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lundi 30 décembre 2024

Cursed : Contes et mythes revisités

Une anthologie, publiée chez 404 éditions.

Sommaire :

- Le Château maudit, Jane Yolen
- Rouge comme le sang, Blanche comme la neige, Christina Henry
- Le Pont du troll, Neil Gaiman
- À cet âge, Catriona Ward
- Écoute, Jen Williams
- Henry et la boîte en bois de serpent, M.R. Carey
- Peau, James Brogden
- Faith & Fred, Maureen F. McHugh
- La Malédiction de la fée noire, Karen Joy Fowler
- Wendy Darling, Christopher Golden
- Fée loup-garou contre vampire-zombie, Charlie Jane Anders
- Regarde dedans, Michael Marshall Smith
- Little Red, Adam Stemple & Jane Yolen
- Les Joyeuses Danseuses, Alison Littlewood
- Encore, Tim Lebbon
- La Fille qui venait de l'enfer, Margo Lanagan
- Nouveau millésime, Angela Slatter
- Haza et Ghani, Lilith Saintcrow
- Haine, Christopher Fowler
- L'Éveil du château, Jane Yolen

Des malédictions comme s’il en pleuvait !
J’adore les anthologies. D’une part elles permettent de découvrir des auteurs, d’autre part il y a souvent du Fantastique dans celles consacrées aux récits SFFF. Je parle du Fantastique à l’ancienne, mon genre de prédilection, et pas du fourre-tout qu’on essaie de faire de ce genre méconnu de nos jours. Bref, je suis toujours ravie de lire une anthologie, mais le risque est de tomber sur des textes très inégaux. C’est comme les papillotes, tu peux te délecter d’une délicieuse pâte de fruit ou grimacer devant un écœurant chocolat. C’est le jeu ma pov’ Lucette. Ici, le ratio entre pâtes de fruit et chocolats est plus que correct.
L’anthologie regroupe vingt textes : dix-huit nouvelles, deux poèmes. Je parlerai peu de ces derniers, aussitôt lus, aussitôt oubliés, cependant leur placement dans l’ouvrage était judicieux. Ces deux textes qui se répondent font office d’introduction et de conclusion. On entre et on sort du conte par leurs portes.
Tout ouvrage qui propose des réécritures de contes, en plus de son thème sur les malédictions, se doit d’avoir un récit inspiré de Blanche Neige, probablement l’un des contes les plus connus au monde. Cependant, ne vous y trompez pas, le conte de Christina Henry est un hybride et la fille au teint de porcelaine et aux cheveux noirs comme le jais n’est pas la seule à lui conférer son essence. J’ai beaucoup aimé ce conte, un rien classique, mais très agréable à lire.
Vient ensuite un texte de Neil Gaiman : Le Pont du troll qui est probablement sa nouvelle la plus connue avec Chivalry. Les deux ont fait le tour des anthologies… C’est un bon texte Fantastique, au symbolisme subtil, et si vous ne le connaissez pas c’est l’occasion de le lire.
À cet âge de Catriona Ward est un récit horrifique dans lequel le malaise se diffuse lentement. Son atmosphère d’étrangeté m’a beaucoup plu ; on y vogue comme en un rêve. Cependant, l’histoire se délite sur la fin et il a manqué quelque chose pour que cette nouvelle me semble aboutie. Je ne saurais dire quoi cependant.
Écoute de Jen Williams est un très bon texte, poétique, intelligent, qui a la saveur des contes et des mythes, tout en gardant sa propre originalité. Ce n’est pas la nouvelle qui m’a le plus enthousiasmée — question de goût — mais c’est une réussite.
Henry et la boîte en bois de serpent de M.R. Carey est un récit drôle et efficace qui se lit en deux temps trois mouvements. Il allège un peu cet ouvrage, malgré les thèmes philosophiques cachés sous sa généreuse couche d’humour.
Peau de James Brogden est un récit perturbant, un rien moralisateur sur les bords, mais qui ne manque pas d’intérêt. Comme pour la nouvelle de Ward, j’ai trouvé qu’il y manquait quelque chose.
Avec Faith & Fred de Maureen F. McHugh je suis arrivée sur un terrain familier. C’est du bon, très bon, Fantastique, qui nous promène entre deux mondes. Un rien d’horreur subtile, un parfum de merveilleux discordant et une bonne vieille malédiction donnent à ce récit sa profondeur ainsi que son originalité. J’ai beaucoup aimé. C’est pour moi l’un des meilleurs textes de cette anthologie.
La Malédiction de la fée noire, qui fait suite, m’a en revanche laissée un peu perplexe. Ce récit mêle songe et réalité dans un conte morcelé tel un miroir brisé. J’ai compris où voulait m’emmener l’autrice, mais cela ne m’a fait ni chaud ni froid, même si j’ai apprécié son style.
Dans Wendy Darling, Christopher Golden ne prend pas beaucoup de risques. Il utilise le sous-texte bien connu de Peter Pan pour nourrir les névroses d’une Wendy adulte qu’on ne peut que plaindre. Ce n’est pas mal écrit ni mal amené, mais ça manque cruellement d’originalité.
Heureusement, vient ensuite Fée loup-garou contre vampire-zombie de Charlie Jane Anders, une nouvelle rafraîchissante et énergique. J’aurais pu en lire encore des pages et des pages. C’est drôle, efficace et de la bonne Urban Fantasy. J’ai d’autant plus apprécié ce récit que sa légèreté fait du bien dans une anthologie aux textes et thèmes majoritairement sombres.
Regarde dedans est une nouvelle intéressante, du bon Fantastique, avec une fin ouverte, qui oscille un peu entre l’horreur et autre chose de plus diffus. J’aurais néanmoins aimée qu’elle soit davantage étoffée.
Little Red est l’un des textes les plus sérieux de cette anthologie, avec des séquences hallucinatoires ou rêvées, on ne sait pas trop, qui sont porteuses d’un fort symbolisme. C’est un récit perturbant — il est écrit pour l’être — qui parle d’abus et de troubles mentaux de manière pudique mais très dérangeante.
Les Joyeuses Danseuses d’Alison Littlewood est un autre récit Fantastique comme je les aime. Il a la saveur des contes et j’ai beaucoup apprécié l’escale aux îles Shetland ainsi que le symbolisme subtil caché entre les lignes.
Encore de Tim Lebbon ne m’a pas particulièrement plu. Le thème est du déjà-vu mais ce n’est pas tant ça le problème. Je n’ai pas réussi à m’intéresser au personnage que je ne trouve ni sympathique ni cohérent.
La Fille qui venait de l'enfer est probablement une nouvelle qui ne parlera pas à tout le monde. Un peu comme pour La Malédiction de la fée noire, on se retrouve dans un récit onirique où le symbole prévaut sur la logique. C’est un long rêve fiévreux, plein de détours, qui peut laisser perplexe. Pour ma part, je l’ai trouvé très intéressant et réfléchi. J’aimerais beaucoup relire cette autrice.
Nouveau millésime d’Angela Slatter se fait l’écho d’un conte très connu qui a toujours les faveurs des auteurs quand on leur commande des réécritures, mais elle y apporte sa propre originalité. Encore une fois, c’est un hybride entre deux contes dont je tairais les titres pour ne pas vous spoiler. C’est l’un des rares récits à l’époque moderne de cette anthologie, sans réel élément fantastique. Le texte est prenant, assez évident en soi, mais cela ne m’a pas posé problème car il est bien écrit. Peu importe qu’on connaisse déjà la destination si le voyage est agréable.
Cela faisait fort longtemps que je n’avais pas lu Lilith Saintcrow et je ne garde pas un souvenir impérissable de ses romans. Pourtant, sa nouvelle Haza et Ghani est l’un de mes textes préférés dans toute cette anthologie. Voilà un conte bien écrit ! Elle prend un peu de ci, un peu de ça, juste assez pour que le goût soit familier, et elle le jette dans son chaudron pour y concocter quelque chose de savoureux et de nouveau, qui pourtant résonne dans l’esprit du lecteur, lui rappelle des souvenirs tout en étant autre chose. J’ai adoré cette nouvelle.
Haine de Christopher Fowler n’était peut-être pas le meilleur texte pour clore cette anthologie (même s’il y a un poème ensuite). C’est un bon texte, dont la conclusion grinçante m’a plu, mais le tout est un peu facile pour nous parler du privilège de l’homme blanc fortuné. J’aurais préféré terminer ma lecture sur quelque chose d’un peu plus original et marquant.
En conclusion, je vous invite à lire cette anthologie qui recèle de très bons textes. Tous n’ont pas réussi à éveiller mon intérêt, mais c’est davantage une question de goût que de qualité. En lisant Cursed, vous ne perdrez pas votre temps et il y en a pour quasi tous les goûts dans les genres de l’imaginaire, du Conte à l’Horreur en passant par l’Urban, le Merveilleux et le Fantastique, il n’y a guère que la SF qui manque à l’appel.


mardi 4 juillet 2023

Tous aux abris

 Une anthologie publiée chez Realities Inc.

