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mercredi 21 octobre 2015

Rédemption

Un roman de Bérengère Rousseau, publié aux éditions du Riez.
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Présentation de l'éditeur :
Quand un vieux médaillon et quelques documents anciens révèlent à Noâm les soupçons de collaboration qui pèsent sur son arrière-grand-père, son monde bascule. Comment accepter et vivre avec cette honte ? Il veut comprendre. Avec son meilleur ami, il se rend au Château de Noisy, là où son aïeul fut aperçu pour la dernière fois.

Sur place, ils sont victimes d’un éboulement. Ils se réveillent en 1944 à la veille de la Bataille des Ardennes. Noâm voit là l’occasion de restaurer l’honneur de sa famille, au risque de changer le cours de l’Histoire. Et si, justement, celle-ci avait déjà changé ?
Noâm, jeune étudiant Belge passionné d’Histoire, découvre presque par hasard un pan nébuleux de son passé familial. Son arrière-grand-père était-il un résistant ou un collabo ? Parce que cette question le hante, il décide de faire des recherches, sans savoir jusqu’où cela pourrait l’entraîner… Il va apprendre par lui-même qu’en temps de guerre comme dans la vie en général, la nuance a son importance.
Le début du roman m’a beaucoup plu. L’intrigue était prometteuse, la lecture agréable. Cela s’est quelque peu gâté à partir du moment où les personnages sont propulsés dans le passé. Ce n’est pas tant la qualité du récit qui est en cause. Peut-être m’attendais-je à autre chose…
Les implications dans le passé de Noâm et de son ami Lucas m’ont semblées beaucoup trop directes. La rencontre avec l’arrière-grand-père et son acceptation des faits sont aussi trop faciles. Dès lors, j’ai commencé à me détacher des personnages. J’étais de plus en plus sceptique à mesure qu’avançait ma lecture. J’espérais plus de subtilité.
Il semble que la présence des deux jeunes hommes dans le passé suffise à créer une uchronie, ce qui est illogique, car les changements de ce passé découlent d’événements survenus avant leur arrivée. Ne comptez pas comprendre le pourquoi du comment de ces changements ni l’origine du voyage temporel… J’ai besoin de vraisemblance quand je lis une histoire et je ne l’ai malheureusement pas trouvée ici… C’est ce qui m’a le plus gênée. Ce roman n’est pas désagréable à lire, mais il n’était pas pour moi. La fin m’a cependant émue, toutefois pas assez pour me faire oublier le reste.
Je demeure également perplexe vis-à-vis de nombreux cafouillages. Nous avons une référence erronée à Retour vers le futur (non mais vraiment !) ainsi que quelques coquilles dont une qui m’a fait bien rire (le flan ouest… Bon appétit !). Je tiens néanmoins à signaler que c’est assez inhabituel dans les ouvrages des éditions du Riez. Certaines phrases en allemand sont traduites alors que d’autres non, et pas forcément lorsqu’elles sont compréhensibles grâce au contexte. Ceci dit, ça ne gêne pas vraiment le lecteur non germanophone.
Rédemption ne me marquera pas outre mesure et c’est dommage, l’idée de départ me plaisait bien.
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RVLFC

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samedi 3 novembre 2012

Contes du monde

Une anthologie publiée aux éditions du Riez.

Ce recueil constitue une fresque -émaillée de maints récits, de légendes oubliées, de contes modernes- de toutes les croyances, de tous les pays, de tous les temps. Une lecture passionnante sur un sujet ancestral.

Sommaire :
- L’Oiseau Roi & le Lion Magicien de Cyril Carau
- Viva Amor de Céline Guillaume
- L’Echine du Monde d'Yves Crouzet
- Vie & mort du Soleil de Vincent Milhou
- La fille aux clous d'Ambre Dubois
- Coccinelle de Christophe Nicolas
- L’histoire du chanteur mélancolique & de Jacques le dresseur de Feux Follets de Nico Bally
- Nach dem Krieg de Charlotte Bousquet
- Les Cinq Génies de Gabriel Feraud
- L’aquarium de Jules de Maëlig Duval
- Miroir Lune d'Andoryss Mel
- Tsigana – la Ballade de Katerina de Sandrine Scardigli
- Le Long Puits de Pierre Brulhet
- Vassilissa & le cavalier de l’aube d'Olivier Boile
- Des vacances si excitantes d'Elisa Dalmasso

