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lundi 9 juin 2025

L'Or de la nuit

Un roman d'Irène Frain, publié chez Julliard.


Un homme, un livre. Comment Antoine Galland, cet érudit sérieux et discret s’est-il mis à traduire des contes ? Alors que Galland écume les marchands et les libraires pour étoffer la collection de Foucault, il tombe sur un livre : Les Aventures de Sinbad le marin et là le rêveur en lui prend le pas sur le savant. Enchanté par ce conte, Galland décide de le traduire et d’en chercher d’autres. 
Entre les détails qu’elle a glanés dans les carnets que Galland tenait méticuleusement à jour, les recherches qu’elle a menées à cet effet et le flot de sa propre imagination, Irène Frain retrace pour nous l’histoire à la fois de l’homme et de ces contes que nous connaissons tous. On a beaucoup reproché à Galland les écarts de sa traduction, les ajouts, les interprétations, les caviardages, en oubliant les mœurs de son époque. Il lui fallait plaire aux puissants et éviter la censure. On omet de se souvenir qu’il a aussi œuvré à populariser ces contes.
Les Mille et Une Nuits ont marqué des générations de lecteurs et même de personnes qui ne les ont jamais lues, elles sont profondément ancrées dans notre imaginaire, adaptées, traduites, retraduites, adaptées de nouveau. Peu importe la forme dans laquelle nous l’avons découvert, nous avons tous un conte préféré qui est devenu l’une des briques fondatrices de notre imaginaire. Mais Galland, lui, si son nom est resté célèbre, reçoit plus de reproches que de louanges aujourd’hui. Peut-être est-ce en partie mérité, cependant, sans Galland, ces contes orientaux n’auraient jamais pris racine dans notre imaginaire d’occidentaux. Alors que sa traduction du Coran a disparu, ses traductions-interprétations ont traversé les siècles et nous enchantent encore.
Ce roman m’a appris des choses et fait reconsidérer l’image que j’avais que j’avais de l’homme — pas très bonne, je l’avoue — et la mesurer à l’aune de l’amour que j’ai pour les contes qu’il nous a transmis. Pour cela, j’en remercie l’autrice.
Irène Frain consacre également des chapitres à Hanna Dyâb, qui a conté à Galland certaines des histoires qu’il a recueillies, dont Ali Baba et Aladin. Hanna en soi pourrait être un personnage des contes qu’il nous a légués tant sa vie a été riche en aventures et rebondissements. J’ai particulièrement aimé lire les passages qui lui sont consacrés.
Irène Frain, avec l’élégance coutumière de sa plume, donne l’impression qu’elle peint plutôt qu’elle n’écrit. Par petites touches, ses tableaux prennent vie, aplats de couleurs et de poésie qui rappellent l’impressionnisme. Cela rend le roman très agréable à lire, fluide, tout en émotions, mais aussi très visuel. Le style est beau, ciselé, les chapitres divisés en courtes entrées qui donnent envie de lire la suite. On ne peut que passer un bon moment avec cette lecture.


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vendredi 10 mai 2024

Et à la fin, ils meurent

Un essai écrit et illustré par Lou Lubie, publié chez Delcourt.


Et à la fin, ils meurent est un essai sous forme de BD. Vu le format, on pourrait se dire qu’il s’agit d’une introduction qui effleure le sujet de manière ludique. Oui mais non. Introduction ludique, certes, mais celle-ci est complète, documentée, réfléchie. On y découvre l’histoire des contes de fées ainsi que les gens et événements qui ont contribué à les façonner. Déjà, d’où vient l’appellation « contes de fées » alors que les bonnes dames n’y sont pas toujours représentées ? Lou Lubie nous l’explique et avec cela beaucoup d’autres subtilités de ce genre littéraire. Parce que oui, bien que profondément ancré dans l’oralité pendant plusieurs siècles, le conte est devenu un genre littéraire à part entière. Lou nous parle des gens qui l’ont codifié aussi bien que de ceux qui ont publié les premiers recueils.
Elle évoque les anciennes versions, plus trash, parfois même gore, des contes qui ont bercé notre enfance. Elle s’arrête parfois sur un conte pour le détailler. Elle le fait notamment avec La Barbe bleue ou encore Le Petit Chaperon rouge qui sont des contes particulièrement intéressants dans leur symbolisme.
Pour le premier, j’ai toujours préféré la version appelée L’Oiseau d’Ourdi et, comme elle est étrangement moins connue, je suis contente qu’elle soit mentionnée. Quant au second… Je dois à ma professeure de français de 6e de connaître la version la plus perturbante des mésaventures de la fillette en rouge et avec cela la base de mes connaissances de ce genre souvent jugé, à tort, niais et puéril.
Les contes sont un domaine d’étude passionnant, bien loin de l’image édulcorée que la plupart des gens en ont. Lou le sait et nous en dévoile toutes les facettes dans cet ouvrage remarquable par sa construction et son exhaustivité. 
Ce n’est pas un livre pour les enfants (encore que, je l’aurais lu sans sourciller à douze ans) mais il ravira les adultes. Sous son aspect humoristique, cet ouvrage est bien documenté, didactique et riche en informations diverses. Lou y analyse des contes, nous partage d’intéressantes réflexions et n’hésite jamais à remettre les récits dans leur contexte pour étayer son argumentation. Elle s’attache beaucoup aux détails, ce qui montre le soin et le sérieux avec lesquels elle a construit son essai.
Même en ayant au préalable de bonnes connaissances sur le sujet, j’ai appris des choses. Seule la fileuse en moi grommelle un peu car personne ne sait jamais faire la différence entre un fuseau et un rouet, sans parler des quenouilles, mais au moins il est précisé que c’est une écharde qui ensorcèle la jeune fille et pas une aiguille qui n’a rien à faire là.
J’aurais aussi aimé une mention pour Neil Gaiman, mais c’est la fangirl en moi qui parle. Si ce n’est déjà fait, lisez au moins Neige, verre et pommes, sa meilleure réécriture de conte à mon sens.
Mais revenons à Lou Lubie et à son passionnant ouvrage. Je n’ai pas encore parlé des dessins. Ils ont ici vocation à souligner le propos, sont souvent drôles, voire décalés et irrévérencieux. Grâce à eux, on ne risque pas d’oublier ce que l’on apprend dans ce livre. Ils lui apportent ce petit plus qui lui confère toute son originalité et en font un ouvrage qui complètera fièrement la collection de tout amateur de contes.
De manière drôle et concise, Lou Lubie nous offre une introduction très complète sur les contes. Elle n’a rien laissé de côté, pas même leur usage en psychanalyse. J’ai lu ce livre avec grand intérêt. J’ai appris des choses, m’en suis rappelées d’autres, et tout cela a nourri ma réflexion.

mardi 30 avril 2024

Le Champ des possibles

Un roman graphique écrit par Vero Cazot et illustré par Anaïs Bernabé, publié chez Dupuis.


Marsu est architecte. Elle adore son métier et aime encore plus Harry, son époux. Mais un jour elle rencontre Thom qui construit des mondes virtuels et l’entente est immédiate. Peu à peu l’amitié se change en amour et Marsu ne peut choisir entre les deux hommes de sa vie. Elle qui refusait la réalité virtuelle finit par y adhérer, devenant même accro. Elle tâtonne à la recherche d’un équilibre entre les deux mondes. Petit à petit, sa vie se scinde en deux. Elle n’alterne plus et vit ces deux existences en même temps.
Le sujet de cette BD est fascinant. Elle nous parle à la fois de dissociation de conscience et de polyamour. J’ai beaucoup apprécié la première moitié du scénario pour toutes les réflexions qu’elle apporte, d’autant plus à une époque où l’on veut tout et tout de suite, sans avoir à faire de choix. L’envie de tout vivre, d’exploiter les moindres possibilités des nouvelles technologies pour s’affranchir de toute contrainte est assez typique de notre époque, même si c’est plus souvent un leurre pour nous qu’une réussite. Le récit illustre également la puissance de l’imaginaire et la richesse de notre vie intérieure. Cependant, j’ai moins aimé la deuxième partie de l’histoire. On part sur des sentiers un peu trop perchés, même pour moi. C’était cependant assez émouvant et j’ai eu les larmes aux yeux sur la fin. Il y a beaucoup d’amour dans cette histoire et même sans s’attacher outre mesure aux personnages, on le ressent.
J’ai adoré le côté psychédélique de certains dessins, le jeu de couleurs entre la réalité et le virtuel. L’aspect esthétique de la BD m’a particulièrement séduite et sert l’histoire à la perfection. J’ai passé pas mal de temps à admirer les dessins et je sais que j’y reviendrai plus tard. C’est un très bel ouvrage.

jeudi 15 juin 2023

Monsieur Apothéoz

Une BD de Julien Frey et Dawid, publiée chez Vents d'Ouest.



