Affichage des articles dont le libellé est dictature. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est dictature. Afficher tous les articles

lundi 4 novembre 2019

Projet Dragon

Un recueil de Sébastien Mora, publié chez Realities Inc.

Présentation de l'éditeur :
Dans un monde marqué par les stigmates de la Domination draconique, le Drannyr est un pays dirigé par la RCE, une entreprise totalitaire. Bien que la pratique de la magie y soit interdite, l’ADN de dragon suscite de nombreuses convoitises.
Un prospecteur, des agents spéciaux et une adolescente en fuite voient leur destin bouleversé par la quête de cette ressource éminemment magique, et l’ambition des cadres et dirigeants de la RCE…
Un recueil de trois nouvelles, dont Un Héritage draconique, précédemment publiée dans l’anthologie Réalités Volume III.

Cet ouvrage, sorte de fix up, contient trois nouvelles formant un arc narratif. La première d’entre elles, Un Héritage draconique, a été précédemment publiée dans Réalités III et est un des textes de cette anthologie qui m’ont le plus marquée. Je me souviens m’être fait la réflexion que j’aurais volontiers lu un récit beaucoup plus long ou une suite à cette histoire. Je suis ravie que ce soit chose faite.
Ah le Drannyr… ses ruines des temps du règne draconique, ses contrôles permanents et son régime totalitaire, un pays entier propriété d’une entreprise aux pratiques pour le moins douteuses. Tout ça donne envie, n’est-ce pas ?
Avant leur extinction, les dragons dominaient ce monde qui porte encore les stigmates de leur règne. Leur magie — et parfois leur ADN — demeure dans certains membres de leur bétail humain. Ceux qui en sont dépositaires sont traqués par la RCE, cette entreprise si puissante qu’elle possède un pays entier et dont les ambitions sont sans limite. 
Dans la première nouvelle, que j’ai relue avec plaisir, un géomancien est engagé pour chercher des gisements de minerais. Mais ça c’est la version officielle. S’il pouvait trouver un ancien site draconique, avec de préférence des restes d’ADN exploitables cela serait quand même davantage apprécié… Notre géomancien, personnage sympathique au demeurant, n’a pas idée du nid de serpents dans lequel il est tombé, d’autant qu’une charmante jeune fille a su lui faire baisser sa garde.
C’est une chouette nouvelle, vraiment agréable à lire, et elle est aussi la moins sombre du lot. L’auteur est allé beaucoup plus loin dans l’exploitation de son univers avec la suite, nous démontrant combien la RCE est retorse. Il faut dire que des promesses de sérum de longévité, de super-soldats totalement dévoués à leurs dirigeants et de magie surpuissante feraient tourner la tête à plus d’un.
Le deuxième texte nous montre à quel point la RCE ne recule devant rien pour arriver à ses fins, mais c’est surtout la troisième nouvelle que j’ai le plus appréciée. On se soucie des personnages au fil des récits, c’est cependant celui de Claire, cette jeune géomancienne capturée par la RCE et qui leur sert de cobaye, que j’ai le plus aimé. Le titre de la nouvelle, Claire obscure, est particulièrement évocateur. La jeune femme est tiraillée entre sa rage et les valeurs que lui ont inculquées ses parents. Elle est en cela vraiment touchante et humaine. On tremble pour elle, on veut la voir s’en sortir sans pour autant perdre cette humanité qui fait d’elle un personnage si attachant.
Projet Dragon est une excellente lecture, intelligente et nuancée. On croise entre ces pages des géomanciens aux pouvoirs extraordinaires, des mages, des espions, des mercenaires, des scientifiques cinglés… Cela nous offre un habile mélange entre fantasy et science-fiction qui, bien qu’éloigné de notre réalité, n’est pas dénué d’implications morales propices à la réflexion.

samedi 21 avril 2018

Cyberland

Un ouvrage de Li-Cam, publié chez Mü éditions.

Présentation de l'éditeur : 
Ici le destin se décide œil pour œil, dent pour dent.
Tu ne te copieras point en dehors des Terres Parallèles.
Tu ne convoiteras pas le fichier d'autrui.
Tu ne formateras pas hormis pour sauver le système.

