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lundi 15 juin 2026

A Dark Forgetting

Un roman de Kristen Ciccarelli, publié dans sa version audio chez Lizzie et lu par Solenn Mara-Lewis.


Emeline a quitté sa petite ville de campagne pour devenir chanteuse. Elle a fait des concessions et des sacrifices pour ce rêve d’enfance et, à force de détermination, elle a maintenant le pied à l’étrier. Cependant, près d’une semaine avant un concert très important pour elle, son grand-père disparaît, sans explication rationnelle, de la maison de retraite dans laquelle il résidait. Toutes les histoires qu’on lui racontait quand elle était petite resurgissent dans l’esprit d’Emeline et elle est forcée de rentrer chez elle pour faire face à ce qu’elle croyait n’être que des contes.
A Dark Forgetting est une jolie histoire, pleine de sensibilité et de délicatesse. On la sent très personnelle et importante pour son autrice. Elle est destinée à un public adolescent, mais ne se prive pas d’aborder des sujets difficiles. Pour autant, malgré la noirceur qu’elle conte parfois, elle reste douce. Il faut se laisser bercer et être patient, car c’est un récit lent à la saveur évocatrice des vieilles histoires. Il nous dépeint une féerie ancienne, sombre et mélancolique dans une forêt malade qui appelle au secours.
Sans vraiment le vouloir, Emeline va déterrer de nombreux secrets et j’ai aimé la voir progresser à tâtons, découvrir son passé en même temps qu’elle se découvrait elle-même. C’est cela, pour moi, la vraie réussite de ce roman.
L’histoire d’amour est jolie et tendre, un peu clichée parfois, mais j’ai lu bien pire dans des ouvrages de cette catégorie. Au moins celle-ci semble honnête, un peu idéalisée certes, mais pas non plus parfaite. La fin m’a fait lever les yeux au ciel, toutefois il faut dire que c’était drôle sans le vouloir…
J’ai passé un agréable moment avec cette histoire, même si elle ne me marquera pas outre mesure.
La voix de la lectrice est agréable, mais au bout d’un moment son interprétation tout en chuchotements et murmures faussement inspirés m’a agacée. J’avais l’impression d’écouter une ménade qui tenterait de faire de l’ASMR. Cela étant dit, c’est davantage une question de goût qu’un réel défaut. En outre, je dois reconnaître qu’un ton lent et mystérieux sied à cette histoire. Il l’était juste beaucoup trop pour moi.

mercredi 21 mai 2025

Tyr, Runborn T1

Premier volume d'une trilogie d'Ariel Holzl, publié chez Gulf Stream.
En version audio chez Voolume, lue par Adelaïde Poulard.



Tyr et ses camarades vivent dans un village isolé. À Gimlé, la vie semble douce, faite de chasse, de pêche, d’agriculture et de solidarité, toutefois est-ce si idyllique à y regarder de plus près ? Les trois adolescents sont marqués par les runes, ce qui leur vaut les regards en biais de leurs voisins et d’être maintenus à l’écart des autres jeunes. Bien entendu, le jour où ils comprennent ce que représentent leurs marques et quelle est la destinée prévue pour eux par les dieux, tout s’emballe. Lancés sur les routes de ce monde post-Ragnarök, se précipitent-ils vers cette destinée ou s’en émancipent-ils ? Telle est la question.
Ce roman est plein de surprises, de tours et de détours, mais aussi de rebondissements que vous pouvez voir venir parfois, on ne s’y perd que davantage car les apparences sont d’autant plus trompeuses. Le récit est un savant mélange d’attente et d’urgence. J’ai choisi la version audio, qui par chance se prête bien à ce type de récit. Les longueurs m’auraient sans doute davantage dérangée à l’écrit, bien que je sois une lectrice patiente. Je pense que cela tient au fait que Tyr m’a souvent semblé passif, entraîné par les événements. Entendons-nous bien, cela est parfaitement logique dans sa situation. Il est comme pris dans un torrent, parfois il parvient à nager, mais souvent il ne peut que tenter de garder la tête hors de l’eau. Cependant, cela peut se révéler frustrant pour les lecteurs qui préfèrent des personnages proactifs.
Il s’agit d’un roman d’apprentissage typique, dans lequel le héros évolue beaucoup, gagne en maturité, mais fait aussi de nombreuses erreurs. Ariel Holzl n’est pas un auteur complaisant envers ses personnages, ce que j’apprécie beaucoup. Il a initié ici une belle fresque de fantasy, usant avec intelligence de la mythologie dont il s’inspire. Il a su la faire sienne tout en la respectant.
Si vous avez déjà lu les écrits d’Holzl, vous trouverez probablement celui-ci fort différent. Cet auteur soigne ses univers aussi bien que ses personnages et il ne craint pas d’explorer différents genres littéraires.
J’ai ressenti des hauts et des bas avec ce roman, pourtant il ne faisait aucun doute pour moi que j’écouterai la suite. La fin, en plein suspense, n’a évidemment fait que renforcer cette envie. On sent qu’il reste beaucoup à découvrir dans cette trilogie et le deuxième volume promet un autre point de vue, ce qui est alléchant.
Ce roman est classé en YA, néanmoins il s’agit d’une lecture relativement exigeante qui n’est pas adéquate pour les âmes trop sensibles. Toutefois, si vous aimez les romans initiatiques, la mythologie nordique et n’êtes pas rebutés par un peu de violence et de sang, je gage que vous l’apprécierez.

jeudi 7 mars 2024

Mysteries of Thorn Manor

 Une novella de Margaret Rogerson, publiée chez Bigbang.


Quand on est attaché aux personnages, on trouve toujours le roman trop court. Cela est d’autant plus vrai que la fin de Sorcery of Thorns peut sembler un peu frustrante. J’étais donc ravie de pouvoir prolonger le plaisir de lecture avec cette novella qui en complète l’épilogue. Ce récit plus intimiste apporte une nouvelle dimension à l’ensemble.
J’ai adoré cette histoire domestique, douce et réconfortante, qui explore davantage la psychologie et les sentiments des personnages. N’attendez pas un récit épique comme dans le roman initial. Sorcery of Thorns était avant tout un roman d’aventure et de découverte de soi, avec juste une pointe de romance pour colorer l’ensemble. Mysteries of Thorn Manor se concentre principalement sur la relation naissante entre Elisabeth et Nathaniel, mais aussi sur l’affection de la jeune femme pour son entourage. C’est en outre l’occasion pour nous de nous interroger, avec Elisabeth, sur la nature de Silas. Toute la complexité de son caractère est-elle vraiment compréhensible pour un humain ? Comment est-ce d’être un démon, de voir défiler les époques et les gens sans réellement faire partie de ce monde ? Elisabeth voudrait lui prêter des sentiments mais ne se trompe-t-elle pas en l’humanisant plus que de raison ? L’autrice a mis beaucoup de sensibilité dans l’écriture de ce texte et c’est un vrai plaisir à lire.
Elisabeth a beaucoup évolué et grandi. On savait déjà qu’elle était une belle âme, mais l’on peut d’autant plus apprécier cela dans un cadre plus domestique. Maintenant que sa quête est achevée, elle prend le temps de s’interroger sur sur ses sentiments et ses aspirations. Elle montre dans ce tome toute l’étendue de sa sensibilité et de son empathie. Elle cherche aussi sa place à sa manière, dans ce monde que toutes les révélations qu’elle a vécues dans le tome précédent ont redéfini.
Nathaniel, quant à lui, s’ouvre davantage aux autres, même si l’humour lui sert toujours d’armure. Il est adorable dans ce tome et souvent très drôle.
J’ai apprécié de retrouver aussi certains personnages secondaires, dont Mercy et Katrien. La seconde est toujours aussi brillante et j’adorerais que l’autrice nous conte ses aventures.
Le Manoir aussi est un personnage à part entière, avec ses pièces cachées, ses secrets et ses sautes d’humeur. Cela donne lieu à des mésaventures cocasses pour nos personnages, mais aussi à quelques incursions souvent touchantes dans le passé de Nathaniel et de la famille Thorn.
Il faut envisager cette novella comme un joli conte d’hiver, empreint de douceur et de mélancolie, mais aussi plein d’humour. Certains passages m’ont émue et d’autres m’ont fait rire ; le tout est savamment dosé. J’ai beaucoup aimé cette histoire et j’ai une nouvelle fois quitté les personnages à regret. Je sais que l’autrice ne prévoit pas de suite, mais je me serais bien attardée dans cet univers, pourquoi pas dans les pas d’autres personnages ? Suivre les expérimentations de Katrien pourrait être fort distrayant.

mercredi 28 février 2024

Sorcery of Thorns

 Un roman de Margaret Rogerson, publié chez Bigbang.


