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mardi 9 janvier 2024

L'Hiver de la Sorcière, Trilogie d'une nuit d'hiver T3

Un roman de Katherine Arden, publié chez Denoël dans la collection Lunes d'encre.

Les tomes précédents :

Présentation de l'éditeur :

Moscou se relève difficilement d'un terrible incendie. Le grand-prince est fou de rage et les habitants exigent des explications. Ils cherchent, surtout, quelqu'un sur qui rejeter la faute. Vassia, avec ses étranges pouvoirs, fait une coupable idéale. Parviendra-t-elle à échapper à la fureur populaire, aiguillonnée par père Konstantin ? Saura-t-elle prévenir les conflits qui s'annoncent ? Arrivera-t-elle à réconcilier le monde des humains et celui des créatures magiques ? Les défis qui attendent la jeune fille sont nombreux, d'autant qu'une autre menace, bien plus inquiétante, se profile aux frontières de la Rus'. Conclusion magistrale de la "Trilogie d'une nuit d'hiver", L'Hiver de la sorcière peut, comme les tomes précédents, se lire indépendamment. On y retrouve la poésie, la magie et la sombre cruauté des contes russes qui ont fait le succès de la série dans le monde entier.
Il était grand temps que je lise cette suite. J’ai essayé au printemps dernier, mais cette trilogie est taillée pour l’hiver et semble incongrue à toute autre époque.
Quelle épique conclusion que celle-ci ! J’ai adoré ce tome. Il a brisé mon cœur et exalté mon âme. Il m’a rappelé pourquoi j’aimais tant l’écriture de Katherine Arden, alors que le tome précédent, quoique bien écrit, me l’avait un peu fait oublier.
Ce tome est pour Vassia celui de la maturité. Dans le premier, nous l’avons connue enfant, nous avons découvert avec elle ses capacités et assisté à la formation de son caractère. Dans le deuxième, exaltée par sa toute nouvelle liberté, elle se croit invincible comme beaucoup de jeunes adultes. Mais dans le troisième… J’ai aimé cette Vassia devenue adulte. Elle fait toujours des erreurs, elle a gardé en elle ses idéaux de jeunesse, mais elle est aussi plus prudente, plus maligne, plus déterminée aussi. Les malheurs l’ont forgée.
Katherine Arden a su construire un récit solide dans lequel elle mêle habilement la grande histoire et la petite ainsi que les légendes et contes russes, mais elle a également construit des personnages qu’elle refuse de garder figés. Vassia en est la plus aboutie et demeure la grande force de cette histoire. Qu’on comprenne ou non ses choix, on craint pour elle et sa famille.
J’ai aussi une grande affection pour ses frères et sœurs, même si seulement deux d’entre eux sont présents dans ce dernier tome. J’aime particulièrement Olga, plus posée que Vassia, intelligente et ouverte d’esprit même quand la situation la dépasse. J’aurais aimé que les autres membres de la famille aient aussi une petite place dans ce récit, mais je reconnais qu’il y avait déjà beaucoup à faire.
Cette trilogie de fantasy douce équilibre parfaitement l’histoire et les légendes. Chaque tome a soufflé sur les braises de mon amour des contes de manière fort bienvenue. J’en garderai un excellent souvenir.

dimanche 7 janvier 2024

Coven

Un roman graphique de Taous Merakchi pour le scénario et Da Coffee Time pour les illustrations, publié chez Dupuis.


Ève, Lily, Diane et Morgane se connaissent depuis l’enfance et fréquentent le même lycée. Toutes sont très attachées au vieil orme du parc que la mairie projette de couper. Elles font donc cause commune pour le sauver. D’abord elles pensent y parvenir grâce à une pétition et des manifestations, mais quand Lily lance une idée en l’air elles l’attrapent au vol et décident de miser sur le surnaturel pour s’assurer la victoire.
Si on excepte l’introduction, qui sert surtout à attiser la curiosité du lecteur, c’est devant l’orme qu’on fait vraiment la connaissance des quatre filles, alors que chacune se remémore ses plus beaux souvenirs liés à l’arbre et c’est là que j’ai commencé à les aimer. Ces adolescentes sont très attachantes, chacune a une personnalité bien à elle, cohérente et qui sonne juste. J’ai eu dès le tout début envie d’apprendre à les connaître et de les voir évoluer. Certaines sont davantage vouées à la figuration que d’autres et c’est bien dommage. Cependant, cela ne déséquilibre pas trop la dynamique du récit au profit d’une seule héroïne. 
Coven propose une intrigue classique et sans surprise, mais qui reste plaisante, surtout pour un jeune public. Quant à moi, qui suis sans doute un peu trop âgée pour cette lecture, il m’a semblé que l’autrice oscillait entre plusieurs influences sans vraiment trouver sa propre voix ni quoi faire de son histoire. Un peu de romance, un peu de chronique adolescente, un peu de fantastique, un peu d’horreur… Le mélange a pris, mais manque de consistance. Qui plus est, la fin m’a un peu déçue, même si elle fait sens de par sa valeur initiatique.
Ce n’était pas pour moi, mais j’ai quand même passé un bon moment avec ce roman graphique car j’aime les histoires de sorcières. J’ai de surcroît apprécié toutes les références culturelles glissées autant dans le récit que les dessins (qui pour le coup parleront sans doute plus à ma génération qu’à un jeune public) et ça m’a rappelé ma propre adolescence. 

vendredi 29 juillet 2022

Cemetery Boys

Un roman d'Aiden Thomas publié chez ActuSF dans la collection Naos.

Présentation de l'éditeur :

Parce que sa famille latinx a du mal à accepter son genre, Yadriel veut leur prouver à tous qu'il possède les pouvoirs d'invocation des hommes et non pas celui de guérir, comme les femmes. 

"Le visage de l’esprit était tordu par une grimace, ses doigts noués dans le tissu de son haut. Il portait un blouson en cuir noir avec un capuchon sur un t-shirt blanc, des jeans délavés et une paire de Converse.
« Ce n’est pas Miguel », essaya de chuchoter Maritza, mais elle n’avait jamais vraiment eu une voix faite pour ça. Yadriel gémit et se passa la main sur le visage. Du bon côté des choses, il avait invoqué un esprit pour de vrai. Du mauvais côté des choses, il n’avait pas invoqué le bon."

Un premier roman qui laisse sans voix ; véritable mélange d’authenticité et d’émotions. Aiden Thomas signe ici un titre à lire absolument, qui aborde des sujets lourds tels que l’acceptation des personnes LGBTQI+, le racisme, la colonisation...
Yadriel a grandi à Los Angeles dans une communauté latino-américaine d’apparence classique, mais en fait composée de brujx (c’est le mot neutre employé pour désigner des sorciers). Dans la communauté de Yadriel, les hommes guident les esprits des morts vers l’au-delà et les femmes guérissent les vivants. 
Yadriel est un garçon. Toutefois, il a été assigné fille à la naissance. Aussi se débat-il tous les jours avec les préjugés de sa famille qui l’aime mais peine souvent à accepter sa transition et ne pense pas qu’il puisse posséder les pouvoirs d’un garçon. Sa mère le soutenait, mais elle est décédée. Quant à son père, qui assume la fonction de chef des brujx, il lui refuse le droit au portaje, amulette traditionnelle (un poignard dans le cas d’un garçon) qui accompagne le statut de brujo ainsi que la cérémonie qui ferait de lui un jeune adulte et un membre actif de la communauté. Alors Yadriel n’a plus le choix, avant le Día de Muertos et le retour pour quelques jours des fantômes des brujx décédés, il doit prouver à tous qu’il possède les pouvoirs d’un brujo. Bien sûr tout ne va pas se passer comme prévu et le fantôme que Yadriel espérait libérer vers l’au-delà va se montrer récalcitrant. Être un brujo n’est pas qu’une question de pouvoir et Yadriel a beaucoup à apprendre.
Cemetery Boys est un joli roman, très lumineux, une enquête sur fond d’amitié, d’espoir et de traditions. Il est souvent difficile dans ce monde de faire accepter son identité, qu’il s‘agisse de son genre ou de son orientation sexuelle, surtout dans une famille religieuse, même si celle de Yadriel ne l’est pas au sens classique du terme. Ses proches ont beau l’aimer, ils le blessent souvent. Tout ce qu’il souhaite, c‘est qu’on lui donne sa chance.
Avec sa cousine Maritza, une végane qui refuse d’utiliser le sang pour guérir, et la version fantôme de Julian, un garçon de son lycée mort dans des circonstances mystérieuses, il forme un trio improbable mais attachant. On pourrait reprocher à ces personnages de manquer un peu de maturité, mais ils ont quinze ans et des tas de raisons de ne pas faire confiance aux adultes. Ils ont aussi des choses à prouver, je suppose, alors je peux regarder leurs erreurs avec indulgence. Ce sont des adolescents crédibles, pas des super-héros mais des jeunes qui font de leur mieux et on les aime pour cela.
J’ai apprécié toute la mythologie entourant les brujx, leurs croyances et leurs traditions. Ce n’est pas courant. Toutefois, c’est le développement des personnages que j’ai préféré. L’intrigue n’est pas très complexe et manque de finesse, mais ce défaut est compensé par la charge émotionnelle du récit et la sincérité que l’on sent chez les personnages. En outre, les adolescents trans ne sont pas légion dans la littérature YA et il est important de leur y faire une place, surtout avec des histoires signifiantes, telles que celle-ci.

mardi 15 septembre 2020

L'Héritage du rail, La Dernière Geste T2

Un roman de Morgan of Glencoe, publié chez ActuSF dans la collection Naos.