Chez les Apothéoz, on se plante toujours en beauté. C’est ce que pense Théo, le dernier de la lignée, au point qu’il est bien décidé à ne rien entreprendre pour ne rien rater. De toute façon sa fin sera exceptionnellement navrante, il en a la certitude. 
Alors qu’il nous conte les déboires de ses ancêtres, on se rend bien compte qu’il a des raisons de broyer du noir, mais de là à croire en une malédiction familiale… Malgré sa morosité et son attitude placide, Théo est un personnage attachant qu’on voudrait voir se secouer pour enfin prendre sa vie en main. Il semble las de tout, passionné par rien, il n’a ni ambition ni rêve secret, à part peut-être le souvenir d’un amour de jeunesse qu’il n’a pas osé concrétiser. Ce n’est pas un mauvais gars, mais il se contente de vivoter.
En général, je déteste ce genre de personnages qui se laisse vivre en chouinant par intermittence, pourtant j’ai aimé Théo. Il n’en fait jamais trop, même quand il se plaint. On pourrait le croire ennuyeux, cependant il n’en est rien. J’ai aimé le suivre et apprendre à le connaître. En peu de pages, on s’en fait un ami. Un ami un peu relou, mais ce n’est pas grave. On peut même s’identifier, en partie, à sa peur d’avancer dans la vie, même en sachant que ses craintes sont ridicules car personne n’a une vie parfaite. 
Cette BD, avec son charme désuet et ses personnages en roue libre, nous rappelle que la réussite s’appuie sur des échecs, que la vie est de toute façon une succession de mésaventures et qu’au final peu importe si on se plante, le tout est de continuer car on n’en a qu’une. Cette histoire n’est pas pour autant un parangon d’optimisme. Elle est pétrie d’humour grinçant et de petits arrangements avec soi-même. L’échec fait partie de la vie, la réussite peut n’être qu’une façade et ce n’est pas grave. Ce qui importe est le voyage, pas la destination, car tout a une fin. Nos personnages ont choisi de se laisser porter, à tort ou à raison. Néanmoins, on peut toujours changer de cap si on se décide, mais à quel prix ?
J’ai bien aimé cette lecture. Les personnages et leurs failles, Théo bien sûr, mais aussi Camille et Pépin, sont sympathiques malgré (ou grâce à) leurs très gros défauts. La dynamique qui se met en place entre eux est intéressante. Ils ne se tirent pas vers le haut, mais se poussent tout de même vers l’avant, et c’est déjà ça.
Et surtout, j’ai adoré les dessins. Ils donnent une ambiance un peu vieillotte à l’histoire, bien qu’elle ne le soit pas. Leurs tons chauds atténuent la morosité du récit mais pas la nostalgie qu’ils dégagent.
Ce fut une belle découverte.


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mercredi 14 décembre 2022

Le Scénar

Un roman de Philippe Pratx, publié aux éditions L'Harmattan.



Théo et Léo ont trouvé un scénario sur une clé USB oubliée. Vous savez ce que c’est, ils ont trouvé la clé abandonnée sur un ordi, alors ils ont regardé pour voir si son ou sa propriétaire n’avait pas laissé ses coordonnées dedans, mais il n’y avait que le scénar, non signé. Ils ont laissé la clé, après avoir imprimé l’ouvrage, mus par la curiosité et bien décidés à percer ce mystère. Qui mieux que Lola, leur amie étudiante en cinéma, pourrait les accompagner dans leur enquête ?
Toutefois Théo, Léo et Lola ne devraient peut-être pas prendre leurs aises, car qui dit qu’ils sont les personnages principaux ? Ceux du scénar, Olivier — pétri de rêves communistes mais aussi de fierté identitaire — et Alena — distante et néanmoins bouillonnante de sensations, de sentiments, de pensées qu’elle ne parvient pas toujours à exprimer — ainsi que tous ceux qui gravitent autour d’eux ont une nette tendance à voler la vedette à ces personnages du roman un peu plats cherchant à les analyser, en quête du moindre indice. Et puis il y a cet agaçant narrateur qui semble vouloir nous embrouiller sans cesse avec des réflexions plus ou moins creuses et digressives. Le narrateur, c’est un peu toutes ces personnes qui croient opportun de vous tirer de votre lecture. Parce que c’est connu, un lecteur est en attente que la vie le rappelle. Ou le plus souvent en attente qu’on l’ennuie avec des palabres qu’on croit plus intéressantes que n’importe quel livre… Et il palabre ce narrateur, c’est sûr, mais qui est-il en fait ? Est-il l’auteur ? Du livre ou du scénario ? Est-il vraiment omniscient, voire omnipotent, ou juste un personnage mégalomane ? Cache-t-il des vérités sous des couches et des couches de mots qui parfois captent votre attention pour mieux vous engourdir l’esprit trois paragraphes plus loin ? Et n’oublions pas — même si ce serait difficile — le scénar lui-même, personnage à part entière. Un scènar qui ne semble pas vouloir choisir son genre, qui intrigue, qui accroche, plus que l’histoire qui se tisse autour de sa découverte.
J’ai aimé le mystère nimbant le scénario, cette mise en abyme permanente et ces strates, ces personnages difficiles à cerner. J’aime qu’on m’égare. Cependant, la narration, avec ces digressions permanentes, qui ne m’ont pas toujours semblé naturelles, n’a eu de cesse de me repousser hors de l’histoire. S’emmêlent des considérations sur l’écriture, sur la vie, sur le cinéma, sur la psyché humaine, la musique et tant d’autres sujets, que l’on trouve soit intéressantes, soit pontifiantes ou déplacées selon l’humeur et le stade de la lecture. L’auteur se moque de nous et de nos attentes, ce qui est plutôt une bonne chose, mais la finalité de tout cela reste absconse.
Je pense être une lectrice attentive, et pondérée, peu encline à absorber et ressentir sans avoir intellectualisé d’abord. Notez que ce n’est pas forcément une bonne chose et que j’en suis consciente. Les récits à tiroirs ne me perturbent pas, les digressions non plus. En fait, plus on cherche à m’égarer, plus je tends à regarder autour de moi pour trouver les contours de l’illusion et sortir du cadre afin de mieux observer le tableau. Mais là, j’avoue qu’à un moment, j’ai juste laissé glisser parce que je n’en pouvais plus des monologues du narrateur. Je n’y ai pas trouvé de sens, mais après tout on n’a jamais dit qu’il devait y en avoir un, même si on voudrait nous le faire croire.
Le scénar lui-même, qui tourne et vire sans cesse, comme s’il cherchait à définir sa propre nature au fil du voyage, un peu comme nous au fil de la vie en fait, m’a offert la partie la plus plaisante de la promenade. Pour moi, il avait surtout la saveur des nouvelles de Fantastique que j’ai toujours affectionnées et il l’a gardé jusqu’à la fin. Les multiples interruptions n’ont jamais vraiment réussi à m’en détourner. À côté de ça Lola, les jumeaux et tous les personnages qui gravitaient autour avaient la pâleur de didascalies plutôt que l’épaisseur d’une histoire secondaire.
Ce qui est signifiant, ce qui ne l’est pas, les digressions diverses, les coïncidences, grossières ou subtiles, et les mcguffins, tout se mélange et ce n’est pas important au final. Ce roman est un récit à niveaux plus qu’à tiroirs, différents niveaux de lecture, qu’on veuille ou non les explorer. On l’aime, ou pas, et je l’ai aimé, même si je ne l’ai pas toujours compris. À vous de voir si vous trouverez votre chemin dans ce labyrinthe.

mardi 24 mai 2022

Eschatologie du vampire

Un recueil de Jeanne-A Debats publié chez ActuSF dans la collection Hélios.

