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lundi 15 juin 2026

A Dark Forgetting

Un roman de Kristen Ciccarelli, publié dans sa version audio chez Lizzie et lu par Solenn Mara-Lewis.


Emeline a quitté sa petite ville de campagne pour devenir chanteuse. Elle a fait des concessions et des sacrifices pour ce rêve d’enfance et, à force de détermination, elle a maintenant le pied à l’étrier. Cependant, près d’une semaine avant un concert très important pour elle, son grand-père disparaît, sans explication rationnelle, de la maison de retraite dans laquelle il résidait. Toutes les histoires qu’on lui racontait quand elle était petite resurgissent dans l’esprit d’Emeline et elle est forcée de rentrer chez elle pour faire face à ce qu’elle croyait n’être que des contes.
A Dark Forgetting est une jolie histoire, pleine de sensibilité et de délicatesse. On la sent très personnelle et importante pour son autrice. Elle est destinée à un public adolescent, mais ne se prive pas d’aborder des sujets difficiles. Pour autant, malgré la noirceur qu’elle conte parfois, elle reste douce. Il faut se laisser bercer et être patient, car c’est un récit lent à la saveur évocatrice des vieilles histoires. Il nous dépeint une féerie ancienne, sombre et mélancolique dans une forêt malade qui appelle au secours.
Sans vraiment le vouloir, Emeline va déterrer de nombreux secrets et j’ai aimé la voir progresser à tâtons, découvrir son passé en même temps qu’elle se découvrait elle-même. C’est cela, pour moi, la vraie réussite de ce roman.
L’histoire d’amour est jolie et tendre, un peu clichée parfois, mais j’ai lu bien pire dans des ouvrages de cette catégorie. Au moins celle-ci semble honnête, un peu idéalisée certes, mais pas non plus parfaite. La fin m’a fait lever les yeux au ciel, toutefois il faut dire que c’était drôle sans le vouloir…
J’ai passé un agréable moment avec cette histoire, même si elle ne me marquera pas outre mesure.
La voix de la lectrice est agréable, mais au bout d’un moment son interprétation tout en chuchotements et murmures faussement inspirés m’a agacée. J’avais l’impression d’écouter une ménade qui tenterait de faire de l’ASMR. Cela étant dit, c’est davantage une question de goût qu’un réel défaut. En outre, je dois reconnaître qu’un ton lent et mystérieux sied à cette histoire. Il l’était juste beaucoup trop pour moi.

mercredi 21 décembre 2022

Bons baisers de New York

Un roman d'Iris Visser, publié en numérique chez Kobo Originals.

Les autres tomes de la série :


Bons baisers de New York fait parti d’une série, trois volumes pour l’instant, dont les tomes peuvent se lire indépendamment. Iris Visser propose des comédies romantiques modernes, légères et pleines d’humour. On se laisse facilement emporter dans ses histoires, qui ne sont jamais tape-à- l’œil ni trop dramatiques. On est là pour s’amuser, pas pour pleurer. On peut croire en ses personnages et en leurs réactions car elle n’en fait pas des êtres parfaits ou caricaturaux.
Cette romance est idéale à lire pendant les fêtes car elle se déroule en partie durant cette période et je dois dire que, des trois, c’est ma préférée.
Emma travaille dans l’événementiel et elle a une manie : quand les silences deviennent gênants, elle se met à jacasser. Cela lui vaut d’être envoyée à New York pour un an, parce qu’elle n’a pas su dire non, et si son voyage en avion, assise à côté d’un gars qui tire la tronche, donne le ton de son séjour, elle est plutôt mal barrée…
J’ai beaucoup aimé Emma. C’est une fille sympathique, un peu maladroite mais sans que ça devienne exaspérant. Elle accumule les galères, sinon ce ne serait pas drôle, mais si elle s’en sort ce n‘est pas par enchantement ; elle sait utiliser son cerveau. On s’attache à Emma, on veut la voir réussir dans son travail comme dans ses amours. Et je dois dire que le gars sur lequel elle va jeter son dévolu n’est pas mal du tout...
Iris Visser ne force jamais sur les clichés quand elle en use et même si elle saupoudre souvent ses écrits de rivalité féminine, elle ne prend pas plaisir à noircir le tableau. Dans ses romans, les personnages finissent toujours par exposer leurs griefs et régler avec intelligence leurs problèmes, ce qui est assez rare dans ce type de littérature pour être signalé. J’ai apprécié que cette histoire, aussi focalisée soit-elle sur les amours d’Emma, prenne le temps de développer ses amitiés et sa vie à New York. Suivre la jeune femme dans ses pérégrinations a été un vrai plaisir, d’autant que puisqu’elle arrive à New York en septembre, on vit avec elle les fêtes et les traditions liées à l’automne et l’hiver.
L’autrice a aussi glissé dans ce roman quelques clins d’œil aux autres tomes de la série et on croise même brièvement les deux personnages de Bons baisers de Londres, ce que j’ai beaucoup apprécié.
Je ne suis pas férue de comédies romantiques, mais si Iris Visser en écrit d’autres, je serai au rendez-vous. Si vous avez envie de récits feel good et romantiques, je vous recommande cette série.


mercredi 9 septembre 2020

Arts et Fantastique

Une anthologie publiée chez Voy'El.

