Affichage des articles dont le libellé est BD. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est BD. Afficher tous les articles

samedi 17 mai 2025

Emma et les mauvais éléments T1

 Une BD écrite par Ariel Holzl et illustrée par Alba Cardona. Publiée chez Jungle.


Cette jolie BD est un condensé de tropes fort communs en littérature jeunesse, mais ce n’est pas une mauvaise chose. Après tout, si ces tropes hérités des contes hantent toujours la littérature, c’est qu’ils ont encore des choses à nous dire. Ils sont les piliers des récits formateurs, ils accompagnent les personnages, aussi bien que les jeunes, lecteurs vers l’âge adulte.
Cette BD parle de découverte de soi, d’émancipation, de liens qui se créent dans l’adversité, d’héritage et de choix. Emma, personnage typique de ce genre de récits, n’en est pas moins attachante. Notre héroïne est une jeune fille vive et intelligente qui découvre un jour qu’elle a des capacités extraordinaires et va rejoindre une école tout aussi prodigieuse. Mais tout n‘est pas aussi rose que ce à quoi elle s’attendait. 
L’intrigue mêle magie et lutte écologique et j’ai un peu eu l’impression de voir Captain Planet (si vous êtes plus jeunes que moi la référence ne vous parle pas. Vous ne perdez rien) à Poudlard… Les motivations des « méchants » de l’histoire restent obscures pour le moment, mais je gage qu’il reste beaucoup à découvrir.
Les personnages ne sont pas très développés, néanmoins ils ont du potentiel. Emma et les mauvais éléments est le premier tome d’une série, il est fort court et a surtout valeur d’introduction. Il charmera sans nul doute les jeunes lecteurs, toutefois en tant qu’adulte je trouve qu’il manque un peu d’ambition. Le récit est simple, mais les illustrations jolies. Le style me rappelle un peu celui de Maliki. Je lirai probablement la suite, pour voir si le scénario cache plus de secrets qu’il n’y semble de prime abord, ce qui est une possibilité, connaissant l’auteur.


samedi 15 février 2025

Nayra et le Djinn

Une BD de Iasmin Omar Ata, publiée chez Bliss Comics Éditions.



Nayra vit une situation difficile. Elle ne se sent pas bien dans son lycée, où elle subit harcèlement et moqueries parce qu’elle est musulmane. Elle voudrait changer d’école, mais sa famille refuse de l’écouter, lui reproche ses notes en chute libre et lui intime d’être forte.
Nayra se sent seule, bien qu’elle ait une amie proche qui se trouve dans la même situation. Rami est plus fataliste quant à ce qu’elles vivent. Elle essaie juste d’éviter les problèmes et se concentre sur le positif, à savoir leur amitié, ce qui semble agacer Nayra.
J’ai eu de la compassion pour ces deux jeunes filles, mais au bout d’un moment l’égoïsme de Nayra m’a saoulée. Je n’ai pas compris pourquoi elle s’éloigne de la seule personne qui l’a toujours comprise et soutenue. Elle se plaint de son isolement tout en s’isolant encore plus. Quand Marjan lae Djinn entre dans sa vie, elle agit de même avec ellui. Pendant une bonne partie de l’histoire elle n’a aucune considération pour les gens autour d’elle. Et quand elle finit par s’amender, cela tombe un peu à plat. Alors certes, c’est une adolescente en souffrance, elle a des excuses, mais elle n’en demeure pas moins très narcissique.
De manière générale, cette histoire est pleine de facilités et de clichés. Les personnages ne sont pas toujours cohérents et il y a quelques évidents soucis de traduction. C’est dommage, car le thème est intéressant. En outre, on n’a pas souvent l’occasion de voir en littérature ce que peuvent vivre deux jeunes filles durant le mois du Ramadan, alors que c’est important. J’ai également apprécié les quelques incursions dans le monde des Djinns.
Pour ce qui est des dessins, le mélange de pastel et de tons vifs m’a un peu vrillé les yeux, mais c’est joli. Cela apporte de la vie aux dessins qui sont relativement simples. J’ai bien aimé ce style qui va bien avec l’histoire.
Mon avis est donc en demi-teinte. Cette BD ne me marquera pas, mais l’intention était louable. Un public plus jeune que moi sera sans doute aussi plus indulgent.


tous les livres sur Babelio.com

vendredi 14 juin 2024

Friday T2

Une BD scénarisée par Ed Brubaker, dessinée par Marcos Martin et colorisée par Muntsa Vicente. Publiée chez Glénat.



Les événements du précédent tome ont laissé Friday sur le carreau. Sortir de son lit ou même s’alimenter lui paraît insurmontable. Elle va finir par s’y résoudre pourtant, car si elle ne part pas en quête de la vérité, qui le fera ?
En suivant la piste laissée par Lancelot, Friday plonge dans un complot bien plus complexe que ce qu’elle aurait pu imaginer. D’indice en indice, on suit cette fille débrouillarde et déterminée et ça fait du bien de voir un personnage comme elle pour une fois. Friday est atypique, un vrai bulldozer par moment, mais toujours logique, son sang-froid est à toute épreuve. Elle n’est pas attachante ou sympathique, mais c’est justement ce qui la rend si intéressante. Elle n’a pas besoin que le lecteur l’aime, elle force son respect.
Ce tome est riche en révélations aussi bien qu’en scènes d’action. On entre de plain-pied dans le fantastique avec une ambiance de plus en plus lovecraftienne. J’aime toujours autant la scénographie. En revanche, le retournement de situation final est plutôt facile, vu et revu. Il peut fonctionner cependant, s’il est bien géré, mais je demande à voir. J’attends donc le dernier tome avec impatience.

vendredi 17 mai 2024

Friday T1

Une BD scénarisée par Ed Brubaker, dessinée par Marcos Martin et colorisée par Muntsa Vicente. Publiée chez Glénat.