De Berlin à Bagdad, en passant par la France, la Sibérie ou encore la Grèce, Haïti et Bahia, que ce soit à notre époque, en des temps immémoriaux ou même dans le futur, les auteurs de cette anthologie nous entraînent à la découverte d’un monde aux multiples dimensions, tout en nuances. Ces contes modernes prennent quelquefois leurs racines dans les mythologies ou les légendes des pays qu’ils nous font visiter, d’autres s’en détachent, certains en créent de nouvelles… Ce sont des textes très variés. On passe ainsi de contes porteurs d’espoir et chaleureux à d’autres plus obscurs, parfois effrayants ou tout simplement tristes. Qu’ils soient emplis de magie, bonne ou mauvaise d’ailleurs, ou des plus terre-à-terre ces récits sont toujours passionnants et poétiques.
Certains m’ont bouleversée, comme ceux de Charlotte Bousquet et d’Elisa Dalmasso, d’autres m’ont laissé le goût doux-amer de la tristesse et de l’espoir mêlés comme Coccinelle, que j’ai vraiment beaucoup aimé, ou encore L’échine du monde. J’ai particulièrement apprécié la poésie du texte d’Andoryss ou la délicieuse absurdité de celui de Cyril Carau et la magnifique Ballade de Katerina de Sandrine Scardigli. Je sais aussi que je me souviendrai encore longtemps de L’aquarium de Jules de Maëlig Duval qui m’a particulièrement touchée.
Il serait long et délicat de parler de chaque histoire présente dans ce recueil, pourtant j’en ai apprécié chacune, même celles que je ne mentionne pas dans cette chronique. C’est très rare pour une anthologie car il y a toujours quelques textes qui laissent au moins indifférent, quand ils ne déplaisent pas carrément.
Avec ces contes-là, on expérimente la lumière et l’obscurité, d’un seuil à l’autre, en même temps que l’on explore notre planète et on se rend compte que l’une comme l’autre sont les conséquences des choix que l’on fait.

A noter que 3€ sur chaque exemplaire vendu sont reversés à l'association Bibliothèques sans frontières.

dimanche 9 octobre 2011

Absinthes et Démons

Un ouvrage d'Ambre Dubois, publié aux éditions du Riez.

Je l'ai classé en fantastique, même si pour moi dès que le surnaturel est avéré ça n'en est plus. Mais après tout le classement n'a guère d'importance, occupons-nous plutôt du bouquin...

Son éditeur nous le présente ainsi :

Qui est réellement Lord Nermeryl ? Le diable, comme le laisse sous-entendre la rumeur ? Ou un jeune dandy un peu trop excentrique dont le passe-temps morbide est d’enquêter sur des affaires surnaturelles ?

Au fil des énigmes, en compagnie de sa fidèle compagne, la Corneille, le jeune homme goûte la saveur des âmes des êtres humains, découvrant les travers de l’humanité et y apportant sa propre justice… d’une manière bien singulière…

