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mardi 7 septembre 2021

Biotanistes

Un roman d'Anne-Sophie Devriese, publié aux éditions ActuSF.


Présentation de l'éditeur :
Quelque part dans le futur.

La terre est sèche. Des grappes d’humains survivent dans les dernières oasis. Terminé les ruisseaux, terminé les animaux, terminé… la domination masculine. Parce qu’elles semblent être les seules à survivre à une maladie qui décime l’humanité, les femmes ont pris le pouvoir et les hommes sont relégués au rang de reproducteurs.

Rim, jeune sorcière élevée au convent, voit son premier saut dans le passé approcher avec impatience et fébrilité : et si elle n’atterrissait pas en zone utile et devait renoncer pour toujours à voyager dans le temps ? Et puis, qui est Alex, cette nouvelle venue qui la déroute tant, la pousse à reconsidérer ses certitudes ? Et si… Et si les hommes, en vérité, pouvaient survivre au fléau ?

Encore une pépite de l’excellente collection Naos !
Futur, date indéterminée, une maladie a décimé la population et continue de faire rage sans que son mode de contagion ne soit identifié. Les désastres environnementaux engendrés par l’humanité ont ravagé la terre. Les abeilles ne sont plus et peu de flore leur a survécu. Sans parler de la faune... Après avoir envahi et détruit l’écosystème, le plastique est devenu une denrée aussi précieuse qu’elle est rare. De l’humanité, il ne subsiste que quelques communautés éparses qui survivent tant bien que mal dans un immense désert. Leurs déplacements sont limités par l’effondrement technologique et l’accès aux ressources aussi bien qu’au savoir est problématique. 
Le salut de ces gens tient surtout au bon vouloir de celles que l’on nomme les Sorcières. Touchées par la maladie, mais sorties indemnes de celle-ci, elles ont développé un talent précieux : elles peuvent voyager dans le passé. Un seul endroit, une seule époque, elles ne choisissent pas et ne peuvent rien ramener de matériel. En revanche, elles peuvent apprendre par cœur toutes les informations qui leur permettront de rassembler le savoir utile, mais perdu, accumulé par leurs semblables au cours des siècles précédents. À l’époque de notre récit, elles sont craintes et jalousées, mais aussi respectées. Il n’en a pas toujours été ainsi et on se rendra vite compte que leur histoire complexe et fascinante, tout comme leur ascension au pouvoir, recèle de nombreux secrets.
Rim est une sorcière, bien malgré elle, seule rescapée de sa famille anéantie par le fléau. Elle a été sauvée par Ulysse le conteur itinérant et ramenée dans un convent où elle a grandi sous la protection d’Anthoïna, une talentueuse biotaniste. Dans cette société matriarcale — où les femmes dominent puisqu’elles seules peuvent survivre au fléau — Rim s’interroge sur beaucoup de choses, sur la notion d’égalité entre les sexes autant que sur l’usage que font ses « sœurs » de leur pouvoir, sur la source du fléau et la raison pour laquelle les hommes n’y survivent pas. Elle sait confusément que toutes les questions ne sont pas bonnes à poser dans ce dernier bastion de la connaissance humaine. Cependantn son prime saut approche. Quelle influence aura-t-il sur ses croyances et sur sa vie d’adulte ?
Biotanistes est un excellent roman, aussi prenant que créatif. J’ai adoré découvrir comment cette société s’est reconstruite pour survivre, les choix bons comme mauvais qu’ont fait ces humains pour s’adapter au fil des ans à un environnement de plus en plus hostile et leurs théories à ce sujet. Rim est un personnage intéressant. Passionnée et idéaliste, elle a aussi les défauts de ses qualités. Elle est impulsive et colérique. Cela ne la rend que plus humaine. Toutefois, si elle demeure au centre de l’histoire, elle n’en est pas moins accompagnée par d’autres personnages aussi complexes et que j’ai aimés suivre, notamment Alex, Anthoïna, Ibrahim et Ulysse. Je déplore cependant trop de manichéisme dans la construction des antagonistes. Par exemple, si l’on entrevoit sur la fin de l’histoire les raisons qui peuvent expliquer le comportement d’un personnage odieux tel qu’Olympe, elle manque encore trop de relief à mon goût. Des personnages plus nuancés auraient donné encore davantage d’ampleur à ce récit.
Cependant, au-delà de la construction des personnages, l’histoire elle-même est géniale. L’inversion des pouvoirs entre les sexes et le sexisme dont font preuve les femmes sont le reflet de notre propre situation. On se rend compte que les problèmes et les attitudes sont malheureusement les mêmes, peu importe qui domine. Les abus sont nombreux, les hommes discrédités et réifiés. J’ai été très intéressée par la façon dont est détournée la culture populaire, notamment les contes, pour remodeler l’histoire et renforcer l’assise de cette société matriarcale si loin de l’utopie.
J’ai aussi apprécié le contraste entre certains progrès technologiques — Anthoïna est par exemple capable de créer de minuscules créatures mécaniques ou des tenues vivantes qui s’autorégulent — et des retours en arrière drastiques dans d’autres domaines, faute de connaissances sur le sujet ou de matière première. Les véhicules les plus évolués sont des carrioles ou des chars à voiles. La médecine, ou plutôt la biotanique, peut produire des prothèses très évoluées, mais ses remèdes en sont réduits à quelques plantes.
Biotanistes est un roman d’aventure dans lequel on ne s’ennuie jamais. Au-delà de l’aspect distrayant du récit, l’autrice nous offre de nombreuses occasions de nous interroger sur notre propre société et l’avenir de la planète. Les bonds dans le passé nous confrontent à notre propre histoire, dénonçant au passage des injustices toutes contemporaines. Cependant, dans ce marasme qu’est devenu notre monde, il reste de l’espoir et l’amour de la lecture comme point d’ancrage de la sédition. Comment ne pas apprécier ?

mardi 9 octobre 2018

Il était Temps


Tim a vingt-et-un ans quand il apprend que les hommes de sa famille peuvent voyager dans le temps. Il lui suffit de s’enfermer dans le noir, de repenser à un moment du passé et hop, le voilà prêt à rectifier une erreur et, peut-être, améliorer sa vie. Sur le papier ça a l’air chouette. Qui n’a jamais perdu son temps à refaire dans sa tête le scénario d’une mésaventure, sans pour autant avoir l’espoir de l’effacer ? Les « et si » nous empoisonnent souvent. 
Délesté de ce fardeau, Tim va peu à peu réécrire sa vie, se rendant petit à petit compte des limites de son pouvoir. Cela commence comme une bluette qu’on regarde sans trop s’investir, mais au fil du film les relations entre les personnages prennent du relief, s’éloignent de la simple comédie romantique et sonnent plus vrai. Il est assez émouvant, en fin de compte, de voir Tim évoluer et prendre confiance en lui, apprécier plus encore ce temps qui lui est pourtant moins compté qu’au commun des mortels. 
Les personnages secondaires sont tout aussi attachants, en particulier la sœur et le père de Tim. Ce sont vraiment les très forts liens qu’ils entretiennent tous les trois qui m’ont le plus touchée et m’ont fait pardonner quelques facilités scénaristiques. 
C’est le hasard, sous la forme d’une confusion concernant le titre, qui m’a fait enclencher la lecture et je ne le regrette absolument pas. Ce film qui ne paie pas de mine se révèle une très belle histoire sur l’amour, au sens large du terme, et le bonheur.

mercredi 30 novembre 2016

L'Homme qui mit fin à l'histoire

Une novella de Ken Liu parue aux éditions Le Bélial' dans la collection une heure-lumière.


