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lundi 11 novembre 2024

Le Café secret des nuits de pleine lune

Un roman de Mai Mochizuki publié aux éditions Nami.


Présentation de l'éditeur :

« Le Café de la pleine lune n’a pas d’adresse fixe. De temps à autre, il apparaît là où bon lui semble : dans une rue commerçante, une gare, au bord d’une rivière. »

À Kyoto, un café ambulant tenu par des chats maîtres en astrologie fait son apparition comme par magie les soirs de pleine lune. À la lueur des étoiles, cette mystérieuse roulotte accueille les humains qui en ont besoin.

Fondant au chocolat et sa glace de pleine lune, café glacé au sirop d’aurore… En dégustant les desserts préparés sur mesure, les clients se confient aux étonnants tenanciers à moustaches. Et grâce à la lecture de leur thème astral, tous comprennent peu à peu à quel moment ils se sont égarés. L’interprétation de la carte du ciel leur permettra-t-elle de surmonter les obstacles qui les empêchent de trouver le bonheur ? Inspiré de la croyance populaire japonaise des chats portebonheur, ce roman magique allie sagesse orientale et lecture des étoiles.

Le roman qui a conquis le coeur des lecteurs japonais !

Mai Mochizuki est née à Hokkaido et vit aujourd’hui à Kyoto. Elle est membre du Japan Mystery Writers Association et du Unconventional Mystery Writers Club. Le Café secret des nuits de pleine lune, son premier roman traduit en français, a rencontré un tel succès au Japon qu’il est devenu une série et est en cours de traduction en 17 langues.

Traduit du japonais par Alice Hureau

La vie de Mizuki, la petite quarantaine, semble au point mort. Ses fiançailles ont été rompues abruptement, sa belle carrière de scénariste s’est étiolée et elle vit dans un petit studio déprimant où elle écrit des trames secondaires pour un jeu vidéo. Rien ne l’enthousiasme, elle vivote plus qu’elle ne vit. Pourtant, Mizuki tente un pas hésitant pour remettre sa carrière sur les rails et c’est tout ce que l’unviers semblait attendre pour la pousser en avant.
Le café secret des nuits de pleine lune est un roman feel good entre réalisme magique et onirisme. Mizuki se perd et se retrouve, mais elle est loin d’être la seule. Dans ce récit choral, les personnages se croisent de loin en loin, sans que l’on comprenne tout de suite pourquoi. Leurs histoires s’effleurent ou s’entremêlent selon le moment et l’on prend plaisir à voir ce que deviennent les uns et les autres par touches légères, comme par écho. J’ai aimé tous ces personnages, avec un faible plus prononcé pour Mizuki et Akari, et je me suis souciée de chacun d’eux.
Cette histoire est avant tout profondément humaine et douce. Elle nous offre un regard empreint de bienveillance sur les moments charnières de l’existence ainsi que les répercussions insoupçonnées de nos actions et choix. La dimension fantastique du récit, très éthérée, est agréable. Elle apporte une touche de fantaisie sans verser dans l’excès ni voler la vedette aux personnages.
Dans ce roman, on parle aussi beaucoup d’astrologie, d’un point de vue psychologique et non prévisionnel. J’ai trouvé intéressante la façon dont l’autrice l’incorpore à son récit. Vous n’avez pas besoin d’y croire pour apprécier son usage des symboles. Il suffit de se laisser porter. Pour ma part, j’ai longtemps étudié l’astrologie par intérêt pour son symbolisme. Et même si je suis très dubitative quant à l’idée d’articuler sa vie autour de son thème natal, j’ai trouvé cela très bien construit dans l’histoire. La lecture a été d’autant plus agréable qu’elle a réveillé beaucoup de souvenirs et m’a donné envie de me replonger dans le symbolisme astrologique.
J’ai pris grand plaisir à lire ce roman poétique et très riche en émotions. J’ai adoré la conclusion qui est comme une boucle qui se referme. Lire ce livre, c’est un peu comme faire un long rêve dont on se réveille apaisé. Et en plus il y a des chats. Que demande le peuple ?


lundi 28 août 2023

Du thé pour les fantômes

Un roman de Chris Vuklisevic, publié chez Denoël dans la collection Lunes d'encre.

Il existe une version audio, lue par Clotilde Seille et publiée chez Gallimard dans la collection Écoutez lire.


Présentation de l'éditeur :

"Quand on est vivant, on occupe les places que les morts ont laissées. C'est la règle."Agonie est sorcière. Félicité, passeuse de fantômes. Le silence dure depuis trente ans entre ces deux filles de berger, jusqu'au jour où la mort brutale de leur mère les réunit malgré elles. Pour recueillir ses derniers mots, elles doivent retrouver son spectre, retracer ensemble le passé de cette femme qui a aimé l'une et rejeté l'autre. Mais le fantôme de leur mère reste introuvable, et les témoins de sa vie, morts ou vivants, en dessinent un portrait étrange, voire contradictoire. Que voulait-elle révéler avant de mourir ? Qui était vraiment cette femme fragmentée, multiple ?Leur quête de vérité emmènera les sœurs des ruelles de Nice au désert d'Almería, de la vallée des Merveilles aux villages abandonnés de Provence, et dans les profondeurs des silences familiaux. Entrez dans le salon de thé. Prenez une tasse chaude à l'abri de la pluie. Écoutez leur histoire.
Pour échapper à l’un de ces violents orages d’été typiques du sud, un touriste se réfugie dans un salon de thé niçois. Bien que de nombreuses tables semblent inoccupées, malgré les théières et tasses pleines posées dessus, la gérante le fait asseoir avec un homme jovial bien décidé à jouer à la parlante pour occuper l’après-midi pluvieuse qui s’étire.
J’aime bien ce genre d’accroche. On est là, tranquille, on s’installe et on écoute une histoire. Il sait y faire, ce narrateur — et l’autrice qui en tire les ficelles. Il ménage ses effets, il nous fait tourner en rond parfois, il révèle toujours ses informations au bon moment et c’est un vrai plaisir de l’écouter. Parce que oui, on a vraiment l’impression d’être assis à cette table, dans ce salon de thé où les tasses se lèvent toutes seules pour abreuver d’invisibles fantômes et d’être suspendu aux lèvres de cet original qui nous conte l’histoire de deux jumelles on ne peut plus différentes (ou pas), de leur tempétueuse mère qui celait autant de personnalités que de secrets, d’un village qui s’est vidé de tous ses habitants, à l’exception d’une seule, en une nuit tragique, et de ces étranges thés qui font parler les morts.
Ce roman oscille entre le fantastique et le réalisme magique, avec une petite touche de merveilleux, soit tout ce que j’aime. En outre, le fait que l’intrigue se situe à Nice et dans l’arrière-pays a ajouté pour moi un parfum familier qui me l’a rendue encore plus tangible. J’ai adoré suivre ces deux sœurs, enquêter avec elles pour déterrer les secrets de leur mère et plus encore, pour comprendre pourquoi elle avait décidé d’en adorer une et de haïr l’autre sans qu’aucune des deux n’ait un sort plus enviable au fond. J’ai adoré bondir d’une époque à l’autre, découvrir des lieux et des personnages passionnants. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas autant investie dans une histoire.
Du thé pour les fantômes nous offre une ambiance, sombre, vénéneuse, mais aussi délicate. L’intrigue kaléidoscopique nous leurre sans cesse, nous égare, et quand enfin l’image se fait plus nette, tout prend un sens surprenant. J’ai adoré ce roman du premier mot au dernier point.