< Saïd in Cyberland
Asulon
Simulation Love />

Cyberland est composé de trois récits suivant un axe chronologique.
Tous tournent autour du Chronocryte, une intelligence artificielle créée par l’homme pour le sauver de lui-même. Cette IA lui est à ce point supérieure qu’elle apparaît presque divine. De fait, elle est soit crainte, soit vénérée.
Le Chronocryte a fait évoluer internet en infosphère, véritable monde parallèle à la réalité, aussi appelé Cyberland. Pour profiter de cet espace en quatre dimensions, certains humains se sont fait poser des implants cérébraux. On les appelle des Humods. Mais dans ce monde post-singularité, un parti extrémiste, le Diktrans, qui exploite la crainte des machines et de cette IA toute-puissante, prend le pouvoir.
Sous prétexte de recenser les Humods, on les oblige à se déclarer auprès des autorités. Ils sont alors déportés vers une prison créée pour eux : Asulon.
Les Humods clandestins sont traqués et des brouilleurs empêchent la connexion à l’infosphère. Le Diktrans entre en guerre contre le Chronocryte et fait exécuter son créateur.

Saïd in Cyberland est le plus long des trois récits. Il pose les bases de cet univers cyberpunk pour nous permettre d’y entrer avec quelques repères.
Le Diktrans a envoyé des militaires dans Cyberland qui ne sont jamais revenus. Pour tenter une nouvelle approche, il a choisi des adolescents : Louise, une Humod libérée d’Asulon pour l’occasion qui leur servira de guide ; Saïd et Lu-Pan, deux jeunes prodiges, l’un en mathématiques, l‘autre en informatique ; Alyson, toute entière dévouée au Diktrans et iNNoKeNTi un étrange clone de dix ans.
Lâchés dans Cyberland, ces jeunes gens doivent découvrir ce que sont devenus les militaires, ramener des informations et, s’ils y parviennent, trouver de quoi faire tomber le Chronocryte. Mais se laisseront-ils tenter par les merveilles de Cyberland ? Et puis, quelles sont les réelles intentions de l’IA ?
L’idée de départ est très intéressante, mais je dois reconnaître que j’ai peiné lors de cette lecture. Les personnages, même dans leurs failles et blessures, n’ont que très peu suscité ma sympathie. Particulièrement Saïd qui malgré la profondeur de son personnage et sa grandeur d’âme reste un merdeux qui ne sait parler qu’en jurant la plupart du temps, ce qui le rend pénible. Intelligent mais irréfléchi, sensible mais geignard… J'ai du mal avec ce genre de personnage. À la rigueur, j’ai préféré l’émissaire du Chronocryte, qui est le narrateur de cette histoire.
À partir du moment où les tâtonnements des adolescents dans le monde virtuel sont remplacés par un jeu, une simulation créée par l’IA pour les « éduquer » le récit commence à piétiner. C’est dommage car le propos est vraiment intéressant.
Ierofan.th, envoyé par le Chronocryte pour guider les adolescents, apparaît presque plus humain que certains humains. Il met les jeunes face à leurs blessures pour leur permettre, ou non, de s’accepter et de se réaliser. Le choix leur appartient toujours. Tout l’intérêt de ce texte réside dans la finesse de son analyse des rouages de l’âme humaine et dans son appel à la tolérance.

Asulon suit le même chemin dans ses bons comme ses mauvais côtés. Dans cette novella qui a connu une précédente publication chez les regrettées éditions Griffe d’encre, on voit les conséquences des événements de Saïd in Cyberland. On retrouve un personnage du précédent récit enfermé à Asulon où une graine révolutionnaire va ou non s’enraciner.
Le récit est dense, la réflexion profonde. La nature divine du Chronocryte y est longuement évoquée. Les implications philosophiques, éthiques et métaphysiques de cette histoire feront turbiner votre cerveau à toute allure. Mais il faut aussi les digérer.
Peut-être que je n’étais pas d’humeur pour apprécier à leur juste valeur ces deux textes. Je leur reconnais toutefois de nombreuses qualités, mais la fluidité n’en fait partie. Il faut le savoir avant de commencer, Cyberland est une lecture très exigeante, qui demande une totale disponibilité d’esprit et une profonde implication intellectuelle. On a besoin de ce genre d’ouvrages, mais pour moi il a un peu manqué d’âme.

