samedi 30 janvier 2016

Plaguers

Un roman de Jeanne-A Debats publié chez l'Atalante.

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Présentation de l'éditeur :

La terre est épuisée écologiquement, les animaux se sont éteints et l’air est à peine respirable. Seul atout de l’humanité : les réacteurs Alyscamps qui puisent l’énergie dans les dimensions non exprimées de la réalité.
Dans ce monde les adolescent sont victimes d’une étrange maladie, la Plaie, qui les rend capables de créer ex nihilo, semble-t-il, toutes sortes de créatures, voire de commander aux éléments.
Le monde les rejette.

Quentin est un Plaguer, sous ses pieds jaillissent des sources, et celle qu’il aime, Illya, fait fleurir les orchidées partout où elle passe. Ils se rencontrent lors de leur incarcération dans la Réserve parisienne…

Chez Jeanne-A Debats, aucune crainte des ambiguïtés de la nature humaine, aucune inhibition quant à notre évolution. Une vraie rencontre de l’émotion et de la raison.
L’action de Plaguers se situe environ un siècle après le nôtre. Ce qui reste de la couche d’ozone ne filtre plus suffisamment les rayons du soleil, les humains doivent porter des masques dehors et oxygéner leurs habitations, la flore est moribonde, les animaux ont quasiment tous disparus… Et sur cette planète en pleine déliquescence des adolescents mutent subitement, sans qu’aucune thérapie génique ne puisse restaurer leur ADN. Ils sont affligés de ce qu’on appelle la Plaie, un pouvoir sur les éléments ou le vivant, les effets diffèrent selon l’individu. Est-ce un don ou une malédiction ? Cela reste à voir.
Comme toujours, quand l’humanité ne comprend pas, elle rejette ce qui est différent. Ces adolescents, à défaut de pouvoir être éradiqués car trop nombreux, sont relégués dans des réserves. Plaguers nous conte l’histoire de ces jeunes par la voix de Quentin, un plaguer qui fait naître des sources. Extirpé de force de son milieu privilégié, il va devoir s’adapter, trouver sa place parmi ses camarades et surtout grandir.
J’ai lu ce roman à toute vitesse, les chapitres courts m’y ont aidée, mais j’étais surtout prise dans l’histoire. Jeanne-A Debats a une façon de raconter qui me fait toujours cet effet. Le fait que je me sente proche de ses personnages y est probablement pour quelque chose, mais j’aime aussi beaucoup son style. Et puis l’intrigue est vraiment prenante.
Plaguers est un roman d’apprentissage, avec tout ce que cela implique. Les personnages se cherchent, se découvrent. Je me suis passionnée pour leurs destins et attachée même aux plus exaspérants. Ce sont leurs failles, réelles, plausibles, qui les rendent ainsi. Ils sont réfléchis, bien construits. Ça fait du bien pour une fois de ne pas tomber sur des caricatures d’adolescents. Et même si on les voit évoluer derrière le filtre du regard de Quentin, ils offrent différents points de vue sur leur société.
J’ai aimé découvrir la vie en communauté au sein de la réserve. Elle semble au départ en totale anarchie. À mesure que Quentin prend ses marques, on se rend compte que ce n’est pas tout à fait le cas. Cette organisation m’a semblé un peu trop idyllique par moment, je me demandais comment elle pouvait tenir debout, surtout avec autant de jeunes, qui plus est nantis de pouvoirs parfois dévastateurs. Je m’en suis méfiée aussi, c’est dans ma nature… Pourtant j’ai aimé cet endroit, je m’y serais presque sentie à la maison.
Si comme moi vous avez été nourris aux comics et à la SF dès l’âge le plus tendre, vous pensez peut-être que l’idée de départ est plutôt convenue. Les X-men, tout ça, tout ça… Bref. Non, ce n’est pas le cas. L’auteur a su insuffler de l’originalité à son récit. C’est très loin de ce que l’on pourrait en attendre en se fiant au résumé.
Cela donne à réfléchir sur l’humanité et son devenir. Malgré les épreuves que subissent les personnages, j’ai trouvé ce récit empreint d’espoir et de tendresse. Cette lecture m’a laissé un sentiment de nostalgie et je pense qu’elle continuera longtemps de me trotter en tête.