Présentation de l'éditeur : 
C’est la catastrophe ! Des incendies se déclarent, des guerres font rage, un attentat tourne mal, un volcan entre en éruption, des créatures venues d’ailleurs nous veulent du mal… Neuf auteurs ont pour mission de sauver leurs personnages du désastre imminent. Y parviendront-ils ?
Sommaire :
  • Qui nous abandonne ? De Basile Breyer
  • De Poissons et d’Âmes mortes de Sylwen Norden
  • Et la Lumière fut d’Alexandre Haas
  • Ligne de Fuite d’Antoine Quoc Vinh Tran
  • La Part des Flammes de Fabien Clavel
  • De l'Acide sous la Peau de Xavier Portebois
  • La Lumière des Ombres de Julie Guinebaud
  • La grosse de K.T.
  • La Troisième Guerre des Feys de Tesha Garisaki

La fin du monde, voilà bien un sujet qui a toujours déchaîné l’imagination. En ces temps désenchantés, entre effondrements sociaux et catastrophes naturelles récurrentes, il est aisé de laisser dériver son esprit vers des conjectures apocalyptiques. N’est-ce pas ce qui fait les beaux jours des complotistes ? Point de complots ici cependant, juste des cauchemars et quelques rêves aussi, peut-être, des fins définitives et de nouveaux départs.
Entre ces pages vous trouverez des fuites et des combats, des incendies et des désastres, des extraterrestres débonnaires, des anges et des démons, des catastrophes en tous genres et même l’avènement d’une nouvelle espèce. Les textes de cette anthologie sont variés, dans leur ton aussi bien que dans leur façon d’envisager débâcle et chaos.
Certains textes sont très poétiques. Je pense notamment à Ligne de fuite ainsi que De Poissons et d’Âmes mortes. J’ai particulièrement apprécié ce dernier aussi bien pour son style que sa construction et son thème. Par contraste, J’ai d’autant plus apprécié la nouvelle qui le suit : Et la Lumière fut. Nous avons là une bonne dose de suspense, mais aussi des personnages bien construits. La nature humaine est davantage mise en avant dans ce texte (et ce n’est pas forcément glorieux).
Dans De l'Acide sous la Peau, Xavier Portebois nous offre un texte cyberpunk plein d’action et de réflexion. J’ai beaucoup cette nouvelle, surtout pour sa portée philosophique. Ce texte a plusieurs niveaux de lecture et si vous ne voulez vous attacher qu’à sa dimension épique, vous le pouvez aussi. Vous ne vous ennuierez pas une minute.
La Lumière des Ombres de Julie Guinebaud, mérite également une mention spéciale car non seulement elle parvient à faire quelque chose de mémorable avec un thème pourtant maintes et maintes fois réutilisé en SFFF, mais aussi parce qu’elle nous offre des personnages auxquels on parvient à s’attacher en peu de pages.
Enfin La Troisième Guerre des Feys, nouvelle qui conclut l’anthologie, est mon texte préféré. D’une part parce qu’étant par nature une pessimiste angoissée je préfère les textes plus surnaturels, d’autre part parce que j’ai adoré retourner à Mannaz et j’y serais volontiers restée plus longtemps. Comment ne pas avoir envie d’explorer la cité de toutes les magies ? Les personnages, en outre, sont tous intéressants. Cela donne envie de les connaître davantage. Je vous invite d’ailleurs à lire Ghost Hunter Show, autre nouvelle dans cet univers.
Tous aux abris est une très bonne anthologie. Vous y trouverez des textes profonds, contemplatifs ou déchaînés, pessimistes ou optimistes, drôles ou déprimants, le tout parfaitement agencé pour tirer au mieux parti de cette belle diversité.

mardi 14 juin 2022

Nos Futurs Solidaires

Une anthologie publiée chez ActuSF.


Sommaire : 
 
Le réel solidaire de la science-fiction, Introduction par Ariel Kyrou
La map d’Iris par Li-Cam
L’affection par Régis Antoine Jaulin
Entrer en résonance par Audrey Pleynet
Première conversation : Pas de solidarité sans écoute de l’altérité
Les déroutés par Chloé Chevalier
L’enfant de Thérapie par Vincent Borel
Bootz change de mode par Catherine Dufour
Deuxième conversation : Les récits de solidarité
Auxi’ par Anne-Sophie Devriese
Baobab City par Philippe Curval
Reliance par Sabrina Calvo
Troisième conversation : Demain la solidarité
Les vies de Man Pitak par Michael Roch
Un jour, tout ceci sera à toi par Léo Henry
De nos corps inveillés viendra la vie éternelle par Norbert Merjagnan
Quatrième conversation : Nos utopies solidaires
Éligibles par Sylvie Lainé
Six faces d’un même cube par Ketty Steward

Cet ouvrage s’articule autour de quatre conversations sur le thème de la solidarité. Les nouvelles les illustrent aussi bien qu’elles les nourrissent.
Les auteurs explorent différents thèmes, certains dans des sociétés idéales et d’autres dans des univers plus sombres. Toute la richesse et la diversité de la Science-Fiction s’exproment avec brio dans cet ouvrage.
Certains comme Li-Cam ou Catherine Dufour réinventent la communauté. Qu’elle soit idéalisée et auto-suffisante, circonstancielle ou née d’une idéologie, qu’elle soit formatée, créée de toutes pièces, imposée ou choisie, on en explore les facettes dans ces nouvelles.
D’autres nous parlent d’instrumentalisation. Chloé Chevalier nous parle de celle de la jeunesse, d’autres comme Anne-Sophie Devriese, Michael Roch ou encore Norbert Merjagnan de celle de notre santé, de nos corps, de notre existence et même de notre mort.
Certains auteurs nous poussent à regarder autour de nous, certains à envisager l’autre, comme le fait brillamment Sylvie Lainé. Philippe Curval nous emmène sur une autre planète. Audrey Pleynet, quant à elle, offre à la fois une réflexion sur l’individu et son rapport aux autres. Tous nous parlent d’humanité, de faire une place à l’autre dans nos vies, de regarder en soi et hors de soi.
J’aime la Science-Fiction pour la réflexion qu’elle nourrit et la grande richesse des points de vue qu’elle permet d’aborder.
Cet ouvrage est une réussite tant il offre de pistes à explorer et de récits de qualité.


mercredi 9 septembre 2020

Arts et Fantastique

Une anthologie publiée chez Voy'El.

Présentation de l'éditeur : 
S'inspirant des œuvres du XIXème siècle comme "La Vénus d'Ille" ou "Le Portrait de Dorian Gray", les auteurs de cette anthologie vous proposent de plonger dans des récits fantastiques où l'Art tient une place essentielle. Peinture, sculpture, musique, mais aussi art des masques, art culinaire ou des mosaïques, chaque texte vous permet de découvrir une histoire originale et extraordinaire.
Sommaire :

- Préface de Corinne Guitteaud
- La mort n'a qu'un visage d'Audrey Salles
- Ceci n'est pas un tableau de Julia Di Folco
- Golem d'Émilie Chevallier Moreux
- De l'autre côté de la nuit de Sylwen Norden
- Gasandji d'Hélène Goffart 
- Le chant du cygne de Florence Barrier
- La dame sur un lit de satin d'Aurélie Genêt
- Le jardin des statues de Sandra Tamburrini 
- Lune sur le Trieux de Jean-Pascal Martin 
- Fou à lier, fous alliés de Christophe Lesieur
- Fausses notes d'Éric Lysøe 
- Opéra tragique d'Irène Bourdin 
- Une mosaïque d'avenirs de Pascal Lemaire 
- Tendregorge, Lécheglotte et Croqueladent de Florent Paci
- Le fruit défendu de Lilian Devigne
- Le mur des Je t'aime d'Émilie Riger 
- Mademoiselle de Boisanteil et sa sœur de Pauline Sidre

Tableaux étranges, musiques obsédantes, statues vivantes et imagination débridée, le Fantastique s’est toujours nourri d’esthétique, du mystère de la créativité autant que d’objets d’arts exerçant leur fascination sur le monde. Il aime se regarder dans un miroir et montrer le sacrifice qu’implique la création, la folie sous le sublime et la crasse sous le vernis. Il mêle le beau à l’horrible pour mieux saisir son lecteur. 
L’art, quel que soit le support par lequel il s’exprime, recèle toujours une forme de magie. De la naissance de l’idée à l’élan qui permet de la réaliser, pour aboutir à un œuvre qui, peut-être, déclenchera toutes sortes d’émotions chez son public. Ce n’est jamais anodin. Parfois, une œuvre vous captive et alors comment se défaire de son sortilège ? Le Fantastique est une littérature de l’obsession.
La peinture, la littérature, la musique, le théâtre et tous les arts plastiques peuvent se changer en fugue ou cristalliser nos rêves comme nos cauchemars. Cela représente un inépuisable vivier pour l’auteur qui souhaite explorer les méandres de l’âme humaine.
La littérature fantastique et l’art ont donc de tout temps entretenu des rapports étroits. Et quand on pense aux classiques du genre c’est souvent la peinture qui vient à l’esprit avec Gogol, Wilde, Tuttle… Il y a tant de superstitions associées à la capture de l’image… Je craignais que dans cette anthologie l’art pictural écrase tous les autres et j’ai été ravie de constater que ce n’est pas le cas. La diversité des textes, autant au niveau de l’ambiance que des thèmes, m’a ravie.
Les thèmes évoqués sont classiques : obsessions, fuites dans des mondes oniriques, apparences trompeuses, folie ou inspiration divine, la mort qui rôde, les monstres qui s’invitent dans notre réalité, des vengeances aux saveurs douces ou amères, des fantômes et des énigmes. Cependant, les auteurs ont su leur donner de l’originalité.
Vous trouverez ici de l’horreur et de l’humour, des frissons d’angoisse et de l’espoir, de l’amour, de la tragédie, des peurs insidieuses. Vous admirerez des œuvres divines ou maléfiques : tableaux hantés, musiques troublantes, sculptures obsédantes, mais l’art prend aussi dans ces pages des formes plus inattendues.
Ma nouvelle préférée est Le chant du cygne de Florence Barrier. J’ai aimé l’ambiance brumeuse, un rien onirique, de ce récit. Le moment de l’année où il se déroule le place d’emblée hors du temps, cependant c’est sa délicatesse qui m’a charmée.
J’ai aussi apprécié Golem, un texte un peu prévisible mais fort plaisant qui parle de littérature et de folie. Je l’ai trouvé très grinçant (et c’est un compliment).
La mort n'a qu'un visage d'Audrey Salles est un texte assez glauque et dérangeant, enrobé d’un humour particulier. Il ouvre à la perfection cette anthologie car le Fantastique est aussi une littérature d’apparences, d’illusions, de faux-semblants. Qu’est-ce qui, mieux qu’un masque, pourrait illustrer cela ?
Dans Ceci n'est pas un tableau de Julia Di Folco on a affaire à un Fantastique un peu onirique, obsédant et vaporeux. J’ai beaucoup aimé cette mise en abyme et la réflexion sur l’impulsion créatrice.
De l'autre côté de la nuit de Sylwen Norden m’a évoqué une mélodie lancinante bien que l’histoire porte sur une forme d’art différente. J’ai aimé la poésie mélancolique et sombre de ce texte si évocateur.
Fausses notes d'Éric Lysøe m’a beaucoup amusée. Une fois encore, l’obsession y est dépeinte, mais de manière plutôt originale.
Je termine en évoquant mon deuxième texte favori : Opéra tragique d'Irène Bourdin. J’ai adoré ce récit au long cours, sa subtilité et ses personnages. J’ai apprécié sa fantasmagorie autant que sa façon d’interpréter l’histoire jusqu’à l’anticipation.
Arts et Fantastique est une excellente anthologie. Je me plains souvent que trouver du Fantastique de qualité devient de plus en plus difficile, essentiellement parce qu’on en publie déjà très peu et qu’en outre c’est dans la nouvelle, format de plus en plus boudé, qu’il s’exprime le mieux. Alors cela m’a fait plaisir de découvrir une œuvre telle que celle-ci, qui de surcroît est composée de textes d’auteurs peu connus. 
Ces Fantastiques de toutes formes illustrent à la perfection la richesse de ce genre oublié et tout le potentiel qu’il possède encore de nos jours. J’espère que cela vous donnera envie d’en lire plus souvent.