vendredi 31 janvier 2020

Une Sirène à Paris

Un roman de Mathias Malzieu, lu par l'auteur pour Audiolib.

Présentation de l'éditeur :
Nous sommes en juin 2016, la Seine est en crue. De nombreuses disparitions sont signalées sur les quais. Attiré par un chant aussi étrange que beau, Gaspard Snow découvre le corps d’une sirène blessée, inanimée sous un pont de Paris. Il décide de la ramener chez lui pour la soigner, mais tout ne se passe pas comme prévu. La sirène explique à Gaspard que les hommes qui entendent sa voix tombent si intensément amoureux d’elle qu’ils en meurent tous en moins de trois jours. Quant à elle, il lui sera impossible de survivre longtemps loin de son élément naturel…
À travers ce conte moderne, Mathias Malzieu questionne l’engagement poétique et le pouvoir de l’imagination dans une époque troublée. Ce livre est une déclaration d’amour à l’amour, au panache, à l’épique, à la camaraderie et à la surprise.
L'enregistrement est accompagné d'improvisations musicales interprétées par Mathias Malzieu.
Cela commence comme un conte. Gaspard, sorte de Peter Pan bipolaire qui vit dans ses rêves et souvenirs, trouve une sirène blessée sur les quais et se met en tête de la soigner. Le Merveilleux surgit comme ça, pffft, dans le quotidien de ce rêveur invétéré qui en sourcille à peine. Gaspard est surprisier, voyez-vous, un enchanteur qui secoue la réalité pour en chasser la poussière. Il ressent tout intensément et pourtant ne sait plus aimer.
Mais les sirènes ne sont-elles pas réputées perdre les marins qu’elles envoûtent ? Celle-ci ne fait pas exception à la règle. Pragmatique et intelligente, elle va pourtant semer une indescriptible pagaille.
J’aime les histoires dans lesquelles le fantasque et le merveilleux contaminent soudain la réalité. Et la personnalité de la sirène, Lula, qui se révèle à mesure qu’elle se laisse apprivoiser par la gentillesse maladroite de Gaspard, m’a plu. Lui en revanche… Personnage émouvant, c’est certain, il n’en est pas moins difficile à supporter parfois et cela vaut tout autant pour le récit lui-même qui possède les qualités et défauts de ce personnage. Il est à la fois attachant et agaçant.
J’ai aimé l’univers de Gaspard, les souvenirs de sa grand-mère, la péniche… Je m’y suis volontiers promenée. Mais toute l’intrigue secondaire avec Milena et les atermoiements de Gaspard m’ont un peu ennuyée.
L’auteur a le goût des belles phrases et des images, de la poésie et de l’excès. En cela, récit et personnages s’accordent parfaitement. C’est un style qu’on aime ou pas et je l’aurais aimé si je n’avais parfois ressenti un certain malaise. Gaspard et moi, on n’a pas la même notion de l’amour et de la séduction. Il évolue, ce qui est une bonne chose dans son cas, mais m’a laissé une impression désagréable.
J’ai oscillé au cours de cette écoute, entre les passages où j’appréciais qu’on me raconte une histoire et ceux qui me semblaient tellement longs… Les jolis jeux de mots et les belles phrases ça va un moment, mais écrire pour accumuler les effets de style, ça ne nourrit pas une histoire, c’est plus de l’ordre de la coquetterie. Je crois que si je l’avais lu, plutôt qu’écouté, j’aurais eu du mal à venir à bout de ce roman pourtant très court. Et c’est dommage, parce qu’il y a dans cette histoire un certain éclat et qu’un peu de réenchantement ne fait jamais de mal.

mardi 3 décembre 2019

Caligo Lane

Une nouvelle d'Ellen Klages, publiée en numérique chez ActuSF.

Cette nouvelle se situe dans l'univers de Passing Strange.

Présentation de l'éditeur :
1940 : L’ori-kami permet de replier l’espace sur lui-même pour en relier deux points.
À San Francisco, Franny maîtrise cet art et compte l'utiliser pour ramener sa sœur, prisonnière de cette guerre mondiale qui ravage l'Europe.
Mais la magie suffira-t-elle face à l'horreur ?

Cette très courte nouvelle prend naissance dans l’univers de Passing Strange. Elle peut toutefois être lue et appréciée sans connaître le roman.
On y retrouve Franny, un des personnages secondaires de Passing Strange. J’ai une certaine affection pour cette femme généreuse, bienveillante et sagace. Cependant, le fait que les autres femmes de son cercle soient absentes m’a causé une petite déception. Pas d’Helen ni de Polly et, surtout, pas de Babs. Mais bon sang, où est Babs ?!
Cela étant, la nouvelle est magnifique et montre bien qui est Franny. L’autrice développe la pratique magique de son personnage, que l’on a pu entrapercevoir dans le roman, en nous la faisant vivre dans toute sa poésie. C’est un texte très émouvant dans lequel une femme tente d’en sauver d’autres et particulièrement sa sœur, quitte à accepter de faire de gros sacrifices pour cela. Et c’est magnifique de la regarder faire.
La magie de cette nouvelle est belle, puissante et évocatrice, elle happe le lecteur qui ressent autant que Franny le poids de l'urgence, qui se tend avec elle vers ce but incertain… et espère.
Je souhaitais me consoler d’avoir fini Passing Strange, mais je n’en suis que plus nostalgique.

lundi 2 décembre 2019

Passing Strange

Un roman d'Ellen Klages, publié chez ActuSF.

