Affichage des articles dont le libellé est Carnet pourpre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Carnet pourpre. Afficher tous les articles

lundi 15 juin 2026

A Dark Forgetting

Un roman de Kristen Ciccarelli, publié dans sa version audio chez Lizzie et lu par Solenn Mara-Lewis.


Emeline a quitté sa petite ville de campagne pour devenir chanteuse. Elle a fait des concessions et des sacrifices pour ce rêve d’enfance et, à force de détermination, elle a maintenant le pied à l’étrier. Cependant, près d’une semaine avant un concert très important pour elle, son grand-père disparaît, sans explication rationnelle, de la maison de retraite dans laquelle il résidait. Toutes les histoires qu’on lui racontait quand elle était petite resurgissent dans l’esprit d’Emeline et elle est forcée de rentrer chez elle pour faire face à ce qu’elle croyait n’être que des contes.
A Dark Forgetting est une jolie histoire, pleine de sensibilité et de délicatesse. On la sent très personnelle et importante pour son autrice. Elle est destinée à un public adolescent, mais ne se prive pas d’aborder des sujets difficiles. Pour autant, malgré la noirceur qu’elle conte parfois, elle reste douce. Il faut se laisser bercer et être patient, car c’est un récit lent à la saveur évocatrice des vieilles histoires. Il nous dépeint une féerie ancienne, sombre et mélancolique dans une forêt malade qui appelle au secours.
Sans vraiment le vouloir, Emeline va déterrer de nombreux secrets et j’ai aimé la voir progresser à tâtons, découvrir son passé en même temps qu’elle se découvrait elle-même. C’est cela, pour moi, la vraie réussite de ce roman.
L’histoire d’amour est jolie et tendre, un peu clichée parfois, mais j’ai lu bien pire dans des ouvrages de cette catégorie. Au moins celle-ci semble honnête, un peu idéalisée certes, mais pas non plus parfaite. La fin m’a fait lever les yeux au ciel, toutefois il faut dire que c’était drôle sans le vouloir…
J’ai passé un agréable moment avec cette histoire, même si elle ne me marquera pas outre mesure.
La voix de la lectrice est agréable, mais au bout d’un moment son interprétation tout en chuchotements et murmures faussement inspirés m’a agacée. J’avais l’impression d’écouter une ménade qui tenterait de faire de l’ASMR. Cela étant dit, c’est davantage une question de goût qu’un réel défaut. En outre, je dois reconnaître qu’un ton lent et mystérieux sied à cette histoire. Il l’était juste beaucoup trop pour moi.

jeudi 20 novembre 2025

Quand vient la sorcière

 Un roman de T. Kingfisher, publié chez Verso.


Quand Cordelia déçoit sa mère, celle-ci l’emprisonne dans son corps et la force à obéir. Qui a déjà expérimenté une paralysie du sommeil ne peut que trembler à cette idée. Le début du roman est d’ailleurs très évocateur à ce sujet. Cependant, malgré tout l’effroi que lui inspire sa génitrice, Cordelia n’a pas la moindre idée de ce dont celle-ci est vraiment capable.
Quand vient la sorcière est un roman subtil, tout en manigances et faux-semblants. Il tient un peu du conte, un chouia de l’horreur, mais aussi des intrigues sociales chères à Jane Austen. Imaginez une intrigante voulant se marier avec un petit propriétaire terrien — usant de charmes aussi bien que de charme — une sorcière impitoyable, cruelle et déterminée. Il s’agit d’Evangeline, la mère de Cordelia, et sa fille ne sait comment l’arrêter. Pas plus que ne le sait Hester, la sœur du Squire qui est la proie d’Evangeline.
Ce roman est lent, favorisant la réflexion ainsi que la plongée en profondeur dans la psyché des personnages. Bien sûr Evangeline est odieuse, voire effrayante, mais elle est une excellente représentation de la mère abusive. Elle fait parfois froid dans le dos. Cordelia, aussi naïve soit-elle au début, grandit au cours de cette histoire, mais les autres personnages ne sont pas en reste. J’ai particulièrement aimé la sémillante Penelope. Et bien sûr il y a Hester, deuxième personnage principal qui partage la place centrale avec Cordelia.
T. Kingfisher a l’originalité de mettre au cœur du récit deux personnages féminin aux âges inhabituels pour des héroïnes. Hester a 51 ans et Cordelia 14. Or, nous savons tous qu’une héroïne a entre 16 et 29 ans, selon le type de roman. Un personnage en dehors de cette tranche d’âge se voit relégué au second plan. Au-delà de l’audace de ce choix, cela apporte réellement un plus récit. J’ai beaucoup aimé Hester, femme pragmatique et réfléchie. Elle sait louvoyer, mener ses batailles en silence et utiliser des armes simples, à sa portée. Elle n’en est pas moins courageuse, mais elle ne fonce pas tête baissée si elle peut l’éviter. Elle sait également s’entourer des bonnes personnes et il est difficile de ne pas aimer ces personnages. Ils sont tous un peu des héros ordinaires et c’est ce qui les rend si attachants.
Quand vient la sorcière est un très bon roman, mais qui demande de la patience. Il se déroule comme une pelote, il prend son temps, peut-être un peu trop parfois. Cela ajoute en réalisme, mais attend-on d’un conte qu’il soit réaliste ? Cela étant dit, je suis une grande amatrice de contes, surtout revisités, et j’aime les personnages intelligents. Même si je me suis prise à espérer parfois que l’intrigue avance plus vite, j’ai beaucoup apprécié le temps passé avec ce roman.


mercredi 21 mai 2025

Tyr, Runborn T1

Premier volume d'une trilogie d'Ariel Holzl, publié chez Gulf Stream.
En version audio chez Voolume, lue par Adelaïde Poulard.



Tyr et ses camarades vivent dans un village isolé. À Gimlé, la vie semble douce, faite de chasse, de pêche, d’agriculture et de solidarité, toutefois est-ce si idyllique à y regarder de plus près ? Les trois adolescents sont marqués par les runes, ce qui leur vaut les regards en biais de leurs voisins et d’être maintenus à l’écart des autres jeunes. Bien entendu, le jour où ils comprennent ce que représentent leurs marques et quelle est la destinée prévue pour eux par les dieux, tout s’emballe. Lancés sur les routes de ce monde post-Ragnarök, se précipitent-ils vers cette destinée ou s’en émancipent-ils ? Telle est la question.
Ce roman est plein de surprises, de tours et de détours, mais aussi de rebondissements que vous pouvez voir venir parfois, on ne s’y perd que davantage car les apparences sont d’autant plus trompeuses. Le récit est un savant mélange d’attente et d’urgence. J’ai choisi la version audio, qui par chance se prête bien à ce type de récit. Les longueurs m’auraient sans doute davantage dérangée à l’écrit, bien que je sois une lectrice patiente. Je pense que cela tient au fait que Tyr m’a souvent semblé passif, entraîné par les événements. Entendons-nous bien, cela est parfaitement logique dans sa situation. Il est comme pris dans un torrent, parfois il parvient à nager, mais souvent il ne peut que tenter de garder la tête hors de l’eau. Cependant, cela peut se révéler frustrant pour les lecteurs qui préfèrent des personnages proactifs.
Il s’agit d’un roman d’apprentissage typique, dans lequel le héros évolue beaucoup, gagne en maturité, mais fait aussi de nombreuses erreurs. Ariel Holzl n’est pas un auteur complaisant envers ses personnages, ce que j’apprécie beaucoup. Il a initié ici une belle fresque de fantasy, usant avec intelligence de la mythologie dont il s’inspire. Il a su la faire sienne tout en la respectant.
Si vous avez déjà lu les écrits d’Holzl, vous trouverez probablement celui-ci fort différent. Cet auteur soigne ses univers aussi bien que ses personnages et il ne craint pas d’explorer différents genres littéraires.
J’ai ressenti des hauts et des bas avec ce roman, pourtant il ne faisait aucun doute pour moi que j’écouterai la suite. La fin, en plein suspense, n’a évidemment fait que renforcer cette envie. On sent qu’il reste beaucoup à découvrir dans cette trilogie et le deuxième volume promet un autre point de vue, ce qui est alléchant.
Ce roman est classé en YA, néanmoins il s’agit d’une lecture relativement exigeante qui n’est pas adéquate pour les âmes trop sensibles. Toutefois, si vous aimez les romans initiatiques, la mythologie nordique et n’êtes pas rebutés par un peu de violence et de sang, je gage que vous l’apprécierez.

mardi 9 janvier 2024

L'Hiver de la Sorcière, Trilogie d'une nuit d'hiver T3

Un roman de Katherine Arden, publié chez Denoël dans la collection Lunes d'encre.

