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mardi 24 mai 2022

Eschatologie du vampire

Un recueil de Jeanne-A Debats publié chez ActuSF dans la collection Hélios.

Les autres ouvrages faisant partie du même cycle :
- Métaphysique du vampire (éditions Ad Astra)
- Métaphysique du vampire (version enrichie, éditions ActuSF)
Trilogie Testaments :

Présentation de l'éditeur :

Navarre est un vampire particulier. Beau, très beau, aimant les hommes comme les femmes, il est employé par l'Eglise pour traquer "Les Monstres" de son espèce. Un personnage attachant, enjoleur, puissant, complexe... que l'on retrouve dans cet ultime recueil de nouvelles, dans l'univers de la série Testament !
J’ai une grande tendresse pour la série Testaments, c’est un de mes cycles d’urban fantasy préférés. Mais, surtout, j’adore Navarre. Il est mon vampire favori toutes catégories confondues. Alors je me suis jetée sur ce recueil avec une certaine jubilation.
Je connaissais la plupart de ces nouvelles, parce que j’ai un faible pour les anthologies et une certaine tendance à traquer les textes de Jeanne-A Debats mais force est de constater qu’on apprécie davantage tous ces récits une fois réunis car il s’en dégage une cohérence qui les montre sous un nouveau jour. Les personnages se croisent et leurs actions ricochent d’une nouvelle à l’autre de manière souvent imprévisible. J’ai lu ou relu ces textes avec grand plaisir.
Dans ce recueil, la magie investit les villes, les cités, les pavillons et les rues, tous les endroits où on l’attend le moins. Et ce n’est pas juste un décor comme un autre. Si Debats ancre ses histoires dans un temps et un lieu précis, cela a toujours un sens. Pour autant, même s’il s’agit souvent de fantasy urbaine, ces récits se révèlent protéiformes.
Le mélange des genres participe en grande partie au charme de ce recueil et renouvelle sans cesse l’intérêt du lecteur. On passe du western à l’histoire de fantôme ou encore du polar parodique plein d’humour et de gouaille à la SF sous diverses formes. Il faut dire que Navarre est un personnage qui s’y prête bien, sa grande force en tant qu’immortel étant sa capacité d’adaptation. L’autrice en a toujours beaucoup joué. Cependant Navarre, bien que pivot de recueil, n’en est pas toujours le personnage principal. Et ce n’est pas un mal car il est très efficacement secondé par une galerie de personnages tous plus intéressants les uns que les autres.
J’apprécie en particulier Deborah et Alphonse qui sont tellement différents qu’ils vont parfaitement ensemble. J’adore retrouver ces personnages et plus j’en lis à leur sujet, plus je voudrais en lire.
Si vous avez aimé les jeux de pouvoirs qui agitent le Royaume dans la trilogie Testaments, sachez que vous les retrouverez ici, poussés parfois à leur extrême par des créatures désespérées de voir se déliter les derniers débris de leur empire. Debats a un don pour décrire les mondes finissants et les êtres qui s’y accrochent. C’est sombre, sale et cynique, cela met en lumière toutes les saloperies que ces sociétés ont permises ainsi que les failles et nuances de ces personnages, pourtant on s’accroche avec eux. Ce recueil est empli de prédateurs et ce ne sont pas forcément ceux dont la nature est la plus évidente qui sont les plus tordus. Debats tape sans remords là où ça fait le plus mal. Elle n’hésite pas à nous mettre face à ce que l’humanité peut produire de plus abject, que ce soit pour survivre ou par plaisir. Préparez-vous au pire pour entrevoir, de loin et dans la pénombre, le meilleur.
Mémorial est mon texte préféré. Tout d’abord, il met au jour une partie peu glorieuse de l’histoire de France dont il faut perpétuer le souvenir (d’autant plus en ces temps troublés), mais surtout il m’a prise à la gorge. Je me suis sentie très proche de Selima et j’ai tremblé pour elle. Ce récit a pesé lourd sur mon âme tout le temps de la lecture et même après. Ce texte est signifiant (je peine à trouver un autre mot pour le décrire). S’il a tout du récit classique de fantastique horrifique, cela sert avant tout son propos avec brio.
Bien sûr j’ai particulièrement apprécié les récits consacrés à Navarre, même si je les avais presque tous déjà lus, Toutefois l’un de ces textes a suscité quelques questions, en rapport avec la fin de Testaments, dont je n’ai pas trouvé la réponse. Enfin, ce n’est que la manifestation de mon esprit tortueux. J’espère que l’autrice n’en a pas fini avec mon vampire préféré.
Si vous ne connaissez pas Jeanne-A Debats, ce n’est peut-être pas l’ouvrage le plus accessible pour découvrir son travail, c’est cependant un grand recueil et je vous encourage à y revenir quand vous aurez lu Métaphysique du vampire ou Testaments. Et si vous la connaissez déjà, vous n’avez pas besoin de mon avis pour vous jeter sur le bijou de SFFF que constitue ce recueil.