Elisabeth a grandi au milieu de livres aussi précieux que dangereux. Dans les Grandes Bibliothèques, on garde les grimoires magiques. Ces livres sont vivants, certains ont même une personnalité très marquée. Ils peuvent être amicaux ou revanchards. Ceux qui renferment des sortilèges sont traités avec autant de soin que de défiance. Ils sont précieux car il est interdit d'en fabriquer de nouveaux et l'on craint à chaque instant que les plus puissants d'entre eux se changent en Maléficts, des monstruosités avides de mort et de destruction.
Quel grand lecteur n’aimerait pas l’univers que nous présente ce roman ? Des livres dotés de conscience, d’immenses bibliothèques remplies de passages secrets, de la magie et des combats épiques ! Tout cela ne pouvait que me séduire. Mais, surtout, j’ai adoré Elisabeth, cette gamine un peu sauvage qui veut prouver qu'elle a sa place au sein du seul foyer qu'elle ait jamais connu. Elle est naïve au début, car elle est jeune et n'est jamais sortie de sa Bibliothèque, mais ça ne l'empêche pas d'apprendre de ses erreurs, d'être intelligente et combative. Pourtant, elle vit des situations très difficiles dans ce XIXe siècle alternatif et elle en est d'autant plus attachante. En Young Adult, les personnage féminins sont souvent décevants. Ce n’est pas le cas d’Elisabeth. Elle grandit tellement au fil du récit ! Et j’étais si impliquée dans sa quête que je me suis sentie très fière d’elle, aussi idiot que cela puisse paraître.
Pour autant, elle n’est pas seule à porter cet excellent récit. Nathaniel est un aussi un personnage facile à aimer. Il égaie l’histoire avec son humour très sarcastique, ses propos hors contexte et ses accents de puérilité, feints ou non. Il sait se montrer sérieux quand il le faut et ne manque pas de charme.
Et puis il y a Silas, personnage aussi profond qu’énigmatique. Il est particulièrement bien construit et toute la complexité de sa nature m’a fascinée.
De prime abord, on peut se dire que ce roman ne paie pas de mine, même si l’univers est prometteur. L’autrice a choisi d’user de motifs tellement connus qu'on s’attend à s'en exaspérer. Pourtant, ce n’est jamais le cas. Non seulement son récit fonctionne, mais elle en tire le meilleur. J’y ai plongé avec joie et l’ai apprécié d’un bout à l’autre.
Seule la fin m’a un peu frustrée et, pour y remédier, j’ai enchaîné avec la novella qui tient lieu de second épilogue.
Cela m’a aussi donné envie de découvrir les autres écrits de Margaret Rogerson.

mardi 23 janvier 2024

Le Règne des chimères - Les Royaumes Immobiles T2

Un roman d'Ariel Holzl, publié chez Slalom.
Cette série ne compte que deux tomes.



Le tome précédent m’ayant laissée dans l’expectative, j’ai préféré lire le deuxième dans la foulée, d’une part car je souhaitais connaître la suite et d’autre part car il m’a semblé plus judicieux de le lire tant que tous les indices que j’avais glanés étaient encore frais dans ma mémoire. J’ai bien fait. Ces livres auraient clairement mérité d’être réunis en un seul.
Cependant je dois avouer que j’ai moins aimé cette deuxième partie et je ne pense pas que cela soit dû à un trop long séjour dans cet univers tortueux. D’ailleurs, cette lecture ne m’a pris que deux jours, comme pour le premier volume.
L’histoire m’a semblé plus lente dans cette partie, toujours intéressante, cependant répétitive. Dans ce drame shakespearien, passions et égarements se répètent comme dans l’opéra éternelle de Khald. Cela fait sens à la fin, mais devient néanmoins lassant au fil des péripéties.
On en apprend davantage sur la cour des Ombres et le monde féerique, ce qui est appréciable. L’auteur tient ses promesses et réserve même quelques surprises. J’ai été ravie de voir que j’avais bien décodé plusieurs de ses références et bonne perdante quand je ne les avais pas vues venir.
Cependant Ivy est insupportable dans ce deuxième tome, ce qui a plombé ma lecture. Si j’étais toute disposée à lui pardonner sa naïveté dans le tome précédent car je la pensais justifiée, je croyais aussi qu’elle avait tiré des leçons de ses erreurs et grandit un peu. Elle avait d’ailleurs pris conscience de ses défauts et faisait face à son destin et aux épreuves avec plus d’opiniâtreté. Je m’attendais donc à la retrouver plus posée et tactique. Malheureusement il n’en est rien. Elle m’a semblé beaucoup plus puérile dans cette suite. Elle vit certes une situation compliquée, mais je doute que se plaindre continuellement et jouer les bravaches soit une solution… Elle se montre très prétentieuse, sans pourtant en avoir les moyens, et ressemble davantage à une enfant capricieuse qu’à une reine.
J’ai donc été quelque peu déçue par ce deuxième tome. Il est bien écrit et cohérent avec ce que l’auteur nous avait laissé entrevoir, mais assez plat d’un point scénaristique, notamment à cause du périple des personnages qui s’étire en longueur et répétitions. En outre, lesdits personnages m’ont semblé davantage caricaturaux dans cette suite. Cela fait sens avec la fin cependant et je garderai un bon souvenir de cette duologie.

jeudi 18 janvier 2024

La Princesse sans visage - Les Royaumes Immobiles T1

Un roman d'Ariel Holzl, publié chez Slalom.
Cette série ne compte que deux tomes.

Présentation de l'éditeur :

Une plongée fantastique au royaume des feys
Dans les Royaumes Immobiles, l'existence est contrôlée par quatre monarques. Sans eux, la réalité serait réduite à un flot d'énergie magique et chaotique. Or le trône d'Automne, vacant depuis trop longtemps, menace cet équilibre : il faut lancer un nouveau sacre. Sept jeunes femmes peuvent y prétendre. La compétition sera sans pitié. Ivy est candidate malgré elle. À 18 ans elle a passé toute son existence cachée derrière les murs de son manoir et les parois de son masque.
Elle est une " Belle-à-mourir " : quiconque voit son visage est pris de folie meurtrière ou suicidaire. Propulsée dans le monde des Sidhes, la noblesse des feys, au cœur de manigances qui la dépassent, elle va devoir puiser dans ses ressources pour survivre. Un chemin qui la mènera bien plus loin qu'elle ne l'aurait imaginé...

Un roman fantastique de haute volée dans l'univers sombre et mystérieux des Feys.

Evergrey, le royaume fey de l’automne se délite et si les trois autres reines des saisons ne lui trouvent pas rapidement de monarque, le mal atteindra bientôt leurs contrées. Aussi organisent-elles une série d’épreuves retorses pour tester les candidates qu’elles ont-elles-mêmes choisies. Reines autant que participantes ont leurs ambitions et sont prêtes à tout pour tirer leur épingle de ce jeu cruel, mais c’était sans compter une candidate de dernière minute… Une jeune femme qui ne prend pas la mesure du nid de serpents dans lequel on l’a jetée.
Férue de mythes, de légendes et de fantasy ancrée dans ce fertile terreau, j’arrive aussitôt que l’on me parle de feys. Le sujet est à la mode actuellement et cela donne lieu à autant de belles découvertes que de déconvenues. Cependant, en choisissant un roman d’Ariel Holzl, je savais opter pour une valeur sûre et j’ai été emportée par ce récit. L’auteur a construit son monde et ses personnages autour d’un noyau composé de ce magma de connaissances, d’histoires et de légendes qui parlent à chaque amateur du genre, mais en y apportant son originalité, le foisonnement de sa tortueuse imagination (oui c’est bien un compliment) et l’élégance acérée de sa plume. J’ai aimé toutes les références, notamment shakespeariennes et tout ce qu’elles laissent deviner.
Ivalie, l’héroïne de ce roman, est un personnage aussi attachant qu’intéressant. L’auteur distille ses informations au fur et à mesure, laissant au lecteur le temps de chercher entre les lignes. Ivalie change beaucoup au cours du récit. La jeune fille naïve et un peu pleurnicheuse, qu’elle a néanmoins conscience d’être, s’étoffe et s’endurcit au fil des épreuves, mais son cœur reste généreux. J’ai hâte de voir ce qu’elle deviendra dans la suite.
J’ai terminé cette lecture en deux jours. Il m’a été très difficile de la lâcher sur la deuxième moitié. Le récit est intelligent, plein de détails et de références plus ou moins évidentes qu’un lecteur attentif appréciera. Je vais illico enchaîner avec le deuxième tome (ce que je déteste faire d’habitude) car la fin du premier explose dans un cliffhanger. Comment pourrais-je attendre davantage avant de savoir ce qu’il advient de tous ces personnages ?!

jeudi 23 février 2023

Les Disparus du Clairedelune, La Passe-miroir T2

 Un roman de Christelle Dabos, publié chez Gallimard jeunesse.

Mon avis sur le T1.

Présentation de l'éditeur :

Fraîchement promue vice-conteuse, Ophélie découvre à ses dépens les haines et les complots qui couvent sous les plafonds dorés de la Citacielle. Dans cette situation toujours périlleuse, peut-elle seulement compter sur Thorn, son énigmatique fiancé ? Et que signifient les mystérieuses disparitions des personnalités influentes à la cour ? Ophélie se retrouve impliquée malgré elle dans une enquête qui l'entraînera au-delà des illusions du Pôle, au cœur d'une redoutable vérité.

