout le genre de femme qui se laisse faire et elle ne fait pas non plus dans la séduction. Son côté « peau de vache l’air de rien » est vraiment très british et elle m’a beaucoup rappelé la mère d’une amie (qui, je l’espère, ne lira pas cette chronique). Cela fait d’elle un personnage principal atypique. Elle n’est pas faite pour vous charmer. Elle y arrive néanmoins.
L’enquête qu’elle mène, avec l’aide occasionnelle de son ancien assistant, est sans prétention, mais bien construite. On se laisse aller à se demander qui est l’assassin et comment il s’y est pris. On recueille les indices avec Agatha. On apprend à connaître les gens du coin, tous plus singuliers les uns que les autres.
Au-delà du prénom de l’héroïne, les personnages aussi, entre les colonels à la retraite, les vieilles dames qui se tirent dans les pattes et le voisinage médisant, tout est fait pour nous rappeler les enquêtes de Miss Marple. Mais cela m’a également fait penser à deux séries populaires, les enquêtes de l’inspecteur Barnaby pour les petits villages de la campagne anglaise et leur lot de mesquineries entre voisins, ainsi qu’Arabesque pour son enquêtrice qui met son nez partout. Bon, Agatha est loin d’être aussi sympathique que Jessica Fletcher, mais elle est étrangement attachante et se bonifie à mesure qu’elle trouve sa place dans son nouvel environnement.
Les personnages secondaires, aussi amusants soient-ils, sont quand même caricaturaux. Toutefois, ils donnent corps à l’ensemble avec un petit côté théâtral qui n’est pas déplaisant. Ils offrent un avant-goût du ton que la série va prendre.
Ce fut une lecture agréable, distrayante et sans prétention, amusante même parfois, assez pour que j’envisage de lire la suite.

lundi 16 mai 2016

La fois où j'ai écouté ma mère

Un roman de Thierry Guilabert paru chez L'école des loisirs.


 

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Je ne vous copie pas le résumé de l'éditeur car je trouve qu'il en dit trop.


La fois où j’ai écouté ma mère a paru dans la collection Médium de L’école des loisirs, soit pour les 12-16 ans, mais un lecteur plus âgé peut tout à fait apprécier à la fois le style délicat et la portée du récit.
Mila a quatorze ans, elle sait bien que ses parents connaissent des difficultés, mais elle peine à l’accepter. Elle se voile la face tant bien que mal, jusqu’au soir où son père frappe sa mère devant elle. C’était le coup de trop. La mère de Mila profite du fait qu’il est parti retrouver son copain de beuverie pour fuir avec sa fille. Leur périple les mènera aux Ouches, un hameau perdu dans la montagne où de vieilles femmes vivent en communauté. Là-bas elles pourront se cacher et retrouver leur équilibre.
Mila est la narratrice et l’auteur a su la rendre très vivante aux yeux du lecteur. Par sa voix, il conte avec sensibilité une période difficile. On la voit osciller entre la petite fille qu’elle est encore et la jeune femme qu’elle est en train de devenir. C’est très joliment écrit, avec pudeur et justesse. Mila a soif de vivre. Peu à peu, loin du monde, elle reconstruit les repères que son père avait commencé à détruire. Le bien, le mal, le vrai, le faux… Elle cherche à comprendre comment tout cela est arrivé et quoi faire pour aider sa mère. Celle-ci est à bout, elle agit comme un automate. Elle avait depuis longtemps perdu son indépendance et il lui a fallu tout son courage pour s’enfuir. Mais, auprès des veuves, elle va peu à peu reprendre du poil de la bête.
Ce roman très court, environ 160 pages, et très fluide, se lit en quelques heures. Il aurait peut-être même mérité d’être un peu plus développé, mais là c’est la lectrice adulte qui parle. Le récit est en fait plutôt contemplatif et introspectif, j’aurais voulu en savoir davantage sur le village et ses habitantes.
J’ai trouvé certains choix un peu cliché, mais le tout reste assez réaliste. C’est un bon livre. Il ne prend pas les jeunes pour des abrutis, il est très bien écrit et montre qu’il y a toujours de l’espoir, même au cœur des nuits les plus sombres. Cependant, l’espoir n’est pas tout, il faut aussi se donner la peine d’avancer.

dimanche 3 avril 2016

Le Secret de la manufacture de chaussettes inusables

Un roman d'Annie Barrows publié chez Nil (bientôt disponible en poche).


