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samedi 29 février 2020

Jazz Dream and a Pinch of Human

Une novella d'Alicia Alvarez, publiée chez Nutty Sheep.

Sortie officielle le 20 mars.

Présentation de l'éditeur :
Nouvelle-Orléans, lundi 19 mai 2025.
On dit souvent que les choses évoluent avec leur temps et qu'il faut suivre le mouvement. Pour les membres de "Allo Dreams", cela devient légèrement compliqué quand ils apprennent que leur passion est en péril via leurs KB7, un atout technologique précieux. Petit à petit, on a remplacé les musiciens par les IA au Superdome, à la radio, à la télévision, mais les humains continuent à vivre leurs sons avec émotions à d'autres endroits. À présent, les synthétiques prennent leur place dans les bars, les clubs de jazz, et même les rues. On éjecte les humains de la scène. Pourtant, il leur paraît inconcevable de ne rien faire. Le capitalisme n'éteindra pas les flammes de leur passion, plus vives que jamais, parce qu'ils comptent bien se battre pour garder l’étincelle intacte. Plongez au cœur d'une Nouvelle-Orléans futuriste, aux côtés de Charlotte, Louis, Colin, Owen, Martha et Joshua, six personnalités différentes animées par le même objectif : rétablir la liberté musicale.
2025, Nouvelle-Orléans, la technologie a poursuivi sa course et les humains ont les yeux rivés sur des tablettes de plus en plus performantes. Elles ont remplacé les journaux, les téléphones et autres appareils. Insidieusement, l’usage de ces tablettes devient une nécessité et les IA envahissent peu à peu tous les domaines de la vie courante.
Dans ce contexte, les membres du jazz-band Allo Dreams voient leurs rêves de se produire sur de grandes scènes anéantis quand la maire de la ville décide de réserver aux IA tous les espaces dédiés à la musique. Bien entendu, ils ne vont pas se laisser faire, mais qui est vraiment l’ennemi, les IA qui prennent leur place ou les humains qui s’enrichissent grâce à elles ?
Jazz Dream and a Pinch of Human est une jolie novella qui parle de l’essence même de la musique, des dérives de la technologie, de solidarité et de lutte pour poursuivre ses rêves. Alicia Alvarez a créé des personnages touchants auxquels il est facile de s’attacher. En outre, elle exploite bien sa problématique en nuançant son propos. Il n’y a pas de grand méchant à abattre dans cette histoire, mais un équilibre à préserver. J’ai aussi beaucoup aimé sa façon de parler de la musique.
C’est une lecture sympathique, un texte court qui se dévore bien vite entre deux pavés plus conséquents.

mardi 16 avril 2019

Blues pour Irontown

Un roman de John Varley, publié chez Denoël.