lundi 4 mai 2020

Réalités IV

Une anthologie publiée chez Realities Inc.

Mes chroniques sur les précédents volumes :
Réalités I
Réalités II
Réalités III

Présentation de l'éditeur :
Tournez les pages et partez à la découverte de nouveaux univers ! Talents qui se découvrent, talents qui s’essouflent, talents qui trouvent un nouveau souffle ; personnages pris à leur propre piège, créatures mystérieuses et monstres bien humains ; des profondeurs de la Terre aux planètes les plus lointaines, dix histoires et dix plumes sont au programme d’un voyage organisé par Tesha Garisaki.
Sommaire :
- Le Vrai Talent, Nicolas Sick
- Margygr, Vincent T.
- Aubergiste, viens nous servir à boire, Olivier Boile
- Le Maître de la Ruche, Romain Jolly
- La Fée-zomique du Bois-Joli, Yann Quero
- Les Astroludes, Wilfried Renaut
- Cat Partridge, Gillian Brousse
- Le troisième œil de Tengri, Vivien Esnault
- Stase, Camille Souribou
- L’Opéra du Murmure, Hélène Duc

Les dix nouvelles de Réalités IV propulsent le lecteur dans différents univers de SFFF. La diversité des genres et des mondes que l’on découvre dans cette série d’anthologies me séduit à chaque fois. On ne sait jamais à quoi s’attendre. On peut tomber dans l’horreur tout autant que dans un récit poétique et réconfortant. Ces textes forment un ensemble étrange, déroutant, qu’on aime décortiquer.
Dans ce volume, vous verrez l’envers d’un récit de fantasy sous la plume d’Olivier Boile. Ce texte, qui joue avec les codes du genre et les clichés est très intéressant. Dans Le Maître de la Ruche, vous suivrez les pas d’un pirate informatique dans un monde futuriste qu’il m’a plu de découvrir. En lisant ce beau récit qu’est L’opéra du Murmure, vous écouterez le chant du cygne d’une cantatrice télépathique. Dans Cat Partridge, en revanche, on atterrit dans un univers déjanté qui mêle métempsycose et road trip. Le narrateur est le cliché sur pattes qu’on s’attend à trouver en la personne d’un privé sorti tout droit d’un vieux roman noir, mais quand il est propulsé dans un corps inattendu, le contraste est aussi détonnant que l’histoire est amusante. L’absurdité et le cynisme de ce texte m’ont beaucoup plu.
J’ai particulièrement apprécié Le troisième œil de Tengri, nouvelle dans laquelle un chaman désabusé retrouve sa voie bien loin de sa terre d’origine. Ce texte, très bien écrit et passionnant, pose les éternelles questions de la subsistance des vieilles croyances face aux avancées technologiques, et il le fait bien. J’ai aussi lu avec plaisir Les Astroludes, encore de la SF, dont la double narration nous montre d’un côté des scientifiques participant à un jeu interplanétaire et de l’autre une colonie vénusienne dans une situation critique. Le contraste entre les deux situations et l’horrible certitude qui vient petit à petit s’emparer du lecteur en font un texte à la fois original et fascinant.
Mais si vous préférez une fantasy plus impertinente, vous aimerez Stase, dans laquelle un magicien mégalomane et paranoïaque passe son temps à cambrioler ses rivaux, jusqu’à ce qu’un imprévu le mette dans une situation vraiment embarrassante. Cette nouvelle m’a beaucoup amusée.
Je vais terminer en évoquant mes deux récits préférés. La fée-zomique du Bois-Joli est un très beau texte, onirique, fantasque et poétique. Il évoque la magie et l’innocence, une féerie très enfantine, tout en parlant de sujets graves. Il est facilement tentant d’oublier tout émerveillement à notre époque désabusée, mais je crois sincèrement que nous ne sauverons jamais le monde en cessant de rêver et cette histoire l’illustre très bien.
Enfin, je me suis passionnée pour ce récit émouvant et cruel qu’est Le vrai talent. Dans cet étonnant monde aviaire où la musique peut être magie, un jeune homme est l’apprenti d’un être qu’il idolâtre mais qui n’en est pas moins d’une grande cruauté envers lui. J’ai adoré cette histoire, superbement écrite et fascinante, qui en outre nous décrit un univers sortant de l’ordinaire et un personnage grandiose. Ce texte-ci est de loin mon préféré.
Réalités IV est à la hauteur des précédents volumes. J’ai passé un excellent moment à explorer ces univers.

lundi 7 octobre 2019

Europunk

Une anthologie dirigée par Florent Lenhardt et Guillaume Parodi, publiée chez Realities Inc.



Présentation de l'éditeur :

J’appelle solennellement les auteurs de SFFF européens à qui le futur politique, social et culturel de leur(s) pays fait lever des sourcils inquiets ou pleins d’espoir, de se pencher ne serait-ce qu’un instant sur ce continent en ébullition où 500 millions de citoyens sont peut-être sur le point de faire un pas d’un demi-siècle en arrière. Pour le meilleur ou pour le pire ? A vous de nous en parler.
Que vive enfin l’Euro-Punk !

Florent Lenhardt

Un appel à l’Europunk, voilà ce qui a inspiré les auteurs des neuf textes contenus dans ce recueil. Sous la plume d’Olivier Boile, Jonathan Grandin, Romain Jolly, K.T., Geoffrey Legrand, Philippe-Aurèle, Mose Njo, Sandrine Scardigli et Jean-Marc Sire c’est à des avenirs impertinents, rebelles, sombres ou lumineux que cette anthologie vous invite, avec une dose de critique constructive et une autre d’insolence assumée !


Sommaire : 
  • Préface, Florent Lenhardt, Guillaume Parodi et Tesha Garisaki
  • L’Empire de Marbre, Olivier Boile
  • Siri mon Amour, Zuckerbook ma Patrie, Mose Njo
  • Europe sur la Rive, Sandrine Scardigli
  • 99.5, K.T.
  • Punk l’évêque, Philippe-Aurèle Leroux
  • Le Souffle du Taureau sur la Nuque, Jonathan Grandin
  • Dans tous les Coins de l’Hexagone, Jean-Marc Sire
  • Datalove, Romain Jolly
  • Neoropa, Geoffrey Legrand