mercredi 22 avril 2020

Les Chambres inquiètes

Un recueil de Lisa Tuttle, publié chez Dystopia.


Sommaire :

  • Préface de Nathalie SERVAL
  • Un nid d'insectes (Bug House)
  • Sans regrets (No Regrets)
  • En pièces détachées (Bits and Pieces)
  • La tombe de Jamie (Jamie's grave)
  • Lézard du désir (Lizard Lust)
  • Vol pour Byzance (Flying to Byzantium)
  • L'autre chambre (The Other Room)
  • Oiseaux de lune (Birds of the moon)
  • Propriété commune (Community Property)
  • Une amie en détresse (A Friend in Need)
  • L'autre mère (The Other Mother)
  • Les mains de Mr. Elphinstone (Mr. Elphinstone's Hands)
  • La plaie (The wound)
  • Le nid (The Nest)

Lisa Tuttle a nourri d’angoisses et de songes inquiets toute une génération d’amateurs de fantastique. Qui connaît ses écrits entre avec réticence dans ses univers à la frontière du cauchemar. Mais quand on a tourné les premières pages de l'une de ses nouvelles, on ne la lâche pas avant de l'avoir terminée et qu’importe le malaise qui nous noue l’estomac. 
Ce n’est pas de l’horreur au sens strict du terme, mais une plongée dans l’étrange, un piège plus ou moins horrible qui se referme sur le lecteur et le personnage. Les nouvelles de Lisa Tuttle sont de ce fantastique fébrile, dérangeant et diffus qui gratte discrètement à la lisière de votre raison. Le malaise vient petit à petit et le lecteur cherche de tous côtés la menace sans toujours l’identifier à temps.
Les femmes sont au cœur de ce recueil et je suppose qu’en tant que telle je me sens particulièrement proche de tous ces personnages qui cristallisent des angoisses somme toute très féminines. La maternité est notamment un thème récurrent dans ces textes, mais elle est toujours traitée sous un angle différent. Le fait de voir tous ces récits réunis — alors que vous les avez peut-être lus auparavant dans des publications disparates — donne une perspective intéressante sur le travail et l’imaginaire de leur autrice.
Dans Sans regrets on rencontre Miranda qui a décidé de ne pas être mère pour vivre de son art et qui se retrouve confrontée à la vie qu’elle aurait eue si elle n’avait pas fait ce choix. Il y a eu, dans nos vies à tous, un moment de bascule de ce type et un choix qui a tout changé. Ainsi cette nouvelle peut parler à tout le monde. Dans L’autre mère, en revanche, on découvre le choix inverse et on suit Sara qui croit voir sa créativité se dissoudre dans les exigences de la vie de mère. Ce tiraillement perpétuel entre l’accomplissement professionnel, surtout dans un domaine artistique, et les sacrifices qu’implique la maternité est parfaitement décrit et donne à réfléchir. Il m’a ramenée à des problématiques très personnelles. Ces deux nouvelles sont parmi mes préférées.
Toutefois l’exploration de l’univers parental ne s’arrête pas là et l’on trouve entre ces pages une mère qui souffre de voir son enfant grandir et se détacher d’elle, une autre en proie à la folie et à l’obsession dans Oiseaux de lune. Dans Propriété commune c’est l’aspect destructeur de la possessivité qui est traité, mais pas uniquement par le biais de la paternité.