Présentation de l'éditeur :
Christopher Bach était policier lors de la Grande Panne, ce jour où le Calculateur central, qui contrôle tous les systèmes de survie sur Luna, a connu une défaillance fatale. La vie de Chris a alors irrémédiablement basculé, et il essaie désormais d'être détective privé. Assisté de son chien cybernétiquement augmenté, Sherlock, il tente de résoudre les quelques missions qu'on lui confie en imitant les héros durs à cuire qui peuplent les livres et films noirs qu'il adore. Lorsqu'une femme entre dans son bureau et prétend avoir été infectée volontairement par une lèpre incurable, Chris est tout disposé à l'aider à retrouver celui qui l'a contaminée. Mais il va vite déchanter en comprenant que son enquête doit le mener là où personne n'a réellement envie d'aller de son plein gré : à Irontown... Blues pour Irontown est un mélange détonant de roman noir et de science-fiction. Situé dans le même univers que les précédents ouvrages de l'auteur, notamment Gens de la Lune et Le Système Valentine, parus chez Denoël, il marque le retour, tant attendu, de John Varley à son meilleur.
Chris Bach est détective privé. Avec son chien Sherlock, il parcourt les ruelles sombres de Luna sur la piste de criminels sans foi ni loi. Enfin, il aimerait bien. La plupart du temps, il passe juste pour un excentrique qui se balade avec un accoutrement tout droit sorti d’un vieux polar et qui refuse les implants cérébraux qui facilitent tellement la vie de ses concitoyens. 
Un jour, une femme arrive dans son bureau et l’engage pour retrouver le gars qui lui a transmis une forme persistante de lèpre, maladie depuis longtemps éradiquée sur Luna. On sait tous que ce n’est que le début de ses ennuis et Chris, en bon amateur de polar, le sait aussi, mais il se lance quand même sur la piste. 
Blues pour Irontown est un roman fort distrayant. Il fait partie du cycle des Huit mondes, mais peut se lire indépendamment. On y trouve de nombreuses références à Gens de la lune qui, bien loin de gêner, donnent plutôt envie de lire ce roman. 
Blues pour Irontown est de la SF très grand public. Attention, ce n'est pas du tout péjoratif. Disons que j'apprécie toujours un bon divertissement et c'est ce que nous offre Varley avec ce roman. Il évoque des sujets importants, mais ne les traite pas en profondeur. C’est un conteur, pas un visionnaire. 
Le polar n’est jamais loin des genres de la SFFF, c’est même un choix facile et qui peut vite sembler rebattu pour les habitués. Ce que je peux reconnaître à Varley, c’est qu’il en use sans prétention. Il a construit ses personnages avec soin et s’amuse des clichés. Chris Bach tend volontairement vers la caricature et il en a conscience. Cela crée d'emblée une connivence avec le lecteur, pour peu que celui-ci ait une petite inclination pour les classiques du polar, ce qui est mon cas. J'ajouterai que l’acolyte de Chris, le très intelligent clébard nommé Sherlock qui partage avec lui la narration apporte beaucoup au récit. Ce n'est pas la première fois que je rencontre un animal élevé au rang de personnage principal en SF, mais celui-ci, avec son humour douteux de canidé et ses réflexions sur la vie, la mort et les humains, a quelque chose de particulier. C’est un personnage très cohérent pour qui connaît un peu les chiens. Il est à la fois drôle, un peu lourd, et touchant. J’ai perdu ma chienne il y a environ un mois et certaines de ses considérations me sont allées droit au cœur. 
Chris, Sherlock et la complicité qui les lie sont vraiment le sel de ce roman. Des personnages travaillés me rendent souvent plus indulgente envers les petites faiblesses du récit. Pourtant, il faut bien le dire, Blues pour Irontown ne possède pas le scénario le plus complexe du monde. 
Je m’attendais à une enquête plus construite ou en tout cas qui ait un impact plus conséquent sur le récit. Cela démarrait bien et la première moitié du roman m’a plu. La seconde, cependant, m’a semblé beaucoup plus brouillonne, prévisible et souvent incohérente dans ses justifications. C’est dommage car j’ai malgré tout passé un moment agréable avec ce roman qui reste très distrayant. Je l’ai lu vite, ne piétinant que sur la toute fin. Et puis il y avait des chiens sympas, alors ça rattrape un peu...

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samedi 21 avril 2018

Cyberland

Un ouvrage de Li-Cam, publié chez Mü éditions.

Présentation de l'éditeur : 
Ici le destin se décide œil pour œil, dent pour dent.
Tu ne te copieras point en dehors des Terres Parallèles.
Tu ne convoiteras pas le fichier d'autrui.
Tu ne formateras pas hormis pour sauver le système.

< Saïd in Cyberland
Asulon
Simulation Love />

Cyberland est composé de trois récits suivant un axe chronologique.
Tous tournent autour du Chronocryte, une intelligence artificielle créée par l’homme pour le sauver de lui-même. Cette IA lui est à ce point supérieure qu’elle apparaît presque divine. De fait, elle est soit crainte, soit vénérée.
Le Chronocryte a fait évoluer internet en infosphère, véritable monde parallèle à la réalité, aussi appelé Cyberland. Pour profiter de cet espace en quatre dimensions, certains humains se sont fait poser des implants cérébraux. On les appelle des Humods. Mais dans ce monde post-singularité, un parti extrémiste, le Diktrans, qui exploite la crainte des machines et de cette IA toute-puissante, prend le pouvoir.
Sous prétexte de recenser les Humods, on les oblige à se déclarer auprès des autorités. Ils sont alors déportés vers une prison créée pour eux : Asulon.
Les Humods clandestins sont traqués et des brouilleurs empêchent la connexion à l’infosphère. Le Diktrans entre en guerre contre le Chronocryte et fait exécuter son créateur.