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Présentation de l'éditeur :
Imaginez un procédé scientifique révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée. Par une seule et unique personne. Sans aucune possibilité pour l'observateur d'interférer avec l'objet de son observation. Un procédé qui ouvre les portes de la connaissance, de la vérité, sur les périodes les plus obscures de l'histoire humaine. Plus de mensonges. Plus de secrets d'Etat. Avez-vous déjà entendu parler de l'Unité 731 ? Créée en 1932 sous mandat impérial japonais, dirigée par le lieutenant-général Shirö Shii, cette unité militaire de recherche bactériologique se livra à l'expérimentation humaine à grande échelle dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945, provoquant la mort de près d'un demi million de personnes… Cette invention révolutionnaire va enfin permettre de savoir la vérité sur ces terribles événements, à peine reconnus en 2002 par le gouvernement japonais, et couverts pendant des années par le gouvernement américain. Quitte à mettre fin à l'Histoire…



Je n’avais pas lu la quatrième de couverture. Je suis arrivée confiante, parce que c’était Ken Liu. Je pense avoir bien fait, je vous encourage donc à zapper cette chronique et à vous procurer cette novella sans rien savoir de plus.
Si malgré mes avertissements vous n’avez pas envie de vous jeter dans l’inconnu, voici mon avis :


La forme m’a tout d’abord interpellée. L’Homme qui mit fin à l’histoire est construit comme un documentaire, ou plutôt comme la transcription de celui-ci. Notes de production, plans minutieusement décrits, explications préliminaires, témoignages… L’auteur a parfaitement créé l’illusion. Le début est un peu déroutant mais, très vite, on y croit.
S’il vous était offert de voir le passé une unique fois, quel moment choisiriez-vous ? Quel lieu ? Et pourquoi ?
Anticiperiez-vous également tout ce que cela peut impliquer sur le plan moral ?
Dès les premières minutes du documentaire, une théorie nous est exposée : voir le passé serait possible. Cependant, à partir du moment où le « voyage » est effectué, ce pan de l’histoire devient inaccessible pour d’autres. Si l’idée est née de bonnes intentions, on la verra attaquée, dévoyée, puis remisée par un monde qui n’est pas prêt à regarder son passé en face.
Les deux personnages principaux espéraient mettre en lumière une période particulièrement sombre de l’histoire, mais pas si éloignée que ça. Si j’ai souvent entendu parler des expériences menées par les Allemands sur les prisonniers durant la seconde guerre mondiale, ce n’était pas le cas pour celles des Japonais sur les Chinois. À dire vrai, quand j’ai étudié cette période au lycée, les cours étaient très centrés sur l’occident… Aussi, j’ai trouvé cet ouvrage, basé sur des faits historiques rigoureusement vrais, intéressant.
Cette novella mêle science-fiction et histoire pour mieux développer plusieurs problématiques qui ont nourri ma réflexion. Quand j’en ai parlé à une personne de mon entourage, il m’a été répondu : oui mais c’est faux, c’est juste de la SF. Réponse qui m’a exaspérée. La puissance de la SF est justement qu’elle permet de repousser les barrières de la réflexion, de décloisonner un problème pour l’appréhender sous d’autres angles.
Comment l’humanité réagirait-elle face à un tel procédé ? L’utiliserait-elle à bon escient ou pour détruire la vérité ? Accepterait-elle les témoignages de ses pairs ou s’enfoncerait-elle davantage dans le négationnisme ?
D’un point de vue éthique et humain, mais également historique, cette novella est passionnante. Certains passages m’ont bouleversée et je ne peux que vous recommander cette lecture.


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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans les catégories suivantes :
– Lire une œuvre SFFF écrite par un auteur de couleur ou métissé. Que c’est moche, écrit comme cela. Mais il faut quand même bien trouver un terme : allez… tout sauf blanc.
– Lire une œuvre de SFFF par un auteur non occidental.

mardi 7 juin 2016

Alice de l'autre côté du miroir

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J’ai été voir Alice de l'autre côté du miroir sans a priori ni grandes attentes. J’espérais juste un film un peu loufoque et distrayant.
Contrairement à beaucoup de gens, j’avais bien aimé le précédent opus. Pas vraiment du Burton, pas non plus du Alice au Pays des merveilles, ça c’est sûr, mais c’était sympathique. Le deuxième film, par contre, m’a semblé clairement en-dessous.
Le retour d’Alice au Pays des merveilles se fait une fois de plus à un moment charnière de son existence. C’est une nouvelle fuite en avant qui l’empêche de s’interroger sur sa propre vie, du moins sur le moment. Cependant, en voulant aider ses amis, c’est son avenir qu’elle va remettre en cause.
Le film est axé sur les erreurs que l’on commet, avec de bonnes ou de mauvaises intentions, sur l’égoïsme, l’orgueil mal placé, les incompréhensions et l’implacabilité du temps. Ainsi sont pointés du doigt les déboires familiaux d’Alice, du Chapelier et des deux Reines. Néanmoins, cela manque de finesse.
Mia Wasikowska est toujours aussi falote, ce qui cadre moins avec la femme qu’Alice est supposée être devenue. Johnny Depp et Helena Bonham Carter n’ont malheureusement pas l’occasion de sauver les meubles et le Temps (Sacha Baron Cohen) censé être un personnage principal, reste anecdotique.
Les visuels sont superbes, cependant je me suis ennuyée pendant toute la première moitié du film. La seconde est plus enlevée, mais n’est pas parvenue à me laisser une bonne impression de ce long métrage. Le scénario est assez plat, très linéaire (le comble pour des voyages temporels) et la morale gentillette très prévisible.
Au final, je suis plutôt déçue. Ce film se laisse regarder, mais il manque cruellement de plussoyance.

lundi 6 juin 2016

The Librarians - Saison 2

Pour connaître mon avis sur les téléfilms et la première saison, c'est par-là.


 

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Il ne faut jamais dire jamais, n’est-ce pas ? Une amie m’ayant promis une deuxième saison plus intéressante, avec une intrigue de fond axée sur des personnages littéraires, je me suis laissé tenter. J’ai donc visionné la fin de la première saison (la clôture de l’arc principal se révélant aussi convenue que je m’y attendais et encore plus décevante que je l’aurais cru possible) et j’ai enchaîné avec la deuxième.
Je dois dire qu’elle se laisse regarder. Je l’ai trouvée plus agréable que la première et il y a souvent de bonnes idées (pas toujours exploitées à leur maximum, mais bon…). C’est un peu l’esprit de la série : des références à la culture pop toujours amusantes, du kitsch, du divertissement avant tout et parfois un brin d’originalité. On est toujours confrontés à beaucoup d’invraisemblances, mais bon à ce stade-là on fait avec et on arrête de se plaindre. C’est le genre de série qu’on regarde pour passer le temps. Il y a du bon et du mauvais à parts égales.
Pour renforcer cette impression, j’aime beaucoup certains personnages alors que d’autres me tapent sur les nerfs. Eve est la reine de la seconde catégorie. Mary Sue de base, elle ne résout pas les intrigues, elle les aplatit comme un bulldozer… On se demande à quoi servent les autres, sinon de faire-valoir, puisqu’elle est là pour sauver le monde toute seule. Par contraste, des personnages plus intéressants sont peu exploités. Cependant, une nouvelle intrigue de fond se profile et j’espère qu’elle corrigera un peu le tir.
J’ai tout de même eu de bonnes surprises lors de cette saison à base de littérature et de voyages temporels, notamment en ce qui concerne le choix des « méchants ». En dire trop à leur sujet serait gâcher le début de saison et comme c’est un bon épisode ce serait particulièrement dommage.
Si vous aimez la culture pop, la littérature (particulièrement britannique) et que vous avez besoin de vous distraire devant un programme sans prise de tête, regardez The Librarians.

samedi 14 mai 2016

Impressionnisme, Palimpsestes T1

Un roman d'Emmanuelle Nuncq, premier tome d'une trilogie, aux éditions du Chat Noir.


 

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Présentation de l'éditeur :


Paris, 1894


C’est l’effervescence au Louvre : le musée accueille la Pythie, une statue ramenée d’un site archéologique de Delphes. Alors que tous les yeux des visiteurs sont rivés sur la nouvelle œuvre, ceux de Samuel, un jeune gardien, se posent sur Clara, une étudiante en Arts, habituée des salles. Mais depuis l’inauguration de l'exposition, d’étranges événements forcent la rencontre de ces deux jeunes gens, nouvellement associés pour comprendre ce qu’il se trame dans les couloirs du Louvre et empêcher que Paris ne sombre, ensevelie sous les couches du Temps et de l’Histoire.



