Affichage des articles dont le libellé est défi ABFA et V-S pour 2011. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est défi ABFA et V-S pour 2011. Afficher tous les articles

samedi 31 décembre 2011

La bande de la belle Alliette

Souvenir judiciaire.
Un roman d'Eugène Chavette, visiblement tiré d'un fait réel.

Quatrième de couverture :
Nous sommes en 1838, à Paris. Le «Vieillard» sort du bagne, déjà serré au plus près par deux agents de la Sûreté. Il rejoint une bande de voleurs qui élaborent un coup qu'ils pensent facile et enrichissant. Nos deux agents se joignent à eux, se faisant passer pour des malfrats. Mais la vie réserve parfois de surprises, et ils en auront tous leur comptant...

La petite histoire, avant que je vous donne mon avis sur cet ouvrage...
Il me fallait un ultime classique pour terminer, à la dernière minute comme il est d'usage pour moi, le défi lecture d'ABFA et Vampires & Sorcières. J'avais choisi Moll Flanders, un bon vieux pavé, mais pour diverses raisons ne me suis que peu avancée dans cette lecture... Alors je me suis dit qu'un truc rapide à lire, un polar par exemple, ça ne me ferait pas de mal. La dernière minute décidée à s'écouler bien trop vite j'ai dû faire avec ce que j'ai trouvé ce matin pour me débarrasser de la corvée...
Cruelle erreur.
Lecteurs, lectrices, ne soyez jamais fainéants, même à l'approche du réveillon quand vous avez mille choses à faire.
Parce que j'aurais pu choisir un bon vieux Agatha Christie, Maurice Leblanc ou Conan Doyle et que nenni, j'ai voulu un truc que je n'avais pas déjà lu...
Enfin bref, vous verrez bien que je l'ai payé, j'ai pourri ma matinée avec ça, alors écoutez mon conseil : Ne soyez jamais de fainéants lecteurs.

Franchement, ça avait l'air sympa... Ça sentait le roman noir populaire, ce qui n'est pas pour me déplaire. Roublardises, magouilles et coups fumants, un brin d'argot, des personnages qui paraissaient piquants et gouailleurs, un style vif...
Ouais, bon, tout ça c'était au début.
Le style vif devient vite lapidaire, sans élégance, intérêt ou raffinement quelconque. Il se fait même pénible tant il finit par ressembler à une lente énumération de faits. Le compte-rendu final du procès est tout particulièrement indigeste.
Alors oui je comprends la nécessité de coller aux faits puisque l'ouvrage est inspiré d'une affaire réelle (ce que je ne savais malheureusement pas en tournant ma première page), mais entre la partie romancée déjà pas terrible en soi, avec ses morceaux de récits découpés à l'emporte-pièce, et les notes du procès qu'on nous sert sans la moindre mise en forme, on peut difficilement faire plus mal écrit. C'est à se demander pourquoi vouloir tirer un roman de cette histoire si l'on n'en exploite pas la matière.
Ce texte n'a ni l'attrait du roman, ni l'intérêt du documentaire qui décortiquerait une affaire judiciaire de façon pointue et objective.
Et les personnages... Pourtant intéressants au départ ils perdent vite toute substance. Que ce soit le chef de bande, la beauté un peu trop futée, le flic têtu ou le gamin désespérant de cynisme, tous, après avoir pourtant harponné mon attention, ont fini par me lasser irrémédiablement. C'est à croire qu'à mi-chemin de son récit l'auteur avait décidé de torcher le tout vite fait.
J'ai donc fait de même avec ma lecture et espère l'oublier bien vite.
Je n'ai rien trouvé qui précise quel était le but de l'auteur ou les circonstances dans lesquelles ce roman est né. Donc si vous pouvez remédier à mon inculture, ne vous gênez pas. J'avoue que ça m'a laissée perplexe.

Mais c'est avec cette purge que je termine néanmoins le défi lecture ABFA et V&S 2011.
J'espère que celui de 2012 se finira sur une meilleure note.

Derrière le masque

Ou le pouvoir d'une femme.

Un roman écrit par Louisa May Alcott, publié aux éditions Interférences. (Étant d'une futilité grandissime, je ne peux m'empêcher de vous dire que leur papier est génial.)
Il existe également en version poche aux éditions Joëlle Losfeld.