Saïd in Cyberland est le plus long des trois récits. Il pose les bases de cet univers cyberpunk pour nous permettre d’y entrer avec quelques repères.
Le Diktrans a envoyé des militaires dans Cyberland qui ne sont jamais revenus. Pour tenter une nouvelle approche, il a choisi des adolescents : Louise, une Humod libérée d’Asulon pour l’occasion qui leur servira de guide ; Saïd et Lu-Pan, deux jeunes prodiges, l’un en mathématiques, l‘autre en informatique ; Alyson, toute entière dévouée au Diktrans et iNNoKeNTi un étrange clone de dix ans.
Lâchés dans Cyberland, ces jeunes gens doivent découvrir ce que sont devenus les militaires, ramener des informations et, s’ils y parviennent, trouver de quoi faire tomber le Chronocryte. Mais se laisseront-ils tenter par les merveilles de Cyberland ? Et puis, quelles sont les réelles intentions de l’IA ?
L’idée de départ est très intéressante, mais je dois reconnaître que j’ai peiné lors de cette lecture. Les personnages, même dans leurs failles et blessures, n’ont que très peu suscité ma sympathie. Particulièrement Saïd qui malgré la profondeur de son personnage et sa grandeur d’âme reste un merdeux qui ne sait parler qu’en jurant la plupart du temps, ce qui le rend pénible. Intelligent mais irréfléchi, sensible mais geignard… J'ai du mal avec ce genre de personnage. À la rigueur, j’ai préféré l’émissaire du Chronocryte, qui est le narrateur de cette histoire.
À partir du moment où les tâtonnements des adolescents dans le monde virtuel sont remplacés par un jeu, une simulation créée par l’IA pour les « éduquer » le récit commence à piétiner. C’est dommage car le propos est vraiment intéressant.
Ierofan.th, envoyé par le Chronocryte pour guider les adolescents, apparaît presque plus humain que certains humains. Il met les jeunes face à leurs blessures pour leur permettre, ou non, de s’accepter et de se réaliser. Le choix leur appartient toujours. Tout l’intérêt de ce texte réside dans la finesse de son analyse des rouages de l’âme humaine et dans son appel à la tolérance.

Asulon suit le même chemin dans ses bons comme ses mauvais côtés. Dans cette novella qui a connu une précédente publication chez les regrettées éditions Griffe d’encre, on voit les conséquences des événements de Saïd in Cyberland. On retrouve un personnage du précédent récit enfermé à Asulon où une graine révolutionnaire va ou non s’enraciner.
Le récit est dense, la réflexion profonde. La nature divine du Chronocryte y est longuement évoquée. Les implications philosophiques, éthiques et métaphysiques de cette histoire feront turbiner votre cerveau à toute allure. Mais il faut aussi les digérer.
Peut-être que je n’étais pas d’humeur pour apprécier à leur juste valeur ces deux textes. Je leur reconnais toutefois de nombreuses qualités, mais la fluidité n’en fait partie. Il faut le savoir avant de commencer, Cyberland est une lecture très exigeante, qui demande une totale disponibilité d’esprit et une profonde implication intellectuelle. On a besoin de ce genre d’ouvrages, mais pour moi il a un peu manqué d’âme.

L’ouvrage se clôt sur Simulation Love une nouvelle que j’ai déjà lue dans une autre publication de Griffe d’encre : Chasseurs de fantasmes.
Cette anthologie avait pour intention de donner à l’érotisme une place centrale, sans toutefois que la trame narrative des nouvelles soit un prétexte ou un décor pour justifier le sexe.
Je me souvenais de Simulation Love, cependant cette nouvelle ne m’avait pas marquée en comparaison des autres. Sans connaissance préalable de l’univers créé par Li-Cam, elle valait surtout par sa chute. Je la trouvais anecdotique à l’époque et elle ne m‘a pas semblé plus intéressante aujourd’hui dans un contexte plus étayé.
Si un jour vous tombez sur un exemplaire de Chasseurs de fantasmes, n’hésitez toutefois pas à l’acheter, c’est une excellente anthologie.

En conclusion, Cyberland est un ouvrage intéressant car il pousse à la réflexion, néanmoins ce n’est pas le genre de récit qui vous permet de simplement apprécier l’histoire si vous n’êtes pas prêts à donner plus.

27/04/18, Ajout :
Suite à la publication de cette chronique sur Vampires & Sorcières j’ai eu une petite discussion avec l’autrice concernant le Chronocryte. Cela m’a amenée à voir la nouvelle sous un autre jour. Je pense avoir été influencée par ma première lecture hors contexte de celle-ci, ce qui m’a empêchée de percevoir correctement ce qu’elle apporte à l’ensemble. Je vous laisse en juger. Quant à moi, je ne la trouve plus du tout anecdotique.