Pour autant, on trouve bien d’autres thèmes et pistes dans ce recueil. Les femmes de ces histoires ont fui des cauchemars pour mieux s’y retrouver prises au piège. Enfermement, fantômes et folie, abus en tous genres, nos peurs, irrationnelles ou non, rythment leur plongée au cœur de l’étrange.
Dans Vol pour Byzance, une jeune femme qui pensait s’être libérée de son passé s’y trouve de nouveau confrontée. Ce texte explore la créativité, la liberté qu’elle procure mais aussi les déchets dont elle se nourrit. Il nous parle aussi de confiance en soi et des barrières qu’on laisse les autres, ou parfois soi-même, nous imposer. C’est un très beau texte, perturbant, mais inspirant.
Souvent dans ce recueil, c’est la condition de femme qui fait la victime, comme dans Lézard du désir ou Les mains de  Mr. Elphinstone, sans parler de cet étrange et néanmoins très significatif texte qu’est La Plaie. On explore dans ces récits la féminité, ses contraintes et ses failles. Cependant certaines femmes refusent d’être des victimes, comme on peut le voir dans En pièces détachées. Cela ne veut pas dire qu’elles s’en sortent bien pour autant. Et on s’aperçoit que les réactions de toutes ces femmes sont très différentes. Aucun schéma ne se répète deux fois, c’est là toute la richesse de l’imaginaire de l’autrice.
Certaines nouvelles sont poisseuses et vous les fuirez avec horreur quand d’autres, comme L’autre chambre — qui a des allures de conte obscur — ou la très belle et poétique Une amie en détresse — véritable bijou du genre — vous empliront d’une nostalgie chagrine.
Un nid d’insectes est en revanche une des nouvelles les plus poisseuses et je l’ai relue avec dégoût, sachant cependant que c’est un texte très bien écrit et qui ouvre parfaitement ce recueil, puisqu’il figure un piège qui se referme sur le lecteur autant que sur le personnage. Son pendant est le texte qui clôt l’ouvrage : Le nid. Ce dernier, d’une facture assez classique car il ne donne pas un seul indice au lecteur sur sa véritable nature, est aussi l’un de mes préférés. Troublant, ambigu, il est la conclusion parfaite.
Rééditer ces nouvelles a été une excellente initiative des éditions Dystopia. Vous trouverez également un autre recueil de Lisa Tuttle chez cet éditeur : Ainsi naissent les fantômes.
Il est difficile de trouver du fantastique de nos jours et plus encore du fantastique d’une si grande qualité. Aussi le fait que des éditeurs n’abandonnent pas ce genre pour quelque chose de plus rentable et prennent en outre la peine de rééditer des textes, surtout dans un format boudé comme l’est la nouvelle, doit être salué à sa juste valeur. Le fantastique est un genre qui gagne à être découvert et des textes comme ceux-ci, qui sont devenus des classiques du genre, méritent d’être connus d’un plus large public.

samedi 15 février 2020

Kabu Kabu

Un Recueil de Nnedi Okorafor, publié aux éditions ActuSF.