Les tomes précédents :

Présentation de l'éditeur :

Moscou se relève difficilement d'un terrible incendie. Le grand-prince est fou de rage et les habitants exigent des explications. Ils cherchent, surtout, quelqu'un sur qui rejeter la faute. Vassia, avec ses étranges pouvoirs, fait une coupable idéale. Parviendra-t-elle à échapper à la fureur populaire, aiguillonnée par père Konstantin ? Saura-t-elle prévenir les conflits qui s'annoncent ? Arrivera-t-elle à réconcilier le monde des humains et celui des créatures magiques ? Les défis qui attendent la jeune fille sont nombreux, d'autant qu'une autre menace, bien plus inquiétante, se profile aux frontières de la Rus'. Conclusion magistrale de la "Trilogie d'une nuit d'hiver", L'Hiver de la sorcière peut, comme les tomes précédents, se lire indépendamment. On y retrouve la poésie, la magie et la sombre cruauté des contes russes qui ont fait le succès de la série dans le monde entier.
Il était grand temps que je lise cette suite. J’ai essayé au printemps dernier, mais cette trilogie est taillée pour l’hiver et semble incongrue à toute autre époque.
Quelle épique conclusion que celle-ci ! J’ai adoré ce tome. Il a brisé mon cœur et exalté mon âme. Il m’a rappelé pourquoi j’aimais tant l’écriture de Katherine Arden, alors que le tome précédent, quoique bien écrit, me l’avait un peu fait oublier.
Ce tome est pour Vassia celui de la maturité. Dans le premier, nous l’avons connue enfant, nous avons découvert avec elle ses capacités et assisté à la formation de son caractère. Dans le deuxième, exaltée par sa toute nouvelle liberté, elle se croit invincible comme beaucoup de jeunes adultes. Mais dans le troisième… J’ai aimé cette Vassia devenue adulte. Elle fait toujours des erreurs, elle a gardé en elle ses idéaux de jeunesse, mais elle est aussi plus prudente, plus maligne, plus déterminée aussi. Les malheurs l’ont forgée.
Katherine Arden a su construire un récit solide dans lequel elle mêle habilement la grande histoire et la petite ainsi que les légendes et contes russes, mais elle a également construit des personnages qu’elle refuse de garder figés. Vassia en est la plus aboutie et demeure la grande force de cette histoire. Qu’on comprenne ou non ses choix, on craint pour elle et sa famille.
J’ai aussi une grande affection pour ses frères et sœurs, même si seulement deux d’entre eux sont présents dans ce dernier tome. J’aime particulièrement Olga, plus posée que Vassia, intelligente et ouverte d’esprit même quand la situation la dépasse. J’aurais aimé que les autres membres de la famille aient aussi une petite place dans ce récit, mais je reconnais qu’il y avait déjà beaucoup à faire.
Cette trilogie de fantasy douce équilibre parfaitement l’histoire et les légendes. Chaque tome a soufflé sur les braises de mon amour des contes de manière fort bienvenue. J’en garderai un excellent souvenir.

lundi 17 avril 2023

Le Silence des carillons

Un roman d'Édouard H. Blaes, publié chez ActuSF.


Tinkleham est un vestige du vieux monde, une ville sous globe bien qu’elle soit entourée de brume et non de verre, assiégée par les spectres qui désagrègent tout être humain qu’ils touchent. La population de cette ville et de la campagne qui l’environne ne survit que grâce au Beffroi. Sur la plateforme, des mages se relaient pour chanter, accompagnés de cloches et de carillons, afin de repousser les spectres sans relâche. Cela fait bien longtemps que les gens ont oublié la chaleur du soleil et à quoi ressemblait le monde d’avant. Tout ce qui leur en reste vient des livres.
Ermeline a dix-huit ans, vit en bordure et entretient depuis toujours le rêve de devenir la plus grande magicienne qu’aura connu le Beffroi, quoi qu’il puisse lui en coûter.
Qui est Ermeline Mainterre ? La question rythme notre lecture et de toutes les personnes pouvant se la poser, lecteur compris, c’est Ermeline elle-même la plus acharnée à trouver une réponse. Elle est ambitieuse, à n’en pas douter, mais a-t-elle réellement les moyens de ses ambitions ? Et si elle réussit, que fera-t-elle du pouvoir ?
Il faut toujours prendre garde à ce que l’on souhaite.
Ermeline est égocentrique, susceptible, envieuse, naïve au début et un peu puérile aussi. Elle est loin de l’héroïne qu’on rencontre souvent dans un roman de fantasy. Elle n’est pas une élue, même si elle croit qu’elle aimerait en être une. De prime abord, elle n’est pas sympathique et le récit avançant elle l'est encore moins. Pourtant, je l’ai appréciée. Cela peut sembler étrange et je me doute que ce n’est pas une opinion populaire parmi les lecteurs. En plus d’être focalisée sur elle-même et de manquer d’empathie, Ermeline peut se montrer assez pénible quand elle ressasse (ce qui se révèle être l’une de ses activités préférées). Si je l’ai aimée, je crois, c’est justement pour tous ses défauts. Elle n’est pas quelqu’un de bien, tout en n’étant pas foncièrement mauvaise non plus. Elle veut juste survivre et si elle est amenée à devenir une héroïne, ce sera forcément discutable. Ermeline est loin d’avoir le profil d’une sauveuse aimée de tous, animée par le goût du sacrifice et la compassion. Elle est une pragmatique et elle doit vivre avec ses choix, ses petites et ses grandes lâchetés. Elle doit avancer ou perdre la raison. Pour tout cela, elle est plus humaine et réaliste que la grande majorité des héroïnes de fantasy que j’ai pu croiser.
Le Silence des carillons est un roman sombre, tissé des sentiments les moins glorieux qui animent l’humanité. On y fait des choix par défaut, on s’arrange avec la vérité, avec la peur et avec sa conscience. Est-ce que seule importe la survie ? En vaut-elle la peine passé un certain point ? Cette lecture m’aura fait me poser de nombreuses questions.
La magie que nous décrit l’auteur, entre chant et métaphore océanique, m’a beaucoup plu. Ça me parlait et j’ai aimé le début du roman, apprendre ce monde, apprendre Ermeline, apprendre le Beffroi surtout, ce labyrinthe de faux-semblants, d’illusions et de secrets. J’aurais toutefois souhaité en apprendre davantage sur la nature de cette magie et sur son lien avec les spectres. De manière générale, j’aurais voulu plus d’informations concernant les origines de Tinkleham, mais je comprends bien que ce n’était pas le propos.
Dans la première moitié du roman, j’ai surtout été motivée par la découverte de l’univers et des personnages et j’admets avoir un peu décroché quand l’histoire s’est centrée sur la jalousie et un triangle amoureux peu engageant. Certaines rivalités poussent les êtres à donner le meilleur d’eux-mêmes, celle qui couve sous l’amitié fragile entre Justine et Ermeline est délétère. En outre, elle n’apporte pas grand-chose à l’histoire, si ce n’est démontrer qu’Ermeline semble vouée à entretenir des relations malsaines, ou à tout le moins déséquilibrées.
La deuxième partie en revanche m’a fascinée. L’histoire devient plus sombre, plus sale, les enjeux sont importants et l’intrigue se précipite vers un dénouement dont on sait qu’il sera douloureux. On se demande juste à quel point.
Pendant son apprentissage, Ermeline se posait de bonnes questions, dont certaines à haute portée philosophique, même si elle ne se montrait pas toujours très empressée à leur trouver des réponses. C’est à nous, lecteurs, qu’il incombe de le faire. Ce n’est pas un mal, mais j’aurais aimé davantage de matière, pouvoir voir plus loin. 
Enfermer une cité après une catastrophe, peu importe l’origine de celle-ci, est un postulat classique, bien que davantage en SF qu’en fantasy, c’est grâce à son personnage principal que ce roman tire son épingle du jeu, mais il est aussi sa plus grande faiblesse. Pas parce qu’Ermeline est antipathique, mais parce qu’elle nous prive d’informations complémentaires et surtout de cet « après » dont j’étais très curieuse. L’épilogue sonne juste, toutefois il ne m’a pas suffit. Cette histoire recèle encore trop de mystères pour moi. J’ai apprécié ma lecture, cependant ma vision de cet univers est restée trop cloisonnée à mon goût.

vendredi 19 février 2021

Diamants

Un roman de Vincent Tassy, publié chez Mnémos.