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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans les catégories suivantes :
- Une œuvre de SF écrite par une femme.
- Lire un livre de cli-fi (climate fiction). Ou éco-fiction (pour écologie fiction).
- Lire un livre de SFFF transhumaniste ou posthumaniste.

mardi 19 janvier 2016

Feuillets de cuivre

Un roman feuilleton de Fabien Clavel, publié chez ActuSF.


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Paris, 1872. On retrouve dans une ruelle sombre le cadavre atrocement mutilé d'une prostituée, premier d'une longue série de meurtres aux résonances ésotériques. Enquêteur atypique, à l'âme mutilée par son passé et au corps d'obèse, l'inspecteur Ragon n'a pour seule arme contre ces crimes que sa sagacité et sa gargantuesque culture littéraire.


À la croisée des feuilletons du XIXe et des séries télévisées modernes, Feuillets de cuivre nous entraîne dans des Mystères de Paris steampunk où le mal le dispute au pervers, avec parfois l'éclaircie d'un esprit bienveillant... vite terni. Si une bibliothèque est une âme de cuir et de papier, Feuillets de cuivre est sans aucun doute une œuvre d'encre et de sang.



Peut-être avez-vous déjà croisé Ragon, notamment dans l’anthologie steampunk des éditions du Chat Noir : Montres Enchantées. Avec Feuillets de cuivre, nous avons enfin l’occasion de le connaître davantage, en le suivant du début de sa carrière jusqu’à la toute fin de celle-ci. Homme brillant, féru de littérature, intuitif mais méthodique, mesuré mais prompt à la compassion, Ragon est un personnage très attachant. Son corps le trahit d’une façon qui prend tout son sens à mesure qu’on apprend qui se cache derrière ce policier simple et complexe à la fois. Si les enquêtes intriguent le lecteur et gagnent en intensité au fur et à mesure, il en va de même pour l’intérêt envers le personnage lui-même.
Ragon est de loin mon préféré, mais les personnages secondaires ne sont pas pour autant transparents. Ils apportent beaucoup au récit. J’ai adoré Zehnacker et Fredouille. Le grand méchant de l’histoire, quant à lui, n’est pas si prévisible qu’on pourrait le croire, même si l’auteur distille des indices permettant de le reconnaître et de comprendre ses motivations.
Ce roman puzzle, auquel le lecteur est invité à participer activement, est divisé en deux parties. La première regroupe dans l’ordre chronologique les enquêtes les plus marquantes de la carrière de Ragon. La seconde voit la révélation de sa Némésis et, au travers de nouvelles enquêtes, la poursuite de celle-ci. La construction de l’ouvrage est intéressante et m’a beaucoup plu. La trame se complexifie à mesure et happe le lecteur.
Feuillets de cuivre est un roman feuilleton, entre le steampunk et le polar. C’est de la littérature populaire de grande qualité. Il prend la forme d’un fix up. Il est composé de textes qui s’apparentent à des nouvelles, mais sont liés. Les pistes se croisent, se rejoignent… Ces intrigues imbriquées impliquent le lecteur et l’incitent à poser ses propres hypothèses pour, peut-être, prendre le héros de vitesse.
Ragon est un érudit, il résout ses enquêtes grâce aux livres. Cela est d’autant plus prégnant dans la seconde partie car son ennemi juré a choisi de le défier sur son propre terrain. Cela nous donne un texte d’une grande intelligence, empli de références littéraires ou culturelles. Mais si vous ne les possédez pas toutes, cela ne vous empêchera pas d’apprécier cette lecture et de suivre l’enquête.
L’ambiance steampunk est peu marquée, c’est le polar qui domine, mais une technologie alternative, ainsi que de la magie font tout de même des incursions dans le scénario. Cela est justement dosé et jamais au détriment de la cohérence. Dans Feuillets de cuivre on ne résout pas les énigmes sans réflexion, juste en claquant des doigts ou en utilisant le surnaturel comme explication standard déracinée de tout mobile ou logique. En tant que lectrice, c’est quelque chose que j’apprécie particulièrement.
Pour terminer sur une note un peu futile, j’ajouterai que l’objet-livre est superbe et fait un peu old school. La couverture est cartonnée et agréable au toucher, le titre cuivré. On se sent dans l’ambiance avant même de l’ouvrir. C’est peut-être de l’ordre du détail, mais cela possède indéniablement un certain charme. Feuillets de cuivre fut une excellente lecture.