Présentation de l'éditeur : 
S'inspirant des œuvres du XIXème siècle comme "La Vénus d'Ille" ou "Le Portrait de Dorian Gray", les auteurs de cette anthologie vous proposent de plonger dans des récits fantastiques où l'Art tient une place essentielle. Peinture, sculpture, musique, mais aussi art des masques, art culinaire ou des mosaïques, chaque texte vous permet de découvrir une histoire originale et extraordinaire.
Sommaire :

- Préface de Corinne Guitteaud
- La mort n'a qu'un visage d'Audrey Salles
- Ceci n'est pas un tableau de Julia Di Folco
- Golem d'Émilie Chevallier Moreux
- De l'autre côté de la nuit de Sylwen Norden
- Gasandji d'Hélène Goffart 
- Le chant du cygne de Florence Barrier
- La dame sur un lit de satin d'Aurélie Genêt
- Le jardin des statues de Sandra Tamburrini 
- Lune sur le Trieux de Jean-Pascal Martin 
- Fou à lier, fous alliés de Christophe Lesieur
- Fausses notes d'Éric Lysøe 
- Opéra tragique d'Irène Bourdin 
- Une mosaïque d'avenirs de Pascal Lemaire 
- Tendregorge, Lécheglotte et Croqueladent de Florent Paci
- Le fruit défendu de Lilian Devigne
- Le mur des Je t'aime d'Émilie Riger 
- Mademoiselle de Boisanteil et sa sœur de Pauline Sidre

Tableaux étranges, musiques obsédantes, statues vivantes et imagination débridée, le Fantastique s’est toujours nourri d’esthétique, du mystère de la créativité autant que d’objets d’arts exerçant leur fascination sur le monde. Il aime se regarder dans un miroir et montrer le sacrifice qu’implique la création, la folie sous le sublime et la crasse sous le vernis. Il mêle le beau à l’horrible pour mieux saisir son lecteur. 
L’art, quel que soit le support par lequel il s’exprime, recèle toujours une forme de magie. De la naissance de l’idée à l’élan qui permet de la réaliser, pour aboutir à un œuvre qui, peut-être, déclenchera toutes sortes d’émotions chez son public. Ce n’est jamais anodin. Parfois, une œuvre vous captive et alors comment se défaire de son sortilège ? Le Fantastique est une littérature de l’obsession.
La peinture, la littérature, la musique, le théâtre et tous les arts plastiques peuvent se changer en fugue ou cristalliser nos rêves comme nos cauchemars. Cela représente un inépuisable vivier pour l’auteur qui souhaite explorer les méandres de l’âme humaine.
La littérature fantastique et l’art ont donc de tout temps entretenu des rapports étroits. Et quand on pense aux classiques du genre c’est souvent la peinture qui vient à l’esprit avec Gogol, Wilde, Tuttle… Il y a tant de superstitions associées à la capture de l’image… Je craignais que dans cette anthologie l’art pictural écrase tous les autres et j’ai été ravie de constater que ce n’est pas le cas. La diversité des textes, autant au niveau de l’ambiance que des thèmes, m’a ravie.
Les thèmes évoqués sont classiques : obsessions, fuites dans des mondes oniriques, apparences trompeuses, folie ou inspiration divine, la mort qui rôde, les monstres qui s’invitent dans notre réalité, des vengeances aux saveurs douces ou amères, des fantômes et des énigmes. Cependant, les auteurs ont su leur donner de l’originalité.
Vous trouverez ici de l’horreur et de l’humour, des frissons d’angoisse et de l’espoir, de l’amour, de la tragédie, des peurs insidieuses. Vous admirerez des œuvres divines ou maléfiques : tableaux hantés, musiques troublantes, sculptures obsédantes, mais l’art prend aussi dans ces pages des formes plus inattendues.
Ma nouvelle préférée est Le chant du cygne de Florence Barrier. J’ai aimé l’ambiance brumeuse, un rien onirique, de ce récit. Le moment de l’année où il se déroule le place d’emblée hors du temps, cependant c’est sa délicatesse qui m’a charmée.
J’ai aussi apprécié Golem, un texte un peu prévisible mais fort plaisant qui parle de littérature et de folie. Je l’ai trouvé très grinçant (et c’est un compliment).
La mort n'a qu'un visage d'Audrey Salles est un texte assez glauque et dérangeant, enrobé d’un humour particulier. Il ouvre à la perfection cette anthologie car le Fantastique est aussi une littérature d’apparences, d’illusions, de faux-semblants. Qu’est-ce qui, mieux qu’un masque, pourrait illustrer cela ?
Dans Ceci n'est pas un tableau de Julia Di Folco on a affaire à un Fantastique un peu onirique, obsédant et vaporeux. J’ai beaucoup aimé cette mise en abyme et la réflexion sur l’impulsion créatrice.
De l'autre côté de la nuit de Sylwen Norden m’a évoqué une mélodie lancinante bien que l’histoire porte sur une forme d’art différente. J’ai aimé la poésie mélancolique et sombre de ce texte si évocateur.
Fausses notes d'Éric Lysøe m’a beaucoup amusée. Une fois encore, l’obsession y est dépeinte, mais de manière plutôt originale.
Je termine en évoquant mon deuxième texte favori : Opéra tragique d'Irène Bourdin. J’ai adoré ce récit au long cours, sa subtilité et ses personnages. J’ai apprécié sa fantasmagorie autant que sa façon d’interpréter l’histoire jusqu’à l’anticipation.
Arts et Fantastique est une excellente anthologie. Je me plains souvent que trouver du Fantastique de qualité devient de plus en plus difficile, essentiellement parce qu’on en publie déjà très peu et qu’en outre c’est dans la nouvelle, format de plus en plus boudé, qu’il s’exprime le mieux. Alors cela m’a fait plaisir de découvrir une œuvre telle que celle-ci, qui de surcroît est composée de textes d’auteurs peu connus. 
Ces Fantastiques de toutes formes illustrent à la perfection la richesse de ce genre oublié et tout le potentiel qu’il possède encore de nos jours. J’espère que cela vous donnera envie d’en lire plus souvent.