Texte intégral lu par Claire Tefnin pour Audiolib.


*


le secret de la manufacture de chaussettes inusables - annie barrows

 

Présentation de l'éditeur :


(J'ai pris le résumé de la version grand format, celui d'audiolib étant complètement à côté de la plaque...)


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Ce n'était pas le projet estival dont Layla avait rêvé.
Rédiger l'histoire d'une petite ville de Virginie-Occidentale et de sa manufacture de chaussettes, Les Inusables Américaines.
Et pourtant...


Été 1938. Layla Beck, jeune citadine fortunée, refuse le riche parti que son père lui a choisi et se voit contrainte, pour la première fois de sa vie, de travailler. Recrutée au sein d'une agence gouvernementale, elle se rend à Macedonia pour y écrire un livre de commande sur cette petite ville.
L'été s'annonce mortellement ennuyeux. Mais elle va tomber sous le charme des excentriques désargentés chez lesquels elle prend pension. Dans la famille Romeyn, il y a... La fille, Willa, douze ans, qui a décidé de tourner le dos à l'enfance... La tante, Jottie, qui ne peut oublier la tragédie qui a coûté la vie à celui qu'elle aimait... Et le père, le troublant Félix, dont les activités semblent peu orthodoxes. Autrefois propriétaire de la manufacture, cette famille a une histoire intimement liée à celle de la ville.
De soupçons en révélations, Layla va changer à jamais l'existence des membres de cette communauté, et mettre au jour vérités enfouies et blessures mal cicatrisées.