Ce livre compte pour la lettre L du Challenge ABC imaginaire 2018.


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mardi 5 avril 2016

Inner City

Un roman de Jean-Marc Ligny.

La version publiée chez ActuSF dans la collection Hélios a été remaniée.
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inner_city
Présentation de l'éditeur :

En quelques années, Paris est devenue une ville fantôme. Ses derniers habitants sont plongés en permanence dans les réalités virtuelles, bien protégés par une enceinte qui garde à l'extérieur, en banlieue, les pauvres et les miséreux. Mais leur vie dorée est menacée par un tueur agissant dans la Haute Réalité tandis que de l'autre côté du périf, la révolte gronde. Dans ce climat explosif, Hang traque les scoops les plus sanglants pour mieux les injecter (et les vendre) dans ces mondes virtuels pendant que Kriss enquête pour neutraliser ce serial killer...
ActuSF poursuit les rééditions des ouvrages de Jean-Marc Ligny avec Inner City, roman Cyberpunk originellement paru en 1996. Cette version a été retravaillée pour prendre en compte les progrès technologiques de ces vingt dernières années.
L’action d’Inner City se déroule dans un futur difficile à situer, mais qui ne doit pas se trouver bien loin de notre propre époque. Paris est coupée de la banlieue, devenue une zone de combat quasi permanent où règne la loi du plus fort, par une barrière qui grille sur place toute personne qui voudrait la traverser sans autorisation. La province, quant à elle, est désertée. Les dictatures fleurissent de par le monde dans l’indifférence générale. Il y a deux types de personnes dans Inner City : ceux qui sont connectés à MAYA et ceux qui ne le sont pas. Entre eux, le fossé se creuse.
MAYA est un vaste réseau virtuel par lequel tout passe, des appels téléphoniques à la livraison des courses, sans parler des jeux et de la vie, de plus en plus virtuelle, de la majorité des connectés. Les inners se perdent dans ce dédale, qu’ils nomment Haute-Réalité, et y laissent parfois leur raison. Kris est psychoriste, elle récupère et tente d’aider les inners en perdition. Cependant, au cours de ses incursions en réalité profonde, elle va être confrontée à un mystérieux tueur dont l’existence même est sujette à conjectures.
Dans ce roman on suit plusieurs personnages. Il incombe au lecteur de placer à mesure les pièces du puzzle. Qui est le tueur ? Comment la société « connectée » en est-elle arrivée-là ? A-t-elle conscience qu’elle ne tient qu’à un fil ? Je me suis plus intéressée à Alice, la grand-mère de Kris qui vit en Bretagne, et à son amie déjantée Betsy, ainsi qu’à Zora et sa bande d’outers en banlieue, qu’au devenir de Kris et Hang qui sont pourtant les personnages principaux.
Je vais être franche, les réalités virtuelles, intelligences artificielles et, de manière générale, les ouvrages qui traitent de l'immersion dans ces « réalités » ne sont pas du tout ma tasse de thé. De fait, j’ai eu du mal à entrer dans cette histoire. Je n’ai rien contre le Cyberpunk qui, à mon sens, est un genre amenant à la réflexion. Ici, il est question d’immersion dans les réseaux virtuels et de la capacité du cerveau à faire ou non la part entre ce qui est vrai ou pas, la vieille polémique sur la dangerosité des jeux vidéo, mais aussi de l’abrutissement des masses. Les inners deviennent totalement inaptes à la vie en-dehors de MAYA, ils en feraient presque pitié. Ils sont assistés en permanence, dépendant du réseau et des robots qui font tant bien que mal fonctionner leur société déliquescente. À côté de ça, les non connectés ont leur lot de problèmes. Tout dépend de MAYA, même l’électricité. Il n’y a plus de transports, sauf de marchandises… Il est devenu très difficile de survivre en basse-réalité. De ce point de vue, Inner City est intéressant, mais il ne s’agit que du contexte. L’intrigue principale un peu fouillis et le background pas suffisamment développé à mon goût m’ont fait traîner les pieds. J’ai fini par accrocher à cette intrigue au cours des derniers chapitres, quand les événements s’enchaînent de façon plus intense, mais c’était un peu tard.
La fin est ouverte, je commence à avoir l’habitude avec cet auteur et cela ne me gêne pas. Bien au contraire, j’ai cette fois apprécié de pouvoir me faire ma propre idée sur le devenir de certains personnages. Toutefois, il reste des zones d’ombre, des choses que je ne m’explique pas, comme le rôle de Max dans tout ça. Quelles étaient ses motivations et l’origine de son implication ?
J’ai beaucoup aimé la nouvelle bonus qu’on trouve en fin d’ouvrage car elle met en scène des personnages que j’apprécie et qui sont complètement décalés. Elle apporte un peu de légèreté après cette ambiance plutôt sombre et désenchantée.
Inner City m’a laissé une impression mitigée. Je n’étais sans doute pas dans le bon état d’esprit au moment de sa lecture. N’hésitez pas à me faire part de votre opinion, je serais assez curieuse de discuter de ce roman avec d’autres lecteurs.