Derrière cette jolie couverture qui attise la curiosité, se cache un roman empreint de douceur et d’optimisme. Il s’agit d’une romance matinée d’anecdotes historiques et je ne m’attendais pas vraiment à cela. Cependant, c’est assez agréable à lire et les chapitres courts font que l’on tourne les pages avec rapidité. Toutefois, n’espérez pas non plus une intrigue trépidante. Il faut prendre ce récit comme une promenade insolite et reposante.
Samuel, gardien au Louvre, et Clara, étudiante en arts, sont les personnages principaux. On apprend petit à petit à connaître leur personnalité, leurs rêves et leurs failles. J’ai peiné, au début, à trouver leur histoire d’amour crédible, mais plus je tournais les pages et plus ils me semblaient sympathiques. Le trait est un peu appuyé, mais ces héros véhiculent des valeurs qui parleront à une bonne majorité des lecteurs (en tout cas je l’espère pour l’humanité).
L’intrigue de fond est plutôt bien trouvée, mais pas suffisamment exploitée à mon goût. Récemment ramenée de Delphes, une statue perturbe les ondes temporelles autour d’elle, superposant dans la capitale des scènes d’un autre temps au quotidien des habitants. Ténus au départ, ces phénomènes s’amplifient et créent un vent de panique. On passe donc un certain temps à en chercher la cause ainsi qu’une solution. C’est un bon prétexte pour se promener dans l’Histoire de France et ce n’est pas désagréable. L’auteur a su disséminer ses anecdotes avec légèreté pour rendre son roman plus vivant. Je dois dire que ce sont les passages que j’ai préférés.
La romance prend également une grande place et c’est moins mon délire. Elle n’est ni passionnelle ni particulièrement mémorable, cependant ces jeunes gens qui apprennent à se connaître sont mignons dans leurs maladresses et leurs espoirs. Je suis juste un peu vieille et blasée pour ça.
Ce roman peut tout à fait se lire comme un one shot, mais je suis curieuse de ce que donnera la suite, sachant ce que Clara et Samuel ont appris sur le futur. À quelle époque se déroulera-t-elle et quel en sera l’enjeu ?

mercredi 21 octobre 2015

Rédemption

Un roman de Bérengère Rousseau, publié aux éditions du Riez.
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Présentation de l'éditeur :
Quand un vieux médaillon et quelques documents anciens révèlent à Noâm les soupçons de collaboration qui pèsent sur son arrière-grand-père, son monde bascule. Comment accepter et vivre avec cette honte ? Il veut comprendre. Avec son meilleur ami, il se rend au Château de Noisy, là où son aïeul fut aperçu pour la dernière fois.

Sur place, ils sont victimes d’un éboulement. Ils se réveillent en 1944 à la veille de la Bataille des Ardennes. Noâm voit là l’occasion de restaurer l’honneur de sa famille, au risque de changer le cours de l’Histoire. Et si, justement, celle-ci avait déjà changé ?
Noâm, jeune étudiant Belge passionné d’Histoire, découvre presque par hasard un pan nébuleux de son passé familial. Son arrière-grand-père était-il un résistant ou un collabo ? Parce que cette question le hante, il décide de faire des recherches, sans savoir jusqu’où cela pourrait l’entraîner… Il va apprendre par lui-même qu’en temps de guerre comme dans la vie en général, la nuance a son importance.
Le début du roman m’a beaucoup plu. L’intrigue était prometteuse, la lecture agréable. Cela s’est quelque peu gâté à partir du moment où les personnages sont propulsés dans le passé. Ce n’est pas tant la qualité du récit qui est en cause. Peut-être m’attendais-je à autre chose…
Les implications dans le passé de Noâm et de son ami Lucas m’ont semblées beaucoup trop directes. La rencontre avec l’arrière-grand-père et son acceptation des faits sont aussi trop faciles. Dès lors, j’ai commencé à me détacher des personnages. J’étais de plus en plus sceptique à mesure qu’avançait ma lecture. J’espérais plus de subtilité.
Il semble que la présence des deux jeunes hommes dans le passé suffise à créer une uchronie, ce qui est illogique, car les changements de ce passé découlent d’événements survenus avant leur arrivée. Ne comptez pas comprendre le pourquoi du comment de ces changements ni l’origine du voyage temporel… J’ai besoin de vraisemblance quand je lis une histoire et je ne l’ai malheureusement pas trouvée ici… C’est ce qui m’a le plus gênée. Ce roman n’est pas désagréable à lire, mais il n’était pas pour moi. La fin m’a cependant émue, toutefois pas assez pour me faire oublier le reste.
Je demeure également perplexe vis-à-vis de nombreux cafouillages. Nous avons une référence erronée à Retour vers le futur (non mais vraiment !) ainsi que quelques coquilles dont une qui m’a fait bien rire (le flan ouest… Bon appétit !). Je tiens néanmoins à signaler que c’est assez inhabituel dans les ouvrages des éditions du Riez. Certaines phrases en allemand sont traduites alors que d’autres non, et pas forcément lorsqu’elles sont compréhensibles grâce au contexte. Ceci dit, ça ne gêne pas vraiment le lecteur non germanophone.
Rédemption ne me marquera pas outre mesure et c’est dommage, l’idée de départ me plaisait bien.
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RVLFC

challenge ebooks

dimanche 18 octobre 2015

Outlander

Outlander


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Attention, c’est la minute je raconte ma vie, si ça vous ennuie, passez directement à la seconde partie du texte :
Il y a de ça une bonne douzaine d’années, alors que j’allais embarquer pour l’Irlande, j’ai fait un petit détour pour acheter un bouquin à lire dans l’avion ainsi que pour avoir quelques pages à parcourir avant de m’endormir. Je fais toujours ça, même si je sais que je lirai très peu. Acheter un livre, plutôt qu’en amener un avec soi, fait partie du voyage. Je prends toujours un poche, pour des raisons évidentes, et cette fois-là j’ai choisi le premier tome de la série Le Chardon et le Tartan, sans savoir que ce n’était que la moitié du « vrai » premier tome.
J’ai peu lu pendant mes vacances, j’avais bien d’autres choses à voir que de l’encre sur du papier, mais j’ai repris le livre dès que je suis rentrée et me suis procuré la suite presque aussitôt. J’ai apprécié ces romans. Je n’ai pas tout lu d’une traite, mais même si je garde un bon souvenir de ces moments de lecture, j’avoue que Diana Gabaldon a fini par me lasser.
Je n’attendais pas grand-chose de la série télé, pourtant j’étais curieuse. Ce n’est pas l’engouement général qui m’a décidée, mais ces premiers bons souvenirs de lecture. Et ce fut, je dois le dire, une très bonne surprise. Non je ne parle pas de Sam Heughan qui, s’il est agréable à regarder, n’éveille pas plus que ça mon intérêt (ne me jetez pas de pierres !)


La première saison d’Outlander, basée sur le premier tome (selon le découpage d’origine) compte 16 épisodes. La deuxième saison est en cours de tournage.
Au sortir de la seconde guerre mondiale, Claire et son époux, Franck, prennent des vacances en Écosse afin de se retrouver avant de partir pour L’Oxfordshire où Franck a obtenu un poste d’enseignant. Longtemps séparés, ils ont un peu de mal à réajuster leur façon de vivre ensemble.
Claire était infirmière durant la guerre et elle s’intéresse beaucoup aux plantes médicinales, c’est ce détail qui va bouleverser son existence. Revenue auprès du cercle de pierres dressées près duquel elle a observé la veille, en compagnie de son mari, un rituel païen mené par les femmes du village, elle va se retrouver propulsée près de deux cents ans en arrière. Alors que les évènements l’emmènent loin du cercle de pierres, elle n’aura de cesse que de rentrer chez elle.
Caitriona Balfe est sans nul doute une très belle femme, pas l’actrice la plus expressive que j’ai pu voir cependant, même si elle a ses bons moments et que son interprétation demeure juste. (On ne peut pas non plus dire que Claire soit très émotive.) Balfe apporte en tout cas à son personnage un capital sympathie plus élevé que dans le roman. Je n’aimais pas trop la version livresque de Claire, Balfe a su me la faire voir autrement ; elle la rend plus humaine.
L’histoire elle-même acquiert une autre dimension grâce à la série. C’est une bonne adaptation, elle en extrait le meilleur, reste fidèle, tout en ajoutant de bons apports, comme par exemple les passages consacrés à Franck après la disparition de sa femme. Ce n’était pas possible dans le roman car la narration dépend exclusivement de Claire. On voit donc aussi les événements de manière plus neutre, plus complète.
L’équipe a su donner une belle esthétique à la série (non, je ne parle toujours pas de Sam Heughan). La mise en scène est très soignée ; le rituel des sorcières, pour ne citer que ce passage, suffit à lui seul à faire frissonner le téléspectateur. On notera également le changement dans l’éclat des couleurs selon les époques. Le passé apparaît ainsi comme plus vivant alors que la vie au sortir de la guerre est terne, les gens fatigués, comme éteints.
Ce que j’aimais déjà dans les livres et qui demeure dans la série, est qu’on s’intéresse au contexte autant qu’aux intrigues plus personnelles des protagonistes. Claire et ses amours ont bien sûr une place de choix, mais l’histoire de l’Écosse ne sert pas seulement de décor. C’est un tout, parfaitement dosé pour maintenir l’intérêt.
Je n’ai par contre pas été convaincue par tout le casting, notamment Lotte Verbeek dans le rôle de Geillis. Mais c’est peut-être davantage la faute à la façon dont est présenté le personnage que celle de l’actrice.
J’ai apprécié de redécouvrir cette histoire, mais je me suis malgré tout un peu lassée dans la deuxième moitié de saison. Le fait de connaître tous les nœuds de l’intrigue y est peut-être pour quelque chose. Cependant, Outlander reste une bonne série, agréable à suivre et je regarderai la suite, mais à petites doses.