Présentation de l'éditeur :
San Francisco, 1940. Six femmes, avocate, artiste ou scientifique, choisissent d’assumer librement leurs vies et leur homosexualité dans une société dominée par les hommes. Elles essayent de faire plier la ville des brumes par la force de leurs désirs… ou par celle de l’ori-kami. Mais en science comme en magie, il y a toujours un prix à payer quand la réalité reprend ses droits.
Ellen Klages est une autrice américaine d’imaginaire qui vit à San Francisco. Passing Strange, a été finaliste du prix Nebula avant de remporter les World, British Fantasy et Gaylactic Spectrum Award 2018.
Choisir un livre est un pari. Tout lecteur sait qu’il peut parfois ouvrir un ouvrage et ne jamais y entrer ou au contraire tomber dedans dès la première phrase. La raison de cette intimité immédiate peut lui apparaître évidente ou impossible à définir, même une fois la dernière page tournée. Quelle importance de savoir pourquoi on a aimé un livre, pourquoi on a su dès les premières lignes qu’on l’aimerait ?
Cela m’est arrivé avec Passing Strange. Je suis entrée dans cette histoire comme une invitée dans une maison accueillante. C’était confortable et familier, même si j’y venais pour la première fois. Il faut dire que le réalisme magique, comme le fantastique, c’est ma came. Si le second est sombre et introspectif, le premier est plus optimiste ou en tout cas plus ouvert. Lire du réalisme magique, surtout à l’américaine, c’est voir d’un coup l‘horizon s’ouvrir sur un champ de possibilités immense... et souvent aller vers la plus farfelue. La magie discrète qui caractérise ce genre est facile à accepter, banale et habile à la fois. Elle ne prend pas le pas sur l’intrigue, elle s’y mêle naturellement.
Ici, la magie agit sur l’espace et le temps, elle plie le monde pour qui sait la manier. Elle est un art délicat, presque anodin. Ce sont les détails, la persévérance et la finesse, autant mentale que gestuelle, qui peuvent comme un rien changer le cours des choses. Et l’art, bien sûr, que serions-nous sans art ? Ne naît-il pas de notre capacité à nous émerveiller, à voir au-delà des choses, de notre besoin de créer ?
Passing Strange est un roman nimbé de magie où il fait bon flâner malgré les injustices dont il nous rend témoins. Il nous ramène à l’aube de la seconde guerre mondiale, à San Francisco, dans le sillage de six femmes d’âges variés. J’ai adoré les suivre, les voir évoluer, apprendre à leurs côtés ce qui caractérisait leur époque. Je me suis passionnée pour leur vie, insurgée de découvrir comment ces femmes intelligentes et dotées d’un tel appétit de vivre étaient fustigées par la société. Pourtant, ce n’était pas une surprise.
Néanmoins cela paraît toujours aberrant de se dire qu’une femme pouvait être arrêtée si elle ne portait pas au moins trois vêtements féminins. À notre époque où l’homophobie est malheureusement encore bien présente, on se rend malgré tout compte que du chemin a été parcouru. Enfin, dans certains pays…
Mais revenons aux femmes qui font ce roman. Il y a Franny, cartographe et magicienne, qui fait office de fil de trame entre ces femmes, et Babs, sa compagne, la mathématicienne. Il y a Helen, américaine d’origine japonaise qui doit danser pour gagner sa vie malgré ses diplômes. Il y a Emilie qui a fui sa riche famille et Haskel l’artiste. Enfin il y a Polly, seize ans, que son père a voulu protéger des conflits qui font rage en Europe. Elles sont toutes attachantes, brillantes, volontaires. Comment ne pas vouloir le meilleur pour elles ?
J’aurais bien passé davantage de temps avec elles. J’ai particulièrement aimé la personnalité d’Helen et sa finesse d’esprit. La façon dont elle a choisi de clore cette histoire est un tour à sa mesure. Emilie et Haskel sont aussi très émouvantes.
Passing Strange parle de magie et de science, d’amitié et de désir d’émancipation, mais c’est aussi une très belle histoire d’amour.
Le seul reproche que je pourrais faire à ce roman est le nombre assez impressionnant de coquilles : mots absents, en double ou à la place d’autres. C’est fort dommage. Cependant, cela n’empêche pas d’apprécier cette belle histoire que j’ai quasiment lue d’une traite tant elle m’a plu.
Et maintenant je vais me consoler d’avoir fini ce roman avec la nouvelle spin off : Caligo Lane.

vendredi 26 mai 2017

Flying Witch T2

Un manga de Chihiro Ishizuka, publié chez Nobi Nobi.
Il comporte cinq volumes, le troisième est prévu pour juillet.


Vous pouvez également consulter mon avis sur l’anime et sur le tome 1.


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Dans ce tome, Makoto continue sa découverte de la vie à la campagne, tout en profitant des joies du quotidien avec ses cousins. C’est le printemps, cueillette de légumes sauvages, nouvelles amitiés, festival des cerisiers en fleurs sont au programme. Le récit est toujours empreint de douceur, de tranquillité et de bien-être. Rien de nouveau si vous avez vu l’anime, juste la joie de retrouver les personnages et de les suivre dans leur petite vie saupoudrée de magie évanescente.
Notre jeune sorcière est cette fois un peu en retrait. On apprend à mieux connaître son entourage. On voit notamment un peu plus les parents de Kei et Chinatsu qui sont des gens plutôt sympas. Dans ce volume, on rencontre également une autre sorcière que j’avais déjà beaucoup aimée dans l’anime et que j’aimerais voir un peu plus dans la suite. Quant à la petite Chinatsu, de plus en plus attirée par l’univers de ses cousines, elle veut à son tour devenir une sorcière. Cette gamine est vraiment adorable.
Les chapitres forment des histoires simples et brèves et c’est là le seul défaut de ce manga : on en voudrait toujours plus. C’est un festival de petites magies avec un ancrage réel et culturel assez crédible. De fait, je me sens toujours proche des personnages et j’aime les voir évoluer.
Je l’ai déjà dit en parlant du tome précédent : Flying Witch est typiquement un manga doudou, une sucrerie idéale pour les jours où le moral est en berne.

samedi 18 mars 2017

Flying Witch T1

Un manga de Chihiro Ishizuka, publié chez Nobi Nobi.
Il comporte cinq volumes, le deuxième est prévu pour mai et le troisième pour juin.


Vous pouvez également consulter mon avis sur l'anime.


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Présentation de l'éditeur :


À son entrée au lycée, la jeune Makoto quitte la région de Tokyo pour le nord-est du Japon. Hébergée chez ses cousins Kei et Chinatsu, elle découvre les petits plaisirs d’une vie plus proche de la nature, où le temps semble s’écouler plus doucement. Mais le quotidien à la campagne ne s’annonce pas de tout repos pour autant, car Makoto est aussi une apprentie sorcière un peu étourdie !