J’avais apprécié Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates et j’avais besoin d’un roman tranquille, bien écrit mais reposant, à écouter en tricotant sans perdre des mailles à chaque rebondissement. Vous voyez le genre ? C’est ainsi que j’ai jeté mon dévolu sur Le Secret de la manufacture de chaussettes inusables. Malheureusement, si outre le titre à rallonge (qui n’est dû qu’à l’éditeur français) il a bien les mêmes défauts que le précédent roman d’Annie Barrows, il n’en a pas les qualités.
Le Cercle est un roman tendre et lumineux, plein de bons sentiments parfumés à la guimauve, mais offrant l’assurance de passer un moment agréable. Même si on voit chaque événement arriver de loin, on a envie d’y croire un peu. Par contre, La manufacture force davantage le trait et perd ainsi toute vraisemblance. Je ne peux pas dire que ce roman est insipide, mais si je l’avais lu et non écouté, je ne suis pas sûre que j’aurais eu la patience d’en venir à bout.
Le début était pourtant prometteur. La narration plurielle est émaillée de courriers, ce qui en général me plaît bien. Le lecteur est propulsé en 1938 dans une petite ville de Virginie-Occidentale, à la rencontre d’une famille déchue de la bourgeoisie du cru. Ces gens recèlent bien des secrets, mais pas de quoi perdre une maille en route… J’avais choisi ce livre en connaissance de cause, néanmoins c’était trop superficiel, sans finesse, sans légèreté.
Cet été-là, lors de la préparation des festivités du cent-cinquantenaire de la petite ville de Macedonia, le statu quo qui règne chez les Romeyn, grâce à un mouchoir habilement jeté sur le passé, va être bouleversé par une fillette et une locataire un peu trop fouineuses. Willa a douze ans et commence à se rendre compte que les adultes lui cachent des choses. Layla en a vingt-quatre, n’est pas très futée, mais essaie de se faire une place dans son nouvel environnement. Cela aurait pu être chouette, mais c’est surtout très lent.
Chez Annie Barrows, les personnages sont caricaturaux. Quand je m’y attends, ça ne me gêne pas outre mesure, cependant c’était trop cette fois. Comme dans Le Cercle, nous avons en bordure d’intrigue quelques personnages fats et arrogants qui en deviennent comiques, mais ils ne parviennent pas à offrir au récit cette aura de loufoquerie qui excuse leur manque d’envergure. Les héros eux-mêmes ne sont pas plus plausibles. La plupart sont sympathiques de prime abord, mais peu le demeurent et la façon dont ils se comportent n’est pas toujours vraisemblable.
Layla est sans nul doute la moins crédible de tous. Elle passe de gamine gâtée superficielle à jeune femme autonome et intelligente d’un claquement de doigts. Elle se fait tout de suite à sa nouvelle condition et à son travail alors que, riche et choyée par ses parents, elle craignait la vie active comme s’il s’était agi d’une maladie vénérienne… L’auteur lui prête des élans de féminisme et de militantisme qui sonnent faux dans sa bouche et le personnage en lui-même est tout simplement aberrant. Le résumé la fait passer pour le personnage principal alors qu’elle reste dans l’ombre de Jottie et Willa, juste là pour remplir les blancs. Selon le besoin de l’intrigue, elle est soit brillante et indépendante, soit ingénue à la limite de la bêtise… Elle m’a exaspérée la plupart du temps.
Les autres sont presque tous des éléments de décor, sauf Willa et Jottie. Cette dernière, touchante et pleine de vie, est celle que j’ai le plus appréciée. Du moins jusqu’aux derniers chapitres… J’avoue qu’à ce moment je pensais surtout qu’il était temps d’en finir, l’histoire s’embourbait trop et versait vraiment dans le mauvais goût. Même Jottie commençait à perdre de sa cohérence… J’ai été déçue par cette fin qui se délite, trop facile, trop empruntée. Tout ça pour ça…
Pour finir, parlons un peu de la version audio. La lectrice grasseye beaucoup, ce qui donne un genre aux personnages qu’ils n'ont peut-être pas, et puis c'est agaçant à la longue. Ceci dit, je comprends sa difficulté à trouver suffisamment de façons différentes afin de marquer le changement de personnage. Cela mis à part, Claire Tefnin est une lectrice très agréable. J’apprécie souvent les audiolib pour la très simple raison que leurs lecteurs sont choisis avec soin. Ils n’en font pas trop (Le Hobbit reste l’exception), contrairement à d’autres qui parviennent à rendre le récit ridicule… (Vous avez déjà entendu des extraits des premiers tomes de Harry Potter ou du Trône de fer ? C’est pathétique…)
Le Secret de la manufacture de chaussettes inusables est le genre de roman à lire lors des vacances estivales, quand on s’interrompt souvent et qu’on ne veut pas se prendre la tête. Ça peut être une bonne distraction. J’ai brossé un tableau assez négatif, pourtant je l’ai terminé et tout ne m’a pas déplu, même si je vais bien vite oublier cette histoire…

lundi 26 octobre 2015

La Nuit des éphémères

Un roman de Christine Détrez, publié aux Éditions Chèvre-feuille étoilée.


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Céline, réfugiée dans la maison de sa grand-mère pour soigner un chagrin d’amour, fait des rêves étranges peuplés de musique, d’hirondelles et de plumes.
Chaque soir des notes de piano semblent venir d’une maison abandonnée.  Les gens du village disent qu’elle est hantée mais eux semblent habités par un lourd secret.
Josée, une lointaine cousine, qui n’a jamais quitté le village, saura-t-elle aider Céline à faire rompre le silence ? 