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RVLFC

mardi 13 octobre 2015

Balade au bout du monde, Intégrale 1

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Présentation de l'éditeur :
Il était une fois un petit photographe... Le récit de Makyo, mis en images par Vicomte, débute comme un conte de fées moderne. Mais, soudain, il dérape... L’œuvre vire au noir, plongeant le lecteur dans les délires d'un cauchemar souterrain et carcéral. Sous la réalité, l'abîme du fantastique... Cette œuvre, promue au rang de best-seller de la BD moderne, a été récompensée par la plus haute distinction du Festival d'Hyères et par le Grand prix de la Ville de Paris.



La série de bandes dessinées Balade au bout du monde est composée de 17 volumes dont la parution s’est étendue de 1982 à 2012. Elle a reçu de nombreux prix.
Les 16 premiers tomes sont divisés en cycles de quatre, chacun dessiné par un artiste différent. Ils ont été regroupés en quatre intégrales à la sortie de l’épilogue en 2012.


La première intégrale, dont je vais vous parler, est donc composée de :
- La Prison (1982)
- Le Grand Pays (1984)
- Le Bâtard (1985)
- La Pierre de folie (1988)


Le scénario est de Pierre Makyo, les dessins de Laurent Vicomte.


Ces quatre volumes comptent une cinquantaine de pages chacun et, même si on entre très vite dans le vif du sujet, les lire séparément me semble trop bref pour s’immerger dans l’histoire. Qui plus est l’intrigue, se décousant à mesure, n’aide pas le lecteur. Je n’ose imaginer combien de fois les lecteurs de la première heure ont dû relire le cycle en 30 ans pour se remettre dans le bain à chaque nouvelle parution…
L’histoire démarre plutôt bien. Arthis, un jeune photographe, est fasciné par ces marais que l’on surnomme Le bout du monde. Il y erre, prenant des photos, épiant du coin de l’œil cette belle brune qui comme lui semble attirée par l’endroit. De nombreuses personnes ont disparu au fil des siècles dans ces marais et il va lui-même subir leur sort.
Le premier épisode, nimbé de mystère, ne manque pas d’intérêt. On plonge avec Arthis dans un univers aussi déconcertant que violent. On a le temps de se sentir piégé, comme lui. Pourtant, le scénario ne stagne pas et la situation évolue sans cesse jusqu’à ce que l’on découvre enfin pourquoi toutes ces personnes sont emprisonnées et surtout où elles se trouvent.
J’ai trouvé les deux premiers volumes prenants, malgré quelques couacs. Puis, au fur et à mesure que l’intrigue s’emberlificotait, mon intérêt est retombé. L’idée de départ était pourtant très bonne, mais tout part en vrille de manière vraiment exaspérante. On ajoute des choses, de plus en plus farfelues, sans exploiter les bases de l’histoire. Chaque rebondissement est cousu de fil blanc, plus ils s’accumulent et plus le tout paraît inepte. Pour ne citer qu’un exemple, on se remet très facilement d’une flèche en plein cœur… Et je ne vous parle pas des intrigues familiales…
Les personnages ne sont pas des plus attachants. D’ailleurs toutes les femmes de l’histoire sont puériles, égoïstes, précieuses et pas très futées ; elles devraient sérieusement revoir leurs priorités. Ceci dit, elles ne sont pas là pour ça. Tout est bon pour montrer une nana à poil (il n’y en a pas tant que ça, mais franchement la plupart du temps ce n’est pas justifié).
Filles nues qui s’étirent mises à part, les dessins sont vraiment le point fort de cette BD. On aime ou pas ce style à la fois flou et très détaillé. C’est une explosion permanente d’informations. Les dessins sont, au final, tout ce que je retiendrai sur le long terme.
Cette série m’avait été recommandée chaleureusement par une amie il y a quelques années déjà et je ne l’ai sûrement pas découverte au bon moment. Je suis devenue trop exigeante en matière de scénarios. Les volumes 3 et 4 m’ont terriblement ennuyée, je n’en voyais plus la fin et j’en resterai là de ma balade au bout du monde.


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RVLFC


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dimanche 27 septembre 2015

Métaphysique du vampire, nouvelle édition

Un roman de Jeanne-A Debats, initialement publié chez Ad Astra et maintenant repris en papier et numérique par les éditions ActuSF.

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Présentation de l'éditeur :

“C'est mon travail de traquer les monstres. J'en ai connu beaucoup, brièvement. Ils étaient tous humains à la base."

Navarre, alias Raphaël, est un vampire vieux de plusieurs siècles, terriblement beau, joyeusement bisexuel et surtout un assassin redoutable à la solde du Vatican. Pour sa nouvelle mission, il est envoyé au Brésil sur les traces d’un ancien nazi. Mais, entre les divinités locales et la chaleur du Carnaval, la chasse ne s'annonce pas de tout repos... d'autant qu'il se retrouve accompagné d'un prêtre, au dogme laxiste, et d'une autre créature de la nuit, Dana, particulièrement attirante.
Rythmé, drôle, étonnant, osé... Dans la lignée de L'Héritière, Jeanne-A Debats, avec Métaphysique du vampire, réinvente le roman vampirique pour mieux nous faire s'interroger sur la notion d'humanité.