D'autres avis sur :
Un papillon dans la lune
La magie des mots


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CRAAA

vendredi 15 janvier 2016

Challenge SFFF et Diversité

Je n'ai pas pu résister à un nouveau challenge...
Celui-ci est organisé par Lhisbei du RSF blog et il promet d'être corsé car je n'ai pas la moindre idée de ce que je vais choisir pour remplir certains critères (si vous avez des suggestions, elles sont particulièrement bienvenues). Tant mieux, ça me fera sortir de ma routine, c'est la moindre des choses pour un challenge prônant la diversité.


Ce défi se déroulera du 15 janvier 2015 au 14 janvier 2017 minuit.
Il y a 20 critères à remplir, mais ils sont cumulables. Chacun rapporte un point. Si certains ne vous plaisent vraiment pas, vous pouvez valider jusqu'à trois fois un des autres critères pour les remplacer. Le tout est d'arriver à 20, mais sans perdre de vue la diversité.
Si mes explications ne sont pas claires, n'hésitez pas à vous référer à l'article d'origine.


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Voici les 20 critères à valider :


Par œuvre ou livre il faut entendre roman, recueil, nouvelle dans une anthologie ou nouvelle seule.




  1. Lire une œuvre de SF (et uniquement de SF) écrite par une femme. Space opera, hard-Sf, ce que vous voulez, mais de la SF. Roman, recueil, nouvelle dans une anthologie.

  2. Lire une œuvre de SF ou Fantasy ou Fantastique (SFFF) francophone mais non française. Une œuvre écrite en langue française donc, mais pas par un auteur français.

  3. Lire un essai ou un article traitant de science, de science-fiction, de fantasy ou de fantastique.

  4. Lire une œuvre SFFF écrite par un auteur de couleur ou métissé. Que c’est moche, écrit comme cela. Mais il faut quand même bien trouver un terme : allez… tout sauf blanc.

  5. Lire un livre SFFF dont vous n’avez pas encore vu l’adaptation en film.

  6. Lire un roman SFFF young adult.

  7. Lire un livre SFFF se passant en Orient (qu’il soit réel ou fantasmé) : Asie, Moyen Orient…

  8. Lire un livre SFFF parlant d’une ou de femme(s) dans la guerre, peu importe que la guerre soit réelle (Seconde guerre mondiale par ex) ou imaginaire. Attention, il faut que ces femmes aient un rôle prépondérant.

  9. Lire un roman graphique ou une BD ou un comic avec une femme pour héroïne.

  10. Lire une œuvre de SFFF par un auteur non occidental (chinois, brésilien, pakistanais, ougandais… je vous laisse chercher).

  11. Lire une oeuvre de SFFF dans laquelle l’Afrique (ou un pays d’Afrique) tient une place prépondérante. Si les personnages sont issus du continent africain mais expatriés sur Titan, ça marche aussi.

  12. Relire un conte que vous avez adoré étant enfant.

  13. Lire une œuvre de SFFF écrite par une personne issue ou militant pour la communauté LGBTQIA (Lesbienne, Gay, Bi, Trans, Queer, Intersexuelle, Asexuelle). Si ça existe. Membrane de Chi Ta-wei, les oeuvres de Poppy Z Brite (qui a changé de sexe) en sont deux exemples. J’accepte aussi les anthologies dirigées par une personne issue de la communauté LGBTQIA

  14. Lire un livre de cli-fi (climate fiction). Ou éco-fiction (pour écologie fiction). Changement climatique, écologie et questions environnementales, la SF vous offre un terrain de spéculation.