L’ouvrage se clôt sur Simulation Love une nouvelle que j’ai déjà lue dans une autre publication de Griffe d’encre : Chasseurs de fantasmes.
Cette anthologie avait pour intention de donner à l’érotisme une place centrale, sans toutefois que la trame narrative des nouvelles soit un prétexte ou un décor pour justifier le sexe.
Je me souvenais de Simulation Love, cependant cette nouvelle ne m’avait pas marquée en comparaison des autres. Sans connaissance préalable de l’univers créé par Li-Cam, elle valait surtout par sa chute. Je la trouvais anecdotique à l’époque et elle ne m‘a pas semblé plus intéressante aujourd’hui dans un contexte plus étayé.
Si un jour vous tombez sur un exemplaire de Chasseurs de fantasmes, n’hésitez toutefois pas à l’acheter, c’est une excellente anthologie.

En conclusion, Cyberland est un ouvrage intéressant car il pousse à la réflexion, néanmoins ce n’est pas le genre de récit qui vous permet de simplement apprécier l’histoire si vous n’êtes pas prêts à donner plus.

27/04/18, Ajout :
Suite à la publication de cette chronique sur Vampires & Sorcières j’ai eu une petite discussion avec l’autrice concernant le Chronocryte. Cela m’a amenée à voir la nouvelle sous un autre jour. Je pense avoir été influencée par ma première lecture hors contexte de celle-ci, ce qui m’a empêchée de percevoir correctement ce qu’elle apporte à l’ensemble. Je vous laisse en juger. Quant à moi, je ne la trouve plus du tout anecdotique.



Ce livre compte pour la lettre L du Challenge ABC imaginaire 2018.


tous les livres sur Babelio.com

vendredi 30 septembre 2016

Journal d'un marchand de rêves

Un roman d'Anthelme Hauchecorne, publié par l'Atelier Mosésu.


Ce roman est le premier de la série l'Atlas des songes, dont chaque tome sera autonome.


*


ads1-journal-d-un-marchand-de-reves-anthelme-hauchecorne




Présentation de l'éditeur :


« J’ai séjourné en hôpital psychiatrique. Pas de quoi fouetter un chat sauf lorsque, comme moi, vous êtes fils de stars. Par crainte du scandale, mes parents m’ont expédié loin d’Hollywood, dans la vieille Europe.
Les meilleurs spécialistes m’ont déclaré guéri. En vérité, la thérapie a échoué. Les songes ont repris, plus dangereux que jamais.


Malgré moi, je me trouve mêlé aux intrigues de puissants Rêveurs. Des gens charmants et bien décidés à m’éliminer, mais avec élégance.


M’entêter serait totalement déraisonnable. Pourtant, deux plaies à vif m’empêchent de tourner la page…


La première est une fille.


La seconde, une soif de vengeance.


Je m’appelle Walter Krowley. Vous tenez mon journal intime. Prenez-en soin. Ce livre pourrait devenir mon testament… »



Walter Krowley n’est pas un mauvais gars. Fils d’un acteur célèbre, il a toujours eu tout ce qu’il lui fallait d’un point de vue matériel, mais il a manqué de l’essentiel. Jeune scénariste de dix-huit ans pas vraiment motivé, il ne sait tout simplement pas trop quoi faire de sa vie, jusqu’à ce que survienne un accident qui va tout bouleverser. Du jour au lendemain, il se trouve propulsé dans un monde inconnu durant son sommeil. La nuit, il vit à Doowylloh, le pendant onirique d’Hollywood, et on ne peut pas dire que la démocratie règne dans cette ville…
Dans son journal, Walter nous conte les mésaventures auxquelles il doit faire face, de la découverte de son Ça à la surveillance constante de l’administration, en passant par un exil forcé dans un rêve aussi dangereux que délétère. En parallèle, durant l’éveil, sa créativité qu’il croyait atrophiée se développe. Néanmoins, sa vie ne devient pas plus facile pour autant.
Anthelme Hauchecorne a créé, comme à son habitude, un univers complexe, quoiqu’un peu frustrant puisque que nous n’en découvrons les rouages qu’au compte-goutte. L’action y est omniprésente, mâtinée de steampunk et nourrie de western, mais l’intrigue ne manque pas de profondeur. C’est assez classique dans la gestion des rêves et de leur potentiel, cependant le roman trouve son originalité dans le mélange des genres ainsi que certains aspects de l’existence dans l’Ever.
J’ai préféré la deuxième moitié du récit, où sont davantage développés les sujets qui m’intéressaient comme le commerce du sable, qui est en quelque sorte l’or des rêves, et le fonctionnement de ce monde onirique, contrairement à la première qui est très axée sur l’aspect western, genre dont je ne suis pas fan.
Je ne me suis pas intéressée à la légère romance, par contre j’ai appris à apprécier le personnage principal ainsi que quelques autres. Walter est un brin naïf, mais il évolue beaucoup. Dans ce monde dangereux où le « chacun pour soi » est la règle de base, il faut faire des concessions pour survivre. On s’inquiète de l’avenir du jeune homme, mais plus encore des choix que lui-même va faire.
Ce roman parle de trahison et de faux-semblants, de la difficulté de grandir et d’être soi, de la grande exigence (parfois dans la douleur) du processus créatif et de la tromperie que cachent quelquefois les apparences les plus anodines.
Il s’agit du premier tome d’une série dont les volumes peuvent se lire indépendamment. Très bien écrit, ce roman d’aventure original au background solide et au rythme effréné saura plaire aux adolescents autant qu’aux adultes. J’ai beaucoup aimé les références à la culture pop, surtout dans les titres de chapitres qui m’ont amusée. La part steampunk du récit change résolument de ce qui se fait dans le genre en général et l’auteur sait ménager son suspense.
Ce fut une bonne lecture et je suis assez curieuse de découvrir le prochain tome et de voir comment l’univers sera développé, d’autant que la conclusion réussit à être frustrante même si elle se suffit à elle-même.