Flying Witch est un manga en cinq volumes. Il a été adapté en anime en 2016, ce qui nous vaut la sortie du manga en français cette année. Ayant adoré l’anime, j’étais très impatiente de me replonger dans la vie de Makoto, jeune sorcière en apprentissage.
Cependant, ne vous méprenez pas, on est loin de Charmed et Harry Potter. Mako a une vie simple, presque normale, qui n’est pas pour les fans d’action ou de sortilèges impressionnants. Cette série s’adresse davantage aux contemplatifs, ceux qui pensent qu’une sorcière n’est pas là pour lutter contre des démons, mais pour créer de l’harmonie. Le manga et l’anime sont une bulle de douceur, un moment de détente et de bien-être nous rappelant que le bonheur est fait de petites choses. Ils sont très apaisants. L’ambiance tient du réalisme magique, le surnaturel arrive par petites touches. Le tout est fantasque et optimiste.
Les personnages sont très crédibles, même si un peu loufoques aussi, et surtout attachants. C’est le quotidien d’une jeune fille banale, avec juste une petite touche de bizarrerie qui fait rêver.
Dans Flying Witch, une sorcière qui atteint ses quinze ans doit devenir indépendante. Mais les temps sont durs pour les sorcières et les parents de la jeune fille préfèrent qu’elle continue ses études. Elle sera donc hébergée chez des cousins éloignés à la campagne. Mako, qui a toujours vécu en ville, découvre donc les joies de la cueillette ainsi que celles d’entretenir son propre potager. Elle se fait de nouveaux amis, humains ou non, et apporte sa magie douce dans le quotidien de sa famille. Généreuse, optimiste et maladroite, c’est le genre de personnage que l’on craint de voir devenir caricatural alors qu’en fait pas du tout. Il y a quelque chose de résolument lumineux dans ce manga et cela passe par des personnages très humains.
On rencontre la petite Chinatsu, qui oscille entre la crainte et l’enthousiasme face aux pouvoirs de sa cousine, son frère Kei, qui n’aime pas trop les études mais connaît si bien la nature et adore cuisiner, Nao la pragmatique et les autres sorcières dont on fera la connaissance dans les volumes suivants… Tous apportent quelque chose à l’ensemble et on passe d’excellents moments en leur compagnie.
Ce volume couvre les trois premiers épisodes de l’anime. Les deux formats sont très proches, mais l’anime me semble plus développé. Je pense notamment aux scènes de cuisine, mais aussi d’autres anecdotes comme la vieille dame évoquant son amie sorcière, ce qui tient en deux pages dans le manga.
J’ai vraiment eu un grand coup de cœur pour l’anime et la version papier peut sembler un peu plate à côté. Mais cela reste une lecture très douce et relaxante, avec cette jeune sorcière maladroite à laquelle on s’attache très vite.
J’ai aimé retrouver l’univers et les personnages, je lirai la suite, mais j’espère quand même de nouveaux épisodes pour l’anime.

lundi 9 janvier 2017

La Terre qui penche

Un roman de Carole Martinez, publié chez Gallimard. Il est ici question de la version audio, lue par Geneviève Casile et Adeline d'Hermy.


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Présentation de l'éditeur :


Blanche est morte en 1361 à l'âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort ! La vieille âme qu'elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu'elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent. L'enfance se raconte au présent et la vieillesse s'émerveille, s'étonne, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l'y attend. Veut-on l'offrir au diable filou pour que les temps de misère cessent, que les récoltes ne pourrissent plus et que le mal noir qui a emporté sa mère en même temps que la moitié du monde ne revienne jamais ?


Par la force d'une écriture cruelle, sensuelle et poétique à la fois, Carole Martinez laisse Blanche tisser les orties de son enfance et recoudre son destin. Nous retrouvons son univers si singulier, où la magie et le songe côtoient la violence et la truculence charnelles, toujours à l'orée du rêve mais deux siècles plus tard, dans ce domaine des Murmures qui était le cadre de son précédent roman.



En décembre, une blessure à l’œil m’a contrainte à me passer de lecture. Alors, pour me tenir compagnie, j’ai opté pour un livre audio. Ceux de Carole Martinez sont toujours agréables à écouter comme à lire. Elle est une conteuse et de ses mots émane un souffle particulier, une mélodie sensuelle qui emporte le lecteur à travers le temps et l’espace, au cœur de ce réalisme magique qui semble toujours si familier, si naturel. Elle donne à ses récits la saveur des légendes, des chansons et des songes. Celui-ci en est encore plus empreint que les précédents.
La Terre qui penche nous ramène aux Murmures, bien après Esclarmonde, et il n’est pas nécessaire de connaître l’histoire de la recluse pour apprécier celle de Blanche. On retrouve toutefois une figure connue que, pour ma part, j’aime beaucoup. J’ai été heureuse de revenir sur mes pas, dans un décor à la fois neuf et familier, d’écouter les voix de la narratrice, de me sentir chez moi à ses côtés. Peu à peu mon cœur s’est mis à battre à l’unisson de celui de Blanche, même si elle m’agaçait parfois. J’ai espéré pour elle et j’ai tremblé pour elle. Je me suis glissée dans cette histoire, récit initiatique tout de contes entremêlé, et me suis pelotonnée près des personnages. J’ai oublié que j’étais adulte pour, de nouveau, grandir avec Blanche.
Elles sont deux à nous conter une même histoire, la vieille et l’enfant qui furent Blanche. Les errements de la vieille âme nous ramènent à son enfance, elle est sagace, mais sa pensée s’effiloche, alors que l’enfant, elle, suit le cours de sa vie comme si elle s’y trouvait encore. Elles se complètent, se répondent, entortillent les brins de laine de l’histoire au rythme de la fusaïole que meuvent leurs voix pour en former le fil.
Blanche a des peurs d’enfant et des aspirations de femme. Elle se trouve à la frontière, cet âge difficile où l’on n’est plus une petite fille et pas encore une adulte. Elle est chardon, elle est eau vive, elle est minute, une fillette qui a grandi sans mère et sans amour, mais qui veut apprendre à lire, savoir écrire son nom et prendre ainsi les rênes de son destin. À bien des égards, ce personnage est touchant, mais il n’est pas le seul.
Carole Martinez crée des personnages extrêmement vivants à la personnalité complexe. Ce sont surtout des figures féminines, fortes, émouvantes ou inspirant la pitié. Elles forment une ronde serrée qui n’éclipse toutefois pas totalement les hommes. Et si Du domaine des Murmures malmenait la figure paternelle, La Terre qui penche nous offre au contraire un père merveilleux, entre autres personnages masculins remarquables.
Mais c’est avant tout l’histoire de Blanche, de la fin de son enfance et de sa volonté de vivre en ces temps difficiles où l’on craignait la peste qui avait décimé le monde. L’Histoire côtoie la magie ; les loups et le diable, les sorcières et les fées ne sont jamais loin pour qui veut les voir.
J’ai tellement aimé ce roman ! Sa magie demeure encore un peu à mes côtés.
En ce qui concerne la version audio, j’ai eu un peu de mal avec la comédienne qui incarne la jeune fille. Elle tombe souvent dans la litanie et prive les personnages de leurs intonations. Au bout d’un moment, cela devient franchement agaçant. Toutefois, ce roman est agréable à écouter et je préfère cela aux lecteurs qui essaient, avec plus ou moins de subtilité, de changer leur voix pour les personnages secondaires.
La Terre qui penche est un beau texte, poétique, vivant, fantasque et je vous le conseille ainsi que les autres ouvrages de Carole Martinez.