Présentation de l'éditeur :

D’un hiver sans fin naît l’espoir d’un printemps radieux
L’Or Ailé, de la cité immortelle, est descendu des cieux.
Seigneur ou roturier, lequel deviendra son suivant ?
Serviteur, conseiller, dévoué ou confident
Dans le labyrinthe d’Œtrange, il devra le guider
Du royaume de Ronces, aux Brumes emplies de danger.
De l’hiver au printemps, de l’obscurité à la lumière
Percerez-vous les secrets de L’Or Ailé venu sur Terre ?
Vincent Tassy portait en lui depuis longtemps ce roman de fantasy. Le résultat est à la hauteur du talent de cet écrivain singulier : sombre et lumineux, doux et violent, androgyne et sexué. Diamants est une œuvre gothique comme moderne, portée par l’une des voix les plus envoûtantes du genre.
Dans un royaume où tout ne semble être qu’ordre et beauté, luxe calme et volupté… apparaît soudain un ange. De sa chevelure déferlent des diamants et sa présence seule suffit à bouleverser l’équilibre du monde. Les écrits les plus sacrés de tous les continents de ce monde disent qu’il apporte avec lui l’abondance et la douceur de vivre à sa terre d’accueil, mais sa venue ne va-t-elle pas déclencher les convoitises, ou attiser celles qui couvaient déjà ?
Dans ces cours élégantes et feutrées bruissent complots et jalousies. Et la présence de l’Or Ailé, cet ange inaccessible à la compréhension humaine ne fait qu’égarer davantage des esprits déjà perdus. Cette histoire nous présente une reine au bord de la rupture, qui navigue entre lucidité et folie sans que l’une soit plus identifiable que l’autre, deux princesses livrées à elles-mêmes dont une toujours profondément absente et l’autre sauvage comme un chat, un mancien à l’esprit acéré mais qui ne peut être partout, des amants qui feront tout pour ne pas se perdre et un jardinier qui oscille entre ambition et totale dissolution de lui-même. Et que dire de l’ange ? Que dire du royaume de Ronces, magique entre tous, presque mythique, et de son Endeuillé Soleil ?
C’est une histoire et mille autres à la fois, échos diffractés et reflets brisés qui se recomposent sans cesse comme en un kaléidoscope, un puzzle dont les mêmes pièces s’emboîtent pour former différents tableaux.
Étrange roman que celui-ci, entre une fantasy classique, tissage de magie, de complots et de guerres, et un conte mélancolique aux accents romantiques, dans le sens littéraire du terme. Oui, l’écriture de Vincent Tassy est indubitablement romantique. Il a ce don particulier d’enchanter la pourriture et de faire pousser des fleurs magnifiques dans des charniers. Il nous conte langueur des âmes et des corps, émerveillement et mal de vivre, amours vénéneuses ou inconditionnelles, toujours dévastatrices, avec une singulière poésie.
Dans Diamants, les personnages s’engourdissent, s’abandonnent, mais ils se révèlent aussi. L’auteur déplie lentement leurs histoires respectives pour nous rendre accessibles les facettes les plus cachées de ces êtres brisés ou brûlants d’espoir. Il nous emmène à la racine de la folie ou du désir avec indolence, nous dévoile tous les travers aussi bien que les miracles dont les humains sont capables.
Je me suis promenée dans ce récit avec une curiosité parfois morbide. J’ai appris à aimer certains protagonistes plus que d’autres et j’ai apprécié qu’aucun ne soit réellement bon ou mauvais. Ils sont humains et faillibles. Ils agissent mal par faiblesse ou par facilité, par égoïsme souvent, mais ils ont aussi des sursauts d’altruisme, de bonté et de loyauté. J’ai particulièrement aimé les deux princesses, si différentes, et Dolbreuse. J’ai pris grand plaisir à voir évoluer Mauront et à découvrir le fin mot de cette histoire.
Diamants est un très beau roman, un récit poétique à la saveur de mythe qui m’a rappelé ce qui m’a un jour attirée dans la fantasy.

lundi 7 décembre 2020

Premier Souffle, Les Énigmes de l'aube T1

 Un roman de Thomas C. Durand, publié chez ActuSF.

Présentation de l'éditeur :

« Bonjour, c'est ici pour apprendre la magie ? »

Anyelle a un don. Un sacré don même ! Elle peut renforcer la magie de ceux qu'elle touche. Mais pour maîtriser cette aptitude et apprendre, elle doit quitter la forêt qui l'a vue naître... La voilà en route, joyeuse, insouciante et un peu maladroite pour une école prestigieuse de magie... qui n'aime malheureusement pour elle, ni les filles ni les pauvres...

Avec ce premier roman d'une série hilarante, Thomas C. Durand, cofondateur de la chaîne YouTube La Tronche en biais, nous offre un récit de fantasy humoristique de haute volée et une héroïne très attachante.
Anyelle a neuf ans. Elle vit dans une maison-arbre au cœur d’une forêt avec son père Elliort et sa belle-mère Cynora. Elle a une vie tranquille, qui ressemble toutefois à un début assez classique pour un conte de fée. On s’attend presque à ce que ses parents l’abandonnent quelque part... Mais non, ce sont de bons parents.
Elliort est un antibûcheron. Dans ce monde où les gens possèdent des dons souvent étranges et pas toujours utiles, il a celui de faire repousser les arbres et c’est pour lui une lutte sans fin contre les bûcherons du roi qui déforestent sans états d’âme ni réflexion. Et c’est ce combat acharné qui va déclencher notre histoire.
La petite Anyelle possède elle aussi un don qui en s’éveillant va causer de nombreux problème. Son père n’a pas le choix, il doit la conduire à l’École des Magies Utiles et Laborieuses pour qu’elle apprenne à maîtriser son pouvoir. Problème : Anyelle est une fille. Et on ne lui avait jamais dit que cela pouvait être un problème, alors pensez bien qu’elle n’entend pas laisser de vieux mages décider de ce qu’elle a, ou n’a pas, le droit de faire.
En lisant Premier Souffle, on pense bien sûr au Disque-monde de Pratchett et surtout à La Huitième Fille — excellent roman, qui parle lui aussi de sexisme et que je vous conseille si vous ne l’avez déjà lu — mais aussi à Harry Potter — tout en contrepoint — ou à l’absurdité et l’humour de Xanth. Par bien des aspects, Premier Souffle rappelle un roman initiatique de fantasy tout ce qu’il y a de plus typique. L’auteur use et abuse des clichés, mais pour mieux les tourner en dérision et brosser au passage une satire sociale des plus acerbes. En établissant des parallèles, tantôt évidents, tantôt subtils, Thomas C. Durand critique avec autant d’ironie que d’à-propos les travers de notre monde, de la lutte de classes au sexisme, en passant par la sur-exploitation des ressources, l’éthique scientifique ou les injustices en tous genres. Il fait cela avec humour, cynisme et détachement, mais c’est le genre d‘humour qu’on aime ou pas. Si j’apprécie le sarcasme et l’ironie, je goûte moins l’absurde, et il ne faut pas non plus que ça devienne trop lourd. Ce livre ne dépasse pas mes limites, néanmoins je sais qu’il ne plaira pas à tout le monde.
En outre, j’ai trouvé le récit un peu mou. L’auteur a beaucoup plus travaillé son monde que son intrigue. Il a créé d’intéressantes analogies, écrit de superbes descriptions qui permettent au lecteur d’admirer ses paysages comme s’il se trouvait devant eux, mais la scolarité d’Anyelle et son apprentissage, qui sont censés être au centre du récit, apparaissent sans relief et répétitifs. C’est une spirale sans fin dans laquelle l’enfant rechigne, puis finit par se décider, et se voit toujours opposé le même argument. Je sais bien que c’est logique, mais cela n’en devient pas moins lassant à force. Anyelle est un personnage sympathique, toutefois on ne peut pas vraiment dire qu’elle est attachante. Elle peut devenir exaspérante quand elle joue les idiotes et cela n’aide pas. J’ai donc oscillé entre les passages qui éveillaient mon intérêt et ceux qui l’émoussaient. Cependant, ce roman reste une très bonne distraction et je lirai sans doute la suite car il pose des questions dont j’ai envie de connaître la réponse. 

lundi 6 juillet 2020

Le Livre des trois, Chroniques de Prydain T1

Un roman de Lloyd Alexander, publié aux éditions Anne Carrière.

Présentation de l'éditeur :
Au cœur du royaume de Prydain, un jeune garçon rêve d'aventures et de combats à l'épée. Chargé de veiller sur la truie Hen Wen, Taran est loin de se douter que l'animal possède de grands pouvoirs magiques et que l'abominable Roi Cornu est à sa recherche. Lorsque la truie s'échappe de Caer Dallben, Taran se lance à sa poursuite et s'enfonce profondément dans les terres de Prydain. Aidé du seigneur Gwydion, d'une créature nommée Gurgi et de la plus singulière des jeunes filles, Taran doit affronter le Roi Arawn et le Fils du Chaudron, deux êtres maléfiques au service du Roi Cornu. Le jeune garçon deviendra-t-il le héros qu'il a toujours voulu être ?