De retour de l’université pour les vacances d’hiver, Friday pensait pouvoir enfin mettre au clair ses sentiments envers Lancelot, son ami d’enfance, et discuter d’un événement d’avant son départ et du malaise que ce dernier a créé entre eux. Au lieu de cela, elle se retrouve embarquée dans une nouvelle enquête à peine descendue du train. 
Lancelot et elle avaient pour habitude d’élucider les mystères locaux. Il était la tête et Friday les muscles, un duo de choc digne de ceux qui peuplaient les romans et BD ayant marqué l’enfance de bon nombre d’entre nous. Tout le monde aime un bon mystère un peu flippant. Friday et Lancelot raviront ceux qui ont grandi avec Chair de Poule, Marshall et Simon, mais aussi Alice alias Nancy Drew ou encore Les Trois jeunes détectives et même Scooby-Doo. Cela rappelle aussi un peu Les Contes de la Crypte (les comics aussi bien que la série). 
L’ambiance Pulp et le décor des années 70 ajoutent à la nostalgie et rendent le tout aussi familier qu’attrayant. Même en étant née après cette période, j’ai été nourrie de suffisamment de séries et de romans pour apprécier un petit voyage vers le passé de temps en temps et celui-ci est particulièrement réussi, même si ce premier tome à un goût de trop peu. On entre tout juste dans le vif du sujet qu’il faut laisser les personnages. Pourtant ça marche, en peu de pages et une intrigue tout juste ébauchée, on a envie de connaître la suite.
L’histoire de Friday est celle de tous ces détectives amateurs qui ont enfin grandi et pensaient avoir laissé derrière eux les histoires glauques de leur enfance pour devenir adultes. Mais que nenni, les mystères n’en ont pas fini avec elle.
J’ai apprécié l’ambiance lovecraftienne et surtout la réflexion sous-jacente sur ces héros d’enfance qui grandissent et se heurtent à une réalité plus crue où les fins heureuses ne sont plus garanties.
Je ne suis pas fan des dessins, c’est juste une question de goût, en revanche j’ai trouvé la mise en scène et la composition des planches particulièrement brillantes. En outre, la colorisation est superbe et participe grandement à l’ambiance des années 70, renforçant aussi au passage l’aspect Pulp. 
L’histoire de Friday sera déclinée en trois tomes, je vais me jeter sur le deuxième et attendre patiemment la conclusion prévue pour le mois d’août.

vendredi 10 mai 2024

Et à la fin, ils meurent

Un essai écrit et illustré par Lou Lubie, publié chez Delcourt.


Et à la fin, ils meurent est un essai sous forme de BD. Vu le format, on pourrait se dire qu’il s’agit d’une introduction qui effleure le sujet de manière ludique. Oui mais non. Introduction ludique, certes, mais celle-ci est complète, documentée, réfléchie. On y découvre l’histoire des contes de fées ainsi que les gens et événements qui ont contribué à les façonner. Déjà, d’où vient l’appellation « contes de fées » alors que les bonnes dames n’y sont pas toujours représentées ? Lou Lubie nous l’explique et avec cela beaucoup d’autres subtilités de ce genre littéraire. Parce que oui, bien que profondément ancré dans l’oralité pendant plusieurs siècles, le conte est devenu un genre littéraire à part entière. Lou nous parle des gens qui l’ont codifié aussi bien que de ceux qui ont publié les premiers recueils.
Elle évoque les anciennes versions, plus trash, parfois même gore, des contes qui ont bercé notre enfance. Elle s’arrête parfois sur un conte pour le détailler. Elle le fait notamment avec La Barbe bleue ou encore Le Petit Chaperon rouge qui sont des contes particulièrement intéressants dans leur symbolisme.
Pour le premier, j’ai toujours préféré la version appelée L’Oiseau d’Ourdi et, comme elle est étrangement moins connue, je suis contente qu’elle soit mentionnée. Quant au second… Je dois à ma professeure de français de 6e de connaître la version la plus perturbante des mésaventures de la fillette en rouge et avec cela la base de mes connaissances de ce genre souvent jugé, à tort, niais et puéril.
Les contes sont un domaine d’étude passionnant, bien loin de l’image édulcorée que la plupart des gens en ont. Lou le sait et nous en dévoile toutes les facettes dans cet ouvrage remarquable par sa construction et son exhaustivité. 
Ce n’est pas un livre pour les enfants (encore que, je l’aurais lu sans sourciller à douze ans) mais il ravira les adultes. Sous son aspect humoristique, cet ouvrage est bien documenté, didactique et riche en informations diverses. Lou y analyse des contes, nous partage d’intéressantes réflexions et n’hésite jamais à remettre les récits dans leur contexte pour étayer son argumentation. Elle s’attache beaucoup aux détails, ce qui montre le soin et le sérieux avec lesquels elle a construit son essai.
Même en ayant au préalable de bonnes connaissances sur le sujet, j’ai appris des choses. Seule la fileuse en moi grommelle un peu car personne ne sait jamais faire la différence entre un fuseau et un rouet, sans parler des quenouilles, mais au moins il est précisé que c’est une écharde qui ensorcèle la jeune fille et pas une aiguille qui n’a rien à faire là.
J’aurais aussi aimé une mention pour Neil Gaiman, mais c’est la fangirl en moi qui parle. Si ce n’est déjà fait, lisez au moins Neige, verre et pommes, sa meilleure réécriture de conte à mon sens.
Mais revenons à Lou Lubie et à son passionnant ouvrage. Je n’ai pas encore parlé des dessins. Ils ont ici vocation à souligner le propos, sont souvent drôles, voire décalés et irrévérencieux. Grâce à eux, on ne risque pas d’oublier ce que l’on apprend dans ce livre. Ils lui apportent ce petit plus qui lui confère toute son originalité et en font un ouvrage qui complètera fièrement la collection de tout amateur de contes.
De manière drôle et concise, Lou Lubie nous offre une introduction très complète sur les contes. Elle n’a rien laissé de côté, pas même leur usage en psychanalyse. J’ai lu ce livre avec grand intérêt. J’ai appris des choses, m’en suis rappelées d’autres, et tout cela a nourri ma réflexion.

mardi 7 mai 2024

Le Mystère des mangeurs d'histoires, Sorcières Sorcières T2

Une BD écrite par Joris Chamblain et dessinée par Lucile Thibaudier, publiée chez Kennes éditions.