vendredi 28 octobre 2016

Como agua para chocolate - le film

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Como agua para chocolate, Les épices de la passion en français (ouais, je sais…), est un film mexicain réalisé par Alfonso Arau et basé sur le roman éponyme de Laura Esquivel. Celle-ci en a d’ailleurs écrit le scénario. En français, le roman s’intitule Chocolat amer et tous les amateurs de réalisme magique devraient le lire. L’histoire se déroule au début du XXe siècle au Mexique. Laura Esquivel nous conte le destin de Tita, dernière-née d’une femme revêche qui, sous prétexte de tradition, veut la garder auprès d’elle et l’empêcher de se marier. Or, Tita est courtisée… Pour se rapprocher de la femme qu’il aime et qu’on lui refuse, Pedro fait donc le choix d’épouser Rosaura, la sœur aînée de celle-ci. Il s’installe chez sa belle-famille, avivant ainsi les tensions. Ma première rencontre avec Tita s’est faite par le biais de mes cours d’espagnol au lycée. J’ai eu à traduire l’un des premiers chapitres du roman et j’ai été touchée par l’histoire de cette jeune femme sur laquelle sa mère a reporté toutes les frustrations de son existence. Cependant, au-delà du fait que mama Elena est une sacrée peau de vache, la tradition est réelle. Cela donne à réfléchir. Pour autant, n’imaginez pas que le film et le roman soient pesants ou emplis de rancœur. On est dans le réalisme magique, le fantasque, le romanesque. Le contexte historique troublé n’apparaît qu’en fond, les femmes sont au cœur du récit. Il y a Tita et sa mère, bien sûr, mais aussi Nacha, la vieille servante qui a élevé la petite dernière, et les autres filles de la maison. On s’attache vite à certaines d’entre elles. Le roman développe davantage leurs histoires personnelles, surtout pour Gertrudis, la cadette, et j’admets avoir préféré de loin la lecture. Elle date un peu, mais je me souviens de chapitres courts, d’une écriture douce qui donne l’impression de chuchoter des confidences et de notes culinaires… Le film est fidèle au roman, mais ne possède pas sa magie. À vrai dire, je ne lui aurais peut-être pas trouvé grand intérêt si je n’avais pas connu toutes les ramifications de cette histoire familiale. La vie de Tita est intimement liée à la cuisine. Chocolat amer est à rapprocher de ces romans qui vous entraînent dans un univers lié aux sens, avec cet éclat de petite magie du quotidien qui fait la différence, sans pour autant verser dans le surnaturel débridé. Pour exemple je citerai La Maîtresse des épices de Chitra Banerjee Divakaruni, qui est assez connu. Film ou roman, Laura Esquivel nous offre un récit d’accomplissement. Il parle de ce que l’on choisit de transmettre, en bien ou en mal, et de la difficulté que l’on peut avoir à se libérer des traditions pour n’en garder que le meilleur et construire sa propre vie. Vous adhèrerez ou non aux choix de Tita, mais vous ressentirez autour d’elle cette présence, ces liens qui l’unissent à plusieurs générations de femmes. C’est une sensation familière quand on répète soi-même les gestes que l’on a appris de ses parents ou de ses proches. C’est un savoir inconscient qui nous accompagne toute notre vie. Le film date de 1992. C’est en le trouvant dans le catalogue de Netflix que je m’en suis souvenue et ai eu envie de retrouver ces personnages. Il peut paraître un peu vieillot, mais il n’est pas mauvais malgré quelques raccourcis à l’emporte-pièce. Je conseille de toute façon de lire le roman avant. Je crois sincèrement qu’à voir le film en premier vous vous gâcheriez la découverte.

mardi 18 octobre 2016

Flying Witch

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Flying Witch est une série animée japonaise adaptée d’un manga de Chihiro Ishizuka. La première saison compte douze épisodes.
On y fait la rencontre de Makoto Kowata, une jeune sorcière de quinze ans. Selon la tradition, elle doit prendre son indépendance, mais ses parents s’inquiètent pour elle. La vie est dure pour les sorcières de nos jours, ils préfèrent qu’elle continue ses études et loge chez des proches. Elle s’installe donc à la campagne et retrouve son cousin Kei, sensiblement du même âge, et la petite Chinatsu.
Makoto aime s’habiller en noir et a pour familier un chat (devinez sa couleur). Elle est l’un des archétypes de la sorcière qui hantent notre imaginaire collectif. La bonne sorcière, bien entendu. Mako est vraiment adorable. Elle n’a aucun sens de l’orientation, elle commet plein de bourdes par naïveté, mais elle n'est pas stupide. C’est un personnage très attachant et suivre son quotidien se révèle un réel plaisir. Avec ses cousins, elle apprend à reconnaître les plantes comestibles sauvages et à s’occuper d’un potager. En échange, elle apporte un peu de sa magie et de ses bizarreries dans leur vie.
Entre superstitions, personnages étranges et apprentissage de la magie, les épisodes paraissent bien trop courts (alors que le générique dure des plombes). On se laisse imprégner par le réalisme magique de ces histoires, on a envie d’en apprendre davantage sur les sorcières et en même temps leur vie n’est pas si extraordinaire que ça, juste un rien plus magique. N'attendez pas des sorts époustouflants et des combats, mais laissez-vous ensorceler par la bienveillance douce et loufoque de ces sorcières.
La série nous offre un panel de personnages intéressants : la famille de Mako et ses nouveaux amis, d’autres sorcières et des créatures surnaturelles. Tous sont très réussis. Chaque épisode est une découverte. J'ai particulièrement aimé le salon de thé.
L’animation est jolie. J’aime beaucoup les couleurs, l’ambiance, la douceur de cette série. C’est le genre d’anime que l’on regarde en sirotant une tasse de thé, après une très longue journée, pour retrouver un peu de sérénité. C’est très mignon, mais pas cucul. Les amateurs de sorcières ne pourront qu’adhérer, quel que soit leur âge.
J’ai eu un coup de cœur pour cet anime et j’espère qu’il y aura une suite.