Dans ce roman où le suspense prend les voies du fantastique et de la poésie, la petite histoire va rejoindre la grande, durant cette nuit de fin août, où chaque été meurent les éphémères.



Le premier chapitre m’a désarçonnée. Je me suis heurtée de plein fouet aux émotions du personnage autant qu’au style, très allégorique, qui les décrit. Céline, dont le petit ami vient de la quitter, est littéralement terrassée par le chagrin, au point que sa raison vacille. Cet anéantissement agrippe le lecteur. Je n’avais pas envie de lire ça, pas envie de me plonger dans sa dépression. J’aurais préféré la secouer, lui dire qu’il y a de bien pires épreuves dans la vie… Mais finalement Céline ne se laisse pas engluer dans le désespoir, elle bouge, même si c’est pour fuir.
Elle a besoin de réconfort et ce sont des images de son enfance qui lui reviennent, plus précisément de sa grand-mère aujourd’hui décédée. Elle décide donc de s’exiler dans la maison familiale, dans ce coin de campagne française où le portable ne passe pas et qu’elle a, au final, si peu fréquenté. C’est l’occasion pour elle de se souvenir tout en tenant sa peine à distance.
Après ce démarrage qui m’a laissée circonspecte, j’ai avancé page par page, précautionneusement. Il m’a fallu du temps pour me glisser dans l’histoire et accrocher au style qui oscille entre simplicité du discours retranscrit et envolées lyriques. Les allégories et métaphores sont nombreuses. Céline plonge facilement dans des rêves fantasmagoriques qui la hantent encore au réveil et des songes éveillés, presque des hallucinations. Je ne suis pas réfractaire à un style poétique, mais j’ai eu un peu de mal à me faire à celui-ci. On peut aisément le trouver lourd, surtout quand on ne compatit que très modérément au sort de Céline. Mais au final, cette poésie adoucit l’histoire, elle fait passer avec plus de pudeur, plus d’humanité, les événements que la jeune femme va exhumer.
Il m’a donc fallu apprivoiser le texte, comme Céline apprivoise le passé du village et ses voisins méfiants. La maison vide qui côtoie la sienne et l’histoire de ses occupants commencent à l’obséder. Imagine-t-elle des choses pour occuper son chagrin ? Petit à petit, le besoin de savoir se fait plus pressant, pour elle comme pour le lecteur. Je n’ai jamais réussi à apprécier Céline, mais grâce à cet intérêt commun j’ai marché à ses côtés. J’ai préféré la rude Josée, plus simple, plus franche, plus émouvante en somme.
Dans ce court roman, les secrets affleurent, demandent à être révélés, mais s’échappent quand on veut les saisir de façon trop directe. Ils s’invitent dans le présent par le biais de rêves ou d’hallucinations. Cependant le récit n’est pas fantastique pour autant, je me suis fait une idée plus prosaïque de la façon dont Céline devine certaines choses. Chacun l’interprètera à sa façon.
Après un début hésitant, La Nuit des éphémères m’a offert une belle lecture. L’histoire est triste, mais racontée avec douceur et délicatesse. Elle ne donne pas vraiment une belle vision de l’humanité ni de ces campagnes austères et de la mentalité de leurs habitants. J’ai refermé le livre le cœur serré, effarée par tant de gâchis et de lâcheté, mais contente d’avoir lu ce récit et d’y avoir trouvé une autre façon de se souvenir, de voir l’après-guerre.


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Delacroix Eugène, Vue d’une cour arabe avec colonne et balustrade de bois peint en vert (en bas) ; Tête de jeune femme, de dos, avec 2 nattes (en haut), Album de voyage (Espagne, Maroc, Algérie, janvier-juin 1832), crayon et aquarelle.