Présentation de l'éditeur :
Avec Kabu Kabu, plongez dans les méandres des nouvelles de Nnedi Okorafor, l'autrice de Qui a peur de la mort (optionné par HBO).
Embarquez en direction de l'aéroport de New York dans un kabu kabu, taxi clandestin à qui vous fera traverser les légendes africaines.
Découvrez une musicienne qui joue de la guitare pour un zombie particulier.
Rencontrez Arro-yo, la coureuse de vents à la chevelure maudite, qui se bat pour exister sur l'étrange planète Ginen.
21 nouvelles vers un ailleurs étonnant et passionnant.
Autrice de fantasy et de science-fiction, Nnedi Okorafor a été lauréate du World Fantasy Award et du Prix Imaginales pour Qui a peur de la mort ? Son recueil de nouvelle Kabu Kabu est une véritable palette de son imaginaire d'african-futurisme et d'african-fantasy. 
Comme me l’a appris la nouvelle qui donne son titre à ce recueil, un kabu kabu est un taxi nigérian illégal. Or, l’impression que l’on a au sortir de cette lecture est d’avoir été embarqué dans l’un de ces taxis, d’en avoir côtoyé les autres passagers tout en étant brinquebalé d’un lieu à un autre, sans ordre logique, en s’inquiétant parfois de ne pas arriver à bon port. Toutefois, quand on descend enfin, on se trouve peut-être dépouillé et désorienté, mais également plus riche de tout ce que l’on a vu.
Nnedi Okorafor est une grande conteuse. Elle mêle très habilement les genres dans cet ouvrage, du fantastique le plus classique à une science fiction rafraîchissante, elle mâtine le tout de légendes et ajoute même un soupçon de littérature générale sur la fin. Elle aborde des sujets importants et met l’imaginaire à leur service plutôt que l’inverse. Elle l’imbrique dans la réalité.
Guerre du pétrole, racisme, condition féminine et enjeux politiques sont bien sûr des thèmes récurrents, mais ils côtoient l’amour, au sens large du terme, l’espoir, la volonté des personnages de faire changer le monde.
En se baladant d’un texte à l’autre, on apprend à connaître son Nigeria, celui qu’elle veut nous conter. Ses personnages, souvent des femmes, ont de fortes personnalités. Elles sont volontaires, respectueuses des traditions mais néanmoins décidées à vivre leur vie et à tracer leur propre chemin. En cela, Nnedi Okorafor décrit des personnes très inspirantes que j’ai beaucoup aimé suivre.
Certains textes sont liés. On peut lire tout une série sur les méta-humains, ces gens qui ont des pouvoirs sur les éléments entre autres, et voir comment leur statut a changé au sein de leur communauté. J’ai tout particulièrement aimé Tumaki, un très beau texte, mais tous ceux concernant les coureurs de vent m’ont tout autant passionnée.
De nombreuses nouvelles appartiennent à la science fiction, mais elle se mêle presque toujours à la magie. Mon texte SF préféré est Popular Mechanic car j’ai beaucoup aimé la relation père-fille des personnages. L’artiste araignée m’a également marquée car j’ai trouvé ce récit touchant dans la relation construite entre cette IA robotique et cette femme au travers du langage de la musique.
Cependant, mes nouvelles favorites sont celles qui appartiennent au genre fantastique. D’aucuns les trouveront sans doute plus anodines et elles abordent souvent des thèmes moins complexes. Ceci dit, au-delà du fait qu’il s’agisse de mon genre de prédilection, Nnedi Okorafor a une intelligence du fantastique qui, alliée à ses talents de conteuse, a fait de ces textes des pépites du genre.
Le Tapis, texte aux abords fort simple mais plein de sens cachés, est l’un de mes favoris. Ces deux sœurs, la situation peu idéale dans laquelle elles se trouvent et leur étrange tapis m’ont offert un excellent moment de lecture. Dans le même genre, La guerre des babouins, dans lequel trois fillettes persistent à emprunter un mystérieux raccourci s’est révélé aussi distrayant qu’intéressant. Et il y a bien sûr la nouvelle titre et son voyage déstabilisant à bord du kabu kabu.
D’autres récits, comme Sur la route, sont plus horrifiques. Celui-ci en particulier est très prenant et dérangeant. J’ai néanmoins été un peu désappointée par la chute que je juge trop facile.
J’ai eu une préférence pour les textes aux allures de légendes, comme L’homme au long juju, dans lequel une fillette croise un fantôme malicieux ou encore Le bandit des palmiers où l’on rencontre une femme bien décidée à narguer l’autorité.
Les deux dernières nouvelles du recueil sont une étrangeté au milieu de tous ces textes où la magie côtoie le cybernétique, mais elles se passent aux États-Unis, ceci expliquant cela à mon avis. Du fait de leur réalité, elles sont d’autant plus touchantes car elles abordent le racisme et le harcèlement subi par des enfants.
Ce recueil offre une très grande diversité, vous y trouverez forcément un texte qui vous parlera. J’ai aimé la voix de cette autrice, ses thèmes et ses préoccupations. C’est un ouvrage très moderne et une bonne représentation de ce que peut nous apporter l’Imaginaire aujourd’hui.

