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mardi 23 janvier 2024

Le Règne des chimères - Les Royaumes Immobiles T2

Un roman d'Ariel Holzl, publié chez Slalom.
Cette série ne compte que deux tomes.



Le tome précédent m’ayant laissée dans l’expectative, j’ai préféré lire le deuxième dans la foulée, d’une part car je souhaitais connaître la suite et d’autre part car il m’a semblé plus judicieux de le lire tant que tous les indices que j’avais glanés étaient encore frais dans ma mémoire. J’ai bien fait. Ces livres auraient clairement mérité d’être réunis en un seul.
Cependant je dois avouer que j’ai moins aimé cette deuxième partie et je ne pense pas que cela soit dû à un trop long séjour dans cet univers tortueux. D’ailleurs, cette lecture ne m’a pris que deux jours, comme pour le premier volume.
L’histoire m’a semblé plus lente dans cette partie, toujours intéressante, cependant répétitive. Dans ce drame shakespearien, passions et égarements se répètent comme dans l’opéra éternelle de Khald. Cela fait sens à la fin, mais devient néanmoins lassant au fil des péripéties.
On en apprend davantage sur la cour des Ombres et le monde féerique, ce qui est appréciable. L’auteur tient ses promesses et réserve même quelques surprises. J’ai été ravie de voir que j’avais bien décodé plusieurs de ses références et bonne perdante quand je ne les avais pas vues venir.
Cependant Ivy est insupportable dans ce deuxième tome, ce qui a plombé ma lecture. Si j’étais toute disposée à lui pardonner sa naïveté dans le tome précédent car je la pensais justifiée, je croyais aussi qu’elle avait tiré des leçons de ses erreurs et grandit un peu. Elle avait d’ailleurs pris conscience de ses défauts et faisait face à son destin et aux épreuves avec plus d’opiniâtreté. Je m’attendais donc à la retrouver plus posée et tactique. Malheureusement il n’en est rien. Elle m’a semblé beaucoup plus puérile dans cette suite. Elle vit certes une situation compliquée, mais je doute que se plaindre continuellement et jouer les bravaches soit une solution… Elle se montre très prétentieuse, sans pourtant en avoir les moyens, et ressemble davantage à une enfant capricieuse qu’à une reine.
J’ai donc été quelque peu déçue par ce deuxième tome. Il est bien écrit et cohérent avec ce que l’auteur nous avait laissé entrevoir, mais assez plat d’un point scénaristique, notamment à cause du périple des personnages qui s’étire en longueur et répétitions. En outre, lesdits personnages m’ont semblé davantage caricaturaux dans cette suite. Cela fait sens avec la fin cependant et je garderai un bon souvenir de cette duologie.

jeudi 18 janvier 2024

La Princesse sans visage - Les Royaumes Immobiles T1

Un roman d'Ariel Holzl, publié chez Slalom.
Cette série ne compte que deux tomes.

Présentation de l'éditeur :

Une plongée fantastique au royaume des feys
Dans les Royaumes Immobiles, l'existence est contrôlée par quatre monarques. Sans eux, la réalité serait réduite à un flot d'énergie magique et chaotique. Or le trône d'Automne, vacant depuis trop longtemps, menace cet équilibre : il faut lancer un nouveau sacre. Sept jeunes femmes peuvent y prétendre. La compétition sera sans pitié. Ivy est candidate malgré elle. À 18 ans elle a passé toute son existence cachée derrière les murs de son manoir et les parois de son masque.
Elle est une " Belle-à-mourir " : quiconque voit son visage est pris de folie meurtrière ou suicidaire. Propulsée dans le monde des Sidhes, la noblesse des feys, au cœur de manigances qui la dépassent, elle va devoir puiser dans ses ressources pour survivre. Un chemin qui la mènera bien plus loin qu'elle ne l'aurait imaginé...

Un roman fantastique de haute volée dans l'univers sombre et mystérieux des Feys.

Evergrey, le royaume fey de l’automne se délite et si les trois autres reines des saisons ne lui trouvent pas rapidement de monarque, le mal atteindra bientôt leurs contrées. Aussi organisent-elles une série d’épreuves retorses pour tester les candidates qu’elles ont-elles-mêmes choisies. Reines autant que participantes ont leurs ambitions et sont prêtes à tout pour tirer leur épingle de ce jeu cruel, mais c’était sans compter une candidate de dernière minute… Une jeune femme qui ne prend pas la mesure du nid de serpents dans lequel on l’a jetée.
Férue de mythes, de légendes et de fantasy ancrée dans ce fertile terreau, j’arrive aussitôt que l’on me parle de feys. Le sujet est à la mode actuellement et cela donne lieu à autant de belles découvertes que de déconvenues. Cependant, en choisissant un roman d’Ariel Holzl, je savais opter pour une valeur sûre et j’ai été emportée par ce récit. L’auteur a construit son monde et ses personnages autour d’un noyau composé de ce magma de connaissances, d’histoires et de légendes qui parlent à chaque amateur du genre, mais en y apportant son originalité, le foisonnement de sa tortueuse imagination (oui c’est bien un compliment) et l’élégance acérée de sa plume. J’ai aimé toutes les références, notamment shakespeariennes et tout ce qu’elles laissent deviner.
Ivalie, l’héroïne de ce roman, est un personnage aussi attachant qu’intéressant. L’auteur distille ses informations au fur et à mesure, laissant au lecteur le temps de chercher entre les lignes. Ivalie change beaucoup au cours du récit. La jeune fille naïve et un peu pleurnicheuse, qu’elle a néanmoins conscience d’être, s’étoffe et s’endurcit au fil des épreuves, mais son cœur reste généreux. J’ai hâte de voir ce qu’elle deviendra dans la suite.
J’ai terminé cette lecture en deux jours. Il m’a été très difficile de la lâcher sur la deuxième moitié. Le récit est intelligent, plein de détails et de références plus ou moins évidentes qu’un lecteur attentif appréciera. Je vais illico enchaîner avec le deuxième tome (ce que je déteste faire d’habitude) car la fin du premier explose dans un cliffhanger. Comment pourrais-je attendre davantage avant de savoir ce qu’il advient de tous ces personnages ?!

lundi 5 avril 2021

Le jour où l'humanité a niqué la fantasy

 Un roman de Karim Berrouka, publié chez ActuSF.


Présentation de l'éditeur :

Au départ, il y a un lutin qui hurle « Vous avez niqué la fantasy ! » alors qu’il retient en otage plusieurs personnes dans une bibliothèque. Et puis il y a le coup d’un soir d’Olga qui se met à déconner et à foutre le feu à son appartement, avant d’aller brouter les pissenlits par la racine. Et il y a aussi les trois punks Jex,
Skrook et Pils qui doivent jouer au Festival du Gouffre tandis qu’il se passe de drôles de trucs dans la forêt d’à côté.

Karim Berrouka, auteur du Club des Punks contre l’apocalypse zombie (prix Julia Verlanger) revient avec Le jour où l’humanité a niqué la fantasy. Membre émérite de la World Grouilleux Academy of Fariboles et professeur de fantasy appliquée à Normal Sub, livre ici un récit autobiographique indispensable pour la compréhension de l’univers et le salut de l’humanité.

Tout commence quand un cinglé prend des gens en otage dans une bibliothèque parce que « l’humanité a niqué la fantasy ». Enfin non. Tout commence peut-être quand Olga ramène chez elle un type qui éjacule des flammes… Non, toujours pas. Alors tout commence peut-être au cours d’un festival punk dans un bled paumé dont les habitants sont bien trop accueillants. Quand une mamie vous fournit en speed, méfiez-vous quand même un peu.
Vous trouverez dans ce roman à la narration tressée des fées gélatineuses (et libidineuses), des lutins d’un mètre quatre-vingt, des licornes méprisantes, des ondines caractérielles, un gamin schizo (ou pas) avec son démon intérieur, deux filles qui n’avaient rien demandé mais ne s’en laissent pas conter, une apocalypse mal calibrée et des punks, bien sûr.
J’aime ces romans qui ne vous mâchent pas l’imagination ou les neurones avec une narration bien linéaire. Ici les pistes se croisent, forment des boucles en retour arrière et créent un motif qu’il est plaisant de voir se dessiner. La multiplicité des personnages freine peut-être un peu l’implication du lecteur dans certaines parties, s’il développe une préférence pour l’une ou l’autre. Cela n’a pas été mon cas. J’ai adoré Olga, Margo et les punks. Sans parler des auteurs...
Le jour où l’humanité a niqué la fantasy est un roman drôle, plein d’énergie, de chaos et d’absurdité, ainsi que d’êtres féeriques comme vous ne les avez jamais vus (et ne voulez surtout pas les voir), mais aussi d’intelligence et d’irrévérence. Il se joue des codes de la fantasy sans se prendre au sérieux pour autant.
J’ai apprécié ce récit déjanté et le jeu de références au point que je n’ai pas vu défiler les pages. 

mardi 15 septembre 2020

L'Héritage du rail, La Dernière Geste T2

Un roman de Morgan of Glencoe, publié chez ActuSF dans la collection Naos.