lundi 18 mai 2020

Désaccordée

Un roman de Joanne Richoux, publié chez Gulf Stream éditeur.

Présentation de l'éditeur :
Violette, 17 ans, part en virée avec Maëva, Lucas et Alexis. Direction le château d'eau désaffecté de Saint-Crépin-l’Hermite, un endroit à la sinistre réputation. Quelques heures plus tard, elle ouvre les yeux. Elle est couchée face contre terre, au milieu d’une forêt sauvage. Ceux qu'elle rencontre portent des noms bizarres : Dièse, Trille, Sonate...
Telle Alice tombée de l’autre côté du miroir, la jeune fille aurait-elle atterri dans un univers à part ? Pourquoi tout le monde la confond avec une certaine Princesse Croche, disparue trois ans plus tôt ? Et qui est Arpège, ce garçon casse-cœur qui la dévisage ? Violette le sent, l’envers de ce décor féerique, c’est un danger de mort.
Mais comment retrouver le chemin de la maison ?

Violette a dix-sept ans, elle vit dans un petit village et elle a les problèmes de son âge : une meilleure amie qui est la reine des pestes, un crush pour un gars qui n’est pas aussi sympa qu’elle le croit et des adultes qui la saoulent. Rien de bien méchant. Sauf que son frère a disparu quand elle avait sept ans et que c’est une vieille blessure qui n’a jamais guéri. Alors, après une horrible soirée, elle se cache dans sa chambre. C’est là que les choses vont vraiment mal tourner pour Violette.
Désaccordée est une sorte de conte initiatique au décor fantasque et coloré. Projetée dans un autre monde, Violette doit tout faire pour rentrer chez elle et ce faisant elle va en apprendre davantage sur elle-même, sur sa famille, mais aussi sur le monde des Muses et sa magie.
Le point fort du roman est indubitablement ce monde baroque que l’autrice a beaucoup travaillé. Malheureusement, ce décor fastueux que j’ai adoré parcourir a tendance à écraser un peu le reste. À côté, l’intrigue semble bien creuse. Les amours de Violette passent avant la guerre entre les trois ordres de muses, avant sa quête pour rentrer chez elle et les secrets de sa famille… Tout cela est relégué dans le décor et à peine effleuré au passage. Il y avait pourtant matière, surtout en ce qui concerne les différents ordres et j’aurais vraiment voulu en savoir davantage. Les personnages eux-mêmes sont très peu développés. Les sentiments de Violette, en revanche, sont déclamés jusqu’à la nausée. Le ton affecté de la narration, entre lyrisme qui tombe souvent à plat et phrases lapidaires, n’arrange rien et donne une impression persistante de superficialité.
C’est bien dommage car il y a de l’imagination, de l’originalité et du talent dans la façon dont ce monde a été créé. Le roman aurait gagné à proposer un récit plus construit et surtout plus profond. Il me fait penser à un joli colifichet qui brille beaucoup de loin mais qui se révèle en toc dès qu’on le regarde d’un peu plus près.

samedi 29 février 2020

Jazz Dream and a Pinch of Human

Une novella d'Alicia Alvarez, publiée chez Nutty Sheep.