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samedi 13 septembre 2014

La Belle de Joza

Un roman de Kveta Legàtovà, publié chez Noir sur Blanc. (C’est la version que j’ai lue.)
Il existe une édition en gros caractères chez À vue d’œil et une version poche qui vient tout juste de sortir chez Libretto.
Il est aussi disponible en numérique, à un prix exorbitant par rapport à celui de poche, mais bon on ne pourra pas se plaindre de ne pas avoir le choix du format…


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La Belle de Joza*


Je vous conseille de ne surtout pas lire le résumé de l’éditeur Noir sur Blanc qui vous raconterait toute l’histoire et froidement avec ça… Et je ne l'échangerai pas non plus contre celui de Libretto qui, de mon point de vue, peut induire le lecteur en erreur sur la nature de ce récit. Non il ne s'agit pas d'une romance, mais il y a de l'amour dans cette histoire, c'est un fait.


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Cette lecture date d’il y a six ans et demi. Le fait que je me rappelle de la date à quelques jours près est assez rare pour être souligné. J’ai lu ce roman juste après sa sortie, au mois de février, et je me souviens encore très bien de cette matinée claire et froide où, emmitouflée près des braises, je découvrais cette belle et néanmoins triste histoire. Cependant, on le sait, toute belle histoire est tissée de joies autant que de peines… Celle-ci m’a offert seulement quelques heures de lecture, mais j’en garde des souvenirs toujours vivaces. C'est dire que ce roman me tient à cœur.
Je m’excuse par avance si j’écorche les noms des personnages, mais les accents tchèques et moi évoluons dans deux mondes distincts…
J’éprouve une certaine difficulté à retranscrire les impressions qu’il me reste de cette lecture car elles semblent scindées en deux parts. D’un côté demeurent la tendresse et la douceur de la partie la plus lumineuse du récit et de l’autre persiste le chagrin. Ce roman montre à la fois ce qu’il y a de meilleur et de plus mauvais dans l’humanité. Si vous décidez de vous fier à mes souvenirs, dites-vous tout de même que, malgré tout, c’est la tendresse qui l’emporte quand je repense à ce récit.
La Belle de Joza est à la fois l’histoire d’une femme, Eliska, jeune médecin qui doit se cacher et pour cela épouser l’un de ses patients, mais aussi celle de tout un village et de ses habitants, un environnement et des gens qu’il est passionnant de découvrir.
Eliska, projetée dans cette communauté, dont elle se sent si différente au départ, va évoluer, se révéler à elle-même, apprendre à connaître ces gens et à les aimer, entraînant le lecteur avec elle. C’est un choc des cultures pour cette femme qui pensait sa vie toute tracée, qui se retrouve abandonnée par son amant, qui doit contracter une union qui lui déplaît, mais qui au final découvre combien les apparences sont trompeuses et devient véritablement elle-même, sous un autre nom, ironiquement, et loin de l'idée qu'elle se faisait de sa carrière.
J’ai aimé Eliska et Joza également, dont la bonté tranquille et silencieuse investit les pages, ainsi que les autres personnages, la vieille Lucka, le chien Azor et tous ceux dont les noms trop complexes pour ma mémoire m’échappent, mais dont l’image reste présente dans mon souvenir.
La fin m’a beaucoup marquée. J’en garde une image fantomatique d’Eliska, errante et pleurant le passé. Une part de moi est encore avec elle. C'est une lecture qui a su laisser son empreinte et que je vous conseille chaleureusement.


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mercredi 4 juillet 2012

Mère-vieille racontait

Un roman de Radu Tuculescu, paru aux éditions Ginkgo.


