Affichage des articles dont le libellé est Carnet aigue-marine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Carnet aigue-marine. Afficher tous les articles

mercredi 28 février 2024

Sorcery of Thorns

 Un roman de Margaret Rogerson, publié chez Bigbang.


Elisabeth a grandi au milieu de livres aussi précieux que dangereux. Dans les Grandes Bibliothèques, on garde les grimoires magiques. Ces livres sont vivants, certains ont même une personnalité très marquée. Ils peuvent être amicaux ou revanchards. Ceux qui renferment des sortilèges sont traités avec autant de soin que de défiance. Ils sont précieux car il est interdit d'en fabriquer de nouveaux et l'on craint à chaque instant que les plus puissants d'entre eux se changent en Maléficts, des monstruosités avides de mort et de destruction.
Quel grand lecteur n’aimerait pas l’univers que nous présente ce roman ? Des livres dotés de conscience, d’immenses bibliothèques remplies de passages secrets, de la magie et des combats épiques ! Tout cela ne pouvait que me séduire. Mais, surtout, j’ai adoré Elisabeth, cette gamine un peu sauvage qui veut prouver qu'elle a sa place au sein du seul foyer qu'elle ait jamais connu. Elle est naïve au début, car elle est jeune et n'est jamais sortie de sa Bibliothèque, mais ça ne l'empêche pas d'apprendre de ses erreurs, d'être intelligente et combative. Pourtant, elle vit des situations très difficiles dans ce XIXe siècle alternatif et elle en est d'autant plus attachante. En Young Adult, les personnage féminins sont souvent décevants. Ce n’est pas le cas d’Elisabeth. Elle grandit tellement au fil du récit ! Et j’étais si impliquée dans sa quête que je me suis sentie très fière d’elle, aussi idiot que cela puisse paraître.
Pour autant, elle n’est pas seule à porter cet excellent récit. Nathaniel est un aussi un personnage facile à aimer. Il égaie l’histoire avec son humour très sarcastique, ses propos hors contexte et ses accents de puérilité, feints ou non. Il sait se montrer sérieux quand il le faut et ne manque pas de charme.
Et puis il y a Silas, personnage aussi profond qu’énigmatique. Il est particulièrement bien construit et toute la complexité de sa nature m’a fascinée.
De prime abord, on peut se dire que ce roman ne paie pas de mine, même si l’univers est prometteur. L’autrice a choisi d’user de motifs tellement connus qu'on s’attend à s'en exaspérer. Pourtant, ce n’est jamais le cas. Non seulement son récit fonctionne, mais elle en tire le meilleur. J’y ai plongé avec joie et l’ai apprécié d’un bout à l’autre.
Seule la fin m’a un peu frustrée et, pour y remédier, j’ai enchaîné avec la novella qui tient lieu de second épilogue.
Cela m’a aussi donné envie de découvrir les autres écrits de Margaret Rogerson.

jeudi 1 février 2024

Un Casse en Enfer, Paris des limbes T2

Un roman de C.C. Mahon, publié chez Allure pour la version papier.
Exclusivité Kindle pour la version numérique
Exclusivité Audible pour la version audio, lue par Julien Allouf.



Après un premier tome tout en courses contre la montre et chassés-croisés, je me demandais où l’autrice allait me mener cette fois. Pourquoi pas jusqu’en Enfer ? Pour cambrioler un train, tant qu’on y est. Et franchement, c’était cool. Elle a joué à fond la carte du western et le moins qu’on puisse dire c’est qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer.
On suit cette fois Zagan, l’ange déchu, et ce fut un plaisir d’en apprendre davantage sur ce personnage. Dans le premier tome, on ne l’a vu qu’à travers le regard de Germain et, même si ses actes laissaient envisager plus de complexité dans son caractère que ne le supposait le vampire, j’avais hâte de le voir évoluer en personnage principal. Et j’ai adoré le suivre. Je crois bien que c’est lui mon perso préféré dans cette série déjantée. Ce n’est pas peu dire, étant donné qu’ils ont tous un sacré potentiel.
Germain est toujours présent, avec Chaton dont on apprend enfin l’origine. Zagan en narrateur met au jour de nouvelles strates dans la personnalité du vampire. Ce dernier reste cohérent avec lui-même, cependant il avait tendance à vouloir cacher ses faiblesses (même si le lecteur n’est pas dupe) et Zagan les expose sans pitié.
Romane m’a manqué dans ce tome où elle est juste évoquée, néanmoins j’ai bon espoir de la retrouver dans la suite. J’espère aussi revoir certains des frères de Zagan qui ont beaucoup apporté à ce tome. Mais l’ajout notable à cette équipe de bras cassés est sans aucun doute Anastasia. Elle peut sembler exaspérante par moment, mais fait aussi preuve d’une admirable force de caractère. C’est un personnage dont j’aimerais beaucoup voir l’évolution.
J’ai cette fois encore préféré la version audio et je trouve toujours que la lecture de Julien Allouf apporte énormément de caractère à l’histoire. Ce fut un réel plaisir de l’écouter.
Cette série qui ne payait pas de mine au départ a capté et gardé mon attention aisément (ce qui n’est pas rien en ce moment). Je vais bien sûr poursuivre, probablement en numérique puisque la suite n’est pas sortie en audio, et je pense même jeter un œil aux autres écrits de l’autrice.

jeudi 23 février 2023

Les Disparus du Clairedelune, La Passe-miroir T2

 Un roman de Christelle Dabos, publié chez Gallimard jeunesse.

Mon avis sur le T1.

Présentation de l'éditeur :

Fraîchement promue vice-conteuse, Ophélie découvre à ses dépens les haines et les complots qui couvent sous les plafonds dorés de la Citacielle. Dans cette situation toujours périlleuse, peut-elle seulement compter sur Thorn, son énigmatique fiancé ? Et que signifient les mystérieuses disparitions des personnalités influentes à la cour ? Ophélie se retrouve impliquée malgré elle dans une enquête qui l'entraînera au-delà des illusions du Pôle, au cœur d'une redoutable vérité.