Présentation de l'éditeur :
Alors que la nouvelle se répand en Keltia, Yuri, ramenée de force à l’ambassade du Japon, est déterminée à reprendre sa liberté malgré tout. Mais comment fuir, et où trouver refuge ? Seul le Rail semble désormais capable de lui donner asile...
Après les débuts en fanfare de la série La Dernière Geste de Morgan of Glencoe, romancière et harpiste professionnelle, voici enfin le deuxième tome très attendu des lecteurs et lectrices.
S’il y a bien une suite que j’attendais avec impatience, c’est celle-ci. J’ai abandonné mes lectures en cours — oui, j’en ai toujours plusieurs — et j’ai dévoré ce roman en trois jours. Pourtant c’est un petit pavé. Bon c’était aussi le week-end, j’ai renoncé à toute vie sociale ou presque et j’ai lu à m’en exploser le cerveau. Tout ça pour vous dire que mon enthousiasme n’a pas faibli de l’attente à la première page, puis de cette première page à la dernière.
J’aime cette saga, épique et ambitieuse, qui peut vous réconforter aussi bien que vous arracher le cœur. Morgan of Glencoe a travaillé ses personnages autant que son univers. Elle y a mis autant de patience que de réflexion. Cela se sent et est d’autant plus appréciable que ce livre est publié dans la collection Naos destinée aux adolescents. Je vous dis souvent tout le bien que je pense de cette collection, mais ce livre mérite que je me répète. On a besoin de plus de romans de ce type, des textes intelligents, poétiques et profonds qui effacent les barrières entre les littératures jeunesse et adulte, qui ne font pas dans l’hypocrisie ou le manichéisme.
Ce tome est celui des choix. Les personnages sont autant de pièces sur un échiquier et l’équilibre des forces s’est trouvé bouleversé par les événements du premier volume. Certains ont fait des choix qu’ils doivent maintenant affirmer et assumer, ce qui est loin d’être simple dans un climat où la moindre étincelle pourrait provoquer une guerre qui couve depuis trop longtemps.
Des personnages que l’on pensait secondaires émergent dans ce deuxième Chant. On en apprend davantage sur leurs motivations, mais aussi leur parcours. Je pense notamment à Gabrielle et Kenzô, mais aussi Aliénor. L’autrice laisse à chacun la possibilité de s’exprimer et gère de manière admirable toutes ces voix sans perdre de vue ses objectifs ni noyer son lecteur. C’est un réel tour de force car il y a vraiment beaucoup de personnages, sans compter ceux qui arrivent, et l’autrice nous démontre qu’on a tort de s’attendre à ce qu’ils ne fassent que de la figuration.
Voir évoluer tous ces personnages que l’on a appris à connaître et aimer est un plaisir. Certains se libèrent du passé, d’autres de leurs œillères. Tous avancent et tous sont passionnants à suivre. Même ceux que l’on se prend à détester ne sont pas totalement mauvais ce qui est très important à mes yeux.
J’aimais déjà Yuri, qui a tant évolué dans le premier tome. La petite princesse capricieuse et surprotégée est bien loin maintenant et la femme qu’elle est devenue n’en est que plus admirable. Ce qu’elle apprend sur elle-même dans ce tome ne lui confère que plus de valeur à mes yeux car je pense qu’on a besoin de davantage de personnages comme elle. Pourtant, il ne faut pas croire qu’elle est au centre du récit. Il n’y a pas un personnage principal autour duquel tout s’articule dans cette saga mais plusieurs et c’est ce qui lui confère une partie de son charme. J’avoue toutefois une petite préférence pour Yuri, Trente-Chênes et Alcyone.
Ce deuxième Chant laisse le temps aux lecteurs de se familiariser davantage avec ce monde et son contexte politique. On l’explore en profondeur et on peut appréhender, moins dans l’urgence que dans le premier Chant, l’importance des choix de toutes ces personnalités politiques, la place de Keltia et comment elle se maintient malgré l’hostilité des autres nations ainsi que la grande importance du rail, ressource stratégique dans ce statu quo.
Ce tome a tenu toutes ses promesses. J’ai ri, j’ai été émue. Je me pose autant de nouvelles questions que j’ai obtenu de réponses, mais, surtout, j’ai hâte de lire ce que les personnages feront de leur héritage. 

Défi Cortex catégorie auteur breton

lundi 7 septembre 2020

La Louve de Brocéliande, intégrale

Une trilogie de Lia Vilorë.
Le premier volume a été publié chez Lune Écarlate, mais n'est plus disponible à la vente. Vous pouvez vous procurer l'intégrale gratuitement sur le blog de l'autrice et lui faire un don via Tipeee si ça vous dit.

Résumé :
De nos jours en Bretagne, peu savent que la légendaire forêt de Brocéliande est le théâtre d'une guerre fratricide entre fées.
Victime de fièvres inexplicables lors de la nouvelle et de la pleine lune, la lycéenne Hikira Bisclavret fait un jour la connaissance d'Éric Freinet. Un être ambigu qui la fascine et en qui elle trouve un ami inespéré.
Éric et Hikira deviennent les cibles de fées prêtes à tout pour les détruire, car découvrir le secret des fièvres de la jeune fille ne sera pas sans payer le prix fort.
Après tout, les Demoiselles sont aussi merveilleuses que terribles...
Hikira a presque seize ans. Elle a perdu sa mère dans des circonstances horribles et s’est un peu renfermée sur elle-même. Cela étant, elle semble être une adolescente normale et c’est par hasard qu’elle attire l’intérêt du docteur Éric Freinet. Déterminé à aider la jeune fille, qui est atteinte de mystérieuses fièvres que tout le monde semble traiter à la légère, Freinet va se trouver embarqué bien malgré lui dans une histoire aussi étrange que complexe.
Amateurs de légendes et de loups-garous, cette trilogie devrait vous intéresser. Lia Vilorë mêle dans son récit de nombreuses influences qui forment un tout cohérent. Je me suis plu à découvrir cette interprétation du Lai de Bisclavret, récit que je vous invite à lire si vous ne le connaissez pas. La trilogie s’articule autour de lui et il est résumé dans son entièreté au cours du premier tome, cependant il ne faut pas vous priver de la lecture, au demeurant fort brève, d’une belle pièce de littérature médiévale.
J’ai vraiment beaucoup aimé la façon dont Lia use de la matière de Bretagne, associée au folklore sur les fées et les loups-garous, pour créer sa propre légende. Sa manière d’interpréter le lai et de l’entremêler à d’autres légendes, comme on peut le voir au fil des tomes, est tout en relief et subtilités.
Hikira est un personnage intéressant. Elle oscille longtemps entre l’enfant et la jeune fille, avec ce petit côté sauvage qui est l’apanage de son héritage. Elle a vécu des événements affreux, chaque petite part de son innocence rognée au fur et à mesure des épreuves, pourtant, elle fait preuve d’une grande capacité de résilience. Vouée à grandir dans la douleur, elle doit sans cesse faire le deuil de son enfance, de ses rêves et même de son humanité alors que paradoxalement elle humanise les gens autour d’elle, du meurtrier de sang froid aux gamins perdus qui ne savent pas toujours comment ils en sont arrivés là. Elle leur permet de faire émerger ce qu’il y a de meilleur en eux et de panser leurs plaies. Cela me touche particulièrement chez ce personnage qui n’est qu’un pion dans une partie d’échecs qui le dépasse et dont il entrevoit pourtant l’issue avec une grande lucidité. Hikira est toute entière aux mains des fées, bonnes et mauvaises, qui se disputent le monde. Le potentiel initiatique de ce récit n’en est que renforcé.
J’ai aussi beaucoup aimé le personnage d’Océane qui pour moi est l’autre face d’une même pièce. Soumise au bon vouloir de la Bête, elle n’en est pas moins la plus forte des deux. Elle aussi est une fille sacrifiée mais, plus encore que Hikira, elle embrasse sa destinée avec détermination. On ne peut que s’attacher à ces deux jeunes filles et leurs défauts ne les rendent que plus humaines.
J’ai lu, il y a de cela quatre ans,, le premier volume de cette trilogie et j’avais vraiment envie d’en connaître la fin. Maintenant que c’est chose faite, j’ai pourtant l’impression que ce n’était qu’un pan de l’histoire globale et que d’autres personnages ont encore des choses à me raconter, même si Hikira est allée au bout de son parcours initiatique.

lundi 6 juillet 2020

Le Livre des trois, Chroniques de Prydain T1

Un roman de Lloyd Alexander, publié aux éditions Anne Carrière.

Présentation de l'éditeur :
Au cœur du royaume de Prydain, un jeune garçon rêve d'aventures et de combats à l'épée. Chargé de veiller sur la truie Hen Wen, Taran est loin de se douter que l'animal possède de grands pouvoirs magiques et que l'abominable Roi Cornu est à sa recherche. Lorsque la truie s'échappe de Caer Dallben, Taran se lance à sa poursuite et s'enfonce profondément dans les terres de Prydain. Aidé du seigneur Gwydion, d'une créature nommée Gurgi et de la plus singulière des jeunes filles, Taran doit affronter le Roi Arawn et le Fils du Chaudron, deux êtres maléfiques au service du Roi Cornu. Le jeune garçon deviendra-t-il le héros qu'il a toujours voulu être ?