Quand j’étais petite, j’ai vu Taram et le chaudron magique au cinéma et il est encore à ce jour un de mes Disney préférés. Beaucoup de personnes de ma génération ne l’ont pas aimé. Il a été jugé trop sombre et effrayant. Malgré un nouveau doublage pour le remettre au goût du jour, il est presque tombé dans l’oubli. Je trouve cela bien dommage.
Comme la plupart des gens qui ont aimé ce dessin animé, je savais qu’il était inspiré d’une pentalogie de fantasy : Les Chroniques de Prydain de Lloyd Alexander. J’ai toujours eu envie de lire ces romans, mais je n’arrivais pas à me décider à les lire en anglais. À ma connaissance, seul le premier volume avait été traduit. Cependant, l’édition dont je vais vous parler est récente, propose le texte intégral, et le deuxième tome du cycle est déjà en librairie lui aussi. J’espère que les autres suivront très vite, sachez cependant que le premier tome a une vraie fin et peut se lire indépendamment.
Le Livre des trois est un excellent roman de fantasy pour la jeunesse. Assez classique dans sa forme, il est intemporel et même si vous avez déjà lu des tas bouquins de ce type, vous ne pourrez que reconnaître sa qualité. C’est toutefois chez un jeune public, entre huit et quinze ans, qu’il trouvera sans doute le meilleur accueil.
Le Livre des trois est à la fois un roman d’apprentissage et de compagnonnage. Un jeune garçon qui s’ennuie dans sa vie d’apprenti porcher rêve de faits héroïques et il va se trouver mêlé à une quête dont dépend la survie de son royaume. Une chance pour lui, il sera aidé par des amis rencontrés au fil de ses mésaventures. Déjà vu, comme je vous le disais, mais pas ennuyeux pour autant. L’auteur n’a pas fait dans le cliché et, surtout, il a su créer des personnages qui sortent du cadre de ce type de récit.
Taram, qui est censé être le personnage principal, va grandir, apprendre de ses erreurs, et confronter ses rêves d’enfant à la réalité. Il évolue beaucoup et c’est un vrai plaisir à lire. Certes, c’est un personnage plein de bons sentiments, mais il n’est jamais niais. Je l’ai trouvé plutôt atendrissant.
Ses compagnons sont aussi des outsiders à leur façon et la jument est probablement la plus sage du groupe. Toutefois, c’est ce qui fait leur charme.
Gurgi, créature entre l’homme et l’animal, semble lâche et avide, mais va se révéler auprès de ses compagnons. C’est un personnage vraiment touchant. Sa nature fait qu’il est rejeté, comme l’un des personnages nous le fait si bien remarquer, mais il a juste besoin qu’on apprenne à lui faire confiance. C’est une des caractéristiques qui m’ont vraiment plu dans cette histoire : deux personnages très sages nous rappellent souvent de ne pas nous fier aux apparences. La bonté n’est jamais du temps ou de l’énergie perdus. La tolérance amène à la compréhension en profondeur des choses et des êtres. Cela est parfaitement illustré avec Gurgi, mais pas seulement.
Fflewddur Fflam le barde, est un peu menteur, un peu léger, mais son grand cœur n’est pas feint et il pourrait se découvrir plus courageux qu’il ne l’espérait. Ce personnage calamiteux, qui a abandonné son royaume pour devenir barde, apporte un peu de fantaisie à la troupe. 
Eilonwy enfin, courageuse et pragmatique fillette, est certes un peu boudeuse, trop bavarde et puérile parfois, mais sait aussi faire preuve d’une grande maturité quand il le faut. Cette enchanteresse en cours de formation n’a pas de grands pouvoirs, cependant elle est très intelligente et tout le contraire de la damoiselle en détresse malgré son jeune âge. C’est une figure féminine très positive.
Je ne vous présente que les personnages que l’on suit le plus longtemps, néanmoins vous ferez d’autres intéressantes rencontres dans ces pages et c’est là tout le sel de ce récit. Il y a toujours plus à voir que ce que l’on croit.
Lloyd Alexander s’est beaucoup inspiré des légendes galloises et ce fut un plaisir de voir quel tissage il a réalisé avec tous ces récits entremêlés. Le roman a sa personnalité propre, cependant cette inspiration l’enrichit grandement et contribue à le sauver de sa forme trop classique.
Le Livre des trois est un très bon roman, qui n’a pas du tout vieilli, et une bonne introduction à la fantasy pour un jeune public. En outre, il transmet de bonnes valeurs. On y apprend que les erreurs nous font grandir quand on en tire des leçons, qu’une bonne action a toujours des répercussions même si elles sont parfois insoupçonnées et que le véritable héroïsme ne se taille pas forcément à la force d’une épée. C’est un roman sur l’amitié, sur le partage, l’entraide et la confiance, sur le sacrifice, l’humilité et la générosité. Il n’est pas moralisateur, mais offre néanmoins une bonne morale.

vendredi 5 juin 2020

L'Hypothèse du lézard

Une novella d'Alan Moore, illustrée par Cindy Canévet, publiée chez ActuSF dans la collection Graphic.

Présentation de l'éditeur :
Som-Som est vendue par sa mère à la Maison sans Horloges de Liavek. Elle va être soumise au Silence et porter le Masque brisé qui la destine à devenir l'amante des magiciens et la gardienne de leurs secrets. Isolée par son incapacité à communiquer, elle va alors assister à l'histoire d'amour violente et cruelle entre Foral Yat et Raura Chin, deux comédiens qui résident avec elle dans la Maison sans Horloges. 
L’illustratrice Cindy Canévet a réalisé la très remarquée couverture de Je suis Providence, la biographie de référence sur H. P Lovecraft. Elle donne cette fois vie à la ville de Liavek et aux personnages de L’Hypothèse du lézard, une nouvelle fantasy signée par le grand Alan Moore (Watchmen, V pour Vendetta).
Traduction de Patrick Marcel. 

Liavek, cité de la chance, est une ville-monde de fantasy que se partagent plusieurs écrivains. De nombreuses œuvres y prennent place. C’était néanmoins ma première incursion dans cet univers et j’avais oublié combien Alan Moore pouvait me mettre mal à l’aise. Dès le début, je me suis sentie prise au piège.
L’Hypothèse du lézard est une novella illustrée, cependant je me suis plus intéressée au récit qu’aux illustrations, qui sont magnifiquement exécutées mais froides et léchées. Cela s’accorde à la perfection avec l’histoire qui est aussi cruelle que glaciale, toutefois ce n’est pas dans mes goûts.
Et puis il faut dire qu’elle est fascinante, cette histoire, dans le vrai sens du terme. On navigue entre répugnance et curiosité malsaine. L’ambiance est sombre et raffinée, nimbée d’un érotisme dérangeant, les alcôves de la Maison sans Horloges sont peuplées d’un éventail de monstres sublimes. L’horreur la plus perverse côtoie une fragile délicatesse. Le style lui-même est d’une précision chirurgicale. La traduction rend tout à fait justice à son esthétisme, ce qui renforce encore le contraste avec la cruauté du récit.
Nous le percevons à travers Som-Som, une des prostituées de la Maison sans Horloges qui a subi de nombreuses modifications physiques. Rien que son histoire personnelle réussira à vous faire frémir. Som-Som est privée d’une grande partie de ses sens, mais aussi de sa capacité de communication. Elle est le témoin à jamais muet de ce récit, incapable de venir en aide à une amie qui peut-être ne le voudrait pas.
Cette novella parle d’amour et de vengeance, d’identité et de désir, de domination et de monstruosité sous diverses formes. Je ne crois pas qu’on puisse en sortir indemne.
Ma chronique est basée sur la version numérique qui ne rend sans doute pas justice à la beauté de l’ouvrage dans sa version imprimée.
Je ne peux pas vraiment dire que j’ai apprécié cette lecture, à cause du propos cela s’entend, car le talent de l’auteur ainsi que de l’illustratrice est indéniable, cependant une chose est certaine : elle m’a marquée. J’en ai été perturbée au point de faire des cauchemars la nuit suivante. De mon point de vue, c’est une preuve supplémentaire de la singularité de cet ouvrage.

jeudi 28 mai 2020

La Fille dans la tour, Trilogie d'une nuit d'hiver T2

Un roman de Katherine Arden, publié chez Denoël dans la collection Lunes d'encre.

Ma chronique du premier tome est par-là.

Présentation de l'éditeur :
La cour du grand-prince, à Moscou, est gangrenée par les luttes de pouvoir. Pendant ce temps, dans les campagnes, d'invisibles bandits incendient les villages, tuent les paysans et kidnappent les fillettes. Le prince Dimitri Ivanovitch n'a donc d'autre choix que de partir à leur recherche s'il ne veut pas que son peuple finisse par se rebeller. En chemin, sa troupe croise un mystérieux jeune homme chevauchant un cheval digne d'un noble seigneur. Le seul à reconnaître le garçon est un prêtre, Sacha. Et il ne peut révéler ce qu'il sait : le cavalier n'est autre que sa plus jeune sœur, qu'il a quittée il y a des années alors qu'elle n'était encore qu'une fillette, Vassia.

Ne lis pas cette chronique si tu n'as pas lu le premier tome.