Sortie officielle le 20 mars.

Présentation de l'éditeur :
Nouvelle-Orléans, lundi 19 mai 2025.
On dit souvent que les choses évoluent avec leur temps et qu'il faut suivre le mouvement. Pour les membres de "Allo Dreams", cela devient légèrement compliqué quand ils apprennent que leur passion est en péril via leurs KB7, un atout technologique précieux. Petit à petit, on a remplacé les musiciens par les IA au Superdome, à la radio, à la télévision, mais les humains continuent à vivre leurs sons avec émotions à d'autres endroits. À présent, les synthétiques prennent leur place dans les bars, les clubs de jazz, et même les rues. On éjecte les humains de la scène. Pourtant, il leur paraît inconcevable de ne rien faire. Le capitalisme n'éteindra pas les flammes de leur passion, plus vives que jamais, parce qu'ils comptent bien se battre pour garder l’étincelle intacte. Plongez au cœur d'une Nouvelle-Orléans futuriste, aux côtés de Charlotte, Louis, Colin, Owen, Martha et Joshua, six personnalités différentes animées par le même objectif : rétablir la liberté musicale.
2025, Nouvelle-Orléans, la technologie a poursuivi sa course et les humains ont les yeux rivés sur des tablettes de plus en plus performantes. Elles ont remplacé les journaux, les téléphones et autres appareils. Insidieusement, l’usage de ces tablettes devient une nécessité et les IA envahissent peu à peu tous les domaines de la vie courante.
Dans ce contexte, les membres du jazz-band Allo Dreams voient leurs rêves de se produire sur de grandes scènes anéantis quand la maire de la ville décide de réserver aux IA tous les espaces dédiés à la musique. Bien entendu, ils ne vont pas se laisser faire, mais qui est vraiment l’ennemi, les IA qui prennent leur place ou les humains qui s’enrichissent grâce à elles ?
Jazz Dream and a Pinch of Human est une jolie novella qui parle de l’essence même de la musique, des dérives de la technologie, de solidarité et de lutte pour poursuivre ses rêves. Alicia Alvarez a créé des personnages touchants auxquels il est facile de s’attacher. En outre, elle exploite bien sa problématique en nuançant son propos. Il n’y a pas de grand méchant à abattre dans cette histoire, mais un équilibre à préserver. J’ai aussi beaucoup aimé sa façon de parler de la musique.
C’est une lecture sympathique, un texte court qui se dévore bien vite entre deux pavés plus conséquents.

lundi 13 août 2018

Allison

Un roman de Laurent Queyssi publié chez les Moutons électriques.