Harmonie et Miette sont sœurs, elles ont un dragon de compagnie et vont à l’école pour apprendre à maîtriser leurs pouvoirs magiques. L’univers de ces deux adorables petites sorcières est aussi fantasque que cosy.
Pour une fois, on a deux sœurs qui s’entendent bien. On ne peut pas dire que ce soit courant dans les ouvrages pour la jeunesse. J’aime beaucoup ces petites sorcières qui représentent des valeurs positives. Harmonie est sérieuse et responsable, Miette pleine d’imagination, et toutes les deux ont un très grand cœur.
Dans ce tome, Harmonie qui est particulièrement observatrice, décèle un problème dans son école et décide de mener l’enquête. Ce qui semblait anodin au départ devient très préoccupant quand des enfants tombent malades et que les adultes ne parviennent pas à les soigner. Heureusement, les deux sœurs sont là pour, chacune à sa manière, apporter une solution.
On en apprend davantage sur la façon dont fonctionne la magie dans ce monde et j’ai apprécié cette jolie histoire. Elle nous rappelle le pouvoir de l’imagination et quand enfant on jouait à faire semblant, à construire et déconstruire des univers entiers. Elle nous offre une très belle réflexion sur la créativité et la façon de la nourrir : pour créer des histoires, il n’y a rien de mieux que d’en avoir été nourri, c’est un savoir qui se transmet, se partage, sans en être amoindri.
Cette BD est idéale pour un jeune public. L’histoire peut sembler un rien simple pour un adulte, mais est douce et réconfortante. Elle nourrira positivement les rêves des enfants. En outre, les dessins sont magnifiques, vivants et colorés. Ils font une grande partie de la magie de cette histoire.

mardi 30 avril 2024

Le Champ des possibles

Un roman graphique écrit par Vero Cazot et illustré par Anaïs Bernabé, publié chez Dupuis.


Marsu est architecte. Elle adore son métier et aime encore plus Harry, son époux. Mais un jour elle rencontre Thom qui construit des mondes virtuels et l’entente est immédiate. Peu à peu l’amitié se change en amour et Marsu ne peut choisir entre les deux hommes de sa vie. Elle qui refusait la réalité virtuelle finit par y adhérer, devenant même accro. Elle tâtonne à la recherche d’un équilibre entre les deux mondes. Petit à petit, sa vie se scinde en deux. Elle n’alterne plus et vit ces deux existences en même temps.
Le sujet de cette BD est fascinant. Elle nous parle à la fois de dissociation de conscience et de polyamour. J’ai beaucoup apprécié la première moitié du scénario pour toutes les réflexions qu’elle apporte, d’autant plus à une époque où l’on veut tout et tout de suite, sans avoir à faire de choix. L’envie de tout vivre, d’exploiter les moindres possibilités des nouvelles technologies pour s’affranchir de toute contrainte est assez typique de notre époque, même si c’est plus souvent un leurre pour nous qu’une réussite. Le récit illustre également la puissance de l’imaginaire et la richesse de notre vie intérieure. Cependant, j’ai moins aimé la deuxième partie de l’histoire. On part sur des sentiers un peu trop perchés, même pour moi. C’était cependant assez émouvant et j’ai eu les larmes aux yeux sur la fin. Il y a beaucoup d’amour dans cette histoire et même sans s’attacher outre mesure aux personnages, on le ressent.
J’ai adoré le côté psychédélique de certains dessins, le jeu de couleurs entre la réalité et le virtuel. L’aspect esthétique de la BD m’a particulièrement séduite et sert l’histoire à la perfection. J’ai passé pas mal de temps à admirer les dessins et je sais que j’y reviendrai plus tard. C’est un très bel ouvrage.

mardi 16 avril 2024

Sœurs d'Ys

Une BD scénarisée par M.T. Anderson et dessinée par Jo Rioux, publiée chez Rue de Sèvres.


Rozenn et Dahut viennent de perdre leur mère adorée. Tandis que leur père s’abîme dans les plaisirs et se décharge de ses responsabilités, les deux jeunes princesses doivent trouver le moyen d’apaiser leur chagrin  tout en découvrant quelles adultes elles espèrent devenir. J’ai particulièrement aimé les pages qui les montrent en parallèle, lors de leur première dispute. Chacune vit son deuil à sa façon et grandit tant bien que mal, livrée à elle-même. Pendant que Rozenn devient une bienveillante sorcière des bois, amie des animaux, Dahut s’adonne à la magie et recherche le pouvoir dans les livres. Elle qui détestait son père, elle en deviendra l’instrument.
Les deux petites filles emplies de chagrin deviennent ainsi deux belles jeunes femmes aux antipodes l’une de l’autre. Rozenn bat la campagne, insouciante, alors que Dahut profite des plaisirs de la cour, mais doit aussi en assumer seule les responsabilités. Deux sœurs autrefois proches qui se sont éloignées l’une de l’autre peuvent-elles se retrouver malgré les chemins si différents qu’elles ont empruntés et les rancœurs qui les habitent ?
Cette belle BD réinterprète la légende bretonne de la glorieuse cité d’Ys. Je dois avouer que c’est loin d’être ma réécriture préférée car trop simpliste et manichéenne à mon goût. J’ai aimé les deux sœurs, mais elles n’ont aucun relief. Il y avait matière à apporter de la nuance au récit et plus de profondeur aux personnages. En revanche, j’ai beaucoup aimé les dessins, l’usage de la couleur et la texture. J’ai pris grand plaisir à admirer les détails, à feuilleter et re-feuilleter ce livre pour en admirer les illustrations.

mardi 9 avril 2024

Un thé pour Yumiko

Une BD de Fumio Obata, publiée chez Bayou.