Quatrième de couverture :
Qui se cache sous le masque de Louisa May Alcott, l'auteur des Quatre filles du Dr March ?
Mondialement connue pour ses romans destinés à la jeunesse, Louisa May Alcott écrivait aussi sous des pseudonymes de troublantes histoires de secrets de famille, de vengeance et de pouvoir, dans lesquelles des femmes indépendantes se libèrent des préjugés pour prendre leur revanche sur un monde masculin qui cherche à les enfermer dans un carcan de conventions.
Doubles vies, doubles visages, faux-semblants et illusions : ici, personne n'est ce qu'il paraît être. De même que l'auteur pénètre par un subterfuge dans l'Amérique littéraire du XIXe siècle, l'héroïne de Derrière le masque s'introduit dans l'aristocratie anglaise grâce à une mystification.
Si l'énigme à la fois littéraire et psychologique que représente cet écrivain est déjà connue du public anglo-saxon depuis une trentaine d'années, c'est seulement aujourd'hui que le lecteur français va pouvoir enfin découvrir l'envers ténébreux de son œuvre.
Ce roman ambigu contient sans doute l'une des clés du mystère Louisa May Alcott.

Il s'agit donc, comme la quatrième de couverture nous le promet, d'un roman sur les apparences, la manipulation et la réussite sociale, mais qui, s'il est habilement mené, n'est pas non plus exceptionnel et en tout cas n'apporte rien de bien nouveau au genre.
Jean Muir, gouvernante de son état et nouvellement admise dans le foyer d'une famille de la noblesse, semble avoir un certain goût du spectacle. De fait, on voit dès le départ où la petite ambitieuse souhaite en venir. Mais y réussira-t-elle ?
Derrière le masque fait partie d'une série de romans que Louisa May Alcott publia sous pseudonyme. Elle affectionnait les ouvrages de littérature populaire, romans feuilletons, univers noirs et gothiques, comme elle en faisait d'ailleurs écrire à sa Jo. De fait, c'est ce qu'elle a mis en scène dans ses propres romans qui s'apparentent à de la littérature de sensation pour leur époque.
Derrière le masque n'est pas le plus fantasmagorique ou extravagant, ni celui qui fait montre du plus grand talent. Il est certes très bien écrit, use de quelques ressorts typiques du roman feuilleton, bien qu'il n'en soit pas un, mais il reste sans surprise majeure.
C'est pourtant un roman qui ne manque pas de finesse et dont le cynisme est fort plaisant. Il dépeint surtout la nature humaine, grossissant légèrement le trait, mais pas tant que dans d'autres ouvrages de son auteur, en cela il reste plutôt crédible et agréable. Il a aussi un petit quelque chose de désuet qui ne manque pas de charme et séduira sans doute les amateurs de romans noirs poussiéreux (le terme n'étant pas péjoratif, d'ailleurs je m'inclus dans le lot).
Il se lit très vite, bien que l'histoire n'en paraisse pas moins un peu longuette pour le lecteur qui, sachant à quoi s'attendre, peine un peu face à la naïveté des Coventry. S'il est vrai qu'ils méritent assez qu'on essaie de les duper et que l'héroïne s'y prend plutôt bien, le fait de savoir dès le départ qu'elle joue un rôle enlève un peu de subtilité à l'histoire, même si la fin reste peu assurée jusqu'à l'avant-dernier chapitre. Et, surtout, c'est l'exagération permanente de Jean Muir dans son jeu qui devient un peu agaçante à mesure que l'histoire avance.
Sur le pouvoir de séduction et les artifices dont usent les femmes pour séduire même les plus récalcitrants, j'ai préféré la pièce de Goldoni : La Locandiera. La fin y est certes plus mitigée, avec une morale un brin trop masculine, même si hommes et femmes en prennent chacun pour leur grade, mais l'auteur y a déployé plus de subtilité et d'élégance dans sa description des ruses féminines.
Derrière le masque n'en est pas moins un bon livre, fort distrayant, et il est toujours plaisant de découvrir d'autres écrits de Louisa May Alcott que ses si célèbres Quatre Filles du Docteur March.

lundi 26 décembre 2011

Masky

Un roman de fantastique historique écrit par Viviane Etrivert et publié aux éditions Argemmios.