Quand j’étais petite, j’ai vu Taram et le chaudron magique au cinéma et il est encore à ce jour un de mes Disney préférés. Beaucoup de personnes de ma génération ne l’ont pas aimé. Il a été jugé trop sombre et effrayant. Malgré un nouveau doublage pour le remettre au goût du jour, il est presque tombé dans l’oubli. Je trouve cela bien dommage.
Comme la plupart des gens qui ont aimé ce dessin animé, je savais qu’il était inspiré d’une pentalogie de fantasy : Les Chroniques de Prydain de Lloyd Alexander. J’ai toujours eu envie de lire ces romans, mais je n’arrivais pas à me décider à les lire en anglais. À ma connaissance, seul le premier volume avait été traduit. Cependant, l’édition dont je vais vous parler est récente, propose le texte intégral, et le deuxième tome du cycle est déjà en librairie lui aussi. J’espère que les autres suivront très vite, sachez cependant que le premier tome a une vraie fin et peut se lire indépendamment.
Le Livre des trois est un excellent roman de fantasy pour la jeunesse. Assez classique dans sa forme, il est intemporel et même si vous avez déjà lu des tas bouquins de ce type, vous ne pourrez que reconnaître sa qualité. C’est toutefois chez un jeune public, entre huit et quinze ans, qu’il trouvera sans doute le meilleur accueil.
Le Livre des trois est à la fois un roman d’apprentissage et de compagnonnage. Un jeune garçon qui s’ennuie dans sa vie d’apprenti porcher rêve de faits héroïques et il va se trouver mêlé à une quête dont dépend la survie de son royaume. Une chance pour lui, il sera aidé par des amis rencontrés au fil de ses mésaventures. Déjà vu, comme je vous le disais, mais pas ennuyeux pour autant. L’auteur n’a pas fait dans le cliché et, surtout, il a su créer des personnages qui sortent du cadre de ce type de récit.
Taram, qui est censé être le personnage principal, va grandir, apprendre de ses erreurs, et confronter ses rêves d’enfant à la réalité. Il évolue beaucoup et c’est un vrai plaisir à lire. Certes, c’est un personnage plein de bons sentiments, mais il n’est jamais niais. Je l’ai trouvé plutôt atendrissant.
Ses compagnons sont aussi des outsiders à leur façon et la jument est probablement la plus sage du groupe. Toutefois, c’est ce qui fait leur charme.
Gurgi, créature entre l’homme et l’animal, semble lâche et avide, mais va se révéler auprès de ses compagnons. C’est un personnage vraiment touchant. Sa nature fait qu’il est rejeté, comme l’un des personnages nous le fait si bien remarquer, mais il a juste besoin qu’on apprenne à lui faire confiance. C’est une des caractéristiques qui m’ont vraiment plu dans cette histoire : deux personnages très sages nous rappellent souvent de ne pas nous fier aux apparences. La bonté n’est jamais du temps ou de l’énergie perdus. La tolérance amène à la compréhension en profondeur des choses et des êtres. Cela est parfaitement illustré avec Gurgi, mais pas seulement.
Fflewddur Fflam le barde, est un peu menteur, un peu léger, mais son grand cœur n’est pas feint et il pourrait se découvrir plus courageux qu’il ne l’espérait. Ce personnage calamiteux, qui a abandonné son royaume pour devenir barde, apporte un peu de fantaisie à la troupe. 
Eilonwy enfin, courageuse et pragmatique fillette, est certes un peu boudeuse, trop bavarde et puérile parfois, mais sait aussi faire preuve d’une grande maturité quand il le faut. Cette enchanteresse en cours de formation n’a pas de grands pouvoirs, cependant elle est très intelligente et tout le contraire de la damoiselle en détresse malgré son jeune âge. C’est une figure féminine très positive.
Je ne vous présente que les personnages que l’on suit le plus longtemps, néanmoins vous ferez d’autres intéressantes rencontres dans ces pages et c’est là tout le sel de ce récit. Il y a toujours plus à voir que ce que l’on croit.
Lloyd Alexander s’est beaucoup inspiré des légendes galloises et ce fut un plaisir de voir quel tissage il a réalisé avec tous ces récits entremêlés. Le roman a sa personnalité propre, cependant cette inspiration l’enrichit grandement et contribue à le sauver de sa forme trop classique.
Le Livre des trois est un très bon roman, qui n’a pas du tout vieilli, et une bonne introduction à la fantasy pour un jeune public. En outre, il transmet de bonnes valeurs. On y apprend que les erreurs nous font grandir quand on en tire des leçons, qu’une bonne action a toujours des répercussions même si elles sont parfois insoupçonnées et que le véritable héroïsme ne se taille pas forcément à la force d’une épée. C’est un roman sur l’amitié, sur le partage, l’entraide et la confiance, sur le sacrifice, l’humilité et la générosité. Il n’est pas moralisateur, mais offre néanmoins une bonne morale.

jeudi 28 mai 2020

La Fille dans la tour, Trilogie d'une nuit d'hiver T2

Un roman de Katherine Arden, publié chez Denoël dans la collection Lunes d'encre.

Ma chronique du premier tome est par-là.

Présentation de l'éditeur :
La cour du grand-prince, à Moscou, est gangrenée par les luttes de pouvoir. Pendant ce temps, dans les campagnes, d'invisibles bandits incendient les villages, tuent les paysans et kidnappent les fillettes. Le prince Dimitri Ivanovitch n'a donc d'autre choix que de partir à leur recherche s'il ne veut pas que son peuple finisse par se rebeller. En chemin, sa troupe croise un mystérieux jeune homme chevauchant un cheval digne d'un noble seigneur. Le seul à reconnaître le garçon est un prêtre, Sacha. Et il ne peut révéler ce qu'il sait : le cavalier n'est autre que sa plus jeune sœur, qu'il a quittée il y a des années alors qu'elle n'était encore qu'une fillette, Vassia.

Ne lis pas cette chronique si tu n'as pas lu le premier tome.

À la fin de L’Ours et le Rossignol, nous avions laissé une Vassilissa pleurant son père au milieu des cendres de son enfance. Dans ce tome, il est temps pour elle de s’émanciper. Bien que les épreuves l’aient mûrie, elle reste une jeune fille de la campagne, qui a grandi dans un milieu protégé. Même si elle a enduré le froid et la faim, entre autres épreuves, son père et ses frères veillaient sur elle et la simplicité de la vie dans son village ne l’a pas préparée au monde, encore moins aux intrigues de la cour. Malgré tout ce qu’elle a pu subir, elle est toujours naïve, pleine d’idéaux et d’illusions, nourrie par les contes de son enfance où les cœurs vaillants sont récompensés et où les filles ont le droit d’être davantage que des épouses serviles.
Vassia n’aspire qu’à parcourir le monde sur le dos de Soloveï. Elle rêve d’aventure, d’héroïsme et de magie. Malheureusement, Vassia est bien moins prête qu’elle ne l’imagine et elle a beaucoup à apprendre sur la cruauté des hommes. Elle va devoir grandir encore, et très vite, pour gagner cette liberté qui lui fait tant envie. Et pour être en sécurité sur les routes, quoi de mieux que se déguiser en garçon ? Cependant, il se pourrait que son subterfuge joue contre elle. Vassia va se trouver en présence de son frère Sacha, devenu moine, et du grand-prince de Moscou, Dimitri Ivanovitch. Précipitée au cœur d’un nid de serpents sans y avoir été préparée, elle va devoir être sur ses gardes car si son secret est éventé, elle risque gros.
Ce tome est celui de l’apprentissage, des faux-semblants et des trahisons. Vassia a un grand cœur et des aspirations tout aussi grandes, mais elle se comporte comme une enfant gâtée parfois et ses inconséquences sont douloureuses aussi bien pour elle et les siens, qui vont devoir en payer le prix, que pour le lecteur qui a envie de la secouer. Cependant, on doit lui reconnaître qu’elle apprend de ses erreurs, qu’elle les assume aussi bien que toutes les conséquences de ses choix.
J’avais apprécié le premier tome, surtout pour son ambiance de conte, pour ses Tchiorti et les petits rituels qui accompagnent leur existence, mais je l’avais trouvé un peu lent. Dans celui-ci, le rythme est beaucoup plus soutenu, à part peut-être dans la première partie. En tout cas, je l’ai lu très vite et avec grand plaisir tant j’étais prise dans l’histoire. Les ennemis qu’affronte Vassia sont cette fois beaucoup plus retors. J’ai retrouvé dans ce roman la magie et les références aux contes qui me plaisent tant, bien que le récit soit plus axé sur l’aventure et l’action. Les êtres surnaturels qu’on appelle Tchiorti, tous ces lutins domestiques et créatures des bois qui font toute la richesse du folklore russe, se font encore trop discrets à mon goût, mais leurs interventions dans ce volume sont toujours utiles et surtout significatives. À tout prendre, je préfère cela à un usage plus fréquent mais plus anodin de leur présence et de leurs pouvoirs.
Ce tome est la parfaite continuation du précédent et j’ai été heureuse de voir Vassia y retrouver son frère, mais aussi sa sœur aînée. Outre le fait d’apprendre ce qu’ils sont devenus, on peut voir comment leurs relations vont évoluer à l’âge adulte. On rencontre aussi les enfants d’Olga et surtout sa fille aînée, Macha, un personnage prometteur. Tous gagnent en profondeur dans ce récit.
Ce roman est à la fois très féminin et féministe. Le précédent l’était déjà, mais il nous montrait surtout le monde du point de vue de Vassia qui était tout de même relativement libre, même pour une fille de la campagne. Celui-ci parle d’émancipation, de ce qu’est la féminité — ou de ce qu’on voudrait qu’elle soit — et de la difficulté pour les femmes, nobles aussi bien que paysannes, de vivre dans cette Russie médiévale qui est si rude pour elles. Des femmes cloîtrées dans leur terem aux gamines de la campagne enlevées par des brigands, il ne fait pas bon être une fille à cette époque. À travers toutes ces figures féminines, Vassia ainsi que la jeune Katia, Olga et Macha, mais également Tamara, la grand-mère des filles, et son étrange destinée, on peut voir différentes facettes de la féminité et les choix qui les accompagnent.
J’ai été particulièrement ravie d’en apprendre davantage sur Tamara et sur l’héritage des filles, même s’il reste encore des mystères à mettre au jour. Ce fut vraiment une excellente lecture. 
Tout cela me donne très envie de lire la suite. Ça tombe bien, elle vient de sortir et c’est le dernier tome.

Défi Cortex, catégorie auteur d’Amérique du nord.

lundi 18 mai 2020

Désaccordée

Un roman de Joanne Richoux, publié chez Gulf Stream éditeur.