Présentation de l'éditeur :
Mère-vieille racontait est la « chronique d’une mort annoncée » : celle d’un hameau perdu de Transylvanie, (multiethnique et multiconfessionnel, du nom de Petra), qu’une « ancienne », pierre angulaire du village, s’efforce de retarder en ressuscitant les histoires passées de tous ses habitants, les vieux surtout… (les jeunes ayant migré en masse vers la ville).
Un étranger, visiteur de passage se trouve pris dans les rets de ce monde en marge du réel. (Devenue sur le tard une lectrice férue de grande littérature, « Mère-vieille » mêle inextricablement des détails de Boulgakov, d’Italo Calvino, etc… aux véritables souvenirs).
Le narrateur même s’en fera le dépositaire, puis le transmetteur, après la mort de la conteuse.
Si, en parlant de cette histoire authentique – la plupart des protagonistes, de « Mère-vieille » à la jument du facteur, ont bel et bien existé ou vivent encore –, le traducteur fait référence aux romans de Gabriel García Márquez, ce n’est pas par hasard : la même ambiance, à la fois locale et universelle, enveloppe celui de Ţuculescu.
On y trouve aussi une évocation de l’érotisme féminin dionysiaque plus fort encore que celui de l’Éloge des femmes mûres de Stephen Vizinczey.
Guy de Maupassant disait : « Le Réaliste, s’il est un artiste, cherchera, non pas à nous montrer la photographie banale de la vie, mais à nous en donner la vision plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même. […] J’en conclus que les Réalistes de talent devraient s’appeler plutôt des Illusionnistes. »
Mère-vieille racontait est un roman sur le crépuscule d’un monde qui, se refusant à l’extinction biologique, se nourrit des sèves innombrables du souvenir, telle l’unique source de vitalité.