Présentation de l'éditeur :
Alors que la nouvelle se répand en Keltia, Yuri, ramenée de force à l’ambassade du Japon, est déterminée à reprendre sa liberté malgré tout. Mais comment fuir, et où trouver refuge ? Seul le Rail semble désormais capable de lui donner asile...
Après les débuts en fanfare de la série La Dernière Geste de Morgan of Glencoe, romancière et harpiste professionnelle, voici enfin le deuxième tome très attendu des lecteurs et lectrices.
S’il y a bien une suite que j’attendais avec impatience, c’est celle-ci. J’ai abandonné mes lectures en cours — oui, j’en ai toujours plusieurs — et j’ai dévoré ce roman en trois jours. Pourtant c’est un petit pavé. Bon c’était aussi le week-end, j’ai renoncé à toute vie sociale ou presque et j’ai lu à m’en exploser le cerveau. Tout ça pour vous dire que mon enthousiasme n’a pas faibli de l’attente à la première page, puis de cette première page à la dernière.
J’aime cette saga, épique et ambitieuse, qui peut vous réconforter aussi bien que vous arracher le cœur. Morgan of Glencoe a travaillé ses personnages autant que son univers. Elle y a mis autant de patience que de réflexion. Cela se sent et est d’autant plus appréciable que ce livre est publié dans la collection Naos destinée aux adolescents. Je vous dis souvent tout le bien que je pense de cette collection, mais ce livre mérite que je me répète. On a besoin de plus de romans de ce type, des textes intelligents, poétiques et profonds qui effacent les barrières entre les littératures jeunesse et adulte, qui ne font pas dans l’hypocrisie ou le manichéisme.
Ce tome est celui des choix. Les personnages sont autant de pièces sur un échiquier et l’équilibre des forces s’est trouvé bouleversé par les événements du premier volume. Certains ont fait des choix qu’ils doivent maintenant affirmer et assumer, ce qui est loin d’être simple dans un climat où la moindre étincelle pourrait provoquer une guerre qui couve depuis trop longtemps.
Des personnages que l’on pensait secondaires émergent dans ce deuxième Chant. On en apprend davantage sur leurs motivations, mais aussi leur parcours. Je pense notamment à Gabrielle et Kenzô, mais aussi Aliénor. L’autrice laisse à chacun la possibilité de s’exprimer et gère de manière admirable toutes ces voix sans perdre de vue ses objectifs ni noyer son lecteur. C’est un réel tour de force car il y a vraiment beaucoup de personnages, sans compter ceux qui arrivent, et l’autrice nous démontre qu’on a tort de s’attendre à ce qu’ils ne fassent que de la figuration.
Voir évoluer tous ces personnages que l’on a appris à connaître et aimer est un plaisir. Certains se libèrent du passé, d’autres de leurs œillères. Tous avancent et tous sont passionnants à suivre. Même ceux que l’on se prend à détester ne sont pas totalement mauvais ce qui est très important à mes yeux.
J’aimais déjà Yuri, qui a tant évolué dans le premier tome. La petite princesse capricieuse et surprotégée est bien loin maintenant et la femme qu’elle est devenue n’en est que plus admirable. Ce qu’elle apprend sur elle-même dans ce tome ne lui confère que plus de valeur à mes yeux car je pense qu’on a besoin de davantage de personnages comme elle. Pourtant, il ne faut pas croire qu’elle est au centre du récit. Il n’y a pas un personnage principal autour duquel tout s’articule dans cette saga mais plusieurs et c’est ce qui lui confère une partie de son charme. J’avoue toutefois une petite préférence pour Yuri, Trente-Chênes et Alcyone.
Ce deuxième Chant laisse le temps aux lecteurs de se familiariser davantage avec ce monde et son contexte politique. On l’explore en profondeur et on peut appréhender, moins dans l’urgence que dans le premier Chant, l’importance des choix de toutes ces personnalités politiques, la place de Keltia et comment elle se maintient malgré l’hostilité des autres nations ainsi que la grande importance du rail, ressource stratégique dans ce statu quo.
Ce tome a tenu toutes ses promesses. J’ai ri, j’ai été émue. Je me pose autant de nouvelles questions que j’ai obtenu de réponses, mais, surtout, j’ai hâte de lire ce que les personnages feront de leur héritage. 

Défi Cortex catégorie auteur breton

lundi 7 septembre 2020

La Louve de Brocéliande, intégrale

Une trilogie de Lia Vilorë.
Le premier volume a été publié chez Lune Écarlate, mais n'est plus disponible à la vente. Vous pouvez vous procurer l'intégrale gratuitement sur le blog de l'autrice et lui faire un don via Tipeee si ça vous dit.

Résumé :
De nos jours en Bretagne, peu savent que la légendaire forêt de Brocéliande est le théâtre d'une guerre fratricide entre fées.
Victime de fièvres inexplicables lors de la nouvelle et de la pleine lune, la lycéenne Hikira Bisclavret fait un jour la connaissance d'Éric Freinet. Un être ambigu qui la fascine et en qui elle trouve un ami inespéré.
Éric et Hikira deviennent les cibles de fées prêtes à tout pour les détruire, car découvrir le secret des fièvres de la jeune fille ne sera pas sans payer le prix fort.
Après tout, les Demoiselles sont aussi merveilleuses que terribles...
Hikira a presque seize ans. Elle a perdu sa mère dans des circonstances horribles et s’est un peu renfermée sur elle-même. Cela étant, elle semble être une adolescente normale et c’est par hasard qu’elle attire l’intérêt du docteur Éric Freinet. Déterminé à aider la jeune fille, qui est atteinte de mystérieuses fièvres que tout le monde semble traiter à la légère, Freinet va se trouver embarqué bien malgré lui dans une histoire aussi étrange que complexe.
Amateurs de légendes et de loups-garous, cette trilogie devrait vous intéresser. Lia Vilorë mêle dans son récit de nombreuses influences qui forment un tout cohérent. Je me suis plu à découvrir cette interprétation du Lai de Bisclavret, récit que je vous invite à lire si vous ne le connaissez pas. La trilogie s’articule autour de lui et il est résumé dans son entièreté au cours du premier tome, cependant il ne faut pas vous priver de la lecture, au demeurant fort brève, d’une belle pièce de littérature médiévale.
J’ai vraiment beaucoup aimé la façon dont Lia use de la matière de Bretagne, associée au folklore sur les fées et les loups-garous, pour créer sa propre légende. Sa manière d’interpréter le lai et de l’entremêler à d’autres légendes, comme on peut le voir au fil des tomes, est tout en relief et subtilités.
Hikira est un personnage intéressant. Elle oscille longtemps entre l’enfant et la jeune fille, avec ce petit côté sauvage qui est l’apanage de son héritage. Elle a vécu des événements affreux, chaque petite part de son innocence rognée au fur et à mesure des épreuves, pourtant, elle fait preuve d’une grande capacité de résilience. Vouée à grandir dans la douleur, elle doit sans cesse faire le deuil de son enfance, de ses rêves et même de son humanité alors que paradoxalement elle humanise les gens autour d’elle, du meurtrier de sang froid aux gamins perdus qui ne savent pas toujours comment ils en sont arrivés là. Elle leur permet de faire émerger ce qu’il y a de meilleur en eux et de panser leurs plaies. Cela me touche particulièrement chez ce personnage qui n’est qu’un pion dans une partie d’échecs qui le dépasse et dont il entrevoit pourtant l’issue avec une grande lucidité. Hikira est toute entière aux mains des fées, bonnes et mauvaises, qui se disputent le monde. Le potentiel initiatique de ce récit n’en est que renforcé.
J’ai aussi beaucoup aimé le personnage d’Océane qui pour moi est l’autre face d’une même pièce. Soumise au bon vouloir de la Bête, elle n’en est pas moins la plus forte des deux. Elle aussi est une fille sacrifiée mais, plus encore que Hikira, elle embrasse sa destinée avec détermination. On ne peut que s’attacher à ces deux jeunes filles et leurs défauts ne les rendent que plus humaines.
J’ai lu, il y a de cela quatre ans,, le premier volume de cette trilogie et j’avais vraiment envie d’en connaître la fin. Maintenant que c’est chose faite, j’ai pourtant l’impression que ce n’était qu’un pan de l’histoire globale et que d’autres personnages ont encore des choses à me raconter, même si Hikira est allée au bout de son parcours initiatique.

mardi 29 octobre 2019

Délius, une chanson d'été

Un roman de Sabrina Calvo, publié chez Mnémos.

Présentation de l'éditeur :
XIXe siècle. Un poète assassin sème la terreur autour du monde, ses victimes sacrifiées aux cours d'horribles rituels floraux. Sur ses traces, Bertrand Lacejambe, un botaniste excentrique et son fidèle Fenby, elficologue amateur. Aux portes de la folie et de la magie, ils vont devoir braver les dangers de Féerie pour dévoiler la terrible menace que fait peser le Diadème sur nos rêves.
Délius, une chanson d'été nous plonge dans une fantasy victorienne étourdissante, dans un univers merveilleux et effroyable, au coeur d'une enquête délirante sur un ton souvent décalé.