  15. Lire un livre de SFFF féministe. Ouvertement féministe ou gommant les genres. Une petite liste ici.

  16. Lire le premier livre d’une série SFFF que vous n’avez jamais lu.

  17. Lire un livre dans lequel une IA ou des robots ont un rôle prépondérant.

  18. Lire un livre SFFF traduit.

  19. Lire un recueil de nouvelles SFFF.

  20. Lire un livre de SFFF transhumaniste ou posthumaniste.


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samedi 9 janvier 2016

Le Carnaval aux corbeaux

Un roman d'Anthelme Hauchecorne, premier tome du diptyque Le Nibelung, publié aux éditions du Chat Noir.

Les illustrations intérieures sont de Mathieu Coudray et Loïc Canavaggia.
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Présentation de l'éditeur :

Ludwig grandit à Rabenheim, un petit bourg en apparence banal.
Claquemuré dans sa chambre, il s’adonne au spiritisme. À l’aide d’une radio cabossée, il lance des appels vers l’au-delà, en vue de contacter son père disparu.
Jusqu’à présent, nul ne lui a répondu…
Avant ce curieux jour d’octobre.
Hasard ? Coïncidence ? La veille de la Toussaint, une inquiétante fête foraine s’installe en ville. Ses propriétaires, Alberich, le nabot bavard, et Fritz Frost, le géant gelé, en savent long au sujet du garçon. Des épreuves attendent Ludwig. Elles seront le prix à payer pour découvrir l’héritage de son père.
À la lisière du monde des esprits, l’adolescent hésite…
Saura-t-il percer les mystères de l’Abracadabrantesque Carnaval ?

Le Carnaval aux corbeaux a été un franc coup de cœur. J’ai participé à la bêta lecture en juin dernier et en parcourant cette histoire j’avais l’impression d’être en octobre malgré la chaleur, tant l’atmosphère mise en place par Anthelme Hauchecorne et les nombreuses illustrations qui parsèment l’ouvrage sont évocatrices.
Ce roman original, tissé sur un canevas de mythes, légendes et superstitions, joue sur ces petites frayeurs de l’enfance qui nous poursuivent, nous hantant en marge de notre conscience même à l’âge adulte. Il n’éveille pas l’horreur dans l’esprit du lecteur, mais cet effroi glaçant et délicieux qui picote la pulpe des doigts au moment de tourner les pages.
Cette lecture est idéale pour l’époque de la Toussaint, d’une part car c’est à cette période que l’intrigue se déroule, d’autre part parce que l’ambiance de ces mois sombres d’automne en est rendue à la perfection. Qui ne se souvient pas de ces vacances de fin d’octobre brumeuses, quand le voile se fait léger entre la réalité pragmatique et la magie que l’on aimerait voir se nicher dans les ombres ? Le Carnaval aux corbeaux m’a ramenée en enfance, quand je lisais des récits juste suffisamment glaçants pour apprécier d’être chez moi, en sécurité, et qu’il pleuvait au dehors.
Les motifs disséminés par l’auteur dans son histoire parleront à chacun car puisés dans notre imaginaire collectif. Ce roman traite du difficile passage de l’enfance à l’âge adulte, quand les rêves et les croyances deviennent plus handicapants et monstrueux que rassurants. Si la réalité déchiquète nos espoirs, n’est-ce pas pour nous protéger de cette magie que l’on recherche et qui pourrait se révéler plus dangereuse qu’escompté ? Les enfants retiennent plus facilement les fins heureuses que le prix à payer pour un sortilège… Ludwig et Gabriel, les héros pris dans les rets de cet étrange Carnaval, vont l’apprendre à leurs dépens.
Ce récit complexe, rendu à la fois tortueux et prenant grâce à de nombreuses intrigues enchevêtrées, plaira autant aux jeunes, à qui il est destiné à la base, qu’aux adultes. Les premiers apprécieront sans aucun doute de ne pas être pris pour des imbéciles, les seconds, quant à eux, n’ont pas à craindre de s’ennuyer en suivant les aventures de protagonistes adolescents. Quant aux habitués de SFFFH, qu’ils se rassurent, même s’ils goûteront les nombreuses références jalonnant le récit, ils ne manqueront pas de le trouver très original.
J’ai beaucoup aimé les références, qu’il s’agisse de celles, évidentes, à certains auteurs que j’adore et qui se glissent dans les noms des personnages ou les autres, plus taquines, dissimulées. Si vous avez lu et apprécié La Foire des ténèbres de Ray Bradbury, vous retrouverez un peu de cet esprit, toutefois en plus ludique, plus humain et peut-être même plus profond. Dans le fond, la façon de traiter le sujet est davantage proche de Gaiman que de Bradbury, ce qui n’est pas un mal. Cependant ce Carnaval a bien sa propre identité. L’auteur a créé un background riche et même si ce tome pourrait se suffire à lui-même, l’envie d’explorer cet univers demeure forte une fois la dernière page tournée.
On ne s’ennuie jamais au cours de cette lecture car rien n’est évident ou convenu. Les personnages sont étoffés, nuancés, j’ai pris plaisir à découvrir leur histoire petit à petit. Bien sûr on a forcément des préférences et il est délectable d’en détester certains, cependant même les plus caricaturaux ont leurs secrets. Il est impossible de se fier à qui que ce soit et les rebondissements sont nombreux. Les chapitres fragmentés, découpés selon les personnages que l’on va suivre, permettent de s’intéresser à chacun, tout en ménageant le suspense.
Le Carnaval aux corbeaux est un excellent roman que je vous encourage vivement à découvrir, que vous ayez ou non une âme d’octobre.

