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lundi 6 juillet 2020

Le Livre des trois, Chroniques de Prydain T1

Un roman de Lloyd Alexander, publié aux éditions Anne Carrière.

Présentation de l'éditeur :
Au cœur du royaume de Prydain, un jeune garçon rêve d'aventures et de combats à l'épée. Chargé de veiller sur la truie Hen Wen, Taran est loin de se douter que l'animal possède de grands pouvoirs magiques et que l'abominable Roi Cornu est à sa recherche. Lorsque la truie s'échappe de Caer Dallben, Taran se lance à sa poursuite et s'enfonce profondément dans les terres de Prydain. Aidé du seigneur Gwydion, d'une créature nommée Gurgi et de la plus singulière des jeunes filles, Taran doit affronter le Roi Arawn et le Fils du Chaudron, deux êtres maléfiques au service du Roi Cornu. Le jeune garçon deviendra-t-il le héros qu'il a toujours voulu être ?

Quand j’étais petite, j’ai vu Taram et le chaudron magique au cinéma et il est encore à ce jour un de mes Disney préférés. Beaucoup de personnes de ma génération ne l’ont pas aimé. Il a été jugé trop sombre et effrayant. Malgré un nouveau doublage pour le remettre au goût du jour, il est presque tombé dans l’oubli. Je trouve cela bien dommage.
Comme la plupart des gens qui ont aimé ce dessin animé, je savais qu’il était inspiré d’une pentalogie de fantasy : Les Chroniques de Prydain de Lloyd Alexander. J’ai toujours eu envie de lire ces romans, mais je n’arrivais pas à me décider à les lire en anglais. À ma connaissance, seul le premier volume avait été traduit. Cependant, l’édition dont je vais vous parler est récente, propose le texte intégral, et le deuxième tome du cycle est déjà en librairie lui aussi. J’espère que les autres suivront très vite, sachez cependant que le premier tome a une vraie fin et peut se lire indépendamment.
Le Livre des trois est un excellent roman de fantasy pour la jeunesse. Assez classique dans sa forme, il est intemporel et même si vous avez déjà lu des tas bouquins de ce type, vous ne pourrez que reconnaître sa qualité. C’est toutefois chez un jeune public, entre huit et quinze ans, qu’il trouvera sans doute le meilleur accueil.
Le Livre des trois est à la fois un roman d’apprentissage et de compagnonnage. Un jeune garçon qui s’ennuie dans sa vie d’apprenti porcher rêve de faits héroïques et il va se trouver mêlé à une quête dont dépend la survie de son royaume. Une chance pour lui, il sera aidé par des amis rencontrés au fil de ses mésaventures. Déjà vu, comme je vous le disais, mais pas ennuyeux pour autant. L’auteur n’a pas fait dans le cliché et, surtout, il a su créer des personnages qui sortent du cadre de ce type de récit.
Taram, qui est censé être le personnage principal, va grandir, apprendre de ses erreurs, et confronter ses rêves d’enfant à la réalité. Il évolue beaucoup et c’est un vrai plaisir à lire. Certes, c’est un personnage plein de bons sentiments, mais il n’est jamais niais. Je l’ai trouvé plutôt atendrissant.
Ses compagnons sont aussi des outsiders à leur façon et la jument est probablement la plus sage du groupe. Toutefois, c’est ce qui fait leur charme.
Gurgi, créature entre l’homme et l’animal, semble lâche et avide, mais va se révéler auprès de ses compagnons. C’est un personnage vraiment touchant. Sa nature fait qu’il est rejeté, comme l’un des personnages nous le fait si bien remarquer, mais il a juste besoin qu’on apprenne à lui faire confiance. C’est une des caractéristiques qui m’ont vraiment plu dans cette histoire : deux personnages très sages nous rappellent souvent de ne pas nous fier aux apparences. La bonté n’est jamais du temps ou de l’énergie perdus. La tolérance amène à la compréhension en profondeur des choses et des êtres. Cela est parfaitement illustré avec Gurgi, mais pas seulement.
Fflewddur Fflam le barde, est un peu menteur, un peu léger, mais son grand cœur n’est pas feint et il pourrait se découvrir plus courageux qu’il ne l’espérait. Ce personnage calamiteux, qui a abandonné son royaume pour devenir barde, apporte un peu de fantaisie à la troupe. 
Eilonwy enfin, courageuse et pragmatique fillette, est certes un peu boudeuse, trop bavarde et puérile parfois, mais sait aussi faire preuve d’une grande maturité quand il le faut. Cette enchanteresse en cours de formation n’a pas de grands pouvoirs, cependant elle est très intelligente et tout le contraire de la damoiselle en détresse malgré son jeune âge. C’est une figure féminine très positive.
Je ne vous présente que les personnages que l’on suit le plus longtemps, néanmoins vous ferez d’autres intéressantes rencontres dans ces pages et c’est là tout le sel de ce récit. Il y a toujours plus à voir que ce que l’on croit.
Lloyd Alexander s’est beaucoup inspiré des légendes galloises et ce fut un plaisir de voir quel tissage il a réalisé avec tous ces récits entremêlés. Le roman a sa personnalité propre, cependant cette inspiration l’enrichit grandement et contribue à le sauver de sa forme trop classique.
Le Livre des trois est un très bon roman, qui n’a pas du tout vieilli, et une bonne introduction à la fantasy pour un jeune public. En outre, il transmet de bonnes valeurs. On y apprend que les erreurs nous font grandir quand on en tire des leçons, qu’une bonne action a toujours des répercussions même si elles sont parfois insoupçonnées et que le véritable héroïsme ne se taille pas forcément à la force d’une épée. C’est un roman sur l’amitié, sur le partage, l’entraide et la confiance, sur le sacrifice, l’humilité et la générosité. Il n’est pas moralisateur, mais offre néanmoins une bonne morale.