Un mystérieux tueur, que la presse surnomme le fleuriste, abandonne sur son passage des cadavres et des fleurs. Une bande de bras cassés est à ses trousses, cependant, malgré toute la bonne volonté de ces gens, aucune piste valable ne se révèle. Ces fleurs inconnues que laisse le meurtrier les poussent à consulter un botaniste, l’excentrique Lacejambe qui saura peut-être démêler cette affaire.
Étrange roman que celui-ci. Délius, une chanson d’été est une histoire de fées, de musique et de meurtres... Ici, un botaniste est détective, un enfant possède une science féerique qui fait défaut à tous les autres et un assassin poursuit une quête obscure. Dans ce polar onirique, on se balade comme entre deux songes, à la lisière de la folie et de l’absurde. Le Merveilleux imprègne le récit. Un élan emporte le lecteur de scène en scène et la narration semble hachée au début alors que toutes ces pistes se télescopent. Des événements que l’on ne peut pas tout de suite relier, mais que l’on devine interdépendants, se succèdent et le récit nous ramène à chaque piste, chaque personnage, de plus en plus rapidement jusqu’à ce que tout s’éclaire et que les intrigues se rejoignent. Le roman forme en fait une spirale qui entraîne le lecteur en lui donnant l’impression de l’égarer, alors qu’il acquiert une conscience de plus en plus aiguë de là où l’on veut le conduire.
Pour faire une comparaison qui siérait à Lacejambe, ce roman tient plus du jardin à l’anglaise que de la forme française ordonnée et géométrique. On s’y perd volontiers, on découvre des secrets dans des recoins faussement laissés au hasard. Il est une expérience synesthésique où les sens se mélangent, on voit la musique, on sent les couleurs…
On est submergé par le nombre de personnages, entre autres un botaniste qui entend les fleurs, un compositeur qui voit les notes, un elficologue qui mélange rêve et réalité, le tueur et les gens qui le poursuivent, une jeune aristocrate à l’esprit acéré et même Arthur Conan Doyle. Fous, intrigants, lourdauds ou brillants et débonnaires ces personnages, qu’ils soient là tout du long ou fassent juste une apparition remarquée, volent en tous sens, comme attirés par une lumière dont on ne perçoit pas l’origine.
Lacejambe et Fenby, avatars de Sherlock et Watson sont deux personnages très intéressants. L’un obsédé par les plantes, l’autre par les fées, vous verrez qu’ils se sont bien trouvés et que leurs intérêts personnels ont plus en commun qu’il n’y paraît. Ils forment un duo attachant, la douceur de l’un contrebalance l’égocentrisme de l’autre. Le tueur, lui aussi, est un personnage fascinant, perdu, désespéré. On se surprend à tenter de le comprendre.
J’ai également apprécié les quelques apparitions de Doyle, qui ne sait pas qu’il est lié, même de loin, à un écho de son œuvre, de ce personnage qui a fait sa renommée mais qu’il déteste pourtant. Bien que présent par touches légères, l’écrivain a une grande importance dans ce roman.
Lire ce livre a été une aventure en soi, exaltante parfois, perturbante souvent. Il est difficile de savoir quoi en penser au final, quand ce qu’il en reste paraît si éthéré. Délius, une chanson d’été est un roman très poétique, tissé de la matière même des rêves. Il l’est également dans sa forme. Les épisodes s’entremêlent comme les tableaux d’un monde onirique, fantasque et merveilleux, ce qui laisse l’impression de l’avoir rêvé plutôt que lu.

vendredi 27 septembre 2019

Moitiés d'âme, Chroniques des cinq trônes T1

Un roman d'Anthelme Hauchecorne, publié chez Gulf Stream.


Les Faëes ont disparu sans que l’on sache pourquoi. Elles ont déserté leurs cours, mais laissent dans leur sillage une forme de magie — mägerie selon le terme de l’auteur — que les humains pratiquent encore. Alors que l’étude de leur langage et de leur peuple est frappée d’anathème, les puissants s’arrachent leurs reliques et plus particulièrement les liances, ces bagues qui renforcent leur pouvoir. Cependant, cette magie n’est pas accessible à tous les humains. En outre, elle ne se pratique qu’à deux et dépend entièrement de la relation qu’entretient le couple, de son équilibre. Filer un sortilège seul expose à des risques, mais le filer quand on se déteste est pire encore. 
Dans cette Fantasy féerique qui rappelle notre moyen-âge, les aristocrates sont ceux qui possèdent le don. Et ils ne se gênent pas pour en abuser. Tout enfant qui naît avec est confié aux Maîtres ou aux Maîtresses de l’Art et il leur doit obéissance. Ainsi Liutgarde, qui possède la mägerie de Sève du Printemps, n’a pas choisi son époux, en revanche, elle a bien choisi de le fuir. Ce faisant, elle a rencontré un groupe de caravaniers qui lui a sauvé la vie et, avec eux, Rollon, dont elle est tombée amoureuse. Auprès de ces gens qui tous, à leur façon, fuient l’autorité des Maîtres, va-t-elle trouver une famille ou se perdre définitivement ? 
Dans ce roman, les obédiences et les intentions de chacun sont sujettes à conjectures. L’auteur prend un malin plaisir à vous égarer en même temps que ses protagonistes. Cette intrigue labyrinthique et des personnages très travaillés font tout le charme du roman. 
Quelles sont leurs véritables motivations ? À qui se fier ? Liutgarde, qui connaît si peu la vie, va devoir s’armer à ses dépens. D’autant qu’il reste une Faëe en ce monde, cachée dans une forêt à la sinistre réputation. Elle se nomme dame Hölle et elle a un plan. 
Aux amateurs de sombre féerie, de complots et de personnages retors, ce roman complexe est fait pour vous ! En outre, l’objet lui-même est superbe avec sa belle couverture, sa tranche travaillée et ses en-têtes de chapitres. C’est le genre de beau livre qu’on ne peut s’empêcher d’ouvrir. Vous vous sentirez tout de suite dans l’ambiance.

dimanche 22 septembre 2019

Dans l'Ombre de Paris, La Dernière Geste T1

Un roman de Morgan of Glencoe, publié chez ActuSF dans la collection Naos.

Présentation de l'éditeur : 
Depuis des siècles, les humains traitent les fées, dont ils redoutent les pouvoirs, comme des animaux dangereux. Lorsque la princesse Yuri reçoit une lettre de son père lui enjoignant de quitter le Japon pour le rejoindre, elle s'empresse d'obéir. Mais à son arrivée, elle découvre avec stupeur qu'elle a été promise à l'héritier du trône de France ! Dès lors, sa vie semble toute tracée... jusqu'à ce qu'une femme lui propose un choix : rester et devenir ce que la société attend d'elle ou partir avec cette seule promesse : « on vous trouvera, et on vous aidera. » Et si ce « on » était la dernière personne que Yuri pouvait imaginer ?
Morgan of Glencoe est barde, c'est sans doute la raison pour laquelle elle raconte si bien les fées. Avec Dans l'Ombre de Paris, elle crée un incroyable univers où les royautés françaises et japonaises ont su se maintenir sur un terreau d'injustices.
Grande amatrice de romans liés de près ou de loin à la féerie, je me suis laissé tenter par Dans l’Ombre de Paris sans trop savoir à quoi m’attendre. Dans cette version uchronique de notre monde, les êtres féeriques sont considérés comme des animaux dans la plupart des pays et la dynastie des Bourbon règne toujours sur la France. L’autrice a battu et redistribué toutes les cartes pour nous offrir quelque chose de familier et d’original à la fois. 
Il ne m’a pas fallu longtemps pour prendre mes marques. J’ai été happée par cette histoire complexe qui se déploie sur plusieurs axes narratifs. Je me suis progressivement attachée à tous les personnages, même si au départ j’avais une préférence pour les fourmis du rail. Et surtout, à mesure que ma lecture avançait, j’ai eu de plus en plus de mal à lâcher mon livre. 
Au centre du récit se trouve Yuri, princesse japonaise, intelligente, éduquée, pour ce que cela vaut dans un monde où les femmes sont considérées comme inférieures. Elle n’est pas grand-chose de plus qu’un joli bibelot qu’on peut échanger, si elle parvient à échapper aux tentatives d’assassinat que son rang lui vaut. Elle n’aurait besoin que de sortir de son cocon princier pour expérimenter les réalités de son monde. Savoir est une chose, le vivre en est une autre. J’ai beaucoup aimé la voir évoluer, tout comme la selkie à laquelle son existence semble irrémédiablement liée. Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte. Sachez toutefois que l’on suit de nombreux personnages dans ce roman. Cependant, aucun ne fait de la figuration. On s’attache, on craint pour la vie de certains, on tremble avec eux. Le fait qu’ils soient tous suffisamment développés est une des choses que j’ai le plus appréciées. Tous ces personnages et ces diverses pistes rendent le récit très prenant. On est frustré quand on quitte ceux que l’on suivait dans un chapitre et en même temps ravi d’en retrouver d’autres. 
J’aime ces romans qui ne sont pas linéaires, mais je sais bien qu’ils ont en général moins de succès que les autres dont la narration est prémâchée. Je trouve cela fort dommage. Il faudrait plus de ces récits qui forcent le travail de notre imagination et nous obligent à une saine petite gymnastique cérébrale. J’apprécie donc d’autant plus la complexité de ce roman qu’il fait partie de la collection Naos, destinée à un public adolescent. La littérature jeunesse fait de plus en plus confiance à l’intelligence de ses lecteurs. La collection Naos ne m’a d’ailleurs jamais déçue à ce sujet. 
Morgan of Glencoe nous propose un récit profond, porteur de bonnes valeurs. Elle y décrit même une utopie. Sa féerie est sombre, originale en comparaison de ce qui se fait habituellement. Elle a redessiné un monde, contemporain mais au léger parfum de gaslamp fantasy, que l’on se plaît à voir se déployer autour de nous. Elle a su le rendre tangible et vivant. 
Elle a réussi à me faire pleurer, ce qui n’est pas une mince affaire. Je ne voulais qu’une chose en tournant la dernière page : pouvoir lire la suite de cette étonnante histoire. 
Certaines lectures sont roboratives, elles vous apportent quelque chose d’un point de vue personnel. C’est le cas de celle-ci. Je l’ai savourée. En plus de vous tenir en haleine, de jouer avec vos émotions, l’autrice offre un récit intelligent qui pose de nombreuses questions et pousse son lecteur à la réflexion. Elle montre ce qui pourrait être, quelque chose de vraisemblable et de cruel, de si proche, malgré les grandes différences entre le monde qu’elle décrit et le nôtre. J’espère vous avoir donné envie de découvrir ce roman qui a su me passionner.

vendredi 20 mai 2016

Le lai de Bisclavret, La louve de Brocéliande T1

Un roman de Lia Vilorë, publié chez Lune écarlate.

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Présentation de l'éditeur :

De nos jours en Bretagne, peu savent que la légendaire forêt de Brocéliande est le théâtre d'une guerre fratricide entre fées. Victime de fièvres inexplicables lors de la nouvelle et de la pleine lune, la lycéenne Hikira C. Bisclavret fait un jour la connaissance d'Éric Freinet. Un être ambigu qui la fascine et en qui elle trouve un ami inespéré. Éric et Hikira deviennent alors les cibles d'une marraine prête à tout pour les détruire. Une alliance est leur seul espoir de survie. Car découvrir la vérité derrière « Le lai du Bisclavret » ne sera pas sans payer le prix fort. Après tout, les Demoiselles sont aussi merveilleuses que terribles...