vendredi 8 janvier 2016

Douces nuits

Diptyque de novellas de Ros Clarke et Faye Robertson publié chez Milady.


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Je vous épargne le résumé de quatrième de couverture beaucoup trop prolixe.


Puisque ma précédente lecture n’avait pas eu raison de ma patience, je me suis dit que j’allais continuer sur ma lancée et tenter d’achever ma bronchite avec une dose supplémentaire de guimauve. On m’avait conseillé Douces nuits, une autre lecture bien de saison, en me disant que la première novella n’était pas terrible mais que la seconde valait le coup. Je me suis dit « pourquoi pas » et… au final je me demande si j’ai vraiment lu le bon livre ou si je suis encore trop exigeante.
Douces nuits, mini recueil composé de deux novellas, est un peu l’équivalent livresque des téléfilms de Noël, quoique dans deux styles résolument différents. C’est plein de bons sentiments, ça se lit plutôt vite et il ne faut pas trop en attendre. En outre, le traducteur semble avoir un léger problème en ce qui concerne l’accord des pronoms personnels. Vous êtes prévenus.


Sous le gui de Ros Clarke, dont le titre original (qui n’aurait pas dû être traduit à mon avis puisque la référence à la chanson éponyme est clairement établie dans le texte) est All I want for Christmas, se révèle un texte gentillet jusqu’à l’écœurement. Tout à fait dans l’esprit « à Noël tout est possible et les gentils sont toujours récompensés ».
On y rencontre Anna, comptable trentenaire, qui apparaît d’emblée comme superficielle, immature et capricieuse. On se rend assez vite compte qu’il n’en est rien, mais je n’ai pas réussi pour autant à la trouver sympathique. Et j’ai déjà oublié le prénom de son soupirant qui est mignon, sans plus…
Cette histoire n’est pas si légère qu’on pourrait le croire. Elle parle d’un thème douloureux, mais en jouant à fond sur le pathos. Cela devient vite très niais et manque de profondeur, de réalisme ainsi que, paradoxalement, d’un peu de légèreté pour dédramatiser le tout.
Cela ne m’a pas plu du tout, je déteste qu’on veuille forcer ma compassion avec si peu de subtilité, et je crois que j’aurais même préféré regarder un téléfilm, c’est dire…