À la fin de L’Ours et le Rossignol, nous avions laissé une Vassilissa pleurant son père au milieu des cendres de son enfance. Dans ce tome, il est temps pour elle de s’émanciper. Bien que les épreuves l’aient mûrie, elle reste une jeune fille de la campagne, qui a grandi dans un milieu protégé. Même si elle a enduré le froid et la faim, entre autres épreuves, son père et ses frères veillaient sur elle et la simplicité de la vie dans son village ne l’a pas préparée au monde, encore moins aux intrigues de la cour. Malgré tout ce qu’elle a pu subir, elle est toujours naïve, pleine d’idéaux et d’illusions, nourrie par les contes de son enfance où les cœurs vaillants sont récompensés et où les filles ont le droit d’être davantage que des épouses serviles.
Vassia n’aspire qu’à parcourir le monde sur le dos de Soloveï. Elle rêve d’aventure, d’héroïsme et de magie. Malheureusement, Vassia est bien moins prête qu’elle ne l’imagine et elle a beaucoup à apprendre sur la cruauté des hommes. Elle va devoir grandir encore, et très vite, pour gagner cette liberté qui lui fait tant envie. Et pour être en sécurité sur les routes, quoi de mieux que se déguiser en garçon ? Cependant, il se pourrait que son subterfuge joue contre elle. Vassia va se trouver en présence de son frère Sacha, devenu moine, et du grand-prince de Moscou, Dimitri Ivanovitch. Précipitée au cœur d’un nid de serpents sans y avoir été préparée, elle va devoir être sur ses gardes car si son secret est éventé, elle risque gros.
Ce tome est celui de l’apprentissage, des faux-semblants et des trahisons. Vassia a un grand cœur et des aspirations tout aussi grandes, mais elle se comporte comme une enfant gâtée parfois et ses inconséquences sont douloureuses aussi bien pour elle et les siens, qui vont devoir en payer le prix, que pour le lecteur qui a envie de la secouer. Cependant, on doit lui reconnaître qu’elle apprend de ses erreurs, qu’elle les assume aussi bien que toutes les conséquences de ses choix.
J’avais apprécié le premier tome, surtout pour son ambiance de conte, pour ses Tchiorti et les petits rituels qui accompagnent leur existence, mais je l’avais trouvé un peu lent. Dans celui-ci, le rythme est beaucoup plus soutenu, à part peut-être dans la première partie. En tout cas, je l’ai lu très vite et avec grand plaisir tant j’étais prise dans l’histoire. Les ennemis qu’affronte Vassia sont cette fois beaucoup plus retors. J’ai retrouvé dans ce roman la magie et les références aux contes qui me plaisent tant, bien que le récit soit plus axé sur l’aventure et l’action. Les êtres surnaturels qu’on appelle Tchiorti, tous ces lutins domestiques et créatures des bois qui font toute la richesse du folklore russe, se font encore trop discrets à mon goût, mais leurs interventions dans ce volume sont toujours utiles et surtout significatives. À tout prendre, je préfère cela à un usage plus fréquent mais plus anodin de leur présence et de leurs pouvoirs.
Ce tome est la parfaite continuation du précédent et j’ai été heureuse de voir Vassia y retrouver son frère, mais aussi sa sœur aînée. Outre le fait d’apprendre ce qu’ils sont devenus, on peut voir comment leurs relations vont évoluer à l’âge adulte. On rencontre aussi les enfants d’Olga et surtout sa fille aînée, Macha, un personnage prometteur. Tous gagnent en profondeur dans ce récit.
Ce roman est à la fois très féminin et féministe. Le précédent l’était déjà, mais il nous montrait surtout le monde du point de vue de Vassia qui était tout de même relativement libre, même pour une fille de la campagne. Celui-ci parle d’émancipation, de ce qu’est la féminité — ou de ce qu’on voudrait qu’elle soit — et de la difficulté pour les femmes, nobles aussi bien que paysannes, de vivre dans cette Russie médiévale qui est si rude pour elles. Des femmes cloîtrées dans leur terem aux gamines de la campagne enlevées par des brigands, il ne fait pas bon être une fille à cette époque. À travers toutes ces figures féminines, Vassia ainsi que la jeune Katia, Olga et Macha, mais également Tamara, la grand-mère des filles, et son étrange destinée, on peut voir différentes facettes de la féminité et les choix qui les accompagnent.
J’ai été particulièrement ravie d’en apprendre davantage sur Tamara et sur l’héritage des filles, même s’il reste encore des mystères à mettre au jour. Ce fut vraiment une excellente lecture. 
Tout cela me donne très envie de lire la suite. Ça tombe bien, elle vient de sortir et c’est le dernier tome.

Défi Cortex, catégorie auteur d’Amérique du nord.

lundi 4 mai 2020

Réalités IV

Une anthologie publiée chez Realities Inc.

Mes chroniques sur les précédents volumes :
Réalités I
Réalités II
Réalités III

Présentation de l'éditeur :
Tournez les pages et partez à la découverte de nouveaux univers ! Talents qui se découvrent, talents qui s’essouflent, talents qui trouvent un nouveau souffle ; personnages pris à leur propre piège, créatures mystérieuses et monstres bien humains ; des profondeurs de la Terre aux planètes les plus lointaines, dix histoires et dix plumes sont au programme d’un voyage organisé par Tesha Garisaki.
Sommaire :
- Le Vrai Talent, Nicolas Sick
- Margygr, Vincent T.
- Aubergiste, viens nous servir à boire, Olivier Boile
- Le Maître de la Ruche, Romain Jolly
- La Fée-zomique du Bois-Joli, Yann Quero
- Les Astroludes, Wilfried Renaut
- Cat Partridge, Gillian Brousse
- Le troisième œil de Tengri, Vivien Esnault
- Stase, Camille Souribou
- L’Opéra du Murmure, Hélène Duc

Les dix nouvelles de Réalités IV propulsent le lecteur dans différents univers de SFFF. La diversité des genres et des mondes que l’on découvre dans cette série d’anthologies me séduit à chaque fois. On ne sait jamais à quoi s’attendre. On peut tomber dans l’horreur tout autant que dans un récit poétique et réconfortant. Ces textes forment un ensemble étrange, déroutant, qu’on aime décortiquer.
Dans ce volume, vous verrez l’envers d’un récit de fantasy sous la plume d’Olivier Boile. Ce texte, qui joue avec les codes du genre et les clichés est très intéressant. Dans Le Maître de la Ruche, vous suivrez les pas d’un pirate informatique dans un monde futuriste qu’il m’a plu de découvrir. En lisant ce beau récit qu’est L’opéra du Murmure, vous écouterez le chant du cygne d’une cantatrice télépathique. Dans Cat Partridge, en revanche, on atterrit dans un univers déjanté qui mêle métempsycose et road trip. Le narrateur est le cliché sur pattes qu’on s’attend à trouver en la personne d’un privé sorti tout droit d’un vieux roman noir, mais quand il est propulsé dans un corps inattendu, le contraste est aussi détonnant que l’histoire est amusante. L’absurdité et le cynisme de ce texte m’ont beaucoup plu.
J’ai particulièrement apprécié Le troisième œil de Tengri, nouvelle dans laquelle un chaman désabusé retrouve sa voie bien loin de sa terre d’origine. Ce texte, très bien écrit et passionnant, pose les éternelles questions de la subsistance des vieilles croyances face aux avancées technologiques, et il le fait bien. J’ai aussi lu avec plaisir Les Astroludes, encore de la SF, dont la double narration nous montre d’un côté des scientifiques participant à un jeu interplanétaire et de l’autre une colonie vénusienne dans une situation critique. Le contraste entre les deux situations et l’horrible certitude qui vient petit à petit s’emparer du lecteur en font un texte à la fois original et fascinant.
Mais si vous préférez une fantasy plus impertinente, vous aimerez Stase, dans laquelle un magicien mégalomane et paranoïaque passe son temps à cambrioler ses rivaux, jusqu’à ce qu’un imprévu le mette dans une situation vraiment embarrassante. Cette nouvelle m’a beaucoup amusée.
Je vais terminer en évoquant mes deux récits préférés. La fée-zomique du Bois-Joli est un très beau texte, onirique, fantasque et poétique. Il évoque la magie et l’innocence, une féerie très enfantine, tout en parlant de sujets graves. Il est facilement tentant d’oublier tout émerveillement à notre époque désabusée, mais je crois sincèrement que nous ne sauverons jamais le monde en cessant de rêver et cette histoire l’illustre très bien.
Enfin, je me suis passionnée pour ce récit émouvant et cruel qu’est Le vrai talent. Dans cet étonnant monde aviaire où la musique peut être magie, un jeune homme est l’apprenti d’un être qu’il idolâtre mais qui n’en est pas moins d’une grande cruauté envers lui. J’ai adoré cette histoire, superbement écrite et fascinante, qui en outre nous décrit un univers sortant de l’ordinaire et un personnage grandiose. Ce texte-ci est de loin mon préféré.
Réalités IV est à la hauteur des précédents volumes. J’ai passé un excellent moment à explorer ces univers.

vendredi 11 octobre 2019

L'Ours et le Rossignol

Un roman de Katherine Arden, publié chez Denoël dans la collection Lunes d'encre.

Présentation de l'éditeur :
Au plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante. Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela. En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt. Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales. 
Inspiré de contes russes, L’Ours et le Rossignol a su en garder toute la poésie et la sombre cruauté. C’est le premier roman de Katherine Arden.