Férue de mythologie celtique mais aussi nordique nourrie par le travail de l'elficologue Pierre Dubois, passionnée d'Histoire et de littérature médiévale, et joueuse invétérée de jeux de rôles... Lia Vilorë a commencé dès le collège à écrire des histoires où le destin tragique la magie dangereuse et la féerie noire avaient la part belle.

Le lai de Bisclavret… Peut-être ce titre vous évoque-t-il quelque chose ? Il est calqué sur celui d’un lai très connu de Marie de France qui conte la mésaventure d’un loup-garou. Celui-ci, loin d’être sanguinaire comme les autres représentants de son espèce, est trahi par la femme en qui il avait confiance au point de lui avouer sa nature. C’est un très beau texte, que je vous invite vivement à lire si ce n’est déjà fait. Cela n’est pas essentiel pour comprendre le roman de Lia Vilorë, car il y est résumé dans son entier, mais ce serait bête de vous priver de cette découverte. Il existe également une jolie adaptation en dessin-animé et ombres chinoises dans Les Contes de la Nuit (ou Dragons et Princesses) de Michel Ocelot. Mais bref, revenons au roman. Du récit médiéval découle l’histoire d’Hikira et de sa famille, de nos jours, en Bretagne. La jeune fille est la descendante du chevalier-loup et un pion au sein de la guerre que se livrent bonnes et mauvaises fées. Mais, si le lai ainsi que d’autres légendes posent les bases de la trame, l’auteur a su créer quelque chose de cohérent et de personnel. J’ai beaucoup aimé la façon dont elle use de la matière de Bretagne ou de motifs récurrents de la Féerie, celle du Petit Peuple autant que des contes, pour nourrir sa propre imagination. Hikira est un personnage attachant. Elle oscille entre l’enfant et la jeune femme, avec un petit quelque chose, très logique, de l’animal sauvage. J’imagine que son côté « sale gamine » pourrait agacer certains, mais je l’ai trouvée crédible dans son comportement. Elle a vécu de nombreux traumatismes, il lui est difficile, mais en même temps nécessaire, de grandir. Comme son ancêtre, elle navigue entre trahisons et faux-semblants. À la fois monstre et fillette sacrifiée, elle doit dompter sa nature et se construire. Ce premier tome nous conte les débuts difficiles de l’acceptation de son état et son apprentissage. On y découvre sa destinée au même rythme qu’elle, ses ennemis et ses alliés. J’ai trouvé cette trame intéressante et certains passages vraiment très prenants. Il faut dire que j’aime les histoires de sombre féerie et de loups-garous, alors c’est un combo gagnant. Lia Vilorë a su doser les scènes d’action, qui apportent de l’énergie au récit, et d’autres moments plus introspectifs qui étoffent les personnages, cela fait qu’on ne s’ennuie jamais. Elle a pris le parti de retranscrire le parler tel qu’il est censé être dans les dialogues. C’est un peu gênant pour la maniaque que je suis, mais cela se justifie tout à fait. L’ensemble du récit est très fluide et se lit vite. On sent venir certaines choses, mais elles sont bien amenées et il y a aussi quelques surprises. Je suis très curieuse de voir comment vont évoluer l’intrigue et les personnages dans les prochains tomes, maintenant que quelques secrets ont été éventés et qu’Hikira commence à prendre conscience de sa mission. J’ai aussi très envie d’en apprendre davantage sur le passé d’Éric, son mystérieux protecteur.

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dimanche 8 mai 2016

L'oiseau bleu

Un conte de Marie-Catherine d'Aulnoy.

L'Oiseau bleu - Adrienne Ségur 
L'Oiseau bleu - Adrienne Ségur

Je suis tombée amoureuse des contes avant de savoir lire. On m’en a lu beaucoup, puis je me suis débrouillée toute seule. Contes classiques ou modernes, différentes traductions, adaptations plus ou moins réussies… Tout ce que je trouvais y passait et j’ai gardé cette affection particulière en grandissant. Des contes je suis allée aux mythes et des mythes à la SFFF… J’en ai même fait mon sujet d’étude. Toutes ces lectures ont fortement contribué à construire la femme que je suis aujourd’hui. Il est donc difficile de choisir un conte parmi la farandole de mes favoris pour le challenge SFFF et diversité. Le panel des possibilités se réduit un chouia si l’on exclut les contes modernes, comme je crois que c’est le cas. J’ai évoqué L’Oiseau bleu l’autre jour avec une amie, cela m’a donné envie de le relire. Je me suis dit que ça tombait bien… Or, c’était peut-être la fois de trop. Entendons-nous bien, c’est un très joli conte, mais la partie galante est assez longue et en ce moment je manque de patience avec les envolées lyriques et les serments d’amour éternel. Les contes de Marie-Catherine d’Aulnoy sont tissés de motifs très connus et souvent des réécritures de mythes ou d’autres contes. Ce sont des compositions florales arrangées avec goût, dans le plus pur style précieux. Le luxe y est très présent, mais on y critique aussi la coquetterie. Elle glorifie l’amour sincère, elle qui fut mariée contre son gré à un homme bien plus âgé. Elle se moque d’ailleurs très souvent des marieuses de la cour, la fée Soussio de L’Oiseau bleu en est un spécimen, bien que pas le plus ridicule qu’elle ait créé. Pour compenser l’attitude de ses méchants (qui ne sont pas toujours stupides), la conteuse accorde une grande importance aux vertus de ses héros. Dans le monde de Madame D’aulnoy, quand on est laid, mais qu’on a bon cœur, on devient beau et les mauvaises personnes sont punies à la fin. Que dire, ce sont des contes, même s’il y a quelques messages cachés, c’est dans leur nature d’être manichéens… Ici nous avons une belle princesse, aimée d’un roi tout aussi parfait qu’elle, une méchante belle-mère qui ne manque pas de suite dans les idées et son laideron de fille qui n’est malheureusement pas aussi fine qu’elle, une fée partiale et quelques mésaventures. Ce n’est pas original, mais ça reste agréable à lire. J’aime beaucoup le passage du début où la belle-mère séduit le roi. Je le trouve très bien écrit et on ressent la perfidie du personnage. J’ai été très marquée par une illustration d’Adrienne Ségur qui ornait la version que je lisais enfant, aussi je ne peux que la joindre à cette chronique tant elle est pour moi représentative du conte. L’Oiseau bleu est pour moi un incontournable des contes précieux alors, si vous ne le connaissez pas déjà, n’hésitez pas à le découvrir.

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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante : – Un conte que vous avez adoré étant enfant

jeudi 28 avril 2016

Techno Faerie

Un fix up de Sara Doke, publié chez les moutons électriques.


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Présentation de l'éditeur :


Les fées existent, bien sûr, et elles sont de retour ! Les fées ont cessé de se cacher des hommes : elles sont revenu et bon an mal an l'univers de la Faerie s'est intégrées à la société technologique. Depuis les premiers contacts d'enfants-fae avec la civilisation de l'automobile jusqu'aux premiers voyages spatiaux, ce livre conte l'histoire d'une évolution différente de notre monde. L'auteur, Sara Doke, vit à Bruxelles et est traductrice. La poésie puissante de son inspiration, l'orginalité de sa vision d'un monde soudain enrichi des faes, sont saisissantes. Avec des documents, des fiches couleur sur les 88 principales faes et de nombreuses illustrations, par Bigot, Booth, Calvo, Cardinet, Caza, Ellyum, Fructus, Gestin, Jozelon, Larme, Lathrop, Malvesin, Mandy, Muylle, Nunck, Tag, Verbooren, Zandr et Zariel. Le retour des fées, dans un livre d'exception.



Techno Faerie est un très bel ouvrage à la croisée des genres. Si la Science-Fiction a la part belle dans ces pages, le travail de Sara Doke forme presque un essai. Le sujet est traité de manière atypique. L’auteur part du principe que les Faes, longtemps retranchées loin de notre monde, ont décidé d’y revenir. Leur technologie, qui a pris appui sur la nôtre, est toutefois plus développée. Mais que souhaitent-elles apporter à l’humanité ?
Le livre est divisé en deux parties. La première est consacrée aux nouvelles, qui forment un fix up. Elles illustrent l’évolution du retour féérique et son impact sur nos civilisations. En se basant sur les légendes et la mythologie traditionnelles, Sara Doke a créé une fiction spéculative complexe, intelligente, et surtout très crédible. Elle la développe avec brio au fil des textes. Chacun marque un jalon dans le retour des Faes et ses conséquences sur notre avenir. Le plus souvent, des individus sont au cœur de ces nouvelles, mais l’on perçoit en filigrane l’évolution des mœurs, au-dessus comme dessous la Colline, et les avancées scientifiques qui vont changer le monde.
Les textes s’imbriquent et s’articulent autour de personnages récurrents, dont le plus central se trouve être Arthur Passeur, un humain, mais aussi d’événements qui se répercutent. Les ellipses sous-tendent ces récits, les soutiennent de leurs silences. Le lecteur imagine, devine, extrapole. Il est invité à participer activement à cette construction. Cela est d’autant plus prégnant que ces textes prennent diverses formes et des styles variés. On lit tour à tour des dialogues, des nouvelles, des articles, des témoignages, des journaux intimes… Cette diversité est aussi plaisante que nécessaire afin d’appréhender toutes les facettes de cette fiction. Quelle que soit leur forme, les récits sont denses, très axés sur les ressentis des personnages, ce qui occasionne parfois des longueurs un peu emphatiques. Ces personnages ne manquent pas d’ego… Cependant, la réflexion, qu’elle soit en avant ou en arrière de la scène, est toujours intéressante.
Sara Doke nous invite à nous interroger sur l’altérité, le traditionalisme dans ce qu’il a de meilleur comme de plus pernicieux, sur l’identité, sur la génétique, le vivre ensemble et la créativité. Les sujets de réflexion sont nombreux. Elle a fait un travail formidable et il est dommage de ne pas l’avoir développé davantage.
Le seul vrai reproche que je pourrais faire à Techno Faerie, outre quelques contradictions (notamment sur l’incapacité de mentir des Faes), est que l’on y trouve beaucoup de coquilles. Cela est désolant pour un ouvrage par ailleurs de grande qualité.
La deuxième partie, toute de papier glacé, est constituée de fiches sur les être féeriques, accompagnées d'illustrations que l’on doit à divers artistes. Ces fiches permettent de prolonger la magie des textes et d’en savoir plus sur les créatures que l’on y a croisées. Certaines sont connues, même si quelquefois le nom qu’on leur donne est différent de celui usité dans nos légendes, d’autres sont des inventions de l’auteur mais s’intègrent parfaitement dans la masse. Le tout est homogène et compose un petit dictionnaire complet qui se suffit à lui-même. Les Faes y sont classées par groupes : végétales, liées au feu ou encore esprits domestiques, etc. Il est très intéressant de voir la façon dont elles s’impliquent dans l’univers créé par Sara Doke.
Techno Faerie est un ouvrage original et travaillé qui mérite une lecture attentive. Sara Doke a su intégrer la technologie à la Faerie, ce qui n’est pas une mince affaire. Par exemple, elle n’a pas mis de côté l’allergie au fer des Faes, elle s’en est servie. Elle a su allier Fantasy et Science-fiction, mythes et anticipation, pour envisager un futur possible, ne laissant pas de côté les détails, d’où le fait que je le compare à un essai. Je ne peux que vous encourager à le lire à votre tour et à rêver d’un futur non pas féérique, mais riche de possibilités.