Présentation de l'éditeur :
1993 : l'année du bac pour Allison, qui attend le jour où elle pourra quitter sa petite ville terne. Heureusement, il y a la musique. Le groupe dans lequel elle joue de la basse, Sugarmaim, mais aussi tous ceux qu'elle écoute : Pixies, Ride, Sonic Youth, Slowdive ou Pavement. Puis il y a celui qui l'a fait littéralement planer, un matin d'hiver froid : My Bloody Valentine. En écoutant « Loveless », walkman sur les oreilles, la jeune fille décolle. Littéralement. Ses pieds ne touchent plus le sol. Elle lévite. Quand l'expérience se répète, Allison commence à s'inquiéter. Pourquoi est-elle ainsi transportée par la musique ? Est-elle malade ? A-t-elle hérité d'un étrange pouvoir que possédait son père, disparu quand elle était enfant ? Pour le découvrir, elle va devoir se perdre dans une salle de concert anglaise, à la recherche d'un auteur dont le personnage principal est atteint du même syndrome. Se perdre... et se retrouver ? 
Comédie douce-amère sur l'adolescence, les origines et le passage à l'âge adulte, avec la musique des années 90 en fond sonore, Allison remixe L'Attrape-cœur avec John Hugues. Une histoire d'amour et de connaissance de soi hantée par la voix rauque de Kurt Cobain.
1993, Allison a 17 ans, elle est bassiste dans un groupe de rock et ne s’en fait pas trop pour le baccalauréat qui approche inexorablement. C’est une fille de son époque, même si elle n’en a pas trop l’impression quand elle compare ses goûts à ceux de ses camarades. Mais Allison a un petit truc en plus : elle lévite. C’est arrivé comme ça, alors qu’elle marchait tranquillement dans son lotissement, son casque de walkman vissé sur les oreilles, en route pour acheter des clopes. 
Dès lors, la jeune fille s’interroge. Fume-t-elle trop ? Ou alors cette étrange aptitude lui vient-elle d’un père, musicien lui aussi, disparu alors qu’elle était trop jeune pour se souvenir de lui ? 
Entre atermoiements adolescents et quête identitaire, saupoudrés d’une pointe de réalisme magique, Allison est une chronique du début des années 90 et de leur univers musical. 
J’étais un peu plus jeune que le personnage à l’époque, mais j’ai eu grand plaisir à replonger dans ma propre adolescence avec Allison. Au-delà de la bouffée de nostalgie qui m’a envahie, j’ai apprécié le récit pour le réalisme des impressions décrites par la jeune fille. Ses inquiétudes, sa façon maladroite de chercher à connaître ses origines, son rapport à la musique et toutes les petites choses qui constituent son existence la rendent consistante, pas toujours très sympathique, mais humaine et tangible. 
La lévitation, au final, importe peu. Il s’agit surtout de l’évolution d’une jeune fille qui devient femme, qui gagne son indépendance en devenant, comme le fait remarquer un personnage, un peu plus elle-même à chaque instant sans pour autant avoir été incomplète auparavant. Ce roman est à sa façon une belle métaphore de l’acte de grandir ainsi que du magma de sensations et d’émotions qu’est l’adolescence. 
Assez court, il se lit comme un rien. Seul un passage un peu mou en milieu de parcours, quand l’héroïne rencontre l’écrivain qui, elle l’espère, pourra la renseigner sur son don, m’a laissée un peu dubitative. Je l’ai plutôt vu comme un prétexte aux événements qui suivent et ai trouvé ça dommage. 
Cela étant, j’ai apprécié ma lecture. Je me suis imprégnée avec délectation de l’esprit de cette décennie qui me manque parfois et j’ai aimé regarder Allison grandir.

Ce roman compte pour la lettre Q du Challenge ABC imaginaire 2018.

dimanche 8 juin 2014

Manhattan Ghost

Cet ouvrage, hybride d'artbook et d'une novella fantastique est le fruit de la collaboration entre Philippe Ward pour le texte et Mickaël Laguerre pour les photos.
Il compte 60 pages et coûte 10€, ce qui, je tiens à le signaler, est un prix tout à fait raisonnable pour un ouvrage qui comporte autant de photos en couleur.
Si vous avez des difficultés à vous le procurer, vous pouvez passer par le site de Rivière Blanche ou alors contacter l'auteur.


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Résumé de l'éditeur :
Elle attendit que son cœur reprenne un rythme normal avant de se décider à gagner le bar. Elle allait être en retard maintenant. - Bonjour Lisa. La jeune femme se retourna brusquement, surprise d'être ainsi abordée dans ce quartier. - Peter, mais que fais-tu ici ? Elle s'arrêta soudain, consciente de l'incongruité de sa question. Peter Monoghan était décédé trois ans plus tôt d'un cancer généralisé dû au surmenage, à l'alcool et surtout à l'abus de cigarettes. Et il se trouvait face à elle, vêtu du costume bleu que Lisa lui avait toujours connu. Ses épaules étaient plus voûtées, son visage plus pâle que dans ses souvenirs. Il lui souriait. - Tu es resplendissante, comme toujours. Lisa Kilpatrick, une pure New-Yorkaise, travaille dans la police, mais sa véritable passion demeure la musique. Un soir par semaine, après son service, elle joue du piano et chante dans un club new-yorkais. Un jour, elle assiste au Manhattanedge. Un soir par an, le soleil couchant se retrouve juste au milieu de la 14th Rue, dans un alignement parfait vers l'Ouest. Et là, elle va basculer dans un autre monde, celui des Fantômes de Manhattan. Manhattan Ghosts est un hymne à New York. À travers des photos et un texte, c'est toute la grosse pomme que vous dévoilent Mickaël LAGUERRE et Philippe WARD.