Double ration de dinde, après la gentille Anna, on va faire la connaissance de Holly Jones dans Une seconde chance pour Noël de Faye Robertson.
Toute ressemblance de cette chère Holly avec Bridget Jones n’est absolument pas fortuite, c’est même une composante essentielle de l’histoire.
Cette seconde novella est un peu plus moderne, dans le style comédie de Noël. Il faut aimer l’humour un peu relou. Ce n’est pas mon cas donc j’ai eu du mal au début et puis je m’y suis habituée. Ça a au minimum le mérite d’être moins dramatique que le précédent texte, même si les personnages traînent aussi leurs casseroles.
Holly est une prof de musique délurée, pas très finaude, qui passe très facilement du coq à l’âne. Elle va se faire larguer juste avant Noël par son détestable petit ami qui est juste un cliché sur pattes. Les pompiers apprécieront la vision que l’auteur donne d’eux… J’ai eu beaucoup de mal à trouver ce couple réaliste, mais passons.
Sur une impulsion, un collègue qu’elle connaît à peine l’invite à passer les fêtes avec lui en Écosse. Enfin, « avec lui » c’est beaucoup dire… Disons qu’il lui propose de partager le cottage d’un de ses amis. Noël, le collègue, a lui-même ses soucis en cette fin d’année et il n’a pas franchement envie de passer du temps avec Holly…
Le ton est badin, Noël est charmant, Holly oublie parfois de jouer la dinde, et si je n’ai pas franchement rigolé ni ne me suis impliquée dans leur histoire, je ne l’ai pas trouvée si désagréable à lire que le début, avec son humour et ses clichés, me le laissait présager.


Douces nuits ne restera pas gravé dans ma mémoire et j’aurais du mal à le conseiller même aux amatrices du genre, surtout en ce qui concerne la première novella. Ceci dit si vous êtes en manque de guimauve, que vous avez un peu de temps à perdre et que vous cherchez vraiment une comédie de Noël, le second texte passera comme une part de bûche (une c’est bien, en abuser ça craint).

jeudi 7 janvier 2016

Nuit de Noël à Friday Harbor

Un roman de Lisa Kleypas publié chez J'ai lu.


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Présentation de l'éditeur :


"Cher Père Noël, cette année, je veux juste une chose : une maman"... Lorsqu'il découvre ce message de sa nièce Holly, Mark Nolan est profondément désemparé. Célibataire dans l'âme, il a dû composer avec le quotidien de cette petite fille fragile, qui a perdu la parole à la mort de sa mère, dont il est désormais le tuteur. Car il aime Holly comme son propre enfant. Lui offrir la douceur d'un foyer uni ? Pas facile quand on a comme modèle une famille saccagée par des parents calamiteux. Mark est pourtant prêt à tenter l'aventure avec Maggie, la jolie rousse qui vient d'ouvrir une boutique de jouets merveilleuse à Friday Harbor. Elle seule a su rendre à Holly plus que le sourire. Sauf que, après le drame qui a chamboulé sa vie, Maggie ne veut plus livrer son cœur à quiconque.



Si vous suivez un minimum mes péripéties de lectrice, vous savez que la romance n’est pas du tout mon délire. Ce ne sont pas tant les grandes histoires d’amour qui me posent problème, mais les clichés éhontés ainsi que les schémas très répétitifs propres à ce genre.
Cependant, en cette fin d’année, j’avais besoin de me vider la tête après des lectures émotionnellement très exigeantes et un surcroît de fatigue qui amoindrissait considérablement mes capacités d’attention. Or, j’avais promis à Chani il y a des lustres que je réessaierai de lire du Lisa Kleypas et je me souviens qu’on avait parlé de cette série en particulier. C’était le moment de l’année parfait pour la découvrir et en plus j’aime bien les romans qui se passent sur des îles.


Dans la série Friday Harbor, ce tome est le 0,5 (surtout ne me demandez pas pourquoi il n’est pas tout simplement le premier…). C’était bien une lecture de saison même si, à ma grande surprise, seule la fin se passe à Noël. J’étais désappointée au départ, mais ai vite oublié ce détail.
Dans ce roman, on fait la connaissance de Mark Nolan et Maggie Conroy. Cette dernière est une jeune veuve traumatisée par la longue maladie et le décès de son époux. C’est une jeune femme sympathique, pleine d’énergie et très créative. Elle ne s’apitoie pas sur son sort. Mark, lui, est un trentenaire pas vraiment pressé de s’engager qui se voit brutalement forcé de grandir un peu quand sa sœur décède, faisant de lui le tuteur légal de sa nièce Holly. Il fait tout ce qu’il peut pour assurer un certain équilibre à l’enfant. Les changements dans sa vie surviennent petit à petit ce qui m’a agréablement surprise. Les personnages, comme l’intrigue, sont relativement réalistes (pour une romance…).
L’enjeu du bouquin est bien entendu l’inévitable rapprochement entre Mark et Maggie. Cependant nous n’assistons qu’aux prémices de leur histoire d’amour dans ce tome. J’ai un peu levé les yeux au ciel par moment, mais je me suis laissé prendre au jeu. L’auteur ne joue pas à fond sur les clichés et les personnages ne sont pas des caricatures sur pattes, ce dont j’ai été reconnaissante parce que je n‘aurais pas eu la patience de supporter trop de niaiserie. J’ai nettement préféré ce roman à ma première lecture de Lisa Kleypas.
Ça ne casse pas trois pattes à un canard, mais finalement c’était reposant et sympathique à lire. Je n’en demandais pas plus.