Et voici ce que moi-même j'en dis :
Ni tout à fait recueil, ni tout à fait roman, ce court ouvrage est constitué de nouvelles qui, bien qu’ayant toutes une intrigue spécifique, portent sur les deux mêmes mystérieux personnages : Lord Nermeryl principalement et sa compagne Corneille au second plan. Ainsi, nous pouvons suivre leur évolution comme dans un roman, tout en ayant le plaisir de lire plusieurs histoires et en profitant de la trame narrative plus enlevée propre à la nouvelle.
Les codes du format court se mêlent à ceux du roman et c’est, je dois dire, une assez bonne réussite puisque ça donne à la fois une impression de diversité et de cohérence. J’aime beaucoup ce procédé qui fait de chaque chapitre une histoire à part entière, même si je trouve qu’écrire une nouvelle, et a fortiori une série de nouvelles, surtout dans le genre fantastique, est un art difficile qui ici n’atteint pas la pleine mesure de son potentiel. Ça reste du bon travail, je ne vais pas chipoter, mais pour moi la nouvelle fantastique est principalement un récit à chute ou, au moins, ménage plusieurs pistes à son lecteur et ceci est évidemment atténué dans un ouvrage de ce type. Alors l’ambiance est trouble, certes, les personnages énigmatiques à souhait, la fin excellente, mais quelque chose m’a retenue sur la rive, sans que je sache vraiment définir quoi. Enfin, ça n’a pas été mon problème majeur non plus, c’est juste une question de goûts et de styles. J’admets qui plus est que les codes sont forcément plus souples pour une série de nouvelles, mais le fantastique est mon genre de prédilection, je suis donc difficile.
Ce qui m’a le plus ennuyée est la façon dont sont traitées et surtout résolues ces enquêtes. Si les histoires sont très diverses dans le fond, elles restent néanmoins très répétitives dans leur schéma narratif, ce qui atténue cet effet de variété. Elles sont souvent elliptiques également. Je n’ai rien contre les ellipses, surtout en fantastique, mais là on cache quand il faut raconter, on raconte quand il faut montrer, on montre quand il faut cacher… C’est assez dommage car ça donne parfois une impression de facilité, que ce soit au niveau de l’écriture ou dans la gestion de la trame (surtout dans la résolution des enquêtes qui laisse vraiment à désirer), alors que, si je relativise, ce sont de très bonnes histoires.
Le style est agréable, mais pas exempt de maladresses, ainsi que d’erreurs de toutes sortes. Il n’y en a certes pas tant que ça en comparaison d’autres ouvrages, mais elles sont assez grossières… (Des mots à la place d’autres, des tournures de phrases inexactes, des invraisemblances langagières, etc.) En outre, pour ce genre bien précis, j’attends toujours plus d’élégance et de raffinement, voire même de la préciosité, dans l’écriture, à la fois pour coller à l’époque et aux personnages. Or, tout en n’étant pas déplaisant, le style d’Ambre Dubois est parfois maladroit et manque de naturel dans l’usage du registre soutenu. On sent que l’utiliser lui demande un effort.
Il y a aussi des détails du récit qui m’ont laissée perplexe. A titre d’exemple, on ne jette pas un voile sur une peinture qui n’est pas encore sèche, on ne peut pas tourner vers soi le visage d’un corps qui doit depuis longtemps être pris par la rigidité cadavérique…
Détails me direz-vous, détails… Mais ça a quelque peu contrarié ma lecture.
Impressions en demi-teinte, semble-t-il donc, pour une lecture qui fut un agréable divertissement malgré tout et que j’ai su savourer en laissant de côté ses défauts, autant que je l’ai pu, mais qui, je le crains, ne marquera pas longtemps mon esprit.
J’ai trouvé les histoires prenantes, bien que prévisibles puisqu’elles reprennent des thèmes classiques de la littérature fantastique et même s’ils sont plutôt bien traités, ils n’en restent pas moins familiers pour moi qui suis coutumière du genre. Toutefois, même si j’ai apprécié ces histoires et eu du mal à m’en détacher en cours de lecture, quand il m’est arrivé de devoir le faire, j’ai eu à chaque fois des difficultés en reprenant le livre à me rappeler de quoi il était question dans la nouvelle que j’avais quittée la veille. Evidemment ça m’est vite revenu après quelques lignes de lecture, mais c’est pour moi assez perturbant qu’une histoire en cours laisse si peu d’empreintes sur mon esprit et c’est de surcroît très inhabituel.
Ces nouvelles sont surtout portées par le charisme de leur personnage principal qui est intéressant de par son attitude et sa nature, même si j’ai été un peu déçue que tout soit si simple, attendant un temps, court à dire vrai, un revirement de situation qui n’est pas arrivé. Il faut croire que je suis conditionnée par les nouvelles à chute. J’aurais aimé que le mystère perdure un peu plus longtemps concernant la nature de Nermeryl, même si j’ai apprécié qu’elle soit relativement nuancée. Quand il s’agit de fantastique, plus les récits et les personnages sont troubles, plus ça me convient. J’aime être surprise ou déroutée par ce genre de lecture, or je ne l'ai pas été par celle-ci.
Les personnages sont cependant la grande force de ces récits, mais les thèmes des histoires sont également bien choisis et l’auteur leur apporte la touche d’originalité nécessaire à l’usage de motifs aussi connus. En outre, comme je l’ai déjà dit, la fin est très bien écrite et sonne tout à fait juste, ce qui est d’autant plus appréciable pour ce type de récit.
J’ai été un peu dure avec cet ouvrage, mais je vous en conseille néanmoins la lecture, que vous soyez ou non amateur de fantastique.
Dans le même genre je vous conseille vivement Les Gentlemen de l’étrange d’Estelle Valls de Gomis. Les deux personnages sont d’ailleurs cités dans la première nouvelle d’Absinthes et Démons.

samedi 26 mars 2011

L'Héritière d'Owlon

Un court roman (dans les 185 pages) de Patrick S. Vast, publié par les éditions du Riez.