Yumiko est graphiste, elle vit à Londres depuis longtemps et elle n’a pas l’intention de retourner au Japon pour autre chose que des vacances. Elle a tout fait pour se construire une vie dans ce pays et elle semble heureuse, jusqu’au jour où elle reçoit un appel de son frère lui annonçant la mort de leur père. Yumiko doit rentrer au Japon pour les funérailles et commence à s’interroger sur ses choix, ses émotions et ses envies.
On plonge dans les souvenirs de la jeune femme avec incertitude. Elle semble tourner autour de quelque chose, une idée persistante ou une fêlure, personnifiée par le personnage d’une pièce de théâtre nō. Elle cherche en elle la signification de cette image. Elle pense à son père et à ce qu’il voulait pour elle. On se rend vite compte que Yumiko s’est sentie tiraillée entre les ambitions différentes de ses deux parents et les deux existences qu’ils espéraient pour elle. Est-elle sûre de ce qu’elle souhaite ?
Yumiko entame un voyage symbolique dans lequel elle va apprendre qu’on se construit en permanence. Elle expérimente une sorte d’effondrement qui mène à la renaissance, en parallèle des rituels funéraires qui l’ennuient et qu’elle trouve vains, censés accorder à son père une nouvelle existence sur un autre plan.
Cette belle BD parle de deuil, de la vacuité de certaines choses que l’on s’impose, de la difficulté de laisser derrière soi le poids des attentes que les parents font peser sur nous pour enfin être soi. Elle parle aussi de déracinement et d’expatriation, du travail constant que cela demande et de l’incompréhension des proches. Elle parle de manque et de rêves fragiles. Enfin, cette histoire nous parle d’émotions et d’une jeune femme cherchant à apprivoiser les siennes. 
J’ai beaucoup aimé le style graphique crayonné et la colorisation à l’aquarelle qui apportent lumière et douceur à l’ensemble. Cette lecture fut pour moi un très beau voyage spirituel.

jeudi 4 avril 2024

Hippolyte

Une BD scénarisée par Clotilde Bruneau et dessinée par Carole Chaland, publiée chez Vents d'Ouest.


Hippolyte est une ville cachée, peuplée uniquement de femmes qui font ce qu’elles peuvent pour survivre dans un monde hostile. Avec ces amazones du Far West, attendez-vous à de la violence, des attaques de convois monétaires, des trahisons et des personnages dénués de tout sens moral. En somme, quelque chose d’assez classique pour un western.
Je n’ai pas réussi m’impliquer dans cette histoire au scénario délayé. Je peux imaginer pourquoi ces femmes ont choisi de répondre à la violence par la violence, mais j’aurais aimé en apprendre davantage sur leurs parcours respectifs. Je déteste quand les auteurs créent beaucoup de personnages et ne leur donnent aucune profondeur. C’est très fouillis au départ et on sait à peine qui est qui à la fin. On nous bombarde de prénoms et ça s’arrête là. Il n’y a guère que Victoria et les deux autres femmes de sa famille qui sont un rien plus esquissées que les autres. Les motivations de personnages pourtant importants, comme Brooke pour ne citer qu’elle, nous restent étrangères. Je peux comprendre que ces femmes soient dures, vu leur vie, mais elles sont aussi inexpressives et inflexibles que du marbre. On ne peut pas ressentir d’empathie pour des personnages aussi plats, qui semblent eux-mêmes n’avoir aucun sentiment.
J’ai particulièrement détesté la gamine psychopathe. Elle est exaspérante durant toute la BD et la conclusion de son histoire est bâclée. Franchement, tout ça pour ça ?
Ce western féminin ne m’a pas convaincue du tout. 

jeudi 28 mars 2024

La Volière aux souvenirs

Une BD écrite par Valérie Weishar-Giuliani et dessinée par Nina Jacqmin. Publiée chez Jungle.


Louison est très proche de Fantine, sa grand-mère, et trouve auprès d’elle le réconfort dont elle a besoin durant une période très difficile de sa vie. L’adolescente a perdu son père et voit jour après jour sa mère s’enfoncer dans la dépression. Patience, gentillesse ou colère, rien n’y fait, sa fille ne parvient pas à la faire réagir. Alors Fantine explique à Louison que les émotions sont parfois traîtresses et que nous ne les exprimons pas tous de la même manière. Elle-même a, depuis l’enfance, pris l’habitude de dessiner les siennes. Elle en fait des oiseaux de papier qu’elle place dans une volière, ce qui lui vaut, au mieux, d’être considérée excentrique. Pour sa petite fille, elle décide de déplier ses oiseaux afin de lui conter une partie de leur histoire familiale.
Il est monnaie courante d’être en conflit avec ses parents ou ses enfants, surtout au moment de l’adolescence, alors que la relation entre grands-parents et petits-enfants permet souvent de transcender l’écart entre générations. Sans doute parce que les grands-parents ont d’une part eu le temps de méditer leur expérience de parents et d’autre part n’ont pas la même responsabilité éducative envers leurs petits-enfants. Le fait est que, dans cette BD, le lien entre la grand-mère et la petite-fille va permettre de réparer les liens mère-fille de l’une et de l’autre.
Alors que Louison vit un nouveau chagrin et est encore une fois forcée de grandir plus vite, Candice, sa mère, doit quant à elle lutter contre sa léthargie et regarder en face toutes les rancœurs accumulées. Étrangement, c’est dans le conflit qu’elle va trouver un peu de force, juste l’élan qu’il lui faut pour réaliser que d’autres partagent son chagrin et qu’il faut aimer les gens tant qu’ils sont encore là. Elle va à la fois mieux comprendre sa fille et sa mère, mais aussi ses propres émotions et la façon délétère dont elle les gère.
Au fur et à mesure que sont dépliés les oiseaux de papier de Fantine, les sentiments des trois femmes se répondent et s’expliquent, s’entremêlent et renforcent leurs liens. Cette histoire est belle, douce et poétique. Elle parle d’amour, de transmission intergénérationnelle et de partage. Elle nous montre aussi l’importance de l’expression par l’art et toutes formes de créativité. En permettant aux personnages d’expérimenter plus d’empathie, elle les pousse vers la résilience.
Les dessins sont très jolis, y dominent des tons parme, avec des touches orangées, roses et éthérées. Ces couleurs pastel et vaporeuses apportent au récit une lumière aurorale. Aurorale et non crépusculaire, car les couleurs sont douces et poudrées, porteuses d’espoir plus que de nostalgie. J’ai particulièrement apprécié l’aspect graphique de cet album.

mardi 26 mars 2024

Le Prince et la Couturière

 Une BD de Jen Wang, publiée chez Akileos.