Le premier tome de cette ambitieuse tétralogie m’avait laissé une impression mitigée. Le début m’avait intriguée, les derniers chapitres passionnée, mais le milieu du récit m’avait engluée dans l’attente. Les Fiancés de l’hiver m’avait semblé un long préambule à quelque chose qui, certes promettait d’être grandiose, mais prenait trop son temps à mon goût. Pourtant, cette série mérite bien toute notre patience. Le monde et l’intrigue créés par Christelle Dabos sont complexes et par conséquent s’épanouissent petit à petit. Ce qui peut vous sembler de l’ordre du détail sur le moment sera peut-être important plus tard. Cette lecture à la fois distrayante et exigeante demande de l’implication en plus d’un peu de patience, cependant, elle vous en récompensera amplement.
J’ai adoré Les Disparus du Clairdelune d’un bout à l’autre et j’aurais bien enchaîné avec le tome suivant si je n’avais été raisonnable. Même le léger mysticisme qui enrobe l’intrigue ne m’a pas découragée (ce qui n’est pas peu dire car j’ai ce genre de préoccupations en horreur).
L’arc principal avance beaucoup dans ce tome, surtout dans les derniers chapitres, et je n’en dirai pas un mot pour ne pas spoiler. De toute façon, c’est juste la cerise sur le gâteau tant le récit a de pistes à offrir. Les personnages évoluent de manière notable. Ophélie, bien sûr, reste au centre de l’histoire et après tout ce qu’elle a déjà traversé, elle n’est plus tout à fait la jeune fille timide et effacée qu’elle était sur Anima. J’ai aimé la voir s’affirmer. Ses relations avec son entourage sont de moins en moins superficielles, que ce soit avec Thorn ou avec sa propre famille. Ophélie avait tendance à se contenter de suivre le mouvement, voire à se laisser un peu marcher sur les pieds, cependant les leçons du Pôle ont porté leurs fruits. Ce tome est, de mon point de vue, celui où elle essaie d’acquérir son indépendance par tous les moyens, tout en protégeant les gens qu’elle aime, et je l’ai trouvée très touchante.
On apprend aussi à mieux connaître Thorn, personnage pour lequel j’ai beaucoup d’affection tant il est à la fois complexe et émouvant dernière sa façade glaciale. Christelle Dabos ne verse jamais dans la facilité et je lui en sais gré, ses personnages n’en sont que plus fascinants. J’ai aimé voir Thorn et Ophélie changer au contact l’un de l’autre, les voir considérer le monde d’un regard plus vaste et s’épauler même s’ils ne se comprennent pas toujours. J’ai aimé voir leurs familles respectives évoluer aussi par ricochet et en apprendre davantage sur certains de leurs membres, comme la mère de Thorn ou le grand-oncle adoré d’Ophélie.
Tout cela était passionnant, mais ne constituait en fait que le fond de l’intrigue, le cœur de celle-ci étant l’enquête qu’Ophélie se voit contrainte de mener. J’ai adoré suivre cette enquête, recueillir des indices petit à petit, en apprendre davantage au passage sur les différents pouvoirs familiaux et les autres Arches. Je suis restée rivée à mon bouquin du début à la fin tant je me suis impliquée dans ce récit. Je ressors de ma lecture extrêmement enthousiaste et avide de découvrir la suite.

mercredi 1 décembre 2021

Les dix mille portes de January

Un roman d'Alix E. Harrow, publié chez Hachette dans la collection Heroes.

Présentation de l'éditeur :

Un voyage aux confins des mondes, une aventure fantastique, entre Terremer et À la Croisée des mondes.

Selon January Ruddy, il n’y a qu’une façon de s’échapper de sa propre histoire : c’est de se faufiler dans celle de quelqu’un d’autre…grâce à une des Dix Milles Portes…

Pénétrez, vous aussi, dans le monde magique de l’Ecrit…où certaines paroles tracées ont le pouvoir de modifier le réel, alors que le Mal qui ferme les Portes une à une est sur vos talons…Attention, la magie vient toujours avec un prix…
Tout commence avec une enfant orpheline de mère. C’est toujours comme ça dans les contes et vous trouverez dans ce récit de nombreux clichés tels que celui-ci. Ils sont néanmoins toujours bien employés.. Le père, quant à lui, est absent (bien sûr). Il voyage à travers le monde pour rapporter des objets précieux à un certain M. Locke, dans l’ombre duquel sa fille grandit.
January — tel est le nom de la gamine rêveuse et bien seule qu’il laisse derrière lui — trompe l’ennui en lisant des livres, bercée par la longueur des jours d’attente et contrainte par une éducation stricte qui vise à faire d’elle une « enfant sage qui sait où est sa place ». Tout un programme pour cette enfant à la couleur de peau aussi indéfinissable que ses origines… Elle s’interroge beaucoup, mais ne se rend pas toujours compte qu’elle étouffe auprès de ce protecteur qu’elle aime tant, même après avoir trouvé sa première Porte. Cependant, tout ne peut pas rester figé à jamais et January va devoir choisir entre être une enfant sage ou vivre sa vie.
Qui n’a jamais rêvé à ces passages magiques que nous décrivent les contes et les romans ? Portes magiques, armoires, terriers de lapin et arbres creux ont bercé les rêves d’enfant de chaque lecteur. N’avez-vous jamais eu envie de trouver l’une de ces Portes vers la Féerie ou le Merveilleux ? C’est sur les cordes de tous ces souvenirs que ce roman joue sa mélodie à la fois familière et singulière.
January a soif d’aventure autant que de réponses. Dans ce petit monde policé qui semble se refermer sur elle de plus en plus à mesure qu’elle grandit, les livres sont son oxygène, son unique fenêtre sur l’extérieur, même s’ils lui en donnent une image déformée.
J’ai pris grand plaisir à lire son histoire. January est une jeune fille futée, courageuse et attachante. L’univers dans lequel elle évolue est rapiécé, fruit d’une réalité conventionnelle et des pouvoirs qu’accorde l’imagination à ceux qui en font bon usage.
La narration est construite de manière subtile, assurée en partie par January et complétée par les extraits d’un livre qu’elle a trouvé et dont le rédacteur, tout en lui révélant de nombreux secrets, fait preuve de réticence à tout dévoiler d’un coup. On a beau deviner son identité, comme certains rebondissements à venir, c’est une histoire qui fonctionne avec cette double narration qui génère du suspense, même s’il est artificiel, et évite au lecteur de trouver le récit trop lent. En somme, c’est un bon roman d’aventures qui éveille beaucoup de souvenirs quand on a eu une enfance de lecteur compulsif et beaucoup rêvé de voyages entre les mondes. Les personnages secondaires, alliés comme ennemis, soutiennent bien l’intrigue. J’ai particulièrement aimé Jane et Bad. C’est inventif, très distrayant et bien écrit, une bonne manière d’utiliser les poncifs et motifs qui ont nourri la littérature jeunesse (et adulte quand elle veut bien l’admettre). J’ai passé un excellent moment avec ce roman.

lundi 13 septembre 2021

Les Héritiers

 Un roman de Fabien Clavel, publié chez ActuSF.

Mon avis sur Feuillets de cuivre.

Présentation de l'éditeur :

Paris, 1899
Les fées sont parmi nous. Cachées. 
On les appelle des Faux-Semblants. 

En pleine Belle Époque, Raphaël Acanthe, jeune séducteur, découvre à la faveur d’un duel qu’il est l’un de ces Faux-Semblants : un sylve.
De Paris au Sahara en passant par Budapest, cette découverte l’emmène dans un engrenage infernal, entre les diverses factions de fées et les complots contre la Monarchie féerique.
Entraîné malgré lui dans cette intrigue tentaculaire, Raphaël en compagnie d’un groupe hétéroclite de Faux-Semblants, dont Béla, un pitoyable mais si attachant vampyr, et Una, une dangereuse fleur de métal, va mettre à jour une terrifiante machination qui pourrait dévoiler au monde l’existence des fées. 

Auteur d’une cinquantaine de romans et lauréat d’une vingtaine de prix littéraires, Fabien Clavel aime à arpenter tous les genres de l’Imaginaire avec un égal plaisir. Cette fois, son roman mêle la fantasy au steampunk pour emmener le lecteur dans une aventure trépidante où le suspense se teinte de magie.
 
Feuillets de cuivre m’a durablement marquée et fait partie de mes livres préférés, aussi j’étais enthousiaste à l’idée de découvrir un autre roman dans le même univers, avec en prime la présence de Ragon. L’ambiance, cependant, est différente. L’auteur a pris une direction qui n’est pas pour me déplaire, dans laquelle mythologies, prophétie, complots et coteries se mêlent allègrement.
La lecture est exigeante et demandera toute votre attention ; il ne faut pas avoir peur des intrigues à tiroirs ni de suivre de nombreux personnages. Cela m’a ravie. J’aime les récits qui ne prennent pas leurs lecteurs pour des imbéciles.
On découvre dans ce roman une société complexe, cachée dans les replis de la nôtre et des factions qui s’opposent dont les buts ne nous sont pas toujours entièrement dévoilés. Si vous aimez les complots, vous serez ravis.
L’auteur a su créer des personnages imparfaits et complexes qu’il est plaisant de suivre, de découvrir et voir évoluer. Ne vous attendez pas cependant à les aimer inconditionnellement. Cela fait aussi partie de leur charme.
C’est un bien long roman, que je n’ai pourtant pas vu passer et qui m’a laissée dans l’attente d’une suite que j’espère tout aussi prenante. Les personnages comme l’intrigue recèlent encore de nombreux secrets que je suis impatiente de découvrir.

vendredi 30 avril 2021

Ex Dei

Un roman de Damien Snyers, publié chez ActuSF.