Les autres ouvrages faisant partie du même cycle :
- Métaphysique du vampire (éditions Ad Astra)
- Métaphysique du vampire (version enrichie, éditions ActuSF)
Trilogie Testaments :

Présentation de l'éditeur :

Navarre est un vampire particulier. Beau, très beau, aimant les hommes comme les femmes, il est employé par l'Eglise pour traquer "Les Monstres" de son espèce. Un personnage attachant, enjoleur, puissant, complexe... que l'on retrouve dans cet ultime recueil de nouvelles, dans l'univers de la série Testament !
J’ai une grande tendresse pour la série Testaments, c’est un de mes cycles d’urban fantasy préférés. Mais, surtout, j’adore Navarre. Il est mon vampire favori toutes catégories confondues. Alors je me suis jetée sur ce recueil avec une certaine jubilation.
Je connaissais la plupart de ces nouvelles, parce que j’ai un faible pour les anthologies et une certaine tendance à traquer les textes de Jeanne-A Debats mais force est de constater qu’on apprécie davantage tous ces récits une fois réunis car il s’en dégage une cohérence qui les montre sous un nouveau jour. Les personnages se croisent et leurs actions ricochent d’une nouvelle à l’autre de manière souvent imprévisible. J’ai lu ou relu ces textes avec grand plaisir.
Dans ce recueil, la magie investit les villes, les cités, les pavillons et les rues, tous les endroits où on l’attend le moins. Et ce n’est pas juste un décor comme un autre. Si Debats ancre ses histoires dans un temps et un lieu précis, cela a toujours un sens. Pour autant, même s’il s’agit souvent de fantasy urbaine, ces récits se révèlent protéiformes.
Le mélange des genres participe en grande partie au charme de ce recueil et renouvelle sans cesse l’intérêt du lecteur. On passe du western à l’histoire de fantôme ou encore du polar parodique plein d’humour et de gouaille à la SF sous diverses formes. Il faut dire que Navarre est un personnage qui s’y prête bien, sa grande force en tant qu’immortel étant sa capacité d’adaptation. L’autrice en a toujours beaucoup joué. Cependant Navarre, bien que pivot de recueil, n’en est pas toujours le personnage principal. Et ce n’est pas un mal car il est très efficacement secondé par une galerie de personnages tous plus intéressants les uns que les autres.
J’apprécie en particulier Deborah et Alphonse qui sont tellement différents qu’ils vont parfaitement ensemble. J’adore retrouver ces personnages et plus j’en lis à leur sujet, plus je voudrais en lire.
Si vous avez aimé les jeux de pouvoirs qui agitent le Royaume dans la trilogie Testaments, sachez que vous les retrouverez ici, poussés parfois à leur extrême par des créatures désespérées de voir se déliter les derniers débris de leur empire. Debats a un don pour décrire les mondes finissants et les êtres qui s’y accrochent. C’est sombre, sale et cynique, cela met en lumière toutes les saloperies que ces sociétés ont permises ainsi que les failles et nuances de ces personnages, pourtant on s’accroche avec eux. Ce recueil est empli de prédateurs et ce ne sont pas forcément ceux dont la nature est la plus évidente qui sont les plus tordus. Debats tape sans remords là où ça fait le plus mal. Elle n’hésite pas à nous mettre face à ce que l’humanité peut produire de plus abject, que ce soit pour survivre ou par plaisir. Préparez-vous au pire pour entrevoir, de loin et dans la pénombre, le meilleur.
Mémorial est mon texte préféré. Tout d’abord, il met au jour une partie peu glorieuse de l’histoire de France dont il faut perpétuer le souvenir (d’autant plus en ces temps troublés), mais surtout il m’a prise à la gorge. Je me suis sentie très proche de Selima et j’ai tremblé pour elle. Ce récit a pesé lourd sur mon âme tout le temps de la lecture et même après. Ce texte est signifiant (je peine à trouver un autre mot pour le décrire). S’il a tout du récit classique de fantastique horrifique, cela sert avant tout son propos avec brio.
Bien sûr j’ai particulièrement apprécié les récits consacrés à Navarre, même si je les avais presque tous déjà lus, Toutefois l’un de ces textes a suscité quelques questions, en rapport avec la fin de Testaments, dont je n’ai pas trouvé la réponse. Enfin, ce n’est que la manifestation de mon esprit tortueux. J’espère que l’autrice n’en a pas fini avec mon vampire préféré.
Si vous ne connaissez pas Jeanne-A Debats, ce n’est peut-être pas l’ouvrage le plus accessible pour découvrir son travail, c’est cependant un grand recueil et je vous encourage à y revenir quand vous aurez lu Métaphysique du vampire ou Testaments. Et si vous la connaissez déjà, vous n’avez pas besoin de mon avis pour vous jeter sur le bijou de SFFF que constitue ce recueil.

jeudi 10 mars 2022

Un éclat de givre

Un roman d'Estelle Faye, publié chez ActuSF.

Vous pouvez également consulter mon avis sur la suite : Un reflet de lune.

Présentation de l'éditeur :

Paris devenue ville-monstre, surpeuplée, foisonnante, étouffante, étrange et fantasmagorique. Ville-labyrinthe où de nouvelles Cours des Miracles côtoient les immeubles de l’Ancien Monde. Ville-sortilège où des hybrides sirènes nagent dans la piscine Molitor, où les jardins dénaturés dévorent parfois le promeneur imprudent et où, par les étés de canicule, résonne le chant des grillons morts. Là vit Chet, vingt-trois ans. Chet chante du jazz dans les caves, enquille les histoires d’amour foireuses, et les jobs plus ou moins légaux, pour boucler des fins de mois difficiles.

Aussi, quand un beau gosse aux yeux fauves lui propose une mission bien payée, il accepte sans trop de difficultés. Sans se douter que cette quête va l’entraîner plus loin qu’il n’est jamais allé, et lier son sort à celui de la ville, bien plus qu’il ne l’aurait cru.

Dans un futur délabré survie une petite enclave parisienne, vestige d’une humanité qui envers et contre tout persiste. Au cœur de ce Paris fantasque et pour le moins rétrofuturiste les luttes de pouvoir sont légion entre les différentes corporations qui se sont formées pour mieux s’approprier des territoires et assurer leur pérennité. Et bien sûr ce lieu est le terreau idéal pour les sectes, à tendance apocalyptique de préférence, et les superstitions en tous genres.
Il y a une certaine poésie dans la dérive de cette ville-monde — ville-monstre parfois — et dans les diverses strates qui ont abouti à ce résultat. La façon dont Estelle Faye a réorganisé l’espace et donné corps à une ville où cohabitent, non sans heurts, un passé — dont les échos s’échelonnent en couches hétérogènes comme pour mieux perdre le lecteur entre moyen-âge et siècle des lumières — et les ruines d’une technologie futuriste souvent délétère ou devenue obsolète est fascinante. Pour moi, Un éclat de givre est sans nul doute son chef-d’œuvre.
Dans ce monde en déliquescence navigue Chet, artiste et un tas d’autres choses à ses heures perdues — il faut bien payer le loyer et l’art ne nourrit pas son homme, même à deux siècles du nôtre. Ce personnage à lui tout seul vaut la rencontre : genderfluid, résolument pansexuel et sans doute trop sentimental pour son propre bien, il a une fâcheuse tendance à se mettre dans le pétrin et à y entraîner ses proches. Il est aussi attachant qu’exaspérant. Malgré tout ce qu’il peut prétendre, il a des valeurs et se soucie des autres, néanmoins il est aussi très centré sur lui-même et surtout sur ses désirs. Chet est un être qui vit à travers ses sens plutôt que sa raison. Cela peut le rendre assez déroutant parfois. Il semble fait de multiples éclats qu’il peine à rassembler.
Il est insaisissable et perdu dans une intrigue aussi labyrinthique que sa ville. Si l’humanité vivote depuis un siècle (recluse, tassée sur elle-même sans savoir s’il existe d’autres colonies), il n’en faudrait pas beaucoup pour anéantir l’enclave. Or il fait chaud, très chaud. Pourtant une partie de la population, en proie à une nouvelle drogue, ne semble pas incommodée par la canicule. Chet, bien malgré lui, va se trouver mêlé au complot quand on lui demande de dénicher un dealer. Jusqu’à ce que l‘affaire lui devienne personnelle et que la survie de l’enclave en dépende.
Vous découvrirez dans le sillage de Chet une végétation pleine de surprises, loin d’être toutes agréables, des créatures étranges entre mythes et manipulation génétiques et des enfants aux pouvoirs psychiques qui jouent les marionnettistes. Vous verrez aussi qu’apocalypse ou pas, l’humanité garde les mêmes travers.
Comme vous l’avez compris, j’aime particulièrement Un éclat de givre et c’est toujours un plaisir de le redécouvrir, d’autant plus dans une belle édition et avec une nouvelle en bonus.
Ladite nouvelle ne m’a pas séduite, cependant sa qualité n’est pas en cause. Elle est très mélancolique, romantique au sens littéraire du terme, mais dérangeante, en tout cas pour ma sensibilité. Si vous aimez cet univers, elle devrait toutefois vous plaire.