Magnifique couverture, n’est-ce pas ? Elle a été réalisée par Krystal Camprubi.
*
Quatrième de couverture :
An de grâce 1599. Renaissance tardive.
Au carrefour des influences slaves et germaniques, alors que les guerres de Religion persistent à déchirer l’Europe, la Moravie conserve ses traditions d’un autre âge et sa mémoire païenne, dans une paix fragile.
Mais là où les femmes se rassemblent pour se transmettre le vieux savoir, au travers de gestes immuables, certains hommes ont beau jeu de parler de sorcellerie et de brandir un terrible ouvrage : le Malleus maleficarum.
Noël approche. À Ostrov, on se marie. Dans les rues de Velky, les barbora distribuent des cadeaux et la troupe des loups-garous, bruyante et paillarde, fait charivari.
Neige et tempête. Dans les bois, près du Rocher de l’Ourse, rôde un inquiétant loup gris à trois pattes. Et un moine étrange va et vient, demandant aux passants pétrifiés si son hurepiau lui sied bien.
La fête peut-elle se poursuivre, quand des crimes se commettent dans l’ombre ? Et que faire, quand la Justice tombe soudain entre les mains d’un sinistre individu ?
D’abord, répondre à la question que tous se posent : qui a tué le juge Michna ?
Masky est mon grand coup de cœur de fin d’année et tout ce qui me vient à l’esprit pour l’expliquer est tout simplement : alors ça c’est un roman !!!
Oui, je sais qu’il va falloir que je fasse mieux… Mais pardonnez à l’avance mon manque d’éloquence, ne le reprochez pas au roman qui vaut bien mieux que ce que je saurais en dire et surtout lisez-le.
Ce récit, aussi passionnant qu’il est intelligemment construit, nous emporte dans la tourmente d’une fin de XVIème siècle superstitieuse, déchirée par des guerres fratricides, assombrie par la méfiance et la suspicion, les abus des uns et la crédulité des autres…
Masky n’est pourtant pas uniquement tissé de cette noirceur. Il y a entre ses lignes, entre la foi de certains et l’incursion de la légende, entre la sorcellerie et les brumes oniriques, un petit quelque chose de magique qui chasse les ténèbres ou les tient à distance à tout le moins, malgré la dureté de cette histoire.
Masky est à la croisée des genres. Roman historique très bien documenté, avec des accents de thriller, mâtiné d’un fantastique discret mais efficace, basé sur les légendes et le folklore, il nous entraîne sur plusieurs pistes à la fois sans jamais perdre en route cette diversité qui en fait un récit aussi brillant que prenant.
J’ai particulièrement apprécié le fond folklorique qui sous-tend le roman, ces anecdotes et croyances qui m’ont donné envie d’en savoir toujours plus sur les contes, légendes et croyances tchèques. Et j’ai aimé en retrouver d’autres déjà connues sous cette forme ou sous une autre, qu’il s’agisse de références littéraires ou folkloriques. Je m’émerveille toujours de voir à quel point des cultures paraissant si différentes peuvent en fait se rejoindre… Mais ceci est une autre histoire. Retenons juste pour cette fois que l’auteur fait dans ce roman un usage de la légende à la fois pointu et didactique qui est de nature à me séduire irrémédiablement.
Seul bémol pour moi : une fin un peu trop hâtive à mon goût, qui m’a quelque peu frustrée car j’aurais voulu en savoir plus sur ces personnages auxquels je me suis attachée. Mais ce n’est qu’un détail… Masky m’a offert d’excellents moments de lecture, m’a happée dans son univers, appris des choses, je me suis délectée de l’écriture de son auteur et de l’érudition dont elle fait preuve et j’espère que vous l’apprécierez de même.

*

vendredi 2 décembre 2011

Éphémère T1, le Dernier Jardin

Un roman de Lauren DeStefano, publié chez Castelmore.

L'humanité croyait son avenir assuré. La science avait créé des enfants parfaits, immunisés contre toutes les maladies. Mais qui pouvait imaginer le prix à payer ? Car désormais, personne ne survit au-delà de vingt-cinq ans. Le monde a changé. Pour les jeunes femmes, la liberté n'est plus qu'un souvenir. Au nom de la survie de l'espèce, elles sont kidnappées et contraintes à des mariages polygames. Rhine a seize ans. Quand elle se réveille dans une prison dorée, elle n'a qu'une idée en tête : fuir. Qu'importe l'amour que lui portent son mari et ses sœurs épouses. Quand on n'a que quelques années à vivre, la liberté n'a pas de prix.

Vaut-il mieux vivre retiré du monde, dans un confortable cocon, en se considérant déjà mort ou dans la réalité comme si on avait la vie devant soi ?
La recherche d’un antidote peut-elle tout justifier ?