Le premier tome de cette ambitieuse tétralogie m’avait laissé une impression mitigée. Le début m’avait intriguée, les derniers chapitres passionnée, mais le milieu du récit m’avait engluée dans l’attente. Les Fiancés de l’hiver m’avait semblé un long préambule à quelque chose qui, certes promettait d’être grandiose, mais prenait trop son temps à mon goût. Pourtant, cette série mérite bien toute notre patience. Le monde et l’intrigue créés par Christelle Dabos sont complexes et par conséquent s’épanouissent petit à petit. Ce qui peut vous sembler de l’ordre du détail sur le moment sera peut-être important plus tard. Cette lecture à la fois distrayante et exigeante demande de l’implication en plus d’un peu de patience, cependant, elle vous en récompensera amplement.
J’ai adoré Les Disparus du Clairdelune d’un bout à l’autre et j’aurais bien enchaîné avec le tome suivant si je n’avais été raisonnable. Même le léger mysticisme qui enrobe l’intrigue ne m’a pas découragée (ce qui n’est pas peu dire car j’ai ce genre de préoccupations en horreur).
L’arc principal avance beaucoup dans ce tome, surtout dans les derniers chapitres, et je n’en dirai pas un mot pour ne pas spoiler. De toute façon, c’est juste la cerise sur le gâteau tant le récit a de pistes à offrir. Les personnages évoluent de manière notable. Ophélie, bien sûr, reste au centre de l’histoire et après tout ce qu’elle a déjà traversé, elle n’est plus tout à fait la jeune fille timide et effacée qu’elle était sur Anima. J’ai aimé la voir s’affirmer. Ses relations avec son entourage sont de moins en moins superficielles, que ce soit avec Thorn ou avec sa propre famille. Ophélie avait tendance à se contenter de suivre le mouvement, voire à se laisser un peu marcher sur les pieds, cependant les leçons du Pôle ont porté leurs fruits. Ce tome est, de mon point de vue, celui où elle essaie d’acquérir son indépendance par tous les moyens, tout en protégeant les gens qu’elle aime, et je l’ai trouvée très touchante.
On apprend aussi à mieux connaître Thorn, personnage pour lequel j’ai beaucoup d’affection tant il est à la fois complexe et émouvant dernière sa façade glaciale. Christelle Dabos ne verse jamais dans la facilité et je lui en sais gré, ses personnages n’en sont que plus fascinants. J’ai aimé voir Thorn et Ophélie changer au contact l’un de l’autre, les voir considérer le monde d’un regard plus vaste et s’épauler même s’ils ne se comprennent pas toujours. J’ai aimé voir leurs familles respectives évoluer aussi par ricochet et en apprendre davantage sur certains de leurs membres, comme la mère de Thorn ou le grand-oncle adoré d’Ophélie.
Tout cela était passionnant, mais ne constituait en fait que le fond de l’intrigue, le cœur de celle-ci étant l’enquête qu’Ophélie se voit contrainte de mener. J’ai adoré suivre cette enquête, recueillir des indices petit à petit, en apprendre davantage au passage sur les différents pouvoirs familiaux et les autres Arches. Je suis restée rivée à mon bouquin du début à la fin tant je me suis impliquée dans ce récit. Je ressors de ma lecture extrêmement enthousiaste et avide de découvrir la suite.

vendredi 29 juillet 2022

Cemetery Boys

Un roman d'Aiden Thomas publié chez ActuSF dans la collection Naos.

Présentation de l'éditeur :

Parce que sa famille latinx a du mal à accepter son genre, Yadriel veut leur prouver à tous qu'il possède les pouvoirs d'invocation des hommes et non pas celui de guérir, comme les femmes. 

"Le visage de l’esprit était tordu par une grimace, ses doigts noués dans le tissu de son haut. Il portait un blouson en cuir noir avec un capuchon sur un t-shirt blanc, des jeans délavés et une paire de Converse.
« Ce n’est pas Miguel », essaya de chuchoter Maritza, mais elle n’avait jamais vraiment eu une voix faite pour ça. Yadriel gémit et se passa la main sur le visage. Du bon côté des choses, il avait invoqué un esprit pour de vrai. Du mauvais côté des choses, il n’avait pas invoqué le bon."

Un premier roman qui laisse sans voix ; véritable mélange d’authenticité et d’émotions. Aiden Thomas signe ici un titre à lire absolument, qui aborde des sujets lourds tels que l’acceptation des personnes LGBTQI+, le racisme, la colonisation...
Yadriel a grandi à Los Angeles dans une communauté latino-américaine d’apparence classique, mais en fait composée de brujx (c’est le mot neutre employé pour désigner des sorciers). Dans la communauté de Yadriel, les hommes guident les esprits des morts vers l’au-delà et les femmes guérissent les vivants. 
Yadriel est un garçon. Toutefois, il a été assigné fille à la naissance. Aussi se débat-il tous les jours avec les préjugés de sa famille qui l’aime mais peine souvent à accepter sa transition et ne pense pas qu’il puisse posséder les pouvoirs d’un garçon. Sa mère le soutenait, mais elle est décédée. Quant à son père, qui assume la fonction de chef des brujx, il lui refuse le droit au portaje, amulette traditionnelle (un poignard dans le cas d’un garçon) qui accompagne le statut de brujo ainsi que la cérémonie qui ferait de lui un jeune adulte et un membre actif de la communauté. Alors Yadriel n’a plus le choix, avant le Día de Muertos et le retour pour quelques jours des fantômes des brujx décédés, il doit prouver à tous qu’il possède les pouvoirs d’un brujo. Bien sûr tout ne va pas se passer comme prévu et le fantôme que Yadriel espérait libérer vers l’au-delà va se montrer récalcitrant. Être un brujo n’est pas qu’une question de pouvoir et Yadriel a beaucoup à apprendre.
Cemetery Boys est un joli roman, très lumineux, une enquête sur fond d’amitié, d’espoir et de traditions. Il est souvent difficile dans ce monde de faire accepter son identité, qu’il s‘agisse de son genre ou de son orientation sexuelle, surtout dans une famille religieuse, même si celle de Yadriel ne l’est pas au sens classique du terme. Ses proches ont beau l’aimer, ils le blessent souvent. Tout ce qu’il souhaite, c‘est qu’on lui donne sa chance.
Avec sa cousine Maritza, une végane qui refuse d’utiliser le sang pour guérir, et la version fantôme de Julian, un garçon de son lycée mort dans des circonstances mystérieuses, il forme un trio improbable mais attachant. On pourrait reprocher à ces personnages de manquer un peu de maturité, mais ils ont quinze ans et des tas de raisons de ne pas faire confiance aux adultes. Ils ont aussi des choses à prouver, je suppose, alors je peux regarder leurs erreurs avec indulgence. Ce sont des adolescents crédibles, pas des super-héros mais des jeunes qui font de leur mieux et on les aime pour cela.
J’ai apprécié toute la mythologie entourant les brujx, leurs croyances et leurs traditions. Ce n’est pas courant. Toutefois, c’est le développement des personnages que j’ai préféré. L’intrigue n’est pas très complexe et manque de finesse, mais ce défaut est compensé par la charge émotionnelle du récit et la sincérité que l’on sent chez les personnages. En outre, les adolescents trans ne sont pas légion dans la littérature YA et il est important de leur y faire une place, surtout avec des histoires signifiantes, telles que celle-ci.