C’est l’histoire d’une fille qui rêve de faire des robes extravagantes, mais fait office de petite main dans un atelier. C’est aussi l’histoire d’un prince qui, certains jours, préfère être une princesse. Passionnés de mode, Francès et Sébastien étaient faits pour se rencontrer, cependant, sans un coup de pouce du hasard, ils n’auraient jamais dû se croiser. Avec une bonne dose de foi l’un envers l’autre, ils vont décider de faire équipe et de vivre leurs rêves.
J’ai aimé la façon dont ces deux-là apprennent à se connaître et se livrent leurs secrets petit à petit. Leurs espoirs s’entremêlent et ils s’encouragent. Enfin, c’est le cas au début. Eh oui, parce que si tout était idyllique, il n’y aurait pas d’histoire… Nos deux jeunes personnages sont vite rattrapés par les réalités de la vie. Quand l’un a peur que son secret s’ébruite, l’autre craint de rester toute sa vie dans l’ombre…
On pourrait leur reprocher leur incapacité à faire des compromis, mais il faut se souvenir qu’ils sont fort jeunes et que la situation pourrait se révéler très problématique pour l’un d’entre eux qui a très peur de la réaction de son entourage. Francès et Sébastien sont attachants malgré la construction sans nuances de leur caractère. Ils restent avant tout deux adolescents qui essaient de trouver leur place, entre ce à quoi ils aspirent et ce que la société attend d’eux. L’un doit se conformer aux attentes et espoirs de ses parents qui le préparent à devenir roi, l’autre aux exigences de l’industrie de la mode qui brident sa créativité.
Jusqu’à quel point peut-on accepter de faire des concessions sans dévier de ce que l’on est et de ce que l’on  souhaite ? La question se pose d’autant plus pour un travail créatif comme celui de Francès ; entre ce que l’on aspire à créer et ce qui se vend, il y a parfois un monde. Si Sébastien est touchant dans sa façon de ne vouloir décevoir personne, Francès l’est quant à elle dans son amour pour son travail.
Cette BD nous conte une jolie histoire sur l’acceptation de soi, la tolérance et la volonté de croire en ses rêves. Cela manque un peu de profondeur, mais est néanmoins très mignon.
Les dessins, fort simples, dans un style un peu naïf, sont adaptés à la nature de l’histoire. L’usage de couleurs vives est bienvenu car il apporte de la vie à l’ensemble.
À la fin de l’ouvrage se trouve un court dossier dans lequel l’autrice explique son processus créatif. J’apprécie toujours ce type de bonus et celui-ci est intéressant.
C’est une belle lecture pour un jeune public.

jeudi 21 mars 2024

Le Printemps de Sakura

Une BD de Marie Jaffredo, publiée chez Vents d'Ouest.


Sakura vit à Tokyo avec son père d’origine française. Ce dernier doit partir quelques semaines à l’étranger pour le travail et la confie donc à la mère de sa défunte épouse qui vit dans un village de bord de mer. La petite fille se montre rétive à l’idée de se rendre chez cette grand-mère dont elle ne se souvient guère. Son père, pris dans la spirale du deuil et les difficultés qu’il a eu à récréer un équilibre pour sa fille, n’a pas réussi à maintenir le lien comme il l’aurait voulu et il le regrette. Il y voit une occasion de permettre à l’enfant de renouer avec sa grand-mère japonaise.
Sakura a beau vivre au Japon, elle se sent étrangère à sa propre culture. Sa mère décédée dans un accident trois ans auparavant n’est plus là pour l’éveiller à cette part de son héritage. Or, les racines poussent toujours vers l’endroit où elles trouvent de l’eau ainsi que des nutriments et les siennes s’atrophient. Sans en avoir vraiment conscience, l’enfant souffre d’être étrangère à cette part d’elle-même.
Auprès de sa grand-mère, elle va se reconnecter à sa moitié japonaise, à la langue qu’elle parle avec difficulté, aussi bien qu’à l’histoire de sa famille et à cette mère qui lui manque tant. J’ai aimé voir la vieille dame et la petite fille s’apprivoiser en douceur. Matsumi est une femme adorable qui comprend les sentiments de Sakura sans qu’elle ait besoin de les exprimer. Son amour pour sa petite-fille est inconditionnel. Elle lui montre son affection sans forcer la sienne en retour. J’ai aimé la façon dont elle laisse les choses se faire. Des liens se tissent peu à peu entre elles et cela passe par des petites choses : la cuisine, des promenades, apprécier la nature dont Sakura est trop privée à Tokyo, la pêche, les croyances et la découverte du village. Sakura apprend que sa grand-mère y a toujours vécu et commence à poser des questions sur sa famille, à s’intégrer dans cette histoire familiale qui est aussi la sienne. Toutes ces petites choses, tissées entre elles, nourrissent enfin cette part d’elle-même à l’abandon. Matsumi intègre Sakura dans sa vie comme si elle y avait toujours été et sans doute était-ce ce dont la petite fille avait besoin.
Sakura apprend à connaître les gens autour d’elle et se fait des amis. Mais, surtout, elle franchit une étape importante dans son deuil. Via sa grand-mère, elle retrouve sa mère. Voir la petite fille enfin libérée de ce poids est très émouvant.
Le Printemps de Sakura est une histoire douce-amère, pleine de tendresse, de poésie et de sensibilité. Les dessins sont magnifiques et j’ai passé beaucoup de temps à les admirer. J’ai adoré cet ouvrage du début à la fin, je ne peux que le recommander.

mardi 19 mars 2024

La Venise des Louves

Une BD scénarisée par Aurélie Wellenstein, avec des dessins d'Emanuele Contarini. Publiée chez Drakoo.