Fortement imprégné du folklore russe, L’Ours et le Rossignol est un mélange entre fantasy historique, merveilleux, quête initiatique et saga familiale. 
Vassilissa, dite Vassia, est la cinquième née d’un seigneur du nord et d’une femme aussi sagace qu’indépendante. Sa mère meurt pour la mettre au monde et sa vie aurait pu commencer sous de sombres auspices. Mais Vassia, enfant désirée par sa mère, est choyée par sa famille, particulièrement sa gouvernante et sa grande sœur. Elle s’épanouit librement sur le domaine de son père, connaît la forêt par cœur et préfère imiter ses frères que rester à coudre près du poêle. Ayant la capacité de voir les esprits du foyer comme ceux de la forêt, elle perçoit le monde différemment, ce qui se révèle parfois avantageux, parfois dangereux. Ses aptitudes ne sont pas du goût de tout le monde, notamment sa nouvelle belle-mère.
L’ambiance est feutrée, le récit lent. Il faut bien cela pour voir Vassia grandir, prendre conscience de sa différence et faire ses propres choix. La jeune fille est plus qu’anachronique dans cette société où les femmes sont vouées au mariage ou au voile, vendues ou cachées, en somme. Si l’autrice a distillé quelques indices quant à l’ascendance de Vassia et de sa mère, Marina, j’aurais toutefois aimé en apprendre plus. Ce sera, je suppose, pour les prochains tomes.
L’influence du merveilleux russe est savamment dosée. Les éléments du conte sont là, parfois évidents, parfois en filigrane, souvent détournés. Ce fut amusant de les repérer. Cependant Katherine Arden nous conte une histoire personnelle, un apprentissage où finalement la fantasy reste accessoire. Et je garde le regret de n’avoir pas rencontré Baba Yaga…
L’autrice a néanmoins su se jouer des clichés qui accompagnent les contes, par exemple : la « méchante belle-mère » est plus nuancée qu’on pourrait le croire de prime abord. Elle est avant tout une femme en souffrance. Si elle était née comme Vassia dans un environnement qui l’avait aidée à prendre confiance en elle plutôt que stigmatisée, peut-être aurait-elle été une tout autre femme et pas cette petite chose apeurée qui cherche réconfort dans la religion.
Les personnages sont très développés et c’est avant tout une histoire intimiste. Ce roman met en scène la complexité des sentiments humains, jalousie, orgueil, mais aussi amour et abnégation… C’est aussi la confrontation de deux mondes dans cette Russie médiévale : la chrétienté qui veut régner sans partage et les vieilles croyances païennes. Vassia et sa belle-mère, toutes deux capables de voir les esprits, incarnent ce combat qui ne devrait pas en être un.
L’Ours et le Rossignol est un roman où l’intrigue semble assujettie à l’atmosphère. Elle est lente, précautionneuse, si bien qu’après tant d’attente la conclusion peut laisser un rien perplexe par sa simplicité. Elle est pourtant tout à fait adéquate.
Ce fut une lecture plaisante. Grande amatrice de contes, j’en attendais un peu plus, mais je me suis laissé bercer par ce récit et ne me suis jamais ennuyée.
Bien que premier tome d’une trilogie, ce roman peut tout à fait se lire indépendamment. Cela étant, je lirai volontiers la suite.

vendredi 27 septembre 2019

Moitiés d'âme, Chroniques des cinq trônes T1

Un roman d'Anthelme Hauchecorne, publié chez Gulf Stream.


Les Faëes ont disparu sans que l’on sache pourquoi. Elles ont déserté leurs cours, mais laissent dans leur sillage une forme de magie — mägerie selon le terme de l’auteur — que les humains pratiquent encore. Alors que l’étude de leur langage et de leur peuple est frappée d’anathème, les puissants s’arrachent leurs reliques et plus particulièrement les liances, ces bagues qui renforcent leur pouvoir. Cependant, cette magie n’est pas accessible à tous les humains. En outre, elle ne se pratique qu’à deux et dépend entièrement de la relation qu’entretient le couple, de son équilibre. Filer un sortilège seul expose à des risques, mais le filer quand on se déteste est pire encore. 
Dans cette Fantasy féerique qui rappelle notre moyen-âge, les aristocrates sont ceux qui possèdent le don. Et ils ne se gênent pas pour en abuser. Tout enfant qui naît avec est confié aux Maîtres ou aux Maîtresses de l’Art et il leur doit obéissance. Ainsi Liutgarde, qui possède la mägerie de Sève du Printemps, n’a pas choisi son époux, en revanche, elle a bien choisi de le fuir. Ce faisant, elle a rencontré un groupe de caravaniers qui lui a sauvé la vie et, avec eux, Rollon, dont elle est tombée amoureuse. Auprès de ces gens qui tous, à leur façon, fuient l’autorité des Maîtres, va-t-elle trouver une famille ou se perdre définitivement ? 
Dans ce roman, les obédiences et les intentions de chacun sont sujettes à conjectures. L’auteur prend un malin plaisir à vous égarer en même temps que ses protagonistes. Cette intrigue labyrinthique et des personnages très travaillés font tout le charme du roman. 
Quelles sont leurs véritables motivations ? À qui se fier ? Liutgarde, qui connaît si peu la vie, va devoir s’armer à ses dépens. D’autant qu’il reste une Faëe en ce monde, cachée dans une forêt à la sinistre réputation. Elle se nomme dame Hölle et elle a un plan. 
Aux amateurs de sombre féerie, de complots et de personnages retors, ce roman complexe est fait pour vous ! En outre, l’objet lui-même est superbe avec sa belle couverture, sa tranche travaillée et ses en-têtes de chapitres. C’est le genre de beau livre qu’on ne peut s’empêcher d’ouvrir. Vous vous sentirez tout de suite dans l’ambiance.

dimanche 25 octobre 2015

La Huitième Couleur et Le Huitième Sortiliège

Sir Terry Pratchett nous a quittés voilà peu de temps. Auteur prolifique, il nous laisse de nombreuses œuvres dont une majorité constitue ce monument que sont Les Annales du Disque-monde. Des romans à lire, relire et partager.
On aime ou pas, c’est vrai. Et je ne conseillerais à personne de les lire tous à la suite… Mais l’humour de Pratchett reste pour moi d’un réconfort certain et j’adore le Disque-monde, ses personnages barrés, les réflexions qui se glissent entre les pages aussi.
Mon hommage personnel à ce grand homme a été de lire à haute-voix dans mon jardin les deux premiers volumes des Annales. Traitez-moi de folle si vous le voulez. Je suis heureuse de l’avoir fait.
Et tant que j’y suis, je vais vous en parler un peu.
Tout le monde devrait lire Pratchett, ça ne résoudrait pas tous les problèmes de la race humaine, mais ça ne rendrait pas les gens plus cons (ce qui en soi est déjà pas mal).



La Huitième Couleur


la_huitieme_couleur
Loin dans l’espace, vogue une tortue géante. Sur son dos, quatre éléphants supportent le poids d’un disque, le fameux Disque-monde.
Cette série mondialement connue est composée d’une quarantaine de volumes. Bien qu’ils soient souvent présentés par cycles (selon les personnages récurrents concernés) on peut les lire indépendamment. Sauf en ce qui concerne les deux premiers volumes qui content les pérégrinations de Rincevent, le pire mage qui soit, et de Deuxfleurs, le premier touriste du Disque.
En général, on ne recommande pas de découvrir le Disque-monde avec ce roman qui n’est ni le plus réussi ni le plus attractif. Mais personnellement je l’aime beaucoup et je pense qu’il est une bonne introduction à l’univers de Pratchett. Vous peinerez peut-être un peu à vous immerger dans La Huitième Couleur, mais vous y apprendrez notamment à connaître la géographie discale et beaucoup d’autres particularités de ce monde étonnant ainsi que de ses habitants.
On pourrait dire que La Huitième Couleur s’apparente à une quête sans but (oui, c’est ironique). Rincevent, Deuxfleurs et le Bagage explorent le Disque et vont de problème en catastrophe, envoyant joyeusement balader tous les clichés de la Fantasy au passage.
Toi, le lecteur qui à un moment t’es demandé ce que tu foutais là alors que Frodon et Sam crapahutaient encore et toujours dans les marais, ces romans sont pour toi. Prends ta revanche et marre-toi !
Des rues sales d’Ankh-Morpork jusqu’à l’extrême bord du Disque, les deux acolytes vont croiser des dragons, des héros, participer à un jeu de rôle géant (sans le savoir), risquer leur peau à tout moment et nous divertir à leurs dépens.
Les références à des ouvrages connus de SFFF sont nombreuses, mais qu’on les capte ou non la lecture reste très agréable, drôle, légère, tout en n’étant pas dénuée de réflexion.
Comment ne pas passer directement à la suite ?


*



Le Huitième Sortilège




Le Huitième Sortilège
reprend le cours des aventures de Rincevent et Deuxfleurs où se terminait La Huitième Couleur.
Cette suite semble d’emblée un peu plus construite, il faut bien l’admettre et elle est plus drôle encore, pleine d’action et de rebondissements. Une nouvelle fois, prenez tout ce que vous savez des clichés de la Fantasy et réjouissez-vous de les voir passés au shaker ! Par exemple, vous vous demandez ce que deviennent les vieux héros ? Eh bien vous le saurez en faisant la connaissance de Cohen le barbare… Vous apprendrez des choses sur les mœurs des tortues spatiales, vous vous interrogerez sur la réelle nature des boutiques magiques itinérantes et sur l’intérêt qu’il peut y avoir à sauver le monde quand on a cinq minutes entre deux courses-poursuites.
Ce volume offre une échappée particulièrement plaisante, une aventure pleine de personnages improbables et délirants. On ne s’ennuie pas une seconde, même à la relecture, et c’est également une belle histoire d’amitié.
Si vous ne connaissez pas encore le Disque-monde, j’espère de tout cœur vous avoir donné envie d’aller y faire un tour. Et n’oubliez pas d’emporter une boîte à images, ça peut servir.

mardi 13 octobre 2015

Balade au bout du monde, Intégrale 1

balade_au_bout_du_monde_INT1




Présentation de l'éditeur :
Il était une fois un petit photographe... Le récit de Makyo, mis en images par Vicomte, débute comme un conte de fées moderne. Mais, soudain, il dérape... L’œuvre vire au noir, plongeant le lecteur dans les délires d'un cauchemar souterrain et carcéral. Sous la réalité, l'abîme du fantastique... Cette œuvre, promue au rang de best-seller de la BD moderne, a été récompensée par la plus haute distinction du Festival d'Hyères et par le Grand prix de la Ville de Paris.