vendredi 11 février 2022

The Sandman - Acte II

Adaptation en feuilleton audio du comics scénarisé par Neil Gaiman. Adapté par Dirk Maggs et produit par Audible.
Disponible en CD (uniquement pour la version en langue anglaise. Elle est accompagnée d'un livret et de trois autocollants) ou en version dématérialisée (en anglais, français, espagnol, allemand ou italien) sur Audible.
La chronique porte sur la version française.

Retrouvez ici ma chronique portant sur le premier acte.


Ce très attendu acte II regroupe La Saison des brumes, Jouons à être toi (titré ici Le Jeu de soi) et certaines histoires issues de Fables et Réflexions.
Je me suis trouvée happée dans le récit dès les premières minutes, pourtant La Saison des brumes ne fait pas partie de mes arcs préférés malgré les événements décisifs qui y sont contés. C’est par ce tome que s’ouvre l’enregistrement et il y occupe une grande place. Pourtant, malgré mes a priori, je n’ai pas vu les chapitres défiler. Cette partie est brillamment interprétée, aussi sombre et tortueuse qu’on pouvait l’espérer.
Beaucoup de gens n’aiment pas A Game of You, qui constitue l’autre grand récit de cet opus. Ce n’est pas mon cas. J’ai une tendresse particulière pour les personnages de Barbie et Wanda. J’ai beaucoup aimé la façon dont l’histoire est mise en scène, mais pour le coup c’est une des rares fois où l’image m’a manqué. Cependant, cet arc fait un bon contrepoids à celui de La Saison des brumes. Les enjeux sont moins importants, cependant il n’en est pas moins profond et mélancolique. Si l’on veut s’attarder un peu sur le symbolisme de ce récit, on le trouvera beaucoup plus riche qu’il n’y paraît.
Les histoires de Fables et Réflexions sont habilement réparties. Elles n’interrompent pas les grands arcs, mais offrent des interludes bienvenus entre les deux et permettent à la fin de s’extirper en douceur de cet univers très immersif. J’aime beaucoup les récits courts dans Sandman, qu’ils soient ou non voués à ricocher dans les arcs principaux. J’apprécie surtout le fait qu’ils évitent les évidences et font confiance à l’intelligence du lecteur/auditeur. Ils passent souvent inaperçus, pourtant c’est dans leur originalité et leur réflexion qu’on remarque le mieux le talent de Neil Gaiman pour saisir des histoires au vol et les modeler. La mise en scène particulièrement soignée que leur offre cette adaptation les met heureusement en valeur. C’est une bonne occasion de les découvrir ou redécouvrir sous un autre jour.
Ce deuxième acte est souvent angoissant, toutefois il permet aussi de se glisser sous le couvert fantasque, mais aussi rassurant, du songe. Il m’a ravie de la première minute à la dernière.
L’acte III est déjà confirmé. Je l’attends de pied ferme.

dimanche 19 décembre 2021

Typo & Graillon

Un livre de Barbora Klárová et Tomáš Končinský, illustré par Daniel Špaček et traduit par Eurydice Antolin. Publié aux éditions du Père Fouettard.

Présentation de l'éditeur :

Pas facile d'être un lutin entropique. Tous les jours, il faut faire pourrir la nourriture, trouer des chaussettes, tacher les canapés de chocolat chaud et mettre plein de fautes dans les journaux. Et tout ça, sans se faire choper par les humains !
Vous êtes-vous parfois demandé pourquoi les choses s’abîment même quand vous ne les utilisez pas ? Ou encore d’où sort cette coquille dans le texte que vous venez d’imprimer et que vous aviez pourtant relu trois fois ? La réponse est à la fois plus simple et plus complexe que toutes celles que vous avez pu imaginer : c’est la faute des lutins entropiques. Leur boulot c’est de faire se dégrader… tout ce qui leur passe sous la main. Ce sont les mites ultimes de l’univers en résumé. Ils oeuvrent avec zèle car ils croient en l’absolue nécessité de la dégradation.
Typo est un jeune lutin encore en apprentissage. Il va à l’école et il accompagne parfois son père (expert en détérioration de livres) à la bibliothèque pour semer quelques fautes de frappe, en attendant d’avoir son diplôme et de pouvoir travailler seul. Sa grande ambition, que ne comprend pas trop son paternel, est de travailler dans l’informatique où il pourra glisser des coquilles traîtresses dans les programmes.
Typo nous raconte son quotidien, nous parle de son école, de son meilleur ami et de toutes ses réflexions de jeune lutin à propos de l’entropie… Jusqu’à la sortie scolaire qui va bouleverser ses convictions.
Ce fut un plaisir de passer un moment avec ces lutins entropiques toujours prêts à inventer les machines les plus extravagantes pour les aider dans leur grand œuvre. Bien qu’elle soit destinée à un jeune public, cette lecture est exigeante sur le fond comme la forme. Elle requerra sans doute l’aide d’un adulte (ou d’un dictionnaire pour les jeunes lecteurs les plus indépendants), mais comme je passe mon temps à déplorer l’indigence du vocabulaire des livres pour enfants publiés actuellement, je suis ravie. Cela étant, ce livre est aussi drôle que réfléchi (et il explique bien des choses, comme le fait que les fils des écouteurs soient toujours emmêlés sans raison apparente. Honnêtement, l’intervention des lutins entropiques est l’explication la plus logique à ce phénomène). Il évoque avec humour, intelligence et finesse des questions philosophiques que l’humanité se pose depuis toujours et continuera sans doute à se poser jusqu’à ce que la Dent du Temps nous ait tous grignotés.
Je suis tombée sous le charme de cette histoire, même si comme tout être humain j’ai tendance à vouloir lutter (en vain) contre ces pauvres lutins qui ne font que leur boulot. Les illustrations sont charmantes et pleines de détails cocasses. J’ai adoré celles des machines entropiques dans les marges. Et puis les lutins sont vraiment craquants.
Ce fut une lecture aussi agréable qu’enrichissante et je vous la conseille vivement.

P.S. : Je n’ai jamais autant corrigé de coquilles dans une chronique. Merci de ton implication Typo, mais tu devrais aller aider quelqu’un d’autre, de préférence MAINTENANT.

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vendredi 10 décembre 2021

The Sandman - Acte I

Adaptation en feuilleton audio du comics scénarisé par Neil Gaiman. Adaptée par Dirk Maggs et produite par Audible.
Disponible en CD (uniquement pour la version en langue anglaise. Elle est accompagnée d'un livret et de trois autocollants) ou en version dématérialisée (en anglais, français, espagnol, allemand ou italien) sur Audible.
La chronique porte sur la version française.


Je vous épargne le résumé de l'éditeur qui en dit trop à mon goût.