Ce roman m’intriguait beaucoup et il faut dire que le sujet en lui-même est bien trouvé. Futur incertain, manipulations génétiques qui ont mal tournées, cela n’a rien de bien novateur dit comme ça, mais avec ce petit côté Barbe Bleue en plus, ces possibles réflexions sur la condition féminine, l’éthique scientifique et les paradis artificiels, l’idée ne manquait pas de charme.
Seulement voilà, elle n’est pas suffisamment exploitée à mon goût. Tout ce qui fait le sel du récit y est en fait plutôt secondaire. L’auteur avait la matière pour faire de ce Dernier Jardin un roman grandiose, un huis clos effrayant et surtout mystérieux. Elle aurait pu jouer beaucoup plus sur les apparences, mais a malheureusement préféré s’attarder sur d’autres aspects de l’histoire. Le fait qu’Éphémère soit une trilogie y est sans doute pour beaucoup, il faut se ménager quelques révélations. Mais c’est quand même dommage, surtout que certaines d’entre elles, concernant l’histoire globale, semblent assez prévisibles pour la suite.
Au final, tout semble très manichéen. J’aurais aimé qu’on me mène en bateau, être captivée, surprise, ne pas savoir distinguer le vrai du faux, j’aurais voulu des personnages plus nuancés, ne pas savoir tout de suite qui sont les gentils, qui sont les méchants...
Je ne m’attendais pas non plus à ce que l’histoire verse dans le glauque, après tout c’est un roman pour ado, mais j’espérais quand même un peu plus de maturité, quelque chose de moins artificiel.
Le fait que la narratrice ne soit pas omnisciente, puis qu’elle raconte l’histoire au présent ménage certes un peu de mystère, surtout concernant les véritables motivations des gens qui l’entourent et qu’elle ne peut qu’interpréter, mais pas autant qu’il l’aurait fallu. Habituée au fantastique et à ses univers troubles, j’ai trouvé que ça manquait de nuance et de crédibilité. Il est très dommage de ne pas avoir suivi cette piste.
Rhine étant forcée à l’observation, on passe donc beaucoup de temps à suivre ses atermoiements et autres suppositions. C’est bien écrit, mais si on a dépassé l’âge on aura forcément du mal à s’immerger dans l’histoire et à apprécier l’héroïne. J’aurais préféré une alternance des points de vue qui aurait pu être très enrichissante dans cette histoire et qui aurait sans doute généré plus d’empathie pour ceux qui, comme moi, n’ont pas réussi à s’attacher à l’héroïne.
L’histoire est tout de même plaisante sur bien des points, même si ce n’était pas ce que j’espérais. Le public cible y trouvera facilement son compte.
Quant à moi qui suis une vieille grincheuse, même si j’ai réussi à faire abstraction de cette romance un peu trop cousue de fil blanc et du côté très girly de ce récit, j’ai quand même eu du mal à trouver le reste de l’histoire vraisemblable.
Un rhinocéros indien pourrait facilement me faire croire qu’il est une licorne (bon d’accord Beagle m’a prévenue,) j’accepte facilement ce que les auteurs me racontent de plus bizarre, mais ce roman-ci manque souvent de logique. Je n’ai pas réussi à y croire et c’est probablement ce qui m’a gênée le plus.
Entre autres choses, je veux bien croire qu’en un tel monde, alors que l’humanité est en pleine perdition, les femmes soient les premières victimes. Je veux bien croire qu’on les instrumentalise plutôt que de leur accorder le statut privilégié que devrait en toute logique justifier cette situation. Par contre, là où j’ai du mal à suivre c’est quand celles que les Ramasseurs ne vendent pas sont tuées. Parce qu’un seul homme n’en a pas voulu ? Une trentaine de filles qu’ils se sont donné un mal fou à enlever ? Sachant qu’il leur en faudra sans doute encore un bon nombre pour leur prochain client, j’ai beaucoup de mal à trouver de la logique à cet acte tout à fait gratuit et pour le moins stupide si les femmes sont une marchandise si précieuse…
C’est un détour un peu facile, comme il y en a tant d’autres.
Mais tout autant que du récit lui-même, cette impression d’invraisemblance qui ne m’a pas quittée vient aussi des réactions des personnages. Jenna par exemple, dont la triste histoire aurait pu être un pilier de ce roman, perd de sa crédibilité comme on souffle une bougie. Je ne m’explique toujours pas certaines de ses réactions, même si d’autres suivent un plan bien précis. Et pourtant c’est un merveilleux personnage, de loin mon préféré avec Rose. Ce sont elles qui ont rendu ce récit émouvant pour moi.
Rhine est quant à elle d’une étonnante incohérence et je ne parle pas là du fait qu’elle puisse d’une certaine façon s’attacher à son époux (après tout, syndrome de Stockholm, etc.) Vous parler de ses plus grandes incohérences vous gâcherait l’histoire, alors je vais me contenter d’une petite…
Rhine aime beaucoup se poser en moralisatrice, défenderesse des valeurs de l’humanité d’autrefois, elle vous parlera de liberté, de respect des morts, des femmes et de tout un tas d'autres concepts, mais ça ne la gêne pas d’avoir pour domestique personnelle une petite fille qui ne doit même pas avoir la moitié de son âge et qu’elle appelle à la moindre occasion pour se faire masser les chevilles ou couler un bain…
C’est marrant comme pour Rhine tout est relatif…
Et Linden, le fameux époux en question… Que devient-il dans tout ça ? Comment peut-il ne pas comprendre ce qui se passe autour de lui ? (S’il le sait, franchement c’est un excellent acteur. Mais s’il ne le sait pas, il devrait arrêter la luzerne) Pourquoi personne ne lui dit rien ?
Parfois je me suis demandé s’il n’avait pas autant de personnalités que d’épouses…
C’est d’autant plus déroutant qu’en fait ils sont tout à fait cohérents pendant une partie du récit, leurs réactions étant motivées par la vie qu’ils ont eue, mais que par à-coups leur psychologie semble changer du tout au tout et ça part en vrilles.
Il y a beaucoup de facilités de toutes sortes dans ce récit et ça enlève au côté dramatique, voire horrifique, dont ne peut pas se passer une telle problématique. Je crois que si on choisit un sujet aussi malsain, l’édulcorer devient vite d’un goût plus douteux encore. Il y aurait vraiment eu matière à faire de ce Dernier Jardin un roman adulte. La version jeunesse, pour bien écrite qu’elle soit et agréable à lire ne me marquera pas.
Je conseille toutefois ce livre aux filles de l’âge de Rhine. Ce n’est pas le roman du siècle, mais ça peut être une plaisante lecture qui, de surcroît, n’est pas dénuée de réflexions intéressantes, même si on ne fait que les effleurer.