Jouant avec les codes de la science fiction et du fantastique, Jeanne-A Debats est désormais une voix importante des littératures de l’imaginaire en France. Son œuvre interpelle, distrait et fait réfléchir, avec toujours des personnages hauts en couleur, de La Vieille Anglaise et le continent à Plaguers en passant pour les plus jeunes par La Ballade de Trash. Cette édition contient en prime les nouvelles "Lance", "La Fontaine aux serpents" et "Ovogenèse du vampire".
Peut-être avez-vous déjà croisé Navarre au détour d’une anthologie, dans le roman L’Héritière également paru aux éditions ActuSF, ou même dans la précédente version de Métaphysique du vampire publiée chez Ad Astra. S’il est apparu dans de nombreuses nouvelles, Métaphysique du vampire est pour l’instant le seul roman dont il est le personnage central et l’intrigue se déroule à l’époque où il travaillait encore pour le Vatican en tant qu’espion et assassin.
« Pour vivre heureux et immortels, vivons stupides » telle est sa devise. Sauf qu’il n’est pas vraiment stupide, il essaie simplement de ne pas gamberger, ce qui n’est pas évident après cinq cents ans d’existence. En cela, il est un vampire très crédible et tranche avec ses congénères, à l’ère où ceux-ci tendent à devenir de plus en plus lisses et propres sur eux, aussi plats et froids que des photos de magazines. De roman en roman, ils se ressemblent tous, très loin du vampire d’origine qui symbolisait la transgression.
Je suis persuadée qu’on ne pourrait pas survivre tant de temps, avec un cerveau humain malgré tout, sans une certaine dose de dinguerie et qu’il n’y a pas d’autre moyen que d’apprendre à la gérer avec des manies, des troubles de l’attention ou une superficialité exagérée. C’est ce qui peut paradoxalement permettre de supporter toutes les informations qu’on engrange, ces nouvelles choses que l’on doit apprendre. Même le sommeil fait défaut à Navarre, son esprit ne se repose jamais, il y a là de quoi définitivement lâcher la rampe à la première occasion.
J’ai beaucoup aimé cette façon d’envisager le vampire et j’ai trouvé un certain intérêt à la manière dont l’auteur intègre les différents panthéons à sa mythologie personnelle, à la construction de son background et aux différentes magies présentes. Métaphysique du vampire est un roman d’urban fantasy sortant résolument de l’ordinaire, tenant en grande partie du polar à l’ancienne. Il faut dire que l’époque à laquelle se passe l’histoire se prête particulièrement à ce métissage des genres. Ce roman rappelle un peu James Bond, mais en prenant à contre-pied presque tout ce qui fait les aventures du personnage.
Comme Navarre est le narrateur, qu’il est relativement égocentrique et qu’en plus le roman est fort court, les personnages secondaires sont peu développés, mais pas laissés de côté. Ils sont présents juste ce qu’il faut. Bien évidemment, notre vampire est au centre de l’histoire et se révèle être un personnage attachant malgré son détestable caractère. Arrogant, un brin capricieux et puéril, égoïste et solitaire, il cache son humanité derrière ces défauts pour mieux survivre au temps qui passe. Il a une tendance prononcée à la digression et aux bavardages futiles qui nous font sentir qu’il se promène sur un fil ténu, pouvant basculer à tout moment, prisonnier de son propre esprit et parfois même de celui des autres, car Navarre a un don très spécial qui lui vaut autant d’ennuis que de facilités dans son travail. Il est en outre très lucide, peu complaisant envers lui-même comme envers autrui, ses défauts sont parfaitement assumés. Aussi cynique que sarcastique, son humour et sa gouaille le rendent très plaisant à suivre.
L’histoire en elle-même est excellente et bourrée d’action. Même si elle se révèle un peu prévisible, cela n’a guère d’importance car on se laisse très vite emporter et le tout est extrêmement bien construit. C’est un récit qui, sous des dehors de littérature de divertissement, donne à réfléchir, notamment sur les notions d’humanité et de monstruosité. Ce thème, qui revient souvent avec ce personnage, me touche particulièrement.
Du point de vue de la forme, la narration selon Navarre est aussi très intéressante et originale car l’histoire n’est pas découpée en chapitres et ne connaît que très peu d’interruptions. On la suit d’un bout à l’autre, comme ce vampire qui ne dort jamais réellement. Ça colle parfaitement avec le personnage, pour lui cette aventure dans son ensemble n’est qu’un court chapitre de plus dans sa très longue vie. En théorie, l’idée est vraiment très séduisante et je l’ai appréciée car elle renforce la crédibilité du récit, mais en pratique ce procédé peut se révéler étonnamment lourd à la lecture. J’ai peut-être ressenti les choses ainsi parce que j’étais fatiguée quand j’ai lu ce texte et donc sujette aux troubles de l’attention. Dans ces cas-là, les chapitres courts me donnent l’impression de me reposer, même si je lis autant et sans réelle interruption que je l’ai fait avec Métaphysique du vampire. Le fait que le roman soit court a donc été un avantage dans ce cas précis. Comme quoi, on s’attache parfois beaucoup aux détails… En tout cas, ça m’a permis de mieux comprendre la façon dont Navarre vivait cette fatigue mentale qui s’accumule.
Ambigu, égotique, d’une délicieuse mauvaise foi, ce vampire est un personnage aussi exaspérant que charismatique. Je l’apprécie pour cette conscience qu’il a d’être un monstre, sans s’apitoyer sur son sort. Il est nuancé, s’embarrasse peu de morale, et ses choix peuvent aussi bien se révéler nobles qu’égoïstes et mesquins. En un mot, ce monstre ordinaire est très humain.

Avec cette nouvelle édition au sein de la collection poche des Indés de l’imaginaire, on perd certes la jolie couverture de Rozenn qui ornait l’ancienne version, mais on gagne trois excellentes nouvelles publiées au préalable dans des revues et anthologies.
Lance dépoussière avec verve et humour les récits classiques de dragons et princesses. Elle allie joyeusement légende arthurienne, troubles européens du début du XXe siècle et des thèmes restés malheureusement très actuels. Ce fut une lecture très distrayante.
Dans Ovogenèse du vampire, on retrouve, entre autres, un personnage présent dans L’Héritière (l’un de mes préférés, je l’avoue, ce qui ne fait qu’attiser mon envie de lire la suite) et c’est l’occasion pour Navarre de faire un petit voyage dans le temps. Ce texte relativement court est néanmoins très plaisant.
Enfin, c’est dans l’espace que Navarre devra exercer ses talents d’enquêteur. La Fontaine aux serpents, aux implications riches et complexes, est mon texte préféré.
Il est toujours difficile d’évoquer des nouvelles, de trouver les mots justes sans trop en dire. Quoi qu’il en soit, celles-ci valent le détour.
Cependant, ces découvertes ou relectures m’amènent à une interrogation. Malgré mon goût de la traque et ma joie quand j’en découvre une au hasard d’une anthologie, je me pose quand même la question : à quand un recueil de toutes les nouvelles concernant Navarre ?

Si vous avez aimé L’Héritière, je sais que vous ne manquerez pas cet ouvrage. Sinon, pour peu que vous cherchiez un roman d’urban fantasy qui sort de l’ordinaire, foncez chez votre libraire vous procurer Métaphysique du vampire qui, j’en suis certaine, vous offrira un très bon moment de lecture. Il peut se lire comme un stand-alone, mais vous donnera sans doute envie d’en savoir beaucoup plus sur son énigmatique narrateur.

dimanche 20 septembre 2015

The Amazing Mr Blunden

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The Amazing Mr Blunden est l’un de ces films de fantômes aux vaporeuses allures de conte que l’on aime regarder à l’approche des fêtes de fin d’année. Certes un peu kitsch – il date de 1972, c’était l’époque – il n’a néanmoins pas si mal vieilli que l’on pourrait le craindre.
Tout commence lors d’une veille de Noël en 1918. Un vieux gentleman toque à la porte d’une veuve désargentée et lui propose un emploi de gardienne, mais quand celle-ci s’éclipse pour s’occuper du bébé malade, il tient à ses deux aînés des propos sibyllins.
Alors qu’ils tentent de s’habituer à leur nouvelle vie, Lucy et Jamie vont se rendre compte que les rumeurs concernant le vieux manoir dont leur mère a la garde ne sont peut-être pas que des superstitions. Dans le parc, ils font une rencontre qui va les conduire cent ans en arrière pour, peut-être, éviter un drame.
J’aime l’ambiance de ce film, même si l’intrigue a quelques accents puérils parfois. C’est une histoire de fantômes très british, qui n’est pas faite pour effrayer mais plutôt pour laisser l’esprit dériver aux limites du merveilleux. Elle réveille les souvenirs enfouis de l’enfance, quand on s’imagine que tout est possible. Elle joue sur des motifs connus, mais sans lourdeur. C’est agréable à regarder. Un humour grinçant et subtil, irrévérencieux autant qu’ironique, ajoute un peu de piquant à cette intrigue qui serait sinon un peu trop enfantine avec ses grosses ficelles et ses méchants caricaturaux. De fait, The Amazing Mr Blunden peut plaire autant aux adultes qu’aux plus jeunes.
Si ce n’est clairement pas un film époustouflant dans son esthétique ou ses effets, il est cependant très soigné dans ses détails. Je pense notamment aux chansons (non, ne vous inquiétez pas, ce n’est pas un Disney ou une comédie musicale, on ne chante pas toutes les deux secondes) ; même quand on entend uniquement des bribes sur le passage de Mr Blunden, elles sont toujours significatives.
J’ai vu ce film pour la première fois il y a une bonne dizaine d’années et il est demeuré dans ma mémoire. Quelque chose dans cette histoire me touche, sans que je sache vraiment définir quoi. Cela se cache dans l’ambiance fantastique, dans la magie et le symbolisme du récit, peut-être. J’ai un faible pour les histoires de fantômes aussi, je dois bien l’avouer.
Je l’avais vu doublé en français, mais cette version semble introuvable aujourd’hui. J’ai donc dû me contenter de sous-titres en anglais. Cela dit, le vocabulaire est tout à fait accessible.
J’ai passé un moment agréable à me remémorer des détails que j’avais oubliés. Si vous n’avez pas peur du kitsch, si vous aimez les histoires de fantômes à l’ancienne et que vous avez envie de retomber en enfance pour une heure, suivez donc Mr Blunden et les enfants dans leur quête.


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RVLFC

samedi 16 mai 2015

L'étrange affaire de Spring Heeled Jack, Burton et Swinburne T1

Un roman de Mark Hodder, publié chez Bragelonne.