L’Union Européenne… ce rêve qu’elle pourrait incarner et cette concentration de frustrations qu’elle semble nourrir à la place. Je suis née dans les années 80 et ma génération a été élevée dans l’idée que l’union européenne — à l’époque on parlait de communauté européenne — était une promesse d’ouverture. 
Ce qu’il en reste aujourd’hui est teinté d’amertume. Pourtant, cette union nous a apporté de bonnes choses, noyées cependant sous les récriminations. On voit la crise, l’émergence des nationalismes, une bureaucratie étouffante et souvent absurde… 
Cette union européenne fait partie de notre quotidien. Ses retombée sont présentes dans nos vies à des niveaux auxquels on ne prête même plus attention. Et c’est bien ça le souci : on n’y fait plus attention. Au mieux on l’ignore, au pire on n’en veut plus. Mais mesure-t-on les conséquences qu’aurait sa dissolution ? 
Le pourquoi de la situation est en soi intéressant. Si cette anthologie pose la question dans sa préface, elle en soulève aussi de nombreuses autres qui m’ont interpelée et, parmi elles, celle-ci : pourquoi la science fiction, terreau de tous les possibles et de toutes les réflexions sur l’avenir, ne s’est-elle pas, ou si peu, intéressée à l’Union Européenne ? Vaste sujet. Je ne m’étais jamais posé cette question et force est de constater qu’elle est troublante. 
Cette anthologie tente de compenser ce mépris, s’empare de l’Europe pour la faire sienne, la prendre en défaut ou montrer ce qu’elle pourrait devenir, de multiples façons. 
On navigue entre mythes fondateurs, inepties gouvernementales, futurs radieux ou incertains. On parle de monarchie, de contestation, d’espoir et de la jeunesse, bien sûr. Que serait l’avenir, et en particulier celui de l’Europe, sans la jeunesse ? 
Tout cela nous mène sur de nombreuses pistes, toute plus intéressantes les unes que les autres. 
Olivier Boile a choisi de nous montrer une Europe alternative où la Grèce dominerait. Belle mise en perspective, aussi grinçante que porteuse de réflexion. 
Sandrine Scardigli, quant à elle, fait contraster le mythe grec d’Europe avec l’Europe rêvée de la jeunesse et celle des colères qu’on tente de leur imposer. J’ai beaucoup aimé ce très beau texte. 
Dans 99.5 le lecteur se trouve projeté dans un futur glacé où l’Union Européenne, entourée de murs, doit se défendre contre une menace floue. Mais de quel côté vient-elle ? 
Punk l’évêque m’a amusée. Travaillant au sein d’un organisme qui dispense notamment des formations agricoles, je sais à quel point les normes européennes sont parfois absurdes quand elles quittent leurs jolis décrets imprimés pour être appliquées sur le terrain. En tout cas la comparaison est bien vue. 
Dans Le Souffle du Taureau sur la Nuque, un homme nous raconte son histoire et son Europe. La chute, saisissante bien qu’annoncée, fait à mon sens tout le contraste de ce récit. 
Dans tous les Coins de l’Hexagone met en scène les chasseurs. Ah, les chasseurs… Comment parler de l’Europe sans eux ? Critiquant sans relâche, mais toujours ravis de recevoir les subventions de l’Europe pour repeupler certaines zones d’oiseaux et joyeusement les plomber ensuite. Ou, il faut le dire aussi, pour entretenir des chemins abandonnés depuis longtemps par les communes et aménager des pare-feux… Ce texte, aussi grinçant soit-il, ne manque cependant pas de nuance. 
Dans Datalove, vous rencontrerez des migrants d’un genre particulier. Et si vous parvenez à ressentir de la compassion pour eux, comment ne pas la ressentir pour des humains ? 
Dans Neoropa on en revient à la jeunesse bien sûr. Elle est l’avenir, elle pourrait changer les choses alors autant conclure cette belle anthologie avec elle. Que ne ferait-on pas par amour ? J’ai aimé le côté très humain de ce texte où les motivations politiques côtoient l’amitié et le désir. Ce sont parfois nos aspirations personnelles qui nous mènent à écrire une histoire plus grande que la nôtre. 
Europunk regroupe d’excellents textes, originaux, intelligents et nuancés. Elle explore un bon nombre de problématiques actuelles et si la question de l’Europe, au sens large, vous interpelle — ou si elle ne vous interpelle pas du tout et que vous réalisez que c’est un problème — vous devriez la lire. Et n’ignorez pas l’excellente préface.

mardi 15 janvier 2019

Réalités volume III

Une anthologie dirigée par Tesha Garisaki et publiée chez Realities Inc.
Existe en papier et numérique.

Découvrez aussi :


Présentation de l'éditeur :
Tesha Garisaki continue sa pêche aux perles et nous a rapporté dix petits bijoux dans ses filets. Catch du futur, géomancie, robots géants, voyages burlesques et interplanétaires… si vous croyiez avoir tout vu, attendez d’avoir lu !

Sommaire :
  • 5’34, par Jonathan Penglin
  • Un petit, tout petit Bout de Protestation, par Q. Marrou 
  • En pleine Dérive, par Guillaume Parodi
  • Le Bleu et le Noir, Lucie Heiligenstein
  • Le Mur, Loïc Daverat
  • Nouvelle Tête, Sham Makdessi
  • L’Âne qui rit, Justin Hurle
  • Le dernier des Enfants rouges, Jean Bury
  • Le Pays des Cyclopes, Le Dino Bleu
  • Un Héritage draconique, Sébastien Mora

Comme les volumes précédents, cette anthologie nous offre une grande diversité de genres et d’univers. L’humanité n’y est pas toujours à son avantage et la plupart des nouvelles sont cette fois-ci grinçantes, voire franchement dérangeantes. Cependant, s’il y a bien un thème récurrent qui se dégage de l’ensemble, c’est la contestation. Règles brisées ou dévoyées, luttes frontales ou silencieuses et louvoyantes, les personnages de ces nouvelles trouvent toujours un moyen, même s’ils ne gagnent pas forcément toutes les batailles. Cela fait écho dans le contexte actuel. 
Les combats physiques ont la part belle dans ce volume, qu’il s’agisse de l’intense et fascinant duel de 5’34 ou d’une guerre extrêmement violente sur une planète lointaine contre d’immenses et énigmatiques machines dans Le Pays des Cyclopes. Mais il ne s’agit pas d’action pour l’action. Je ne suis pas du tout friande de scènes de combat, cependant ces deux textes m’ont plu pour les réflexions qu’ils inspirent. Il en va de même pour Le dernier des Enfants rouges, un récit saisissant, très perturbant dans ses thèmes, qui m’a néanmoins semblé infiniment long, sans doute à cause du malaise qu’il provoque. 
Certains textes jouent davantage sur l’émotion. En pleine dérive est un récit triste et émouvant, une lutte pour la survie cette fois. Il est d’autant plus marquant qu’il touche du doigt notre réalité. 
Le Bleu et le Noir, avec sa saveur de légende cauchemardesque est bien loin de notre monde, mais n’en est pas moins chargé d’émotions. À sa manière il parle aussi de survie, d’espoir et de foi. 
Et si vous préférez le cyberpunk et le transhumanisme aux légendes oniriques, vous aimerez Nouvelle Tête, un récit fascinant, qui s’engloutit très vite tant il est divertissant, mais n’en est pas moins porteur de réflexion. 
La rébellion est partout dans cet ouvrage. J’ai notamment beaucoup apprécié Le Mur, nouvelle dans laquelle les membres d’équipage d’une station spatiale refusent que soit rapatrié sur Terre le mur qui leur a servi de défouloir. J’ai trouvé ce texte très humain et à contre-courant, à l’heure où l’on affiche constamment sa vie sur les réseaux sociaux. Il nous rappelle que nos pensées nous appartiennent et que le choix de les diffuser ou non ne revient à personne d’autre. 
Et je termine avec mes deux nouvelles préférées. Tout d’abord Un Héritage draconique, un texte dont je n’avais pas envie de sortir tellement l’univers m’a plu. J’aurais bien lu tout un roman sur ce personnage et ce monde totalitaire où les dragons ont régné puis disparu. 
Enfin, mon coup de cœur absolu dans cette anthologie est indubitablement Un petit, tout petit Bout de Protestation. C’est tout ce que j’aime dans la SF : un récit réellement original et humaniste, qui s’interroge sur le devenir des peuples, qui est cohérent tout en étant imaginatif, qui est bien loin de notre quotidien mais nous parle quand même. J’ai adoré cette nouvelle. 
Ce volume de Réalités est digne de ses prédécesseurs. Il offre d’excellents moments de lecture, du divertissement et du suspense autant que de l’émotion et de la réflexion. C’est une réussite.

vendredi 24 novembre 2017

Réalités volume II

Une anthologie dirigée par Tesha Garisaki et publiée chez Realities Inc.
Existe en papier et en numérique.

Découvrez aussi :
- Réalités volume I
- Quantpunk
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realite_vol2
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Sommaire :
- Les Punaises de Loïc Daverat
- FredJ de Vivien Esnault
- Le Semeur de Colonnes de Wilfried Renaut
- La Fable du Dragon et du Rat de Manon Bousquet
- Dans l’Épave du Horn Sylwen Norden
- Alors le marché fut conclu de KeoT
- La Griffe de l’Être Miroir de Romain Jolly
- La légende d’un homme de Jean-Pierre Baratte
- Five o’clock tea de Marlène Charine
- Pas de quoi fouetter un chat de Jean-Marc Sire