La hype autour des comics semble ne plus avoir de limites en ce moment et c’est une excellente chose si cela permet la création d’œuvres telles que celle-ci. D’autant que cela change un peu de ce que l’on nous offre habituellement. L’originalité est dans l’histoire, certes, cependant je fais aussi référence au format. Je n’ai rien contre les films et séries, toutefois je trouve qu’une adaptation audio est une excellente idée. Cela est à la fois original, car peu courant pour une série de comics, et tout à fait traditionnel car l’œuvre s’inscrit dans la longue tradition des feuilletons radiophoniques (malheureusement peu prisés dans nos contrées bien qu’on puisse en écouter de temps en temps sur certaines radios) mais qui sont toujours appréciés et surtout de qualité au Royaume-Uni.
La narration est très différente de celle d’un livre audio, cela s’apparente plus à un film sans l’image et cela plaît ou rebute dès les premières minutes. N’étant pas par nature une visuelle, j’apprécie beaucoup ce format qui laisse place à l’imagination, tout en étant aussi très évocateur si l’on prête attention aux détails de la mise en scène — très soignée dans le cas présent — et à toutes les perceptions inconscientes qu’elle induit. On perçoit notamment où se trouvent les personnages les uns par rapport aux autres. La sonorité est étudiée pour donner une notion de l’espace et les bruitages ne sont pas qu’un fond sonore ; ils enrichissent le récit.
J’ai lu beaucoup de commentaires de gens qui se plaignent qu’on perd toute une dimension de l’histoire sans les images, mais je ne suis pas d’accord. Je n’aime pas particulièrement la partie esthétique des Sandman. C’est juste une question de goût et le talent des différents illustrateurs de la série n’est plus à prouver. Je ne pense pas qu’il faille opposer les deux formats. C’est surtout par snobisme que certains rejettent cette adaptation, de la même façon que la série télévisée, en cours de production, reçoit beaucoup de critiques sur le choix des acteurs alors que l’on n’a pas encore eu  le loisir d’apprécier leur performance. Certains fans de comics sont parfois très sectaires et c’est d’autant plus vrai dans le fandom de Sandman, ce qui est vraiment dommage. Chacune de ces différentes façons d’appréhender des histoires aussi complexes a beaucoup à nous apporter.
Ce feuilleton d’une dizaine d’heures est découpé en épisodes qui pourront peut-être vous sembler sans liens au début (si vous n’avez pas lu les comics), mais vous verrez que tout a un sens dans ces récits et qu’ils se répondent. Vous apprendrez à faire attentions aux détails, même les plus triviaux. L’adaptation couvre les trois premiers volumes de Sandman, soit Préludes et Nocturnes, La Maison de poupée, Le Domaine du rêve. J’ai une affection particulière pour La Maison de poupée et j’ai trouvé la transposition brillante, encore plus flippante que dans les comics. Ces histoires sont de celles qu’on adore ou qu’on déteste.
Sandman n‘est pas pour tout le monde. Certains de ces récits sont très violents et j’ai l’impression que le format accentue le malaise que l’on peut ressentir. Il est parfois pire de deviner sans voir. Je pense surtout à l’épisode « 24h » pour ceux qui connaissent l’histoire…
Quoi qu’il en soit, que la rencontre entre l’auditeur et le feuilleton se fasse ou non, on doit reconnaître le talent avec lequel cette adaptation a été créée. À mon grand désappointement, j’ai dû opter pour la VF, parce que la VO m’égarait avec ses effets de voix et certains accents. Je le regrette, néanmoins je dois dire que la version française est d’excellente qualité aussi.
Je n’avais pas vraiment d’attentes, cependant j’ai été très agréablement surprise. Je me suis laissé emporter très facilement dans toutes ces histoires, même celles qui n’ont pas ma préférence.
J’aime les livres audio traditionnels, mais j’aime aussi beaucoup les feuilletons, surtout quand ils sont aussi vivants et bien interprétés que celui-ci. On devrait nous proposer plus souvent des œuvres de qualité telles que celle-ci. Le deuxième acte est déjà disponible en anglais, la version française est prévue pour fin janvier et je l’ai déjà pré-commandée, ce qui vous prouve mon enthousiasme.

lundi 5 avril 2021

Le jour où l'humanité a niqué la fantasy

 Un roman de Karim Berrouka, publié chez ActuSF.


Présentation de l'éditeur :

Au départ, il y a un lutin qui hurle « Vous avez niqué la fantasy ! » alors qu’il retient en otage plusieurs personnes dans une bibliothèque. Et puis il y a le coup d’un soir d’Olga qui se met à déconner et à foutre le feu à son appartement, avant d’aller brouter les pissenlits par la racine. Et il y a aussi les trois punks Jex,
Skrook et Pils qui doivent jouer au Festival du Gouffre tandis qu’il se passe de drôles de trucs dans la forêt d’à côté.

Karim Berrouka, auteur du Club des Punks contre l’apocalypse zombie (prix Julia Verlanger) revient avec Le jour où l’humanité a niqué la fantasy. Membre émérite de la World Grouilleux Academy of Fariboles et professeur de fantasy appliquée à Normal Sub, livre ici un récit autobiographique indispensable pour la compréhension de l’univers et le salut de l’humanité.

Tout commence quand un cinglé prend des gens en otage dans une bibliothèque parce que « l’humanité a niqué la fantasy ». Enfin non. Tout commence peut-être quand Olga ramène chez elle un type qui éjacule des flammes… Non, toujours pas. Alors tout commence peut-être au cours d’un festival punk dans un bled paumé dont les habitants sont bien trop accueillants. Quand une mamie vous fournit en speed, méfiez-vous quand même un peu.
Vous trouverez dans ce roman à la narration tressée des fées gélatineuses (et libidineuses), des lutins d’un mètre quatre-vingt, des licornes méprisantes, des ondines caractérielles, un gamin schizo (ou pas) avec son démon intérieur, deux filles qui n’avaient rien demandé mais ne s’en laissent pas conter, une apocalypse mal calibrée et des punks, bien sûr.
J’aime ces romans qui ne vous mâchent pas l’imagination ou les neurones avec une narration bien linéaire. Ici les pistes se croisent, forment des boucles en retour arrière et créent un motif qu’il est plaisant de voir se dessiner. La multiplicité des personnages freine peut-être un peu l’implication du lecteur dans certaines parties, s’il développe une préférence pour l’une ou l’autre. Cela n’a pas été mon cas. J’ai adoré Olga, Margo et les punks. Sans parler des auteurs...
Le jour où l’humanité a niqué la fantasy est un roman drôle, plein d’énergie, de chaos et d’absurdité, ainsi que d’êtres féeriques comme vous ne les avez jamais vus (et ne voulez surtout pas les voir), mais aussi d’intelligence et d’irrévérence. Il se joue des codes de la fantasy sans se prendre au sérieux pour autant.
J’ai apprécié ce récit déjanté et le jeu de références au point que je n’ai pas vu défiler les pages. 

dimanche 14 février 2021

Un reflet de lune

 Un roman d'Estelle Faye, publié chez ActuSF.

Présentation de l'éditeur :

Paris, un siècle après l’apocalypse. La capitale est plongée dans les pluies de printemps et Chet, dans une affaire qui le dépasse. Des sosies apparaissent pour lui faire porter le chapeau de crimes dont il est innocent. Du lagon du Trocadéro au repaire lacustre des pirates de la Villette, Chet arpente les bords de la Seine en crue à la recherche de ces mystérieux doubles, autant que de lui-même.