Mon avis sur le premier tome.

Mon avis sur une nouvelle dans le même univers.

Présentation de l'éditeur :

Dans un monde où se mêlent machines à vapeur, magie et trolls, une humaine et un elfe tentent de sauver leur peau. Elle, membre d’une organisation secrète en possession d’un artefact convoité, lui, gentleman cambrioleur aux yeux plus gros que le ventre. Mais que peut-on faire face à un homme qui ne veut pas mourir ? Auteur belge vivant à Liège, Damien Snyers nous propose après La Stratégie des As un nouveau roman indépendant dans le même univers.

Ayant beaucoup aimé La stratégie des as, j’étais curieuse et plutôt enthousiaste à l’idée de cette suite.
Après son dernier coup, notre elfe cambrioleur vit sa meilleure vie loin de Nowy-Kraków. Ou presque… Eh oui, il commence à s’ennuyer ferme et c’est bien sûr là que commencent les ennuis…
Ce roman nous est conté par deux narrateurs, d’un côté James, l’elfe cambrioleur, de l’autre Marion l’historienne immortelle. J’avoue avoir eu plus de mal avec la seconde, surtout au début. Elle est très antipathique et souvent immature. En outre, il y a beaucoup de longueurs dans sa partie du récit. Cependant, j’admets que cela s’améliore au fur et à mesure.
J’ai eu l’impression de lire deux romans de genres différents. Pas à cause de l’alternance des narrations, mais bien de la façon dont se déroule l’histoire. La première partie est un polar plutôt agréable à lire et bourré d’action, la deuxième… semble ne pas trop savoir ce qu’elle est tant elle part dans tous les sens. On verse alors dans un fantastique un peu glauque, chaque piste que l’on suit nous claque visage… C’est frustrant et un rien malaisant.
L’auteur tend à nous balloter de droite et de gauche. Il multiplie les fausses pistes, nous fait croire qu’il se dirige vers quelque chose pour au final aller ailleurs, mais c’est plus confus que plaisant au bout d’un moment. L’ensemble manque de cohésion et il est difficile de se raccrocher aux personnages pour compenser.
Il y a de nombreuses faiblesses dans ce scénario, comme par exemple des retournements de situations vraiment faciles et qui sortent de nulle part, des arcs entiers expédiés en un claquement de doigts et des problèmes qu’on nous promet complexes qui font au final l’effet de pétards mouillés. Et c’est pareil à chaque fois…
Il m’a parfois semblé que l’auteur fait des choix juste pour dire qu’il peut les faire. Cependant, l’originalité ne garantit ni la logique ni la valeur intrinsèque d’un choix scénaristique. Ainsi la fin du récit semble très creuse au lieu d’être le twist qu’elle prétend être. Le lecteur avisé la voir venir, bien qu’elle contredise la construction narrative. Je n’en vois pas l’intérêt, même si l’on sait que le narrateur n’est pas fiable et qu’il y a peut-être autre chose derrière cela. Elle laisse nombre de questions sans réponses. Quid des motivations d’un des personnages qui est pourtant au cœur du récit ? Au mieux, elle laisse perplexe. Quant à moi, j’étais blasée, limite ennuyée.
J’avais beaucoup apprécié La Stratégie des as, mais Ex Dei est un roman bien trop confus pour moi. Il cherche sa forme sans la trouver, de même pour son intrigue, un peu à l’image d’un de ses personnages. C’est plus agaçant que prenant et laisse une impression de vacuité.




mercredi 3 juin 2020

La Guerre des trois rois

Une novella de Jean-Laurent Del Socorro, illustrée par Marc Simonetti et publiée chez ActuSF dans la toute nouvelle collection Graphic.

Sur ce blog on parle aussi d'autres textes mettant en scène la Compagnie du Chariot :
Présentation de l'éditeur :
Royaume de France, XVIe siècle. Les guerres de Religion font rage entre le roi Henri III de France, le duc de Guise et Henri de Navarre le protestant. Le roi de France se réfugie dans Paris, protégé par la Compagnie du chariot, une bande de lansquenets avec à leur tête Axelle, leur nouvelle capitaine. Le roi décide en dernier recours de faire appel au pouvoir alchimique de l'Artbon pour maintenir son pouvoir. Mais peut-on user impunément de la magie de la Pierre d'équilibre ? 
Avec La Guerre des trois rois, Jean-Laurent Del Socorro nous replonge dans l'univers de fantasy historique de son premier roman : Royaume de vent et de colères.

Avec cette novella, Jean-Laurent Del Socorro enrichit encore davantage les récits de l’Artbon et en particulier ceux liés à la Compagnie du Chariot. J’ai retrouvé avec plaisir les lansquenets, qui sont à mon sens plus humains — j’entends par là qu’ils ont des défauts comme des qualités, des failles ainsi que du relief — et élaborés que les mercenaires que l’on croise en fantasy d’ordinaire. C’est toujours un plaisir d’en apprendre davantage à leur sujet. En outre, il y a dans ce texte de nombreuses références à Le vert est éternel ainsi que Royaume de vent et de colères qui démontrent le caractère ambitieux de cette fresque et donnent envie d’en découvrir d’autres fragments. Cependant, si vous n’avez pas déjà lu la nouvelle et le roman, ce n’est pas grave, vous pouvez tout à fait apprécier cette novella.
Jean-Laurent Del Socorro revisite une fois de plus l’Histoire avec brio. Les illustrations sont vraiment magnifiques et apportent beaucoup au récit. J’ai particulièrement aimé les portraits, mais certains paysages sont sublimes. Ils sont censés être les dessins de Tremble-voix, l’un des personnages, aussi quelques-uns semblent croqués à la va-vite quand d’autres ont pu être élaborés en davantage de temps. Cela rend le tout encore plus crédible. Ainsi, ils nous ouvrent une lorgnette sur le récit, mais ils en sont également un élément important. L’ouvrage est présenté comme un morceau du journal de la Compagnie du Chariot, c’est donc N’a-qu’un-oeil le prévôt qui la raconte, renforçant de fait l’impression de lire une chronique historique.
Une fois de plus, la Compagnie est confrontée à l’Artbon, aussi puissant que corrupteur, et le jeu des intrigues et autres trahisons emporte le lecteur dans ce passé revisité auquel on finit par croire tant l’auteur l’a ciselé.
Le seul défaut que je pourrais reprocher à cet ouvrage est qu’il se lit trop vite et donne envie de replonger aussitôt dans cet univers.

jeudi 27 février 2020

Chroniques Verticales - Saison 2, épisode 5

Un feuilleton de Laurent Copet, publié chez Realities Inc.



Ne lisez pas cet avis si vous n’avez pas lu les épisodes précédents.