Après un premier volume très réussi, les éditions Realities Inc. nous ouvrent de nouvelles voies vers des réalités alternatives au moyen de textes tantôt fantasques, drôles ou glaçants, mais toujours nuancés. J’ai apprécié autant la variété des genres présents dans cette anthologie que l’originalité des récits.
À mon grand déplaisir, les nouvelles n’ont pas la côte en France, d‘autant plus quand elles sont l’œuvre d’auteurs peu ou pas connus. Elles sont pourtant l’un des piliers de la SFFF anglo-saxonne que nous avons si souvent tendance à ériger en modèle. La nouvelle est un art difficile, qui répond à ses propres codes et dont on exige toujours beaucoup plus qu’on ne le fait d’un roman. On doit mettre en avant des personnages, mais sans oublier de donner corps à leur univers. L’intrigue doit être ciselée, sans pour autant devenir expéditive. C’est un équilibre à maintenir et les auteurs de cet ouvrage l’ont bien compris. Les anthologies étant souvent inégales, cela vaut la peine d’être souligné : ici tous les textes sont de qualité.
Les punaises, une nouvelle à la limite du réalisme magique, ouvre le bal. Débuter l’anthologie par ce texte était un excellent choix. Il permet au lecteur de se glisser dans le bon état d’esprit pour apprécier au mieux ce qu’il va découvrir au fil des pages. En tout cas, il m’a beaucoup plu.
FredJ est un long texte, que je survolais au début, jusqu’à ce que je me laisse entraîner dans l’histoire et que je ressente un brin de sympathie pour le personnage. Petit à petit, le récit devient prenant. Le cynisme est bien dosé et cela donne un texte qui reste en mémoire bien après avoir tourné la dernière page.
Le Semeur de Colonnes nous emmène ensuite vers une ambiance plus douce, à la saveur de légende.
Ce très beau texte, très poétique, m’a surtout plu pour le monde qu’il décrit. J’ai seulement déploré la fin, un peu trop convenue à mon goût. C’est dommage car, dans sa construction et ses thèmes, il m’a un peu évoqué l’univers de Christian Léourier (que je vénère). Néanmoins, cela reste un très joli récit dont le style m’a charmée.
J’ai adoré La Fable du Dragon et du Rat à la fois pour l’histoire elle-même (avec moi les contes ont toujours du succès) mais aussi pour le ton sur lequel elle est contée. À chaque fois que je découvre un texte de Manon Bousquet, je me fais la réflexion que j’aimerais en lire plus.
Réalités II n’hésite pas à souffler le chaud et le froid. Dans l’Épave du Horn nous offre une ambiance radicalement opposée à celle du texte précédent. On nous emmène sur une planète blafarde, décrite de façon si admirable qu’on a l’impression d’y être, avec des thèmes plus sombres et d’intéressantes pistes de réflexion.
Après la SF, un peu de Fantasy avec Alors le marché fut conclu. Cette nouvelle dépoussière allègrement les classiques en faisant d’un Gobelin son personnage principal dans un monde où se côtoient magie et technologie. Je suis un peu restée sur ma faim car ce texte m’a fait l’effet d’être l’introduction à un récit plus long. J’ai toutefois apprécié le background.
Avec son ambiance de polar, La Griffe de l’Être Miroir nous offre une intrigue tout en faux-semblants, pleine de suspense et de rebondissements. Sombre et efficace. Ici aussi on se surprend à en attendre davantage bien que le texte se suffise à lui-même.
La légende d’un homme est un texte très intelligemment construit, un puzzle dans lequel la vérité est multiple et dont l’image finale change selon le point de vue adopté. À quoi ressemblerait une chanson de geste du futur, une chanson de geste interstellaire ? Entre références littéraires et corrélation avec des faits divers, cette nouvelle semble déployer devant le lecteur diverses faces d’une réalité dont la sienne serait une infime partie. J’ai trouvé grand intérêt à cette lecture.
Il est difficile de parler sans spoiler de Five o’clock tea, texte aux implications glaçantes qui attise l’humanité du lecteur tout en cherchant à ranimer celle des personnages. Marlène Charine a fait preuve de beaucoup de subtilité et c’est un très beau texte.
L’anthologie se clôt sur une nouvelle amusante et un peu barrée : Pas de quoi fouetter un chat de Jean-Marc Sire. De quoi rester sur une note un peu moins déprimante, même si elle est teintée d’un humour assez grinçant. Et puis quand même, l’anthologie aurait manqué de chats…
Pour ce deuxième volume, le pari est encore une fois gagné. Tous ces textes m’ont offert d’excellents moments de lecture. J’ai apprécié leur diversité autant que les thèmes abordés et leurs qualités littéraires. Je ne le dirai jamais assez : lisez des nouvelles.

jeudi 16 mars 2017

Réalités volume I

Une anthologie publiée chez Realities Inc, en papier et en numérique.
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Sommaire :

– La septième idole, par Sylvain Lamur
– Terminus Turnus, par Ludovic Klein
– Autodafé, par Marie-Lucie Bougon
– Cadenas d’amour, par Bruno Pochesci
– Le sourire du barbare, par Sébastien Parisot
– La louve pourpre, par Julien Morgan
– Jeux dangereux au bord du monde, par Sylvain Bousquet
– Mirradh, par Manuel Le gourrierec
– Le sang et l’acier, par Xavier Portebois
– Une fois le papier enflammé, par Marianne Escher
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Réalités est une anthologie comme on les aime : des textes variés et inventifs qui permettent de découvrir des auteurs et d’explorer divers univers de SFFF sans s’ennuyer un seul instant.
Dans ces dix nouvelles on croise entre autres des robots, des ados livrés à eux-mêmes dans un monde apocalyptique, des mythes en lambeaux, des extraterrestres et des dragons. On explore des sociétés dystopiques, d’autres planètes et même une utopie… Drôles, tragiques, intenses ou surprenants, tous ces textes tirent à leur manière leur épingle du jeu. Je vais vous parler de mes préférés.
Dans La septième idole, des robots cherchent un sens à leur existence en se créant une religion. C’est bien vu. Un contexte savamment construit ainsi qu’une réflexion intéressante sous-tendent ce texte à la fois drôle et intelligent.
Autodafé, probablement ma préférée, est une nouvelle bourrée de références littéraires et superbement écrite. Très visuelle, elle nous permet d’observer les personnages aussi bien que la danse macabre des brûleurs de livres. Du début à la fin, je n’ai pu lâcher ce texte.
Cadenas d’amour est un récit à l’humour grinçant particulièrement divertissant. Seule la fin m’a un peu déçue, mais les circonvolutions de l’intrigue et le rythme enlevé m’ont beaucoup plu.
Plus initiatique, Jeux dangereux au bord du monde, a éveillé mon intérêt par l’originalité de l’univers dépeint. Des adolescents et enfants cherchent à survivre dans un monde que le néant ronge chaque jour un peu plus. Ils ont des préoccupations d’adultes mêlées à d’autres plus de leur âge. Mais comment s’affirmer et trouver sa place quand l’avenir est illusoire, ne dépendant que d’une éternelle fuite en avant ?
Dans Le sang et l’acier, j’ai retrouvé avec plaisir l’écriture de Xavier Portebois dont les textes possèdent toujours plusieurs niveaux de lectures et sont très subtils. Cette fois, se mêlent les caractéristiques du polar avec une réflexion sur l’humanité et le vivant. Est-ce la conscience ou la chair qui font de nous des êtres sensibles ? Ce texte parle de compassion, de différences, mais aussi de peurs et du rejet de l’altérité.
Pour finir, Une fois le papier enflammé m’a plu pour son aspect social et psychologique. Par petites touches, se dessine un monde surpeuplé, à tendance dystopique, dont le réalisme a de quoi faire grimacer.
Cette anthologie originale et pleine de surprises m’a offert d’excellentes lectures. Je vous encourage à parcourir à votre tour les dédales de toutes ces réalités.

mercredi 7 décembre 2016

Quantpunk

Une anthologie publiée chez Realities Inc, en numérique et à tout petit prix.

quantpunk
Présentation de l'éditeur :

Qu’est-ce que le Quantpunk ? C’est la question à laquelle les douze auteurs de ce recueil ont eu à répondre, dans une tentative de créer un nouveau genre, dérivé du cyberpunk et du steampunk, faisant appel aux découvertes de la physique quantique et des technologies qui en découlent, sans oublier la philosophie propre au mouvement punk.
Le résultat ? Onze textes plutôt disparates, preuve s’il en faut que l’exercice n’a rien d’évident. Le « Quantpunk », tout comme la mécanique quantique, résiste à la compréhension. Vouloir le définir, c’est laisser s’effondrer une foule de possibilités pour n’en conserver qu’une. Le regard de l’auteur influe sur son univers, et c’est particulièrement flagrant dans les textes qui constituent ce recueil.
Le Quantpunk est-il science-fiction, fantasy ou fantastique ?
Il est tout cela à la fois.
Est-il facétieux ou sérieux ?
Tout cela à la fois.
Jusqu’à ce que vous ayez tranché.
Sommaire :
- L’Homme au cerveaunivers d’Anthony Boulanger
- Le chat, les punks et la photocopieuse quantique de Lucie Pierrat-Pajot
- Cas de conscience de Sylvain Boïdo
- No past, no future, no Proust de Manon Bousquet
- Guanyin du sutra électrique de Jérôme Cigut
- Le chat ne s’est pas échappé de la boîte, il n’y a jamais été de Guillaume Parodi
- Mémoires mortes de Xavier Portebois
- Le prince est mort, vive le prince de Tesha Garisaki
- L’homme fractal de Fabien Clavel
- Conflux de Mathieu Rivero
- Transition d’André Woodcock & Thierry Fernandez
*
Toi aussi découvre le quantpunk, ce qu’il est et n’est pas, ce qu’il pourrait être… Le concept en lui-même m’a intéressée car il promettait originalité et diversité ; des IA et des chats (forcément), des punks et des mondes parallèles déployant l’éventail des possibles, des problématiques humaines, voire humanistes, des réalités qui s’épanchent, se mêlent, se contaminent et des récits allant du désenchantement du cyberpunk à l’incertitude migraineuse du fantastique. Qui ne serait pas tenté ?!
Je me suis très vite prise au jeu. Le premier texte, L’Homme au cerveaunivers, nous plonge tout de suite dans le bain. On y découvre un monde où les capacités psychiques des humains ont évolué. Classique, me dira-t-on, mais non, pas tant que ça. J’ai beaucoup aimé le background ainsi que le personnage et ai regretté la brièveté du récit.
Le deuxième texte est très drôle. Rien que le titre – Le chat, les punks et la photocopieuse quantique – est tout un programme. La fin, par contre, m’a semblé très abrupte.
Cas de conscience de Sylvain Boïdo est plus sombre et désenchanté. D’une certaine façon, il m’a rappelé la situation politique actuelle. On anticipe la fin, mais cela participe à l’envie de tourner les pages toujours plus vite. Je parlais avec ma liseuse, mais bizarrement les personnages ont refusé de m’écouter…
No past, no future, no Proust est une nouvelle plus légère qui m’a tout de suite séduite. Il faut dire qu’à partir du moment où on a une bibliothécaire psychorigide et un certain type de créature (faut lire, je ne vais pas tout dévoiler !) je suis conquise.
Guanyin du sutra électrique est un récit complexe qui mêle science-fiction, mythologie et philosophie, avec une narration puzzle comme je les aime. Je ne suis pas sûre d’en avoir intégré toutes les subtilités et il mériterait sans doute une seconde lecture. C’est néanmoins un très bon texte.
Le chat ne s’est pas échappé de la boîte, il n’y a jamais été se situe entre le fantastique et l’anticipation. Je n’ai pas été touchée autant que je l’aurais dû par les déboires du personnage, peut-être parce que le point de bascule était trop franc, trop tranché, et la fin pas très crédible. J’ai cependant apprécié le contexte qui donne à réfléchir.
La nouvelle suivante nous entraîne dans un univers virtuel, ou pas. La problématique de Mémoires mortes est particulièrement intéressante. Qu’est-ce qui fait notre conscience ? Est-elle copiable, numérisable ?
Dans Le prince est mort, vive le prince, le protagoniste explore des univers parallèles en quête de vengeance. J’ai apprécié l’aspect psychologique du récit, la façon dont l’auteur nous démontre l’importance des détails et dont elle analyse les nuances de la personnalité de ses personnages ainsi que la construction de celle-ci.
Avec L’homme fractal, Fabien Clavel prouve une fois de plus – s’il en était besoin – son talent de bâtisseur. Il n’écrit pas, il construit. Je suis toujours admirative de la qualité stylistique qu’il met entièrement au service de ses intrigues. Les deux s’équilibrent parfaitement. Et, bien sûr, j’ai beaucoup aimé cette nouvelle.
Conflux de Mathieu Rivero est un rien convenu, mais demeure un très bon texte malgré tout. J’ai déploré les coquilles (qui sont plus nombreuses dans cette nouvelle-ci), mais apprécié le propos.
Enfin Transition, le dernier texte, est celui qui m’a le moins plu. J’ai aimé les références, cependant je ne suis pas fan des scènes de combat à rallonge. Je n’en voyais plus la fin.
J’ai été conquise par cette anthologie décalée qui dépoussière les codes et métisse les genres. On est plus du côté cyber de la Force que du côté steam, mais ce n’est pas un mal car cela va à contresens de la mode actuelle. La grande variété des thèmes et des styles est indubitablement son point fort. C’est un ouvrage à découvrir absolument.
*
Màj : On me dit dans l'oreillette que les coquilles que j'ai mentionnées ont été corrigées.
*