Présentation de l'éditeur :
Violette, 17 ans, part en virée avec Maëva, Lucas et Alexis. Direction le château d'eau désaffecté de Saint-Crépin-l’Hermite, un endroit à la sinistre réputation. Quelques heures plus tard, elle ouvre les yeux. Elle est couchée face contre terre, au milieu d’une forêt sauvage. Ceux qu'elle rencontre portent des noms bizarres : Dièse, Trille, Sonate...
Telle Alice tombée de l’autre côté du miroir, la jeune fille aurait-elle atterri dans un univers à part ? Pourquoi tout le monde la confond avec une certaine Princesse Croche, disparue trois ans plus tôt ? Et qui est Arpège, ce garçon casse-cœur qui la dévisage ? Violette le sent, l’envers de ce décor féerique, c’est un danger de mort.
Mais comment retrouver le chemin de la maison ?

Violette a dix-sept ans, elle vit dans un petit village et elle a les problèmes de son âge : une meilleure amie qui est la reine des pestes, un crush pour un gars qui n’est pas aussi sympa qu’elle le croit et des adultes qui la saoulent. Rien de bien méchant. Sauf que son frère a disparu quand elle avait sept ans et que c’est une vieille blessure qui n’a jamais guéri. Alors, après une horrible soirée, elle se cache dans sa chambre. C’est là que les choses vont vraiment mal tourner pour Violette.
Désaccordée est une sorte de conte initiatique au décor fantasque et coloré. Projetée dans un autre monde, Violette doit tout faire pour rentrer chez elle et ce faisant elle va en apprendre davantage sur elle-même, sur sa famille, mais aussi sur le monde des Muses et sa magie.
Le point fort du roman est indubitablement ce monde baroque que l’autrice a beaucoup travaillé. Malheureusement, ce décor fastueux que j’ai adoré parcourir a tendance à écraser un peu le reste. À côté, l’intrigue semble bien creuse. Les amours de Violette passent avant la guerre entre les trois ordres de muses, avant sa quête pour rentrer chez elle et les secrets de sa famille… Tout cela est relégué dans le décor et à peine effleuré au passage. Il y avait pourtant matière, surtout en ce qui concerne les différents ordres et j’aurais vraiment voulu en savoir davantage. Les personnages eux-mêmes sont très peu développés. Les sentiments de Violette, en revanche, sont déclamés jusqu’à la nausée. Le ton affecté de la narration, entre lyrisme qui tombe souvent à plat et phrases lapidaires, n’arrange rien et donne une impression persistante de superficialité.
C’est bien dommage car il y a de l’imagination, de l’originalité et du talent dans la façon dont ce monde a été créé. Le roman aurait gagné à proposer un récit plus construit et surtout plus profond. Il me fait penser à un joli colifichet qui brille beaucoup de loin mais qui se révèle en toc dès qu’on le regarde d’un peu plus près.

mercredi 13 mai 2020

Le Cycle d'Oz t1

Deux romans de fantasy jeunesse, écrits par Lyman Franck Baum et publiés aux éditions Le Cherche Midi.

Qui ne connaît pas Le Magicien d’Oz ? Même sans avoir lu le roman original, on a forcément vu une adaptation, lu une version abrégée ou l’une des nombreuses histoires qu’il a inspirées. Ce récit est entré dans notre imaginaire commun depuis longtemps, même s’il est évidemment plus populaire dans son pays d’origine. Ce que nous savons moins en revanche, nous francophones, c’est qu’il est le premier tome d’une série de quatorze livres (si on ne compte que ceux écrits par Lyman Frank Baum lui-même).
Il y a quelques années, les éditions Le Cherche Midi ont commencé à publier cette série, dont la plupart des titres étaient inédits en français, à raison de deux tomes par volume. Seuls trois de ces volumes sur les six prévus sont parus à ce jour mais les histoires peuvent se lire indépendamment.
Le premier volume contient donc une nouvelle traduction du Magicien d’Oz et une suite Le Mystérieux Pays d’Oz dont Dorothy est absente. Il est illustré en noir et blanc par Stéphane Levallois. Il existe aussi en audiolivre.

Le Magicien d’Oz
Je ne pense pas avoir besoin de présenter cette histoire ni ses personnages.
Ce que j’aime dans ce roman est qu’il prend à contre-pied beaucoup de poncifs des contes. Il montre aux enfants que l’on a en soi des ressources insoupçonnées, mais que l’on a parfois besoin d’une aide extérieure pour en prendre conscience. Au pays d’Oz, la métaphore soutient la logique, le raisonnement ne doit pas aller sans l’allégorie et le rêve. Le symbolisme compte autant que le vécu et il nourrit l’expérience. S’il est important de ne pas s’en laisser conter et de ne pas croire aux illusions du magicien, on grandit tous à notre propre manière et on a besoin de rites de passages autant que des encouragements d’autrui pour prendre enfin confiance en nous.
C’est une histoire sympathique dont la réputation n’est plus à faire.

Le Merveilleux Pays d’Oz
Si l’on retrouve dans ce récit des personnages connus tels que l’épouvantail ou le bûcheron, le héros en est un petit garçon du nom de Tip. Élevé par une vieille sorcière acariâtre qui le traite comme un domestique, l’espiègle gamin veut lui faire une blague. Il fabrique un bonhomme à tête de citrouille qu’il poste sur son chemin pour l’effrayer quand elle rentrera, mais sa farce n’a pas du tout l’effet escompté. La vieille femme ne se laisse pas abuser et, venant d’acquérir une poudre magique auprès d’un sorcier de la région qu’elle a envie d’essayer, elle donne vie au bonhomme ! Après quoi elle est bien décidée à punir Tip de ce mauvais tour et il n’a d’autre choix que de fuir en volant la poudre magique et en emmenant Jack Pumpkinhead avec lui pour le soustraire à la vindicte de la sorcière.
Les aventures, ou plutôt mésaventures, du jeune garçon sont toutes plus abracadabrantes les unes que les autres et il est amusant de le suivre à travers tout le pays à mesure que se joignent à lui des personnages tous plus étonnants les uns que les autres. La force de ce récit est toujours ce merveilleux un peu absurde et l’humour grinçant dont l’auteur ne se privait pas de nous abreuver.
On pourra juger ce roman un peu sexiste. En effet, une armée de filles s’est mis en tête de conquérir la cité d’émeraude et, bien que victorieuses, ces demoiselles sont largement moquées pour leurs motivations vaines (elles veulent des bijoux et de nouvelles robes), leurs peurs absurdes et leur manque de jugeote, sans parler de leurs armes qui sont des aiguilles à tricoter… Toutefois, il ne faut pas se leurrer, derrière l’ambiance bon enfant de ces romans, l’auteur se moque de tout le monde. L’aveuglement des uns, l’orgueil bouffi des autres et même les hommes qui sont épuisés quand ils doivent faire le travail des femmes, tous en prennent pour leur grade. La grande majorité des personnages de ces histoires ne sont pas bien finauds et ils sont très loin de la perfection que l’on confère d’ordinaire aux personnages que l’on trouve dans les récits pour enfants. Cela est pour le moins rafraîchissant.
Il y a de nombreux niveaux de lecture dans ces récits et si leur aspect fantasque plaira aux enfants, les adultes pourront y lire une critique acerbe de la société dans plusieurs domaines.

Ces romans ne sont pas devenus des classiques par hasard et gagnent à être découverts. Ils font en outre de bonnes histoires du soir étant composés de tableaux qui forment de petits récits dans le récit principal.
Je les avais déjà lus, mais j’ai opté cette fois pour la version audio. Je n’ai pas aimé la performance du lecteur qui met beaucoup d’emphase dans son interprétation, cependant c’est une bonne alternative pour faire découvrir ces romans à des enfants qui seraient trop jeunes pour lire seuls un ouvrage aussi dense.

vendredi 11 octobre 2019

L'Ours et le Rossignol

Un roman de Katherine Arden, publié chez Denoël dans la collection Lunes d'encre.

Présentation de l'éditeur :
Au plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante. Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela. En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt. Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales. 
Inspiré de contes russes, L’Ours et le Rossignol a su en garder toute la poésie et la sombre cruauté. C’est le premier roman de Katherine Arden.

Fortement imprégné du folklore russe, L’Ours et le Rossignol est un mélange entre fantasy historique, merveilleux, quête initiatique et saga familiale. 
Vassilissa, dite Vassia, est la cinquième née d’un seigneur du nord et d’une femme aussi sagace qu’indépendante. Sa mère meurt pour la mettre au monde et sa vie aurait pu commencer sous de sombres auspices. Mais Vassia, enfant désirée par sa mère, est choyée par sa famille, particulièrement sa gouvernante et sa grande sœur. Elle s’épanouit librement sur le domaine de son père, connaît la forêt par cœur et préfère imiter ses frères que rester à coudre près du poêle. Ayant la capacité de voir les esprits du foyer comme ceux de la forêt, elle perçoit le monde différemment, ce qui se révèle parfois avantageux, parfois dangereux. Ses aptitudes ne sont pas du goût de tout le monde, notamment sa nouvelle belle-mère.
L’ambiance est feutrée, le récit lent. Il faut bien cela pour voir Vassia grandir, prendre conscience de sa différence et faire ses propres choix. La jeune fille est plus qu’anachronique dans cette société où les femmes sont vouées au mariage ou au voile, vendues ou cachées, en somme. Si l’autrice a distillé quelques indices quant à l’ascendance de Vassia et de sa mère, Marina, j’aurais toutefois aimé en apprendre plus. Ce sera, je suppose, pour les prochains tomes.
L’influence du merveilleux russe est savamment dosée. Les éléments du conte sont là, parfois évidents, parfois en filigrane, souvent détournés. Ce fut amusant de les repérer. Cependant Katherine Arden nous conte une histoire personnelle, un apprentissage où finalement la fantasy reste accessoire. Et je garde le regret de n’avoir pas rencontré Baba Yaga…
L’autrice a néanmoins su se jouer des clichés qui accompagnent les contes, par exemple : la « méchante belle-mère » est plus nuancée qu’on pourrait le croire de prime abord. Elle est avant tout une femme en souffrance. Si elle était née comme Vassia dans un environnement qui l’avait aidée à prendre confiance en elle plutôt que stigmatisée, peut-être aurait-elle été une tout autre femme et pas cette petite chose apeurée qui cherche réconfort dans la religion.
Les personnages sont très développés et c’est avant tout une histoire intimiste. Ce roman met en scène la complexité des sentiments humains, jalousie, orgueil, mais aussi amour et abnégation… C’est aussi la confrontation de deux mondes dans cette Russie médiévale : la chrétienté qui veut régner sans partage et les vieilles croyances païennes. Vassia et sa belle-mère, toutes deux capables de voir les esprits, incarnent ce combat qui ne devrait pas en être un.
L’Ours et le Rossignol est un roman où l’intrigue semble assujettie à l’atmosphère. Elle est lente, précautionneuse, si bien qu’après tant d’attente la conclusion peut laisser un rien perplexe par sa simplicité. Elle est pourtant tout à fait adéquate.
Ce fut une lecture plaisante. Grande amatrice de contes, j’en attendais un peu plus, mais je me suis laissé bercer par ce récit et ne me suis jamais ennuyée.
Bien que premier tome d’une trilogie, ce roman peut tout à fait se lire indépendamment. Cela étant, je lirai volontiers la suite.