J’en suis déjà à l’avant-dernier épisode. Cela m’attriste et me rend fébrile à la fois. Je n’ai pas envie de quitter ces personnages, mais je veux savoir le fin mot de l’histoire. Et surtout, je ne crois pas que je pourrais supporter plus de tension émotionnelle…
Que de stress dans cet épisode ! Il est très riche en émotions, jusqu’à la dernière seconde, et cristallise toutes les angoisses qu’a pu me donner cette série jusqu’à maintenant.
Le personnage clé de ce chapitre est Kallistée. Je n’ai jamais vraiment réussi à comprendre cette femme. Si elle est aussi volontaire que sa sœur, elle est aussi animée de pulsions destructrices. Les années d’ascension l’ont endurcie et le contrôle est devenu son obsession. Elle est tiraillée entre sa jalousie et son amour, très possessif, pour ses proches.
Le contraste entre les vies des deux sœurs, mises ici en parallèle, est saisissant. Cependant, tous les personnages de cette série sont fascinants à leur manière.
Chroniques Verticales est décidément une série très addictive. Je brûle et je crains d’en connaître la fin.

jeudi 20 février 2020

Chroniques Verticales - Saison 2, épisode 4

Un feuilleton de Laurent Copet, publié chez Realities Inc.



Ne lisez pas cet avis si vous n’avez pas lu les épisodes précédents.

Cet épisode est un peu plus calme que les précédents. Les choses semblent se tasser, mais n’est-ce pas pour mieux pourrir comme les feuilles mortes que l’on repousse au fond du jardin ? Le lecteur avance précautionneusement entre les factions qui se forment, l’expérience lui a appris que l’équilibre est vite rompu sur la falaise. Tout peut arriver.
On en apprend toujours davantage sur le clan et cela m’a beaucoup plu. Dans l’épisode précédent, l’on découvrait la précarité du statut de saisonnier, dans celui-ci l’auteur nous en dit plus sur la rudesse de la vie sur la falaise quand on se trouve aussi bas dans la hiérarchie et sur les injustices subies par les saisonniers. Ceci explique beaucoup pourquoi certains ont aveuglément obéit à Lost Arrow et Brouillard Givrant dans l’espoir d’améliorer leurs conditions de vie. Si on ne peut les blâmer d’avoir voulu s’élever socialement, jusqu’où est-il acceptable d’aller pour sauver sa peau ? La limite est si facilement franchie entre les nécessités de la survie et la cruauté gratuite. C’est là toute l’ambiguïté de cette série.
Si certains envisagent de changer pour aller vers un système plus juste, d’autres continuent de s’enfoncer encore plus loin dans l’individualisme et la sauvagerie.
Cet épisode est axé sur la réflexion, la remise en cause des lois et traditions du clan, notamment l’injonction d’oublier le passé sous peine d’être happé par le Néant. Ce que l’on avait entrevu dans les épisodes précédents, notamment en compagnie d’Ombre du Néant, le grand-père de Vol Parfait et dernier des fabulistes, se précise.
On se rend compte que le rôle de chacun est primordial et que tout est déséquilibré quand une compétence manque. Le partage du savoir ne devrait-il pas être une priorité dans ce cas ? La transmission d’une charge de père en fils semble logique même si elle ne favorise pas le développement de compétences inhérentes à l’individu. On se souvient que Salto Angel n’éprouvait aucun intérêt pour le métier de son père ou que l’oncle de Vol Parfait était un exécrable tisseur. Il est évidemment plus facile d’apprendre son métier à quelqu’un de sa propre cordée puisqu’on passe du temps avec lui. Cependant les femmes ne sont guère instruites de ces tâches essentielles, ne devant s’occuper que des enfants et de l’aménagement du camp. Les instruire aurait été une manière de partager ce savoir dans d’autres cordées, juste pour s’assurer que ces compétences ne soient pas perdues.
On sent que le savoir s’est raréfié, accaparé par certains pour assurer leur subsistance, comme on a éliminé les problèmes au fur et à mesure. On n’a plus appris aux gens à compter, laissant ce savoir et donc ce pouvoir au Chiffreur. On a éliminé les fabulistes qui se souvenaient du passé, du temps où les gens savaient lire et où les lois étaient différentes. On a poussé les anciens à décrocher en pensant s’élever plus vite vers le sommet, pourtant c’est leur savoir qui a nourri le clan dans les temps difficiles comme lors de la traversée du désert.
Ce qui a fait du clan ce qu’il est à ce jour est au cœur de cet épisode et c’est pour cela qu’il m’a tant plu. Il y a une grande réflexion sur la nature humaine dans cette série et c’est ce qui a accroché mon attention dès la première saison.

mardi 18 février 2020

Chroniques Verticales - Saison 2, épisode 3

Un feuilleton de Laurent Copet, publié chez Realities Inc.



Ne lisez pas cet avis si vous n’avez pas lu les épisodes précédents.

Plus je lis cette série et plus je l’aime. Laurent Copet décrit avec minutie la dynamique de groupe du clan et les conditions dans lesquelles il vit. Il a créé des individus très crédibles, même dans leurs excès. Poussés par les conditions, certains d’entre eux sont prêts à sombrer dans la folie ou la sauvagerie n’importe quand.
Les changements au sein du clan ont rendu les gens méfiants, agressifs et prêts à tout pour survivre. En créant une nouvelle hiérarchie, censément basée sur le mérite, le Chiffreur comptait se servir des plus zélés pour museler les rebelles. Et ça fonctionne. Malgré tout, dans ce contexte tendu, certains résistent toujours.
J’ai beaucoup apprécié de voir émerger dans cet épisode des personnages secondaires, notamment Chaxi l’ancien guérisseur et sa femme Gama ainsi que Pink Projet, l’épouse du Chef Ouvreur, qui jusque-là n’avait pu s’exprimer. Cette jeune mère, mariée à un homme dément qui terrorise tout le monde, est très touchante.
Dans cet épisode, les femmes sont plus présentes et leur force de caractère dans les épreuves qu’elles subissent est inspirante. Mon cœur s’est brisé chaque fois un peu plus pour chacune d’entre elles.
En faisant tomber le clan dans la sauvagerie, le Chiffreur et le Chef Ouvreur ont créé une bête qu’ils pensent maîtriser. Mais jusqu’où peuvent-ils aller sans faire éclater le clan ?
Alors que j’en suis à la moitié de cette deuxième saison, cela me conforte dans l’idée que Laurent Copet a fait de ses chroniques une aventure humaine de grande envergure.

lundi 17 février 2020

Cuits à point

Un roman d'Élodie Serrano, publié chez ActuSF.