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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Lire un livre dans lequel une IA ou des robots ont un rôle prépondérant.

lundi 31 octobre 2016

Maisons hantées

Une anthologie des Éditions Luciférines.

Existe en numérique à un tout petit prix.*

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Présentation de l'éditeur :

 Qu’elles soient perdues au milieu des bois, héritées d’un grand oncle ou cachées dans la brume, les maisons hantées sont des motifs familiers de l’horreur. Depuis Le Château d’Otrante de Walpole et l’apparition du roman noir anglais au XVIIIe siècle jusqu’au slasher moderne, il est devenu impossible de passer à côté de ces lieux maudits où la réalité se distord.

En hommage à l’intarissable production littéraire et cinématographique qui se plaît à abandonner ses personnages entre des murs de plus en plus étroits, dix-sept auteurs ont proposé leurs huis-clos les plus angoissants. De hautes tours gothiques, un appartement d’étudiant, un motel d’où on ne revient pas… chaque nouvelle présente un édifice dans lequel il serait imprudent de s’aventurer très longtemps. Spectres, démons, souvenirs d’un autre temps et monstres cannibales ont un sens de l’accueil particulier… Alors, comme le disait si bien Dante : Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance…

Des textes inquiétants, violents, insolents, qui n’hésitent pas à s’amuser de nos peurs les plus profondes.

Sommaire :
  • Jeux d’enfants, Floriane Soulas
  • Motel K, Yann Isoardi
  • Annabelle, Jean-Charles Flamion
  • Le murmure des pierres, Chris Vilhelm
  • Préservons l’éternelle fontaine, Raphaël Boudin
  • Amphytryon, Quentin Foureau
  • 65 de la rue Bouscarrat, Jérémy Bouquin
  • Kolka, V.F.F. Pouget
  • 145 rue Lafayette, Antoine Techenet
  • Classifié, Emmanuel Delporte
  • Métafiction, Mahaut Davenel
  • Dans le placard, Hélène Duc
  • Cambrousse Punk, Mickaël Feugray
  • Iravel, Vincent Tassy
  • Les Murs de Blackat, Nicolas Saintier
  • La Vénus aux épines, David Mons
  • Dehors il neige, Bruno Pochesci
La maison hantée a posé ses fondations dans notre imaginaire collectif il y a longtemps et de nombreux auteurs nous ont entraînés dans de sombres corridors, à pas lents ou courses effrénées sur le parquet grinçant, emprisonnant nos peurs les plus instinctives dans ces lieux cauchemardesques. C’est quelque chose que l’on connaît, mais dont on ne se lasse pas.
La maison hantée, aux murs suintants de souvenirs plus ou moins effroyables, nous renvoie les images de nos propres peurs domestiques. Elle est un classique de l’horreur car elle détourne le symbole bienveillant du refuge, que tous nous cherchons à un moment ou un autre de notre vie, pour en faire une prison. Ce constat seul augmente l’angoisse et la pression pesant sur le cœur du lecteur.
Évidemment, avec un tel sujet, on craint le déjà vu. Je vous rassure tout de suite, les textes qui composent cette anthologie, s’ils sont basés sur des motifs connus, n’en sont pas moins imaginatifs et font preuve d’une belle diversité de genres et d’approches. Pour preuve de la variété des récits, on a même du post-apo. Qui plus est, l’anthologiste a su les répartir avec intelligence. La peur va crescendo, mais connaît des moments de latence.
La lecture n’a cessé de me surprendre, tout en me mettant très mal à l’aise. Maisons hantées est un excellent ouvrage. Bien entendu, j’ai été plus sensible à certains textes que d’autres, mais ils sont égaux en qualité. Les auteurs n’ont pas choisi la facilité et je les en félicite. Lire cette anthologie est une bonne occasion de découvrir de nouvelles plumes.
On nous emmène du fantastique à l’horreur, de l’angoissant au gore. Il y a quelques textes vraiment crades mais, pour tous ceux qui comme moi ne sont pas friands d’hémoglobine, sachez que si j’en suis sortie sans aggraver mes insomnies, vous le pouvez également.
L’ouvrage s’ouvre sur Jeux d’enfants, une histoire classique, avec toutefois une petite originalité qui m’a séduite. La narration puzzle fait monter le suspense et l’angoisse même si on anticipe les événements. C’était un très bon texte pour se mettre dans l’ambiance.
À partir de là, l’effroi jouera au yoyo avec votre estomac, vous laissant juste le répit nécessaire pour que vous acceptiez de prolonger votre plongée dans les abysses. Et c’est bien pire quand on devine ce qui va advenir… J’ai été traumatisée par Dans le placard, je me suis perdue dans les méandres d’Iravel et du 145 rue Lafayette, Parfois, j’ai fui aussi prestement que ma vitesse de lecture le permettait, mais je suis tombée de Charybde en Scylla.
J’ai beaucoup apprécié l’angle d’attaque de Raphaël Boudin dans sa nouvelle Préservons l’éternelle fontaine. De même, j’ai trouvé La Vénus aux épines de David Mons particulièrement glauque et originale.
Je ne vais pas évoquer tous les textes dans le détail, même si d’autres m’ont marquée. Il est toujours assez difficile de parler de nouvelles sans trop en dévoiler. Mais j’espère avoir aiguisé votre curiosité.
Fantômes vengeurs ou esprits mélancoliques, maisons maudites ou gloutonnes, obsessions, menaces qui planent dans les murs ou présences malveillantes… Que la nouvelle soit cynique et sans espoir, affreusement clinique ou ignominieuse, vous tournerez les pages avec fascination.
Je suis contente d’avoir attendu la période d’Halloween pour lire cette anthologie. C’est un ouvrage à découvrir.

samedi 3 septembre 2016

Antiqu'idées

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Présentation de l'éditeur :


Après Histoires d’aulx, U-chroniques, Riposte Apo, Total Chaos, Rétro-fictions et Star Ouest, l’association imaJn’ère vous propose une nouvelle anthologie thématique !


Réalisée à l’occasion du sixième salon ImaJn’ère, le salon de la Science-Fiction et du Policier d’Angers où de plus en de plus d’auteurs de l’imaginaire francophone se réunissent chaque année, l’anthologie Antiqu’idées explore tous les aspects bien connus de l’Antiquité, par le biais de la science-fiction, de la fantasy, du fantastique et d’une pointe de polar.


Que pouvons-nous trouver comme idées neuves en refouillant l’Antiquité ? Revisiter un passé déjà connu, imaginer un futur plus rose ou tout simplement plonger dans l’Histoire antique pour le plaisir des yeux et des sens, voilà le programme d’Antiqu’idées. Quinze auteurs ont imaginé des histoires originales mettant en scène des éléments ou des personnages antiques, pour bousculer nos connaissances et rappeler que l’Histoire peut être vue autrement, voire même revécue.


De la Guerre de Troie à la Cimmérie, en passant par l’Égypte, Carthage et les confins bien connus de notre héritage gréco-latin, ces quinze nouvelles s’attachent à nous conter gaiement notre besoin de combat épique, de voyage au lointain et de quête de nos racines.