lundi 19 août 2019

Le Dieu dans l'ombre

Un roman de Megan Linholm publié chez ActuSF.
Présentation de l'éditeur :
Evelyn a vingt-cinq ans, un époux, une belle famille et un enfant de cinq ans.
Quand elle était jeune fille, elle avait la compagnie des forêts de l’Alaska, de la poésie de la nature et de Pan, un faune mystique.
Un jour, il disparut.
Elle n’aurait jamais cru que la créature irréelle surgirait à nouveau dans sa vie et agiterait en elle ces émotions fantasmatiques et sensuelles.
A mi-chemin entre la civilisation et la nature, sous le couvert des arbres glacés, Evelyn devra faire face à des choix terribles. Trouvera-t-elle son chemin dans l’ombre ?
Légende de la fantasy, Megan Lindholm, alias Robin Hobb (L'Assassin Royal, Le Soldat chamane), tisse ici un chemin de vie d'une humanité sensible, où le fantasme de la nature se mêle aux désirs sombres et inquiétants qui grouillent au fond de nous.

Quand j’étais petite, j’avais une affection particulière pour L’Appel de la forêt de Jack London. Ce roman-ci me le rappelle sauf qu’il ne parle pas d’un animal domestique retournant à a nature sauvage, mais d’une femme, tiraillée entre civilisation et sauvagerie. 
Evelyn a grandi en Alaska, livrée à elle-même. Ses parents avaient bien trop à faire avec leurs autres enfants pour se préoccuper d’une petite fille qui ne cause pas de problème, qui ne demande pas de nouvelle robe, qui se rend utile en cueillant et chassant. N’ayant aucune affinité avec ses sœurs, rejetée par ses camarades de classe, Evelyn avait pour seuls amis son chien et un faune. Ami imaginaire ou non ? Il l’a quittée quand elle a grandi, bien malgré elle. 
Au début du roman, Evelyn est une femme adulte, mariée, mère d’un petit garçon, et elle quitte sa chère Alaska pour passer un mois auprès de sa belle-famille. Mais tout ne va pas se passer comme prévu. On sent petit à petit le piège se refermer sur elle. On suffoque avec elle. Mais, encore une fois, est-ce son imagination qui lui joue des tours ? Est-ce son insécurité et son mal-être qui parlent ? 
Dans la première partie, le récit est tressé de souvenirs de son enfance libre et sauvage et du présent qui la voit de plus en plus confinée, inutile alors que petit à petit on grignote ses libertés et son faisceau de possibilités. 
J’ai eu beaucoup de compassion pour cette femme, j’aurais aimé qu’elle se défende plus. On sent sa belle-famille tellement injuste envers elle. Alors bien sûr c’est subjectif, Evelyn étant la narratrice, mais je me suis sentie d’emblée de son côté. 
Et quand arrive l’accident qui va tout changer, comment ne pas être révolté par la façon dont on la traite ? Ces gens sont tout simplement horribles. Je n’ai pas toujours compris les choix d’Evelyn, c’est le moins qu’on puisse dire, mais j’ai vraiment souffert avec elle durant ces chapitres. 
La deuxième partie nous emmène sur un tout autre chemin, qui est pour elle celui de la reconquête de son indépendance, même si cela n’est pas évident de prime abord, car une fois encore elle se laisse conduire. Et cette portion de l’histoire semble s’étirer, sans doute parce que je l’ai trouvée moins accessible, trop loin de ma propre sensibilité. Cependant, elle ne manque pas non plus d’intérêt. 
Le Dieu dans l’ombre est le roman d’une quête initiatique, il demande de la patience et de l’empathie. 
Pour cette réédition, la traduction aurait mérité une révision, il y a plusieurs coquilles, mais c’est un très bon roman. J’aime beaucoup Robin Hobb, néanmoins j’ai toujours eu une petite préférence pour les récits contemporains qu’elle a publiés sous le nom de Megan Lindholm, ils me parlent beaucoup plus, ils apportent une magie sombre dans une réalité dérangeante. 
C'est le cas du Dieu dans l’ombre, ce roman est entre le Fantastique à l'ancienne et le Réalisme magique, donc c'était forcément pour moi. Mais je vous préviens, comme souvent dans le genre le roman est lent, plus introspectif qu'actif et vous aurez sans doute envie de secouer les personnages. C'est fait pour. 
Ce roman se situe à la frontière du sauvage et du civilisé, il parle de la nature humaine et me semble au final assez païen.

jeudi 2 août 2018

La Forêt de l'étrange / Over The Garden Wall


Je suis tombée, voilà quelques mois, sur un article vantant les mérites de ce court dessin animé — une saison, dix épisodes d’une dizaine de minutes chacun, ça passe en un clin d’œil — et il m’est resté en mémoire pour tout ce qu’il m’évoquait. Notamment, l’un des personnages, avec son chapeau pointu et son nez, me semblait tout droit sorti des Moomins. Et puis, surtout, on me promettait une ambiance étrange, mélancolique, un peu glauque aussi, à la saveur de conte. C’est tout ce que j’aime. Alors, quand je l’ai trouvé en parcourant le catalogue de Netflix, j’ai cliqué, c’était obligé. J’ai ainsi découvert un chef-d’œuvre, un immense coup de cœur qui s’est intégré dans le grand puzzle de mon imaginaire et ne le quittera plus. 
Le début est assez abrupt, mais cela trouve son explication plus tard. On rencontre deux frères, Wirt et Greg ainsi que leur grenouille, perdus dans une forêt. Ils semblent ne plus trop savoir comment ils sont arrivés là. Il fait nuit, une menace rôde et ils vont faire une rencontre… 
Tout fait sens dans cette œuvre, même si ce n’est pas toujours évident de prime abord. Elle est extrêmement soignée, pleine de références, de réflexion. Elle nous parle d’entraide et d’espoir, nous pousse à aller au-delà des apparences. Il y a de nombreux secrets à découvrir, plusieurs pistes de lectures selon l’âge que l’on a. Il faut faire très attention aux détails. J’ai aimé la complexité du symbolisme, mais on peut aussi bien tout prendre au premier degré, comme le petit Greg, et adorer ce dessin animé. 
Attention toutefois, ce n’est pas pour les jeunes enfants. De mon point de vue, les frayeurs « pour de faux » sont salutaires, mais seulement si l'enfant a envie de jouer à se faire peur. C’est un état d’esprit et il n’est pas présent chez tous. Je sais que cette histoire m'aurait foutu la pétoche petite mais que je l’aurais néanmoins adorée et en aurais tiré quelque chose de bénéfique. 
Comme je le pressentais, Over The Garden Wall est tout ce que j’aime : récit d’apprentissage, symboles issus de contes qui renvoient un écho à tout le monde, tout en ayant été assez malaxés pour obtenir leur identité propre, et puis c’est effrayant juste ce qu’il faut… C’est le genre de récit très roboratif pour l’imaginaire. 
Ce dessin-animé a de surcroît de quoi réveiller la nostalgie des enfants des années 80 (il doit d’ailleurs se situer à cette période), que ce soit dans son esthétique ou dans sa structure, cependant il est intemporel, ce qui, à mon sens, caractérise les chefs-d’œuvre. Il m’a rappelé L’Oiseau bleu, que je regardais quand j’étais petite. C’est plus une impression basée sur les souvenirs qu’il m’en reste, je devais avoir quatre ou cinq ans, qu’une réelle comparaison cependant. 
Avec son ambiance glauque, sa poésie mélancolique et ses métaphores, puis ce rien d’absurde aussi qui surprend toujours le spectateur, ce dessin animé est réellement délicieux. L’espoir et la tendresse hantent toujours les moments les plus sombres. La conclusion est également très satisfaisante. Ce fut un immense méga coup de cœur que je ne suis pas près d’oublier.

mercredi 4 octobre 2017

¡Santa Muerte!

