Affichage des articles dont le libellé est Carnet pêche. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Carnet pêche. Afficher tous les articles

samedi 17 mai 2025

Emma et les mauvais éléments T1

 Une BD écrite par Ariel Holzl et illustrée par Alba Cardona. Publiée chez Jungle.


Cette jolie BD est un condensé de tropes fort communs en littérature jeunesse, mais ce n’est pas une mauvaise chose. Après tout, si ces tropes hérités des contes hantent toujours la littérature, c’est qu’ils ont encore des choses à nous dire. Ils sont les piliers des récits formateurs, ils accompagnent les personnages, aussi bien que les jeunes, lecteurs vers l’âge adulte.
Cette BD parle de découverte de soi, d’émancipation, de liens qui se créent dans l’adversité, d’héritage et de choix. Emma, personnage typique de ce genre de récits, n’en est pas moins attachante. Notre héroïne est une jeune fille vive et intelligente qui découvre un jour qu’elle a des capacités extraordinaires et va rejoindre une école tout aussi prodigieuse. Mais tout n‘est pas aussi rose que ce à quoi elle s’attendait. 
L’intrigue mêle magie et lutte écologique et j’ai un peu eu l’impression de voir Captain Planet (si vous êtes plus jeunes que moi la référence ne vous parle pas. Vous ne perdez rien) à Poudlard… Les motivations des « méchants » de l’histoire restent obscures pour le moment, mais je gage qu’il reste beaucoup à découvrir.
Les personnages ne sont pas très développés, néanmoins ils ont du potentiel. Emma et les mauvais éléments est le premier tome d’une série, il est fort court et a surtout valeur d’introduction. Il charmera sans nul doute les jeunes lecteurs, toutefois en tant qu’adulte je trouve qu’il manque un peu d’ambition. Le récit est simple, mais les illustrations jolies. Le style me rappelle un peu celui de Maliki. Je lirai probablement la suite, pour voir si le scénario cache plus de secrets qu’il n’y semble de prime abord, ce qui est une possibilité, connaissant l’auteur.


mardi 14 mai 2024

Witch War ; Article 3 : On ne se montre pas

Un roman d'Émilie Chevalier, Laurence Chevalier et Sienna Pratt. Publié chez Black Queen. Disponible en version audio chez Audible.

Mon avis sur le premier et le deuxième tomes.


Tout va de mal en pis pour notre trio de sorcières. Elinor et Sixtine s’opposent ouvertement dans ce qui promet d’être le début d’une guerre et même l’identité ainsi que les motivations de leur ennemi enfin sorti de l’ombre ne semblent pouvoir les rassembler sous une même bannière. Le conflit entre les trois races magiques est inévitable, mais qui vaincra ? Et, surtout, nos trois sorcières parviendront-elles à sauver le lien qui les unis malgré leurs différentes allégeances ?
Le précédent tome se terminait sur un cliffhanger de folie, me faisant craindre pour la vie de mes deux personnages favoris. J’avais hâte d’écouter la suite et je n’ai pas été déçue. Ce dernier volume est empli d’action, de retournements de situation et de révélations. Toujours tiraillée entre ses deux meilleures amies, Neeve tente de faire le lien, néanmoins elle doit aussi penser à elle pour une fois. Cela inclut d’enfin mettre au clair ses sentiments, mais aussi une réflexion sur sa nature et ses choix de vie. Choisir entre ses amies pourrait équivaloir à choisir sa propre destinée.
Elinor, quant à elle, est toujours une petite saloperie. J’ai beaucoup de mal avec ce personnage et malgré son évolution drastique et tout ce qui devrait m’enjoindre à l’apprécier, je n’arrive à voir que sa mesquinerie. Elle est d’une hypocrisie crasse. Son compagnon n’aide pas, il est tout aussi exaspérant.
En revanche, j’ai adoré Sixtine dans ce tome. On comprend un peu mieux son attitude. Elle est sans cesse tiraillée entre sa nature de vampire, exacerbée par Drake, et son ancienne vie grâce au lien qu’elle essaie désespérément de maintenir avec ses amies. Je me suis demandé tout du long quelle part d’elle l’emporterait et j’ai beaucoup aimé la profondeur de son personnage.
Avec Sixtine, Nancy est l’autre bonne surprise de ce tome. Cette petite vampire désinvolte apporte un indéniable plus à l’histoire et aurait mérité qu’on s’attarde encore davantage sur son histoire.
L’alternance des points de vue permet de profiter pleinement de l’histoire et des personnages. J’admets avoir un faible pour ce type de narration, même si on apprécie forcément certains personnages plus que d’autres.
Ce dernier tome clôt parfaitement la trilogie, avec une fin douce-amère et néanmoins satisfaisante. J’ai passé un excellent moment avec ces romans et je relirai probablement ces trois autrices.

mardi 7 mai 2024

Le Mystère des mangeurs d'histoires, Sorcières Sorcières T2

Une BD écrite par Joris Chamblain et dessinée par Lucile Thibaudier, publiée chez Kennes éditions.



Harmonie et Miette sont sœurs, elles ont un dragon de compagnie et vont à l’école pour apprendre à maîtriser leurs pouvoirs magiques. L’univers de ces deux adorables petites sorcières est aussi fantasque que cosy.
Pour une fois, on a deux sœurs qui s’entendent bien. On ne peut pas dire que ce soit courant dans les ouvrages pour la jeunesse. J’aime beaucoup ces petites sorcières qui représentent des valeurs positives. Harmonie est sérieuse et responsable, Miette pleine d’imagination, et toutes les deux ont un très grand cœur.
Dans ce tome, Harmonie qui est particulièrement observatrice, décèle un problème dans son école et décide de mener l’enquête. Ce qui semblait anodin au départ devient très préoccupant quand des enfants tombent malades et que les adultes ne parviennent pas à les soigner. Heureusement, les deux sœurs sont là pour, chacune à sa manière, apporter une solution.
On en apprend davantage sur la façon dont fonctionne la magie dans ce monde et j’ai apprécié cette jolie histoire. Elle nous rappelle le pouvoir de l’imagination et quand enfant on jouait à faire semblant, à construire et déconstruire des univers entiers. Elle nous offre une très belle réflexion sur la créativité et la façon de la nourrir : pour créer des histoires, il n’y a rien de mieux que d’en avoir été nourri, c’est un savoir qui se transmet, se partage, sans en être amoindri.
Cette BD est idéale pour un jeune public. L’histoire peut sembler un rien simple pour un adulte, mais est douce et réconfortante. Elle nourrira positivement les rêves des enfants. En outre, les dessins sont magnifiques, vivants et colorés. Ils font une grande partie de la magie de cette histoire.

jeudi 25 avril 2024

Witch Vampire : Article 2 : On ne trahit pas

Un roman d'Émilie Chevalier, Laurence Chevalier et Sienna Pratt. Publié chez Black Queen. Disponible en version audio chez Audible.

Mon avis sur le premier tome.


Attention, cette chronique révèle une partie des événements du tome précédent.