dimanche 3 février 2013

Everfree

Un roman de Nick Sagan, publié chez J'ai Lu dans la collection Nouveau Millénaire.

Les chroniques des tomes précédents sont également sur ce blog :

Présentation de l'éditeur :
Le virus génétique connu sous le nom de Black-Ep a bien failli mettre un terme brutal à l'histoire de l'humanité, mais quelques-uns, dont les gènes ont été modifiés en prévision de la catastrophe, ont réussi à survivre. Hal, Pandora, Isaac et les autres posthumains s'appliquent à présent à sortir de leur stase cryogénique des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, et à leur faire partager leur vision d'une nouvelle société fondée sur l'entraide et le partage, afin que les erreurs du passé 'ne se reproduisent jamais. Pourtant la contestation enfle à mesure que la population augmente. Très vite, l'utopie des posthumains se heurte à la mégalomanie de ceux qui voient dans cette nouvelle ère un monde à conquérir...
Si vous êtes un habitant du système solaire ou de sa banlieue, il est impossible que vous n'ayez pas entendu la voix du petit Nick Sagan, six ans, clamer à qui veut l'entendre « Hello from the children of planet Earth » depuis les sondes Voyager 1 et 2. Depuis, il se consacre à des choses infiniment moins sérieuses comme l'écriture de scénarios pour le cinéma et la télévision. Everfree conclut la trilogie initiée par Idlewild et Edenborn, dans laquelle il offre de notre futur immédiat une vision à la fois sombre et porteuse d'espoir.

Attention, cette chronique contient des spoilers concernant les ouvrages précédents.