mercredi 16 novembre 2011

Les contes de la bécasse

Un recueil de nouvelles de Guy de Maupassant.

Pour une fois, je vais me payer le luxe de vous résumer moi-même l’amorce du recueil.
Imaginez une tablée de gros bourrins de chasseurs (j’ai le droit d’en dire du mal, mon père pourrait en être) dont l’hôte a deux passions : les histoires et tirer le pigeon depuis sa fenêtre…
Parce qu’il est paralysé le gars, faut le savoir, et ne pouvant plus aller gambader en forêt il a trouvé l’alternative de poster un valet dans les buissons qui de temps en temps lui lâche des pigeons… C’est pathétique et c’est à peu près le gros de ses occupations…
Il adore également inviter tous ses grands copains à chasser sur son domaine, se réjouir du moindre coup de fusil, toujours posté à sa fenêtre et organiser le soir des banquets où l’on s’empiffre de gibier. (Je vous promets, je n’ai rien de particulier contre les chasseurs. Contre les viandards par contre… Ahem…)
Mais revenons à nos moutons (à défaut d’un autre mot qui ferait la rime), pour allier les deux passions précitées, notre hôte n’a rien trouvé de mieux que de réinventer le jeu de la bouteille, mais avec une tête de bécasse… Celui que désigne le bec a le droit, non pas de bécoter un de ses convives (ou alors plus tard dans la soirée peut-être) mais de croquer toutes les têtes de bécasses. Il devra en revanche raconter en retour une histoire à ses compères.
Qu’est-ce qu’on se marre durant les repas de chasseurs…
Et c’est ainsi que naît l’excuse qui permet à l’auteur de nous raconter toutes ces petites histoires…
Je vous en épargne le détail, bien évidemment, mais vous laisse mon avis sur l’ensemble à vous mettre sous la dent si je n’ai pas réussi à vous dégoûter de cet ouvrage.

Bon, il faut le savoir pour commencer : je n’aime pas les écrits de Maupassant. Rien de ce que j’ai pu lire de lui, qu’il s’agisse de lectures imposées par des professeurs sadiques (ou pire, ayant tout simplement mauvais goût) ou de choix personnels, n’a trouvé grâce à mes yeux, même si certains textes m’ont marquée.
C’est le titre de cet ouvrage qui m’a intriguée et je n’ai pas lu le résumé de crainte de me décourager d’emblée. Et puis je me suis dit qu’il était temps de réessayer… Même si je ne m’attendais pas à ce que mon point de vue sur cet auteur change radicalement, faut pas rêver… (Et puis comme chacun sait je suis aussi un peu maso…)
Sur l’écriture elle-même il n’y a rien à dire. Le style n’est pas mauvais en soi, évidemment, mais n’a rien d’exceptionnel non plus. Il n’est ni poétique, ni élégant, ni vraiment travaillé. C’est de la simplicité crue, concise, le moyen nécessaire au récit plus que l’écrin de celui-ci. C’est Maupassant quoi… Avec lui ce n’est pas l’écriture qui compte, ni la façon de raconter, c’est la nature humaine sous le vernis qui s‘écaille. Et si je ne trouve pas toujours moi-même un intérêt à son propos, c’est sans doute parce qu’il est extrêmement réaliste et que la réalité étant à ma porte, je n’ai pas besoin non plus qu’il me la raconte.
L’avantage de plusieurs histoires courtes est évidemment qu’on se lasse moins vite, mais ce ne fut néanmoins pas une lecture des plus plaisantes.
La forme de ce recueil est somme toute très classique : une petite histoire en introduction sert de lien à tous les récits qui suivent. Ceux-ci n’auraient autrement aucune cohésion. Leurs deux seuls points communs sont qu’ils se passent pour la plupart en Normandie et qu’ils nous démontrent à quel point l’humanité est pourrie jusqu’à la moelle…
Faut croire que tous ces chasseurs ont le vin mauvais. Ils ne trouvent à nous raconter que des histoires plutôt sinistres. C’est un peu un florilège de sentiments humains, parmi les pires pour la plupart. On glisse du dégoût à la nostalgie, en passant par l’effroi, on est confronté à l’avarice, la bêtise et la rustrerie. Certaines histoires sont cruelles et rudes, voire même sordides, d’autres d’une grinçante ironie, certaines sont denses et pleines de réflexion, d’autres d’une clarté vaporeuse et intangible. Oui, il y a un moment où je me suis prise au jeu. Mais ça n’a pas duré…
Ces récits mettent en scène la bêtise et tous les travers de l’humanité, s’en moquent parfois mais les regardent de loin en général. Ils sont souvent empreints d’une profonde misogynie et d’un détachement dérangeant. C’est ce que j’appellerai pour ma part de l’horreur ordinaire, réaliste, et c’est pour ça qu’elle est dérangeante. Les chasseurs, eux, semblent plus s’en réjouir qu’autre chose. Quant à moi, j’ai du mal avec ça, tout simplement. Je ne suis pas naïve non plus, mais c’est la façon de traiter le sujet qui m’a ennuyée.
Pourtant toutes les histoires ne sont pas si déplaisantes. Certaines sont même assez drôles. L’une, d’une nostalgie triste et légère a su éveiller mon intérêt. Une autre encore a su me plaire pour la réflexion sur la peur qui en est le fil conducteur. Mais je me suis surtout beaucoup ennuyée et très franchement cet ouvrage aurait pu continuer plus longtemps à manquer à ma culture sans que cela ne me pose de problème majeur…