Le premier tome m’avait laissé un goût d’inachevé, comme un film coupé en plein milieu. J’ai donc enchaîné avec le deuxième. Je fais rarement cela, mais en l’occurrence cela se justifie et je vous conseille d’en faire autant.
Avec ce tome, on entre enfin dans l’action. Ce n’est pas qu’il ne se passait rien dans le précédent, mais les enjeux m’ont parus bien plus concrets. Il faut dire que notre trio de sorcières est dans une situation très délicate. Elles sont accusées d’avoir enfreint la première des trois lois en se mélangeant aux loups et même si c’était pour survivre, elles risquent d’être privées de leurs pouvoirs ou condamnées au bûcher. La situation est d’autant plus grave que les événements récents les ont séparées. Elinor a choisi sa vie et se lave les mains des conséquences, Sixtine est encore très marquée par son emprisonnement et le choix d’Elinor ne fait que la conforter dans l’impression qu’elle a eu d’être abandonnée par son entourage. Quant à Neeve, tiraillée entre les deux et ses propres angoisses, elle ne sait que faire pour apaiser les tensions tout en sauvant leur peau.
Au-delà des problèmes personnels des trois filles, on en apprend aussi davantage sur le meurtre qui les a placées sur la sellette ainsi que sur les morts suspectes dont a souffert la meute. Certaines choses m’ont semblé évidentes, comme l’implication d’un personnage secondaire, et d’autres moins. J’ai apprécié cette partie de l’intrigue, d’autant plus qu’elle est portée par Neeve et Lennox, mes deux personnages préférés, qui mènent l’enquête.
En revanche, suivre les autres personnages s’est révélé un rien plus compliqué.
Si dans le précédent tome Elinor avait joué avec mes nerfs, j’ai pensé durant les premiers chapitres que ce serait au tour de Sixtine dans celui-ci. Elle était si centrée sur elle-même, égoïste et imperméable à la souffrance des autres que j’avais envie de la secouer. Son traumatisme ne justifie qu’en partie son manque d’empathie. J’entends bien qu’elle aussi a des besoins et le droit de l’exprimer, mais se rend-elle vraiment compte de ce qui se passe autour d’elle ? Elle est exécrable avec tout le monde, elle ne comprend pas que les autres ne sont pas à sa disposition. Elle aurait dû apprendre de ses erreurs, son impulsivité lui ayant déjà joué des tours, mais en fait non, elle préfère chouiner. Elle ne se rend pas bien compte de ce qu’a fait Robin pour elle et elle est incapable d’accepter les choix des autres. Pour elle, une Elinor dépressive mais avec elle, serait préférable à une Elinor heureuse ailleurs. C’est assez triste. J’aurais mieux compris une telle attitude venant de la part d’Elinor qui était profondément dépressive. Sixtine est censée avoir la tête sur les épaules. Elle a certes vécu une captivité éprouvante, mais elle doute si facilement de son entourage...
Quant au vampire qui lui tourne autour… Non, vraiment pas. Je pensais que j’en avais définitivement marre de Sixtine, mais j’ai revu mon opinion à son sujet de manière drastique. Les autrices m’ont retournée comme une crêpe en lui offrant un développement d’une grande profondeur. Cela ne la rend pas plus sympathique, cependant elle est le personnage qui évolue le plus dans ce tome. Cela force l’intérêt et je me demande vraiment où cela va nous mener dans la suite.
Elinor, quant à elle, demeure le personnage pour lequel je m’implique le moins. Elle a trouvé sa place. Je ne l’aime toujours pas, mais la voir heureuse et enfin confiante en elle-même fait plaisir. Elle était réellement en souffrance dans le tome précédent, je peux comprendre qu’elle veuille passer à autre chose. On sent qu’elle aime toujours sa famille et ses amis, mais elle est mieux loin d’eux, aussi triste et égoïste que cela puisse paraître. J’aurais tout de même aimé comprendre ce qui avait déclenché et nourri sa dépression car honnêtement elle s’en est sortie d’un claquement de doigts, ce qui est peu vraisemblable. La désintox brutale c’était déjà quelque chose, mais elle avait été aidée par un guérisseur. Néanmoins, on ne guérit pas une profonde dépression juste en se trouvant un mec. L’abus de cachets n’était pas son principal problème, or la racine du mal semble avoir totalement disparu en même temps que l‘addiction. La Elinor de ce tome n’est pas cohérente avec celle du précédent. Elle n’arrivait pas à se faire obéir par une classe de gamins, mais elle met des loups à terre en haussant le ton ? Mouais…
Je n’adhère toujours pas à son histoire avec Karl. Ils ont l’air shootés aux endorphines et ne partagent rien à part du sexe. J’aurais aimé les voir construire une vraie relation au-delà de leur coup de foudre. Cependant il n’en est rien. Ils baisent et se lancent des regards énamourés. Leur histoire est d’une platitude et d’un ennui… Mais je crois que c’est leur hypocrisie qui m’agace le plus en fait. Les règles valent pour les autres, mais pas pour eux. Ils ont beau avoir des moments d’altruisme et de courage qui donnent le change, cela ne fait pas oublier qu’ils ne se sont pas toujours souciés de ce qu’il adviendrait de gens qu’ils prétendent aimer, du moment que ça se passe bien pour eux.
Autant dire que je vivais pour les chapitres de Neeve et Lennox qui sont toujours mes chouchous. Et j’ai tremblé pour eux de trop nombreuses fois à mon goût !
Neeve fait peut-être des choix discutables et elle est souvent à l’ouest, mais elle reste la plus saine de ces filles et la plus tolérante. Tout ce qu’elle veut c’est le bonheur des gens qui l’entourent et elle respecte leurs choix. Les deux autres sont davantage dans le jugement, surtout Sixtine.
L’histoire de Neeve et Lennox est attendrissante. On sentait déjà de l’amour entre eux, malgré la distance, dans le premier tome, mais là on comprend enfin comment et pourquoi ils se sont éloignés. Je n’avais qu’une envie : qu’ils puissent enfin se parler et se retrouver.
Pour nos trois sorcières, c’est le moment de faire des choix drastiques. Vont-elles s’éloigner définitivement ou se retrouver dans l’adversité ? Même si elles ont souffert des récents événements, j’ai trouvé que leur amitié vacillait un peu trop facilement.
La fin m’a séchée et rattrape tout ce qui m’a agacée dans ce tome, cependant, elle ne m’en a pas moins brisé le cœur. Les autrices ont faits des choix risqués, cela promet pour la suite. Je n’ai plus qu’une chose à faire, lire le dernier volume. 

vendredi 19 avril 2024

Witch Wolf : Article 1 : On ne se mélange pas

Un roman d'Émilie Chevalier, Laurence Chevalier et Sienna Pratt. Publié chez Black Queen. Disponible en version audio chez Audible.



Je n’attendais pas grand-chose de cette audio-lecture et j’ai été agréablement surprise. L’urban fantasy est un genre galvaudé qui, bien souvent, nous sert le même schéma répété ad nauseam. Avec cette trilogie, les autrices ont choisi de se jouer des poncifs et de sortir un peu du cadre. J’ai trouvé cela rafraîchissant.
Les héroïnes ne sont pas parfaites, bien loin de là. Sixtine est la plus sage du trio et souvent la voix de la raison quand ses amies déconnent, mais elle n’est pas sans failles. J’ai aimé ce personnage qui ne fait pas toujours de bons choix, mais qui essaie de rester fidèle à ses valeurs. Neeve, quant à elle, est complètement allumée, et aussi bizarre que ça paraisse elle en est devenue ma préférée J’ai hâte d’en savoir plus sur son passé commun avec l’un des personnages masculins. Enfin on en arrive à Elinor, mon problème majeur dans cette histoire. Elle m’a tapé sur les nerfs et je n’ai même pas réussi à compatir à ses malheurs. Elle a beau évoluer au fil du récit, le mal était fait, je ne suis pas parvenue à m’attacher même si elle mériterait toute mon admiration. En fait, je n’ai pas réussi à croire en elle et en son histoire. Quand son mec est entré en scène, cela n’a rien arrangé, il m’a exaspérée encore davantage.
Les personnages masculins sont en retrait dans la narration par rapport aux féminins et on n’en sait pas encore assez sur eux pour vraiment les cerner. Néanmoins, Lennox et Robin ont piqué mon intérêt. Lennox est le plus secret des deux et je suis très curieuse de connaître son histoire.
Le roman multiplie les points de vue, ce qui le rend d’autant plus agréable à l’écoute, chaque personnage ayant son narrateur attitré. On peut ainsi connaître les pensées et mieux comprendre la personnalité ainsi que les choix des personnages principaux. Cependant, le revers de ce choix narratif se révèle lorsque l’on ne supporte pas l’un d’entre eux. Quand j’en arrivais à Elinor et Karl, je passais les chapitres en accéléré, je l’avoue.
J’ai apprécié ce roman qui s’écoute vite, mais l’intrigue manque pour l’instant un peu de substance. Pour moi, il ressemble davantage à une longue introduction qu’à un premier tome. Je pense que c’est le genre de trilogie qu’on doit lire d’une traite, ce premier volume est loin d’être autosuffisant. Qu’à cela ne tienne, je vais commencer le deuxième, pour l’instant je me sens plutôt bien dans cet univers.

jeudi 11 avril 2024

Les moelleuses au chocolat

Un recueil de nouvelles de Silène Edgar, publié chez Gephypre.

Présentation de l'éditeur :

Création vengeresse, puissance libératrice, magie féérique, nouveau sens organique, jeu épistolaire, folie douce, péché capital : sept nouvelles toutes en érotisme et chocolat, qui embrassent les genres de l’imaginaire et les enrobent d’une liqueur cacao à vous faire fondre… sans oublier l’humour, épice indispensable pour lier ces créations concoctées avec amour & gourmandise.

Au menu :
- La chocolatière de Hamelin
- Ève
- La cuisson parfaite
- Effluves
- Entre mes lignes
- Les gourmandes
- Une petite cantate
Évidemment, chaque nouvelle est complétée par ses recettes exclusives et coquines, à cuisiner à deux (ou plus).