mardi 7 décembre 2021

Dash & Lily


Dash & Lily est une série d’une seule saison en huit épisodes d’environ vingt-cinq minutes chacun. Elle est tirée du roman Dash & Lily’s Book of Dares de Rachel Cohn et David Levithan. Ce roman a eu deux suites. Je ne l’ai pas lu, mais c’est le fait d’en avoir entendu parler qui m’a fait m’intéresser à la série lors d’une journée à buller pendant les vacances de Noël de 2020. Je n’avais pas lu le résumé puisque je connaissais vaguement celui du livre et je pensais qu’il s’agissait d’un film… Autant dire que j’ai été très surprise par le générique de fin du premier épisode. Or, il se trouve que Dash & Lily c’est comme les schokobons : on n’en mange qu’à noël, mais quand on en prend un, il est difficile de s’arrêter. Bon, je vous rassure tout de suite, ce n’est pas aussi écœurant et vous ne risquez pas d’être malade si vous enchaînez les épisodes comme moi l’an dernier, même si vous êtes allergiques aux séries pour ados et aux films de Noël.
Tout commence avec un carnet rouge d’une célèbre marque, déposé dans le rayon d’une librairie tout aussi célèbre, juste à côté de Franny & Zooey de Salinger. Dash, dix-sept ans, promène sa déprime de fin d’année dans ledit rayon (ses deux parents lui donnent la vive impression de ne pas vouloir de lui pendant les fêtes et le bonheur ambiant l’étouffe). Bien sûr il tombe sur le carnet, l’ouvre et y découvre les énigmes laissées par une fille de son âge.
Comme Dash, Lily est une solitaire, mais dans son cas ce n’est pas par choix. Elle peine à se faire des amis, elle se trouve trop bizarre et elle n’a pas les mêmes centres d’intérêt que les jeunes de son âge. Et c’est encore plus dur cette année car elle se retrouve seule avec son frère (qui débute une nouvelle relation amoureuse et n’est pas disposé à passer du temps avec elle). Lily adore Noël, mais le fait d’être privée de sa famille et de voir tout le monde en couple autour d’elle lui pèse, d’où le carnet rouge, véritable bouteille lancée à la mer.
Dash et Lily vont apprendre à se connaître par l’entremise de ce carnet. Ils vont se défier aussi, sortir de leur zone de confort, s’aider à grandir un peu également. Mais vont-ils finir par se rencontrer ? Et surtout l’image qu’ils se sont faite l’un de l’autre sera-t-elle à la hauteur ?
Résumé comme cela, on pourrait croire à une histoire de romance à trois sous, mais c’est beaucoup mieux que ça. Cette série a été une excellente surprise. C’est mignon tout plein et bien dans l’esprit de Noël, c’est drôle et intelligent.
J’ai beaucoup aimé les deux personnages principaux. Dash est un gars un peu grincheux et dépressif, trop intelligent pour son propre bien, mais qui au fond a juste du mal avec les interaction sociales. Quant à Lily, derrière tout son enthousiasme et son côté optimiste guimauve, elle cache de nombreuses blessures ainsi qu’une grande envie de trouver sa place. Ce que j’aime particulièrement chez elle, c’est qu’elle ne veut pas pour autant cesser d’être elle-même, ce qui serait une solution de facilité. Je les ai trouvés l’un et l’autre aussi crédibles qu’attachants.
Les personnages secondaires sont moins fouillés, mais se jouent des clichés pour la plupart, ce qui est somme toute rafraîchissant. J’aurais vraiment voulu une deuxième saison qui leur aurait donné plus d’espace. Ceci dit, la première a une bonne fin et se suffit à elle-même. Je l’ai revue avec plaisir et je pense qu’elle est en train de devenir un de mes classiques de Noël.

De Rachel Cohn et David Levithan, j’ai lu La playlist infinie de Nick et Norah. Je ne l’ai pas chroniqué, mais c’est un chouette livre. Norah est un rien geignarde, cependant je me dois de saluer une romance YA moderne qui sort des clichés habituels.


mercredi 1 décembre 2021

Les dix mille portes de January

Un roman d'Alix E. Harrow, publié chez Hachette dans la collection Heroes.

Présentation de l'éditeur :

Un voyage aux confins des mondes, une aventure fantastique, entre Terremer et À la Croisée des mondes.

Selon January Ruddy, il n’y a qu’une façon de s’échapper de sa propre histoire : c’est de se faufiler dans celle de quelqu’un d’autre…grâce à une des Dix Milles Portes…

Pénétrez, vous aussi, dans le monde magique de l’Ecrit…où certaines paroles tracées ont le pouvoir de modifier le réel, alors que le Mal qui ferme les Portes une à une est sur vos talons…Attention, la magie vient toujours avec un prix…
Tout commence avec une enfant orpheline de mère. C’est toujours comme ça dans les contes et vous trouverez dans ce récit de nombreux clichés tels que celui-ci. Ils sont néanmoins toujours bien employés.. Le père, quant à lui, est absent (bien sûr). Il voyage à travers le monde pour rapporter des objets précieux à un certain M. Locke, dans l’ombre duquel sa fille grandit.
January — tel est le nom de la gamine rêveuse et bien seule qu’il laisse derrière lui — trompe l’ennui en lisant des livres, bercée par la longueur des jours d’attente et contrainte par une éducation stricte qui vise à faire d’elle une « enfant sage qui sait où est sa place ». Tout un programme pour cette enfant à la couleur de peau aussi indéfinissable que ses origines… Elle s’interroge beaucoup, mais ne se rend pas toujours compte qu’elle étouffe auprès de ce protecteur qu’elle aime tant, même après avoir trouvé sa première Porte. Cependant, tout ne peut pas rester figé à jamais et January va devoir choisir entre être une enfant sage ou vivre sa vie.
Qui n’a jamais rêvé à ces passages magiques que nous décrivent les contes et les romans ? Portes magiques, armoires, terriers de lapin et arbres creux ont bercé les rêves d’enfant de chaque lecteur. N’avez-vous jamais eu envie de trouver l’une de ces Portes vers la Féerie ou le Merveilleux ? C’est sur les cordes de tous ces souvenirs que ce roman joue sa mélodie à la fois familière et singulière.
January a soif d’aventure autant que de réponses. Dans ce petit monde policé qui semble se refermer sur elle de plus en plus à mesure qu’elle grandit, les livres sont son oxygène, son unique fenêtre sur l’extérieur, même s’ils lui en donnent une image déformée.
J’ai pris grand plaisir à lire son histoire. January est une jeune fille futée, courageuse et attachante. L’univers dans lequel elle évolue est rapiécé, fruit d’une réalité conventionnelle et des pouvoirs qu’accorde l’imagination à ceux qui en font bon usage.
La narration est construite de manière subtile, assurée en partie par January et complétée par les extraits d’un livre qu’elle a trouvé et dont le rédacteur, tout en lui révélant de nombreux secrets, fait preuve de réticence à tout dévoiler d’un coup. On a beau deviner son identité, comme certains rebondissements à venir, c’est une histoire qui fonctionne avec cette double narration qui génère du suspense, même s’il est artificiel, et évite au lecteur de trouver le récit trop lent. En somme, c’est un bon roman d’aventures qui éveille beaucoup de souvenirs quand on a eu une enfance de lecteur compulsif et beaucoup rêvé de voyages entre les mondes. Les personnages secondaires, alliés comme ennemis, soutiennent bien l’intrigue. J’ai particulièrement aimé Jane et Bad. C’est inventif, très distrayant et bien écrit, une bonne manière d’utiliser les poncifs et motifs qui ont nourri la littérature jeunesse (et adulte quand elle veut bien l’admettre). J’ai passé un excellent moment avec ce roman.

mardi 7 septembre 2021

Biotanistes

Un roman d'Anne-Sophie Devriese, publié aux éditions ActuSF.


Présentation de l'éditeur :
Quelque part dans le futur.

La terre est sèche. Des grappes d’humains survivent dans les dernières oasis. Terminé les ruisseaux, terminé les animaux, terminé… la domination masculine. Parce qu’elles semblent être les seules à survivre à une maladie qui décime l’humanité, les femmes ont pris le pouvoir et les hommes sont relégués au rang de reproducteurs.

Rim, jeune sorcière élevée au convent, voit son premier saut dans le passé approcher avec impatience et fébrilité : et si elle n’atterrissait pas en zone utile et devait renoncer pour toujours à voyager dans le temps ? Et puis, qui est Alex, cette nouvelle venue qui la déroute tant, la pousse à reconsidérer ses certitudes ? Et si… Et si les hommes, en vérité, pouvaient survivre au fléau ?