Manhattan Ghost est un artbook en grand format qui allie à merveille texte et photographies. Aucun des deux ne prévaut ou ne sert de prétexte à l’autre, ils s’harmonisent et se complètent, se mettent en valeur l’un l’autre en renforçant l’atmosphère fantastique mise en place par l’auteur et le photographe.
Les photos, en pleines pages mises en alternance avec le texte, illustrent très bien le parcours de l’héroïne, et font montre d’une grande richesse de détails. Elles nous plongent dans ce voyage que l’on pourrait presque qualifier d’initiatique. J’ai pris plaisir à les parcourir.
Le récit lui-même est un petit bijou de fantastique moderne, à la construction classique mais efficace. L’auteur réussit à capter l’attention de son lecteur en peu de mots et à le happer dans cette belle novella. L’héroïne, qui au départ rappelle un peu la Kate Beckett de Castle, est sympathique et son histoire très émouvante. On ne la suit que plus volontiers dans son périple à travers la ville. Tout en menant son enquête, Lisa tend vers la reconstruction de soi et c’est vraiment beau à lire comme à voir.
Cette novella est aussi entraînante qu’écrite avec talent et finesse. On s’y implique, on la ressent. Vous y trouverez de l’émotion, mais aussi une pointe d’humour très bienvenue. L’atmosphère fantastique est délicieusement trouble, presque onirique, mais toujours plaisante, jamais pesante. Le texte est émaillé de paroles de chansons qui participent grandement à l’ambiance du récit. On pourrait presque les entendre… En bien peu de pages, l’histoire est fort bien développée, même si je n’ai pu m’empêcher de regretter, en tournant la dernière page, qu’elle soit déjà terminée. L’ensemble, novella comme photos, a été un petit coup de cœur pour moi.
Manhattan Ghost est un ouvrage vivant dans lequel la musique, les références littéraires ou encore culturelles se croisent et se mêlent à l’essence même de la ville pour nous offrir un fabuleux voyage dans un New York intemporel, quasi mythique et fascinant.


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mercredi 7 mai 2014

La mort peut danser

Un roman de Jean-Marc Ligny, publié chez Gallimard dans la collection Folio SF.


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Irlande, 1181. Alors que sévit l’invasion anglo-normande, une sorcière est brûlée vive au sommet d’une falaise. Une sorcière aux yeux de l’Église, mais pour le peuple elle était Forgaill, leur poétesse, la prophétesse...
Irlande, 1981. Un couple de musiciens, Bran et Alyz, s’installe dans un manoir du XIIe siècle. Sous le nom de La Mort Peut Danser, ils donnent des concerts dont le succès va grandissant. Mais quelle puissance surnaturelle anime la voix d’Alyz, cette voix qui ouvre les esprits, qui semble venir d’un autre monde ?


Roman inspiré des légendes celtiques et des recherches musicales du groupe Dead Can Dance, riche des couleurs et de la beauté sauvage de l’Irlande, La mort peut danser renouvelle magistralement le thème de la possession.



C’est avec une joie certaine que j’ai appris que La mort peut danser, un roman de fantastique que j’ai moi-même connu dans l’excellente collection Présence du Futur des éditions Denoël allait être réédité chez Folio SF. D’ailleurs, le mois de mai 2014 est un peu celui de la musique chez cet éditeur car toutes les parutions de la collection y sont liées (je trouve ça trop cool). Mais revenons plutôt à La mort peut danser.
C’est avec ce roman-ci que j’ai connu les écrits de Jean-Marc Ligny, auteur habituellement plus porté sur la SF et qu’il fut un plaisir de découvrir par la suite dans son genre de prédilection.
Toutefois, il excelle également dans le fantastique et, en lectrice amatrice du genre, je me souviens encore avec émotion de La mort peut danser. Ce récit est d’une étrange poésie, s’y entremêlent des fils différents, une réalité largement romancée, inspirée par le groupe Dead can dance et particulièrement par sa chanteuse, Lisa Gerrard qui devient ici Aliz, chanteuse australienne ramenée en Irlande, pays d’origine de sa famille, par un soudain héritage.
L’Irlande va changer Alyz irrémédiablement, ou peut-être la révéler à elle-même, tout dépend de comment on comprend les évènements qui suivent. Mélange de réalité fantasmée, de mythologie et d’un fantastique diffus, La mort peut danser tresse deux histoires parallèles. Celle d’Aliz, artiste géniale, dont la musique et la voix sont une magie éthérée qui ne transparaît pas dans les enregistrements, puis celle de Forgaill, banfile et banfaith, c’est-à-dire poétesse et prophétesse, en apprentissage, à l’époque trouble où il ne fait pas bon suivre la voie druidique.
L’auteur a su insuffler à son récit une musicalité particulière qui rappelle vraiment Dead can dance et apporte une dimension plus complexe à la trame elle-même. D’ailleurs, de nombreuses références aux chansons du groupe sont présentes tout au long du roman, que ce soit dans les titres des chapitres, dans l’ambiance mise en place ou dans des éléments de l’intrigue.
Est-ce une histoire de possession, de réincarnation, ou tout simplement les vies parallèles de deux femmes qui, ayant vécu à plusieurs siècles d’intervalle se ressemblent un peu ? C’est là toute l’ambiguïté de La mort peut danser.
L’auteur a de plus effectué des recherches assez pointues sur le druidisme pour étoffer son roman. Je me souviens avoir lu, un peu à la même époque d’ailleurs, un essai de Christian J. Guyonvarc'h et avoir trouvé de nombreuses références à ce texte-là dans La mort peut danser.
Le mélange entre les mythes, le fantastique et la réalité romancée est parfaitement équilibré. C’est un roman très bien écrit, vaporeux, comme un rêve un peu agité entre deux sommeils. Cette étrangeté, dans le bon sens du terme, m’a marquée, et je me souviens encore avec affection de ce petit roman et de la magie trouble qu’il dégage, c’est pour cela que j’ai été heureuse de le savoir réédité et que je vous en parle aujourd’hui.
Les amateurs de fantastique, de druidisme, les gens qui aiment la musique de Dead can dance, les rêveurs invétérés apprécieront la magie de l’écriture comme celle du récit.