Présentation de l'éditeur :
Gauthier Guillet et Anna Cargali parcourent la France pour résoudre des mystères qui relèvent plus souvent d'arnaques que de véritables phénomènes surnaturels. Mais leur nouvelle affaire est d'un tout autre calibre : pourquoi la ville de Londres subit-elle une véritable canicule alors qu'on est en plein hiver et que le reste de l'Angleterre ploie sous la neige ? Se pourrait-il que cette fois des forces inexpliquées soient vraiment en jeu ?
Elodie Serrano est une autrice lyonnaise qui a déjà publié plusieurs nouvelles et un roman, Les Baleines Célestes. Elle nous propose avec Cuits à point un récit dynamique et pétillant au cœur d'une ville de Londres coincée dans ses habitudes en plein XIXe siècle...
Londres étouffe sous une chaleur anormale et les autorités en sont venues à soupçonner une cause surnaturelle. Elles ont donc engagé deux équipes de démystificateurs pour élucider l’affaire. Si l’un des couples cherche une explication scientifique au phénomène, l’autre privilégie la piste surnaturelle, donnant lieu à de nombreuses oppositions entre les personnages.
J’ai beaucoup aimé l’approche pragmatique du duo français qui s’attache avant tout aux faits. On a affaire à une vraie enquête, dans laquelle les personnages prennent le temps d’étudier le terrain, consulter des témoins et des experts, et c’est très bien. Trop d’ouvrages de SFFF qui prétendent ajouter des enquêtes à leur intrigue se contentent de laisser leurs personnages suivre le fil de la chance et du hasard sans trop se soucier de logique puisque c’est « surnaturel ».
Ici l’intrigue est simple, mais bien construite. Il s’agit d’un roman d’aventure avec un peu de mystère, de magie et une très légère teinte de steampunk. Il est fort distrayant et se lit très vite.
J’ai eu un peu de mal à supporter l’irascibilité de Gauthier, l’enquêteur français. C’est bien d’avoir un aussi grand sceptique que lui dans ce type d’histoire, cependant il se comporte comme un enfant capricieux la plupart du temps, ce qui devient vite pénible. Les personnages masculins sont plutôt classiques, mais les féminins sortent de l’ordinaire.
Le récit est principalement centré sur Anna. Partenaire de Gauthier, c’est une personne raisonnable mais pas pour autant butée. Anna est veuve, un statut que l’on ne rencontre pas souvent dans les littératures de l’imaginaire, ce qui lui permet d’être un peu plus libre que les autres femmes durant l’époque victorienne, mais n’enlève rien au fait que son avis est assez peu considéré. Elle n’a pas de pouvoirs magiques, n’est pas une élue ni une petite chose fragile qui geint sans cesse quand elle se met dans le pétrin. Anna est une humaine normale, intelligente, qui affronte ses peurs et fait de son mieux. C’est ce que j’ai le plus apprécié chez cette femme alors qu’en comparaison Liana la sorcière m’a exaspérée.
L’autre personnage féminin très réussi est Maggie, la nièce de l’enquêteur anglais. C’est une adolescente débrouillarde et observatrice qui apprend à maîtriser ses talents et qui est dotée d’un esprit plus acéré que la plupart des adultes.
Toutes deux détonnent à cette époque où les femmes sont au mieux considérées comme des potiches. Ce sont ces femmes que j’ai aimé suivre dans cette aventure. J’ai aussi aimé Foguro mais je n’en dirai rien de plus, vous laissant le plaisir de découvrir ce personnage.
Cet univers est sympathique et comme la fin est ouverte on peut se laisser aller à imaginer d’autres enquêtes pour ces personnages. J’ai passé un très bon moment en leur compagnie.

lundi 27 janvier 2020

Chroniques Verticales - Saison 2, épisode 2

Un feuilleton de Laurent Copet, publié chez Realities Inc.



Ne lisez pas cet avis si vous n’avez pas lu les épisodes précédents.

Comme on pouvait s’y attendre, le clan s’enlise dans les difficultés. Le désespoir guette les personnages, même si pour la plupart cela n’en est encore qu’à la résignation. L’ascension est rendue plus difficile par le remaniement des cordées et la zone que celles-ci doivent traverser. Chaque étincelle de révolte est aussitôt étouffée par Lost Arrow et ses sbires. Les pertes humaines ne semblent pas les émouvoir.
Cet épisode revient sur Salto Angel et son désespoir grandissant, mais il nous montre également la résistance muette de Chilam Balam. J’aime beaucoup ce personnage, véritable source d’inspiration, autant pour le clan que le lecteur. Quels que soient les malheurs qui la touchent, elle résiste toujours.
Ce chapitre nous donne aussi l’occasion d’entrer dans la tête de Lost Arrow, de découvrir ses failles et ses doutes, mais aussi ses pulsions meurtrières. Cela apporte une autre dimension à ce personnage torturé et indéniablement fou.
La vie sur la falaise est cruelle — elle se montre ici dans toute son horreur — et les ambitions des uns font le malheur des autres. Mon sentiment de révolte face à tous ces événements est encore plus fort à la fin de cet épisode que pour le précédent, ce qui n’est pas peu dire. Je brûle de savoir où mèneront les manigances du Chiffreur.

mercredi 22 janvier 2020

Chroniques verticales - Saison 2, épisode 1

Un feuilleton de Laurent Copet, publié chez Realities Inc.

Mon avis sur la première saison est par-là.


Ne lisez pas cet avis si vous n’avez pas lu la première saison.

À la fin du dernier épisode de la première saison, nous avions laissé le clan très fragilisé après la mort de son chef. Les rancœurs et les tensions ne font que se renforcer lors d’une intersaison aux conditions rendues difficiles par le choix du campement qui a dû se faire dans l’urgence.
Si comme moi vous êtes impatients de savoir ce que va faire Vol Parfait et d’en apprendre davantage sur Pure Imagination, vous devrez attendre encore un peu. Dans cet épisode, on ne quitte pas le clan, que l’on voit peu à peu se diriger vers une rupture impossible à éviter. Les opposants au chef en devenir ne sont pas suffisamment nombreux. Peuvent-ils cependant convaincre les autres et prendre le pouvoir ? Vont-ils devoir rejoindre Vol Parfait dans sa fuite ? Ou au contraire Lost Arrow et ses alliés, Brouillard Givrant et Fantomastic parviendront-ils à resserrer leur main de fer sur le clan ? C’est toute la question de cet épisode.
On suit surtout Salto Angel, pris entre deux feux puisqu’il veut rester fidèle à son cousin, mais que ses parents soutiennent le clan. Et ce personnage est particulièrement intéressant car nous pouvons, avec lui, nous poser les bonnes questions. Bien entendu le lecteur, qui voit tout, est enclin à être du côté de Vol Parfait, mais faire éclater un clan déjà fragile n’est peut-être pas une option légitime quand la survie de tous est en jeu.
La richesse de cette série se trouve dans son humanité. Il y a de bonnes et de mauvaises personnes dans cette histoire, mais il n’y a pas de choix évident. Certains tentent de faire de leur mieux, d’autres se laissent aller à leurs pulsions. Au final, la rudesse de la vie sur la falaise les rattrapera toujours.
Une chose est certaine, à la fin de cet épisode, on ne peut que se ruer sur la suite.

jeudi 19 décembre 2019

Je suis fille de rage

Un roman de Jean-Laurent Del Socorro, publié aux éditions ActuSF.


Petite précision pour ceux qui lisent en numérique :
Comme je l’ai dit dans la chronique, la mise en page a son importance. Or toutes les liseuses ne la prennent pas correctement en charge, cela peut varier même selon les modèles d’une même marque. Sachez juste que le problème ne vient pas du fichier mais de la liseuse qui ne prend pas en charge les encadrements et/ou le positionnement correct des images.