Everfree commence fort, tout de suite dans le vif du sujet. C’est inquiétant quand la lecture des premiers volumes date un peu. Pas de préambule, des explications limitées au nécessaire, mais il n’a pas été si compliqué pour moi de me remettre dans le bain, à mon grand étonnement. Oui j’avais oublié des choses, des détails concernant les volumes précédents, mais tout s’est remis naturellement en place très vite. Sans doute le mérite en revient-il à l’auteur qui a su parsemer ses textes de points de repères discrets, mais efficaces. 
Après le déchaînement des événements dans Idlewild et le mysticisme d’Edenborn, c’est un environnement incertain que nous trouvons dans ce roman, avec un continent américain qui renaît lentement de ses cendres. Nos posthumains ont vaincu le Black Ep et commencé à sortir de leur stase cryogénique les rares humains à y avoir été plongés à temps. Mais tout n’est pas idyllique en ce début de roman. Halloween se sent cerné de tous côtés, cherchant à protéger les siens et leur idéal. La nature humaine étant ce qu’elle est, il semble passer son temps à désamorcer des bombes, au sens figuré comme au propre. 
J’avais terriblement hâte de retrouver Hal, Pandy et les autres. Au fil de la trilogie, je me suis attachée à ces personnages, trouvant des affinités, m’enrichissant des différences. S’il y a bien une chose que l’on peut reconnaître à Nick Sagan, c’est le travail qu’il a fait dans la construction de ses personnages principaux. Rien n’a été laissé au hasard, mais sans que cela paraisse trop apprêté non plus. Ils sont complexes, tangibles, imparfaits et surtout humains. Que nous les aimions ou les détestions, nous le faisons pour de bonnes raisons, selon notre sensibilité. 
Le roman lui-même est bien construit, que l’on apprécie ou non les tenants et aboutissants de l’histoire, on peut y voir une évolution logique, réaliste, réfléchie. De petites choses qui semblaient de l’ordre du détail dans Idlewild et Edenborn resurgissent, ont des conséquences importantes, mais aussi des origines. Dans ce dernier volume on obtient enfin des réponses à certaines questions qu’on a pu se poser, mais aussi à d’autres que l’on n’envisageait même pas et dont l’importance est finalement capitale. Une fois ces choses, que l’on pensait laissées de côté, plus développées et mieux comprises, on se rend compte de toute la dimension que Sagan a su apporter à son univers. 
Comme le précédent volume, Everfree prend la forme d’une narration chorale. 
La première partie, qui nous propulse directement dans ce panier de crabes qu’est New Cambridge, est uniquement narrée par Hal, mais avec ce qu’il faut d’implication des autres personnages pour offrir au lecteur un point de vue plus large. Qui plus est, on s’est attaché à Hal, on le connaît bien depuis le temps et c’est lui le plus à même de faire passer cette histoire. 
La deuxième partie voit émerger des narrateurs jusque-là laissés de côté. Hal est toujours présent, bien sûr, mais Sloane, Isaac et Fantasia viennent mettre leur grain de sel. C’est intéressant de voir Isaac tel qu’il est et non selon la façon dont les autres, qu’il s’agisse de ses pairs, plus ou moins hostiles à son égard, ou de ses enfants, le perçoivent. On comprend également un peu mieux Sloane et, paradoxalement, les actes de Penny, ce qui amène encore un peu plus de substance et de complexité à une histoire que l’on pensait déjà connaître. 
Et puis il y a Fantasia… Entrer de plain-pied dans l’esprit perturbé, mais brillant de cette dernière est une expérience des plus fascinantes. Elle est un cas particulier car mentalement instable. Il est très difficile de suivre ses réflexions, imagées, lapidaires, chaotiques ou parfois très lucides, mais c’est aussi très enrichissant quand on se donne la peine de décrypter ses pensées et ses notes, de chercher à comprendre ses motivations et son histoire personnelle. 
Cette évolution des personnages, l’entrée dans les pensées de certains jusque-là distants ou inaccessibles, ces révélations sur l’avant Black Ep et la création des posthumains sont les choses qui ont fait, pour moi, l’intérêt de ce troisième et dernier volume. Mais à côté de ça, d’autres choses m’ont déplu, comme cette fin un peu bâclée et une possibilité concernant l’origine du Black Ep qui me laisse perplexe. Je ne comprends pas ce qu’elle fait là si c’est pour être au final si peu développée. 
La dimension religieuse a, dans ce volume, laissé place à un contexte politique très important. Elle est toujours présente, mais un peu absorbée par d’autres idéaux, pas toujours nets, il faut le dire. Les guerres de pouvoir, les manipulations et les stratégies sont au cœur de l’intrigue. Le tout est bien pensé, travaillé, mais assez redondant et lourd, comme pouvait l’être le mysticisme dans Edenborn. J’ai trouvé que cela manquait un peu de mesure, non que les choix de l’auteur me paraissent exempts de réalisme, bien au contraire, mais ils pèchent un peu par manque de subtilité. 
J’ai eu une petite déception concernant le déroulement de l’histoire, mais elle est toute personnelle. Quand on attend longtemps un livre, a fortiori quand celui-ci conclut une trilogie, on se fait toutes sortes d’idées à son sujet et cela n’est pas forcément une bonne chose. Le diable est dans les détails… 
C’est toujours bien écrit, malgré quelques cafouillages (des coquilles, quelques petites erreurs dans les prénoms. De quoi agacer les maniaques dans mon genre, mais laisser les autres indifférents) c’est une intrigue réfléchie et construite, l’auteur a suivi son schéma de réflexion et, qu’on soit dubitatif ou non concernant ses choix, on ne peut nier qu’ils sont motivés et ancrés dans une structure logique et cohérente. Et puis le cynisme de cette histoire me semble très réel… C’est peu flatteur pour la nature humaine, mais ce n’est pas parce que ça semble un peu trop manichéen que c’est invraisemblable. 
La trilogie Black Ep me laissera donc une bonne impression. J’ai apprécié de suivre ces personnages, de les voir grandir, mûrir, fonder une communauté et essayer de travailler ensemble malgré leurs différences, les rancœurs et les convictions qui les séparent. Un peu trop mystique parfois, un peu facile dans son contexte politique, mais au final très humaine, cette trilogie d’anticipation a aussi de très bons côtés. Elle est prenante, imagée, riche de détails, de symboles, elle a des implications psychologiques et philosophiques intéressantes et est, tout simplement, propice à la réflexion. Mais c’est aussi, et c’est peut-être le plus important, un excellent moment de lecture.