Encore une pépite de l’excellente collection Naos !
Futur, date indéterminée, une maladie a décimé la population et continue de faire rage sans que son mode de contagion ne soit identifié. Les désastres environnementaux engendrés par l’humanité ont ravagé la terre. Les abeilles ne sont plus et peu de flore leur a survécu. Sans parler de la faune... Après avoir envahi et détruit l’écosystème, le plastique est devenu une denrée aussi précieuse qu’elle est rare. De l’humanité, il ne subsiste que quelques communautés éparses qui survivent tant bien que mal dans un immense désert. Leurs déplacements sont limités par l’effondrement technologique et l’accès aux ressources aussi bien qu’au savoir est problématique. 
Le salut de ces gens tient surtout au bon vouloir de celles que l’on nomme les Sorcières. Touchées par la maladie, mais sorties indemnes de celle-ci, elles ont développé un talent précieux : elles peuvent voyager dans le passé. Un seul endroit, une seule époque, elles ne choisissent pas et ne peuvent rien ramener de matériel. En revanche, elles peuvent apprendre par cœur toutes les informations qui leur permettront de rassembler le savoir utile, mais perdu, accumulé par leurs semblables au cours des siècles précédents. À l’époque de notre récit, elles sont craintes et jalousées, mais aussi respectées. Il n’en a pas toujours été ainsi et on se rendra vite compte que leur histoire complexe et fascinante, tout comme leur ascension au pouvoir, recèle de nombreux secrets.
Rim est une sorcière, bien malgré elle, seule rescapée de sa famille anéantie par le fléau. Elle a été sauvée par Ulysse le conteur itinérant et ramenée dans un convent où elle a grandi sous la protection d’Anthoïna, une talentueuse biotaniste. Dans cette société matriarcale — où les femmes dominent puisqu’elles seules peuvent survivre au fléau — Rim s’interroge sur beaucoup de choses, sur la notion d’égalité entre les sexes autant que sur l’usage que font ses « sœurs » de leur pouvoir, sur la source du fléau et la raison pour laquelle les hommes n’y survivent pas. Elle sait confusément que toutes les questions ne sont pas bonnes à poser dans ce dernier bastion de la connaissance humaine. Cependantn son prime saut approche. Quelle influence aura-t-il sur ses croyances et sur sa vie d’adulte ?
Biotanistes est un excellent roman, aussi prenant que créatif. J’ai adoré découvrir comment cette société s’est reconstruite pour survivre, les choix bons comme mauvais qu’ont fait ces humains pour s’adapter au fil des ans à un environnement de plus en plus hostile et leurs théories à ce sujet. Rim est un personnage intéressant. Passionnée et idéaliste, elle a aussi les défauts de ses qualités. Elle est impulsive et colérique. Cela ne la rend que plus humaine. Toutefois, si elle demeure au centre de l’histoire, elle n’en est pas moins accompagnée par d’autres personnages aussi complexes et que j’ai aimés suivre, notamment Alex, Anthoïna, Ibrahim et Ulysse. Je déplore cependant trop de manichéisme dans la construction des antagonistes. Par exemple, si l’on entrevoit sur la fin de l’histoire les raisons qui peuvent expliquer le comportement d’un personnage odieux tel qu’Olympe, elle manque encore trop de relief à mon goût. Des personnages plus nuancés auraient donné encore davantage d’ampleur à ce récit.
Cependant, au-delà de la construction des personnages, l’histoire elle-même est géniale. L’inversion des pouvoirs entre les sexes et le sexisme dont font preuve les femmes sont le reflet de notre propre situation. On se rend compte que les problèmes et les attitudes sont malheureusement les mêmes, peu importe qui domine. Les abus sont nombreux, les hommes discrédités et réifiés. J’ai été très intéressée par la façon dont est détournée la culture populaire, notamment les contes, pour remodeler l’histoire et renforcer l’assise de cette société matriarcale si loin de l’utopie.
J’ai aussi apprécié le contraste entre certains progrès technologiques — Anthoïna est par exemple capable de créer de minuscules créatures mécaniques ou des tenues vivantes qui s’autorégulent — et des retours en arrière drastiques dans d’autres domaines, faute de connaissances sur le sujet ou de matière première. Les véhicules les plus évolués sont des carrioles ou des chars à voiles. La médecine, ou plutôt la biotanique, peut produire des prothèses très évoluées, mais ses remèdes en sont réduits à quelques plantes.
Biotanistes est un roman d’aventure dans lequel on ne s’ennuie jamais. Au-delà de l’aspect distrayant du récit, l’autrice nous offre de nombreuses occasions de nous interroger sur notre propre société et l’avenir de la planète. Les bonds dans le passé nous confrontent à notre propre histoire, dénonçant au passage des injustices toutes contemporaines. Cependant, dans ce marasme qu’est devenu notre monde, il reste de l’espoir et l’amour de la lecture comme point d’ancrage de la sédition. Comment ne pas apprécier ?

lundi 28 juin 2021

Un été avec Albert

Un roman de Marie Pavlenko, publié chez Flammarion jeunesse.

Présentation de l'éditeur : 
" Je l'aime ma mamie, je l'adore même, mais faut avouer, dans le classement international des vacances de folie furieuse, elle se situe assez loin derrière le camping entre potes et les amours de vacances au bord de l'océan. " Après le bac, l'été de Soledad était tout tracé. C'était compter sans le divorce de ses parents et le début de dépression de son père. Changement radical d'ambiance et direction les Pyrénées, chez sa grand-mère. Alors que Sol imagine ses vacances vouées à un ennui mortel, un événement inattendu vient totalement les bouleverser. Entre journées en plein soleil et nuits terrifiantes, Soledad va vivre un été hors du commun.
On ne dirait pas comme ça, parce qu’elle peut se montrer assez puérile, mais Soledad est au seuil de sa vie d’adulte. Elle vient d’obtenir son bac et au lieu des vacances au camping entre potes dont elle a rêvé toute l’année, elle se rend dans les Pyrénées chez sa grand-mère paternelle pour profiter du bon air et surtout dégager le plancher. En effet, son petit monde vient d’exploser. Sa mère est partie avec un autre homme et son père dépressif, pour qui elle avait annulé ses vacances, ne souhaite pas sa présence à ses côtés. Autant dire que Sol l‘a mauvaise et qu’elle vit assez mal cette mise au vert forcée. Aussi attachante qu’exaspérante, la jeune fille enchaîne les bons mots (au point que ça devient parfois lourd même s’ils sont bien tournés) et se plaint à qui mieux mieux. Pourtant, ces vacances loin de tout (et surtout de tout réseau) vont peut-être lui permettre de renouer avec sa grand-mère qu’elle adore mais dont elle s’est éloignée en grandissant.
Le temps file et les gens ne restent pas éternellement là à nous attendre. Rien de culpabilisant là-dedans, c’est la vie et on a tous besoin de s’émanciper pour grandir, puis de revenir vers les siens ensuite. Je trouve que ce roman illustre bien ce fait, mais il ne s’arrête pas là. Sol va prendre conscience de la solitude de sa grand-mère dont le mari est mort récemment, va accepter le divorce de ses parents et va aussi s’ouvrir davantage aux autres alors que paradoxalement elle se trouve très isolée et… apeurée. Oui parce que si les journées de la jeune femme sont monotones, ses nuits sont emplies d’angoisses qui s’intensifient au cours de son séjour. Un cinglé rôde dans ce petit coin de montagne où il ne se passe jamais rien d’ordinaire et ce qui au début n’inquiète que Sol, que son entourage juge un peu excessive, va vite peser sur cette petite communauté. Pourtant, la grand-mère de Sol persiste à rassurer sa petite-fille en lui disant que le chêne du jardin, prénommé Albert, veillera sur elles. Autant dire que Sol est plus que dubitative et s’inquiète en outre pour la santé mentale de son aïeule… Il est temps pour elle de se responsabiliser un peu plus pour veiller sur les gens qu’elle aime.
Un été avec Albert est un roman qu’on lit très vite, parce qu’il est bien écrit et que malgré quelques lourdeurs dans l’humour de Sol ou dans la répétition des actions, on se laisse bercer par l’histoire — un peu glauque quand même — et par les réflexions de la jeune femme sur sa vie. J’ai apprécié ma lecture, néanmoins mon avis demeure mitigé car je n’ai pas adhéré à l’aspect fantastique du récit, trop pataud à mon goût. Je m’attendais à lire un roman humain, sur les liens entre une grand-mère et sa petite-fille, sur le choc entre deux vies tellement différentes, avec un peu de mystère en prime, puis ça a sombré dans le thriller mal dégrossi et le fantastique en carton pâte. Le méchant de l’histoire manque de profondeur et de tangibilité. Ses actes sont choquants mais n’apportent pas grand-chose au récit à part dégoûter le lecteur. Du coup, j’ai moins saisi la finalité de tout ça puisque ça fait surtout remplissage. Ce n’est pas assez abouti. Cependant, ce roman est une belle ode à la nature, j’ai beaucoup apprécié la subtilité avec laquelle l’autrice nous en rappelle les merveilles, loin des clichés éculés, dans ses descriptions et commentaires sur la faune et la flore. Pas d’envolées lyriques malvenues ni de niaiseries, elle parle d’insectes aussi bien que de fleurs médicinales. Le message est clair : prenez soin de la nature et elle prendra soin de vous. J’ai aussi aimé les personnages ainsi que les liens qui les unissent. Il est agréable de voir Sol mûrir durant cet été. C’est ce que je choisis de retenir de cette lecture.

lundi 21 septembre 2020

Ghost Love

Un roman de Loïc Le Borgne, publié chez ActuSF dans la collection Naos.

Présentation de l'éditeur :

La vie de Mathis a pris un tournant bien sombre depuis que son frère s’est tué en voiture. Oscillant entre soirées alcoolisées avec sa bande d’amis et job étudiant au journal du coin, son été s’étire dans la chaleur et la culpabilité.

Il dérive jusqu’à Éléonore, jeune femme pleine de charme et de mystères. Ses goûts, ses paroles, ses passions s’accordent à merveille à ceux du jeune homme, bien qu’elle refuse tout contact physique...

Sans cesse ramené au manoir abandonné du coin, Mathis s’embarque dans une histoire qui le dépasse, mais qui pourrait bien l’aider à panser quelques plaies.