Une nouvelle de Xavier Portebois, disponible en numérique chez Realities Inc.
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Futur lointain, la surpopulation n’est plus qu’un vieux souvenir, la médecine soigne ou régénère sans souci, le travail est assuré par des robots et les humains peuvent tranquillement voguer à travers l’univers, menant une existence oisive et exempte d'inquiétude. Ne serait-ce pas l’idée que la plupart des gens se font du Paradis ? (Sans les cantiques, c’est tout bénef.)
Sur notre bonne vieille Terre, Esteban est pris d’une lubie : fêter el dia de los muertos. Mais sa soirée ne va pas se passer comme il l’escomptait… Alors que la Mort n’est plus qu’un concept désuet dans ce monde parfait, Esteban la rencontre pourtant au détour d’une sépulture qui n’est même pas celle de ses aïeux… Si l’après-vie qu’elle lui propose ne le séduit pas, il n’a plus qu’une option : négocier pour sauver sa peau et réussir l'épreuve qu'elle lui imposera.
J’aime caler mes lectures sur la saison et celle-ci tombait à point nommé, d’autant que Xavier Portebois me surprend toujours par ses récits originaux. ¡Santa Muerte! ne déroge pas à la règle. C’est un texte très agréable à lire, un peu fantasque, amusant et léger, mais pas dénué d’une certaine réflexion sur l’humanité.
Esteban est un personnage plutôt sympathique, un gars lambda, ni bon ni mauvais, qui n’a pas fait un choix très judicieux. On s'identifie facilement à ce type. Malgré lui, Il doit subir un passage initiatique mis en scène avec subtilité et très symbolique. Heureusement, son parcours est agrémenté de quelques notes d’espoir et d’humour.
Tout en soulignant nos petits travers et nos contradictions, cette nouvelle est toujours empreinte de bienveillance. C’est tout à fait le genre de textes que j’aime lire à cette époque de l’année.

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Pour d’autres lectures halloweenesques, je vous conseille :
- L’Arbre d’Halloween de Ray Bradbury
- Le Carnaval aux corbeaux d’Anthelme Hauchecorne
- La boîte de Schrödinger spéciale Halloween (anthologie)
- Maisons hantées (anthologie)

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Et puisqu'on parle de charger votre pile à lire... L'an dernier, les éditions Realities Inc ont publié une nouvelle de Noël que vous devriez garder sous le coude pour décembre : De Rouille et de Glace de Manon Bousquet.

jeudi 16 mars 2017

Réalités volume I

Une anthologie publiée chez Realities Inc, en papier et en numérique.
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Sommaire :

– La septième idole, par Sylvain Lamur
– Terminus Turnus, par Ludovic Klein
– Autodafé, par Marie-Lucie Bougon
– Cadenas d’amour, par Bruno Pochesci
– Le sourire du barbare, par Sébastien Parisot
– La louve pourpre, par Julien Morgan
– Jeux dangereux au bord du monde, par Sylvain Bousquet
– Mirradh, par Manuel Le gourrierec
– Le sang et l’acier, par Xavier Portebois
– Une fois le papier enflammé, par Marianne Escher
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Réalités est une anthologie comme on les aime : des textes variés et inventifs qui permettent de découvrir des auteurs et d’explorer divers univers de SFFF sans s’ennuyer un seul instant.
Dans ces dix nouvelles on croise entre autres des robots, des ados livrés à eux-mêmes dans un monde apocalyptique, des mythes en lambeaux, des extraterrestres et des dragons. On explore des sociétés dystopiques, d’autres planètes et même une utopie… Drôles, tragiques, intenses ou surprenants, tous ces textes tirent à leur manière leur épingle du jeu. Je vais vous parler de mes préférés.
Dans La septième idole, des robots cherchent un sens à leur existence en se créant une religion. C’est bien vu. Un contexte savamment construit ainsi qu’une réflexion intéressante sous-tendent ce texte à la fois drôle et intelligent.
Autodafé, probablement ma préférée, est une nouvelle bourrée de références littéraires et superbement écrite. Très visuelle, elle nous permet d’observer les personnages aussi bien que la danse macabre des brûleurs de livres. Du début à la fin, je n’ai pu lâcher ce texte.
Cadenas d’amour est un récit à l’humour grinçant particulièrement divertissant. Seule la fin m’a un peu déçue, mais les circonvolutions de l’intrigue et le rythme enlevé m’ont beaucoup plu.
Plus initiatique, Jeux dangereux au bord du monde, a éveillé mon intérêt par l’originalité de l’univers dépeint. Des adolescents et enfants cherchent à survivre dans un monde que le néant ronge chaque jour un peu plus. Ils ont des préoccupations d’adultes mêlées à d’autres plus de leur âge. Mais comment s’affirmer et trouver sa place quand l’avenir est illusoire, ne dépendant que d’une éternelle fuite en avant ?
Dans Le sang et l’acier, j’ai retrouvé avec plaisir l’écriture de Xavier Portebois dont les textes possèdent toujours plusieurs niveaux de lectures et sont très subtils. Cette fois, se mêlent les caractéristiques du polar avec une réflexion sur l’humanité et le vivant. Est-ce la conscience ou la chair qui font de nous des êtres sensibles ? Ce texte parle de compassion, de différences, mais aussi de peurs et du rejet de l’altérité.
Pour finir, Une fois le papier enflammé m’a plu pour son aspect social et psychologique. Par petites touches, se dessine un monde surpeuplé, à tendance dystopique, dont le réalisme a de quoi faire grimacer.
Cette anthologie originale et pleine de surprises m’a offert d’excellentes lectures. Je vous encourage à parcourir à votre tour les dédales de toutes ces réalités.

mardi 18 octobre 2016

Flying Witch

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Flying Witch est une série animée japonaise adaptée d’un manga de Chihiro Ishizuka. La première saison compte douze épisodes.
On y fait la rencontre de Makoto Kowata, une jeune sorcière de quinze ans. Selon la tradition, elle doit prendre son indépendance, mais ses parents s’inquiètent pour elle. La vie est dure pour les sorcières de nos jours, ils préfèrent qu’elle continue ses études et loge chez des proches. Elle s’installe donc à la campagne et retrouve son cousin Kei, sensiblement du même âge, et la petite Chinatsu.
Makoto aime s’habiller en noir et a pour familier un chat (devinez sa couleur). Elle est l’un des archétypes de la sorcière qui hantent notre imaginaire collectif. La bonne sorcière, bien entendu. Mako est vraiment adorable. Elle n’a aucun sens de l’orientation, elle commet plein de bourdes par naïveté, mais elle n'est pas stupide. C’est un personnage très attachant et suivre son quotidien se révèle un réel plaisir. Avec ses cousins, elle apprend à reconnaître les plantes comestibles sauvages et à s’occuper d’un potager. En échange, elle apporte un peu de sa magie et de ses bizarreries dans leur vie.
Entre superstitions, personnages étranges et apprentissage de la magie, les épisodes paraissent bien trop courts (alors que le générique dure des plombes). On se laisse imprégner par le réalisme magique de ces histoires, on a envie d’en apprendre davantage sur les sorcières et en même temps leur vie n’est pas si extraordinaire que ça, juste un rien plus magique. N'attendez pas des sorts époustouflants et des combats, mais laissez-vous ensorceler par la bienveillance douce et loufoque de ces sorcières.
La série nous offre un panel de personnages intéressants : la famille de Mako et ses nouveaux amis, d’autres sorcières et des créatures surnaturelles. Tous sont très réussis. Chaque épisode est une découverte. J'ai particulièrement aimé le salon de thé.
L’animation est jolie. J’aime beaucoup les couleurs, l’ambiance, la douceur de cette série. C’est le genre d’anime que l’on regarde en sirotant une tasse de thé, après une très longue journée, pour retrouver un peu de sérénité. C’est très mignon, mais pas cucul. Les amateurs de sorcières ne pourront qu’adhérer, quel que soit leur âge.
J’ai eu un coup de cœur pour cet anime et j’espère qu’il y aura une suite.


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vendredi 30 septembre 2016

Journal d'un marchand de rêves

Un roman d'Anthelme Hauchecorne, publié par l'Atelier Mosésu.


Ce roman est le premier de la série l'Atlas des songes, dont chaque tome sera autonome.


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Présentation de l'éditeur :


« J’ai séjourné en hôpital psychiatrique. Pas de quoi fouetter un chat sauf lorsque, comme moi, vous êtes fils de stars. Par crainte du scandale, mes parents m’ont expédié loin d’Hollywood, dans la vieille Europe.
Les meilleurs spécialistes m’ont déclaré guéri. En vérité, la thérapie a échoué. Les songes ont repris, plus dangereux que jamais.


Malgré moi, je me trouve mêlé aux intrigues de puissants Rêveurs. Des gens charmants et bien décidés à m’éliminer, mais avec élégance.


M’entêter serait totalement déraisonnable. Pourtant, deux plaies à vif m’empêchent de tourner la page…


La première est une fille.


La seconde, une soif de vengeance.


Je m’appelle Walter Krowley. Vous tenez mon journal intime. Prenez-en soin. Ce livre pourrait devenir mon testament… »



Walter Krowley n’est pas un mauvais gars. Fils d’un acteur célèbre, il a toujours eu tout ce qu’il lui fallait d’un point de vue matériel, mais il a manqué de l’essentiel. Jeune scénariste de dix-huit ans pas vraiment motivé, il ne sait tout simplement pas trop quoi faire de sa vie, jusqu’à ce que survienne un accident qui va tout bouleverser. Du jour au lendemain, il se trouve propulsé dans un monde inconnu durant son sommeil. La nuit, il vit à Doowylloh, le pendant onirique d’Hollywood, et on ne peut pas dire que la démocratie règne dans cette ville…
Dans son journal, Walter nous conte les mésaventures auxquelles il doit faire face, de la découverte de son Ça à la surveillance constante de l’administration, en passant par un exil forcé dans un rêve aussi dangereux que délétère. En parallèle, durant l’éveil, sa créativité qu’il croyait atrophiée se développe. Néanmoins, sa vie ne devient pas plus facile pour autant.
Anthelme Hauchecorne a créé, comme à son habitude, un univers complexe, quoiqu’un peu frustrant puisque que nous n’en découvrons les rouages qu’au compte-goutte. L’action y est omniprésente, mâtinée de steampunk et nourrie de western, mais l’intrigue ne manque pas de profondeur. C’est assez classique dans la gestion des rêves et de leur potentiel, cependant le roman trouve son originalité dans le mélange des genres ainsi que certains aspects de l’existence dans l’Ever.
J’ai préféré la deuxième moitié du récit, où sont davantage développés les sujets qui m’intéressaient comme le commerce du sable, qui est en quelque sorte l’or des rêves, et le fonctionnement de ce monde onirique, contrairement à la première qui est très axée sur l’aspect western, genre dont je ne suis pas fan.
Je ne me suis pas intéressée à la légère romance, par contre j’ai appris à apprécier le personnage principal ainsi que quelques autres. Walter est un brin naïf, mais il évolue beaucoup. Dans ce monde dangereux où le « chacun pour soi » est la règle de base, il faut faire des concessions pour survivre. On s’inquiète de l’avenir du jeune homme, mais plus encore des choix que lui-même va faire.
Ce roman parle de trahison et de faux-semblants, de la difficulté de grandir et d’être soi, de la grande exigence (parfois dans la douleur) du processus créatif et de la tromperie que cachent quelquefois les apparences les plus anodines.
Il s’agit du premier tome d’une série dont les volumes peuvent se lire indépendamment. Très bien écrit, ce roman d’aventure original au background solide et au rythme effréné saura plaire aux adolescents autant qu’aux adultes. J’ai beaucoup aimé les références à la culture pop, surtout dans les titres de chapitres qui m’ont amusée. La part steampunk du récit change résolument de ce qui se fait dans le genre en général et l’auteur sait ménager son suspense.
Ce fut une bonne lecture et je suis assez curieuse de découvrir le prochain tome et de voir comment l’univers sera développé, d’autant que la conclusion réussit à être frustrante même si elle se suffit à elle-même.