Dans ce recueil tout en sensualité et gourmandise se côtoient une sorcière tentatrice et revancharde, une Galatée chocolatée, une veuve qui sait ce qu’elle veut, une fille-fée qui désespère d’être aimée pour elle-même, une mégère apprivoisée et un certain nombre de gourmandes impénitentes toutes plus séduisantes les unes que les autres. Je me suis laissé envelopper par la douceur cacaotée de leurs histoires à la saveur de contes. J’ai trouvé entre ces pages un brin d’érotisme, des torrents de sensualité, beaucoup de gourmandise et tout autant d’amour.
Toutes ces histoires m’ont séduite d’une manière ou d’une autre, mais j’ai une certaine tendresse pour celle de Mahaut, un peu fée, un peu sorcière et surtout fort pragmatique. J’ai aussi particulièrement apprécié Entre mes lignes, un récit aussi drôle qu’attendrissant. Le symbolisme d’Ève, à qui la précision et la mégalomanie donnent corps, mais qui ne prend vie que grâce à la tendresse et au désir a également touché mon cœur de guimauve.
Ces nouvelles ont quelque chose de réconfortant, comme le chocolat qui les a inspirées. Elles explorent le désir, l’éveil des sens, mais aussi la sensation de tomber en amour et sont pour la plupart extrêmement positives.
Les textes sont joliment tournés, poétiques et imagés. Ces récits fortement inspirés de contes sont agréables à lire et se savourent comme autant de mignardises. Il faut être raisonnable, car ce petit livre peut aussi bien se dévorer trop vite. L’autrice a pris soin d’agrémenter ses nouvelles de recettes alléchantes, pour entretenir l’appétit de ses lecteurs, et j’ai bien envie d’en essayer certaines.
J’avais déjà lu Silène Edgar et je trouve qu’elle excelle dans l’art de conter des nouvelles. Ce fut une très plaisante lecture.


mardi 5 mars 2024

La Fille dans l'écran

 Une BD de Lou Lubie et Manon Desveaux, publiée chez Marabulles.



Coline vit en France, à la campagne, chez ses grands-parents. Elle veut devenir illustratrice. Elle travaille sur un livre pour enfants tout en se battant contre ses crises d’angoisse. Marley vit au Canada et rêvait d’être photographe, mais elle s’est peu à peu laissé engluer dans les nécessités du quotidien. Un jour, Coline va tomber sur les photos de Marley et lui demander l’autorisation de s’en servir comme base de travail pour ses dessins et les deux femmes vont commencer à correspondre.
Coline et Marley étaient faites pour se rencontrer à ce moment précis de leur existence. Chacune va apporter à l’autre un nouvel élan.
Marley a perdu de vue ses idéaux et ses aspirations. Elle vit avec un homme très égoïste et toxique qui détruit petit à petit sa confiance en elle, alors elle a renoncé à s’épanouir dans son travail et ne fait qu’enchaîner les tâches sans motivation. Coline, quant à elle, manque aussi terriblement de confiance. Elle a souffert de phobie scolaire, ses crises d’angoisse minent son quotidien et seuls ses grands-parents semblent comprendre sa profonde détresse. Malgré tout, elle s’accroche. Le fait que chacune aime le travail de l’autre va leur apporter la confiance qui leur manque et les aider à garder le cap. Peu à peu, une forte amitié, et peut-être davantage, va se développer entre elles.
J’ai aimé apprendre à les connaître, comprendre d’où venaient leurs peurs, voir comment chacune soutenait l’autre, pas seulement avec des encouragements, mais aussi des critiques constructives. L’histoire est plaisante, mais je crois que c’est la dimension artistique de l’ouvrage que j’ai préférée.
Dans ce roman graphique à quatre mains, le quotidien des deux protagonistes est exposé en face à face. D’un côté on a Coline en noir et blanc, avec un fond plus dessiné et des cases qui s’adaptent souvent à l’état d’esprit du personnage, de l’autre Marley avec ses couleurs vives et ses planches structurées dans un quadrillage franc à l’image de Montréal où elle vit, mais aussi de son amour pour la photographie. La façon dont les planches se répondent est vraiment plaisante et ajoute à la poésie ainsi qu’à la subtilité de cette histoire. J’ai particulièrement aimé le jeu très esthétique entre les ombres et les couleurs quand leurs deux mondes se rejoignent. Les styles des deux dessinatrices vont très bien ensemble et se complètent efficacement.
Ce fut une excellente découverte.

mardi 13 février 2024

Pisse-Mémé

Une BD de Cati Baur, publiée chez Dargaud.


Lors d’une soirée bien arrosée, quatre amies s’imaginent tenir ensemble un bar à tisanes, qu’elles appelleraient Pisse-Mémé évidemment. Nora ferait des gâteaux, Marie s’occuperait d’un espace librairie, Camille pourrait avoir un studio de yoga attenant et Marthe mettrait à profit ses talents de leader tout en s’occupant du service. Ensemble, elles travailleraient dans la bonne humeur.
On a tous déliré avec nos potes sur ce qu’on ferait si on gagnait d’un coup une grosse somme d’argent. C’est un joli projet, mais les quatre copines le croient voué à rester dans le domaine du rêve. Enfin, c’est sans compter sur l’héritage de Marthe et Camille, cadeau inattendu d’une tante qu’elles n’ont pas connue. Aussitôt dit, aussitôt fait, les jumelles ressortent cette idée du placard et sont bien décidées à convaincre leurs amies de se joindre à elles. Le hic ? Nora et Marie n’ont pas l’argent nécessaire. Qu’à cela ne tienne, elles vont se lancer dans un financement participatif pour concrétiser leur rêve ! Cependant, cette aventure ne sera pas de tout repos.
Marthe, Camille, Nora et Marie sont des femmes très différentes et, plutôt que de les diviser, cela fait leur force car elles se complètent, se poussent vers l’avant et se soutiennent dans les moments difficiles. Ce n’est pas toujours simple et des fois elles se tapent sur les nerfs, mais elles savent que ça fait partie de la vie et elles l’acceptent. Je pense que c’est ce que j’ai préféré dans cette BD. L’amitié que nous dépeint l’autrice n’est pas parfaite ni idéalisée. Et puis j’ai aimé découvrir ces femmes. Le récit prend le temps de s’intéresser à chacune et de nous décrire leur quotidien ainsi que leurs aspirations.
Marthe, speed et décidée, est l’exemple de la réussite, le genre de personne pour qui tout semble facile, Camille, la hippie aux chats, se satisfait de ne pas être dans la norme, mais ne parvient pas toujours à le faire comprendre à son entourage. Nora est une femme organisée qui semble capable de tout gérer, une bosseuse acharnée qui est toujours restée dans les clous, pourtant elle commence à fatiguer. Et enfin Marie, la mère célibataire, jongle entre trois boulots. Individuellement, ce sont déjà des femmes attachantes, mais l’amitié qui les lie renforce la chose. Elles se soutiennent, mais ne se gênent pas non plus pour se dire leurs quatre vérités quand c’est nécessaire.
J’ai aimé les voir développer leur projet, avec tous les rebondissements, les embûches et les adaptations que cela implique. Là encore, rien ne coule de source, mais elles persistent et leur détermination est inspirante. Cela sonne juste car la vie n’est jamais parfaite, on règle un souci pour se recevoir une autre tuile dans la tronche l’instant d’après... Cependant ces femmes tiennent le coup parce que quand l’une est proche de baisser les bras, une autre est là pour la booster.
Cette BD est l’histoire d’un projet et d’une amitié, mais c’est aussi, pour les jumelles, la découverte d’une partie de leur histoire familiale. J’ai trouvé ce passage-là assez émouvant et apprécié qu’elles puissent le partager avec Nora et Marie.
J’ai trouvé aux dessins une certaine douceur. J’aime ce style vaporeux. Les petits détails glissés çà et là m’ont beaucoup plu, comme par exemple les couvertures des livres que lit Alma ou ce que fait le chien quand personne ne le regarde. Pisse-Mémé est une très jolie BD.

mardi 6 février 2024

Les Jours sucrés

Une BD de Loïc Clément pour le scénario et Anne Montel pour les dessins, publiée chez Dargaud.


Églantine est graphiste. On ne peut pas vraiment dire qu’elle s’épanouit dans son travail ni dans sa vie en général. De son propre aveu, elle est tout le temps en colère. Alors quant elle reçoit l’appel d’un notaire lui annonçant la mort de son père auquel elle n’a plus adressé la parole depuis vingt ans, c’est de mauvaise grâce qu’elle part en Bretagne signer les papiers d’une succession dont elle n’attend rien.
Malgré elle, Églantine va se trouver confrontée à ses souvenirs d’enfance et à ce père qu’au fond elle ne connaissait pas vraiment. Elle retrouve, avec une tendresse qu’elle essaie de chasser sans y parvenir, la boulangerie de son père, sa grand-tante, son meilleur ami d’enfance et le village où elle a passé les premières années de sa vie. 
J’ai aimé suivre cette jeune femme hésitante, qui craint d’ouvrir la boîte dans laquelle elle a enfermé ses souvenirs et de se laisser engloutir par eux. J’ai aimé ses errances, ses tentatives de se tourner de nouveau vers le soleil alors qu’elle cherche dans le journal intime de son père de quoi construire de nouvelles fondations à sa vie proche de l’effondrement.
J’ai aimé Gaël, sa gentillesse, son optimisme et sa grande patience. J’ai aimé Marronde, la grand-tante déjantée qui ne mâche pas ses non-dits et qui peut se révéler très drôle parfois. J’ai aimé les interludes félins qui égaient l’ensemble et tous les personnages secondaires qui donnent du relief à cette histoire si personnelle.
Enfin, j’ai aimé les dessins d’Anne Montel, tout en douceur et vaporeux, ainsi que son beau travail de la couleur. Ils ont quelque chose de réconfortant ; ils donnent vie à cette histoire et la rendent encore plus attachante.
Les Jours sucrés est une BD feel good comme il en faudrait plus. J’ai passé un excellent moment avec cette lecture et vous la recommande chaleureusement.