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mercredi 6 janvier 2016

Du domaine des Murmures

Un roman de Carole Martinez.


Il est ici question de la version audio parue chez Gallimard. Elle est lue par Isabelle carré et agrémentée d'une musique originale de Christophe Hammerstrand.


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Présentation de l'éditeur :
En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire «oui» : elle veut s'offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe...
Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et ce souffle l'entraînera jusqu'en Terre sainte.
Carole Martinez donne ici libre cours à la puissance poétique de son imagination et nous fait vivre une expérience à la fois mystique et charnelle, à la lisière du songe.


La voix fraîche d'Isabelle Carré nous emporte dans l'univers rêveur et passionné de Carole Martinez.



Esclarmonde a quinze ans et aucune maîtrise sur son existence. Elle passera, telle une tête de bétail, de son père à son époux, sauf si, le jour de ses noces, elle parvient à faire entendre sa voix. Mais pour quelle destinée ? C’est en recluse, morte parmi les vivants, qu’elle a choisi de vivre.
On pourrait la croire faible ou folle. Elle n’est ni l’un ni l’autre. Par l’enfermement, elle veut gagner sa liberté. Et même si sa foi est sincère, c’est d’une certaine façon le pouvoir qu’elle cherche à obtenir par la sainteté. Cependant, la jouvencelle qu’elle est alors ne sait rien de la vie et ce choix, le premier pour lequel elle ose se battre, va changer bien des destinées.
J’avais depuis longtemps envie de découvrir cet ouvrage, mais je ne pensais pas le faire via l’écoute. J’aime assez les livres audio quand ils sont de qualité, comme c’est le cas pour celui-ci, mais je n’ai pas le réflexe d’aller vers eux. On perçoit un livre de manière très différente lorsqu’on l’écoute. On vit l’histoire plus à distance quand on nous décrit les lieux et on se sent au contraire beaucoup plus proche des personnages quand ils se confient. C’est particulièrement vrai pour ce roman-ci dont le personnage central est le narrateur.
Je pense que j’aurais tout autant goûté, en la lisant, la richesse du langage déployée par Carole Martinez, mais l’écouter me l’a faite apprécier autrement. J’ai laissé la joie voix d’Isabelle Carré me raconter cette histoire, insinuer sa poésie dans mes pensées qui, comme des nuées d’abeilles, butinaient les mots et les idées que je saisissais au vol. Peu à peu la voix de la lectrice, qui sait conter sans surjouer (défaut malheureusement courant dans les livres audio) s’est confondue avec celle du personnage et j’avais l’impression de véritablement recueillir les murmures d’Esclarmonde…
Je suis heureuse d’avoir écouté plutôt que lu ce roman qui, d’ailleurs, m’a peut-être semblé moins pesant ainsi. Me serais-je sentie enfermée avec Esclarmonde en lisant, plus proche des souffrances des personnages car plus longuement imprégnée des descriptions de celles-ci ? La voix adoucit tout cela, même si l’imagination travaille. Et pourtant ce récit m’a décontenancée, puis bouleversée… On a beau savoir certaines choses sur la condition des femmes au moyen âge et même sur la pratique de la réclusion, ça reste un choc culturel important pour une femme du XXIe siècle qui a la chance de vivre dans un pays où les femmes sont libres de choisir comment mener leur existence, peuvent travailler, vivre où elles le souhaitent, se marier ou non sans la permission de leur père. Cela m’a donné à réfléchir sur bien des plans. De nos jours, certaines n’ont toujours pas cette chance.
Via Esclarmonde, immobile dans sa tombe de recluse, j’ai suivi les pas de femmes souhaitant s’affranchir, elles qui n’étaient libres de rien, pas même d’élever leurs enfants si on le leur refusait. Esclarmonde la sacrifiée, Jehanne la serve qui appartient à son fief comme un arbre fruitier, Douce à l’esprit agile qui craint le sommeil et que sa famille a par deux fois marchandée, Bérengère la sauvageonne un peu fée et la vieille nourrice… toutes ces femmes m’ont émue et semblé si proches. J’ai aimé les suivre, les voir se battre, se révéler.




Le monde en mon temps était poreux, pénétrable au merveilleux. Vous avez coupé les voies, réduit les fables à rien, niant ce qui vous échappait, oubliant la force des vieux récits. Vous avez étouffé la magie, le spirituel et la contemplation dans le vacarme de vos villes, et rares sont ceux qui, prenant le temps de tendre l’oreille, peuvent encore entendre le murmure des temps anciens ou le bruit du vent dans les branches. Mais n’imaginez pas que ce massacre des contes a chassé la peur ! Non, vous tremblez toujours sans même savoir pourquoi.



Par la voix de sa lectrice, Esclarmonde m’a fait ses confidences, construisant peu à peu sa légende en ces temps obscurs ou l’on croyait facilement aux miracles comme au merveilleux, pour le meilleur comme le pire. Et j’ai craint pour elle, pour d’autres également, mais j’ai continué d’écouter. Je l’ai regardée prendre ses décisions, ne sachant si, ce faisant, elle construisait sa sainteté ou hâtait sa déchéance. Un espoir demeurait-il pour cette jeune femme ? Gagnait-elle vraiment sa liberté ainsi ? Je me tendais vers la fin de son histoire, j'avais envie de savoir.
Du domaine des Murmures est un roman magnifique, au style très poétique, il m’a offert de grandes émotions. J’ai été très impressionnée par ce récit qui n’est pourtant qu’une fiction (cela ne se perd jamais de vue, d’autant qu’un peu de fantastique y affleure par instant). Je vous invite chaleureusement à le découvrir.

dimanche 14 septembre 2014

Lettres de Shandili

De Philippe Pratx, publié chez Thot éditions.