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Avec cette lecture, je cartonne dans les challenges !


CRAAA


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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Lire une œuvre de SF ou Fantasy ou Fantastique (SFFF) francophone mais non française.

dimanche 24 avril 2016

Fées et Amazones

Un artbook d'Olivier Ledroit, publié chez Glénat.

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Présentation de l'éditeur :

Une ode au beau sexe, par le flamboyant dessinateur de Wika

Connu pour son talent à réaliser d incroyables planches épiques fourmillant de détails, Olivier Ledroit sait aussi se montrer délicat pour évoquer le corps et la sensualité. Il nous le montre ici de la plus belle des manières ! Pour le plaisir des yeux : fées, geishas, démones, et autres sorcières se succèdent, toutes plus somptueuses les unes que les autres, le tout avec ce soupçon de steampunk si cher au dessinateur de Wika.
Variant les techniques, en couleur ou en noir et blanc, sans jamais basculer dans la pornographie, cet auteur à nul autre pareil met à l honneur le beau sexe dans un splendide recueil d illustrations, sobrement intitulé Fées et Amazones.
Fées et Amazones est un artbook en grand format d’environ 180 pages. De fait, on y trouve peu de texte. Quelques paragraphes, apparemment signés de Thomas Day, si j’en crois les remerciements, sont disséminés de-ci de-là. Il y a juste de quoi expliquer le contexte en évoquant les idées qui ont nourri l’imaginaire de l’illustrateur. Le postulat est classique, mais a le mérite de réveiller l’imagination de chacun et de servir à merveille les dessins. Ils sont sublimes et c’est cela le plus important.
Olivier Ledroit nous entraîne une nouvelle fois dans un univers féerique, uchronique et steampunk. On y parcourt des capitales, au rythme de l’évolution du monde, qui est soumise à celle de l’æther, et des tocades qu’il prête à ses fées. De Londres à Tokyo, en passant par la Nouvelle-Orléans, on rencontre des fées aux grandes ailes, magnifiques et sexy. Tenues steampunk, souvent légères, seins nus ou corselets, guêpières et chapeaux hauts-de-forme sont au programme…
Les illustrations sont, comme toujours, très travaillées et l’ouvrage superbe. Qui aime le style d’Olivier Ledroit ne peut manquer ce très bel album.

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mercredi 20 avril 2016

Wika et la fureur d'Obéron, Wika T1

Un album scénarisé par Thomas Day, illustré par Olivier Ledroit et publié chez Glénat.


Il existe une version de luxe de ce premier tome. Mais je ne peux vous en parler dans cette chronique, ne l'ayant jamais feuilletée.


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Présentation de l'éditeur :


Une réécriture des contes de fées dans un décor steampunk


Il était une fois un couple de fées, le duc Claymore Grimm et la duchesse Titania, et leur petite fille, Wika. Alors que le prince Obéron, ancien amant de Titania aux pouvoirs redoutables, prend d'assaut le château Grimm, la petite Wika est confiée, après avoir eu les ailes sectionnées pour dissimuler sa nature, à un couple de fermiers chez qui elle grandira à l abri de tous... Treize ans plus tard, Wika, émancipée, se rend dans la capitale contrôlée par Obéron. Elle y rencontre le jeune Bran, voleur talentueux qui, entre larcins et arnaques, lui dévoile les secrets de la cité. Mais petit à petit, les pouvoirs de Wika semblent se développer, révélant sa nature de fée, et éveillent l'intérêt du prince tyrannique, celui-là même qui voulut sa perte des années auparavant...
Référence dans le monde de l'illustration et de la bande dessinée de fantasy, Olivier Ledroit signe de son dessin baroque et fouillé une réécriture jouissive des contes classiques dans un univers steampunk féerique, sur le premier scénario de Thomas Day en bande dessinée !
Inclus : un cahier graphique réservé à la première édition.



Wika et la fureur d’Obéron est le fruit d’une collaboration entre Thomas Day, pour le scénario, et Olivier Ledroit pour les illustrations. La série est prévue en quatre volumes, mais seul le premier est sorti pour l’instant.
Férue de féerie, ainsi que de Steampunk, et alléchée par le potentiel du duo Day et Ledroit, je n’allais pas manquer Wika. La préface de Pierre Dubois nous met tout de suite dans l’ambiance. J’attendais un texte intelligent dans de magnifiques décors, cependant, j’étais sans doute un peu trop exigeante. C’est un premier tome, il lui faut le temps de mettre en place personnages et univers, ce qui malheureusement ne se fait pas avec autant de fluidité que je l’aurais souhaité.
L’intrigue de départ est plutôt simple : Obéron souhaite se venger de Titania, son ancienne compagne, qui a conçu un enfant avec un autre elfe. Il l’attaque et la tue ainsi que son époux, mais la petite Wika est sauvée in extremis, quoique privée de ses ailes.
Partez du principe qu’ici la mythologie est à tendance nordique, mais que fée semble être le féminin d’elfe… Les fées et elfes majeurs sont dotés d’ailes, les autres sont de diverses races sans que leur origine soit clairement définie. Obéron est fasciné par la technologie et détruit peu à peu la magie ainsi que les fées majeures. Le royaume glisse donc lentement vers le Steampunk, ce que j’espère voir développé dans les prochains tomes.
Comme toujours, les illustrations d’Olivier Ledroit sont d’une grande finesse et extrêmement travaillées. Chaque dessin foisonne de détails. Les couleurs sont très vives, ajoutant encore à cette impression de profusion qui peut égarer. Malgré tout, c’est un style assez froid, surtout dans la représentation des personnages. On aime ou pas, mais on ne peut nier la grande qualité du travail. Personnellement, j’ai préféré les décors aux personnages, mais l’ensemble m’a plu.
Je suis néanmoins quelque peu perplexe quant à l’apparence même de Wika. Quand elle arrive en Avalon, elle a treize ans et fait terriblement plus vieille. Fée ou pas, je trouve cela dérangeant. En outre, est précisé dans les notes de fin d‘ouvrage qu’Olivier Ledroit souhaitait créer une BD que sa fille – de treize ans à l’époque de la sortie de ce premier tome – pourrait lire. Sans me la jouer pudibonde, ayant moi-même probablement lu pire à cet âge, entre le langage, les multiples allusions salaces et l’hyper-sexualisation des personnages féminins, ce n’est quand même pas un album qu’il me viendrait à l’idée d’offrir à de jeunes ados. À vous de voir…
Cette bande-dessinée me rappelle un peu Elfquest, que je lisais plus jeune. Le scénario me semble un peu trop cousu de fil blanc pour l’instant, mais je suis certaine que cela va s’arranger par la suite. Les personnages secondaires, qu’il s’agisse des fées noires autant que des loups d’Obéron, sont très prometteurs et vont, à mon sens, accentuer le mélange des genres qui fait la richesse de cette BD.
Il ne reste plus qu’à attendre cette fameuse suite…


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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Lire un roman graphique ou une BD ou un comic avec une femme pour héroïne.

vendredi 27 novembre 2015

Le Guide des Fées. Regards sur la femme

Un ouvrage thématique de Virginie Barsagol et Audrey Cansot, publié chez ActuSF.
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Présentation de l'éditeur :

Un parcours dans le temps à la rencontre des fées, des plus célèbres aux plus inattendues. Attraper les fées là où elles se cachent, des territoires littéraires aux œuvres cinématographiques en passant par la BD et la peinture, autant de champs que les reines du merveilleux ont investis au fil des siècles. La lecture du guide est aussi un voyage qui tente de révéler la profusion des regards portés sur la figure féerique, ainsi que son évolution, riche et complexe au fil des époques traversées.
Audrey Cansot, diplômée en cinéma à la Sorbonne, a travaillé pour la production cinématographique et écrit pour le théâtre.
Virginie Barsagol est certifiée de Lettres modernes et suit un cursus universitaire en psychologie.
Toutes deux collaborent à divers sites internet et revues.
Ce Guide des Fées a été l’une des premières publications des éditions ActuSF que j’ai achetées, il a de cela six bonnes années, et le voici maintenant disponible en numérique.