L’autrice multiprimée Estelle Faye (Les Seigneurs de Bohen, La Voie des oracles) retrouve son héros jazzy Chet pour une nouvelle aventure indépendante dans l’univers poétique et fantastique d’Un Éclat de givre.
Chet chante du jazz dans les bars d’un Paris post-apo. Il noie ses désillusions et ses traumatismes dans les conquêtes faciles et se dilue dans son alter ego artistique : Thaïs. Les affaires commencent à bien marcher pour lui depuis qu’il l’a créée, mais il n’arrive pas à se remettre de ses dernières mésaventures et la pluie qui s’abat sans discontinuer sur la ville semble s’accorder à son humeur.
Ce roman fait suite à Un éclat de givre, publié chez les Moutons électriques. Il est indépendant, mais pour mieux l’apprécier je vous encourage vivement à lire son prédécesseur. Vous comprendrez mieux comment est née cette enclave parisienne dans ce futur dévasté, qui est Chet et ce qui l’anime dans cette nouvelle histoire.
Je me rappelle avoir beaucoup aimé Un éclat de givre, malgré une fin un peu plate et j’étais ravie de retrouver Chet dans ce décor qui vaut le détour. Estelle Faye remodèle la ville de manière cohérente et imagée. La crasse y est sublimée par des éclats de lumière aussi factices qu’éblouissants, créant une esthétique fascinante. Arpenter cette cité décadente avec son personnage, découvrir comment elle s’est adaptée, comment fonctionnent ses guildes et ses gangs est un vrai plaisir. Ce futur délabré se fait écho du passé dans son fonctionnement et porte néanmoins les stigmates de progrès technologiques qui ont mal tourné. Il est passionnant de découvrir comment ce monde s’est construit. On ne peut parler de rétrofutur ici, mais il s’agit indubitablement d’un futur rétro. Cependant, l’histoire propre à ce tome semble un peu délayée en comparaison, alors qu’elle ne manque pas d’intérêt.
Plombée par la pluie incessante comme par les états d’âme de Chet, l’intrigue s’enlise parfois. Tout pourrit à cause de l’humidité autour de Chet et ses sentiments comme ses sensations semblent faire de même. Profondément blessé par les événements du roman précédent, il ne sait plus vraiment qui il est ni qui il veut être. Alors que penser de ces autres lui qui semblent subitement envahir la ville ? Est-ce un tour que lui joue son esprit ou un véritable complot ? Chet s’oublie en Thaïs et se noie en ses doubles, lentement dépossédé de sa propre existence. Reste à voir si cela provoquera un sursaut d’instinct de survie en lui ou si cela le fera définitivement sombrer.
Chet n’est pourtant pas le seul à pâtir des méfaits de ses doubles. Et si cette pluie incessante faisait partie du complot ? Si quelqu’un, une fois encore, s’ingéniait à détruire sa ville ?
L’autrice nous balade d’un bout à l’autre de la cité, à la recherche d’une secte complotiste qui prône la purification du monde par le déluge. Je vous avoue que j’ai préféré l’ambiance à l’enquête elle-même, surtout parce que Chet n’est pas toujours facile à supporter. Il est souvent englué dans sa propre sensualité qui s’invite à des moments assez inopportuns. Il se laisse gouverner par ses sens et ses pulsions sans réfléchir au mal qu’il peut faire aux autres ou aux ennuis qu’il va s’attirer. Bien qu’il ait des éclairs d’altruisme, il ne définit les autres que par les relations qu’il entretient avec eux et elles restent très superficielles. Cela m’a ennuyée. Je me souvenais de lui comme un personnage tolérant à l’esprit libre et je l’ai retrouvé très égocentré. Il ne voit sa relation avec Damien que par ce que celui-ci lui apporte. Il n’a même jamais cherché à savoir le vrai nom de son amant de la Bordure qu’il a persisté tout ce temps à appeler Galaad. Il est en somme plus intéressé par ses fantasmes que par la réalité de ses amants. Voire la réalité tout court... Ce n’est pas l’image que j’avais gardé de ce personnage et même si cela s’explique par son instabilité mentale, c’est un peu décevant.
Cela étant, j’ai quand même beaucoup apprécié cette lecture et, si Estelle Faye écrit d’autres aventures à Chet, je les lirai volontiers, rien que pour me promener de nouveau dans cette version de Paris.

lundi 1 février 2021

Les ballons dirigeables rêvent-ils de poupées gonflables ?

Un recueil de nouvelles de Karim Berrouka, publié chez ActuSF.

Sommaire :

- L'Histoire commence à Falloujah
- Concerto pour une résurrection
- Elle
- Éclairage sur un mythe urbain : la Dame Blanche dans toute sa confondante réalité
- Dans la terre
- Jack et l'homme au chapeau
- Le Siècle des Lumières
- De l'art de l'investigation
- Le Cirque des ombres
- Charbon
- Naufrage
- Les Sombres
- D'or et de diamants
- Théâtre d'ombres
- L'Enfant rouge
- ... Comme un ange gardien.
- Le Piano
- Conjonction
- Clothilde court dans la forêt
- Ils sont cinq

Dans ce recueil, Karim Berrouka nous montre toute l’étendue de sa palette d’écriture. La poésie, l’absurde, l’humour et la philosophie se mêlent (et se filent parfois des gifles en passant). Une chose est sûre : on ne s’ennuie pas un seul instant.
J’ai une grande affection pour les nouvelles. Elles requièrent une grande finesse et de l’esprit pour être percutantes. En cela, ce recueil est une réussite et nous offre, outre la qualité des textes, une belle diversité.
Certaines nouvelles sont profondément mélancoliques, d’autres des visions hallucinatoires, drôles ou perturbantes. L’auteur explore aussi tous les genres de l’imaginaire sans distinction et peut vous entraîner aussi bien dans un récit moderne, voire futuriste, que sans âge, dans du polar, de la SF, de la fantasy ou même du fantastique. Parfois léger, parfois sombre, voire poisseux… On ne sait jamais vraiment ce sur quoi on va tomber et cela fait tout le charme de ce recueil. Un messie déjanté ? Des fées ? Une réécriture de conte ou de mythe ? Un Dieu en formation ? Une malédiction personnifiée ? Vous trouverez tout cela, et bien plus encore, dans ces nouvelles.

lundi 21 décembre 2020

La Nuit des labyrinthes

 Un roman de Sabrina Calvo, publié chez Mnémos.

Mon avis sur Délius, une chanson d'été, premier volume de la série.

Présentation de l'éditeur :
Après avoir déjoué la folie de Délius, Bertrand Lacejambe, botaniste, et son fidèle secrétaire B. Fenby se retrouvent à Marseille en 1905. En ce soir de Noël, on inaugure le pont transbordeur, on se passionne pour un nouveau sport pédestre, on boit... Dans une ambiance tropicale d'espions et de palmiers, ils vont pourtant faire face au plus terrible des périls. Perdus dans un dédale urbain aux occultes secrets, de soirées mondaines en scènes de panique, ils devront élucider la troublante disparition de la plus banale espèce florale et démêler l'écheveau d'une monstrueuse imposture, réminiscence de la tragique commune dont la cité phocéenne paya jadis le prix...

Étrange roman que celui-ci, qui commence comme une banale enquête un soir de réveillon et se termine en  fantasmagorie échevelée où se mêlent folie et ésotérisme.
Nous retrouvons Lacejambe et Fenby, huit ans après les événements de Délius, une chanson d’été. Profondément traumatisés par leur rencontre avec le fleuriste et tout ce qui en a découlé, ils vivent en reclus mais se sont pour un soir décidés à répondre à une invitation. Au chevet d’une vieille connaissance, Lacejambe se voit investi d’une mission qui pourrait soit lui rappeler l’homme qu’il était autrefois, soit le perdre définitivement. À la poursuite d’une fleur, nos compères nous entraînent dans un nouvel imbroglio hallucinatoire dans les rues de Marseille. 
On rencontre entre ces pages des personnages historiques, des francs-maçons, des anarchistes et des fleurs, bien sûr. Mais qui est qui ? Vous retrouverez dans ce roman la même ambiance onirique que dans Délius, peut-être bien un peu plus dense encore. Peu à peu l’enquête devient course erratique dans laquelle la proie et le chasseur changent sans cesse de rôle. Vous vous égarerez, c’est certain, dans ce roman qui porte si bien son titre. L’Histoire se mêle aux souvenirs des personnages, le vrai dans le faux, le faux dans le vrai, jusqu’à ce que le lecteur, absorbé et ballotté de toutes parts, perde le sens et ne sache plus où il se trouve ni s’il va vers l’anéantissement ou le salut. 
J’ai oscillé entre les passages où mon attention était à son maximum et ceux où je lisais en étant ailleurs tant le récit m’égarait. Au final, une fois digéré, je crois que j’ai apprécié le symbolisme de ce roman, ou devrais-je dire de ce délire hallucinatoire aux multiples strates. Cependant, ce n’est pas une lecture aisée ni complaisante. Elle ne conviendra pas à tout le monde. Pour entrer dans cet univers, il faut accepter de se perdre — pour peut-être mieux se retrouver — et de ne pas tout comprendre. Pour tout dire, je ne sais pas trop quoi en penser.

samedi 15 février 2020

Kabu Kabu

Un Recueil de Nnedi Okorafor, publié aux éditions ActuSF.