Quatrième de couverture :
Le 5 avril 1860, une terrible tempête de sable engloutit entièrement le petit village de Duynzeele situé sur les bords de la mer du Nord. Le lendemain de la catastrophe, on retrouve le corps sans vie de Sandie Entwistle, une jeune fille dont la destinée bousculera tous les principes de la rationalité, au point de la faire revenir à la vie, et de servir de révélateur à des faits troublants dont l’origine remonte à plusieurs siècles. Sandie, créature mystérieuse, amènera le Dr Wilhem qui a croisé son destin, ainsi que Josef Belecz, un enquêteur bien singulier, dans les entrailles d’une dune, dans les mondes de l’Invisible.

Une belle couverture pour un roman étonnant. C'est bien fait, c'est agréable à lire, mais j'aurais beaucoup de mal à expliquer ce que j'ai aimé dans cette histoire...
Le style est très agréable, l'histoire aussi bien écrite que pensée, même si quelques coquilles surgissent par-ci par-là. Ce qui est assez dommage car c'est bien le seul reproche que je peux faire à ce livre sur le plan formel.
Au cours de ma lecture, je n'ai cessé de penser que le récit coulait comme de l'eau, parfois aussi rapide et voyant qu'un torrent, d'autres fois courant silencieusement sous terre ou bloqué par des obstacles et soudainement éparpillé, mais dont les gouttes finissent toujours par se rejoindre et converger vers l'océan...
Les deux premiers mots qui me viennent à l'esprit pour décrire ce roman sont "troublant" et "étrange".
L'action se déroule lentement, comme un serpent indolent qui s'étire et on ne sait jamais vraiment où l'auteur veut nous emmener, jusqu'à ce que tout se précipite dans les cinquante dernières pages. Bien qu'il y ait un solide fil conducteur, à savoir le devenir de Sandie et ce qu'il s'est réellement passé lors de la tempête, de petites histoires l'entourent, peinant parfois à se recouper, pour mieux frustrer le lecteur, du moins au début... Car elles finiront par se rejoindre en constituant un étonnant et complexe motif.
Le récit flirte avec le fantastique quasiment tout le temps et pourtant ça n'en est pas. J'aurais bien du mal à classer cette histoire dans un genre bien précis et je n'en ai du reste pas vraiment envie, je n'aime pas les étiquettes, même si ça m'aiderait beaucoup de pouvoir lui en coller une afin de vous expliquer ce qu'est ce roman. Car il est difficile à décrire... Je mentirais si je vous disais qu'il s'y passe beaucoup de choses, je mentirais aussi si je disais qu'il s'en passe peu. C'est en fait bien au-delà de ça... C'est à la fois original et classique, imprévisible et pourtant d'une imparable logique.
J'ai beaucoup apprécié cette ambiance incertaine, cette teinte mystérieuse et légendaire qui imprègne de manière diffuse tous les événements qui s'entrecroisent. L'auteur a réussi à me surprendre avec des évidences et ça c'était aussi habile qu'intelligent. D'autant plus que j'aime l'originalité, tout en étant très attachée aux grands classiques du genre et à la vraisemblance de ce que je lis.
J'ai apprécié cette atmosphère trouble de réalité vacillante et ces personnages profondément humains qui semblaient tous liés les uns autres, qu'ils en aient ou non conscience, même si j'aurais aimé en apprendre beaucoup plus sur eux et sur le fin de mot de cette histoire. Sandie, malgré son inaccessibilité, est un personnage vraiment attachant et je me suis prise à m'inquiéter sincèrement pour elle et à éprouver une certaine nostalgie en la quittant.
Ce fut une bonne lecture qui m'a laissée une impression durable de rêve éveillé, de ceux que l'on fait au sortir d'un lourd sommeil, quand on n'arrive pas à se rendormir ni se réveiller vraiment.


Ce livre est pour moi le quatrième dans la catégorie imaginaire du défi ABFA et V&S 2011.