mercredi 9 novembre 2011

La Vestale du Calix

Un roman d'Anne Larue, publié chez l'Atalante dans la collection la Dentelle du Cygne.

Anna, une vestale consciencieuse mais émotive, est condamnée à mort pour avoir brisé un vase sacré – le fameux calix Esclarmonde. Son savant fou de maître la fait «décorporer» à son insu. L’expérience réussit et elle surgit indemne à une autre époque, où il perd sa trace.

En l’an 4666, Anna, devenue «costumière tradi» chez Thomasine Couture, habite avec Ankh Delafontaine, belle blonde médiéviste, et elle monte à cheval à Étampes. Le bonheur. Elle en viendrait à se convaincre qu’elle n’a pas rejoint le monde au-delà de la mort, quand tout se complique à nouveau.

Anna et Ankh sont arrêtées pour ne pas avoir assisté à un match de trimslop, puis une cavalière est assassinée. L’enquête conclut à la mort d’Anna.

Entre alors en scène Holinshed, un cheval extrêmement stylé qui effectue des missions en freelance pour les humains à travers le temps…

Pour tous ceux qui aiment Paris, la fin du monde, les chevaux, le camping, Simone de Beauvoir… et un peu moins le football.
Les femmes ne sont pas toujours d'excellents cobayes, les chevaux sont des êtres supérieurs et les blondes se rebellent... Tout un programme, n'est-ce pas ?