dimanche 24 décembre 2023

Retour à St Mary Hill - Cosy Christmas Mystery

Un roman de Carine Pitocchi, publié chez Robert Laffont 



Apprenant que son compagnon la trompe, Jo-Ann Brown, scénariste à succès, s’enfuit sans le moindre mot pour se terrer dans le cottage qu’elle a hérité d’une cousine. Si tout le monde la croit morte, tant mieux, ça fera les pieds à son ex. 
Cela vous rappelle quelque chose ? Oui, Agatha Christie. Ce roman est clairement placé sous le patronage de cette dernière ainsi que celui de Louisa May Alcott. Cela pour mon plus grand bonheur car ces autrices talentueuses ont bercé mon enfance. J’ai adoré toutes les références à leurs œuvres ainsi qu’à leur vie que Carine Pitocchi a glissées dans son propre ouvrage.
Le résumé de l’éditeur, quant à lui, nous vend une héroïne à la Bridget Jones. Ce n’est pas le cas et tant mieux ! J’aimais bien Bridget autrefois, mais j’ai lu ses mésaventures quand j’avais dix-sept ans et je la trouve assez insupportable aujourd’hui que j’en ai plus de quarante. Cela étant dit, j’ai néanmoins eu du mal avec le tempérament de Jo. 
Elle est très en colère au début, ce qui se comprend, je peux donc lui pardonner d’être exécrable. En revanche, quand elle a commencé à mettre sur le dos de son ex des choix qu’elle-même a faits, ça m’a tapé sur les nerfs. Entendons-nous bien, elle était en couple avec un abruti de compétition, mais c’est trop facile de tout justifier, surtout des petites lâchetés qui l’arrangeaient bien, en disant « c’est la faute d’Andrew, je faisais tout ce qu’il me disait ».
Jo et moi avons donc pris un mauvais départ et j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher à elle. Je l’ai mieux comprise au fil de l’histoire, mais je n’ai jamais vraiment réussi à l’aimer. Tout au plus, je l’apprécie. Cependant ce manque d’affect est largement compensé grâce aux personnages secondaires. J’ai adoré Daisy, l’assistante débonnaire de Jo, avec son côté peste et son grand cœur. Alex, le neveu délaissé par son père, a lui aussi facilement gagné mon cœur, tout comme Jack, Judith, Violette et, le dernier mais pas le moindre, Lawrie, l’ami d’enfance de Jo.
Ce roman est de ceux que l’on lit pour leur ambiance aussi bien que pour le développement des personnages et en cela j’ai été ravie. Je me suis plu à St Mary Hill, qui m’a un peu rappelé le village où vivait ma grand-mère, et je n’avais pas envie d’en partir.
N’attendez pas grand-chose de l’enquête, elle est prévisible du début à la fin (et souffre d’un défaut de logique assez conséquent), mais cela n’a pas vraiment d’importance. Elle est un élément de décor, pas la trame principale de l’histoire. Ce sont les personnages qui importent : des gens tous un peu paumés à leur manière, qui se trouvent et forment une famille. En cela, Daisy et Alex sont particulièrement touchants, chacun à leur manière, et j’ai particulièrement aimé voir le jeune garçon s’intégrer dans un groupe de filles et sympathiser avec le voisin âgé de sa tante.
Jo, quant à elle, a encore pas mal de chemin à faire pour se guérir de ses blessures psychologiques et des angoisses qu’elles ont générées, néanmoins j’ai aimé la voir progresser et finalement montrer un peu de ses bons côtés.
Ce cosy mystery est idéal pour les vacances de Noël. Il était pile ce qu’il me fallait pour entrer dans l’hiver et l’ambiance des fêtes de fin d’année. Je me suis aussi bien marrée avec ce roman et il donne le ton d’une série qui pourrait bien devenir ma favorite dans le genre.

samedi 9 décembre 2023

S.O.S. fantômes en détresse, Ivy Wilde T3

Un roman d'Helen Harper, en version audio chez Hardigan. Lu par Léa Issert.

Vous pouvez aussi consulter mes chroniques sur le premier et le deuxième tomes.


Si vous n’avez pas lu le deuxième tome, ne lisez pas cette chronique.

J’étais très impatiente de voir où allaient nous mener les événements du précédent tome et je n’ai pas été déçue ! Ce volume est vraiment le meilleur des trois. J’ai beaucoup ri mais ai aussi été émue par certains personnages. Je n’ai pas vu le temps passer.
Dans ce tome, Ivy et Winter tentent d’arrêter un tueur en série. L’enquête est intéressante, pas haletante mais bien ficelée. L’une des caractéristiques de cette saga que j’apprécie est justement que l’autrice évite les facilités scénaristiques. L’évolution de l’histoire et les rebondissements sont toujours crédibles, même si elle grossit parfois le trait dans la caractérisation de ses personnages.
J’ai également aimé voir Ivy et Winter chercher leurs marques en tant que tout jeune couple et se dépatouiller l’une avec ses nouvelles capacités, l’autre avec sa nouvelle vie en dehors de l’ordre. Ce sont des personnages très attachants et délicieusement imparfaits.
Ivy est fidèle à elle-même, malgré quelques petites améliorations, enfin si l’on peut le dire ainsi… Ce n’est clairement pas elle la plus traumatisée par ses dernières mésaventures. Elle prend ce qui lui arrive avec plus de calme que je ne l’aurais cru, mais toujours beaucoup d’humour. J’adore cette jeune femme à la fois marrante et intelligente. Cela nous change des damoiselles en détresse. Ivy se met toujours dans des situations inextricables, mais au moins elle utilise son cerveau pour tenter de s’en sortir.
À côté d’elle, les personnages secondaires manquent un peu d’épaisseur. J’ai notamment regretté que le méchant de l’histoire n’ait pas un background plus étoffé. Toutefois, on n’a pas vraiment besoin non plus de justification pour être un psychopathe. Et puis certains personnages contrebalancent cela par leur vulnérabilité. J’ai beaucoup apprécié Clare, que j’ai trouvée très touchante et si… humaine, je crois, dans ses idées fixes, ses petites angoisses et ses maladroites tentatives pour s’accommoder de sa situation. En revanche je pense que les personnages récurrents, comme Ève et Tarquin, mériteraient de sortir un peu de leurs archétypes, même si le second est très drôle et qu’on adore s’exaspérer de son égocentrisme autant que de sa stupidité.
Après Ivy, et presque à égalité avec Winter, le personnage le plus développé est indéniablement Brutus et je dois dire que je l’ai particulièrement apprécié dans ce tome. Il apporte vraiment un truc en plus à cette série et pas seulement en tant que ressort comique.
J’ai passé un excellent moment avec ce roman et je regrette que la série ne soit pas plus longue. Il ne me reste qu’une novella avant de dire au revoir à ces personnages et je vais la savourer.

mardi 25 juillet 2023

Meurtres, magie et télé-réalité, Ivy Wilde T2

Un roman d'Helen Harper, en version audio chez Hardigan.

Mon avis sur le premier tome.



Notre sorcière fainéante préférée est bien contente d’avoir repris le cours de sa vie. Pourtant… Est-ce qu’elle ne s’ennuierait pas un peu ? Alors quand on lui propose de se rendre sur le tournage de sa série préférée, elle saute sur l’occasion, même si ça veut dire qu’elle va devoir courir partout. Serait-ce vraiment l’action qui lui manque ou un certain sorcier aux beaux yeux bleus pour lequel elle est prête à oublier un peu sa fainéantise naturelle ?
J’adore Ivy. Elle possède de nombreuses qualités qui en font un personnage attachant, mais c’est sa grande intelligence que je préfère. On nous a trop habitués à des personnages qui se laissent porter par l’intrigue et ne fournissent aucun effort (surtout pas cérébral) pour se sortir d’inextricables situations. Il est toujours extrêmement pénible d’avoir tout compris dès le chapitre 2 et de se traîner à la suite d’un personnage incapable d’établir des connexions pourtant simples ou même de mener une investigation un tant soit peu crédible. Ce n’est pas le cas d’Ivy. Elle a un cerveau et elle sait s’en servir. Cela ne veut pas pour autant dire qu’elle ne fait jamais d’erreur ou qu’elle résout tous les problèmes en deux secondes. Elle enquête de manière méthodique et elle porte attention à ce qui se passe autour d’elle pour rassembler de vraies preuves. Puisqu’elle narre l’histoire, nous avons accès à toutes ses pensées et donc à son raisonnement, ce qui nous permet de mener l’enquête avec elle.
J’ai beaucoup aimé la suivre en Écosse sur le tournage d’une émission de télé-réalité. Les personnages secondaires ne sont pas mémorables et n’ont pas un grand capital sympathie, mais Ivy et Winter sont là pour faire le job alors je n’ai pas vu les pages défiler.
Ce tome est un peu en-dessous du précédent à mon goût, justement à cause des autres personnages et parce qu’on se lasse vite de l’ambiance plateau de télé qui manque de relief. Cependant j’ai quand même passé un excellent moment avec cette lecture.
La fin est intense et laisse présager un intéressant rebondissement pour la suite. J’ai hâte de lire, ou d’écouter, comment cela va tourner.

vendredi 23 juin 2023

L'enlèvement de Circé - Witch and God T2

Un roman de Liv Stone, en version audio chez Audiolib.
Lu par Charlotte Campana.