vendredi 12 avril 2013

Vampire Blues, Ladainian Abernaker Ep1

Une nouvelle de Lydie Blaizot, publiée au format numérique aux éditions du Petit Caveau.




Ladainian Abernaker est un très vieux vampire, aigri et inadapté à la vie moderne. Sa seule passion : le blues. Son seul ami : Ezequiel, un corbeau. Tout naturellement, il vit à Chicago, une ville qu’il a vu naître, grandir et prospérer. Réfugié dans son bar à musique, le Willie’s, il traverse les années avec cette seule obsession : faire perdurer le blues de Chicago, cette sonorité si particulière qui, à elle seule, apaise son esprit torturé. Le monde extérieur n’est là que pour lui permettre de satisfaire cette idée fixe, il n’a aucun autre intérêt à ses yeux. Ainsi, il exerce la douce activité de tueur à gages afin de gagner l’argent nécessaire à sa marotte.


Une saga dédiée à un vampire atypique, une ambiance inspirée des films noirs, des épisodes indépendants… N’hésitez pas à découvrir l’univers de Ladainian !



Avec Vampire Blues, Lydie Blaizot entame cette fois un feuilleton numérique composé de nouvelles qui, si elles sont toutes liées entre elles par leur personnage principal, peuvent néanmoins se lire indépendamment, chacune contant une histoire complète. J’avoue avoir une préférence pour un tel format qui ne frustre pas le lecteur, tout en lui donnant envie de continuer à suivre les aventures du protagoniste.
Ladainian Abernaker est un vieux vampire irascible et misanthrope. Il peut sembler détestable par bien des aspects, mais n’en reste pas moins fascinant. Seule sa passion pour le blues le retient parmi les vivants et il a bien l’intention de la faire vivre le plus longtemps possible. Son club, le Willie’s, est en quelque sorte son refuge et il en prend un soin jaloux, s’assurant les services des meilleurs musiciens qu’il puisse trouver.
Avec ce vampire froid et cruel, qui ne craint pas vraiment le soleil mais se trouve affaibli par ses rayons et qui a besoin de sa terre natale pour se ressourcer, Lydie Blaizot nous ramène vers un type de vampires qui parle beaucoup plus à la lectrice de classiques du genre que je suis. C’est particulièrement appréciable car atypique face à la mode actuelle du vampire séduisant, bien loin de ces récits à l’ancienne.
Dans ce premier épisode, Ladainian est à la recherche d’un saxophoniste. Selon lui, les vrais joueurs de blues se font rares de nos jours… Jusqu’où irait-il pour en garder un qu’il juge exceptionnel ?
L’obsession de Ladainian pour la musique est au cœur de cette nouvelle. L’ambiance sombre, un rien « polaresque », qui s’en dégage, avec en plus ce vampire qui ramène dans nos temps modernes la première moitié du vingtième siècle en se jouant des clichés, m’a beaucoup plu et séduira sans nul doute les amateurs de romans noirs autant que ceux d’histoires de vampires.
Ce premier tome est une excellente mise en bouche pour une série des plus prometteuses. J’ai hâte d’en découvrir les autres épisodes.


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dimanche 24 juin 2012

Sirellia

 Un roman d'Alissandre, publié chez Sortilèges éditions.

Présentation de l'éditeur :
Les feuilles virevoltaient dans les airs, légères comme des plumes. J'entendais au loin, cette douce mélopée qui résonnait dans mon corps et accompagnait le souffle du vent. Puis cette voix m'appelant : « J'ai besoin de toi Clément ».