Le Guide des Fées de Virginie Barsagol et Audrey Cansot est un ouvrage d’introduction, concis mais complet, à l’histoire de la fée à travers les époques. Attention cependant, il est plus souvent question de fées littéraires que de Petit Peuple. Les auteurs ont choisi de suivre le fil chronologique, décrivant ainsi l’origine et l’évolution des fées depuis l’Antiquité, en se basant sur leurs ancêtres mythiques comme premières nées, jusqu’à nos jours.
Ce guide est parfaitement organisé et didactique. Il est aisé d’y trouver ce qu’on cherche, d’autant qu’une synthèse chronologique est disponible en fin de livre. Chaque période est constituée d’une introduction et de textes thématiques sur les tendances du siècle et les archétypes qu’y incarne la fée. On nous explique par exemple à quand remonte l’apparition des fées marraines ; on verra leur évolution au fil du temps dans d’autres fiches. Les représentantes célèbres de la gent féerique, ainsi que certaines de leurs sœurs un peu moins connues, ont également droit à une présentation succincte.
Une notice bibliographique fournie les accompagne toujours, présentant les textes où la fée apparaît directement comme indirectement. Y sont notées de même ses apparitions dans d’autres médias comme la musique ou la peinture ainsi que les références des fiches du livre dans lesquelles elle est mentionnée (des liens auraient été appréciables dans la version numérique, mais il est très facile de s’y retrouver avec les numéros de fiches). Si ce guide se veut un résumé permettant à l’amateur d’embrasser rapidement des siècles de féerie, on trouve toujours les références nécessaires pour approfondir le sujet grâce à d’autres ouvrages.
Ce Guide des Fées n’est pas exempt de quelques erreurs (dont une confusion entre Louis XIV et Louis XV) et de raccourcis discutables, mais demeure une bonne base pour se lancer à la découverte du Merveilleux français. Comme il est plutôt complet et syncrétique, même les connaisseurs pourront peut-être y apprendre quelque chose. C’est un ouvrage pratique, agréable à parcourir, destiné à tous ceux qui veulent aller voir au-delà du conte de fées.
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challenge ebooks

vendredi 13 mars 2015

La Reine des Neiges, Les Outrepasseurs T2

Un roman de Cindy Van Wilder publié chez Gulf Stream.


Mon avis concernant le premier tome est ici.


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Outrepasseurs 2




Présentation de l'éditeur :
Les Outrepasseurs viennent enfin de capturer la dernière fée libre, Snezhkaïa, la Reine des Neiges. Ils ignorent qu'ils viennent de déclencher une malédiction qui risque de les anéantir. Peter, qui supporte de moins en moins de se plier à la volonté de Noble, tente de retrouver le Chasseur pour mettre fin à cette lutte séculaire...



Après un premier tome épique, alors que je m’étais passionnée pour le destin de ces personnages, j’attendais énormément de cette suite. Je ne suis pas déçue.
La couverture est encore une fois magnifique et tient ses promesses car dans ce volume un personnage aussi mystérieux qu’exceptionnel fait son entrée : Snezhkaïa, la Reine des Neiges. J’éprouve une certaine fascination pour le personnage originel, j’étais donc, de fait, un public difficile, mais Cindy Van Wilder m’a offert une magnifique Reine des Neiges, cruelle, mais paradoxalement sympathique, rusée, charismatique et déterminée. Elle est sans nul doute l’un de mes personnages préférés de cette trilogie. On la voit peu néanmoins, mais j’aime ce que ces quelques scènes arrachées à l’histoire des Outrepasseurs laissent présager pour la suite.
Nous apprenons enfin à mieux connaître les Héritiers, dont Peter et Shirley, ce qui m’avait un peu manqué dans le premier tome. Néanmoins, le passé de leurs ancêtres, ainsi que celui de leurs parents, n’est pas mis de côté. Noble et Hermeline se dévoilent un peu plus et des réponses arrivent petit à petit, bien que l’on sente que l’auteur garde le principal pour le tome suivant.
Il m’a plu que, pendant une bonne partie de l’ouvrage, les personnages soient nuancés, pas totalement gentils, pas totalement mauvais. Malheureusement cela se gomme un peu vers la fin, surtout en ce qui concerne les personnages secondaires. Mais bon, on sait déjà que l’effet de groupe peut faire faire n’importe quoi aux gens…
La Reine des Neiges est le tome du chaos, les événements se précipitent, les pistes se confondent, mais le puzzle se met lentement en place. J’apprécie le fait que l’auteur mêle nos contes et légendes à son intrigue, leur offrant ainsi une nouvelle dimension, sans pour autant dépendre d’eux. La fin laisse présager le meilleur pour la suite et j’ai hâte de lire celle-ci.


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challenge WMF


Challenge Winter Mythic Fiction

mardi 10 mars 2015

Ella Enchanted / Ella au pays enchanté

Ella enchanted


Avant de parler du film, j’aimerais dire un mot sur le roman dont il est l’adaptation : Ella l’ensorcelée en français, qui est publié par L’école des loisirs. Il s’agit d’un excellent ouvrage qui peut être lu par des jeunes autant que des adultes, bien écrit, réfléchi, pas mièvre pour deux sous. Ma première lecture date d’une dizaine d’années au moins et je garde beaucoup d’affection pour cette belle histoire que je trouve très positive pour la gent féminine. L’intrigue s’inspire du conte de Cendrillon, que je n’affectionne guère car il a pour personnage central une jeune fille incapable de prendre son destin en main. Cendrillon subit les bonnes autant que les mauvaises choses qui lui arrivent. Ella l’ensorcelée nous offre une autre approche et une héroïne tout sauf fataliste. Si Ella se montre soumise, c’est qu’une fée lui a jeté un sort, pensant lui faire un beau cadeau (ou plutôt à ses proches…). Elle est forcée d’obéir dès qu’on lui donne un ordre, dût-il la mettre en péril. Elle se bat de toutes ses forces contre cela. C’est une jeune fille indépendante, intelligente, elle ne reste pas passive à attendre le prince qui la sauvera. Et, pourtant, prince il y aura…


Parce que j’ai aimé le roman et que la magie est encore présente quelques années plus tard, je n’étais pas tentée par l’idée de voir le film. J’avais peur qu’il gâche tout et, honnêtement, j’avais raison.
Cependant, ces derniers temps le roman m’est revenu en tête et je me suis dit que j’allais quand même essayer pour le Winter Mythic Challenge, après tout, peut-être serai-je agréablement surprise… Temps perdu, au final je ne sais même pas comment j’ai pu regarder ce film en entier.
Que dire ? Cela faisait longtemps que je n’avais rien vu d’aussi kitsch. Il reste peu de la trame du roman dans le scénario du film, si ce n’est le début, et même si je comprends la nécessité d’adapter un récit écrit pour une transmission plus visuelle, je m’interroge sur l’utilité de rajouter une intrigue secondaire (et les personnages qui vont avec) alors que l’on n’exploite pas vraiment la trame principale…
Mandy, la sage marraine d’Ella, devient une potiche, son père s’efface dans le décor, emportant avec lui une partie de la dynamique familiale complexe qui donne corps au récit, mais évidemment il n’en oublie pas de ramener à sa fille une méchante belle-mère et la progéniture dégénérée de celle-ci… Un peu trop dégénérée d’ailleurs. Et Ella se doit de se battre pour libérer des peuples opprimés qui n’ont rien à faire dans cette histoire…
L’humour est très lourd, il repose sur des anachronismes censément drôles et sur des acteurs qui sur-jouent un maximum, rendant ainsi l’histoire assez bêbête… La bande de filles décérébrées qui constitue le fan-club du prince m’a particulièrement écœurée.
Ce long-métrage ne nous offre qu’une héroïne insipide, un prince qui n’a rien de charmant, à part son nom, des méchants plus pathétiques les uns que les autres, une intrigue sur le racisme construite de bric et de broc et une fin particulièrement ridicule…
La morale de l’histoire, si belle dans le roman, devient complètement neuneu. Ce film amusera sans doute les très jeunes enfants grâce aux gags visuels, mais il ne vole vraiment pas haut, préférez-lui de loin le roman.