La série de bandes dessinées Balade au bout du monde est composée de 17 volumes dont la parution s’est étendue de 1982 à 2012. Elle a reçu de nombreux prix.
Les 16 premiers tomes sont divisés en cycles de quatre, chacun dessiné par un artiste différent. Ils ont été regroupés en quatre intégrales à la sortie de l’épilogue en 2012.


La première intégrale, dont je vais vous parler, est donc composée de :
- La Prison (1982)
- Le Grand Pays (1984)
- Le Bâtard (1985)
- La Pierre de folie (1988)


Le scénario est de Pierre Makyo, les dessins de Laurent Vicomte.


Ces quatre volumes comptent une cinquantaine de pages chacun et, même si on entre très vite dans le vif du sujet, les lire séparément me semble trop bref pour s’immerger dans l’histoire. Qui plus est l’intrigue, se décousant à mesure, n’aide pas le lecteur. Je n’ose imaginer combien de fois les lecteurs de la première heure ont dû relire le cycle en 30 ans pour se remettre dans le bain à chaque nouvelle parution…
L’histoire démarre plutôt bien. Arthis, un jeune photographe, est fasciné par ces marais que l’on surnomme Le bout du monde. Il y erre, prenant des photos, épiant du coin de l’œil cette belle brune qui comme lui semble attirée par l’endroit. De nombreuses personnes ont disparu au fil des siècles dans ces marais et il va lui-même subir leur sort.
Le premier épisode, nimbé de mystère, ne manque pas d’intérêt. On plonge avec Arthis dans un univers aussi déconcertant que violent. On a le temps de se sentir piégé, comme lui. Pourtant, le scénario ne stagne pas et la situation évolue sans cesse jusqu’à ce que l’on découvre enfin pourquoi toutes ces personnes sont emprisonnées et surtout où elles se trouvent.
J’ai trouvé les deux premiers volumes prenants, malgré quelques couacs. Puis, au fur et à mesure que l’intrigue s’emberlificotait, mon intérêt est retombé. L’idée de départ était pourtant très bonne, mais tout part en vrille de manière vraiment exaspérante. On ajoute des choses, de plus en plus farfelues, sans exploiter les bases de l’histoire. Chaque rebondissement est cousu de fil blanc, plus ils s’accumulent et plus le tout paraît inepte. Pour ne citer qu’un exemple, on se remet très facilement d’une flèche en plein cœur… Et je ne vous parle pas des intrigues familiales…
Les personnages ne sont pas des plus attachants. D’ailleurs toutes les femmes de l’histoire sont puériles, égoïstes, précieuses et pas très futées ; elles devraient sérieusement revoir leurs priorités. Ceci dit, elles ne sont pas là pour ça. Tout est bon pour montrer une nana à poil (il n’y en a pas tant que ça, mais franchement la plupart du temps ce n’est pas justifié).
Filles nues qui s’étirent mises à part, les dessins sont vraiment le point fort de cette BD. On aime ou pas ce style à la fois flou et très détaillé. C’est une explosion permanente d’informations. Les dessins sont, au final, tout ce que je retiendrai sur le long terme.
Cette série m’avait été recommandée chaleureusement par une amie il y a quelques années déjà et je ne l’ai sûrement pas découverte au bon moment. Je suis devenue trop exigeante en matière de scénarios. Les volumes 3 et 4 m’ont terriblement ennuyée, je n’en voyais plus la fin et j’en resterai là de ma balade au bout du monde.


*


RVLFC


challenge-bulles-vignettes

vendredi 2 octobre 2015

Le Chaudron des âmes

Une nouvelle d'Anne Rossi, publiée en numérique dans la collection e-courts de chez Voy’El.


*


le_chaudron_des_ames_anne_rossi


*


Dans Le Chaudron des âmes, se mêlent joyeusement légende arthurienne et chœurs angéliques, avec quelques zombis pour corser le brouet.
Cette nouvelle nous emmène en Bretagne, à la (re)découverte d’un combat millénaire entre le bien et le mal, avec à la clé une réflexion sur la vie, l’amour et la mort. Anne Rossi ravaude une trame familière avec des motifs de sa composition et l’alliance des mythologies se fait naturellement, tout en douceur.
Viviane, Arthur, Merlin et Morgane ont connu de nombreuses incarnations littéraires, pourquoi pas de nombreuses incarnations tout court ? J’ai retrouvé avec plaisir ces personnages qui ont marqué mon imaginaire. Anne Rossi leur offre ici une nouvelle aventure à la fois cohérente avec ce que l’on sait d’eux et très personnelle.
J’ai passé un agréable moment avec cette lecture et elle m’a donné l‘envie de me replonger dans le cycle arthurien dès que possible.


*


JLNND-Je-lis-des-nouvelles-et-des-novellas
challenge ebooks

 

jeudi 28 mai 2015

La chasse aux marqués

Une nouvelle de Tesha Garisaki, publiée en numérique dans la collection e-courts de chez Voy'El.


*


la_chasse_aux_marques_tesha_garisaki


Dès ses premières lignes, La chasse aux marqués intrigue le lecteur grâce à une scène d’exposition sibylline. L’auteur ne dévoile les choses que petit à petit, ce qui rend la lecture d’autant plus haletante. Peu de pages suffisent pour être emporté dans cette dangereuse mégalopole et l’on s’attache presque aussitôt à Natalia, jeune fille altruiste qui essaie d‘utiliser son don au mieux, tout en évitant de se faire remarquer.
Dans cette Fantasy futuriste, les mages sont des proies. Leur don se transmet dès la naissance, par une marque que les parents apposent sur leur enfant et qui détermine leur pouvoir. Mais pourquoi les pourchasse-t-on vraiment ? Et qui se cache réellement derrière les androïdes programmés pour les tuer ?
Cette chasse aux sorcières est motivée par de nombreux enjeux et la problématique est intéressante. Elle aurait mérité d’être encore plus développée, bien que l’on obtienne finalement les réponses aux questions que l’on se pose en cours de lecture.
Celle-ci est prenante. On avance vite, à la poursuite de Natalia, comme pour la retenir, alors que l’on voit se profiler un drame quasi inévitable.
C’est un très bon texte, loin d’être convenu. Je ne déplore que la fin un peu abrupte. Même si la nouvelle se suffit à elle-même, j’étais bien avec les personnages, j’aurais voulu en savoir plus et je pense qu’il y avait matière à faire une bonne novella avec cet univers, ce contexte et ces personnages.


*


JLNND-Je-lis-des-nouvelles-et-des-novellas

dimanche 7 décembre 2014

L'alchimiste de Khaim

Une nouvelle de Paolo Bacigalupi, publiée en format poche et en numérique aux éditions Au Diable Vauvert.


*


lalchimiste_de_khaim*


L’alchimiste de Khaim est une courte nouvelle de fantasy qui rappelle beaucoup les fables et les contes. Dans ce monde, la magie existe mais est prohibée car elle favorise la pousse d’un roncier empoisonné, particulièrement résistant et volubile, qui envahit tout. Rien ne permet de s’en débarrasser, si on le brûle, les cosses éclatent et répandent des graines qui s’enracinent et se développent à grande vitesse. Un artisan, autrefois riche et aujourd’hui déchu, pratique la magie en secret pour soigner sa fille, alors qu’en parallèle il consume son existence dans la quête d’un moyen de détruire le roncier. Après de longues années de travail intensif, il touche au but, mais que feront les dignitaires de la cité de son invention ?
Je vous le disais, cela ressemble à un conte, ou une fable pour sa morale. C’est une histoire évidente, mais joliment racontée et la métaphore, aussi simple soit-elle, est bien trouvée. Elle peut s’appliquer à de nombreuses ressources que nous gaspillons et dont l’épuisement fatal nous fait avancer toujours plus vite vers notre chute.
L’alchimiste est un homme qui peut sembler égoïste au départ, effet renforcé par la scène qui nous le présente. Pourtant, en apprenant à le connaître, on se rend compte que derrière son orgueil se cache avant tout un humaniste, soucieux de sa patrie et de ses concitoyens. Il est émouvant et idéaliste dans sa quête désespérée contre le roncier, alors même qu’il se sent coupable de devoir utiliser la magie pour sauver sa fille quand d’autres, plus puissants, en usent pour nourrir leur folie des grandeurs. De fait, on sait d’avance qu’il risque quelques déconvenues, mais, comme lui, on espère, on veut avoir foi en l’humanité.
L’histoire est évidente, vous disais-je, mais peut aussi surprendre sur certains points. Elle m’a plu dans sa simplicité et la douceur de son écriture. En outre, je trouve qu’elle illustre bien le précepte « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Quant à savoir si l’alchimiste laissera son invention être dévoyée impunément, il vous faudra lire la nouvelle pour en avoir le cœur net.