Vous pouvez lire l'avis de Chani ici.


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Challenge mauvaise influence

mercredi 6 janvier 2016

Du domaine des Murmures

Un roman de Carole Martinez.


Il est ici question de la version audio parue chez Gallimard. Elle est lue par Isabelle carré et agrémentée d'une musique originale de Christophe Hammerstrand.


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Présentation de l'éditeur :
En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire «oui» : elle veut s'offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe...
Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et ce souffle l'entraînera jusqu'en Terre sainte.
Carole Martinez donne ici libre cours à la puissance poétique de son imagination et nous fait vivre une expérience à la fois mystique et charnelle, à la lisière du songe.


La voix fraîche d'Isabelle Carré nous emporte dans l'univers rêveur et passionné de Carole Martinez.



Esclarmonde a quinze ans et aucune maîtrise sur son existence. Elle passera, telle une tête de bétail, de son père à son époux, sauf si, le jour de ses noces, elle parvient à faire entendre sa voix. Mais pour quelle destinée ? C’est en recluse, morte parmi les vivants, qu’elle a choisi de vivre.
On pourrait la croire faible ou folle. Elle n’est ni l’un ni l’autre. Par l’enfermement, elle veut gagner sa liberté. Et même si sa foi est sincère, c’est d’une certaine façon le pouvoir qu’elle cherche à obtenir par la sainteté. Cependant, la jouvencelle qu’elle est alors ne sait rien de la vie et ce choix, le premier pour lequel elle ose se battre, va changer bien des destinées.
J’avais depuis longtemps envie de découvrir cet ouvrage, mais je ne pensais pas le faire via l’écoute. J’aime assez les livres audio quand ils sont de qualité, comme c’est le cas pour celui-ci, mais je n’ai pas le réflexe d’aller vers eux. On perçoit un livre de manière très différente lorsqu’on l’écoute. On vit l’histoire plus à distance quand on nous décrit les lieux et on se sent au contraire beaucoup plus proche des personnages quand ils se confient. C’est particulièrement vrai pour ce roman-ci dont le personnage central est le narrateur.
Je pense que j’aurais tout autant goûté, en la lisant, la richesse du langage déployée par Carole Martinez, mais l’écouter me l’a faite apprécier autrement. J’ai laissé la joie voix d’Isabelle Carré me raconter cette histoire, insinuer sa poésie dans mes pensées qui, comme des nuées d’abeilles, butinaient les mots et les idées que je saisissais au vol. Peu à peu la voix de la lectrice, qui sait conter sans surjouer (défaut malheureusement courant dans les livres audio) s’est confondue avec celle du personnage et j’avais l’impression de véritablement recueillir les murmures d’Esclarmonde…
Je suis heureuse d’avoir écouté plutôt que lu ce roman qui, d’ailleurs, m’a peut-être semblé moins pesant ainsi. Me serais-je sentie enfermée avec Esclarmonde en lisant, plus proche des souffrances des personnages car plus longuement imprégnée des descriptions de celles-ci ? La voix adoucit tout cela, même si l’imagination travaille. Et pourtant ce récit m’a décontenancée, puis bouleversée… On a beau savoir certaines choses sur la condition des femmes au moyen âge et même sur la pratique de la réclusion, ça reste un choc culturel important pour une femme du XXIe siècle qui a la chance de vivre dans un pays où les femmes sont libres de choisir comment mener leur existence, peuvent travailler, vivre où elles le souhaitent, se marier ou non sans la permission de leur père. Cela m’a donné à réfléchir sur bien des plans. De nos jours, certaines n’ont toujours pas cette chance.
Via Esclarmonde, immobile dans sa tombe de recluse, j’ai suivi les pas de femmes souhaitant s’affranchir, elles qui n’étaient libres de rien, pas même d’élever leurs enfants si on le leur refusait. Esclarmonde la sacrifiée, Jehanne la serve qui appartient à son fief comme un arbre fruitier, Douce à l’esprit agile qui craint le sommeil et que sa famille a par deux fois marchandée, Bérengère la sauvageonne un peu fée et la vieille nourrice… toutes ces femmes m’ont émue et semblé si proches. J’ai aimé les suivre, les voir se battre, se révéler.