*


Découvrez également l'avis d'Acr0.


*


sfff-diversite

Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans les catégories suivantes :
– Lire un roman SFFF young adult.
– Lire un livre dans lequel une IA ou des robots ont un rôle prépondérant.

lundi 7 décembre 2015

Les Compagnons du Foudre

Un roman de Denis Hamon, publié chez Ad Astra.


*


Les_Compagnons_Du_Foudre_

Présentation de l'éditeur :
Plusieurs décennies après l’apocalypse, le monde est noyé sous la brume.
Tombée du ciel à travers la carlingue du Foudre, un vaisseau de pirates, une jeune femme s’éveille sans aucun souvenir.
Bien décidé à l’aider à retrouver la mémoire, l’hétéroclite équipage se heurte très vite aux dirigeants fanatiques de ce sombre futur, guidés par une religion basée sur le tarot.
Et tandis qu’au-dessus d’eux plane l’ombre terrifiante des Taromanciens, les compagnons du Foudre partiront en quête de vérité et iront, si nécessaire, jusqu’à la mort.
Pirates, oui, mais avec un sacré code de l’honneur !



Ce roman d’aventures m’a beaucoup rappelé la série Firefly (que j’adore) : une jeune fille étrange échappe de justesse à ses geôliers et est recueillie par un groupe de hors-la-loi écumant les airs dans un vieux vaisseau brinquebalant… Il y a de nombreuses similitudes, mais au final les deux ne peuvent être comparés.
Le monde créé par Denis Hamon a été ravagé par une guerre sans merci. Une brume toxique a envahi la terre, forçant les humains à se retrancher dans les hauteurs ou mieux dans des cités volantes. L’Ordre du renouveau, qui vénère les arcanes du Tarot, étend son influence sur l’humanité, aidé en cela par la figure mythique des Taromanciens, étranges créatures imprévisibles et quasi-divinisées. Plume, tel est le nom que la fugitive se choisira, est amnésique et ne sait pas pourquoi les prédicateurs en ont après elle. L’équipage du Foudre va tenter de l’aider à le découvrir.
J’adore les histoires de pirates stellaires ; celle-ci est assez représentative du genre, mais il m’a manqué quelque chose pour vraiment accrocher. Je ne saurais dire quoi, peut-être un peu de peps. Les Compagnons du Foudre est cependant un roman sympathique, bourré d’action, et cette religion née du tarot, assortie de la dictature instaurée par ses prêtres, se révèle intéressante. Les aventures de l’équipage sont pleines de rebondissements et m’ont fait l’effet d’être découpées en épisodes. J’en ai apprécié certains plus que d’autres, mais le tout est équilibré. On apprend à connaître les personnages dans l’action comme au quotidien, ce qui est agréable. Néanmoins, quelque chose m’a empêchée de m’attacher vraiment à eux. Je les ai trouvés un peu caricaturaux.
Ce fut une lecture distrayante et j’ai beaucoup apprécié la fin. L’intrigue, bien ficelée, nous emmène sur des sentiers inattendus et on se rend compte qu’aucun détail n’était dû au hasard.