*


logo_vert JLNN

vendredi 12 juillet 2013

Alliance nocturne, Le cercle des sorcières T1

Un roman de fantasy contemporaine et urbaine de Diana Pharaoh Francis, publié chez Panini books, collection Crimson.
Pour ce que j'en sais, il s'agit d'une tétralogie et elle est terminée en V.O.


*


Le cercle des sorcières T1 - Alliance nocturne de Diana Pharaoh Francis


*




Parfois, on choisit ses batailles. Parfois, ce sont elles qui nous choisissent… Autrefois, Max rêvait d’une carrière, d’un foyer, d’une famille aimante. Maintenant, tout ce qu’elle veut, c’est la liberté… et la vengeance. Une sorcière nommée Giselle a changé Max en guerrière d’une force, d’une rapidité et d’une endurance extraordinaires. Prisonnière de sortilèges Max n’a d’autre choix que de se battre, devenir l’arme personnelle de Giselle, et elle est mortellement douée pour ça. Max va devoir choisir entre la vie dont elle rêve encore et la guerrière qu’elle est devenue. Et prendre sa place du côté du Bien, si elle survit assez longtemps pour savoir de quel côté il s’agit…



À bien des égards, ce premier volume du Cercle des sorcières fut une bonne surprise. C’est une histoire distrayante car ne comptant que peu de temps morts. L’intrigue est plaisante et la mythologie que l’auteur a créée, ainsi que celle qu’elle a empruntée, forment un ensemble homogène, cohérent et plutôt riche. C’est une lecture parfaite pour l’été.
Il m’a été un peu difficile d’entrer dans l’histoire au début, justement à cause de la complexité de la mythologie, mais c’est elle qui s’est révélée être la part la plus originale et intéressante de ce récit sur le long terme. Dans Le Cercle des sorcières, coexistent toutes sortes de créatures magiques, mais elles sont réparties en deux groupes bien distincts pour ce que nous en dit l’auteur : les Divins et les Prodiges. Les premiers, semble-t-il, sont plus puissants que les seconds.
Giselle est une Divine, elle est, comme toute puissante sorcière, maîtresse d’un sanctuaire et a à son service des Lames d’ombres et des Lances solaires. Ces guerriers magiques, humains transformés en Prodiges et liés à leur sorcière par des sortilèges de contrainte, ont des particularités. Si leur sorcière leur offre des pouvoirs dignes de super-héros, les Lames d’ombre sont sensibles à la lumière du soleil, même quand elle est réfléchie par la lune. Elle les brûle jusqu’à les faire fondre ou les embraser. Alors que les Lances solaires, quant à elles, sont littéralement empoisonnées par l’obscurité. C’est un concept qui m’a bien plu, comme la hiérarchisation des races mythiques.
Bien que plaisante en règle générale, la mythologie se révèle quand même un rien faiblarde par moment. Je suis un peu psychorigide sur certains points, voir une Cailleach qualifiée d’ondine, même si elle reste une dame d’hiver avec des particularités rappelant fortement sa légende d’origine me fiche les nerfs en pelotes. Ce sont les aléas de l’adaptation, ça plaît ou ça ne plaît pas selon les gens. Cependant, comme l’ensemble est cohérent je veux bien passer outre pour une histoire qui change un peu de ce qu’on lit habituellement. Et, indubitablement, c’est le cas de ce roman.
Max, qui en est le personnage central, est la Lame d’ombre Prime de Giselle, c’est-à-dire qu’elle commande toutes les autres. Si le roman est entièrement écrit à la troisième personne, il est néanmoins focalisé sur elle la plupart du temps. Les rares chapitres qui ne le sont pas sont centrés sur Alexander, personnage que je vous laisserai découvrir par vous-mêmes.
Max est une Lame et elle est douée pour ça, elle semble d’ailleurs être un enjeu bien spécifique pour sa sorcière, mais nous n’en apprenons que très peu à ce sujet dans ce premier volume. Ce qu’il faut retenir, c’est la rancœur de notre héroïne contre la femme qui l’a arrachée, contre son gré, à son ancienne vie. Mais Max va se retrouver embringuée dans une histoire qui va la forcer à mettre de côté ses envies de vengeance.
Le vrai gros bémol de cette histoire est que notre Max, aussi sympathique qu’elle puisse être par certains aspects de son caractère, est une héroïne extrêmement stéréotypée. C’est une Mary Sue de base, surpuissante et increvable, plus encore que n’importe quelle Lame, et on ne sait pas vraiment pourquoi. Mais, surtout, comme toute Mary Sue elle est vénérée, adulée, par ses alliés comme par certains de ses ennemis, elle remporte toujours l’adhésion de tout le monde et ça c’est vraiment lassant. Il faut passer outre car à côté de ça l’histoire est plaisante et sincèrement j’ai vu pire dans le genre héroïne parfaite et insupportable, mais c’est une chose à savoir, si vous n’aimez pas Max, vous êtes mal barrés.
Quant à moi, je lirai la suite car la série est courte (une tétralogie c’est inespéré en ces temps où l’on privilégie les séries-fleuves), c’est une bonne lecture détente et l’intrigue qui se profile me semble prometteuse. Ceci dit, je pense qu’on peut tout à fait se satisfaire de la lecture du premier tome comme un one-shot.

dimanche 25 novembre 2012

Le rôdeur d'ombre, Les Chroniques de Siala T1

 Un roman d'Aleksei Pekhov, publié chez J'ai lu.

Présentation de l'éditeur :
Jamais les Terres désolées n'avaient connu pareil rassemblement ; des milliers de géants, d'ogres et d'autres créatures maléfiques unissent leurs forces pour la première fois de leur histoire sous une bannière unique. Bientôt, l'Innommable et ses armées seront aux portes de la cité d'Avendoom. À moins que Harold l'Ombre, Maître Voleur, ne trouve un moyen de les arrêter. Secondé dans sa quête par une princesse elfe, dix Cœurs sauvages - les combattants les plus valeureux que les Terres désolées aient jamais comptés - et un bouffon aux multiples surprises, Harold doit réussir là où des armées de guerriers et de mages ont échoué.
Décidément, les voleurs ont la côte dans les publications fantasy du moment. Harold, le héros et narrateur des Chroniques de Siala, en est un, qui plus est parmi les meilleurs. C’est justement cette habileté qui va lui valoir bien des déboires. Forcé d’accepter un contrat pour ne pas finir ses jours en prison, Harold n’a pas idée de l’imbroglio dans lequel il va se trouver impliqué. Et le lecteur non plus d’ailleurs… 
Si Harold est un personnage sympathique et attachant qu’on a forcément envie de voir réussir, ne serait-ce que parce qu’on compatit à ses malheurs, on n’en a pas moins l’impression de s’enliser un peu dans cette histoire, avec une quête qui n’en finit pas de démarrer. Harold est toujours en train de chercher quelque chose, par exemple le plan de la ville pour trouver celui d’une nécropole, et si possible dans un endroit très dangereux… Et c’est comme ça tout au long de l’histoire. À la fin du roman, la quête principale commence à peine et on se dit que de nombreux passages, bien qu’ils soient bourrés d’action, n’ont pas servi à grand-chose.
Non seulement l’habitué de fantasy connaît déjà tout ça (la quête pour mettre la main sur un objet magique d’une importance capitale, les compagnons de voyage de races multiples, le voleur au grand cœur et tout ce qui s‘ensuit), mais en plus il trouvera le récit un peu longuet, avec toutes ces péripéties qui n’en finissent pas de contrarier le voyage de nos héros. 
Harold étant le narrateur, on voit tout ce qui se passe à travers le filtre de son regard, mais l’auteur a trouvé un excellent moyen pour nous plonger dans des scènes du passé sans les faire raconter par un tiers et sans non plus céder à la facilité. Par contre, si les événements prennent beaucoup de place dans le récit, les personnages sont quant à eux peu développés, ce qui est très dommage. J’ai une certaine affection pour Harold et Kli-kli, le bouffon, m’intrigue beaucoup. L’improbable duo du nain et du gnome aide également à faire passer les longs chapitres, même si on en sait peu sur eux au final. Les autres personnages sont à la fois plus stéréotypés et légers, il est difficile de s’attacher à eux.
L’univers en lui-même est très classique et il n’y a pas de grandes difficultés pour y entrer. Toute incompréhension peut être éclaircie en allant consulter le glossaire très complet qui se trouve à la fin de l’ouvrage. Ceci dit, le lecteur qui ne souhaite pas s’embarrasser avec ça et arrêter sa lecture n’a pas non plus besoin de le faire quand il a déjà lu de la fantasy. Si parfois les noms de races changent, on devine facilement de quel archétype il est question.
C’est un bon livre, très bien écrit et assez plaisant, même si l’originalité n’est définitivement pas une de ses qualités. Il s’agit, me semble-t-il, d’une trilogie et la quête principale est donc très délayée pour pouvoir s’étaler sur les trois volumes. L’auteur l’additionne donc de multiples petites quêtes. Il est possible que l’intérêt du lecteur s’en ressente, d’autant plus que tout est très prévisible. Mais ça se laisse lire, c’est un bon moment de détente, plus appréciable encore quand on n’a pas lu de fantasy depuis longtemps.