Présentation de l'éditeur :

La tension règne toujours parmi les dieux et les sorcières.

Véritable pilier de sa communauté, Circé n'a pas le temps de penser à sa vie sentimentale... et encore moins à Hermès, le dieu des voleurs, aussi insaisissable qu'irrésistible. Qu'importe ce baiser qu'ils ont échangé il y a quelques semaines. Hermès est l'un des Douze, le cercle des dieux les plus puissants de l'Olympe, et un flirt entre eux serait une très mauvaise idée.

Mais lorsque la jeune sorcière est prise d'une vive douleur à la poitrine, son âme se détache de son corps et elle assiste, impuissante, à sa propre mort. Stupéfaite, Circé se retrouve face à Hermès, chargé de la guider jusqu'au royaume d'Hadès et de Perséphone.

Commence alors un voyage sur le chemin brumeux et sombre des Enfers. Dans ce monde aussi surprenant qu'impitoyable, le dieu est le seul allié de Circé. Cette proximité ne fait que renforcer des sentiments que chacun voudrait garder secrets... en particulier dans un royaume où la loi interdit toute relation entre les vivants et les morts.

Les titres des romans qui composent cette série prêtent à sourire. Ils rappellent une longue tradition de romances kitsch et cela aurait pu m’encourager à passer mon chemin si je n’avais été attirée, sans trop d’espoir non plus, par les racines mythologiques du récit. J’avais été agréablement surprise à l’écoute d’Ella la promise. J’y avais trouvé une base mythologique solide et intelligemment développée. L’autrice a su s’inspirer des mythes en profondeur et leur apporter sa propre originalité tout en restant fidèle à leur esprit. Elle ne s’est pas contentée des histoires et personnages les plus connus, bien au contraire et a fourni un beau travail de ravaudage en élaborant son univers. Oui, j’ai écrit ravaudage car c’est l’image qui me semble appropriée. Imaginez un tissage ancien, usé par le temps et troué par les mites. Imaginez une personne avec une aiguille et du fil qui tente de combler les vides, de renforcer la trame aux endroits où elle est devenue trop fine et presque transparente, mais aussi de sublimer l’ouvrage. Certaines de ces réparations se fondent dans le tissu, presque invisibles, et d’autres sont volontairement ornementales afin de donner du caractère à l’ensemble. C’est ce qu’a fait Liv Stone et ce que j’ai aimé dans l’histoire d’Ella ainsi que dans celle de Circé.
Ce deuxième tome avait tout pour éveiller mon intérêt. J’étais plutôt enthousiaste à l’idée d’écouter cette suite, d’autant plus que le volume précédent se terminait sur une révélation très prometteuse, mais surtout j’avais vraiment envie de mieux connaître l’aînée des trois sœurs. Circée est puissante, pragmatique et déterminée, cependant cela ne l’empêche pas de douter, d’avoir des faiblesses et des regrets. Cela change beaucoup de la gentille Ella et j’avoue avoir préféré Circé. En tant que future guide de sa communauté, elle a beaucoup de responsabilités et s’interroge sans cesse à ce sujet. En outre, elle sait que la paix entre les sorcières et les dieux est fragile. Circé, comme le lecteur, brûle de voir les choses changer. Pour autant, tout n’est pas si simple et elle en a conscience.
J’ai aimé ce personnage, même si certains de ses choix (et sa méconnaissance d’une monde qui est pourtant le sien) m’ont parfois étonnée. Elle m’a beaucoup émue lors de certains passages, ce qui a aisément contrebalancé les quelques moments durant lesquels elle m’a fait lever les yeux au ciel. J’ai aimé la suivre et découvrir les Enfers à ses côtés. 
Son histoire d’amour ne m’a pas emballée plus que ça, même si son prétendant ne manque pas de charme.  J’ai aimé les personnages, mais pas vraiment la dynamique de leur relation. Ils badinent, ils se cherchent, et c’est plaisant, néanmoins j’ai eu du mal à croire à leur histoire, même si je voulais les voir ensemble. Enfin, Circé est très attachante et crédible, on veut qu’elle triomphe des aléas de l’existence et c’est le principal.
Avec elle on en apprend beaucoup sur son monde, sans que cela ne sonne comme une leçon d’histoire ou un guide touristique (ce que j’ai pu reprocher souvent à des romans SFFF). J’ai particulièrement apprécié la balade au cœur des Enfers qui nous montre bien l’étendue des connaissances de l’autrice en matière de mythologie grecque. 
Liv Stone a pris plus de liberté avec la mythologie dans ce tome, mais toujours avec avec intelligence. Cela n’est pas à l’avantage de certains personnages et c’est ce que j’ai trouvé intéressant. Elle ne les magnifie pas et laisse de l’ampleur à ce qui en a fait les archétypes que nous connaissons tous.
Je prévois d’écouter la suite dès que le besoin d’une lecture distrayante se fera sentir.

mercredi 8 février 2023

Quand fainéantise rime avec magie, Ivy Wilde 1

Un roman d'Helen Harper, en version audio chez Hardigan.


Ivy est une sorcière, mais dans les faits ça ne sert qu’à lui simplifier la vie. Elle est chauffeur de taxi, parce qu’il faut bien manger et que ça lui permet de rester assise toute la journée. Elle n’aime rien tant que se la couler douce, travailler le minimum vital et rentrer chez elle pour s’étaler sur son canapé et regarder la télé. Enfin, si son tyran domestique, Brutus le chat parlant, consent à la laisser en paix.
Dans l’ensemble, Ivy s’en sort plutôt bien, jusqu’au jour où elle se trouve embringuée dans une enquête pour le Saint Ordre des Lumières Magiques (oui, c’est vraiment son nom…) parce qu’elle a bêtement accepté de rendre service à une voisine, elle aussi sorcière. Or, Ivy déteste l’Ordre par-dessus tout. Elle s’en est fait virer quand elle était encore néophyte...
Quelle lecture (audiolecture en fait) amusante ! Cela faisait longtemps que je n’avais pas autant apprécié de la fantasy urbaine. L’histoire en soi est sympathique, mais la vraie réussite de ce roman tient dans la personnalité des protagonistes. Ivy est flemmarde et insolente. Elle aime bien jouer les crétines, parce que ça lui facilite la vie, toutefois elle est brillante. On s’en rend compte tout de suite et c’est rafraîchissant de suivre une telle narratrice, qui comprend tout très vite et sait relier les faits entre eux, alors que dans ce type de romans on nous a plus habitués à des abruties qui se laissent porter par des enquêtes qui se résolvent toutes seules et qui ont toujours besoin qu’on sauve leurs miches. 
J’ai adoré Ivy, néanmoins son partenaire n’est pas en reste. Winter est le genre de gars très à cheval sur les règles et le protocole qui a, de prime abord, l’air d’avoir avalé un parapluie. C’est un bourreau de travail, très attaché à l’Ordre, et il prend son devoir au sérieux, c’est le moins qu’on puisse dire. Pourtant, on se rend compte au fil du roman qu’il a aussi de l’humour et beaucoup de charme, en outre, il est intègre et ne suit pas les directives si aveuglement que ça. L’autrice a su faire de lui un personnage séduisant et pas l’un des bourrins qu’on trouve d’ordinaire en urban. J’ai apprécié de voir Ivy et lui flirter innocemment en arrière-plan, car l’important ici c’est l’enquête, pas une éventuelle histoire d’amour.
Le monde que nous décrit l’autrice n’est pas très original en soi. C’est le nôtre, avec la magie et une organisation de sorciers en plus, cependant ça fonctionne bien. L’Ordre a les défauts et les qualités auxquels on peut s’attendre : ses membres font beaucoup de bien, mais sont aussi très ambitieux et parfois corrompus. Ivy en a elle-même fait les frais.
La façon dont la magie fonctionne n‘est pas très complexe. On l’a ou pas. Les sorciers utilisent les plantes ou les runes (pas l’alphabet runique mais des mouvements de mains qui produisent l’effet désiré) et une forme de lecture d’oracle dans le comportement des animaux. Ils sont de fait très superstitieux et détestent les chats noirs, ce qui m’a énervée. Vous me direz que c’est sans importance, mais cette superstition débile fait beaucoup de mal à ces chats de par le monde et tout ce qui peut la promouvoir, même aussi innocemment que le fait ce roman, est malsain.
Bref, cela mis à part, j’ai beaucoup apprécié mon audiolecture. Si on excepte le fait qu’elle prononce Ivy à la française et que ça sonne bizarre à mon oreille, la lectrice est particulièrement expressive et agréable à écouter. Elle fait un excellent boulot et rend le personnage encore plus vivant et sympathique qu’il ne l’est déjà.
Maintenant je dois faire face un dilemme : soit je lis la suite immédiatement sur ma liseuse, ce dont j’ai très envie, soit j’attends la sortie de la version audio du deuxième tome.

lundi 6 février 2023

Ella la Promise - Witch and God T1

Un roman de Liv Stone, en version audio chez Audiolib.