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Découvrez également l'avis d'Acr0.


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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans les catégories suivantes :
– Lire un roman SFFF young adult.
– Lire un livre dans lequel une IA ou des robots ont un rôle prépondérant.

vendredi 27 mai 2016

Apostasie

Un roman de Vincent Tassy, publié aux éditions du Chat Noir.

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Présentation de l'éditeur :
Anthelme croit en la magie des livres qu'il dévore. Étudiant désabusé et sans attaches, il décide de vivre en ermite et de s'offrir un destin à la mesure de ses rêves. Sur son chemin, il découvre une étrange forêt d'arbres écarlates, qu'il ne quitte plus que pour se ravitailler en romans dans la bibliothèque la plus proche.
Un jour, au hasard des étagères, il tombe sur un ouvrage qui semble décrire les particularités du lieu où il s'est installé. Il comprend alors que le moment est venu pour lui de percer les secrets de son refuge.
Mais lorsque le maître de la Sylve Rouge, beau comme la mort et avide de sang, l'invite dans son donjon pour lui conter l'ensorcelante légende de la princesse Apostasie, comment différencier le rêve du cauchemar ?
Imaginez que les romantiques Britanniques et Allemands se disputent des contes de fées très connus, les tordent en tous sens, les corrompent, mais les humanisent aussi… Saupoudrez cette œuvre improbable de gothique vampirique et vous obtiendrez Apostasie. Sorte de conte inversé, comme reflété par un miroir maléfique qui en montrerait la face obscure, ce roman distille son merveilleux discordant et atypique, tout en paraissant familier au bibliophage averti. On y retrouve les codes, bien qu’ils soient dévoyés, des genres précités, ainsi que de multiples références à d’autres ouvrages plus ou moins connus. Cette érudition se fond dans l’histoire et c’est un réel plaisir pour tout amoureux des livres.
La préciosité du style est parfaitement adaptée au récit, mais peut rebuter dans les premiers chapitres. C’est elle qui me rappelle beaucoup les écrits, poétiques et fourmillant de détails, de Mme d’Aulnoy en particulier, mais sans leur côté kitsch et par trop galant. Apostasie est composé de contes glauques, imbriqués les uns dans les autres. Ils s’enroulent autour de la trame principale et la nourrissent, comme pour mieux emprisonner le narrateur, mais aussi le lecteur, dans leur toile.
Anthelme est un jeune homme étonnant, à la fois naïf et aguerri. Grand lecteur et solitaire, il a choisi de vivre en marge de la société. Il y a une candeur dans sa façon d’être, à la fois innocence et potentiel en latence, qui fait qu’il est prêt à accepter toutes les bizarreries et que j’ai parfois eu l’impression qu’il réagissait comme on le fait dans un rêve : en sachant qu’on pourrait s’éveiller à tout instant. Anthelme a beaucoup lu… Il ne veut vivre, si ce n’est sa légende. Il s’éveillera presque malgré lui. J’ai appris à l’aimer, petit à petit.
Il en va ainsi des contes, mêmes sombres, le héros pénètre dans la forêt. Et celle-ci est loin d’être ordinaire… Elle est sylve aux arbres rouges, elle est organe pulsant… La forêt, dans les contes comme les récits médiévaux, est le lieu de la sauvagerie, sans notion de bien ni de mal. Les règles de la société n’y ont plus cours et elle peut s’ouvrir sur des pays imaginaires… Dans la forêt, on se perd et on se trouve, à la fois changé et plus proche de soi, on fuit le monde, mais on doit y retourner un jour. Dans celle-ci, au lieu d’une fée, Anthelme va croiser un vampire. Ceci dit, on peut se demander laquelle de ces deux créatures serait la plus cruelle…
J’ai eu quelques difficultés à m’immerger dans les aventures d’Anthelme et c’est à cause de la première partie, trop dolente… Bien écrite, sans nul doute, mais j’ai lu beaucoup de récits de ce type. Aujourd’hui je préfère la sobriété à la mélancolie langoureuse d’une poésie enrobée de préciosité qui se délecte de sa propre algie. Les rêves brisés des personnages m’ont rendue nauséeuse. Cet imaginaire mutilé, dont on regarde goutte à goutte s’écouler l’ichor, n’est pas pour moi. J’ai eu par moment l’impression d’observer malgré moi des scènes sordides que je n’étais pas censée voir. Ce n’est pas effrayant, c’est dérangeant. Il y a du sang, bien sûr, de la violence, mais, si vous craignez les récits horrifiques, sachez que cela reste tout à fait supportable. C’est plus malsain que gore.
Ce récit languide, froid comme une couleuvre, glisse sur l’esprit du lecteur, le fait frissonner, non de peur, mais de malaise, laissant une trace sinueuse et désagréable. C’est ce que je pensais en découvrant la première partie. Contrairement à Anthelme, je me méfiais. Et puis petit à petit on se laisse prendre au piège, on s’attache aux personnages… On voudrait inventer pour eux une fin heureuse. À l’instant où Anthelme entend les premiers mots de la légende d’Apostasie, j’ai été saisie. Comme chacun sait, le ravissement et le dégoût engendrent la fascination. Tout comme le héros, je ne pouvais plus m’échapper. J’ai adoré Ambrosius et Lavinia, leurs peines et leurs fêlures, leur grandeur et leur folie, leur amitié sans faille…
Ensuite, j’ai mieux compris la facture de la première partie. Puis, est venu le moment où je n’ai plus pu lâcher le livre. Il fallait que je voie s’accomplir la légende, que je sache la fin. Et je n’ai pas été déçue, loin de là. Cette œuvre sort vraiment des sentiers battus.
Apostasie est typiquement le genre de roman que l’on aime ou pas, difficile de faire dans la demi-mesure, cependant il est indubitable qu’il s’agit d’un véritable joyau de merveilleux noir.

lundi 18 avril 2016

Kiki la petite sorcière

Comme j'ai décidé d'ajouter les Ghibli sur Vampires et Sorcières, ne vous étonnez pas d'en entendre parler ici aussi par ricochet... ;)


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Kiki la petite sorcière est un film d’animation sorti en 1989. Je ne sais pas vous, mais je n’avais pas l’impression qu’il était si vieux… Il semble nettement plus moderne, même dans l’animation, que Si tu tends l’oreille, sorti un an plus tard. Produit par le Studio Ghibli et réalisé par Hayao Miyazaki, cet anime est adapté d’un roman pour la jeunesse paru en 1985 et écrit par Eiko Kadono.
Kiki a treize ans. C’est une jeune sorcière débonnaire, pleine d’optimisme et de bonne volonté. Pour parfaire son apprentissage, elle doit quitter son foyer et se débrouiller toute seule pendant un an. Malgré l’inquiétude de sa mère, elle part donc avec son adorable chat noir, Jiji, pour s’installer dans une ville où ne se trouve aucune autre de ses congénères. Elle devra travailler pour subsister et trouver sa spécialité en tant que sorcière. Les débuts ne sont pas simples, mais Kiki a tout de même de la chance. De rencontres en mésaventures, elle se fait petit à petit une place dans son environnement et développe une activité singulière : la livraison en balai volant.
J’adore les sorcières ainsi que les récits d’apprentissage et ai donc une tendresse toute particulière pour ce dessin-animé. Comme la plupart des Ghibli, il est plein d‘espoir, même si tout n’est pas idyllique. Sous les dehors sympathiques du réalisme magique et une colorisation qui rend l’atmosphère très lumineuse, les thèmes abordés sont sérieux. On y parle de l’identité et de l’intégration, de la difficulté de grandir et de poser les points d’ancrage de son existence dans un environnement où tout est à faire. C’est en quelque sorte un conte moderne qui se joue des clichés, tout en s’inscrivant dans la tradition.
Les personnages de cet anime sont lumineux et plein de vie, sans doute parfois un peu trop gentils pour être vrais, mais on y croit quand même. Kiki est très attachante. Malgré son opiniâtreté, elle est encore une petite fille, pleine de doutes et fragile. Cela apporte une certaine dose de réalisme.
Personnellement, quand j’ai besoin de réconfort et de me rappeler pourquoi j’ai fait certains choix, je regarde cet anime…
Comme souvent pour les films de Miyazaki, la fin est abrupte. Elle saisit un moment d’envol (c’est le cas de le dire) et de grâce. C’est une façon comme une autre de montrer qu’il n’y a pas de fin. Toutefois, les images du générique nous renseignent brièvement sur des événements ultérieurs, laissant le spectateur imaginer à sa guise le développement de l’histoire.
Si vous ne l’avez pas encore visionné, n’attendez plus ! C’est un film à voir et à revoir.

vendredi 11 mars 2016

Jadis : carnets et souvenirs picaresques de la ville infinie

Un ouvrage publié chez Mnémos et composé par le Collectif Jadis (c'est mieux expliqué sur le site de l'éditeur que je ne pourrais le faire moi-même).