mardi 16 août 2011

Masques

Un roman fantasy de Patricia Briggs, publié chez Milady.

Sachant que Masques est le tout premier écrit de Patricia Briggs, je m’attendais à quelques maladresses et j’avais pris le parti de ne pas m’en formaliser outre mesure. Je suis toujours assez indulgente avec les écrits de jeunesse quand les auteurs ne les renient pas alors même qu’ils sont bien conscients des défauts de leurs premiers travaux .
La préface donne le ton. Oui, Briggs se rend compte de tout ce qu’il y aurait à changer dans son texte, mais elle l’accepte avec ses imperfections et lui conserve une certaine tendresse, laissant l’essentiel de l’histoire intact. (Je me dis quand même que s’il n’y avait quasiment pas de descriptions dans l’original, ça devait être spécial vu le résultat… Mais bref.)
Et moi, la grincheuse de service, toujours à l’affût de la moindre petite erreur, j’ai quand même fini par embarquer… Pourtant il y en a, des défauts, de ceux qui m’agacent au-delà du raisonnable en général… Les personnages sont très stéréotypés et ne sortent jamais de leur rôle, ils sont manichéens au possible, même celui de Loup, censément trouble, est en fait clair comme de l’eau de roche… Et l’histoire, bien sûr, suit le même chemin sans nuance. Un peu naïve par moment et très prévisible du début à la fin, j’ai vite cessé d’attendre un retournement de situation… L’intrigue manque cruellement de structure, il y a de nombreuses facilités scénaristiques, incohérences et j’en passe…
Néanmoins, le plus tranquillement du monde, j’ai puisé une bonne dose de patience pour supporter les longueurs et les délires bucoliques de camping sauvage qui émaillent le récit… Car il ne s’y passe pas grand-chose en fait, mais tout de même assez pour ne pas perdre mon attention en route. Je dois le reconnaître, Patricia Briggs est définitivement une bonne conteuse, elle l’était déjà à ses débuts.
J'ai apprécié ses petites histoires dans l'histoire, même si ça casse un peu le rythme, l'univers qu'elle a créé avec ses mythes et ses codes, même s'il aurait pu être plus et mieux développé, et l'atmosphère chaleureuse qui de dégage de ce récit.
J’ai parfaitement conscience que pour tous les défauts majeurs que j'ai évoqués j’aurais pu détester cette histoire, pourtant ce n’est pas le cas. Je ne sais comment Patricia Briggs réussit toujours à me rendre ses personnages sympathiques, mais elle y arrive, même dans leurs atermoiements (et ceux de Loup sont pourtant particulièrement agaçants parfois), même sachant qu’ils ne sont pas nuancés pour deux sous et que c’est quelque chose qui m’exaspère en général, je n’ai pas pu les détester… Allez savoir pourquoi, je me suis attachée à Aralorn et l’ai trouvée mignonne dans ses tentatives d’apprivoiser Loup… Moi qui suis pourtant d’une nature plutôt cynique… Et même les seconds rôles, méchants comme gentils (oui pas de demi-mesure, n'oubliez pas) ont éveillé mon intérêt.
Et cette histoire sans prétention, qui ne manque pas de faiblesses au niveau narratif et même stylistique, est finalement plutôt bien passée si j’excepte le début qui a été laborieux à cause des répétions (j’avais décidé de refermer le livre si elle redisait encore qu’un mage humain ne pouvait pas se métamorphoser… Une chance pour elle, c’était la dernière… Oui, je considère que c’est une chance de ne pas finir dans la liste des rares auteurs dont je n’ai pas pu finir un livre.)
Les habitués de fantasy, ceux qui recherchent plus de subtilité, d'originalité ou d'action n'y trouveront sans doute pas leur compte. Mais pour moi ce fut un assez bon divertissement.
Il se dégage de ce roman une impression chaleureuse et conviviale qui me laissera quand même un bon souvenir et qui me fera lire la suite un de ces quatre, même si ce n’est pas une priorité. J’espère toutefois que, comme cette suite a été écrite plus tardivement, qu'elle n'avait pas été publiée à l'époque et que l'auteur l'a corrigée récemment, Patricia Briggs aura sans doute eu moins de scrupules à la remanier plus en profondeur et que le récit en sera donc plus structuré et moins prévisible.