J’ai eu une certaine difficulté à écrire cette chronique parce que je craignais de ne pas arriver à faire ressentir la forte impression que m’a faite ce roman. Jean-Laurent del Socorro a déjà donné la mesure de son talent dans ses précédents écrits. Il a une façon bien à lui de détricoter l’Histoire et d’en réutiliser le fil pour créer un vêtement qui n’est pas si différent de l’original et pourtant tout autre, à la fois plus en relief et plus coloré. Pour autant, dans sa forme, Je suis fille de rage est très différent de ses autres ouvrages car que c’est un roman puzzle. Là ou Royaume de vent et de colères tenait davantage de la chronique historique (dans sa forme, car cela reste romancé) et Boudicca de la poésie mythique, Je suis fille de rage est construit comme un casse-tête et c’est au lecteur d’en trouver le sens. Cela demande énormément d’attention et de patience à mesure que l’on collecte les pièces et qu’on les voit se réarranger entre elles dans un ordre qui est parfois déroutant. Cela est d’autant plus vrai quand on n’est pas familier de l’histoire des États-Unis. Cela reste passionnant cependant car, si on a un peu de mal à entrer dans le récit au début à cause de tous ces éclats éparpillés, une fois que l’on se laisse prendre au piège, on n’en sort plus avant la dernière page, un peu comme Kay reconstituant le miroir de la reine des neiges.
L’auteur peint une fresque et elle prend vie sous nos yeux. Les chapitres courts freinent parfois l’immersion, d’autant que l’on suit quantité de personnages et qu’il peut être compliqué de s’y retrouver, mais lesdits personnages, qu’ils soient réels ou non, portent l’histoire dans toute la majesté de leur flamboyance. Les changements réguliers de points de vue rendent le récit plus percutant, mais diminuent l’implication du lecteur, du moins pour la première partie car ensuite on se laisse emporter.
Le travail de l’auteur est à la fois subtil et minutieux. La mise en page indique la situation géographique et le camp du personnage grâce au drapeau et à sa position, et des encadrements signalent quand le texte n’est pas fictionnel. L’auteur a en effet nourri son récit d’articles, de lettres et autres témoignages historiques. J’ai été impressionnée par la façon dont il a si intelligemment mêlé imaginaire et réalité ainsi que par la manière qu’il a de nous conter cette guerre, de la première mort à la dernière. Ce roman si ambitieux a dû demander un énorme travail aussi bien dans la recherche historique que dans l’élaboration de la narration.
Certes tout cela est romancé, certes l’auteur a intégré sa magie, comme un fil d’or passé entre les mailles de l’Histoire, mais ce roman nous démontre avant tout l’horreur de cette guerre (et de toutes les autres en général), l’absurdité de certains comportements humains, la cruauté et la haine qui ont coûté la vie à tant de gens.

jeudi 14 novembre 2019

L'Échiquier de jade, Sorcières Associées T2

Un roman d'Alex Evans publié chez ActuSF.

Vous pouvez aussi lire sur ce blog les chroniques du premier tome et d'autres textes dans le même univers :
- Sorcières associées (ce roman a été réédité par ActuSF. Ma chronique porte sur une édition antérieure. J'ai également lu la nouvelle version qui n'a pas subi de changements majeurs, aussi mon opinion reste inchangée.)
- Une Collection d'ennuis (nouvelle gratuite)
- Le Temple des transactions douteuses (nouvelle gratuite)

Présentation de l'éditeur :
Tanit et Padmé, sorcières associées, ont du pain sur la planche : la confusion règne dans la cité millénaire de Jarta. En pleine période électorale, le gouvernement s’apprête à accueillir une délégation diplomatique de la plus haute importance. Mais des démons surgis à l’improviste sèment la terreur, tandis qu’un antique échiquier disparaît mystérieusement du palais du Consul. Membres d’une secte sinistre, médium étrange et nécromant renégat, tous semblent être à sa recherche. Tandis que leur enquête se révèle de plus en plus dangereuse, les deux sorcières s’interrogent... Quel secret cache l’échiquier de jade ?
Un roman à deux voix porté par des héroïnes de caractère, une enquête trépidante dans une cité métissée... L’imaginaire steampunk d’Alex Evans s’illustre une fois de plus par sa richesse.
Un échiquier de jade, à la fois précieux et magique, a été dérobé. La situation est d’autant plus délicate que l’objet devait être offert en guise de cadeau diplomatique. Ce sont nos deux sorcières, Tanit et Padmé, qui sont chargées de retrouver l’artefact, mais bien évidemment ce ne sera pas leur seule préoccupation. Entre rebondissements, trahisons et cas de conscience, ni les sorcières ni les lecteurs n’auront le temps de s’ennuyer !
Ce tome est à base de démons et de politique, mais n’est-ce pas toujours comme ça à Jarta ? Le retour de la magie est source de toutes les convoitises et les amateurs se soucient peu des conséquences tant qu’ils obtiennent ce qu’ils souhaitent. En outre, ceux qui ont fait de la magie leur métier commencent à s’interroger sur le rôle qu’on veut les voir endosser et leurs prérogatives.
Bien sûr, c’est un plaisir de flâner dans Jarta avec les sorcières, de voir cette ville hétéroclite en pleine mutation, entraînée par le progrès, autant scientifique que magique, qui tente de s’amalgamer aux traditions et aux nombreux cultes qui ont pignon sur rue. Si l’argent est le roi de Jarta, la diversité est sa reine. J’adore l’originalité de cette ville qui mêle les cultures et sort résolument du cadre très occidental qui fait la fantasy habituellement. De même, j’apprécie le mélange de fantasy et de steampunk qui donne son identité à l’ensemble. Et que dire des personnages hauts en couleur...
Padmé et Tanit sont deux femmes très différentes. J’aime le fait qu’elles soient amies alors que tout devrait les opposer. Leurs capacités autant que leurs personnalités se complètent bien. Ce roman est aussi l’occasion de les connaître un peu mieux. Alex Evans consacre quelques chapitres à leur passé. J’ai particulièrement apprécié cette incursion dans l’enfance de Padmé. Si j’aime les deux personnages, j’avoue avoir quand même une petite préférence pour cette dernière. Elle est certes plus posée et plus altruiste que Tanit, mais c’est surtout dans son rôle de mère que je la trouve plus attachante. Il n’y a pas beaucoup d’héroïnes avec enfant en SFFF et Jihane, bien qu’elle soit un personnage secondaire, a un rôle intéressant, elle n’est pas là pour rehausser le décor. J’espère qu’elle évoluera encore et qu’on la verra davantage utiliser son don.
L’Échiquier de jade est une très bonne suite qui développe son univers tout en possédant ses propres intrigues. On y retrouve tout ce qui a fait le charme du premier tome et des textes d’Alex Evans de manière générale. Il ne me reste plus qu’à attendre la suite...

jeudi 19 septembre 2019

La Machine de Léandre

Un roman et une nouvelle d'Alex Evans, chez ActuSF.

Vous pouvez aussi lire sur ce blog les chroniques de textes dans le même univers :
- Sorcières associées (ce roman a été réédité par ActuSF. Ma chronique porte sur une édition antérieure.)

Présentation de l'éditeur :
Constance Agdal, excentrique professeur de sciences magiques, n'aspire qu'à une chose : se consacrer à ses recherches et oublier son passé. Malheureusement, son collègue disparaît alors qu'il travaillait sur une machine légendaire. La jeune femme le remplace au pied levé et fait la connaissance de Philidor Magnus, un inventeur aussi séduisant qu'énigmatique. Bientôt, une redoutable tueuse et un excentrique et un richissime industriel s'intéressent à ses travaux, sans oublier son assistant qui multiplie les maladresses et un incube envahissant...
Alex Evans, autrice du très remarqué Sorcières Associées, nous livre dans le même univers une enquête trépidante qui mêle admirablement steampunk et magie.
J’éprouve toujours une certaine affection pour les personnages d’Alex Evans. Ce sont des femmes intelligentes et débrouillardes. Constance, l’héroïne de La Machine de Léandre, ne fait pas exception. Cette histoire se déroule dans le même monde que celle des sorcières associées de Jarta, mais dans un autre pays et peut-être pas tout à fait à la même époque, même si on n’est pas loin. J’ai vraiment apprécié la découverte d’autres facettes de cet univers : un autre continent, d’autres mœurs et façons d’envisager la magie, de nouveaux personnages. On peut tout à fait lire et apprécier ce roman sans connaître les Sorcières associées. Cependant je gage que vous aurez très envie de faire leur connaissance ensuite. 
Après une absence de quatre siècles, la magie est de retour dans ce monde et il faut de nouveau l’apprivoiser. Surtout sur le continent nord où une secte religieuse a tenté d’en effacer toute trace après sa disparition. 
Constance est une scientifique, elle étudie le pouvoir d’une manière rigoureuse et terre-à-terre, bien qu’elle possédât elle-même le don. Elle ne l’utilise pas et le cache d’ailleurs, consciente qu’elle n’est pas une simple sorcière mais une chamane, ce qui s’avère autrement plus dangereux. C’est donc bien malgré elle que Constance va se retrouver hors de sa zone de confort, après l’ouverture d’une faille qui a laissé passer un démon et la disparition de l’un de ses collègues. 
Cela est toujours un réel plaisir de lire Alex Evans. On ne s’ennuie jamais, les personnages sont sympathiques et l’histoire distrayante. Les chapitres défilent sans que l’on s’en rende compte. 
Je ne regrette que la fin, un peu abrupte à mon goût. Cependant c’est probablement parce que je me suis attachée à Constance et que j’aurais voulu la suivre encore un moment. J’aimerais vraiment pouvoir lire un jour une suite à cette histoire. 