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challenge WMF

Challenge Winter Mythic Fiction

vendredi 5 décembre 2014

Morwenna

Un roman de Jo Walton publié aux éditions Denoël.
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Morwenna
Présentation de l'éditeur :
Morwenna Phelps, qui préfère qu'on l'appelle Mori, est placée par son père dans l'école privée d'Arlinghurst, où elle se remet du terrible accident qui l'a laissée handicapée et l'a privée à jamais de sa sœur jumelle, Morganna. Là, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir des livres de science-fiction. Delany, Zelazny, Le Guin et Silverberg peuplent ses journées, la passionnent.
Un jour, elle reçoit par la poste une photo qui la bouleverse, où sa silhouette a été brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est une sorcière, sa propre mère qui plus est? Elle peut chercher dans les livres le courage de combattre.
Ode à la différence, journal intime d'une adolescente qui parle aux fées, Morwenna est aussi une plongée inquiétante dans le folklore gallois. Ce roman touchant et bouleversant a été récompensé par les deux plus grands prix littéraires de la science-fiction : le prix Hugo et le prix Nebula. Il a en outre reçu le British Fantasy Award.
Morwenna, dite Mori, est une adolescente un peu à part, qui croit aux fées et en la magie. Elle a 15 ans, souffre encore physiquement des séquelles d’un accident et demeure surtout profondément traumatisée par la mort de sa jumelle. Elle s’est enfuie de chez sa mère pour atterrir chez un père qu’elle n’a jamais connu. Elle a quitté son Pays de Galles natal et, s’il n’est pourtant pas si loin, elle se sent vraiment en pays étranger, d’autant plus qu’on l’envoie en pension dans un établissement scolaire huppé où elle ne se sent pas du tout à sa place.
Ce roman, de son titre original Among Others (tellement bien trouvé au regard du récit lui-même), est écrit sous forme de journal. Morwenna y consigne ses réflexions à propos de ses lectures et de sa vie en général. Elle ne trouve de réconfort que dans la lecture, du moins au début.
Dans les premières entrées de son journal, que d’ailleurs elle écrit en miroir, ce que je trouve très significatif, on sent l’opposition entre le « nous » et le « je », comme une rupture entre le passé et le présent. Morganna et Morwenna sont un peu comme Castor et Pollux ; Mori se sent entre deux mondes, à la fois morte et vivante, depuis le décès de sa jumelle. Le fantastique est savamment employé, l’adolescente est prise dans une perpétuelle oscillation entre deux mondes : le réel, avec son quotidien à l’école, sa solitude et ses soucis, puis le symbolique dans lequel elle pratique une magie simple, mais tortueuse, et où se meuvent ces fées qu’elle pense voir.
Cette histoire se déroule à la fin des années 70, époque marquante en ce qui concerne la SF, ce qui donne une saveur particulière au roman. Morwenna est une jeune fille fragile, mais combative, intelligente et touchante. Elle a vraiment l’impression d’être en quête, bien qu’elle ne sache pas forcément de quoi au départ quand elle essaie juste de limiter la casse et de se protéger de l’influence maternelle.
Les livres sont sa planche de salut, elle en dévore au moins deux par jour. En vraie lectrice compulsive, Morwenna parle beaucoup de ses lectures, surtout au début quand elle n’a pas grand-chose d’autre dans sa vie. Elle évoque de très nombreux titres. J’ai dû à peine lire le quart d’entre eux et pas forcément ceux qui lui donnent le plus à réfléchir, notamment les écrits de Delany. Cependant, je n’ai pas trouvé cela gênant, même si je me suis renseignée un minimum pour certains. Des références plus pointues sur ces textes aideraient sans doute à mieux la comprendre, mais d’un autre côté cela donne aussi envie de les lire.
Cela peut parfois sembler un peu ennuyeux pour qui n’est pas particulièrement bibliophile, Morwenna enchaîne tant de titres d’ouvrages, mais si on la comprend, si on sait qu’elle cherche à la fois à se protéger et à vivre dans ce monde grâce aux livres, on voit les choses sous un autre angle, au-delà de cette simple énumération. Les livres la nourrissent, la protègent, la guérissent, l’aident à grandir, comme une nouvelle gestation. Loin de chez elle, parmi des gens qui ne la comprennent pas, privée de sa sœur alors qu’elles n’avaient jamais mis de limite de personnalité entre elles deux, blessée, détestée par sa mère et près d’un père effacé qu’elle ne connaît pas, il ne lui reste plus que sa passion pour la littérature. En cela, je me suis sentie très proche d’elle.
Ce qui doit être retenu, selon moi, est que les livres sont sa manière de se confronter au monde, elle est en état de choc, c’est sa seule façon de l’appréhender sans devenir cinglée, comme une thérapie en quelque sorte. Ainsi elle a, sur les romans qu’elle lit ou la vie en général, des réflexions intéressantes alors que d’autres la feraient passer pour une complète extraterrestre. Elle ne sait tout simplement pas comment vivre parmi les autres. Parfois elle semble vraiment perturbée, le plus souvent déconnectée à tout le moins. Elle consterne le lecteur ou lui inspire un élan de tendresse. Elle est socialement inapte, ne connaît pas du tout les codes, mais c’est une fille attachante derrière sa froideur analytique et son pragmatisme qui tranchent face à ses croyances ésotériques. Elle a juste besoin de trouver des gens qui peuvent la comprendre et l’aimer telle qu’elle est.
Sa sœur est comme un fantôme mélancolique, symbolisant l’enfance qui disparaît et cette part de Mori dont elle se sent amputée. On la voit guérir peu à peu, chercher sa place et sa personnalité en tant qu’individu et non plus comme la moitié d’une paire de jumelles. C’est émouvant, on ne peut que se prendre d’affection pour elle.
La mère de Mori demeure par contre une présence malveillante qui plane comme une ombre sur la vie de sa fille, parfois discrète, d’autres fois pesante et inquiétante. Elle lui envoie des photos sur lesquelles elle lui a brûlé le visage. Est-elle réellement une sorcière comme sa fille le prétend ou juste une mère abusive complètement folle dont sa famille n’a pas su la protéger ? On se pose beaucoup de questions sur ce qui est arrivé aux jumelles et j’ai beaucoup aimé que les réponses ne viennent que petit à petit.
C’est une belle lecture, jamais trop glauque, le fantastique est subtil la plupart du temps et je me suis un peu retrouvée dans cette adolescente amatrice de SF. J’ai aimé la voir grandir et tenter de se libérer de son passé.
Le seul point négatif se trouve pour moi dans les derniers chapitres qui m’ont semblé abominaffreusement niais par moment. Je n’aime pas du tout le personnage de Wim dont le seul intérêt est selon moi la forme de faux palindrome de son prénom… (Je sais, j’ai un souci avec ça…) Ce qui me gêne principalement avec lui est qu’il casse la dynamique fantastique de l’histoire en s’invitant dans le monde symbolique de Mori, alors que là n’est pas sa place. C’est vraiment dommage, cela a presque réussi à gâcher ma lecture. Néanmoins ce récit m’a tant apporté que je peux bien lui pardonner.
Ce roman ne plaira pas à tout le monde. Il faut avoir envie de s’enterrer vivant avec Morwenna dans son quasi autisme. C’est une fille intelligente, mais vraiment déconnectée, et sa pensée, bien que réfléchie et pragmatique, peut se révéler aussi vive et claire que lourde et hachée. Quant à moi, j’ai trouvé passionnante l’histoire de cette jeune fille et je crois qu’elle séduira sûrement les amateurs de fantastique, de merveilleux, les bibliovores de tous poils, surtout ceux qui sont férus de SFFF, les gens prêts à croire et ceux qui aiment les personnages très développés.
En chaque grand lecteur, il y a forcément un peu de Morwenna. Ce roman a mérité sa place dans mon carnet nuit, réservé aux ouvrages les plus marquants dans ma vie de lectrice.

Je vous invite également à consulter les avis de Lune et Méli.

samedi 29 novembre 2014

Féelure

Une novella de Silène Edgar parue en numérique dans la collection Snark de Bragelonne.


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Présentation de l'éditeur :


Le jour, Gwen est une personne tout ce qu’il y a de plus ordinaire : elle a un emploi précaire à la bibliothèque de la ville, un mari aimant et deux beaux enfants.


Mais chaque nuit, elle est fée et travaille à la BAKF, la Brigade anti-kidnapping de fées. Et justement, de récentes disparitions leur donnent du fil à retordre... Avec son coéquipier et ami Arthur, elle va vite découvrir que cette nouvelle affaire pourrait être plus sensible que prévu.


Pourtant, si dangereuse que soit cette nouvelle enquête, ce n’est qu’une épine parmi d’autres dans le pied de Gwen. Car au prochain solstice, elle va devoir faire un choix : rester humaine avec son mari et ses enfants, ou abandonner son ancienne existence et devenir fée pour toujours aux côtés d'Arthur...



J’ai un faible pour les récits féeriques, Féelure a donc immanquablement ferré ma curiosité rien qu’avec son titre. Il s’agit d’une novella (dans les 75 pages de texte sur ma liseuse), parue uniquement en numérique pour l’instant. Elle se lit extrêmement vite et a le mérite de posséder une idée de départ plutôt originale.
Gwen a deux vies. En journée, elle est une femme tout ce qu’il y a de plus banale, elle mène une existence agréable, mais pas parfaite, auprès de son mari et de ses deux enfants. La nuit, dans ses rêves, elle devient fée et traque ceux qui s’en prennent au peuple féerique. Le problème de Gwen est que ces deux vies si différentes ne peuvent coexister qu’une année, ensuite elle devra faire un choix.
L’idée de fond est singulière et change un peu, cependant la façon dont elle est traitée reste assez basique. Malgré une intrigue secondaire simple, mais qui amène un peu d‘énergie, le tout s’essouffle malheureusement assez vite. Les jeux de mots filés à travers le récit deviennent vraiment lassants au bout d’un moment, même si l’on en trouve des fins aussi bien que de très lourds.
Les personnages sont relativement sympathiques, mais manquent de profondeur, de même l’intrigue se veut une distraction plus qu’une réflexion sur le sujet. C’est un choix, il n’est pas mauvais en soi, mais j’aurais préféré quelque chose de plus consistant.
La fin, beaucoup trop facile à mon goût, m’a un peu déçue, cependant cela reste une chouette lecture pour qui est amateur d’histoires de fées.


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mardi 25 novembre 2014

L'étrange cabaret des fées désenchantées

Un très bel album de 146 pages, écrit et illustré par Hélène Larbaigt et publié chez Mnémos dans la collection Ourobores.
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Présentation de l'éditeur :

Préface de Claudine Glot, postface de Pierre Dubois

Grouillant et grinçant, tel un concert de voix dissonantes, il s’avance.
L’Étrange Cabaret, le cirque des curiosités, le spectacle de monstres chimériques, le music-hall des fées désenchantées.

Oserez-vous franchir ses lourdes tentures pourpres pour assister au plus dangereux et déli­cieux des spectacles ?
Voyagez avec les fées de la Belle Époque, dans les cités du Vieux et du Nouveau Monde, mais méfiez-vous, le Cabaret recèle des secrets qui vous envoûteront… Que s’est-il passé dans la loge 633 que l’on dit hantée, où une fée fut assassinée ? Que cherche réellement Morte Vanité, elle qui fait errer le Cabaret à travers le monde entier ?