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spring heeled jack




Présentation de l'éditeur :
Londres, 1861
Sir Richard Francis Burton
Un grand explorateur et un érudit de talent. Sa réputation a été salie et sa carrière ruinée. Il est dans de sales draps.
Algernon Charles Swinburne
Un jeune poète prometteur et avide de sensations fortes, disciple du marquis de Sade. Le cognac causera sa perte. C'est le cadet de ses soucis.
Les deux hommes sont au cœur d'un empire déchiré par les conflits. D'extraordinaires machines envahissent un monde soumis à des lois des plus répressives. Tandis que certains défendent une société fondée sur le génie créateur, d'autres repoussent les limites de la conscience en ayant recours aux drogues, à la magie et à l'anarchie.
Lorsque des loups-garous terrorisent l'East End londonien et que des jeunes filles deviennent la proie d'une effroyable créature nommée Spring Heeled Jack, le duo n'a plus d'autre choix que d'agir. Au plus vite.
Tous deux se trouvent confrontés à l'un des événements les plus décisifs de cette époque. Mais la pire de leurs découvertes pourrait bien provoquer la fin du monde tel qu'ils le connaissent...
Quand une poignée d'hommes change l'Histoire, l'Histoire change tous les autres.



Face à cette lecture, je me suis un peu sentie comme Vassilissa devant le tas de graines que la Baba Yaga lui donne à trier. Certaines choses m’ont beaucoup plu, d’autres non, mais il serait titanesque de séparer les bonnes des mauvaises graines.
L’étrange affaire de Spring Heeled Jack est une uchronie steampunk mâtinée de voyage temporel et de paradoxes. L’idée est bien trouvée et très développée, mais de façon plutôt inégale. J’ai toutefois aimé la manière dont l’auteur se sert de l’Histoire et de personnages connus pour mieux les décaler dans son univers délirant. C’est l’effet ricochet, une onde se propage et des variations de plus en plus flagrantes troublent le cours de l’Histoire telle que nous l’avons apprise. Elle a ainsi pu largement dévier, tout en restant accessible au lecteur.
Il est intéressant de voir la manière dont l’auteur fait se répondre le réel et l’imaginaire. Par contre, sa façon de gérer le paradoxe a de quoi donner la migraine. Ce n’est totalement pas illogique en soi, cependant on sent qu’il manque quelque chose et cela m’a un peu gênée. Il use, en quelque sorte, du concept du « grain de sable » ; celui-ci enraye la machine et crée un inextricable cercle vicieux. Mais qu’en est-il vraiment du point d’origine ? On ne sait plus où commence réellement le changement ni pourquoi et cela plaît ou perturbe.
Si l’intrigue est travaillée, le décor n’est pas en reste. Hodder a créé un background complexe pour sa série et son mélange de technologies et de manipulations génétiques tient ses promesses. J’ai particulièrement apprécié les perroquets. Il faut savoir que dans ce monde chaque modification apportée à un animal pour le rendre « utile » lui fait acquérir une autre particularité, inutile et parfois même gênante.
Le roman est divisé en trois parties et la première sert principalement de mise en place. Elle présente les personnages, permet au lecteur de se familiariser avec l’univers steampunk, de goûter les changements apportés au cours de l‘Histoire et de s’immerger dans l’enquête. Seulement, je l’ai trouvée un peu longue à mon goût, hésitante, fouillis. Ce n’était pas désagréable à lire, mais j’avais l’impression de ne pas avancer, alors qu’en général j’apprécie que l’auteur prenne le temps de présenter son univers.
Cependant, tout s’emballe dès la deuxième partie et j’ai beaucoup plus apprécié cette suite. Le roman a pris un tour qui m’a plu et j’ai mieux compris les longueurs de la première partie. L’enquête se révèle plus fascinante quand on en a pris la mesure et les personnages, qui ne m’étaient pas particulièrement sympathiques, ont tout de même réussi à gagner mon intérêt.
L’auteur ne se prive toutefois pas de ces facilités typiques du vieux roman d’aventure, de celles qui font des Gentlemen de véritables parangons et des méchants des caricatures, même si ceux-ci, inspiration historique oblige, sont de meilleure qualité que la caricature de base, je l’admets.
Hodder a également essayé de brosser la société de l’époque, mais tout ne m’a pas semblé logique ou très crédible, comme par exemple des orphelins ramoneurs qui savent lire. Un je veux bien, mais plusieurs… Ce sont des détails, mais je les ai remarqués. Néanmoins, il s’est rattrapé en présentant dans les annexes les personnages célèbres dont il a détourné l’existence, ce qui se révèle au final assez ludique.
Globalement, la lecture fut intéressante malgré de trop nombreuses longueurs. Je lirai probablement le tome 2, paru cette année parmi les titres du Mois du Cuivre, mais je ne vais pas non plus me précipiter dessus.


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RVLFC

samedi 25 avril 2015

Le Voyage de Simon Morley

Un roman de Jack Finney, publié par les éditions Denoël. Il a reçu le Grand Prix de l'Imaginaire en 1994.

J’ai gagné ce roman sur le blog Un papillon dans la lune dans le cadre du Challenge Retour vers le futur. Je remercie d’autant plus chaleureusement Lune et les éditions Denoël que cette lecture a été un grand coup de cœur.

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Présentation de l'éditeur :

Première parution en 1993

Trad. de l'anglais (États-Unis) par Hélène Collon

Nouvelle édition Pour remonter dans le passé lointain, il n'est pas nécessaire d'utiliser une machine à voyager dans le temps. Il suffit de s'imprégner de l'époque dans laquelle on désire se rendre, de se dépouiller de toutes les pensées, comportements qui vous ancrent dans le présent, bref, de se conditionner mentalement et physiquement, pour être projeté dans le temps que l'on croyait perdu. Telle est la théorie du Pr. Danzinger. Informé de ce projet, qui a secrètement l'aval et le soutien logistique du gouvernement américain, Simon Morley doute, hésite... Mais la médiocrité de son existence, la curiosité, et le mystère qui entoure le suicide d'un aïeul de son amie Kate, finissent par le décider. Installé dans un appartement du «Dakota», un vieil immeuble new-yorkais demeuré intact, il va s'y comporter comme un homme de la fin du XIXe, et un soir de neige, après des jours d'efforts et d'attente, le miracle se produit... Récit conjuguant le témoignage écrit et visuel (de nombreux dessins et photos accompagnent le texte), enquête policière, histoire d'amour comme Hollywood ne sait plus en filmer, Le Voyage de Simon Morley a été récompensé par le Grand Prix de l'Imaginaire.

Lecteur pointilleux, toi qui aimes les récits soignés et les descriptions très visuelles, toi qui as le goût du détail et apprécies par-dessus tout que l’auteur se donne la peine de rendre son récit le plus plausible possible : tu ne peux pas passer à côté du Voyage de Simon Morley, un classique en ce qui concerne le voyage temporel. New York, début des années 70, Simon Morley est un jeune homme de 28 ans, fraîchement divorcé et qui travaille sans grand enthousiasme dans la publicité, jusqu’au jour où quelqu’un vient lui faire la plus étrange des propositions. Et s’il suffisait de s’imprégner d’une époque pour pouvoir s’y projeter ? Et si les vestiges architecturaux de notre passé pouvaient nous y aider ? C’est cette expérience que va tenter Simon. Motivé par l’envie d’éclaircir le mystère entourant un secret bien gardé qui entache le passé familial de sa petite amie, il va tenter de rejoindre la fin du XIXe siècle. Ce roman démarre lentement, il faut en lire un bon tiers avant d’entrer dans le vif du sujet. Cependant, cela fait partie de ce qui m’a séduite. Le fait que l’auteur prenne le temps de mettre en place le projet, d’exposer la théorie de ses personnages et d’imprégner son lecteur de l’époque à laquelle Simon souhaite se rendre apporte de la cohérence et de la crédibilité au récit. Il est appréciable, pour une fois, de ne pas se trouver face à un personnage qui n’a qu’à claquer des doigts pour obtenir ce qu’il veut. J’ai eu le temps de m’attacher à Simon, jeune homme ordinaire qui semble d’autant plus proche du lecteur lambda, et j’ai beaucoup aimé le suivre dans son aventure, me sentant impliquée dans l’histoire. Finney était un conteur, on a envie de l’écouter et surtout de le croire. Rien n’est pesant dans ce récit, malgré de longues descriptions. Celles-ci paraissent au contraire très vivantes. Le roman est jalonné de photos et de croquis qui renforcent sa vraisemblance et ne manquent pas d’intérêt. Les photos d’époque, prétendument prises par Simon, m’ont particulièrement plu et s’insèrent tout naturellement dans le récit. Le tout est très esthétique, d’autant que le style de l’auteur est aussi visuel que précis sans perdre en élégance. Le narrateur est un dessinateur et cela se ressent : il voit et décrit comme un artiste. On sent que l’évolution de la cité fascinait l’auteur. Ses descriptions de New York, qu’il s’agisse de la ville de 1882 ou de celle des années 70, sont très détaillées et réfléchies. Je me suis ainsi posé des questions qui ne m’avaient pas effleurée jusqu’alors et j’ai appris des choses, sur la ville comme sur l’époque. Finney a su rendre vivante cette fin de XIXe siècle dans mon esprit et si Simon veut en voir les meilleurs côtés, il n’en est pas moins conscient des mauvais. Cela n’en semble que plus réaliste, même si flotte le persistant effluve du « quand même, c’était mieux avant ». L’intrigue est très plaisante, le personnage principal aussi et je n’ai pas vu filer les pages, mais je reconnais que les lecteurs férus d’action trouveront peut-être certains passages un peu longuets, surtout vers la fin quand le lecteur attentif a depuis longtemps compris quelque chose qui, dans la panique, échappe aux personnages. Ce roman a été conçu et se lit comme un one-shot. Finney a néanmoins repris plus tard le personnage de Simon dans un autre ouvrage : Le Balancier du temps. J’ai très envie de le lire, mais malheureusement sa réédition n’est pas prévue.