vendredi 14 février 2020

Des Mirages plein les poches

Un recueil de Gilles Marchand, publié chez Points.


Des Mirages plein les poches est un recueil composé de quatorze nouvelles. Le mot qui me vient le plus facilement pour les décrire n’est pas en français ; si je tente néanmoins de traduire ce qu’il m’évoque, je dirais qu’elles anesthésient votre esprit aussi bien que l’est celui des personnages. Poétiques et souvent dérangeantes, flirtant avec l’absurde et la folie clinique, ces nouvelles sont très bien écrites, mais pas forcément agréables à lire. Si certains textes m’ont émue, d’autres ont généré un malaise persistant, voire nauséeux. 
Le Fil, parfaite ouverture pour ce recueil, met le lecteur dans l’ambiance. Un brin de bizarrerie par-ci, un éclat de symbolisme par-là, c’est une mise en bouche qui dénote par rapport aux autres textes, tout en mettant en garde le lecteur. Les textes que vous trouverez dans ce recueil retricotent la réalité pour vous la montrer sur l’envers. En tricot, le côté envers n’est pas toujours joli à regarder, même s’il peut l’être autant ou même plus que l’endroit de temps en temps. C’est aussi là qu’on rentre les fils, qu’on cache ses erreurs et les petits aménagements qui font de l’endroit quelque chose de présentable. Pour moi, cela résume bien cet ouvrage.
Les personnages sont étranges, touchants, déroutants ou effrayants, ils font de la norme une idée creuse. Ils dérivent et jouent sur les perceptions, les leurs autant que les vôtres. Vous ne saurez pas toujours où vous mettez les pieds et vous trouverez parfois dans le dernier lieu que vous auriez aimé visiter. Pour autant, vous ne serez pas à l’abri d’une bonne surprise.
J’ai été particulièrement émue par certains textes, comme Un café et une guitare qui m’a bouleversée, ou encore Mon bateau, plus positif, qui parle de la poursuite des rêves malgré les écueils.
D’autres sont plus perturbants. Tel est le cas de Syllogomanie de proximité, dont la chute est excellente.
J’ai aimé l’humour caustique de We wish you, qui nous présente une mère décidée à créer un vrai Noël de série télé. Dans Rappel, j’ai suivi avec plaisir les flâneries mentales du personnage.
Cependant, ma nouvelle préférée, celle qui restera sans nul doute dans un petit tiroir de ma mémoire, est Deux demi-truites. Le narrateur est un jeune garçon qui voit la vie, et les difficultés de celle-ci, avec une sagacité tranquille. C’est un très beau texte, conté avec une grande intelligence.
On notera que j’ai eu une préférence pour les récits positifs et porteurs d’espoir, sans doute est-ce mon état d’esprit du moment. Cela explique l’avis mitigé que m’a laissé ce recueil car ce n’est pas ce qui prédomine dans ces histoires. Quelquefois, j’ai eu l’impression que le propos me passait au-dessus de la tête ou que je ne me sentais pas suffisamment concernée. Et de temps en temps j’ai eu envie de secouer mes chaussures pleines de boue à la fin d’un texte, sensation désagréable au possible, mais probablement voulue...
J’ai un faible pour les nouvelles. C’est pour moi le meilleur moyen de découvrir un auteur car c’est un format exigeant. Après cette lecture, je serais bien en peine de dire si je relirai un jour Gilles Marchand car l’expérience n’a pas été très convaincante, toutefois la qualité de son travail est indéniable. Si vous n’avez rien contre les récits doux-amers teintés de folie, faites-vous votre propre idée.