It was a dark and stormy night… Eh oui, tout commence avec une tempête et une table qui tourne, le coup classique de l’histoire de fantômes, mais ne me dites pas que ce cliché ne réjouit pas tout amateur du genre qui se respecte. 
Mathis et ses amis sont de jeunes adultes qui profitent de leur été. Ils passent leurs soirées à s’amuser et refaire le monde. Comme ils ne sont pas du genre à parler et se plaindre sans rien faire, ils souhaitent s’opposer au rachat du château de la princesse Alice et de son domaine par un promoteur qui a pour ambition de le raser afin de construire un parc de loisirs. Certes la perspective de créer des emplois est alléchante, mais cela ne doit pas se faire au détriment de la préservation du patrimoine. Ils projettent donc d’occuper le parc pour faire entendre leur voix. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que l’enjeu de ce rachat n’est pas uniquement politique.
Ghost Love reprend les codes de l’histoire de fantômes, ce qui donne un récit moderne, mais avec ce petit côté suranné, nostalgique, un rien gothique qu’on aime trouver dans ce genre d’histoire. Malgré ce que le titre peut laisser présager, il ne s’agit pas d’une romance, bien qu’il y ait de l’amour dans ce récit. Je le qualifierai davantage de roman d’apprentissage. Mathis est à ce moment de la vie où l’on devient adulte. J’entends par là qu’il doit faire des choix, affirmer qui il est et surtout qui il veut devenir, mais aussi se défaire de choses qui l’empoisonnent. Il est à un carrefour et doit choisir son chemin, tout en acceptant les conséquences que ce choix aura sur son avenir. Cela paraît simple, cependant c’est loin de l’être. 
Assez mûr pour son âge car la vie ne l’a pas épargné, Mathis a aussi des goûts différents de ceux de ses amis, ce qui le place un peu en marge. Ces particularités auraient dû me le rendre sympathique, néanmoins il m’a semblé assez fade. C’est une question de sensibilité, je suppose. Je n’ai pas réussi à m’attacher à lui. En revanche, j’ai beaucoup aimé le personnage d’Alice et l’aura dont elle imprègne tout le récit. Lucien et ses compagnons m’ont aussi beaucoup émue. Malgré tout, ce n’était pas suffisant.
Le fait que certains fantômes soient des personnages historiques apporte du charme et de l’intérêt à l’intrigue. Cet aspect est celui qui m’a le plus intéressée. Cela étant, cette histoire ne m’a pas parlé. Parfois ça ne fonctionne pas et il n’y a pas de raison particulière. Ce roman est bien écrit. Il porte une réflexion profonde sur la vie et la mort, sur l’amour et les obsessions qui agitent l’âme humaine. Il n’était pas pour moi, mais je ne doute pas que d’autres l’apprécieront à sa juste valeur.

lundi 7 septembre 2020

La Louve de Brocéliande, intégrale

Une trilogie de Lia Vilorë.
Le premier volume a été publié chez Lune Écarlate, mais n'est plus disponible à la vente. Vous pouvez vous procurer l'intégrale gratuitement sur le blog de l'autrice et lui faire un don via Tipeee si ça vous dit.

Résumé :
De nos jours en Bretagne, peu savent que la légendaire forêt de Brocéliande est le théâtre d'une guerre fratricide entre fées.
Victime de fièvres inexplicables lors de la nouvelle et de la pleine lune, la lycéenne Hikira Bisclavret fait un jour la connaissance d'Éric Freinet. Un être ambigu qui la fascine et en qui elle trouve un ami inespéré.
Éric et Hikira deviennent les cibles de fées prêtes à tout pour les détruire, car découvrir le secret des fièvres de la jeune fille ne sera pas sans payer le prix fort.
Après tout, les Demoiselles sont aussi merveilleuses que terribles...
Hikira a presque seize ans. Elle a perdu sa mère dans des circonstances horribles et s’est un peu renfermée sur elle-même. Cela étant, elle semble être une adolescente normale et c’est par hasard qu’elle attire l’intérêt du docteur Éric Freinet. Déterminé à aider la jeune fille, qui est atteinte de mystérieuses fièvres que tout le monde semble traiter à la légère, Freinet va se trouver embarqué bien malgré lui dans une histoire aussi étrange que complexe.
Amateurs de légendes et de loups-garous, cette trilogie devrait vous intéresser. Lia Vilorë mêle dans son récit de nombreuses influences qui forment un tout cohérent. Je me suis plu à découvrir cette interprétation du Lai de Bisclavret, récit que je vous invite à lire si vous ne le connaissez pas. La trilogie s’articule autour de lui et il est résumé dans son entièreté au cours du premier tome, cependant il ne faut pas vous priver de la lecture, au demeurant fort brève, d’une belle pièce de littérature médiévale.
J’ai vraiment beaucoup aimé la façon dont Lia use de la matière de Bretagne, associée au folklore sur les fées et les loups-garous, pour créer sa propre légende. Sa manière d’interpréter le lai et de l’entremêler à d’autres légendes, comme on peut le voir au fil des tomes, est tout en relief et subtilités.
Hikira est un personnage intéressant. Elle oscille longtemps entre l’enfant et la jeune fille, avec ce petit côté sauvage qui est l’apanage de son héritage. Elle a vécu des événements affreux, chaque petite part de son innocence rognée au fur et à mesure des épreuves, pourtant, elle fait preuve d’une grande capacité de résilience. Vouée à grandir dans la douleur, elle doit sans cesse faire le deuil de son enfance, de ses rêves et même de son humanité alors que paradoxalement elle humanise les gens autour d’elle, du meurtrier de sang froid aux gamins perdus qui ne savent pas toujours comment ils en sont arrivés là. Elle leur permet de faire émerger ce qu’il y a de meilleur en eux et de panser leurs plaies. Cela me touche particulièrement chez ce personnage qui n’est qu’un pion dans une partie d’échecs qui le dépasse et dont il entrevoit pourtant l’issue avec une grande lucidité. Hikira est toute entière aux mains des fées, bonnes et mauvaises, qui se disputent le monde. Le potentiel initiatique de ce récit n’en est que renforcé.
J’ai aussi beaucoup aimé le personnage d’Océane qui pour moi est l’autre face d’une même pièce. Soumise au bon vouloir de la Bête, elle n’en est pas moins la plus forte des deux. Elle aussi est une fille sacrifiée mais, plus encore que Hikira, elle embrasse sa destinée avec détermination. On ne peut que s’attacher à ces deux jeunes filles et leurs défauts ne les rendent que plus humaines.
J’ai lu, il y a de cela quatre ans,, le premier volume de cette trilogie et j’avais vraiment envie d’en connaître la fin. Maintenant que c’est chose faite, j’ai pourtant l’impression que ce n’était qu’un pan de l’histoire globale et que d’autres personnages ont encore des choses à me raconter, même si Hikira est allée au bout de son parcours initiatique.

lundi 20 juillet 2020

Les Fiancés de l'hiver, La Passe-Miroir T1

Un roman de Christelle Dabos, publié chez Gallimard jeunesse.

Présentation de l'éditeur :
Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l'Arche d'Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d'un complot mortel.

Imaginez un monde éclaté, constitué d’arches rescapées d’une catastrophe appelée la Déchirure dont on sait peu de choses. Ces arches sont des sortes d’îles volant en orbite autour d’un noyau. Elles sont placées sous la protection tutélaire d’un Esprit de famille qui transmet à sa descendance des pouvoirs particuliers à chacune. 
Ophélie a grandi sur Anima où les gens peuvent donner vie aux objets, les réparer par magie ou encore lire le vécu de leurs propriétaires successifs par simple contact. Ce dernier pouvoir est rare et c’est celui que possède Ophélie. Elle est experte en la matière et peut remonter très loin dans l’histoire de l’objet, ce qui en fait la candidate idéale pour tenir le musée d’Anima. D’ailleurs Ophélie n’aspire à rien d’autre et est un peu la risée de la famille. Cependant, ses refus catégoriques d’épouser l’un ou l’autre de ses lointains cousins vont l’éloigner davantage de ses aspirations qu’elle ne l’aurait cru.
Au départ, la vie d’Ophélie a éveillé mon intérêt. Cette femme discrète et intelligente, avec sa voix de souris et son écharpe de compagnie, m’était sympathique. J’ai aimé sa discussion avec son grand-oncle bourru, puis découvrir son environnement en la suivant. Même si le reste de la famille, comme autant de petits clichés sur pattes, est bien vite apparu dans le décor, j’étais toute prête à me laisser bercer par cette histoire.
Et puis je me suis embourbée dans l’ennui… La famille casse-pieds, passe encore. Le fiancé désagréable, passe encore. Le voyage en dirigeable allez, on y va ! Mais non, ça ne démarre jamais vraiment. L’arrivée au Pôle s’est révélée très décevante. Pas tant parce que l’accueil que l’on réserve à Ophélie est aussi glacial que le climat, mais parce qu’il ne se passe quasiment rien pendant une très longue partie du roman. C’est là tout ce que je lui reproche : beaucoup d’attente pas spécialement utile au bon fonctionnement de l’intrigue, peu de compensation, que ce soit en action ou en révélations. Ophélie a beau courir partout, elle ne glane que des miettes d’information. Le reste du temps elle joue les Cendrillon et c’est bon, j’ai déjà lu ce conte.
On m’a dit beaucoup de bien de cette tétralogie et peut-être que j’en attendais trop, mais il n’y a guère que le début et la fin qui m’ont intéressée. Les personnages ne rattrapent pas la mollesse de l’histoire, même si on sent que derrière tous ces clichés Christelle Dabos a essayé de les étoffer. Ophélie est très passive, bien qu’elle grandisse et s’affirme un peu plus vers la fin. Elle n’est pas dépourvue de caractère, même si celui-ci ne s’exprime pas par des éclats de colère ou des rebellions, cependant il faut du temps pour s’en rendre compte. J’ai eu du mal à ne pas me lasser alors que je l’aimais bien au début. Thorn est encore mon préféré, pourtant ce n’est pas un modèle de sympathie… Quant aux personnages secondaires, la plupart sont horripilants et pas forcément à cause de leur comportement détestable, mais parce qu’ils sont des caricatures qui deviennent insupportables à la longue et ce peu importe les excuses qu’on leur trouve. Au final, ceux qu’on voit le moins sont ceux qu’on apprécie le plus… Peut-être qu’ils s’améliorent dans la suite, mais dans ce tome ils manquent autant de vie que de subtilité.
C’est vraiment dommage car le monde créé par Christelle Dabos est quant à lui fascinant. Bien que je me sois parfois posé des questions comme : pourquoi les gens sont-ils si misogynes sur une arche dont l‘esprit de famille et féminin et où le conseil est composé de matriarches ? Plusieurs considérations du même acabit m’ont laissée un peu perplexe. De manière générale, j’ai surtout eu envie d’en savoir plus et de sortir un peu des coulisses. Or, c’est bien dans les coulisses que l’on passe quasiment tout ce premier tome qui n’est qu’un long préambule à l’introduction d’Ophélie dans une nouvelle arche et au rôle qu’on lui réserve. On nous présente le monde et les personnages mais il se passe bien peu de choses en arrière-plan.
Je m’attendais à beaucoup mieux, cependant je lirai la suite en espérant que l’intrigue prendra plus de corps.