Lorsque j'ai fait ce rêve, je n'imaginais pas combien les songes pouvaient être réels. Ni ce que cela impliquait pour mon avenir. Un soir d'automne, mes doigts ont frôlé une inscription magique qui s'est envolée dans un halo bleuté sous mes yeux incrédules, ce n'était que le commencement.
J'ai la chance d'avoir rencontré un peuple doté de capacités surnaturelles, vivant en secret au cœur de l'immense forêt millénaire. Mais ce privilège a un prix, suis-je prêt à risquer ma vie pour les protéger ?
Clément est un jeune homme qui semble être tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Peu sociable, il préfère passer son temps à lire de la fantasy, ainsi qu’à rêver de quêtes grandioses et d’un fabuleux destin qui n’attendraient que lui… Cependant, il aperçoit un jour des symboles étranges sur un arbre et reçoit la visite d’un personnage des plus curieux qui lui pose beaucoup de questions, mais disparaît sans la moindre explication... A-t-il rêvé, entraîné par ses désirs de voir le merveilleux débarquer enfin dans sa vie ? Et qui est cette charmante jeune fille fraîchement arrivée dans son lycée et qui semble s’intéresser tout de suite à lui ?

Avant tout chose, j’aurais une petite remarque concernant la couverture.
Je la vois avec mon regard d’adulte, aussi je ne sais pas si mes remarques ont vraiment un quelconque intérêt. Par exemple, les couleurs, que j’ai trouvées superbes, sembleront peut-être ternes à un public plus jeune.
Le fait est que la représentation du personnage principal en premier plan me gêne beaucoup. Le trait un peu rude le fait paraître plus vieux et nettement plus antipathique qu’il ne l’est et je trouve cela bien dommage. Certes, ce n’est pas la couverture qui fait le roman, mais ça freine parfois sérieusement le lecteur potentiel…
Enfin, intéressons-nous plutôt au contenu, car c’est quand même ce qui importe le plus.

C’est un roman pour la jeunesse, et si je ne dis pas « young adult », c’est que je pense sincèrement qu’on ne peut pas l’apprécier au-delà d’un certain âge. Aussi, sans vouloir être réductrice, je le conseillerais quand même davantage à un public ayant dans les 10-14 ans et de préférence féminin, même si le personnage principal est un garçon.
La maturité est évidemment différente pour chacun, on ne grandit pas tous à la même allure, mais s’il y a des romans qu’on peut lire et apprécier à tous les âges de la vie, celui-ci n’en fait pas partie. Non qu’il soit mauvais, mais l’histoire est un peu naïve et manichéenne pour l’adulte que je suis. Ceci dit, je reste persuadée que c’est un roman qui enchantera le public auquel il est destiné.
Après, il faut admettre que quand on a la bonne trentaine et qu’on a été nourri à la fantasy depuis toujours, on aura vraiment l’impression de lire ce livre pour la centième fois. Le jeune héros solitaire qui se réfugie dans les livres, peu sûr de lui et qui rêve de magie, ainsi que d’une destinée qui irait bien au-delà de sa petite vie tranquille de lycéen, on connaît. L’enchaînement des situations, la facilité avec laquelle les personnages acceptent leur nouvelle vie ou encore les « incroyables hasards » et rebondissements tellement prévisibles qui jalonnent l’histoire sont un peu simplistes et laissent dubitatif. Ça commence plutôt bien, avec des dialogues qui tiennent la route, mais ils finissent par s’infantiliser peu à peu. L’histoire d’amour aussi est bien mignonne, mais relativement puérile… Le rythme est très lent et l’intrigue générale, ainsi que l’univers décrit, ne sont pas assez originaux pour que le lecteur chevronné dépasse ces défauts.
J’aurais aussi quelques reproches à faire au style en lui-même, pas que ce soit vraiment mal écrit, mais c’est un peu hésitant au niveau du vocabulaire et il y a de nombreuses erreurs de conjugaison, surtout en ce qui concerne le passé simple. C’est de l’ordre du détail au fond, car c’est aussi bien écrit que bon nombre d’ouvrages pour la jeunesse que j’ai lus récemment, mais je crois que, quand on écrit pour cette tranche d’âge, on doit d’autant plus être attentif à ce genre de choses.
Je n’ai pas non plus apprécié le fait que, si l’univers « réel » dans lequel évolue Clément est rigoureusement identique au nôtre, les noms de lieux soient inventés et sonnent terriblement « fantasy ». Je pars du principe que quand on prend le parti de situer tout un pan de son histoire dans la réalité, on doit le faire pleinement ou alors ne donner aucune précision géographique. Mais cela ne contrariera sans doute que moi…
Je reste très mitigée au final car, si je pense que ce n’est pas au mauvais livre, je trouve quand même qu’il manque beaucoup de maturité dans le fond comme dans la forme et, si suite il y a, espérons que l’auteur saura se détacher de l’influence de ses lectures de jeunesse et prendra un peu plus d’assurance dans l'exploration de son univers.