lundi 25 novembre 2019

La Mythologie Viking

Un livre de Neil Gaiman, publié aux éditions Au Diable Vauvert.


Si vous avez déjà lu Gaiman, vous savez que son inspiration se nourrit de mythes, de légendes et de contes. Il puise avec facilité dans le grand chaudron de notre imaginaire et trouve toujours le moyen de rendre ce qu’il en extrait à la fois familier et original. La mythologie nordique a une place très particulière dans ses univers, c’est sans doute pour cela qu’il a eu envie de conter à sa façon ses mythes préférés.
Sur le groupe de fans de Gaiman, quelqu’un dont j’ai oublié le nom (désolée), a comparé ce livre à des covers de ses chansons préférées, disant que c’était bien, mais qu’il préférait quand même les versions originales. Cette comparaison est assez parlante. Si vous connaissez déjà ces mythes, vous aurez le plaisir de les retrouver. Sinon, vous pourrez les découvrir dans une version un peu simplifiée mais néanmoins élégante. C’est un bon livre pour une première approche de la mythologie nordique, mais pas pour découvrir l’écriture de Gaiman.
Ces mythes choisis sont bien entendu contés du Commencement au Ragnarök, l’auteur induisant une légère progression au fil des histoires qui nous montre comment les dieux en sont arrivés là.
Gaiman sait raconter. Il n’enjolive pas les mythes, mais il les a tant intégrés à son imaginaire qu'ils font partie de lui. Il sait les partager et les faire vivre. Ce qui est intéressant dans ce livre, c’est justement la très légère subjectivité dont a fait preuve Gaiman. Il n’a rien changé, pourtant on voit ce qu’il voit, on comprend ce qu’il a compris.
J’ai aimé redécouvrir ces mythes bien connus à travers son regard. Cela ne m’a fait que réaliser davantage pourquoi je l’aime tant. Il laisse sa sensibilité transparaître dans ces récits. J’ai notamment beaucoup apprécié sa vision de l’histoire de Fenrir et ne m’en suis pas étonnée. Sa façon de percevoir cette histoire explique en grande partie pourquoi j’aime autant l’homme lui-même que ses écrits.
Gaiman fait partie de ces écrivains face auxquels il n’y a que deux attitudes possibles : soit vous passez totalement à côté et vous ne comprenez pas ce que ses fans lui trouvent, soit vous en tombez irrémédiablement amoureux parce que sa sensibilité fait écho à la vôtre.
Il y a quelque chose dans ce qu’il raconte, quel que soit le texte, qui me parle et m’amène toujours à me sentir mieux, comme si j’avais besoin qu’on me raconte ces histoires. J’ai retrouvé un peu de ça dans ce livre, même si c’est en moindre mesure en comparaison de récits plus originaux.


La BBC a produit une adaptation radiophonique de certains de ces mythes. Elle repasse de temps en temps sur BBC 4, mais on peut se la procurer en version CD ou en numérique sur des sites comme Audible et Kobo (à ne pas confondre avec l’audiolivre lu par Gaiman). Comme d’habitude, elle est très bien faite. La mise en scène qui permet de lier les mythes choisis entre eux est charmante. Les acteurs sont excellents. C’est toujours un plaisir d’écouter ces adaptations. Si vous compensez bien l’anglais ou si vous voulez vous y exercer, je vous la conseille.