Les habitants de Venise ont vu une île s’éteindre brusquement durant la nuit et tous les secours qu’ils ont pu envoyer à leurs concitoyens depuis ne sont jamais revenus. Dès lors, des attentats aux effets dévastateurs ont commencé, semant la terreur et infligeant des blessures d’un genre nouveau à leurs victimes.
Renzo a survécu à l’une de ces bombes magiques. Il a perdu un bras, mais il peut s’estimer chanceux quand on voit ce qu’ont subit les femmes qu’il a rassemblées autour de lui. Elles sont quatre et il les surnomme ses Louves. Avec elles, il compte bien se venger de ceux qui ont orchestré ces attaques et qui rançonnent sans vergogne les Vénitiens.
Ce sont les dessins que j’ai préférés dans cette BD, mais je ne peux pas dire non plus qu’ils resteront gravés dans ma mémoire. Je n’ai pas aimé l’histoire, simpliste et brouillonne. Les scènes s’enchaînent sans réelle transition, donnant à l’ensemble un aspect fouillis. Ce manque de fluidité rend le récit pénible à suivre tant il est difficile d’y entrer. Le scenario se concentre davantage sur des scènes de combats plutôt confuses qui m’ont ennuyée et n’apportent pas grand-chose. Je ne me suis sentie à aucun moment impliquée dans cette histoire ni dans le destin de ses personnages.
Et puis j’ai détesté la suffisance et la masculinité tellement toxique du personnage de Renzo qui se sert de ses Louves comme d’armes sans respect de leur propre douleur ou de leurs limites. Il les utilise sans honte, les dirige et se cache derrière elles. La grande classe. Surtout quand il ajoute une nouvelle à sa collection, une enfant…
Il est le personnage le plus construit, bien que détestable, les autres sont davantage des accessoires. Les Louves, ainsi que tous ceux qui apparaissent en arrière-plan, demeurent des ombres. Malgré l’horreur de ce qu’ont vécu ces femmes et leur souffrance, on ne s’attache pas à elles car elles n’ont aucune profondeur. Pourquoi vouloir mettre en scène autant de personnages sans leur offrir un développement plus conséquent ? Certes, le format court a ses contraintes et chaque membre du groupe de Renzo illustre un des effets des bombes sur les victimes. Mais le tout ressemble au final davantage à un synopsis qu’à une histoire complète.
La fin, facile et convenue, a eu raison du peu de patience qu’il me restait. Je n’ai pas du tout apprécié cette lecture.

jeudi 14 mars 2024

Goupil ou face

 Une BD de Lou Lubie, publiée chez Vraoum.

Dans cet ouvrage aussi éducatif que cathartique, Lou Lubie nous parle des différentes formes de bipolarité, en particulier de la cyclothymie dont elle est atteinte, et de son parcours chaotique avant d’être correctement diagnostiquée et soignée. Ce type de témoignage est d’autant plus important que la bipolarité est encore fort mal connue de nos jours et qu’on l’associe souvent à sa forme la plus extrême en oubliant qu’il en existe d’autres. Or, cela prive de nombreuses personnes de l’aide et des soins dont elles ont besoin. Il est déjà très difficile d’accepter que l’on est atteint d’une maladie mentale, mais quand on sait que quelque chose ne va pas et que personne ne l’entend ni ne parvient à le définir, c’est encore pire. En nous décrivant son vécu, avec autant de sensibilité que de sincérité, Lou nous permet de nous rendre compte de tout ce que cela implique et des affres par lesquelles elle est passée. Sans être atteinte du même trouble, j’ai ressenti une grande empathie envers elle.
La cyclothymie a cela de particulier qu’elle est particulièrement instable, les humeurs variant drastiquement de manière tout à fait aléatoire. Elle est donc très difficile à identifier. Comment quelqu’un pourrait envisager sérieusement qu’une personne fait une dépression si elle est capable deux jours plus tard de s’atteler à un projet des plus ambitieux et qu’en plus elle le mène à terme ?
Lou nous parle sans fard de toute la complexité de sa maladie, qu’elle voit sous la forme d’un renard capricieux et parfois effrayant, et de tout ce qu’elle a mis en place pour vivre avec lui dans une entente plus ou moins bonne.
J’ai aimé ses planches en noir, blanc et rouge et tout le symbolisme qui va avec et qui nous parle de ses humeurs. L’usage de ces couleurs nous aide à mieux appréhender ses phases up et down. C’était parlant, artistique et poétique à la fois. J’ai toujours aimé la façon dont elle s’exprime par l’image et c’est particulièrement réussi dans cet ouvrage.
Elle a aussi fait un gros travail de vulgarisation pour permettre à ses lecteurs de mieux comprendre les différentes formes de bipolarité, mais aussi l’aide différente que peuvent leur apporter les médecins et les thérapeutes.
Lire le parcours de Lou peut aider des gens, pas seulement ceux souffrant d’un trouble bipolaire ou leurs proches, mais aussi ceux atteints d’un trouble mental que l’on peine à diagnostiquer et qui peuvent trouver dans son témoignage assez de force pour persister dans leur quête de soins.

mardi 12 mars 2024

Séraphine

Une BD illustrée et scénarisée par Edith, d'après un roman de Marie Desplechin, publiée chez Rue de Sèvres.


La vie de Séraphine a bien mal commencé. Elle est née à l’hospice d’une mère mourante et aurait fini à l’orphelinat sans la bienveillance d’un vieux curé. Seulement voilà, les nonnes ne peuvent pas la garder. Que faire sinon prier Sainte Rita, patronne des causes désespérées ? Il faut croire que le père Sarrault a l’oreille de la sainte car celle-ci leur a vite envoyé une solution en la personne de Charlotte, la tante de l’enfant.
Ainsi, Séraphine grandit à Montmartre en cette fin de XIXe siècle, sous la protection d’un curé, d’une tante prostituée et de la couturière revêche à qui on l’a confiée. Mais Séraphine a bien d’autres aspirations que de bâtir des chemises et poser des boutonnières. Et puis elle est curieuse… Elle aimerait savoir qui étaient ses parents et ce que c’est que cette « Commune » que les adultes autour d’elle n‘évoquent qu’à demi-mot, éludant dès qu’elle ose poser une question. Alors, pourquoi ne pas s’en remettre une fois de plus à la sainte sous la protection de laquelle sa tragique naissance l’a placée ?
Cette BD est adaptée d’un roman jeunesse de Marie Desplechin que je n’ai pas lu, mais je pense y remédier un jour. J’ai beaucoup aimé Séraphine, jeune fille vive au caractère affirmé. Elle se montre aussi pragmatique qu’idéaliste, ce qui donne un intéressant contraste à son caractère, et change sans le savoir le monde autour d’elle. Par amour pour cette enfant, des gens qui ne se seraient jamais fréquentés en temps normal finissent par s’allier, ce qui est particulièrement émouvant, en plus de nous permettre un tour d’horizon de différentes classes sociales de l’époque.
Au-delà de l’histoire personnelle de la fillette, il y a celle de Montmartre et de ses habitants, celle de la Commune et de la plaie béante qu’elle a laissé. Tout cela est raconté de manière aussi pudique que touchante et m’a fait monter les larmes aux yeux plusieurs fois.
Cette BD est destinée à un jeune public, mais peut être appréciée à tout âge. Elle m’a donné envie de découvrir le roman.