Présentation de l'éditeur :

Ella est une jeune sorcière sans dons, enjouée et pétillante, vivant tranquillement dans le monde des humains, où elle suit des cours à l’Université de Springfall. Cette année encore, elle va assister aux côtés de ses deux puissantes sœurs à la fête de la communauté des sorcières. Mais cette édition est particulière  : les sorcières et les dieux ont décidé de faire cesser le conflit qui perdure entre eux depuis des décennies. Pour sceller cette paix, ils organisent un mariage entre un représentant de chaque communauté.
Ella est outrée d’apprendre que sa sœur Méroé est la sorcière désignée pour cette union, et encore plus lorsque le maître des dieux, Zeus, présente le futur marié  : son petit-fils Deimos, dieu de la Terreur. Froid et arrogant, ce dernier a la forme terrible et noire de la nuit. Ella ne peut pas y croire : hors de question que sa sœur épouse l’incarnation même de la Terreur  !
Mais Deimos bouleverse les négociations en refusant la fiancée qui lui est imposée. Il désigne lui-même la promise qu’il a choisie  : la sorcière sans dons auquel personne ne s’attendait, Ella.

N’étant pas une lectrice férue de romance, c’est pour son aspect mythologique que j’ai choisi ce roman. Il faut bien dire que sans cela, il ne semble pas très attractif au départ. Une jeune femme mise à l’écart de sa communauté car née sans magie, un homme qui cache sa sensibilité derrière un comportement un peu rude, un mariage arrangé entre deux personnes qui collectionnent les a priori envers l’autre, c’est plus que rebattu. Pourtant, cela peut fonctionner si le contexte apporte un peu d’originalité et c’est le cas ici.
Bon, la romance en elle-même n’est pas transcendante non plus. Toutefois elle a son charme et au fur et à mesure que l’on apprend à connaître les personnages, on se laisse émouvoir par leurs failles et maladresses. On a envie de les voir heureux ensemble et c’est le principal. De surcroît, j’applaudis l’autrice pour avoir créé un personnage masculin qui, bien qu’ayant son petit caractère, ne se comporte pas comme un gros bourrin.
Deimos est un dieu grincheux, mais respectueux, et s’il semble dirigiste parfois c’est davantage parce qu’il se sent dépassé par les événements que par manie du contrôle. Ella est pour sa part une gentille fille, peut-être trop d’ailleurs. Elle est écrasante de bienveillance au point que j’aurais dû la détester. Cela a d’ailleurs été le cas pendant un moment. Cependant, j’ai fini par la trouver émouvante.
Si le début du roman m’a emballée parce que j’en ai aimé l’ambiance, je me suis ensuite sentie engluée dans l’attente. Ella est en quelque sorte arrachée à sa vie d’humaine et on arrive avec elle dans un univers beaucoup plus cloisonné. C’est assez logique, il faut bien que les jeunes mariés puissent nouer des liens. Mais j’avais du mal avec Ella. Le manque d’action et le fait que la jeune femme soit la narratrice, assujettissant donc notre perception des événements à la sienne, m’a un peu plombé. Elle est beaucoup trop gentille pour son propre bien. Et puis la meuf traite son ficus comme si c’était un animal. Je veux bien qu’on aime les plantes et qu’on leur parle, mais de là installer ledit ficus, prénommé Norbert, sur le canapé pour regarder une série avec lui… faut vraiment être au comble de la solitude. Bon, je me moque, mais ça lui donne un côté charmant. J’ai un faible pour les bizarreries, elles rendent les personnages plus humains.
J’apprécie aussi beaucoup la relation qu’Ella entretient avec ses sœurs. Elle a des accents de sincérité qui la rendent crédible. Malgré leurs différences et leurs choix malheureux, on sent qu’elles s’aiment énormément.
Ella n’est pas si cruche qu’on pourrait le croire, c’est plus difficile d’être bienveillant et résilient que de se laisser  porter par des envies de vengeance, et elle est secondée par des personnages très intéressants. En outre, la façon dont l’autrice incorpore la mythologie à son histoire m’a convaincue. Ce n’est pas juste un prétexte pour ajouter un peu de couleur à son histoire, elle en fait un véritable usage et montre qu’elle connaît bien le sujet. Elle ne s’en tient pas aux lieux communs. Je me suis beaucoup intéressée moi-même à diverses mythologies par le passé et c’est un vrai plaisir de voir des références aussi fines et pas seulement les dieux les plus connus parmi les personnages. Liv Stone a très bien construit son univers et cela donne vraiment envie d’en suivre le développement. D’autant que le twist final est très prometteur.
J’ai omis de préciser qu’il s’agit d’une trilogie, les deux tomes suivants étant consacrés aux sœurs d’Ella dont on connaît assez peu la personnalité à la fin de ce premier volume. J’espère donc avoir des surprises.
J’ai découvert ce roman dans sa version audio, lue par Charlotte Campana que j’avais déjà pu apprécier dans une autre audiolecture. J’espère découvrir la suite dans le même format.
En tout cas, j’ai passé un très bon moment avec ce premier tome.

jeudi 3 novembre 2022

Quand la vie s'en mêle T2 : Valentine

Un roman de Lucie Castel, publié en numérique chez Kobo Originals.


Présentation de l'éditeur :

Suivez cette fois les pas de Valentine dans ce deuxième tome de la trilogie Quand la vie s’en mêle, par Lucie Castel. Après avoir décidé de couper les ponts avec sa famille, Valentine se lance dans une formation de guide touristique à Paris. À l’obtention de son diplôme, elle postule auprès du célèbre château des Deux Sources de la petite ville de Luserne, d’où elle est originaire. C’est Louis, le châtelain, patriarche fatigué et solitaire, qui l’embauche pour mettre en œuvre une idée qu’il a depuis longtemps : ouvrir le château au public dans l’espoir d’éponger les dettes accumulées par sa famille. Laquelle est farouchement opposée à ce changement… Alors que Valentine se jette corps et âme dans ce projet colossal, elle est rejointe par Gabriel, fils unique de Louis, un homme hautain et glacial. La collaboration entre Valentine, tombée amoureuse de l’édifice et qui veut à tout prix le sauver, et Gabriel, qui ne pense qu’à le vendre et à couper définitivement les ponts avec sa famille, fait des étincelles. Mais événements étranges et problèmes se multiplient au sein du château, poussant Valentine et Gabriel à mettre leurs divergences de côté pour résoudre le mystère de l’origine de ces attaques.

En suivant Adèle dans le premier tome, j’ai découvert une petite ville, avec ses défauts et ses qualités, mais surtout des personnages dont en a très envie de connaître les histoires. Je me suis donc replongée avec plaisir dans cette ambiance qui m’est, en tant que fille du Sud, assez familière, avec ses bons comme ses mauvais côtés. Dans les petites villes, tout le monde connaît tout le monde et souvent parler d’autrui est une distraction comme une autre… Aussi Luserne, bien que fictive, semble très réaliste. J’ai apprécié de la voir en hiver cette fois, avec les fêtes de fin d’année en bonus. Ce genre d’endroits très touristiques offre un tout autre visage hors saison, j’en sais quelque chose, et le changement d’ambiance est parfaitement décrit. Je me suis tout de suite sentie chez moi.
Ce deuxième tome est consacré à Valentine, qui essaie très fort d’assurer les fondations d’une nouvelle vie chèrement acquise. J’ai une certaine tendresse pour elle, cependant je conçois qu’elle puisse paraître assez antipathique de prime abord, surtout dans le premier tome. Toutefois, Valentine se bat contre cette part d’elle-même avec une telle opiniâtreté qu’elle en devient touchante. Dans ce volume, on apprend à mieux la connaître, on voit se dessiner ses cicatrices, mais aussi ses espoirs. Derrière le sarcasme qu’elle manie en permanence, derrière les affres de la maladie, se cache une amie loyale et une jeune femme pleine de rêves qu’elle ose à peine effleurer du bout des doigts. Sa toute récente liberté l’a laissé pleine de détermination mais aussi un peu chancelante. Personnage tout en contradictions, Valentine est à la fois très forte et très fragile. C’est ce qui fait tout son charme et qui la rend si réelle.
Même si ce roman est celui de Valentine, ses camarades ne sont pas laissés de côté. J’ai retrouvé avec plaisir Adèle, Ed, Nicolas et Jazz. C’est sympa de les voir évoluer, même si cela reste en arrière plan. On dirait bien qu’Adèle a apporté un vent de changement avec elle dans ce petit groupe au sein duquel elle a pris racine. Ils ne sont plus figés, subissant tous les aléas de la vie, mais sont bien décidés à se construire une existence qui leur ressemble. Il est un peu frustrant de ne pas en voir davantage à leur sujet.
Il faut dire que ce roman se lit très vite et on ne s’ennuie jamais, même si on voit tout venir de très loin. Les clichés se ramasse à la pelle, mais ce n’est pas bien grave car l’autrice sait rendre son histoire plaisante d’un bout à l’autre. Je serais bien en peine de trouver un genre dans lequel le classer, si ce n’est « feel good ». Prenez une petite ville du Sud en hiver, une bande de copains, un soupçon de romance et un paquet d’ennuis, vous obtiendrez quelque chose d’assez approchant du noyau de ce récit.
J’ai bien aimé l’histoire de fond : une guéguerre entre aristos de campagne et ce château qui s’écroule de partout, comme la famille qu’il abrite, mais qu’on essaie de réhabiliter. Je ne suis pas une fan de secrets de famille, mais tout le folklore inventé autour de ces deux maisonnées est assez amusant. La romance est discrète, juste ce qu’il faut de sucre pour adoucir l’histoire, et les personnages sont attachants. Que demander de plus ? C’est le roman pas prise de tête parfait pour un jour de pluie près de la cheminée. Ce tome s’est révélé meilleur que le précédent et je lirai sans aucun doute la suite.