Si cela vous intéresse, je me permets de vous suggérer des œuvres qui me rappellent ce roman :

mercredi 8 juillet 2020

The Paper Magician T1

Un roman de Charlie N. Holmberg, publié chez Amazon.
La version audio française est lue par Lila Tamazit et produite par Audible Studio.
Je vous épargne le résumé de l'éditeur qui raconte presque l'intégralité du roman.

The Paper Magician (malgré le titre, il est bien traduit en français) est le premier tome d’une trilogie. Pour ce que j’en sais, il existe un quatrième volume dans cet univers, mais il ne met pas en scène Ceony, l’héroïne des trois premiers romans.
C’est l’originalité de la magie de ce monde et son ambiance victorienne qui m’ont attirée. Les magiciens doivent se lier à un matériau « fabriqué par l’homme », donc pas de bois ni de pierre, mais du papier, du verre, du caoutchouc (et plus récemment du plastique), ou des alliages de métaux. C’est dans et par ce matériau, et lui uniquement, que va se manifester leur pouvoir une fois le lien consacré. Les Fondeurs, par exemple, peuvent enchanter des balles qui atteignent toujours leur but.
Le papier est le plus mal aimé des matériaux et il n’est presque jamais choisi par les aspirants mages. Ainsi Ceony, première de sa promotion et qui se rêvait Fondeuse, se voit attribué de force la destinée de Plieuse car il n’y en a plus que douze en Angleterre. Comme c’est cela ou rien, elle débute son apprentissage chez le Maître Plieur Emery Thane avec toute la morosité et la mauvaise humeur qu’elle peut rassembler. Elle va pourtant découvrir que le papier peut se révéler plus intéressant qu’elle l’imaginait.
C’est cette magie fantasque et toutes ses applications originales qui m’ont plu. L’idée en soi est excellente et bien mise en œuvre. Cependant, l’histoire elle-même manque un peu de maturité ainsi que de profondeur. Je ne suis pas sûre qu’elle soit destinée à un jeune public, mais elle serait plus appréciée par lui car elle est malgré tout assez enlevée et amusante. De jeunes lecteurs seraient aussi mieux disposés envers les personnages. Pour ma part, c’est le manque de finesse dans la psychologie et les quelques facilités que se permet l’autrice qui m’ont gênée. Avec l’âge, on pardonne moins ce genre de choses.
Ce roman est auto-édité. Je n’ai rien contre, cependant je crois que c’est tout à fait le type d’ouvrage qui aurait gagné à être passé au crible sous l’œil intransigeant d’un éditeur. Les relations entre les personnages manquent de relief et la méchante est caricaturale à l’excès. J’aurais aimé lui trouver des motivations plus conséquentes. Elle n’est qu’une force brute, sans réelle personnalité. Il faut dire aussi que ce roman est un peu cucul sur la fin, on s’en serait volontiers passé. C’est dommage, cela réduit l’envergure d’une histoire qui possédait beaucoup de potentiel. Il faut voir comment la série va évoluer, cependant je doute que cela soit dans le bon sens. Je n’aime pas trop ce que j’ai vu se profiler sur la fin en ce qui concerne les pouvoirs de Ceony. Je serais déçue d’avoir deviné juste car c’est une pirouette beaucoup trop facile et éculée. Enfin, je verrai bien, si je me décide à lire le volume suivant.
Dernière précision, mais non des moindres, j’ai opté pour la version audio, mais je ne la conseille pas. La narratrice lit très, très lentement et y met bien peu de vie. J’ai dû augmenter la vitesse de lecture à 1,75 pour avoir un débit à peu près normal… Cela ne m’a pas aidée à être plus indulgente.

lundi 6 juillet 2020

Le Livre des trois, Chroniques de Prydain T1

Un roman de Lloyd Alexander, publié aux éditions Anne Carrière.

Présentation de l'éditeur :
Au cœur du royaume de Prydain, un jeune garçon rêve d'aventures et de combats à l'épée. Chargé de veiller sur la truie Hen Wen, Taran est loin de se douter que l'animal possède de grands pouvoirs magiques et que l'abominable Roi Cornu est à sa recherche. Lorsque la truie s'échappe de Caer Dallben, Taran se lance à sa poursuite et s'enfonce profondément dans les terres de Prydain. Aidé du seigneur Gwydion, d'une créature nommée Gurgi et de la plus singulière des jeunes filles, Taran doit affronter le Roi Arawn et le Fils du Chaudron, deux êtres maléfiques au service du Roi Cornu. Le jeune garçon deviendra-t-il le héros qu'il a toujours voulu être ?

Quand j’étais petite, j’ai vu Taram et le chaudron magique au cinéma et il est encore à ce jour un de mes Disney préférés. Beaucoup de personnes de ma génération ne l’ont pas aimé. Il a été jugé trop sombre et effrayant. Malgré un nouveau doublage pour le remettre au goût du jour, il est presque tombé dans l’oubli. Je trouve cela bien dommage.
Comme la plupart des gens qui ont aimé ce dessin animé, je savais qu’il était inspiré d’une pentalogie de fantasy : Les Chroniques de Prydain de Lloyd Alexander. J’ai toujours eu envie de lire ces romans, mais je n’arrivais pas à me décider à les lire en anglais. À ma connaissance, seul le premier volume avait été traduit. Cependant, l’édition dont je vais vous parler est récente, propose le texte intégral, et le deuxième tome du cycle est déjà en librairie lui aussi. J’espère que les autres suivront très vite, sachez cependant que le premier tome a une vraie fin et peut se lire indépendamment.
Le Livre des trois est un excellent roman de fantasy pour la jeunesse. Assez classique dans sa forme, il est intemporel et même si vous avez déjà lu des tas bouquins de ce type, vous ne pourrez que reconnaître sa qualité. C’est toutefois chez un jeune public, entre huit et quinze ans, qu’il trouvera sans doute le meilleur accueil.
Le Livre des trois est à la fois un roman d’apprentissage et de compagnonnage. Un jeune garçon qui s’ennuie dans sa vie d’apprenti porcher rêve de faits héroïques et il va se trouver mêlé à une quête dont dépend la survie de son royaume. Une chance pour lui, il sera aidé par des amis rencontrés au fil de ses mésaventures. Déjà vu, comme je vous le disais, mais pas ennuyeux pour autant. L’auteur n’a pas fait dans le cliché et, surtout, il a su créer des personnages qui sortent du cadre de ce type de récit.
Taram, qui est censé être le personnage principal, va grandir, apprendre de ses erreurs, et confronter ses rêves d’enfant à la réalité. Il évolue beaucoup et c’est un vrai plaisir à lire. Certes, c’est un personnage plein de bons sentiments, mais il n’est jamais niais. Je l’ai trouvé plutôt atendrissant.
Ses compagnons sont aussi des outsiders à leur façon et la jument est probablement la plus sage du groupe. Toutefois, c’est ce qui fait leur charme.
Gurgi, créature entre l’homme et l’animal, semble lâche et avide, mais va se révéler auprès de ses compagnons. C’est un personnage vraiment touchant. Sa nature fait qu’il est rejeté, comme l’un des personnages nous le fait si bien remarquer, mais il a juste besoin qu’on apprenne à lui faire confiance. C’est une des caractéristiques qui m’ont vraiment plu dans cette histoire : deux personnages très sages nous rappellent souvent de ne pas nous fier aux apparences. La bonté n’est jamais du temps ou de l’énergie perdus. La tolérance amène à la compréhension en profondeur des choses et des êtres. Cela est parfaitement illustré avec Gurgi, mais pas seulement.
Fflewddur Fflam le barde, est un peu menteur, un peu léger, mais son grand cœur n’est pas feint et il pourrait se découvrir plus courageux qu’il ne l’espérait. Ce personnage calamiteux, qui a abandonné son royaume pour devenir barde, apporte un peu de fantaisie à la troupe. 
Eilonwy enfin, courageuse et pragmatique fillette, est certes un peu boudeuse, trop bavarde et puérile parfois, mais sait aussi faire preuve d’une grande maturité quand il le faut. Cette enchanteresse en cours de formation n’a pas de grands pouvoirs, cependant elle est très intelligente et tout le contraire de la damoiselle en détresse malgré son jeune âge. C’est une figure féminine très positive.
Je ne vous présente que les personnages que l’on suit le plus longtemps, néanmoins vous ferez d’autres intéressantes rencontres dans ces pages et c’est là tout le sel de ce récit. Il y a toujours plus à voir que ce que l’on croit.
Lloyd Alexander s’est beaucoup inspiré des légendes galloises et ce fut un plaisir de voir quel tissage il a réalisé avec tous ces récits entremêlés. Le roman a sa personnalité propre, cependant cette inspiration l’enrichit grandement et contribue à le sauver de sa forme trop classique.
Le Livre des trois est un très bon roman, qui n’a pas du tout vieilli, et une bonne introduction à la fantasy pour un jeune public. En outre, il transmet de bonnes valeurs. On y apprend que les erreurs nous font grandir quand on en tire des leçons, qu’une bonne action a toujours des répercussions même si elles sont parfois insoupçonnées et que le véritable héroïsme ne se taille pas forcément à la force d’une épée. C’est un roman sur l’amitié, sur le partage, l’entraide et la confiance, sur le sacrifice, l’humilité et la générosité. Il n’est pas moralisateur, mais offre néanmoins une bonne morale.