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lettres de shandili - philippe pratx




Quatrième de couverture :
Philippe Pratx, créateur et webmestre du site Indes réunionnaises, professeur de Lettres ayant exercé en France métropolitaine, en Afrique Noire, en Guyane et à la Réunion, photographe à ses heures, a très tôt touché à la création littéraire. Il poursuit en ce domaine un parcours personnel à l'écart des modes comme des traditions, jouant sur le brouillage des genres, les échos textuels et les limites du pouvoir des mots.
Après de longues années sur cette voie, il réunit pour les deux aeuvres publiées dans ce volume, les fruits de deux passions : pour la civilisation indienne et pour l'écriture.
Le recueil de nouvelles - métissé de roman épistolaire - Lettres de Shandili explore un univers indien à la fois consciencieusement scruté et réinventé. Mais ses enjeux littéraires vont au-delà : disant beaucoup tout en laissant toujours l'essentiel dans le pâle éclat du non-dit, les textes du recueil constituent en eux-mêmes et dans le tissu de correspondances qu'ils entretiennent, un paysage spirituel.
En regard, les poèmes du Devîsadangei, attribués au poète tamoul Aridam, sont un prolongement ou un préalable à ce paysage. Parce qu'une traduction se donne par essence comme perpétuellement par défaut, ces textes à la légèreté presque fruste veulent témoigner de la difficulté de tout langage à appréhender le spirituel.



Lettres de Shandili, évoquant par le titre un roman épistolaire, est en fait un recueil de nouvelles, bien qu’émaillé des lettres d’une jeune femme à un mystérieux destinataire. Ces lettres créent une forme de cohésion entre tous ces récits distincts, comme un recueil caché dans le recueil. Ce qui n’empêche pas les nouvelles elles-mêmes de se répondre ; elles s’effleurent les unes les autres, avec plus ou moins d’insistance, mais toujours en subtilité.
L’écriture est belle et tout en finesse, comme j’avais déjà pu l’apprécier dans Le Soir, Lilith du même auteur. J’ai retrouvé la même magie qui sourdait des résumés de films auxquels avait participé Lilith, mais pas seulement. Il se dégage de ces deux livres la même ambiance fantastique, bien que le roman soit plus sombre que le recueil.
Les récits qui composent ce singulier ouvrage sont très souvent écrits à la première personne, témoignant d’un événement marquant dans la vie du narrateur qui le rend ainsi d’emblée plus accessible au lecteur, l’impliquant intimement dans son histoire, même s’il trouvera sans doute un peu perturbant parfois de passer d’un confident à l’autre. Ce sont des nouvelles tissées d’ambiances et d’impressions plus que d’action ; elles forment un ensemble poétique qui cristallise la fragilité fugace d’instants qui sont ou deviennent hors du commun. Elles sont parfois terre-à-terre, à ce qu’il peut sembler de prime abord, souvent évanescentes ou ouvertement mystiques, elles se révèlent, en tout cas, toujours inspirées et parlent à l’âme du lecteur, le poussent à ressentir et réfléchir. Elles sont les étapes d’un cheminement, comme des lettres immenses sur un parchemin qu’on ne peut lire car on en fait partie.
L’ouvrage s’ouvre sur une nouvelle troublante, Urvashî, dont j’ai aimé l’ambiance floue, qui rappelle un délire fiévreux et qui séduira tout amateur de fantastique. Celle-ci donne le ton. Vient ensuite une succession de textes tout aussi fascinants que je ne pourrais tous évoquer sans gâcher la découverte à qui veut bien me lire. Il est très difficile d’évoquer une nouvelle sans lui enlever sa substantifique moelle.
J’ai adoré L’inventaire du coffre aux épices, ode aux sens, extrêmement poétique, La rivière et ses réflexions autant philosophiques que spirituelles… Et je ne peux omettre de mentionner Jeu de miroirs, texte brillant, un des joyaux de ce recueil et en même temps fermoir qui les relie tous.
Le Voleur est un des textes qui resteront le plus ancrés dans ma mémoire. Je l’ai lu à haute voix, il s’est imprégné dans mon esprit et m’accompagne encore, tout comme Arrière-saison, récit puissamment évocateur et fascinant qui fut pour moi comme un coup de poing reçu dans l’estomac.
Légèrement imprégnées de fantastique ou de réalisme magique, quelquefois de mythologie et mysticisme, ces nouvelles nous emmènent jusqu’en Inde, nous parlent de dieux, d’aspirations et de mystères, autant que de la vie quotidienne des gens que l’on croise en les lisant. Elles mettent à notre portée différentes facettes de l’âme indienne, tout en nous entraînant dans une quête personnelle et spirituelle d’harmonie.
J’ai aimé les fins ambiguës de certains textes, le fait que le chemin soit plus important que le lieu d‘arrivée. C’est un recueil qui se savoure et se médite.


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mercredi 4 juillet 2012

Mère-vieille racontait

Un roman de Radu Tuculescu, paru aux éditions Ginkgo.


Présentation de l'éditeur :
Mère-vieille racontait est la « chronique d’une mort annoncée » : celle d’un hameau perdu de Transylvanie, (multiethnique et multiconfessionnel, du nom de Petra), qu’une « ancienne », pierre angulaire du village, s’efforce de retarder en ressuscitant les histoires passées de tous ses habitants, les vieux surtout… (les jeunes ayant migré en masse vers la ville).
Un étranger, visiteur de passage se trouve pris dans les rets de ce monde en marge du réel. (Devenue sur le tard une lectrice férue de grande littérature, « Mère-vieille » mêle inextricablement des détails de Boulgakov, d’Italo Calvino, etc… aux véritables souvenirs).
Le narrateur même s’en fera le dépositaire, puis le transmetteur, après la mort de la conteuse.
Si, en parlant de cette histoire authentique – la plupart des protagonistes, de « Mère-vieille » à la jument du facteur, ont bel et bien existé ou vivent encore –, le traducteur fait référence aux romans de Gabriel García Márquez, ce n’est pas par hasard : la même ambiance, à la fois locale et universelle, enveloppe celui de Ţuculescu.
On y trouve aussi une évocation de l’érotisme féminin dionysiaque plus fort encore que celui de l’Éloge des femmes mûres de Stephen Vizinczey.
Guy de Maupassant disait : « Le Réaliste, s’il est un artiste, cherchera, non pas à nous montrer la photographie banale de la vie, mais à nous en donner la vision plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même. […] J’en conclus que les Réalistes de talent devraient s’appeler plutôt des Illusionnistes. »
Mère-vieille racontait est un roman sur le crépuscule d’un monde qui, se refusant à l’extinction biologique, se nourrit des sèves innombrables du souvenir, telle l’unique source de vitalité.