Sommaire :




  • La Maison des Vignes d’Estelle Faye

  • Rivages d’Eva Simonin

  • Deux fois vainqueur traverser l’Achéron de Fabien Clavel

  • Le Rêve du pont Milvius d’Olivier Boile

  • Ponce, Pilate, ponce ! de Justin Hurle

  • Le Tombeau de Calypso de Brice Tarvel

  • Chez Lucius, Dieux, Lares et Génies de Myrtille Bastard

  • Âheli ou la mémoire enfuie d’Isa3elle Arnoult

  • Quid Novi Medice de Jean-Hugues Villacampa

  • Carthage ! d’Arnaud Cuidet

  • Boadicée de Pierre-Marie Soncarrieu

  • Discorde de Patrice Verry

  • Une Histoire Tauride de Romuald Herbreteau

  • L’Immortel et l’Assassin de Jérôme Verschueren

  • Faisabilité et intérêt zootechniques de la métamorphose de masse de Lionel Davoust


Antiqu’idées, l’anthologie officielle du Festival ImaJn’ère 2016, pique d’emblée la curiosité. Le thème, certes souvent exploité dans les genres de l’imaginaire, ne manque cependant guère de potentiel. Je craignais un peu une surreprésentation de l’antiquité gréco-latine dans ces nouvelles, mais ai été agréablement surprise par la variété des textes.
Qui plus est, on trouve au sommaire autant d’auteurs connus dans le milieu SFFF que de petits nouveaux. Il est toujours plaisant de découvrir de nouvelles plumes, mais aussi de voir comment des auteurs qu’on apprécie exploitent un thème donné.
Comme pour toute anthologie, il est assez difficile d’évoquer les textes sans trop en dire. En outre, ils couvrent un grand éventail de lieux et de genres, j’ai donc décidé de les présenter dans l’ordre de publication.


L’anthologie s’ouvre sur La Maison des vignes d’Estelle Faye. Une nouvelle Fantastique dans la plus pure tradition du genre. L’auteur a choisi d’effleurer les Mystères dionysiaques, thème cher à mon cœur, et est parvenue à créer une ambiance très plaisante. Le soleil, le vin, des éblouissements qui altèrent la raison… J’ai néanmoins trouvé l’intrigue un peu convenue. Cependant, il s’agit d’un très bon texte.


Ensuite vient Rivages d’Eva Simonin, un texte agréable, mais à la chute prévisible. Le fond mythique n’y est pas assez exploité à mon goût. Il y avait matière à le rendre moins anecdotique.


Deux fois vainqueur traverser l’Achéron de Fabien Clavel est indubitablement mon texte préféré.
Eurydice nous y chante ses presque retrouvailles avec Orphée. L’auteur a une parfaite connaissance du mythe et a su en exploiter le moindre détail avec intelligence et finesse, tout en peuplant les zones d’ombre de nouveaux fantômes (ou d’autres créatures moins ragoûtantes). Cette lecture entre les lignes est originale et en même temps très respectueuse. J’ai, de même, beaucoup apprécié la référence à Nerval.


Le rêve du pont Milvius est également un très bon texte. Il mériterait largement d’être développé sous forme romanesque. Dans ce monde, l’islam s’est imposée à la place du christianisme et un écrivain moderne se demande ce qui se serait produit si cela n’avait pas été le cas. Cette mise en abyme uchronique, rappelant un peu Le Maître du Haut Château de K. Dick, est très intéressante.


Ponce, Pilate, ponce ! de Justin Hurle nous fait changer de registre. Les plaies d’Égypte y ont une origine pour le moins loufoque. Ce texte amusant et déjanté me rappelle quelque chose sans que je sache dire exactement quoi. Il est néanmoins original et apporte un peu de légèreté à cette anthologie, tout en changeant de décor. Néanmoins, ce type d’humour ne séduira pas tout le monde.


Je pense être passée totalement à côté du texte suivant… Je ne saurais pas dire pourquoi, mais je n’ai pas du tout accroché au récit de Brice Tarvel, Le Tombeau de Calypso. C’est pourtant du Fantastique, mon genre préféré. Un Ulysse déboussolé y échoue sur une île d’Ogygie bien loin de ses standards…


Chez Lucius, Dieux, Lares et Génies de Myrtille Bastard démarrait plutôt bien. L’idée de base ne manquait pas de piquant : toi aussi chez toi crée une divinité qui exaucera tes vœux puisque les autres ne le font pas ! Info ou intox ? Le narrateur, stéréotypé à souhait, était idéal pour ce genre de récit. Cette nouvelle avait du potentiel. Malheureusement, celui-ci n’est que peu exploité, tout comme le filigrane uchronique qu’on entrevoit à peine. La fin m’a semblé décevante, peut-être un peu lisse pour la cynique que je suis.


Âheli ou la mémoire enfuie est un récit plus doux. Cette vision de l’Atlantide et de sa fin n’est pas très originale, il me semble avoir lu mille fois une interprétation de ce type, mais celle-ci se révèle néanmoins efficace et élégante dans sa simplicité. En tout cas, j’en ai apprécié la lecture.


Quid Novi Medice nous emmène au temps de la guerre des Gaules (référence obligatoire à deux célèbres Gaulois) et explore à sa façon le thème très couru des super-héros.


Carthage ! d’Arnaud Cuidet fait partie des textes qui m’ont le plus marquée. Cela est d’autant plus étonnant que je ne suis pas férue de scènes de combat. Toutefois, le mélange entre science-fiction, histoire et références littéraires (un des rares textes de Flaubert qui me parle vraiment) m’a beaucoup plu. J’ai de surcroît trouvé le style de l’auteur très poétique et agréable à lire.


Boadicée, comme son titre l’indique, nous emmène sur les traces de la célèbre reine guerrière, mais quel destin choisirait-elle s’il lui était donné d’entrevoir son futur ? L’auteur y fait montre d’un sens de la mise en scène plutôt intéressant.


Discorde mêle SF et mythologie grecque de façon relativement amusante. On y rencontre trois donzelles qui cherchent un gugusse pour les départager et un berger d’origine princière, si ça vous parle… Cette réécriture était plutôt sympathique, j’ai beaucoup apprécié le début mais ai été une nouvelle fois déçue par la fin.


Une Histoire Tauride est l’une des nouvelles que j’ai le plus appréciées. Un scientifique endetté s’embarque dans un chantier de fouilles archéologiques qui se révèle particulièrement atypique. Quand l’Histoire se réécrit d’elle-même (ou presque, merci les incidents nucléaires) pour intégrer de la fiction (cimmérienne, mes amis !) et que des chats patriotes s’en mêlent, moi je dis que ça vaut le détour ! J’en aurais bien lu quelques pages de plus.


Un contrebandier, une chèvre et un chevalier sont dans une barque… Ça commence comme une blague et on n’est pas loin du compte. L’Immortel et l’Assassin est un texte récréatif, qui joue sans vergogne sur le mélange des genres et des références très marquées à une obscure saga interstellaire et ses sabres lasers… De quoi passer un bon moment.


Je connaissais déjà Faisabilité et intérêt zootechniques de la métamorphose de masse et je l’ai relu avec plaisir. Ce texte, rédigé comme une étude des plus sérieuses, est à la fois drôle et intelligent. On nous y propose de régler le problème de la surpopulation et du manque de ressources nourricières grâce à un épisode de l’Odyssée. Sous couvert d’humour et de métaphore, il aborde des problèmes réels, des points de morale et d’éthique, et offre une réflexion intéressante.


Dans l’ensemble, je garde une assez bonne impression de cette anthologie qui respecte le pari de nous faire voyager dans le passé et propose un panel de textes très éclectique. Certains m’ont peu marquée, il est vrai, mais se détachent du lot de vrais petits bijoux qui satisferont les lecteurs les plus exigeants et resteront dans les mémoires.

lundi 30 novembre 2015

À voile et à vapeur

Une anthologie dirigée par Julien Morgan et Isabelle Wenta, publiée chez Voy’el uniquement en numérique.
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Présentation de l'éditeur :
De la science-fiction à la fantasy en passant par le fantastique, dix auteurs proposent leur vision d’un avenir du passé. Dans ce rétro-futur haut en couleurs, la vapeur et la voile cohabitent, le chevalier d’Éon use de charmes inattendus, des automates interrogent le tic tac de leur cœur mécanique et des élixirs permettent de changer de sexe à volonté. Embarquez à bord de la Vagabonde ou du Quatorze Sacs à Malice, destination la Russie, l’Afrique coloniale, Paris ou Londres, et partagez avec ces personnages les tourments et les plaisirs d’une vie à voile et à vapeur riche en aventures de tous genres – et sans distinction de genre...
Sommaire :
- Préface : Le Steampunk, ce puissant projecteur sur notre époque, Arthur Morgan
- Louise Geneviève de Beaumont de Tonnerre, Anthony Boulanger
- Dans les bras d’Orion, Céline Etcheberry
- Les mécanismes de l’errance, Alex Barlow
- Poupée de chiffons, Sophie Fischer
- Ceci n’est pas une histoire de tortue, Tesha Garisaki
- Une histoire d’éléphants, Isaac Orengo
- Du vent dans les voiles, Jean-Basile Boutak
- Histoire naturelle, Angou Levant
- Le pudding bavarois, Jarod Felten
- Suivez cette cathédrale !, Gareth Owens

Comme le titre le laisse deviner, il s’agit d’une anthologie Steampunk LGBT. Néanmoins, la prépondérance de l’un ou de l’autre peut varier selon le récit. Parfois le Steampunk n’est qu’un décor, d’autres fois c’est l’orientation sexuelle du ou des personnages qui n’est qu’un détail de l’histoire. De fait, les nouvelles sont assez diverses.
Fait rare avec les anthologies (les styles variés sont un atout, mais on ne peut pas toujours accrocher à chacun) : tous les textes ont été agréables à lire, même si tous ne font pas dans l’originalité et que j’en ai appréciés certains plus que d’autres.