lundi 18 mai 2020

Désaccordée

Un roman de Joanne Richoux, publié chez Gulf Stream éditeur.

Présentation de l'éditeur :
Violette, 17 ans, part en virée avec Maëva, Lucas et Alexis. Direction le château d'eau désaffecté de Saint-Crépin-l’Hermite, un endroit à la sinistre réputation. Quelques heures plus tard, elle ouvre les yeux. Elle est couchée face contre terre, au milieu d’une forêt sauvage. Ceux qu'elle rencontre portent des noms bizarres : Dièse, Trille, Sonate...
Telle Alice tombée de l’autre côté du miroir, la jeune fille aurait-elle atterri dans un univers à part ? Pourquoi tout le monde la confond avec une certaine Princesse Croche, disparue trois ans plus tôt ? Et qui est Arpège, ce garçon casse-cœur qui la dévisage ? Violette le sent, l’envers de ce décor féerique, c’est un danger de mort.
Mais comment retrouver le chemin de la maison ?

Violette a dix-sept ans, elle vit dans un petit village et elle a les problèmes de son âge : une meilleure amie qui est la reine des pestes, un crush pour un gars qui n’est pas aussi sympa qu’elle le croit et des adultes qui la saoulent. Rien de bien méchant. Sauf que son frère a disparu quand elle avait sept ans et que c’est une vieille blessure qui n’a jamais guéri. Alors, après une horrible soirée, elle se cache dans sa chambre. C’est là que les choses vont vraiment mal tourner pour Violette.
Désaccordée est une sorte de conte initiatique au décor fantasque et coloré. Projetée dans un autre monde, Violette doit tout faire pour rentrer chez elle et ce faisant elle va en apprendre davantage sur elle-même, sur sa famille, mais aussi sur le monde des Muses et sa magie.
Le point fort du roman est indubitablement ce monde baroque que l’autrice a beaucoup travaillé. Malheureusement, ce décor fastueux que j’ai adoré parcourir a tendance à écraser un peu le reste. À côté, l’intrigue semble bien creuse. Les amours de Violette passent avant la guerre entre les trois ordres de muses, avant sa quête pour rentrer chez elle et les secrets de sa famille… Tout cela est relégué dans le décor et à peine effleuré au passage. Il y avait pourtant matière, surtout en ce qui concerne les différents ordres et j’aurais vraiment voulu en savoir davantage. Les personnages eux-mêmes sont très peu développés. Les sentiments de Violette, en revanche, sont déclamés jusqu’à la nausée. Le ton affecté de la narration, entre lyrisme qui tombe souvent à plat et phrases lapidaires, n’arrange rien et donne une impression persistante de superficialité.
C’est bien dommage car il y a de l’imagination, de l’originalité et du talent dans la façon dont ce monde a été créé. Le roman aurait gagné à proposer un récit plus construit et surtout plus profond. Il me fait penser à un joli colifichet qui brille beaucoup de loin mais qui se révèle en toc dès qu’on le regarde d’un peu plus près.

jeudi 3 octobre 2019

Les Ombres d'Esver

Un roman de Katia Lanero Zamora, publié chez ActuSF dans la collection Naos.

Présentation de l'éditeur :
Amaryllis a 16 ans et n’a jamais connu que la maison où elle est née, le domaine d’Esver, reculé, magnifique, mystérieux. Dans ce manoir qui tombe en ruines où elle vit seule avec sa mère austère, elle étudie la botanique avec l’espoir d’en faire son métier... Le jour où elles reçoivent une lettre du père annonçant la vente du domaine et le mariage forcé d’Amaryllis à un de ses associés, tout bascule. Pour échapper à ce destin, malgré les ombres qui hantent ses nuits, la jeune fille répondra-t-elle à l’aventure fantastique qui se cache derrière les portes fermées d’Esver ?
Katia Lanero Zamora est actuellement consultante en écriture à la RTBF dans l’unité fiction séries. Elle a notamment publié la trilogie des Chroniques des Hémisphères aux éditions Les Impressions Nouvelles et propose ici un somptueux roman aux accents gothiques.

Décidément, la collection Naos me séduit de plus en plus. Les Ombres d’Esver est une pépite. 
Tout commence comme un conte gothique, sombre, dérangeant, poussiéreux. Amaryllis est élevée à la dure par sa mère, une aristocrate déchue, dans un manoir vétuste. De santé fragile, la jeune fille n’a jamais quitté le domaine et est contrainte de prendre tous les soirs les médicaments que lui prépare sa mère. Cette dernière n’a qu’une ambition : faire de sa fille une botaniste comme elle-même rêvait de l’être. Gersande est une femme pragmatique, peu lui importent les aspirations de sa progéniture. 
La jeune fille est plus ou moins docile, mais rêve d’aventures. Elle grandit comme une pousse maladive dans cette maison en ruine, sous le regard sévère et l’attention sans faille de cette mère autoritaire, qu’elle aime pourtant. Les secrets de cette famille, autrefois respectée et prospère, semblent enkystés dans le décor comme en une chair malade. Amaryllis déteste la saleté car elle pense que les monstres s’y cachent, mais sa mère refuse de s’arracher au passé. Elles vivent donc au milieu des débris de celui-ci. 
Cependant les parents de l’adolescente ont chacun une idée très définie de l’avenir qu’ils lui réservent et leur opposition à ce sujet arrive à sa confrontation finale. Botaniste ou épouse soumise, que va devenir Amaryllis ? 
On ressent tout le poids de cette ambiance dans les descriptions, dans le délabrement du manoir, dans la détresse d’Amaryllis, surtout quand elle cauchemarde, dans le caractère irascible de Gersande. On se sent étouffer dans les premiers chapitres, mais cela ne dure pas. 
Le récit commence lentement, le temps que l’atmosphère lourde vous oppresse et vous capture, pour devenir un roman d’aventures, entre un réalisme pragmatique et un onirisme débridé. Mais quel monde est réel ? Amaryllis est-elle en train de devenir folle ? Les médicaments que sa mère lui concocte l’aident-ils à restaurer sa raison égarée ou l’affaiblissent-ils pour l’empêcher de s’enfuir ? Ce monde qui se superpose au sien est-il réel ? 
L’autrice sème des indices, mais s’amuse à égarer son lecteur. J’ai apprécié ce questionnement qui ne fait que se complexifier au fil des chapitres. Bien malin qui saura démêler le vrai du faux sans son aide avant le dernier quart du roman. C’est la richesse de ces symboles et cette oscillation permanente entre le rêve et la réalité, ainsi que la poésie délicate du style, qui font de ce roman un excellent récit Fantastique. 
J’ai lu la deuxième moitié en une après-midi, ce qui est très inhabituel pour moi, tant je voulais savoir ce qu’il adviendrait des personnages. Cette histoire est à la fois triste et belle, pleine de douleur, mais aussi d’espoir et d’amour. Ce fut une excellente surprise.