mardi 5 mars 2024

La Fille dans l'écran

 Une BD de Lou Lubie et Manon Desveaux, publiée chez Marabulles.



Coline vit en France, à la campagne, chez ses grands-parents. Elle veut devenir illustratrice. Elle travaille sur un livre pour enfants tout en se battant contre ses crises d’angoisse. Marley vit au Canada et rêvait d’être photographe, mais elle s’est peu à peu laissé engluer dans les nécessités du quotidien. Un jour, Coline va tomber sur les photos de Marley et lui demander l’autorisation de s’en servir comme base de travail pour ses dessins et les deux femmes vont commencer à correspondre.
Coline et Marley étaient faites pour se rencontrer à ce moment précis de leur existence. Chacune va apporter à l’autre un nouvel élan.
Marley a perdu de vue ses idéaux et ses aspirations. Elle vit avec un homme très égoïste et toxique qui détruit petit à petit sa confiance en elle, alors elle a renoncé à s’épanouir dans son travail et ne fait qu’enchaîner les tâches sans motivation. Coline, quant à elle, manque aussi terriblement de confiance. Elle a souffert de phobie scolaire, ses crises d’angoisse minent son quotidien et seuls ses grands-parents semblent comprendre sa profonde détresse. Malgré tout, elle s’accroche. Le fait que chacune aime le travail de l’autre va leur apporter la confiance qui leur manque et les aider à garder le cap. Peu à peu, une forte amitié, et peut-être davantage, va se développer entre elles.
J’ai aimé apprendre à les connaître, comprendre d’où venaient leurs peurs, voir comment chacune soutenait l’autre, pas seulement avec des encouragements, mais aussi des critiques constructives. L’histoire est plaisante, mais je crois que c’est la dimension artistique de l’ouvrage que j’ai préférée.
Dans ce roman graphique à quatre mains, le quotidien des deux protagonistes est exposé en face à face. D’un côté on a Coline en noir et blanc, avec un fond plus dessiné et des cases qui s’adaptent souvent à l’état d’esprit du personnage, de l’autre Marley avec ses couleurs vives et ses planches structurées dans un quadrillage franc à l’image de Montréal où elle vit, mais aussi de son amour pour la photographie. La façon dont les planches se répondent est vraiment plaisante et ajoute à la poésie ainsi qu’à la subtilité de cette histoire. J’ai particulièrement aimé le jeu très esthétique entre les ombres et les couleurs quand leurs deux mondes se rejoignent. Les styles des deux dessinatrices vont très bien ensemble et se complètent efficacement.
Ce fut une excellente découverte.

lundi 26 février 2024

Bluebells Wood

 Une BD de Guillaume Sorel, publiée chez Glénat.


William est peintre. Il vit tel un naufragé volontaire à l’écart du monde dans une maison isolée au creux d’une crique avec pour seuls visiteurs son agent, qui tente de le pousser à sortir de sa réclusion, et une jeune modèle qu’il regarde à peine. William ne dessine et ne peint qu’Héléna, sa compagne dont on ne sait vraiment si elle est décédée ou si elle l’a juste quitté. Mais un jour l’étrange envahit l’existence solitaire de cet artiste submergé par les regrets sous la forme de créatures marines, dont une en particulier semble autant obsédée par lui qu’il l’est par Héléna.
Bluebells Wood offre une atmosphère étrange et tourmentée, un rien poisseuse. C’est de l’Effroi à la lisière du Fantastique (ou inversement selon la sensibilité de chacun) et cela m’a particulièrement rappelé les écrits d’Arthur Machen. Je préfère le Fantastique plus vaporeux, plus incertain encore, mais cet album est néanmoins un digne représentant du genre qui ravira les amateurs.
Dans l’antiquité, la mer était le domaine des morts même si paradoxalement toute vie vient d’elle. Elle symbolise aussi l’immensité et la perte de repères. Dans notre monde cartographié au millimètre, elle demeure nimbée de mystère. On peut toujours ignorer la science à dessein et rêver sans se forcer à ce qui pourrait se cacher au cœur de ses abysses.
L’océan appelle à l’introspection. Bluebells Wood est à sa façon une histoire de submersion intérieure, de deuil et de repères faussés, souvent les nôtres, où l’on navigue à vue avec le personnage.
Qu’est-ce qui est réel ? Qu’est-ce qui ne l’est pas ? L’histoire est assez classique mais cette version presque horrifique de La Petite Sirène se révèle un peu inconsistante. Le récit se fait de plus en plus onirique et saccadé au fil des pages et, pour moi, il manque de fluidité. Je n’ai pas été aidée par les dessins qui, tout en étant remarquablement exécutés, renforcent cette impression de désordre. C’est un mélange de contrastes forts et de ce que l’on pourrait presque qualifier d’impressionnisme que je trouve visuellement assez perturbant. Cependant j’ai conscience qu’il s’agit de la façon dont mon œil le perçoit, cette impression est particulièrement subjective dans mon cas. J’ai toutefois beaucoup aimé la texture que l’artiste a donné à ses dessins. Il a fait un travail magnifique sur cet album.
Je dois avouer que j’ai davantage apprécié les dessins et croquis du dossier final, quand mon esprit s’est libéré de l’histoire. Celle-ci ne me marquera pas outre mesure, mais le bon Fantastique se fait rare de nos jours et ça fait plaisir d’en voir en BD.

mardi 20 février 2024

Pole Dance, ma vie en équilibre

 Une BD de Juliette Taka, publiée chez Glénat.