Le monde en mon temps était poreux, pénétrable au merveilleux. Vous avez coupé les voies, réduit les fables à rien, niant ce qui vous échappait, oubliant la force des vieux récits. Vous avez étouffé la magie, le spirituel et la contemplation dans le vacarme de vos villes, et rares sont ceux qui, prenant le temps de tendre l’oreille, peuvent encore entendre le murmure des temps anciens ou le bruit du vent dans les branches. Mais n’imaginez pas que ce massacre des contes a chassé la peur ! Non, vous tremblez toujours sans même savoir pourquoi.



Par la voix de sa lectrice, Esclarmonde m’a fait ses confidences, construisant peu à peu sa légende en ces temps obscurs ou l’on croyait facilement aux miracles comme au merveilleux, pour le meilleur comme le pire. Et j’ai craint pour elle, pour d’autres également, mais j’ai continué d’écouter. Je l’ai regardée prendre ses décisions, ne sachant si, ce faisant, elle construisait sa sainteté ou hâtait sa déchéance. Un espoir demeurait-il pour cette jeune femme ? Gagnait-elle vraiment sa liberté ainsi ? Je me tendais vers la fin de son histoire, j'avais envie de savoir.
Du domaine des Murmures est un roman magnifique, au style très poétique, il m’a offert de grandes émotions. J’ai été très impressionnée par ce récit qui n’est pourtant qu’une fiction (cela ne se perd jamais de vue, d’autant qu’un peu de fantastique y affleure par instant). Je vous invite chaleureusement à le découvrir.

mardi 5 janvier 2016

Bilan du Challenge e-books

Ce Challenge a été initié par le blog De Fil en Histoire et se déroulait du 1er septembre au 31 décembre.


J'avais choisi de lire dix e-books et je n'ai pas rempli mon contrat. (J'aurais pu si j'avais compté les épreuves des Compagnons du foudre et ma dernière lecture de l'année dont je n'ai pas encore écrit la chronique, mais on ne va pas chipoter.)


Officiellement, j'ai validé huit chroniques :
Légion de Brandon Sanderson
Le chaudron des âmes d’Anne Rossi
Rédemption de Bérengère Rousseau
Sorcières associées d’Alex Evans
Glissement vers le bleu de Robert Silverberg et Alvaro Zinos-Amaro
Caver Den de Xavier Portebois
Le guide des fées de Virginie Barsagol et Audrey Cansot
À voile et à vapeur, anthologie


Il y avait également quelques conditions à remplir...


– Lire un E-book de 300-350 pages
Je n'ai pas rempli cette condition, mais il faut dire que pour donner un tel nombre de pages en e-book ça doit être un sacré pavé. Dans sa version papier Glissement vers le bleu fait bien 300 pages.


– Lire un E-Book où il y a une représentation de la magie de la glace, du froid (ça peut être une couverture, un univers, un personnage…), et/ou de la royauté (royaume, roi, reine) Thématique large pour plus de facilité.
Glissement vers le bleu (pour la représentation de la royauté).


– Lire un recueil de nouvelles ou plusieurs nouvelles si vous n’avez pas de recueil.
À voile et à vapeur.


J'aurais pu faire mieux. Ce sera pour la prochaine fois !