Vous pouvez également consulter les avis de Lune et Acr0.

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RVLFC

samedi 29 novembre 2014

La Captive du temps perdu

Un roman de Vernor Vinge, publié au Livre de Poche.


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Attention, si vous n'aimez pas trop en savoir avant de commencer une lecture, ne lisez pas le résumé de l'éditeur !


Ils voyagent dans le temps mais à sens unique, vers l'avenir, dans des bulles de stase qui leur permettent de franchir les siècles ou les millions d'années.
Ils ne sont plus que trois cents. Toute l'humanité, qui se cherche un nouveau pays d'années. Et lorsque Marta Korolev meurt, assassinée d'une façon étrange et effrayante, naufragée de la temporalité, ils savent qu'un assassin se cache parmi eux.
Que Wil Brierson, l'unique policier de la communauté doit démasquer.
Avant qu'il n'extermine le reste de l'espèce humaine...


Vernor Vinge, l'un des meilleurs auteurs américains de science-fiction, vient d'obtenir le prix Hugo de l'an 2000 pour son roman A Deepness in the Sky. II l'avait déjà reçu en 1973 pour Un feu sur l'abîme, publié dans la même collection.



Dans La Captive du temps perdu, l’humanité est prise au piège de sa propre science, toute entière propulsée dans une fuite en avant. Elle survit tant bien que mal, avec les vestiges de sa technologie pour seul rempart, tentant de rassembler les derniers membres de l’espèce humaine et de les unir au-delà de leurs querelles pour se donner une meilleure chance de repartir dans la temporalité.
Vers le XXIe siècle, l’homme a maîtrisé la stase et évidemment fait un peu n’importe quoi avec. Certains s’en sont emparés pour fuir vers le futur, d’autres comme arme contre des personnes gênantes. C’est devenu pour eux la meilleure façon de faire un bond dans le temps, quel que soit leur motif de départ. La problématique est traitée de manière très intéressante et les théories de l’auteur m’ont captivée tout au long du roman.
Cependant, le problème majeur de ces voyageurs à sens unique n’est pas des moindres : l’humanité a mystérieusement disparu aux alentours du XXIIIe siècle et ils se sont trouvés piégés, certains sans ressources. Ceux qui l’ont pu sont retournés en stase en espérant du secours. Celui-ci est parfois venu sous la forme de Marta et Yelen Korolev, femmes aussi prévoyantes que dirigistes, qui essaient de sauver l’humanité en recueillant dans leur colonie tous les humains qu’elles peuvent trouver.
Ainsi se voient embarqués dans une même galère des humains venus des deux derniers siècles avant la mystérieuse extinction de leur espèce, devant faire face à leurs différences ou à leurs conflits passés, possédant une technologie avancée pour certains et qu’ils ne partagent pas forcément. Il est passionnant de voir confrontés ainsi et forcés de vivre ensemble des gens si différents et de découvrir cette histoire supposée des conflits mondiaux qui pourrait bien être la nôtre un jour.
On se pose beaucoup de questions au cours de cette lecture… Qu’est-il advenu de l’humanité ? Les survivants pourront-ils sauver leur espèce ? Et, surtout, qui menace la colonie dans l’ombre ?
J’ai adoré ce roman, à la fois mélange de polar et de science-fiction spéculative.
Bien sûr, il est un peu difficile d’accès au départ, quand tout se met en place et que l’on ne sait pas encore où l’auteur nous emmène. Cela fait beaucoup d’informations, assez hachées, et dont les enjeux restent obscurs un bon moment. C’est pour cela que j’ai insisté sur la situation de départ, même si en fait j’en ai très peu raconté. Je pense que si vous décidez de lire La Captive du temps perdu, mon petit résumé vous rendra bien service pour entrer dans l’histoire.
Si l’on fait preuve de patience avec ce récit qui se construit petit à petit, il devient très vite prenant car de nombreux mystères attendent d’être résolus. Pour les éclaircir, nous suivons Wil W. Brierson, ancien flic, expédié dans une bulle vers le futur par quelqu’un qu’il s’apprêtait à démasquer au cours d’une enquête. Vous levez les yeux au ciel, vous trouvez cela terriblement déjà-vu ? Rassurez-vous, c’est bien mieux que cela n’en a l’air. Brierson se trouve face à trois problèmes. Certes il y en a un qui occupe toute la colonie : savoir ce qui a provoqué l’extinction et si c’en est vraiment une, mais pour Brierson, le plus important est surtout de découvrir la personne qui l’a expédié vers le futur et qu’il sait se trouver parmi les rescapés. Cela en soi est source de tension et suffirait à l’occuper, cependant un meurtre, aussi habile qu’odieux, vient mettre en danger toute la colonie et c’est véritablement sur cette affaire-là qu’on lui demande de travailler. La situation dans laquelle s’est trouvé un personnage charismatique, le menant ainsi jusqu’à la mort, est le pivot du récit et, d’une certaine façon, touche aussi de très près Brierson.
J’ai beaucoup aimé le suivre dans ses enquêtes, surtout celle concernant le meurtre qui m’a véritablement entraînée dans l’histoire et fait tourner les pages plus vite. Cette affaire est particulièrement machiavélique et prend un peu le pas sur les autres, même si l’on continue de s’interroger sur le reste. Cela m’a plu de découvrir les théories des uns et des autres, mais surtout de me forger les miennes. L’auteur a très bien su rendre ce huis-clos temporel, étourdissant quand on réfléchit à toutes ses implications. Les personnages peuvent paraître traités de façon un peu superficielle car on entre rarement dans leurs pensées, néanmoins, je les ai trouvés fascinants et bien construits. Je me suis beaucoup attachée à certains : Wil, malgré sa dualité, Marta et sa force de caractère, Yelen qui tente de maintenir debout un château de cartes sans cesse près de l’effondrement et l’étrange Della, mais aussi les frères Dasgupta, que l’on voit pourtant si peu, et tant d’autres encore. Ce sont des personnages crédibles, très humains.
Imaginez ces quelques trois cents personnes, tout ce qui reste de l’humanité, captives des millions d’années après leur ère, ressentez leur solitude face à l’immensité de leur tâche alors qu’elles continuent, presque malgré elles, de fuir vers l’avant à la recherche d’une solution qui ne peut venir que d’elles-mêmes. D’une certaine façon, c’est très poétique et tragique tant cela nous montre à la fois la fragilité et la force de l’humanité.
J’ai échafaudé plein d’hypothèses au cours de ma lecture, sur toutes les questions que l’on peut se poser, mais surtout sur le meurtre car les indices, distillés au fur et à mesure, font indubitablement cogiter le lecteur. À la fin, il m’en restait deux, dont la bonne (l’autre étant le fruit de mon esprit paranoïaque, comme d’habitude). J’ai trouvé que les derniers chapitres s’essoufflaient un peu, mais ça reste un très, très bon roman et la conclusion, qui rappelle en quelque sorte les romans d’Agatha Christie, m’a beaucoup plu. Elle montre toute l’évolution des personnages suite à ces événements traumatisants. C’est une lecture que je recommande aux gens patients, qui aiment résoudre des énigmes en même temps que le personnage principal et apprécient une science-fiction qui pousse à la réflexion.