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jadis




Présentation de l'éditeur :


UNE VILLE INFINIE


JADIS, un monde urbain où se succèdent à perte de vue jardins, ruines et palais à l'architecture fantasque inspirée de la Renaissance...


JADIS, la cité aux mille vies où chacun peut défier Dame Fortune, tisseuse du destin, pour gravir la Pyramide des Fanfreluches.


En ce jour, Maestro, le célèbre artiste, a convoqué trente plumes des plus affûtées. Son défi : que chacune narre la plus extraordinaire et la plus mouvementée des aventures qu'il lui ait été donné de vivre !


UN JEU LITTERAIRE


Charlotte Bousquet, Mathieu Gaborit, Régis Antoine Jaulin et Raphaël Granier de Cassagnac ont choisi un personnage parmi les trente dessinés par Nicolas Fructus.


Ensemble, ils ont exploré pour vous JADIS.


Pendant un an, ils se sont livrés à un exercice passionnant, poussant loin l'écriture d'un récit à plusieurs mains. Ils ont échangé textes et illustrations, se sont lancé des défis et finalement rencontrés, pour jouer une pièce de théâtre ou se dire la bonne aventure.


De ces échanges est née l'histoire que raconte ce livre. Hommage vibrant aux inventions de Léonard de Vinci, aux récits picaresques de Don Quichotte, autant qu'aux mousquetaires d'Alexandre Dumas, JADIS compose une uvre de fantasy baroque, un livre-monde foisonnant et magnifiquement illustré, un récit aux personnages inoubliables.


4 récits haletants et originaux dont une pièce de théâtre !


Plus de 100 illustrations dont les 22 lames du tarot de Dame Fortune !



"Ami, que tu sois majestès ou hypocritès, ta place dans la Pyramide est déterminée par le fil que Dame Fortune tisse pour toi sur son rouet. S'il vient à se rompre, elle le teindra à nouveau et le remettra sur son ouvrage. Tu reviendras toujours, différent et oublieux de ta vie passée, après autant de petites morts. À moins que tu ne croises la route d'un sieur, et qu'il ne brûle ton fil à jamais..."


Il est vraiment très difficile de parler de cet ouvrage à la fois magnifique et pluriel. Jadis : carnets et souvenirs picaresques de la ville infinie est un livre-univers, décrivant un monde fascinant dans ses moindres détails. Celui-ci prend des allures mythiques, ou en tout cas semble largement nourri de mythologies et de littératures plus que familières. Il a toutefois sa propre personnalité ainsi que son symbolisme qui le rend très évocateur. Connu et inconnu s’entrelacent et créent une impression troublante, comme un rêve en train de s’échapper.
Cependant, Jadis est aussi un récit de destins entremêlés, une intrigue globale aux multiples ramifications. Les personnages en sont les voix. Ils se croisent, s’éloignent, se rejoignent, chacun dévoilant de nouvelles facettes de l’histoire. Les personnages principaux étant chacun écrits par un auteur différent, le lecteur peut apprécier une diversité de styles qui ajoute encore à l’immersion dans cet univers complexe et rend la lecture plus vivante.
Mon protagoniste préféré est Desiderio, à cause de ses ressemblances avec Cyrano, mais tous sont passionnants. On ne s’ennuie pas une minute dans leur sillage.
L’ouvrage est constitué de feuillets épars dans lesquels les héros content leur quête personnelle. Ils sont liés par un événement dont ils ne sont pas sûrs de comprendre l’origine ni le but, mais aussi confrontés à leurs propres démons. En suivant leurs aventures, on découvre la cité de Senanq, mais aussi le monde jadisien dans le détail.
Un lexique très complet se trouve en fin d’ouvrage. J’ai, pour ma part, préféré le lire une bonne fois pour toutes que de devoir y revenir sans cesse en cours de lecture. Mais on peut tout à fait suivre sans avoir envie de chercher la moindre référence.
Le récit est organisé en carnets. Les changements de personnages, et donc de fils narratifs, entretiennent le suspense. Cependant, on peut aussi choisir de lire les récits de chaque protagoniste séparément avant d’en venir à la scène finale et l’épilogue. Des notes permettent de remettre tous ces passages dans l’ordre et de les suivre chronologiquement si on le souhaite. Je suis fainéante, je me suis contentée de suivre l’ouvrage de façon linéaire et je ne m’en plains pas, les ruptures temporelles ou narratives ne me gênent pas, bien au contraire. J’ai toutefois apprécié qu’il soit possible de découvrir cette histoire de multiples façons.
L’intrigue est prenante, tissée de meurtres (or, en Jadis les meurtres peuvent avoir plusieurs dimensions) et de mystères. Qui est l’ennemi ? Qui est l’instigateur de tout cela ? Est-ce une manipulation de l’Optimate Maestro, ou bien un simple motif picaresque de Dame Fortune sur sa tapisserie ?
Les illustrations sont magnifiques et très travaillées. Elles ne sont pas qu’un décor et sont parfaitement intégrées au récit. Elles sèment des indices, elles sont aussi importantes que les mots avec lesquels elles forment une fresque grandiose.
La finesse avec laquelle les auteurs et l’illustrateur ont poli leur création est admirable. Jadis : carnets et souvenirs picaresques de la ville infinie est un ouvrage superbe et de très grande qualité, un vrai chef-d’œuvre dont je vous conseille chaleureusement la découverte. L’univers riche qu’ils ont tissé ferait une excellente base pour un jeu de rôle.

mercredi 2 mars 2016

Les Oiseaux de lumière

Un roman de Jean-Marc Ligny, réédité chez ActuSF.


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Présentation de l'éditeur :


Dans l’espace volent les majestueux et intrigants oiseaux de lumière. Qui sont-ils, d’où viennent-ils ? C’est pour percer leur mystère que le célèbre baroudeur Oap Täo se lance à leur poursuite, en compagnie de Frieda Koulouris, qui espère bien faire de ces créatures le sujet de son prochain divertissement... Accompagnés de la mystérieuse Hu-Reï, ils s’engagent dans un voyage qui les fera se confronter aux dangers de l’espace... et à eux-mêmes.


Indisponible depuis trop longtemps, ce roman voit de nouveau le jour après son Prix Tour Eiffel 2001. Il se déroule quelques années après La Saga d’Oap Täo et peut se lire indépendamment. Jean-Marc Ligny y signe une science fiction délicieuse, porteuse de questions, dans la lignée de romans comme Inner City et AquaTM. Un space opera sensuel et rock ‘n’ roll autour de l’altérité, comme on en rencontre rarement.



Ce roman s’inscrit dans le cycle Chroniques des nouveaux mondes, mais il peut se lire indépendamment.


Les Oiseaux de lumière est un roman space op’ qui commence à toute allure. On y rencontre (ou retrouve, c’est selon) Oap Täo, contrebandier célèbre de la Voie lactée, contraint pour se renflouer d’accepter un travail qui ne l’emballe guère : traquer un oiseau de lumière pour le compte d’un « oligarche ». Autant le dire tout de suite, les ennuis ne font que commencer pour le vieux baroudeur, il n’a pas la moindre idée de l’histoire tortueuse dans laquelle il met les pieds.
La première partie du roman est très fun et enlevée, pleine de jeux de mots, de références, de retournements de situation et de poursuites interstellaires. On ne s’ennuie pas un seul instant. Et puis Oap Täo est un personnage sympathique, l’archétype même du vieux pirate à la moralité élastique mais au grand cœur que l’on apprécie toujours. Cependant Oap Täo n’est pas vraiment le personnage central, même si son rôle reste important et c’est là que mon avis commence à se mitiger.
Frieda Koulouris, l’une de ses vieilles connaissances, entre vite en scène. Je l’ai appréciée au début. Femme de tête, mais idéaliste. Elle a les pieds sur terre (ou plutôt sur Rigil-K) mais n’a pas pour autant renoncé à tous ses rêves. Seulement Frieda aime bien atermoyer sur ses propres désirs, elle les analyse beaucoup. Vraiment beaucoup. Au début ça passe, avec l’humour ambiant, le mystère qui entoure les oiseaux de lumière et la traque échevelée dont les personnages sont l’objet, mais au fur et à mesure que ces sujets sont éclairés ou trouvent leur conclusion, les histoires de cul et de cœur de Frieda ainsi que de ses comparses deviennent vraiment soûlantes.
Le lecteur, qui est loin d’être naïf, a compris bien avant eux où on l’emmène. Il s’y dirige pépère, sur les petites routes de campagne, et il apprécie le paysage qui est pour le moins exotique. Ce n’est pas désagréable, même si ça reste un peu superficiel, mais au bout d’un moment ça réveille le gamin qui demeure en chacun de nous et qui a envie de secouer l’épaule du parent qui conduit pour lui demander : « quand est-ce qu’on arrive ? »
La première partie du récit, celle qui est typique du roman d‘aventure, passe en un éclair, mais ensuite on passe à un second niveau de lecture, plus onirique, métaphysique, voire même mystique. Cela peut plaire, mais personnellement je ne suis pas cliente. Le contraste entre les deux n’a pas aidé. Le temps est devenu très long, ce que la situation des personnages, qui sont eux-mêmes englués dans l’attente, n’a fait qu’amplifier.
Les Oiseaux de lumière est un roman sympa, mais qui manque de consistance. Il laisse un peu perplexe, comme si on avait lu à la suite deux histoires différentes, mais comportant les mêmes personnages. C’est une impression voisine de celle que l’on a lorsque l’on s’est endormi en lisant et qu’on a fait un rêve délirant lié au bouquin qu’on parcourait. C’est assez spécial. La fin peut, en outre, laisser un goût d’inachevé, même si ce n’est pas forcément dérangeant pour tout le monde.