Ce court roman est suivi d’une nouvelle : La Chasseuse de livres. Les deux textes ont été édités séparément il y a quelques années par Walrus. Ils ont en commun le pays et l’époque. 
Si Constance était une scientifique qui se plaisait entre les murs de son laboratoire, Cassandra, l’héroïne de la nouvelle, se rêve chasseuse de livres. C’est un peu la version sorcière de l’archéologue. En ces temps où la magie revient et où de nombreux grimoires et artefacts ont été détruits ou cachés, les reliques sont précieuses. Cassandra rêve d’aventures et de découvertes qui lui assureraient un avenir professionnel plus radieux que celui auquel on voudrait la cantonner. Les femmes ne sont pas très bien considérées dans la cité de Grande Courbe... 
Cassandra est une jeune femme aussi charmante qu’elle est naïve. Il faut dire qu’elle a sans doute été sur-protégée toute sa vie. J’aurais voulu pouvoir la secouer un peu, lui hurler de se méfier ! 
J’ai moins aimé ce texte que le précédent, en grande partie parce que j’ai préféré le caractère de Constance, plus pragmatique et sensée, à celui de Cassandra. Pourtant les deux femmes sont intéressantes. Et comme je le disais précédemment, c’est toujours un plaisir de lire Alex Evans. 
La nouvelle se lit vite et on se prend au jeu. On a l’impression de chercher le grimoire avec Cassandra, on tente de voir au-delà des apparences. 
J’espère retrouver ces personnages, autant Cassandra (qui est d'ailleurs présente dans Sorcières associées) que Constance, dans d’autres aventures. Je serai en tout cas toujours ravie de me plonger dans cet univers.

lundi 10 juin 2019

Chroniques verticales - Saison 1

Un feuilleton de Laurent Copet, publié chez Realities Inc.


Chroniques Verticales est un feuilleton numérique. La première saison compte six épisodes et vous pouvez télécharger les deux premiers gratuitement pour vous faire une idée. 
C’est en quelque sorte un récit d’aventures, assez difficile à classer. Il pourrait être de la science fiction autant que de la fantasy à ce stade et cela importe peu. Ce qui compte, c’est qu’il s’agit d’un coup de cœur. 
Laurent Copet nous conte l’histoire d’un clan qui gravit une falaise qui semble sans fin. Dans ce monde vertical il n’y a que deux choix : grimper ou se laisser rattraper par le néant qui poursuit le clan sans relâche. Ces gens ont appris à vivre sur la falaise, à cueillir ses fruits et à chasser les dangereuses créatures qu’elle abrite. Tout ce qu’ils espèrent est atteindre un jour le sommet. 
Je ne pensais pas me passionner autant pour ce type de récit. Que pourrait-il y avoir à raconter sur un clan d’alpinistes perdu sur une immense falaise ? Eh bien plus que je n’aurais cru. Les regarder vivre et évoluer était fascinant. La part de moi qui a le vertige à deux mètres du sol est restée vaguement nauséeuse longtemps tant je visualisais leur ascension. Mais il fallait que je sache la suite ! 
Si l’on s’attache plus particulièrement à certains personnages, on apprend aussi à connaître le mode de fonctionnement du clan, ses lignées, ses coutumes et rites de passage, ses interdits et son quotidien. Tout tourne autour de la survie et des sacrifices qu’il faut lui consentir. Cette partie m’a beaucoup plu. J’aime les histoires bien construites. 
Je me suis aussi beaucoup attachée aux personnages, Chilam Balam, Ombre du Néant, Vol Parfait et Petit Chat, Salto Angel… J’ai tremblé pour eux et espéré leur survie dans ce monde sans concession. 
Vol Parfait est le personnage central. On le voit grandir, de la prise de son autonomie, quand il commence à grimper seul, à l’âge adulte. Son ascension rythme le récit. On veut le voir survivre, fonder sa propre cordée, vaincre les épreuves. 
Ces Chroniques Verticales sont, au-delà de l’aspect très distrayant de l’histoire, une belle métaphore de la vie elle-même, une réflexion sur la jeunesse et la vieillesse, sur le bien commun face aux désirs individuels, sur la mémoire et la construction des mythes. 
La saison 2 est prévue pour juin/juillet et j’ai hâte de la lire.

samedi 4 mai 2019

La Forêt des araignées tristes

Un roman de Colin Heine, publié chez ActuSF.

Présentation de l'éditeur :
Bastien est paléontologue : sa spécialité ? Étudier les créatures étranges qui naissent de la vape, ce mystérieux brouillard aux propriétés énergétiques extraordinaires qui a recouvert le monde et menace de l’engloutir un peu plus chaque jour. Tour à tour victime d’un dramatique accident en apparence banal duquel il réchappe de justesse et témoin d’un attentat, où sa survie ne tient à nouveau qu’à un fil, il voit son destin basculer. Le voilà pris dans l’engrenage d’une affaire d’espionnage d’envergure internationale, sous les feux croisés d’une société secrète d’assassins, de brutes armées et d’une agence de détectives aux méthodes douteuses. Sans compter qu’une créature cauchemardesque, tout droit venue des Vaineterres, ces zones perdues dans un océan de vape, semble bien décidée à lui faire la peau...
Né à Paris, Colin Heine habite désormais en Autriche où il enseigne l’allemand. Après avoir fait ses premières armes dans la traduction et pratiqué le jeu de rôle pendant de nombreuses années, il signe avec La Forêt des araignées tristes un premier roman bluffant de maîtrise. Jonglant entre intrigue politique et aventure, horreur et critique sociétale, il cisèle un univers Belle Époque envoûtant, à l’ambiance steampunk teintée de gothique.
La Forêt des araignées tristes m’a d’emblée paru un roman steampunk comme je les aime. Il s’en dégage l’ambiance du genre, avec ses gentlemen et ses aventuriers, ses dirigeables, sa technologie typiquement rétrofuturiste et son climat social délétère… Cependant, il déploie aussi tout ce qui fait l’essence du roman d’aventure, entre espionnage, complots, menaces de guerre et exploration. On ne s’ennuie pas un seul instant, du moins dans les deux premières parties. 
Dans ce monde qui ne fait que renvoyer des échos du nôtre, la vape envahit les terres, laissant quelques poches de-ci de-là qui permettent aux humains de vivre dans une sécurité relative. En effet, la vape est dangereuse, des créatures monstrueuses et prédatrices s’y développent. Mais les humains sont pris dans un cercle vicieux, leur technologie produit de la vape, résidu de l’ignium, et sans ignium pas d’énergie pour repousser la vape… Les riches se réfugient dans les hauteurs tandis que les pauvres vivent à deux pas de la vape. De grandes compagnies envoient des vaisseaux explorer les lointaines poches, afin de trouver de nouvelles ressources. C’est le métier d’Ernest Gulliver, explorateur chevronné qui se trouve au début du roman sur le point de partir pour une mission périlleuse. 
J’ai particulièrement apprécié ce personnage pragmatique et loyal, néanmoins on en suit de nombreux autres comme Bastien, dandy un brin malchanceux qui étudie les créatures nées de la vape, mais a une fâcheuse tendance à la procrastination. On rencontre aussi un tueur en série sous ses dehors ternes et banals, une jeune femme en fuite, une gouvernante revêche, un détective aux motivations mystérieuses et quelques autres personnages qui, loin d’être des caricatures, se jouent des clichés qu’on croit chevillés à eux. 
Dans ce récit pluriel à la narration éclatée, les pistes se frôlent, se croisent sans cesse, jusqu’à converger. 
La Forêt des araignées tristes est un roman à strates, qui ne se contente pas de leurrer son lecteur par des effets de rythme, mais lui demande au contraire un minimum d’implication, tout en étant un excellent divertissement. Cependant, si j’ai aimé suivre les multiples ramifications du récit et découvrir un à un tous les personnages, j’ai été un peu déçue par la fin. 
Le roman se divise en trois parties et la dernière piétine en comparaison des deux autres. Le fait de suivre plusieurs personnages ralentit le rythme et nous contraint à revivre quelques scènes plusieurs fois sans que cela apporte beaucoup plus au récit. La conclusion elle-même, qui laisse beaucoup de choses en plan, m’a semblé un peu bâclée. J’attendais mieux de toutes ces histoires enchevêtrées.