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RVLFC

mercredi 1 octobre 2014

Challenge Retour vers le futur !

Ce challenge est une brillante idée (oui encore une) de Lune, même qu'elle t'explique tout ça dans son billet.


Ce qui est encore plus génial, c'est que tant que restes dans le thème du voyage dans le temps tu as un vaste choix. Tu peux lire, bien entendu, essais, romans, nouvelles, BD, enfin ce qui te tente en somme, mais aussi opter pour des films, des séries, des documentaires... Tu n'as aucune excuse pour ne pas participer ! (Et toutes les occasions sont bonnes pour revoir les films !)


Ce challenge se déroulera du 21 octobre 2014 au 21 octobre 2015 (et si tu ne sais pas pourquoi, va juste te pendre, mais avant je t'ordonne de voir la trilogie Retour vers le futur !) Alors si t'es pas une mauviette rejoins-nous !!!


Je  m'étais me suis inscrite pour le niveau Marty McFly (parce qu'il a trop la classe) pour 8 participations.


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RVLFC*


P.S. : J'attends toujours les voitures volantes...

mercredi 17 juillet 2013

Les Lumineuses

Un roman de Lauren Beukes, publiés chez Presses de la Cité.




1931, Chicago. Traqué par la police, Harper Curtis, un marginal violent, se réfugie dans une maison abandonnée. A l'intérieur, il a une vision. Des visages de femmes, auréolés de lumière, lui apparaissent. Il comprend qu'il doit les trouver… et les tuer. Dans sa transe, Harper découvre que grâce à cette demeure, il peut voyager dans le temps. Débute alors sa croisade meurtrière à travers le XXe siècle : années 1950, 1970, 1990… D'une décennie à l'autre, il sème la mort sur son passage, laissant en guise de signature des indices anachroniques sur le corps de ses victimes. Mais l'une d'elles survit aux terribles blessures qu'il lui a infligées. Et va tout faire pour le retrouver.



Les Lumineuses est présenté comme étant un thriller fantastique. Il y a de ça, cependant, le surnaturel étant avéré, je l’aurais plutôt classé en Science-Fiction pour ma part. En effet, il est ici question de voyages dans le temps et, si au départ cela semble être un prétexte à l’intrigue policière, cet aspect surnaturel va prendre de plus en plus d’importance au fil du récit.
Ces multiples allées et venues qui s’étalent entre les années 30 et 90 se compliquent au fur et à mesure pour former une boucle temporelle complexe, à laquelle s’intègrent toutes les circonvolutions secondaires et qui me laisse quand même un peu dubitative. J’ai un certain mal à adhérer à ce cercle vicieux car il faut bien qu’il commence un jour. Mais quand ? Où ? Cela reste incertain. Ne croyez pas toutefois que l’auteur a bâclé son concept. Il se dévoile au fil des pages, amenant parfois le lecteur sur de fausses pistes pour mieux le remettre, au détour d’un chapitre, sur le bon chemin et lui offrir au final une explication concrète à ce phénomène. L’auteur a su trouver le bon dosage, elle propose sans trop nous en dire non plus. Ainsi, cela appelle à l’imagination tout en restant construit et cohérent. C’est extrêmement bien pensé. Mon problème est venu du fait que j’ai quelquefois du mal avec le concept même du voyage dans le temps, ses paradoxes, ou absences de paradoxes surtout. J’ai donc moins apprécié le dernier tiers du roman dans lequel tout cela prend de l’ampleur. Ceci dit, chacun percevra ce choix de l’auteur avec sa propre subjectivité.
Si ces boucles temporelles sont le canevas des Lumineuses, c’est la traque d’Harper qui le remplit et donne toute sa dimension ainsi que son suspense au récit. L’homme nous est présenté dès le début comme un psychopathe. Le désespoir dans lequel sont plongés les gens de son époque aurait pu faire illusion un moment le concernant, mais l’auteur ne cherche pas à nous cacher son instabilité. Au contraire, elle a choisi d’en jouer.
Harper a un but, une obsession : tuer les lumineuses. Si j’ai ma théorie sur la naissance de cette fixation, l’auteur ne développe pas vraiment le sujet. On sait juste que pour Harper ces femmes brillent horriblement. Elles l’attirent et forment entre elles une constellation qu’il n’a de cesse de relier par les objets qu’il vole à ses victimes enfants, mais aussi adultes au moment de leur mort, pour les déposer auprès des suivantes. C’est un cercle vicieux complexe que lui seul comprend vraiment.
Ces femmes sont toutes différentes, mais ont du caractère, une présence. On les voit peu pour la plupart, mais elles sont passionnantes. Or l’une d’entre elles a pu échapper au tueur et tient entre ses mains, sans le savoir, les fils qui la relient au reste de la constellation. Cette jeune femme, Kirby, est l’un des personnages principaux et c’est sa propre obsession, reliée à celle d’Harper, qui nous offre le deuxième axe narratif de ce roman. Elle veut comprendre et arrêter son agresseur. On ne peut que la comprendre…
Les chapitres sont courts, incisifs, centrés sur divers personnages. Le nom de celui que l’on va suivre est indiqué en début de chapitre, mais l’auteur ne se gêne pas pour brouiller les pistes car un personnage en amène toujours d’autres…. Le récit est écrit à la troisième personne et privilégie ainsi une immersion dans l’esprit de chacun qui, si elle reste légère car l’auteur ne cherche pas à décrypter dans le détail l’esprit des protagonistes, permet tout de même de s’attacher à certains et de comprendre leurs motivations à tous.
Au début, deux histoires semblent se dérouler chronologiquement, dans une narration en deux temps. Mais ensuite cela se complexifie. On suit Kirby à deux époques de sa vie et le nombre des personnages augmente tandis qu’Harper se balade sur le fil du temps, jusqu’à nous embrouiller un tantinet. L’intrigue est volontairement déstructurée et demande une certaine gymnastique mentale, pas trop épuisante non plus, mais qui met les nerfs à rude épreuve. On sait forcément que certaines choses vont arriver, comme on sait dès le départ qui est le serial killer. Cependant, avec une telle structure narrative, le stress monte et le lecteur cherche à se souvenir des détails pour relier les points entre eux. C’est ce fouillis permanent qui fait le charme d’une historie qui serait sinon assez banale (si on excepte également les voyages temporels et qu’on se concentre sur l’aspect thriller du récit). Si vous aimez les histoires linéaires, sincèrement ça ne va pas le faire. De même, si vous lisez beaucoup de thrillers et que vous recherchez de l’originalité, ce n’est pas non plus ce qu’il y a à retenir de ce roman.
Il est prenant pourtant, bien construit dans ses détours, l’auteur sait parfaitement où elle emmène son lecteur. Son point fort est indubitablement ses personnages, même s’ils ne sont que très sommairement brossés parfois. Harper, le psychopathe, est le plus abouti, mais pas forcément le plus intéressant car il paraît souvent un peu caricatural. L’auteur semble en effet avoir voulu remplir le cahier des charges du tueur en série de base, avec toutes les caractéristiques du cas d’école. Ce n’est pas dérangeant en soi, pas non plus trop répétitif ou appuyé, le personnage est cohérent, mais ça manque un peu de profondeur et de subtilité à mon goût. On sent toutefois que Lauren Beukes s’est bien documentée sur les tueurs en séries, autant que sur tout le reste : les évolutions de la ville de Chicago au XXe siècle, les mœurs, les années de mise en circulation de certains objets, etc. Le travail est minutieux et le résultat intéressant pour le lecteur.
L’histoire est plutôt glauque, mais j’ai lu pire dans le genre scènes sanglantes et scabreuses. Néanmoins, les âmes sensibles devraient s’abstenir. C’est dans la forme du roman, avec ces chapitres épars, que Lauren Beukes maintient la tension quant à ce qu’elle va nous raconter. C’est un bon thriller. Il ne s’embarrasse pas vraiment de psychologie, le ton est vif, sans être froid, mais on ne lit pas non plus ce genre d’ouvrage pour la beauté du style. L’histoire est prenante et se lit très vite, c’est le principal.
J’ai trouvé la fin un peu bâclée, mais dans l’ensemble j’ai vraiment apprécié cette lecture.




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