J'ai bien du mal à savoir par quel bout prendre cet étonnant roman et plus encore à savoir quoi vous en dire. Si ce n'est qu'il possède plusieurs niveaux de lecture, qu'on peut aisément s'en tenir à un seul, mais que ce serait bien dommage car c'est l'ensemble qui fait tout l'intérêt de cette histoire. Car la Vestale du Calix est certes un roman très distrayant, bourré d'un humour qui va du plus lourdingue au plus pointu et truffé de références en tous genres, mais également une intéressante satire sociale qui porte entre ses lignes un message féministe qui, s'il ne prend pas trop de place par rapport à l’ensemble de l'histoire, est quand même très présent. Il faut le savoir, ça ne marche pas avec tout le monde et en général je fais partie des gens avec qui ça ne fonctionne pas. Je n'ai rien contre le féminisme et encore moins contre les romans engagés, mais je n'aime pas avoir l'impression qu'on me fait la leçon. Ce livre-ci n'a jamais dépassé mes limites, mais l'a failli quelques fois.
Je crois que c'est le genre de récit qu'on aime ou qu'on déteste d'emblée. Et moi j'ai plutôt apprécié... Si ce n'est que j'ai trouvé l'usage du symbolisme un peu trop facile parfois, mais c'est aussi ce qui fait que ce livre reste aussi accessible quand l'auteur s'amuse à nous balader. Et il faut dire qu'elle ne se gêne pas pour ça...
La Vestale du Calix est une histoire simple dans un complexe écrin, c'est très bien écrit, mais c'est vraiment particulier. Il y a, entre autres choses, ce permanent foisonnement de détails et d'anecdotes qui peut parfois sembler être du babillage, mais qui au final fait tout le sel de ce récit. Et cela accentue considérablement cette manière qu'a l'auteur d'essayer de nous perdre entre les dédales de son histoire et de nous faire croire qu'on ne sait pas où elle veut nous emmener.
J'ai beaucoup aimé cette façon de raconter, ainsi que l'ironie tout à fait délicieuse de voir notre société décortiquée et sujette à toutes sortes d'interprétations plus ou moins oiseuses en 4660 où elle fait figure de Moyen Âge.
Ce que nous sommes, mais de manière plus générale ce que l'humanité a été, est et sera, se trouve analysé, bousculé, parfois tourné en ridicule dans ce roman, mais nous invite toujours à la réflexion.
Le monde change, les connaissances scientifiques évoluent, mais les préoccupations des personnages d'Anne Larue semblent toujours les mêmes de siècle en siècle.
Que restera-t-il de nous dans deux mille ans ? Comment verra-t-on alors cette société qui est la nôtre ? Nous-mêmes nous trompons-nous sur notre interprétation du passé ? Apprenons-nous des erreurs de nos prédécesseurs ou les humains sont-ils voués à toujours se fourvoyer dans leurs propres pulsions malgré l'évolution cyclique de leur monde ?
Ce ne sont que quelques questions parmi d'autres, des pistes à explorer ou non en suivant les déboires d'Anna et Ankh.
La Vestale du Calix est un roman intelligent et drôle, original et déjanté qui parfois verse joyeusement dans l’absurde. C'est certes un peu surfait aussi, mais cet inclassable mélange de SF, de mythologie, de littérature et de philosophie gagne à être découvert.

dimanche 9 octobre 2011

Absinthes et Démons

Un ouvrage d'Ambre Dubois, publié aux éditions du Riez.

Je l'ai classé en fantastique, même si pour moi dès que le surnaturel est avéré ça n'en est plus. Mais après tout le classement n'a guère d'importance, occupons-nous plutôt du bouquin...

Son éditeur nous le présente ainsi :

Qui est réellement Lord Nermeryl ? Le diable, comme le laisse sous-entendre la rumeur ? Ou un jeune dandy un peu trop excentrique dont le passe-temps morbide est d’enquêter sur des affaires surnaturelles ?

Au fil des énigmes, en compagnie de sa fidèle compagne, la Corneille, le jeune homme goûte la saveur des âmes des êtres humains, découvrant les travers de l’humanité et y apportant sa propre justice… d’une manière bien singulière…