mercredi 16 janvier 2019

Les Questions dangereuses

Une novella de Lionel Davout, publiée chez ActuSF.

Présentation de l'éditeur :
1637 : Qui a assassiné le docteur Lacanne, en plein château de Déversailles ? Pour connaître la réponse à cette question, le mancequetaire Thésard de la Meulière, son libram à la main, est prêt à résoudre les énigmes les plus perfides... jusqu'aux confins de l'indicible.
J’apprécie les textes de Lionel Davoust parce qu’ils sont toujours aussi percutants qu’intelligents. L’importance de ton regard est d’ailleurs l’un des meilleurs recueils qu’il m’ait été donné de lire. 
Les Questions dangereuses est un récit délectable, une novella de cape et d’épée à la saveur de roman feuilleton et aux relents de conte philosophique. Les niveaux de lecture s’y superposent avec une telle porosité qu’on va aisément de l’un à l’autre, sans s’en rendre compte. On passe un excellent moment, sans pour autant oublier de réfléchir. 
Dans cet univers, les mancequetaires sont des brhéteurs sans pareils (oui, vous avez bien lu et je n’ai pas fait d’erreur), les mots sont des armes et les énigmes peuvent être mortelles. Il n’est jamais bon de se poser trop de Questions existentielles quand la neurasthénie peut vous emporter à tout moment, faute de Réponse. L’intellect et l’action doivent s’équilibrer, c’est ainsi que notre héros Thésard de la Meulière, mancequetaire de son état, jongle entre son appétit pour les joies de l’existence et celui pour la connaissance. Mais il pourrait être bien malgré lui exposé à de trop dangereuses Questions en voulant élucider un meurtre barbare et protéger la reine. 
La plume acérée de Lionel Davoust glisse de jeux de mots en références, tous plus savoureux les uns que les autres. Ce récit est d’une remarquable finesse et si jubilatoire que je l’ai en grande partie lu à haute voix au bénéfice des corneilles (honneur le plus souvent réservé au grand Terry Pratchett). Cette lecture fut un réel plaisir et je ne peux que vous la recommander.

jeudi 20 décembre 2018

Dans le monde pestaculaire (et terrib') de ma soeur Minnie et de son vilain lapin

Un roman de Lissa Evans, publié chez Poulpe Fictions.

Présentation de l'éditeur : 
Un lapin peut en cacher un autre... 
Lors d'une nuit d'orage, Fidge est transportée par magie dans un monde tout à la fois coloré et inquiétant : celui de l'album préféré de sa petite sœur, Minnie.
Elle a trois compagnons : deux d'entre eux sont bizarres (Ella, une éléphante violette joviale et déterminée et Dr. Carotte, un jouet en plastique sur roues, doté en ce monde d'un diplôme de médecine) et le troisième est son ennuyeux cousin hypocondriaque.
Pour rentrer chez elle, elle devra résoudre une série d'énigmes impossibles, puis défaire un cruel dictateur en peluche et sauver 3 000 Doubidous (oui, vous avez bien lu cette phrase).
Et le pire, c'est que toute cette histoire est de sa faute...  
"Dans le monde pestaculaire (et terrib') de ma sœur Minnie (et de son vilain lapin)", c'est de l'aventure, du danger, de l'amitié, et la crainte de ne jamais rentrer chez soi. Mais, c'est toujours drôle : envers et contre tout très drôle !

Rien que le titre donne envie, n’est-ce pas ? Et le roman est à sa mesure.
Comme toutes les grandes sœurs, Fidge est souvent exaspérée par les caprices de sa cadette. Minnie, quatre ans, n’en fait qu’à sa tête et n’a d’yeux que pour son doudou, Lapirouze, et son livre préféré : Le Monde des Doubidous, qu’elle voudrait qu’on lui lise à longueur de journée.
Et Fidge en a ras-le-bol des Doubidous, vraiment. Mais à la suite d’un accident, elle se trouve coincée dans leur monde en compagnie de Graham, son cousin qui collectionne les phobies, et de deux jouets déglingués. Et il s’en passe des choses dans le monde des Doubidous… Un dictateur a pris le pouvoir et Fidge doit le combattre pour espérer rentrer chez elle et retrouver sa sœur.
Le livre en lui-même est un bel objet, avec une jolie mise en page et des illustrations dans les marges. Cela rend le récit plus vivant. Et quelle chouette histoire ! Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un roman jeunesse aussi drôle et intelligent. Lissa Evans s’est montrée inventive. Elle manie l’absurde et le sarcasme, elle joue avec les références de l’enfance, tout en donnant aussi à son récit une dimension plus tendre et optimiste. Le roman possède ainsi plusieurs niveaux de lectures, mais tous sont accessibles à son public cible. Pas de mièvrerie dans cette histoire, cependant il y a de l’ingéniosité, de la combativité et de la loyauté à revendre. Ce texte véhicule de bonnes valeurs, sans faire la morale.
Les personnages sont très attachants et leurs caractères vraiment travaillés. On peut facilement s’identifier à Fidge, une héroïne lambda avec ses qualités et ses défauts. Cela fait du bien d’avoir un personnage féminin comme elle dans un roman pour enfants. Ella l’éléphante, la coach de vie de Minnie (!) est un personnage délicieusement positif sans être niais, elle fait ressortir les meilleurs côtés de ses compagnons. Et Dre Carotte, sous ses airs sévères, se révèle tout aussi importante et fine psychologue. Grâce à ces deux personnages, autant qu’au contexte, Fidge et Graham vont grandir dans cette histoire et retrouver l’équilibre qu’ils avaient perdu.
Tout en étant très distrayant et drôle, ce texte transmet de beaux messages à travers des métaphores habiles et accessibles. C’est très bien pour les enfants qui lisent tout seuls, mais il a également un beau potentiel pour de la lecture à haute voix avant le dodo. Même une adulte grande lectrice et blasée comme moi a adoré...