Présentation de l'éditeur :
Avec Kabu Kabu, plongez dans les méandres des nouvelles de Nnedi Okorafor, l'autrice de Qui a peur de la mort (optionné par HBO).
Embarquez en direction de l'aéroport de New York dans un kabu kabu, taxi clandestin à qui vous fera traverser les légendes africaines.
Découvrez une musicienne qui joue de la guitare pour un zombie particulier.
Rencontrez Arro-yo, la coureuse de vents à la chevelure maudite, qui se bat pour exister sur l'étrange planète Ginen.
21 nouvelles vers un ailleurs étonnant et passionnant.
Autrice de fantasy et de science-fiction, Nnedi Okorafor a été lauréate du World Fantasy Award et du Prix Imaginales pour Qui a peur de la mort ? Son recueil de nouvelle Kabu Kabu est une véritable palette de son imaginaire d'african-futurisme et d'african-fantasy. 
Comme me l’a appris la nouvelle qui donne son titre à ce recueil, un kabu kabu est un taxi nigérian illégal. Or, l’impression que l’on a au sortir de cette lecture est d’avoir été embarqué dans l’un de ces taxis, d’en avoir côtoyé les autres passagers tout en étant brinquebalé d’un lieu à un autre, sans ordre logique, en s’inquiétant parfois de ne pas arriver à bon port. Toutefois, quand on descend enfin, on se trouve peut-être dépouillé et désorienté, mais également plus riche de tout ce que l’on a vu.
Nnedi Okorafor est une grande conteuse. Elle mêle très habilement les genres dans cet ouvrage, du fantastique le plus classique à une science fiction rafraîchissante, elle mâtine le tout de légendes et ajoute même un soupçon de littérature générale sur la fin. Elle aborde des sujets importants et met l’imaginaire à leur service plutôt que l’inverse. Elle l’imbrique dans la réalité.
Guerre du pétrole, racisme, condition féminine et enjeux politiques sont bien sûr des thèmes récurrents, mais ils côtoient l’amour, au sens large du terme, l’espoir, la volonté des personnages de faire changer le monde.
En se baladant d’un texte à l’autre, on apprend à connaître son Nigeria, celui qu’elle veut nous conter. Ses personnages, souvent des femmes, ont de fortes personnalités. Elles sont volontaires, respectueuses des traditions mais néanmoins décidées à vivre leur vie et à tracer leur propre chemin. En cela, Nnedi Okorafor décrit des personnes très inspirantes que j’ai beaucoup aimé suivre.
Certains textes sont liés. On peut lire tout une série sur les méta-humains, ces gens qui ont des pouvoirs sur les éléments entre autres, et voir comment leur statut a changé au sein de leur communauté. J’ai tout particulièrement aimé Tumaki, un très beau texte, mais tous ceux concernant les coureurs de vent m’ont tout autant passionnée.
De nombreuses nouvelles appartiennent à la science fiction, mais elle se mêle presque toujours à la magie. Mon texte SF préféré est Popular Mechanic car j’ai beaucoup aimé la relation père-fille des personnages. L’artiste araignée m’a également marquée car j’ai trouvé ce récit touchant dans la relation construite entre cette IA robotique et cette femme au travers du langage de la musique.
Cependant, mes nouvelles favorites sont celles qui appartiennent au genre fantastique. D’aucuns les trouveront sans doute plus anodines et elles abordent souvent des thèmes moins complexes. Ceci dit, au-delà du fait qu’il s’agisse de mon genre de prédilection, Nnedi Okorafor a une intelligence du fantastique qui, alliée à ses talents de conteuse, a fait de ces textes des pépites du genre.
Le Tapis, texte aux abords fort simple mais plein de sens cachés, est l’un de mes favoris. Ces deux sœurs, la situation peu idéale dans laquelle elles se trouvent et leur étrange tapis m’ont offert un excellent moment de lecture. Dans le même genre, La guerre des babouins, dans lequel trois fillettes persistent à emprunter un mystérieux raccourci s’est révélé aussi distrayant qu’intéressant. Et il y a bien sûr la nouvelle titre et son voyage déstabilisant à bord du kabu kabu.
D’autres récits, comme Sur la route, sont plus horrifiques. Celui-ci en particulier est très prenant et dérangeant. J’ai néanmoins été un peu désappointée par la chute que je juge trop facile.
J’ai eu une préférence pour les textes aux allures de légendes, comme L’homme au long juju, dans lequel une fillette croise un fantôme malicieux ou encore Le bandit des palmiers où l’on rencontre une femme bien décidée à narguer l’autorité.
Les deux dernières nouvelles du recueil sont une étrangeté au milieu de tous ces textes où la magie côtoie le cybernétique, mais elles se passent aux États-Unis, ceci expliquant cela à mon avis. Du fait de leur réalité, elles sont d’autant plus touchantes car elles abordent le racisme et le harcèlement subi par des enfants.
Ce recueil offre une très grande diversité, vous y trouverez forcément un texte qui vous parlera. J’ai aimé la voix de cette autrice, ses thèmes et ses préoccupations. C’est un ouvrage très moderne et une bonne représentation de ce que peut nous apporter l’Imaginaire aujourd’hui.

jeudi 30 janvier 2020

Le Bon Gros Géant

Un livre de Roald Dahl, publié chez Gallimard.


Comme beaucoup d’enfants des années 80, j’ai grandi avec les livres de Roald Dahl. Ils ont forgé mon imaginaire et m’ont donné le goût de cette magie un peu absurde qui surgit dans un claquement de doigts et contamine la réalité avec sa dinguerie.
Pour le Challenge madeleine de Proust, j’ai eu envie de relire un de ces livres et j’étais à deux doigts de choisir Matilda, qui est probablement mon préféré. Mais je me suis dit que ma dernière lecture de Matilda n’est pas si ancienne et que je devrais plonger plus loin dans mes souvenirs. C’est ainsi que j’ai opté pour Le Bon Gros Géant.
Ce livre étant un classique de la littérature jeunesse, je suppose que vous le connaissez, mais au cas où vous auriez un doute, c’est l’histoire d’un gentil géant — sans blague ! — et d’une petite orpheline appelée Sophie qui deviennent amis et décident de mettre hors d’état de nuire de méchants géants qui mangent les êtres humains.
Ce livre vaut plus par son univers que par son histoire elle-même. Roald Dahl en a écrits de bien plus complexes d’un point de vu émotionnel et scénaristique. Mais c’est un récit amusant qui n’a pas trop vieilli. J’aime beaucoup le fait que son géant soit un souffleur de rêves et cela a profondément marqué mon imaginaire. Ce personnage fantasque, ses embrouillaminis langagiers et ses rêves en bocaux sont très attachants. Pour moi, un cauchemar est resté un troglopompe et quand j’y pense je revois encore l’illustration qu’il y avait dans mon livre… J’en ai gardé le goût des mots emmêlés et autres jeux de langage qui ont sans doute été renforcés par certaines autres de mes lectures d’enfance.