vendredi 29 juillet 2022

Cemetery Boys

Un roman d'Aiden Thomas publié chez ActuSF dans la collection Naos.

Présentation de l'éditeur :

Parce que sa famille latinx a du mal à accepter son genre, Yadriel veut leur prouver à tous qu'il possède les pouvoirs d'invocation des hommes et non pas celui de guérir, comme les femmes. 

"Le visage de l’esprit était tordu par une grimace, ses doigts noués dans le tissu de son haut. Il portait un blouson en cuir noir avec un capuchon sur un t-shirt blanc, des jeans délavés et une paire de Converse.
« Ce n’est pas Miguel », essaya de chuchoter Maritza, mais elle n’avait jamais vraiment eu une voix faite pour ça. Yadriel gémit et se passa la main sur le visage. Du bon côté des choses, il avait invoqué un esprit pour de vrai. Du mauvais côté des choses, il n’avait pas invoqué le bon."

Un premier roman qui laisse sans voix ; véritable mélange d’authenticité et d’émotions. Aiden Thomas signe ici un titre à lire absolument, qui aborde des sujets lourds tels que l’acceptation des personnes LGBTQI+, le racisme, la colonisation...
Yadriel a grandi à Los Angeles dans une communauté latino-américaine d’apparence classique, mais en fait composée de brujx (c’est le mot neutre employé pour désigner des sorciers). Dans la communauté de Yadriel, les hommes guident les esprits des morts vers l’au-delà et les femmes guérissent les vivants. 
Yadriel est un garçon. Toutefois, il a été assigné fille à la naissance. Aussi se débat-il tous les jours avec les préjugés de sa famille qui l’aime mais peine souvent à accepter sa transition et ne pense pas qu’il puisse posséder les pouvoirs d’un garçon. Sa mère le soutenait, mais elle est décédée. Quant à son père, qui assume la fonction de chef des brujx, il lui refuse le droit au portaje, amulette traditionnelle (un poignard dans le cas d’un garçon) qui accompagne le statut de brujo ainsi que la cérémonie qui ferait de lui un jeune adulte et un membre actif de la communauté. Alors Yadriel n’a plus le choix, avant le Día de Muertos et le retour pour quelques jours des fantômes des brujx décédés, il doit prouver à tous qu’il possède les pouvoirs d’un brujo. Bien sûr tout ne va pas se passer comme prévu et le fantôme que Yadriel espérait libérer vers l’au-delà va se montrer récalcitrant. Être un brujo n’est pas qu’une question de pouvoir et Yadriel a beaucoup à apprendre.
Cemetery Boys est un joli roman, très lumineux, une enquête sur fond d’amitié, d’espoir et de traditions. Il est souvent difficile dans ce monde de faire accepter son identité, qu’il s‘agisse de son genre ou de son orientation sexuelle, surtout dans une famille religieuse, même si celle de Yadriel ne l’est pas au sens classique du terme. Ses proches ont beau l’aimer, ils le blessent souvent. Tout ce qu’il souhaite, c‘est qu’on lui donne sa chance.
Avec sa cousine Maritza, une végane qui refuse d’utiliser le sang pour guérir, et la version fantôme de Julian, un garçon de son lycée mort dans des circonstances mystérieuses, il forme un trio improbable mais attachant. On pourrait reprocher à ces personnages de manquer un peu de maturité, mais ils ont quinze ans et des tas de raisons de ne pas faire confiance aux adultes. Ils ont aussi des choses à prouver, je suppose, alors je peux regarder leurs erreurs avec indulgence. Ce sont des adolescents crédibles, pas des super-héros mais des jeunes qui font de leur mieux et on les aime pour cela.
J’ai apprécié toute la mythologie entourant les brujx, leurs croyances et leurs traditions. Ce n’est pas courant. Toutefois, c’est le développement des personnages que j’ai préféré. L’intrigue n’est pas très complexe et manque de finesse, mais ce défaut est compensé par la charge émotionnelle du récit et la sincérité que l’on sent chez les personnages. En outre, les adolescents trans ne sont pas légion dans la littérature YA et il est important de leur y faire une place, surtout avec des histoires signifiantes, telles que celle-ci.

lundi 30 mai 2022

Anne d'Avonlea

Un roman de Lucy Maud Montgomery publié chez Monsieur Toussaint Louverture pour les versions papier et numérique, chez Audible pour la version audio lue par Lola Naymark.

Vous pouvez aussi consulter ma chronique du premier tome de la série : Anne de Green Gables.

Présentation de l'éditeur :

Avec ce deuxième roman, Lucy Maud Montgomery continue de déployer sous nos yeux fascinés l’univers enchanteur qu’elle a créé autour d’Anne Shirley, l’orpheline idéaliste aux yeux clairs et aux cheveux roux adoptée par erreur. 

Entre les amis de toujours, qu’on aime retrouver, et les nouveaux venus, si intéressants, entre les idées saugrenues qu’on ne peut museler, et le bon sens qui, désormais, pointe son nez, Anne nous entraîne dans les aléas de la vie douce et enchanteresse d’un village un peu hors du temps. 

À travers les joies et les peines qui font la trame du quotidien, le style si frais et poétique de Lucy Maud Montgomery porte la voix d’Anne dans les péripéties, les rêveries et les moments de tendresse. Après Green Gables, quel plaisir d’enfin découvrir Avonlea !
C’est toujours un plaisir de retrouver Anne Shirley et son imagination débordante. Ce tome est pour elle celui de la transition. Elle n’est pas encore prête à s’envoler du nid et se trouve à un âge charnière entre l’enfant et la femme. Bien qu’elle ait de nombreuses responsabilités d’adulte, dans son foyer ou dans son travail, elle doit encore grandir. Elle fait ses premiers pas en tant qu’institutrice dans son ancienne école et, si elle est bien jeune, elle n’en est pas moins responsable. Elle a conscience que certains de ses élèves ne sont rien moins que ses anciens camarades de classe.
La petite fille à l’imagination hyperactive est devenue une jeune fille sensée, toujours pleine d’idéaux et de rêves, toujours en quête de poésie dans les petites choses du quotidien, et c’est comme cela qu’on l’aime. Elle reste encline à se mettre dans des situations impossibles, mais elle assume ses erreurs et essaie de les réparer de son mieux. 
Dans ce volume, elle tente de se faire à sa nouvelle place dans la société, en tant que jeune institutrice mais aussi en tant que citoyenne en s’impliquant dans la vie du village avec ses camarades jeunes adultes. Ses amitiés évoluent. Elle rencontre de nouvelles personnes. Puis, surtout, elle doit trouver son équilibre entre la théorie et la pratique dans son école. Et ce ne sont pas forcément les enfants qui vont lui causer le plus de difficultés…
Certes, on peut avoir du mal avec les principes quelque peu vieillots — et bigots — délayés dans ce roman, mais il faut aussi le remettre dans son contexte. Je ne trouve pas cela gênant. Pour ma part, j’aime beaucoup les interactions d’Anne avec les enfants et la tendresse qui en émane. Il est clair qu’elle a à cœur de faire de son mieux et de leur apporter, outre l’instruction nécessaire, ce qu’elle peut de sa sensibilité et de sa joie de vivre. Elle veut avant tout en faire de futurs adultes heureux.
Cependant, ses petits élèves ne sont pas les seuls enfants dont elle doit s’occuper. Ce tome voit l’arrivée de Davy et Dora à Green Gables. J’aime moins les passages concernant les jumeaux, ils sont un peu caricaturaux, mais ils ont leur charme quand on apprécie les facéties enfantines.
J’avoue que ce tome n’est pas mon favori, même si certaines passages sont délicieux et semblent tout droit sortis de contes de fées. On y retrouve cette écriture douce et positive qui apaise l’âme et rend le monde un peu meilleur. J’ai un faible pour les rêveries de Paul, le jardin d’Hester et le merveilleux pavillon aux échos de Mademoiselle Lavendar.
J’ai pris grand plaisir à écouter ce roman. Lola Naymark est une bonne lectrice, même si elle donne parfois à Anne un air un peu halluciné. J’admets toutefois que le personnage est écrasant de gentillesse et de positivité, il peut être assez difficile de trouver le bon équilibre qui empêche l’enthousiasme et la joie de vivre de se changer en niaiserie. La lectrice a fait de son mieux, mais je n’ai eu de cesse de la comparer à Alison Wheeler, qui a narré le premier tome, et qui selon moi l’a fait avec brio. J’apprécie néanmoins le format et je vais continuer mon écoute avec le tome suivant. Cela reste une belle manière de découvrir ou redécouvrir cette série.

lundi 23 mai 2022

La Tapisserie du Dragon-Thé

Une BD de Kay O'Neill, publiée chez Bliss Comics.