Dans Mère-vieille racontait, Radu Tuculescu nous conte la vie la vie de tout un village, celui de la grand-mère de sa femme. Cette dernière lui ayant transmis ses histoires, il se met en devoir de ne pas les laisser périr en même temps que les derniers habitants de Petra, village perdu dans la campagne de Transylvanie.
Étrange ouvrage que celui-ci, dans le fond, comme dans la forme.
Le style est poétique, bien qu’un peu pesant. Les mots vont et viennent avec les anecdotes, se répétant comme la vague revient lécher le sable. L’histoire est aussi fragmentée que cyclique. Mêmes anecdotes, mêmes mots pour les raconter, inlassablement… Parfois quelques précisions y sont ajoutées, mais pas toujours. C’est un peu répétitif, décousu et donc, sur le long terme, épuisant pour le lecteur, mais ça fait aussi partie de l’histoire en elle-même, ça laisse l’impression d’entendre mère-vieille radoter ou de voir l’auteur et narrateur gamberger. En effet, toutes ces histoires lui donnent à réfléchir, le hantent même, pourrais-je dire.
Dans ce récit, le temps est des plus curieux. Il est figé, comme la vie de ce village déserté par les jeunes, dans lequel les vieux attendent simplement la mort, s’accrochant à l’alcool pour certains, aux souvenirs pour d’autres. C’est un peu glauque, mais c’est la réalité vue de près. Bizarrement, ce temps figé semble parfois se contracter, précis, aigu dans sa représentation de la réalité et d’autres fois il se dilate, versant dans le fantastique, voire le réalisme magique ou la divagation.
La réalité s’effiloche, la magie ou l’étrange arrivent d’un coup au détour du récit, puis ils partent comme ils sont venus. La vérité se dilue dans la mémoire vacillante de mère-vieille, ses dernières lectures influencent sa façon de percevoir le passé, s’y mêlent jusqu’à ce qu’on ne puisse plus distinguer le vrai du faux. Et si mère-vieille, parfois, ne voulait tout simplement pas dire la vérité ?
Le narrateur lui-même pense à un moment que mère-vieille a inventé une histoire à partir d’une lecture (la référence n’est pas citée, mais il s’agit de la nouvelle de Gogol intitulée Le nez) et il s’avère au final que l’essentiel de l’histoire était vrai.
C’est difficile à suivre et pourtant très plaisant de voir la réalité à travers toute sorte de différentes lunettes, avec en plus le filtre du regard du narrateur qui souvent extrapole, glose, délire aussi un peu. C’est qu’il y a parfois des zones d’ombres dans l’histoire, qu’il ne comprend pas tous les mots de la langue de mère-vieille également, mais aussi qu’il cherche à s’approprier le récit, ne souhaitant pas s’effacer de celui-ci.
Je me serais personnellement passée de ses incursions à lui, même si je sais qu’il n’aurait pu manquer d’être subjectif dans son récit. J’ai trouvé qu’il en faisait trop, s’intéressant davantage aux cancans du voisinage et aux histoires de fesses des uns et des autres, qu’à l’aspect, incroyablement riche au demeurant, de la vie de ce village et de son histoire.
Je suis également restée perplexe face à sa tendance à toujours ramener le tout vers un érotisme qui alourdit le récit et qui m’a paru vraiment dérangeant par moment. Ce n’est sans doute pas tant ces histoires elles-mêmes qui m’ont dérangée, mais sa façon de les raconter. Question de perception, j’imagine…
Pour ce qui est de la forme, le roman est divisé en trois parties, la dernière contenant de surcroît un épilogue.
La première, Fragmentation, porte très bien son nom. Les scènes sont numérotées, selon les visites de Radu chez mère-vieille et ce qu’elle lui a raconté.
C’est une collection d’histoires diverses qui finissent souvent par se rejoindre en motif, comme un patchwork. Ça semble aller au gré du hasard, mais au final ce n’est pas le cas. Pourtant, si c‘est plaisant d’une certaine façon, c’est aussi un peu pesant, ça alourdit l’intrigue, ça ne laisse pas aller le lecteur car il a besoin de toute sa concentration pour suivre l’histoire et c’est parfois un peu difficile de s’y retrouver.
La seconde partie, Le Voyage, est plus fluide. On suit toujours ce principe de flux et reflux dans l’enchaînement des anecdotes, mais avec plus de cohérence et de logique car il s’agit de conversations survenues le même jour entre différents protagonistes, bien qu’entrecoupées de quelques délires de l’auteur.
La troisième partie est composée de deux chapitres et de l’épilogue. Le premier raconte la mort de mère-vieille et son enterrement (ceci n'est pas un spoiler, le début du livre étant très clair à ce sujet). Puis, dans le deuxième, recoupant toutes les histoires entendues jusque-là, l’auteur nous livre sa version des noces dont on a tant parlé au cours du récit, des noces fantasmagoriques durant lesquelles a disparu un des personnages les plus emblématiques de ce village, la Margolili qui n’a cessé, dans sa vie comme dans sa mort de hanter les esprits de ses compatriotes.
L’épilogue enfin, fort court, est la partie qui m’a le plus émue dans la terrible prise de conscience du narrateur sur le contraste qui existe entre son éducation, sa façon de voir la vie, et la réalité cruelle des mœurs de ce village.
Je ne peux pas dire que j’ai vraiment apprécié cette lecture, que j’ai trouvée longuette et répétitive, pourtant, par bien des aspects, elle fut édifiante. Ce fut une intéressante escale dans un temps figé, incertain, qui se contracte et se dilate comme une vague de chaleur qui tend à perdurer. Est-ce le souvenir qui s’étire, encore vivant, pesant sur le présent ou une simple image rémanente de quelque chose de définitivement révolu et illusoire ? Peut-être bien un peu des deux à la fois.

A noter qu’il y a un glossaire à la fin de l'ouvrage, même si le contenu de celui-ci m’a laissée perplexe étant donné que la majeure partie des expressions, termes et proverbes choisis par la traductrice sont extrêmement connus et qu’il n’y est que rarement fait mention du texte original et de sa signification littérale.
A-t-on vraiment besoin qu’on nous explique des expressions comme « les carottes sont cuites », « laideron », « jachère » ou « bourré comme un coing » ? J’en doute fort…
Le mélange des différents argots m’a aussi semblé un peu bizarre, artificiel, mais j’admets volontiers qu’il doit être difficile de transposer un langage familier sans piocher dans divers parlers, alors, je ne vais pas chipoter.




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