Louise Geneviève de Beaumont de Tonnerre est un des textes que j’ai le plus appréciés pour son ambiance et son humour. Anthony Boulanger a choisi de mettre en scène un personnage connu, ce qui se révèle une très bonne idée. En outre, j’ai un faible pour les histoires d’espionnage. Je ne reprocherai qu’une chose à celle-ci : la fin arrive un peu trop brusquement et m’a fait l’effet d’un soufflé qui retombe.

Dans les bras d’Orion est un beau texte, très bien écrit, empreint de poésie et de nostalgie. Cependant, en ce qui concerne l’intrigue, c’est moins ma tasse de thé. De cette nouvelle je me rappellerai surtout le décor que l’auteur a su peindre de manière à le rendre très réel.
J’ai lu, il y a quelques temps, une autre nouvelle de Céline Etcheberry : 1888, et son style m’a marquée. C’est un auteur à découvrir.

En lisant Les mécanismes de l’errance, je dois admettre m’être plus intéressée au décor qu’au cœur du propos. Alex Barlow nous embarque à bord de La Vagabonde, un vaisseau stellaire. Un membre d’équipage y conte une histoire, que j’ai trouvée assez convenue. Cependant j’ai aimé Lincoln et j’aurais bien voulu en savoir plus sur elle, son vaisseau et son équipage.

Poupée de chiffons fait partie des nouvelles qui m’ont le moins marquée, même si ça reste une jolie histoire. Ce n’est tout simplement pas mon genre, trop de sentimentalisme à mon goût.

Ceci n’est pas une histoire de tortue est une de mes nouvelles préférées. Elle offre une vraie réflexion sur le genre et sur l’identité sexuelle. Le propos est intéressant, mais j’ai aussi beaucoup apprécié la façon dont il est mis en scène.

Une histoire d’éléphants est sans doute le texte qui m’a le plus déçue et ce probablement parce que j’en attendais autre chose. L’histoire démarrait bien et le décor piquait ma curiosité, mais on me promettait un mystère et au final il n’y en avait pas.

Du vent dans les voiles est l’un de mes textes favoris. Je l’ai trouvé très subtil dans sa façon de traiter de la norme (et de la normalité, ce qui n’est pas la même chose), de l’hypocrisie et de la notion d’accomplissement personnel.

Histoire naturelle marque surtout par son originalité. L’auteur ménage longtemps sa surprise, je ne vais pas la gâcher. Je regrette simplement de ne pas avoir su le fin mot de la naissance de l’aura et de ses conséquences.

Le pudding bavarois est pour moi l’un des meilleurs textes de cette anthologie. Totalement épistolaire, il demande au lecteur de réellement s’impliquer. Le récit se construit avec délicatesse et pudeur autour d’ellipses et allusions diverses. Il tient au lecteur de percevoir les changements d’attitude des personnages et l’évolution de leur relation rien qu’en décryptant leur correspondance.
J’ai vraiment beaucoup aimé cette nouvelle qui, en outre, n’est pas seulement sentimentale mais propose une vraie intrigue secondaire. La conclusion de cette dernière, avec la réelle nature d’Edwina, est toutefois laissée à l’interprétation du lecteur, ce qui n’est pas forcément un mal.

Suivez cette cathédrale ! clôt l’anthologie avec dynamisme. Ce texte est bourré d’action et très plaisant à lire, mais il apparaît comme le simple épisode d’une histoire qui aurait dû être développée davantage. C’est mon seul regret. De surcroît, j’aimais bien Pixie, le personnage principal, et il y a assez peu de femmes dans cette anthologie pour accentuer mon regret.

J’ai été très agréablement surprise par la variété des nouvelles présentes dans À voile et à vapeur et par l’étendue des thèmes traités. Je craignais surtout les clichés et finalement il y en a très peu. Il est toujours difficile de parler d’une anthologie sans trop décrire les textes pour ne pas gâcher la lecture, mais je vous recommande celle-ci car on y aborde des thèmes sérieux en n’oubliant pas d’être distrayant.
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Carton plein pour les challenges :

CRAAA

JLNND-Je-lis-des-nouvelles-et-des-novellas

challenge ebooks

dimanche 5 juillet 2015

CRAAA !!!

Parce que je ne me lasse pas de lire des nouvelles et que le diminutif de ce challenge ressemble à un cri de corneille (ce que je trouve trop kiffant), je me suis inscrite au Challenge Recueils and Anthologies Addict de La Prophétie des Ânes.


Il se déroulera du 15 juillet 2015 au 15 juillet 2016 et j'ai choisi le palier Âne éclairé, soit 12 lectures.


Le CRAAA fonctionne sur un système de points, chaque lecture en rapporte 10, parvenir au palier que l'on s'est fixé en rapporte 20 et, pour faire bouger un peu la PAL, on fournit une liste de départ à Cornwall qui tire au sort un nombre de livres (la moitié du nombre défini par le palier choisi, soit six dans mon cas) qui rapporteront des points bonus.


Pour ce tirage, j'ai été plutôt chanceuse :


- Dimension Moscou
- Folie(s)
- De la corne de Kirin aux ailes de Fenghuang
- Black Mambo, Vanessa Terral, Sophie Dabat et Morgane Caussarieu
- Le maître de Rampling gate et autres nouvelles
- Ghost stories


Autrement dit : des livres récemment acquis que j'ai très envie de lire et d'autres qui traînent depuis un peu trop longtemps dans la PAL. Il faut dire que j'avais un peu laissé de côté les anthologies dernièrement... Mais c'est reparti, vive le CRAAA !!!


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CRAAA

mardi 5 novembre 2013

La boîte de Schrödinger - spéciale Halloween

Une anthologie de saison (oui quand je l'ai lue c'était encore la saison, vous n'allez pas chipoter !) publiée chez Walrus et uniquement disponible au format numérique.


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La boîte de Schrödinger - spéciale Halloween

Halloween est de retour !


Comme chaque année, monstres, vampires, goules, fantômes et momies vont venir perturber votre nuit du 31 octobre. Attention aux mauvais sorts ! Pour vous mettre dans l'ambiance, Walrus vous propose une "Boîte de Schrödinger" spéciale Halloween. Au programme, des fantômes amoureux, des rencontres impromptues, des souvenirs perdus, des cimetières habités et... de la soupe à la citrouille. Aux manettes de cet épisode de mi-saison un peu spécial, une ribambelle d'auteurs prêts à vous faire frissonner : Jacques Fuentealba, Anthony Boulanger, Benoit Giuseppin, Vanessa Terral, Laurent Riatto et avec la participation exceptionnelle et gracieuse de George Sand, spécialement revenue d'entre les morts le temps d'une nuit de terreurs délicieuses.


De quoi faire hurler de frayeur les enfants comme les plus grands, et passer une nuit d'Halloween riche en émotions !



Cette petite anthologie est, comme son titre l’indique, composée de nouvelles s’articulant autour du thème d’Halloween. C’est vraiment une lecture sympa pour la saison. Les textes sont variés, offrant au lecteur diverses ambiances. On passe ainsi de textes sombres, à faire frissonner, ou de récits plus glauques qui mettent mal à l’aise, à des histoires plus légères, jouant d’un humour assez noir, mais toujours savoureux. C'est tout ce dont on pourrait rêver (ou cauchemarder) pour Halloween.
C’est une nouvelle de Jacques Fuentealba qui ouvre l’anthologie. Elle nous permet, grâce à un début assez lent, très évocateur de ces mois de novembre enveloppés de brouillard, de nous glisser lentement dans l’ambiance avant de nous emmener beaucoup plus loin qu’on l’aurait imaginé.
Ce récit fantastique oscille entre réel et imaginaire d’une façon très subtile. Il ramènera le lecteur averti vers l’univers habituel de l’auteur, mais pourra tout autant plaire à celui qui ne le connaît pas.
J’ai beaucoup apprécié ce texte.
Ensuite, Anthony Boulanger nous offre de très courtes nouvelles à chute, distillant l’effroi ou l’humour selon l’envie. On se laisse facilement piéger et, si j’en ai préféré certaines, je les ai toutes lues avec plaisir.
La ronde des morts de Benoît Giuseppin m’a vraiment plu. Ce texte court, un rien grinçant, est parfaitement dans l’esprit de la saison et j’ai beaucoup aimé la chute.
Si j’ai également apprécié la nouvelle de Vanessa Terral, je trouve tout de même que c’est la plus glauque du recueil, bien que pas du tout horrifique, contrairement à celles de certains de ses petits camarades. Cette nouvelle est par contre très originale car elle nous parle de la fête des morts mexicaine ce qui, en soi, est vraiment un excellent choix, d’autant que l'auteur a bien développé ce thème.
L'esprit de l'eau de Laurent Riatto est un texte plus classique, un tantinet mélancolique, qui aurait manqué à cette anthologie s’il ne s’y était pas trouvé. Il explore à sa façon un thème récurrent des histoires de fantômes et c’est un agréable moment de lecture. Il commence dans la légèreté, mais ce sera à vous de voir s’il continue sur sa lancée ou pas.
Enfin le texte George Sand clôt cette excellente anthologie. Vous connaissez peut-être déjà ce « récit d’un récit » très typique de son époque et qui est surtout appréciable pour son ambiance de fantastique un peu suranné.
La boîte de Schrödinger spéciale Halloween est une bonne lecture automnale, pour se faire un peu peur, se rappeler que notre imagination n’a que les limites que nous lui imposons, pour rire de nos fantômes en s’amusant à les craindre, tout en avivant un peu cette part de nous qui a envie de croire, même si c’est un jeu.


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