Dans Mère-vieille racontait, Radu Tuculescu nous conte la vie la vie de tout un village, celui de la grand-mère de sa femme. Cette dernière lui ayant transmis ses histoires, il se met en devoir de ne pas les laisser périr en même temps que les derniers habitants de Petra, village perdu dans la campagne de Transylvanie.
Étrange ouvrage que celui-ci, dans le fond, comme dans la forme.
Le style est poétique, bien qu’un peu pesant. Les mots vont et viennent avec les anecdotes, se répétant comme la vague revient lécher le sable. L’histoire est aussi fragmentée que cyclique. Mêmes anecdotes, mêmes mots pour les raconter, inlassablement… Parfois quelques précisions y sont ajoutées, mais pas toujours. C’est un peu répétitif, décousu et donc, sur le long terme, épuisant pour le lecteur, mais ça fait aussi partie de l’histoire en elle-même, ça laisse l’impression d’entendre mère-vieille radoter ou de voir l’auteur et narrateur gamberger. En effet, toutes ces histoires lui donnent à réfléchir, le hantent même, pourrais-je dire.
Dans ce récit, le temps est des plus curieux. Il est figé, comme la vie de ce village déserté par les jeunes, dans lequel les vieux attendent simplement la mort, s’accrochant à l’alcool pour certains, aux souvenirs pour d’autres. C’est un peu glauque, mais c’est la réalité vue de près. Bizarrement, ce temps figé semble parfois se contracter, précis, aigu dans sa représentation de la réalité et d’autres fois il se dilate, versant dans le fantastique, voire le réalisme magique ou la divagation.
La réalité s’effiloche, la magie ou l’étrange arrivent d’un coup au détour du récit, puis ils partent comme ils sont venus. La vérité se dilue dans la mémoire vacillante de mère-vieille, ses dernières lectures influencent sa façon de percevoir le passé, s’y mêlent jusqu’à ce qu’on ne puisse plus distinguer le vrai du faux. Et si mère-vieille, parfois, ne voulait tout simplement pas dire la vérité ?
Le narrateur lui-même pense à un moment que mère-vieille a inventé une histoire à partir d’une lecture (la référence n’est pas citée, mais il s’agit de la nouvelle de Gogol intitulée Le nez) et il s’avère au final que l’essentiel de l’histoire était vrai.
C’est difficile à suivre et pourtant très plaisant de voir la réalité à travers toute sorte de différentes lunettes, avec en plus le filtre du regard du narrateur qui souvent extrapole, glose, délire aussi un peu. C’est qu’il y a parfois des zones d’ombres dans l’histoire, qu’il ne comprend pas tous les mots de la langue de mère-vieille également, mais aussi qu’il cherche à s’approprier le récit, ne souhaitant pas s’effacer de celui-ci.
Je me serais personnellement passée de ses incursions à lui, même si je sais qu’il n’aurait pu manquer d’être subjectif dans son récit. J’ai trouvé qu’il en faisait trop, s’intéressant davantage aux cancans du voisinage et aux histoires de fesses des uns et des autres, qu’à l’aspect, incroyablement riche au demeurant, de la vie de ce village et de son histoire.
Je suis également restée perplexe face à sa tendance à toujours ramener le tout vers un érotisme qui alourdit le récit et qui m’a paru vraiment dérangeant par moment. Ce n’est sans doute pas tant ces histoires elles-mêmes qui m’ont dérangée, mais sa façon de les raconter. Question de perception, j’imagine…
Pour ce qui est de la forme, le roman est divisé en trois parties, la dernière contenant de surcroît un épilogue.
La première, Fragmentation, porte très bien son nom. Les scènes sont numérotées, selon les visites de Radu chez mère-vieille et ce qu’elle lui a raconté.
C’est une collection d’histoires diverses qui finissent souvent par se rejoindre en motif, comme un patchwork. Ça semble aller au gré du hasard, mais au final ce n’est pas le cas. Pourtant, si c‘est plaisant d’une certaine façon, c’est aussi un peu pesant, ça alourdit l’intrigue, ça ne laisse pas aller le lecteur car il a besoin de toute sa concentration pour suivre l’histoire et c’est parfois un peu difficile de s’y retrouver.
La seconde partie, Le Voyage, est plus fluide. On suit toujours ce principe de flux et reflux dans l’enchaînement des anecdotes, mais avec plus de cohérence et de logique car il s’agit de conversations survenues le même jour entre différents protagonistes, bien qu’entrecoupées de quelques délires de l’auteur.
La troisième partie est composée de deux chapitres et de l’épilogue. Le premier raconte la mort de mère-vieille et son enterrement (ceci n'est pas un spoiler, le début du livre étant très clair à ce sujet). Puis, dans le deuxième, recoupant toutes les histoires entendues jusque-là, l’auteur nous livre sa version des noces dont on a tant parlé au cours du récit, des noces fantasmagoriques durant lesquelles a disparu un des personnages les plus emblématiques de ce village, la Margolili qui n’a cessé, dans sa vie comme dans sa mort de hanter les esprits de ses compatriotes.
L’épilogue enfin, fort court, est la partie qui m’a le plus émue dans la terrible prise de conscience du narrateur sur le contraste qui existe entre son éducation, sa façon de voir la vie, et la réalité cruelle des mœurs de ce village.
Je ne peux pas dire que j’ai vraiment apprécié cette lecture, que j’ai trouvée longuette et répétitive, pourtant, par bien des aspects, elle fut édifiante. Ce fut une intéressante escale dans un temps figé, incertain, qui se contracte et se dilate comme une vague de chaleur qui tend à perdurer. Est-ce le souvenir qui s’étire, encore vivant, pesant sur le présent ou une simple image rémanente de quelque chose de définitivement révolu et illusoire ? Peut-être bien un peu des deux à la fois.

A noter qu’il y a un glossaire à la fin de l'ouvrage, même si le contenu de celui-ci m’a laissée perplexe étant donné que la majeure partie des expressions, termes et proverbes choisis par la traductrice sont extrêmement connus et qu’il n’y est que rarement fait mention du texte original et de sa signification littérale.
A-t-on vraiment besoin qu’on nous explique des expressions comme « les carottes sont cuites », « laideron », « jachère » ou « bourré comme un coing » ? J’en doute fort…
Le mélange des différents argots m’a aussi semblé un peu bizarre, artificiel, mais j’admets volontiers qu’il doit être difficile de transposer un langage familier sans piocher dans divers parlers, alors, je ne vais pas chipoter.




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