Mes chroniques des autres tomes :

Présentation de l'éditeur :

Près d'un an après avoir accepté de prendre soin de Ginseng, Greta n'arrive pas à aider le timide dragon-thé à surmonter son deuil. Alors qu'elle peine à fabriquer un objet assez spectaculaire pour impressionner un maître-forgeron en recherche d'un apprenti, elle se questionne sur la signification de son artisanat, et sur comment aider quelqu'un en deuil. Pendant ce temps, Minette reçoit un curieux paquet de la part du monastère où elle étudiait pour devenir prophétesse. Confuse à propos du but de sa vie, la timide Minette découvre que plus elle ouvre son cœur aux autres, plus elle comprend ce qu'il a toujours renfermé.
Dans ce tome, on reprend l’histoire à peu près où on l’avait laissée à la fin du Cercle du Dragon-Thé. Greta perfectionne toujours son art et tente d’accompagner Ginseng au cours du deuil de son ancienne gardienne. Quant à Minette, elle peine à retrouver son équilibre loin du monastère. Hesekiel et Erik veillent sur leur petit monde, dispensant sagesse et réconfort chacun à sa manière.
Quelle joie de retrouver ces personnages tant aimés ! On se sent comme de retour chez soi.
J’aime particulièrement Greta, si pleine de joie de vivre et de rêves, toujours prête à faire de son mieux dans son travail ou pour son entourage. Elle met beaucoup de cœur à aider son petit dragon, sans beaucoup de résultat, et son amie Minette en pleine crise existentielle. J’apprécie aussi son ambition et son perfectionnisme.
Ce tome est également l’occasion de retrouver Rinn qui a bien grandi et a repris le métier de ses parents. Iel voyage pour vendre ou troquer des plantes, des légumes et des fruits provenant des montagnes et en profite cette fois pour rendre visite à son oncle en compagnie de son ami Aedhan.
J’aime voir de nouveaux liens se nouer entre tous ces personnages et surtout les voir évoluer. Greta et Minette grandissent, leur amitié aussi, si forte qu’elle se passe souvent de mots alors qu’elles s’accompagnent l’une l’autre à travers les difficultés de la vie. Ce sont deux jeunes filles très émouvantes.
Greta veut passer au stade supérieur dans son apprentissage de la ferronnerie, mais il va lui falloir démontrer son talent et peut-être quitter cette famille élargie si précieuse pour elle. Minette, elle, évolue dans une bulle de craintes et de regrets qui menacent de l’engloutir. Comme Ginseng, elle a aussi un deuil à accomplir. Le deuil d’elle-même.
C’est un très beau tome, mélancolique parfois, mais toujours plein d’espoir. Il met en avant l’amitié, les liens de toutes sortes que l‘on crée avec nos proches et dont on ne soupçonne pas toujours la force, ainsi que le partage, qui se fait bien entendu souvent autour d’une théière. Mais le thème majeur est à mon sens l’importance de la transmission du savoir. Qu’il s’agisse des rituels de la cérémonie du thé qu’Hesekiel transmet à Minette, de la ferronnerie pour Greta, Fraida et Kleitos, des plantes sauvages comestibles et médicinales pour Rinn ou encore de la façon de bien s‘occuper des dragons-thé, on se rend compte de l’importance de la survie de toutes ces connaissances. Cette BD nous rappelle en outre de ne pas perdre le désir d’apprendre, de se renouveler et, surtout, le plaisir du partage en lui-même car c’est lui qui permet de tisser ce filet qui nous lie tous et retient entre ses mailles ce qui est réellement important.
Les souvenirs se propagent par le partage du thé, grâce à la magie des petits dragons, cela nous enseigne que ce sont les bons moments et les échanges entre les personnes qui tiennent les unes aux autres qui perpétuent la mémoire ainsi que le savoir et apportent le réconfort.
Les couleurs sont toujours magnifiques, les silences chargés d’émotion, et au fur et à mesure que l’on tourne les pages, on se sent envahi par un bien-être tranquille. Ces albums sont de petites merveilles.
À la fin de la BD se trouvent quelques textes qui expliquent l’origine des dragons-thé et d’autres faits intéressants à leur sujet. C’est un complément fort agréable à découvrir.
J’ai retrouvé avec délice les membres du Cercle et j’espère que Kay O’Neill nous régalera encore de belles histoires à leur propos. Je ne me lasserai jamais de cet univers et de ces personnages si attachants.


vendredi 13 mai 2022

Meurtres et muffins aux myrtilles - Les enquêtes d'Hannah Swensen T3

Un roman de Joanne Fluke, publié chez Le Cherche Midi pour la version papier et Audible pour la version audio. Celle-ci est lue par Flora Brunier.


Présentation de l'éditeur :

Eden Lake est sur le point de célébrer son premier carnaval d'hiver. Au menu ? Sports de glace, activités pour les enfants et, bien évidemment, les délicieuses pâtisseries du Cookie Jar, amoureusement préparées par la charmante Hannah Swensen. Cerise sur le muffin, Connie MacIntyre, vedette d'une célèbre émission de cuisine, doit venir signer son livre. Toute la ville est sur le pont - même la mère d'Hannah, qui passe généralement son temps à essayer de la marier. Mais quand Connie MacIntyre est retrouvée morte dans la boutique d'Hannah, cette dernière ne va pas résister très longtemps à son envie de mener une enquête qui va s'avérer pleine de rebondissements.

Une énigme à résoudre, un déluge de sucreries et de nouvelles recettes de pâtisserie, criminellement délicieuses, à faire chez vous. Que demander de mieux pour passer l'hiver ?

Hannah Swensen est de retour pour le Carnaval d’hiver de Lake Eden. Au programme : concours de bonhommes de neige, concours de pêche, reconstitution historique, séance de dédicace de la star très caractérielle d’une émission culinaire et un petit meurtre histoire de s’occuper entre les différents jeux organisés par la mairie.
Ce volume est pour l’instant mon préféré de la série, non que l’enquête soit trépidante, mais l’ambiance du carnaval est sympa et il fait la part belle aux relations entre les personnages. J’aime beaucoup la façon dont évolue la relation entre Andrea et Hannah et l’ambiance de leur petite ville. C’est le genre de roman qu’on lit pour l’ambiance plus que pour son intrigue. Bien sûr, Joanne Fluke force souvent le trait, mais je suis plus tolérante à ce genre de défaut dans les cosy mysteries que pour n’importe quel autre genre.
Les amours d’Hannah sont le point noir du tableau, ça en devient embarrassant tant ça n’a aucun sens. Il n’y a aucune évolution et on a vraiment l’impression que l’autrice se sent obligée de bidouiller un semblant de romance. Peut-être craint-elle qu’on s’imagine qu’Hannah n’est pas séduisante (sans doute parce qu’elle passe son temps à se rabaisser). Cependant, comme dans le tome précédent, ça ne prend pas beaucoup de place alors on fait avec. Et, de la même manière, on oublie les « fillers », ces inévitables répétitions d’un tome à l’autre qui lui font gagner des pages.
Tout est toujours extrêmement accommodant dans cette intrigue. Les gens confient des secrets à Hannah comme un rien (pile au bon moment) et elle s’imagine avoir une grande capacité de déduction alors que c’est le hasard qui joue pour elle. Et je ne parle même pas des personnes qui se trouvent comme par enchantement en relation alors qu’il y avait peu de chances qu’elles se rencontrent un jour. Mais quelle importance ? C’est un roman sans prétention qui n’essaie pas de se faire passer pour ce qu’il n’est pas. Il est très distrayant à écouter et ne demande pas une grande attention, toutefois je ne sais pas si cela aurait le même effet en lecture, je crois que je serais tentée de sauter des pages.
C’est une série sympathique si on arrive à s’attacher aux personnages, sans prise de tête et avec des recettes en prime. Pour l’instant, ça me va.