Réécouter cette histoire, c’est un peu comme déguster un plat préparé par sa grand-mère. C’est familier et toujours délicieux. J’ai eu envie de l’écouter plutôt que la lire (ce qui m’a permis de tricoter le cadeau d’anniversaire de ma mère qui est déjà bien en retard, mais vous vous en fichez). 
Il y a une version audio, sortie en 2018, mais qui est sans doute une réédition. Je ne suis pas sûre, j’en avais d’autres quand j’étais petite, mais pas celle-ci.
J’ai opté pour la version dématérialisée et ai été très désappointée de voir que malgré ce qu’annonçait la présentation, elle avait été abrégée. C’est bizarre comme on se rappelle parfois de choses pourtant si anciennes. Ma dernière lecture de ce roman doit bien dater d’une trentaine d’années, mais je me suis étonnée de l’absence d’une scène dont je me souvenais fort bien. Alors j’ai vérifié dans le livre et je ne l’avais pas imaginée. Je suppose que c’est pour faire tenir le tout sur deux CD, soit deux fois soixante-quatorze minutes. Je trouve toutefois fort dommage de couper une histoire si courte, d’autant plus quand on annonce une version intégrale. Je ne conseille donc pas cet audiolivre.
Néanmoins, c’est indéniablement une histoire à faire découvrir.


mercredi 15 janvier 2020

La Maison en thé

Un album de Nicolas Zouliamis, publié chez Seuil.


La Maison en thé est un très bel et grand album d’une soixantaine de pages. Il est destiné aux enfants, mais j’ai été charmée par les sublimes illustrations.
J’ai acheté cet album pour mon filleul, qui est sans doute un peu jeune pour l’apprécier à sa juste valeur. Cependant je n’ai pas pu résister. Outre le charme de l’ouvrage, la fillette qui en est le personnage central porte le même prénom que sa maman. Il aura le temps de l’apprécier en grandissant, quand il aura appris à lire tout seul. Mais revenons-en au livre.
La petite Michèle vient d’emménager dans une nouvelle maison et y trouve peu à peu ses marques. Cependant, le comportement bizarre de son chat, Nestor, l’inquiète. Elle décide donc de l’épier et en voulant le poursuivre elle monte à bord d’un train… dont la locomotive est une théière et les wagons des tasses !
Au cours de ce voyage, elle va visiter sa maison et la voir d’une toute autre façon. Les dessins sont superbes et foisonnent de détails. Je ne sais pas s’ils seront du goût de tous les enfants, mais ça fait plaisir de voir quelque chose d’aussi travaillé pour un jeune public plus accoutumé d’ordinaire aux couleurs pleines et dessins simples. Il est bon de faire découvrir aux enfants des styles différents, surtout quand cela leur permet d’expérimenter la profondeur et la richesse des nuances.
L’histoire, un rien absurde par moment, rappelle un peu Alice au Pays des Merveilles, mais reste relativement simple et accessible. Elle est cependant très jolie et j’ai beaucoup apprécié le passage de la fillette dans l’arbre ainsi que la rencontre avec la sorcière.
Ce petit périple a quelque chose d’apaisant et la chute est mignonne comme tout. Je suis ravie d’avoir offert ce livre.

samedi 11 janvier 2020

Ar Men-Ir – Christmas Kouign-Amann

Une nouvelle de Jean-Marc Sire, publiée chez Realities Inc.


Tous les ans, les éditions Realities Inc. Nous gratifient d’une nouvelle de Noël. Celle de 2019 revisite la nativité avec humour et un chouïa d’absurde.
Que feriez-vous si pendant le réveillon de Noël un couple de golems, dont la femme est enceinte, sonnait à votre porte pour réclamer l’aide de votre poivrot de père ? Eh bien vous les installez dans la grange  pendant que votre mère prépare des sandwichs en espérant qu’il ait une illumination. Ce qui, vous vous en doutez, n’est pas gagné… Bien entendu, vous n’êtes pas au bout de vos surprises.
Ce texte empreint de dérision se lit d’une traite. On apprécie tous les détournements auxquels l’auteur se livre sans vergogne et on passe un moment agréable. Que demander de plus ?

Les autres nouvelles de Noël chroniquées sur ce blog :

lundi 10 juin 2019

Chroniques verticales - Saison 1

Un feuilleton de Laurent Copet, publié chez Realities Inc.


Chroniques Verticales est un feuilleton numérique. La première saison compte six épisodes et vous pouvez télécharger les deux premiers gratuitement pour vous faire une idée. 
C’est en quelque sorte un récit d’aventures, assez difficile à classer. Il pourrait être de la science fiction autant que de la fantasy à ce stade et cela importe peu. Ce qui compte, c’est qu’il s’agit d’un coup de cœur. 
Laurent Copet nous conte l’histoire d’un clan qui gravit une falaise qui semble sans fin. Dans ce monde vertical il n’y a que deux choix : grimper ou se laisser rattraper par le néant qui poursuit le clan sans relâche. Ces gens ont appris à vivre sur la falaise, à cueillir ses fruits et à chasser les dangereuses créatures qu’elle abrite. Tout ce qu’ils espèrent est atteindre un jour le sommet. 
Je ne pensais pas me passionner autant pour ce type de récit. Que pourrait-il y avoir à raconter sur un clan d’alpinistes perdu sur une immense falaise ? Eh bien plus que je n’aurais cru. Les regarder vivre et évoluer était fascinant. La part de moi qui a le vertige à deux mètres du sol est restée vaguement nauséeuse longtemps tant je visualisais leur ascension. Mais il fallait que je sache la suite ! 
Si l’on s’attache plus particulièrement à certains personnages, on apprend aussi à connaître le mode de fonctionnement du clan, ses lignées, ses coutumes et rites de passage, ses interdits et son quotidien. Tout tourne autour de la survie et des sacrifices qu’il faut lui consentir. Cette partie m’a beaucoup plu. J’aime les histoires bien construites. 
Je me suis aussi beaucoup attachée aux personnages, Chilam Balam, Ombre du Néant, Vol Parfait et Petit Chat, Salto Angel… J’ai tremblé pour eux et espéré leur survie dans ce monde sans concession. 
Vol Parfait est le personnage central. On le voit grandir, de la prise de son autonomie, quand il commence à grimper seul, à l’âge adulte. Son ascension rythme le récit. On veut le voir survivre, fonder sa propre cordée, vaincre les épreuves. 
Ces Chroniques Verticales sont, au-delà de l’aspect très distrayant de l’histoire, une belle métaphore de la vie elle-même, une réflexion sur la jeunesse et la vieillesse, sur le bien commun face aux désirs individuels, sur la mémoire et la construction des mythes. 
La saison 2 est prévue pour juin/juillet et j’ai hâte de la lire.

mardi 14 mai 2019

Un été d'enfer

Une BD de Vera Brosgol.


Vera est une petite fille de neuf ans qui adore dessiner. Elle vit avec sa mère, son frère et sa sœur dans un petit appartement. Elle est d’origine russe et sa famille n’a pas beaucoup d’argent. Ces différences culturelles et sociales font qu’elle a beaucoup de mal à s’intégrer. Les autres fillettes ne sont pas très tendres avec elle. (On a vraiment envie de leur filer des claques…) Du coup, quand elle entend parler d’un camp de scouts russes, elle pense avoir trouvé l’occasion de se faire des amis et de se sentir à sa place. Mais rien ne va se passer comme prévu...
La première chose qui m’a sauté aux yeux est la couleur. Les dessins, superbes et expressifs au demeurant, sont en noir, blanc… et vert. Pas un vert agréable et relaxant, non. Ce vert est nauséeux, sans doute pour coller à l’ambiance. Au début cela m’a gênée, puis je m’y suis habituée et je l’ai trouvé vraiment adapté à l’histoire. En outre, comme je le disais, les dessins sont superbes, riches de détails et de nuances. C’est vraiment une jolie BD, très agréable à lire malgré les déboires de Vera.
Il faut bien le dire, l’histoire est un peu déprimante parfois. J’ai eu de la peine pour Vera. On s’attache vite à elle, on aimerait pouvoir l’aider… C’est d’autant plus touchant que cette histoire, sans être biographique, est fortement inspirée de souvenirs d’enfance de l’autrice. Bon, ne vous inquiétez pas, tout n’est pas déprimant et c’est un joli récit d’apprentissage. Le personnage grandit, sa personnalité s’affirme et sa compréhension de l’autre s’affine. Vera apprend beaucoup durant cet été au camp.
Cette bande dessinée est destinée à un jeune public, disons d’une dizaine d’années, mais elle reste intéressante même pour un public plus âgé. Toute adulte que je suis, je l’ai appréciée. Elle est très agréable à lire et si ça pouvait inciter les enfants à être plus ouverts et tolérants, ça serait d’autant plus cool.

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