Cette BD nous conte l‘histoire de Laëtitia, une jeune femme dans sa vingtaine, qui a envie de se remettre au sport et décide sur un coup de tête d’essayer la pole dance. Elle tombe amoureuse de cette discipline très exigeante, loin des clichés qu’on peut avoir sur elle, et se lance corps et âme dans sa pratique. Cette BD nous parle du rapport de la protagoniste avec son corps, mais aussi de ce que lui apporte la pratique de ce sport dans son quotidien. Elle s’apprivoise, apprend à s’aimer, trouve du réconfort quand la vie lui envoie des épreuves. Laëtitia est un personnage touchant qui semble d’autant plus réel que l’autrice-illustratrice a mis beaucoup d’elle-même dans son histoire.
Je ne suis pas sportive et ne l’ai jamais été, si on excepte un peu de yoga et de marche, à la cool. Je n’aime pas non plus la danse, même si je ne suis pas insensible aux prouesses dont sont capables les danseurs-euses aguerri-es et surtout les acrobates. Alors pourquoi ai-je été d’emblée attirée par ce roman graphique ?
Je ne sais pas vraiment. J’appréciais les dessins, avec leurs traits modernes et leurs couleurs un peu passées, mais surtout la passion qui se dégageait de cet ouvrage, le message féministe, ce besoin de s’approprier son propre corps et de prendre confiance en soi grâce à une activité valorisante. Parce que oui, la pole dance est valorisante même si elle souffre d’une mauvaise image chez les esprits étriqués. C’est une pratique sportive et artistique comme une autre et je n’ai pas attendu cette BD pour en avoir conscience. J’ai aimé la façon dont le personnage grandit et se développe, dans ses bons moments comme dans l’adversité. Elle prend confiance en elle et même si elle chute, elle parvient à se relever et à s’aimer davantage ainsi qu’à lâcher prise et s’accepter comme elle est. Il y a de beaux messages dans cette BD, d’ailleurs c’est aussi, entre autres, une belle histoire d’amitié. Et puis, quelle n’a pas été ma surprise de glaner quelques mots dans ma langue maternelle dès la première page ! Je suppose que ça a apporté un petit plus. J’ai aussi, point très positif, appris des choses intéressantes au cours de ma lecture et pas seulement sur la pole dance.
J’ai bien fait de m’éloigner de mes sujets de prédilection car ce fut une belle découverte.

mardi 13 février 2024

Pisse-Mémé

Une BD de Cati Baur, publiée chez Dargaud.


Lors d’une soirée bien arrosée, quatre amies s’imaginent tenir ensemble un bar à tisanes, qu’elles appelleraient Pisse-Mémé évidemment. Nora ferait des gâteaux, Marie s’occuperait d’un espace librairie, Camille pourrait avoir un studio de yoga attenant et Marthe mettrait à profit ses talents de leader tout en s’occupant du service. Ensemble, elles travailleraient dans la bonne humeur.
On a tous déliré avec nos potes sur ce qu’on ferait si on gagnait d’un coup une grosse somme d’argent. C’est un joli projet, mais les quatre copines le croient voué à rester dans le domaine du rêve. Enfin, c’est sans compter sur l’héritage de Marthe et Camille, cadeau inattendu d’une tante qu’elles n’ont pas connue. Aussitôt dit, aussitôt fait, les jumelles ressortent cette idée du placard et sont bien décidées à convaincre leurs amies de se joindre à elles. Le hic ? Nora et Marie n’ont pas l’argent nécessaire. Qu’à cela ne tienne, elles vont se lancer dans un financement participatif pour concrétiser leur rêve ! Cependant, cette aventure ne sera pas de tout repos.
Marthe, Camille, Nora et Marie sont des femmes très différentes et, plutôt que de les diviser, cela fait leur force car elles se complètent, se poussent vers l’avant et se soutiennent dans les moments difficiles. Ce n’est pas toujours simple et des fois elles se tapent sur les nerfs, mais elles savent que ça fait partie de la vie et elles l’acceptent. Je pense que c’est ce que j’ai préféré dans cette BD. L’amitié que nous dépeint l’autrice n’est pas parfaite ni idéalisée. Et puis j’ai aimé découvrir ces femmes. Le récit prend le temps de s’intéresser à chacune et de nous décrire leur quotidien ainsi que leurs aspirations.
Marthe, speed et décidée, est l’exemple de la réussite, le genre de personne pour qui tout semble facile, Camille, la hippie aux chats, se satisfait de ne pas être dans la norme, mais ne parvient pas toujours à le faire comprendre à son entourage. Nora est une femme organisée qui semble capable de tout gérer, une bosseuse acharnée qui est toujours restée dans les clous, pourtant elle commence à fatiguer. Et enfin Marie, la mère célibataire, jongle entre trois boulots. Individuellement, ce sont déjà des femmes attachantes, mais l’amitié qui les lie renforce la chose. Elles se soutiennent, mais ne se gênent pas non plus pour se dire leurs quatre vérités quand c’est nécessaire.
J’ai aimé les voir développer leur projet, avec tous les rebondissements, les embûches et les adaptations que cela implique. Là encore, rien ne coule de source, mais elles persistent et leur détermination est inspirante. Cela sonne juste car la vie n’est jamais parfaite, on règle un souci pour se recevoir une autre tuile dans la tronche l’instant d’après... Cependant ces femmes tiennent le coup parce que quand l’une est proche de baisser les bras, une autre est là pour la booster.
Cette BD est l’histoire d’un projet et d’une amitié, mais c’est aussi, pour les jumelles, la découverte d’une partie de leur histoire familiale. J’ai trouvé ce passage-là assez émouvant et apprécié qu’elles puissent le partager avec Nora et Marie.
J’ai trouvé aux dessins une certaine douceur. J’aime ce style vaporeux. Les petits détails glissés çà et là m’ont beaucoup plu, comme par exemple les couvertures des livres que lit Alma ou ce que fait le chien quand personne ne le regarde. Pisse-Mémé est une très jolie BD.