Dans une ambiance steampunk, Art nouveau et burlesque, Hélène Larbaigt nous livre une œuvre étonnante entre Lewis Caroll et Tim Burton.
À la fois récits, portraits et contes, ce livre dévoile 12 fées sombres et mystérieuses au travers de plus de 80 magnifiques illustrations, affiches, menus et documents facsimilés.

Helène Larbaigt nous montre son immense talent dans ce très beau livre enchanteur. Une prouesse et la révélation d’une artiste complète qu’ont immédiatement salués dans leurs préface et postface, Claudine Glot et Pierre Dubois, les deux grands spécialistes des fées.

L’Étrange cabaret est un magnifique livre illustré, cartonné.

« Mortels, entendez-vous cet écho lointain ? C’est la maléficiante mélopée d’un mélancolique cabaret. »

Magnifiques, envoûtants, sombres, déliquescents, marqués du sceau de la fatalité à tous les égards, ainsi se présentent à vos yeux ébahis l’Étrange Cabaret et ses fées désenchantées ! Morte Vanité, la sublime, avec sa troupe de fées écorchées, ses insolites serviteurs et son Cabaret qui change de forme et de lieu à l’envi, vient pour enchanter les humains ou les perdre, allez savoir…
Dans notre monde désenchanté, où la magie se fait rare et se paie au prix fort, le Cabaret apparaît comme l’un des derniers vestiges, à la fois désuet et résistant, d’une autre époque, plus féerique, plus vivante. Il est le refuge des fées perdues, malmenées, désavouées autant que désabusées et les âmes humaines viennent s’y brûler comme de fragiles papillons attirés par la lumière.
Le goût du détail d’Hélène Larbaigt, dans le dessin comme dans le texte, est acéré et ravira le lecteur exigeant. Le vocabulaire est recherché, précis et précieux à la fois, tout en finesse, pour affermir l’aspect suranné des histoires qui nous sont ici contées et rehausser leur écrin de couleurs.
Élégant, raffiné, l’Étrange Cabaret a été poli avec soin par son auteur qui en a fait une vraie merveille, délicieuse à feuilleter, mais également à lire. Suçant la moelle des légendes qui sont elles-mêmes des mythes tronqués, le cabaret se nourrit de notre imaginaire et nous le restitue de manière forte et évocatrice, faisant ainsi revivre à sa façon de vieilles histoires, éveillant des échos dans nos mémoires de rêveurs engourdis.
Des affiches, programmes, menus jalonnent les pages et renforcent l’ambiance ainsi que la cohérence de cet univers, tout en lui ajoutant une esthétique élégante. L’auteur nous présente certaines des fées, les têtes d’affiche pourrait-on dire, nous raconte leur naissance, ce qui les a amenées au cabaret ou d’autres mésaventures qui leurs sont arrivées en cours de route. Toutefois, prenez garde, aucun détail n’est laissé au hasard, il y a des strates dans ces récits et il ne tient qu’à vous de les explorer.
J’ai particulièrement aimé le conte de Noël et la magie, si bien retranscrite, de la ville de Prague qui y est dépeinte. Cependant, toutes ces histoires, ces belles et tristes vies de fées, sont magnifiques et émouvantes. Toutes m’ont séduite et passionnée. Vous aussi, venez à la rencontre d’Ona Oknata et de sa destinée aussi remarquable que cruelle, de Bast la rugissante, de Morte Vanité et du fantôme aux mains rouges qui hante le blanc d’entre les lignes, compatissez aux peines de cœur de Rosie la veuve noire et aux amours maudites de Sa’di… Venez réchauffer votre imagination au brasier de leur féerie !
Je me suis attachée à toutes ces fées bigarrées, abîmées et néanmoins fortes, victimes autant que nous du désenchantement, mais qui se battent pour rester vivantes. En outre se trouve, caché entre les pages, un magnifique hommage à un auteur que j’adore et qui m’a exquisément ravie. Je ne saurais dire quel conte a ma préférence, car tous sont liés et tissent la mélopée, aussi mélancolique soit-elle, de ce fabuleux cabaret.
Petit à petit, entre ces portraits et ces histoires pleines de cachettes et de recoins l’on découvre en filigrane le cabaret lui-même, personnage à part entière, se mouvant comme le château de Hurle pour paraître dans le lieu qui sied à son humeur — ou serait-ce à celle de la mystérieuse fée aux bottines parfumées ? Fantasque, burlesque, peuplé de créatures singulières et fascinantes, il donne envie au lecteur de se perdre dans son univers inquiétant, de suivre la cohorte des Jack pour explorer ses corridors et rencontrer ses fatales pensionnaires.
Comme une enseigne qui brille à l’attention des amateurs qui se reconnaîtront immédiatement, l’ouvrage est préfacé par Claudine Glot, qui donne le ton, et postfacé par Pierre Dubois qui nous reconduit gentiment vers la porte, bien qu’avec une gouaille un peu grimaçante pour la forme.
Une fois la dernière page tournée, l’histoire bue jusqu’à la lie, je me suis sentie bien seule et nostalgique, loin des lumières de ce cabaret brinquebalant et de ses fées tant aimées. Alors dans la nuit je vais guetter l’écho lointain, la maléficiante mélopée d’un mélancolique cabaret et j’invite tous les rêveurs à faire de même.

morte_vanite 
Je vous présente Morte Vanité. N'est-elle pas magnifique ?

jeudi 16 octobre 2014

Les Héritiers, Les Outrepasseurs T1

Un roman de Cindy Van Wilder publié chez Gulf Stream.


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Outrepasseurs 1




Résumé de l'éditeur :
Londres, 2013. Peter, un adolescent sans histoire, échappe de justesse à un attentat. Il découvre que l'attaque le visait personnellement et qu'elle a été préméditée par de redoutables ennemis : les fés. Emmené à Lion House, la résidence d'un dénommé Noble, il fait connaissance avec les membres d'une société secrète qui lutte depuis huit siècles contre les fés : les Outrepasseurs. Ces derniers lui révèlent un héritage dont il ignore tout...



Ce roman a pâti d’une mésaventure qui m’est arrivée en septembre, alors que j’avais déjà bien avancé dans ma lecture. Suite à une blessure, j’ai dû m’interrompre et si j’ai repris le roman dès que j’en ai eu la possibilité par la suite, mes plages de lecture se trouvaient malgré tout raccourcies. Il m’a donc été plus difficile d’en rédiger une chronique digne de ce nom. Pourtant, ce premier tome des Outrepasseurs est un vrai coup de cœur ! Il est donc important pour moi de faire passer dans mon avis tout ce que j’ai pu ressentir en découvrant ce roman, aussi décousue la fin de ma lecture fut-elle.


Premier tome d’une trilogie, Les Héritiers fait office d’introduction dans l’univers très construit des Outrepasseurs, mais cela n’empêche pas ce roman d’être un récit passionnant à lui tout seul, plein d’action et de rebondissements.
On y fait la connaissance de Peter, jeune ado lambda qui a des rêves de son âge et une vie tranquille, quoiqu’un peu solitaire, avec sa mère qui s’absente beaucoup pour son travail. Les apparences sont trompeuses, le jeune garçon est tributaire sans le savoir d’un lourd secret familial et il va l’apprendre à ses dépens au cours d’une soirée particulièrement surréaliste mais ô combien fascinante pour le lecteur.
Très amatrice de récits féériques — principalement ceux liés à des légendes, sans paillettes ni mièvrerie — j’attendais beaucoup des Outrepasseurs, d’autant qu’en suivant le blog de l’auteur, j’avais appris au préalable que nous avions des lectures en commun sur le sujet, notamment les ouvrages de Léa Silhol qui fait partie de mes auteurs favoris. Ajoutons à cela que les personnages de Cindy Van Wilder sont intimement liés à ceux du roman de Renart dont les différents récits ont bercé mon enfance, j’avais un peu l’impression de rentrer à la maison en tournant la première page.
Et ce fut le cas. Je me suis trouvée enchantée par cette féérie sombre et sans demi-mesure, par toutes les références aux contes et légendes que j’aime et surtout celles liées à Renart et ses comparses. L’auteur a soigné son univers, les amateurs y trouveront leur compte, c’est original, tout en étant basé sur du folklore ainsi que sur cet imaginaire que nous avons presque tous en commun. Cependant, c’est dans la création de ses personnages que Cindy Van Wilder s’est véritablement surpassée. Elle a su les rendre vivants.
J’ai été surprise de la façon dont le récit s’articule, c’était bien trouvé. Et même si l’on voit peu, au final, les jeunes gens qui seront les héros de cette trilogie, on sent qu’ils ont du potentiel, ils promettent pour la suite et on s‘attache à eux, surtout Peter et Shirley. J’ai été littéralement passionnée par l’histoire qui se déroule sous leurs yeux, désespérant d’en connaître l’issue.
J’ai hâte d’en savoir plus sur Noble, sur ce qui est arrivé dans le passé, de voir comment Peter va s’accommoder de sa nouvelle vie… Il reste tant de questions en suspens à la fin de ce premier tome !
C’est un roman classé en littérature jeunesse, pour de jeunes adolescents en fait, mais les adultes l’apprécieront tout autant car l’auteur a fait l’excellent choix de ne pas l’édulcorer. Elle aborde ici des thèmes difficiles avec intelligence et maîtrise.
J’aurai pour finir un mot au sujet de l’objet-livre lui-même. Il est vraiment joli. Sa première de couverture est dotée d’un rabat qui crée par en-dessous un relief et une partie de l’illustration. Le seul défaut est que cela rend le livre un peu fragile, surtout si on ne le pose pas pendant la lecture. L’illustration de la couverture du deuxième tome est encore plus belle et la troisième promet également.
J’espère vous avoir donné envie de lire cette trilogie. Pour ma part, je n’avais pas encore fini le premier volume que j’achetais déjà la suite, ce qui veut tout dire…