Ce livre a été lu dans le cadre du club de lecture de Vampires et Sorcières.
Et comme je suis fainéante et pas fichue d'écrire des avis en ce moment, je vais le compter pour le défi lecture également.

lundi 24 janvier 2011

Guerrière

Premier volume du diptyque des deux sœurs, de Marie Brennan, publié chez Éclipse.

Lorsqu'une sorcière naît, un double de son être est aussi créé. Pour que la sorcière vive et maîtrise ses pouvoirs, sa jumelle doit être sacrifiée. Telles sont les traditions. Telle est la loi.

Je n’en dirai pas davantage sur l’histoire car pour moi ces courtes phrases de présentation sont déjà trop et ce roman mérite qu’on ménage son suspense.
J’ai littéralement adoré ce récit. Ça faisait longtemps que je n’avais pas autant apprécié de la high fantasy. J’espère parvenir à partager en quelques mots l’enthousiasme qu’il a fait naître en moi.
L’histoire est tout bonnement excellente et vraiment bien construite. C’est original et inventif, tout en restant très cohérent. Je tiens beaucoup à la cohérence, tout comme à la vraisemblance, on peut bien me faire croire n’importe quoi tant qu’on garde une certaine logique, c’est ce qui me permet de m’immerger dans une histoire.
Et j’ai allègrement plongé dans celle-ci…
Elle est prenante, l’univers qu’elle décrit est complexe et riche de détails, mais l’auteur l’ébauche petit à petit, ce qui fait que le récit n’est jamais trop lourd, dans son fond comme dans sa forme. Il y a bien quelques petites longueurs dans la première partie, ou plutôt des moments d’attente, devrais-je dire, mais rien d’insurmontable. Ça ne m’a pas dérangée car d’une part je ne suis pas une fanatique de l’action non-stop et d’autre part parce que c’est très bien écrit et vraiment agréable de découvrir au fur et à mesure tous les aspects de ce monde, la hiérarchie des sorcières et leurs croyances, le fonctionnement des écoles de chasseurs et du clergé, en autres choses… J’ai vraiment adoré cet univers tout en nuances et tellement complet. Cependant les amateurs d’action pourront se sentir un peu frustrés par le premier tiers du roman. Cela dit, ça s’arrange bien ensuite.
On peut se sentir un peu étourdit au début par ce nouvel univers, mais cela passe assez vite (30 à 50 pages). Il y a un glossaire à la fin de l’ouvrage, mais je l’ai trouvé d’une utilité toute relative car s’il est appréciable d’y voir décryptés tous les titres honorifiques des sorcières (bien qu’il ne soit pas vraiment nécessaire de les connaître tous pour apprécier la lecture et comprendre l’histoire) ainsi que les spécialités des écoles de chasseurs et la correspondance horaires des carillons, il y aussi beaucoup de termes et de noms dont on aurait pu se passer et qui ne font que le rendre fouillis et perdre le lecteur en route… Je ne vois pas l’intérêt d’y ajouter des noms de personnages qui sont à peine évoqués ou croisés une seule fois par les héros…
Justement, parlons-en de nos personnages principaux… J’ai été très agréablement surprise par Miryo et Mirage et le sentiment qu’elles m’ont inspiré toutes deux me dit que l’auteur a vraiment bien fait son boulot. J’ai également apprécié Eclipse, Satomi, Eikyo et quelques autres. Tous les personnages de cette histoire sont de toute façon très travaillés, bien construits, intéressants et surtout très crédibles.
Le seul petit reproche que je pourrais faire, et encore ça ne m’a pas tant gênée que ça, c’est le foisonnement souvent inutile de détails concernant des personnages secondaires qui à part égarer un peu le lecteur n’apporte pas grand-chose à l’histoire. Mais ça ne m’a pas plus dérangée que cela…
Cette histoire m’a parlé pour bien des raisons, notamment pour ses concepts spirituels et philosophiques, mais elle est aussi très accessible pour les personnes qui ont d’autres principes ou qui ne veulent pas s’intéresser à cet aspect du récit. Elle a plusieurs niveaux de lecture et peut donc toucher plusieurs publics.
Le style en lui-même est excellent et maîtrisé, élégant, voire même poétique. L’auteur a réussi, malgré la densité de son récit et la complexité des concepts qui le sous-tendent, à créer une certaine harmonie, tout en finesse et clarté.
Il y a derrière cet ouvrage un travail vraiment brillant qui fait que j’ai hâte de lire la suite et que je conseille très vivement cette lecture.


Ce livre a été lu pour le club de lecture de Vampires & Sorcières.

C'est aussi le second livre de la catégorie imaginaire pur le défi ABFA et V&S 2011.