Et voici ce que moi-même j'en dis :
Ni tout à fait recueil, ni tout à fait roman, ce court ouvrage est constitué de nouvelles qui, bien qu’ayant toutes une intrigue spécifique, portent sur les deux mêmes mystérieux personnages : Lord Nermeryl principalement et sa compagne Corneille au second plan. Ainsi, nous pouvons suivre leur évolution comme dans un roman, tout en ayant le plaisir de lire plusieurs histoires et en profitant de la trame narrative plus enlevée propre à la nouvelle.
Les codes du format court se mêlent à ceux du roman et c’est, je dois dire, une assez bonne réussite puisque ça donne à la fois une impression de diversité et de cohérence. J’aime beaucoup ce procédé qui fait de chaque chapitre une histoire à part entière, même si je trouve qu’écrire une nouvelle, et a fortiori une série de nouvelles, surtout dans le genre fantastique, est un art difficile qui ici n’atteint pas la pleine mesure de son potentiel. Ça reste du bon travail, je ne vais pas chipoter, mais pour moi la nouvelle fantastique est principalement un récit à chute ou, au moins, ménage plusieurs pistes à son lecteur et ceci est évidemment atténué dans un ouvrage de ce type. Alors l’ambiance est trouble, certes, les personnages énigmatiques à souhait, la fin excellente, mais quelque chose m’a retenue sur la rive, sans que je sache vraiment définir quoi. Enfin, ça n’a pas été mon problème majeur non plus, c’est juste une question de goûts et de styles. J’admets qui plus est que les codes sont forcément plus souples pour une série de nouvelles, mais le fantastique est mon genre de prédilection, je suis donc difficile.
Ce qui m’a le plus ennuyée est la façon dont sont traitées et surtout résolues ces enquêtes. Si les histoires sont très diverses dans le fond, elles restent néanmoins très répétitives dans leur schéma narratif, ce qui atténue cet effet de variété. Elles sont souvent elliptiques également. Je n’ai rien contre les ellipses, surtout en fantastique, mais là on cache quand il faut raconter, on raconte quand il faut montrer, on montre quand il faut cacher… C’est assez dommage car ça donne parfois une impression de facilité, que ce soit au niveau de l’écriture ou dans la gestion de la trame (surtout dans la résolution des enquêtes qui laisse vraiment à désirer), alors que, si je relativise, ce sont de très bonnes histoires.
Le style est agréable, mais pas exempt de maladresses, ainsi que d’erreurs de toutes sortes. Il n’y en a certes pas tant que ça en comparaison d’autres ouvrages, mais elles sont assez grossières… (Des mots à la place d’autres, des tournures de phrases inexactes, des invraisemblances langagières, etc.) En outre, pour ce genre bien précis, j’attends toujours plus d’élégance et de raffinement, voire même de la préciosité, dans l’écriture, à la fois pour coller à l’époque et aux personnages. Or, tout en n’étant pas déplaisant, le style d’Ambre Dubois est parfois maladroit et manque de naturel dans l’usage du registre soutenu. On sent que l’utiliser lui demande un effort.
Il y a aussi des détails du récit qui m’ont laissée perplexe. A titre d’exemple, on ne jette pas un voile sur une peinture qui n’est pas encore sèche, on ne peut pas tourner vers soi le visage d’un corps qui doit depuis longtemps être pris par la rigidité cadavérique…
Détails me direz-vous, détails… Mais ça a quelque peu contrarié ma lecture.
Impressions en demi-teinte, semble-t-il donc, pour une lecture qui fut un agréable divertissement malgré tout et que j’ai su savourer en laissant de côté ses défauts, autant que je l’ai pu, mais qui, je le crains, ne marquera pas longtemps mon esprit.
J’ai trouvé les histoires prenantes, bien que prévisibles puisqu’elles reprennent des thèmes classiques de la littérature fantastique et même s’ils sont plutôt bien traités, ils n’en restent pas moins familiers pour moi qui suis coutumière du genre. Toutefois, même si j’ai apprécié ces histoires et eu du mal à m’en détacher en cours de lecture, quand il m’est arrivé de devoir le faire, j’ai eu à chaque fois des difficultés en reprenant le livre à me rappeler de quoi il était question dans la nouvelle que j’avais quittée la veille. Evidemment ça m’est vite revenu après quelques lignes de lecture, mais c’est pour moi assez perturbant qu’une histoire en cours laisse si peu d’empreintes sur mon esprit et c’est de surcroît très inhabituel.
Ces nouvelles sont surtout portées par le charisme de leur personnage principal qui est intéressant de par son attitude et sa nature, même si j’ai été un peu déçue que tout soit si simple, attendant un temps, court à dire vrai, un revirement de situation qui n’est pas arrivé. Il faut croire que je suis conditionnée par les nouvelles à chute. J’aurais aimé que le mystère perdure un peu plus longtemps concernant la nature de Nermeryl, même si j’ai apprécié qu’elle soit relativement nuancée. Quand il s’agit de fantastique, plus les récits et les personnages sont troubles, plus ça me convient. J’aime être surprise ou déroutée par ce genre de lecture, or je ne l'ai pas été par celle-ci.
Les personnages sont cependant la grande force de ces récits, mais les thèmes des histoires sont également bien choisis et l’auteur leur apporte la touche d’originalité nécessaire à l’usage de motifs aussi connus. En outre, comme je l’ai déjà dit, la fin est très bien écrite et sonne tout à fait juste, ce qui est d’autant plus appréciable pour ce type de récit.
J’ai été un peu dure avec cet ouvrage, mais je vous en conseille néanmoins la lecture, que vous soyez ou non amateur de fantastique.
Dans le même genre je vous conseille vivement Les Gentlemen de l’étrange d’Estelle Valls de Gomis. Les deux personnages sont d’ailleurs cités dans la première nouvelle d’Absinthes et Démons.

dimanche 25 septembre 2011

Rage de dents

Premier tome de la série Maeve Regan par Marika Gallman, publié aux éditions du Petit Caveau.

Résumé de quatrième de couverture :

Avant, ma vie était simple : l’université si j’en avais envie, les hommes quand j’en avais envie. Et je n’avais aucun problême qu’un barman ne puisse m’aider à résoudre. Ça, c’était avant qu’on essaie de me kidnapper.
Aujourd’hui, tout semble être fait pour me foutre en rogne.
Petit 1 : j’apprends que ma famille n’est pas ce qu’elle semble être.
Petit 2 : l’homme qui m’a élevée me ment sans vergogne.
Petit 3 : des types douteux me poursuivent.
Et petit 4 : il semblerait que je ne sois pas tout à fait humaine…
Ah, j’oubliais ! Mon seul allié dans ce merdier est un vampire charismatique dont le passe-temps favori est de me martyriser en me rappelant à quel point je ne suis pas si différente de lui.
Quand je vous dis qu’il y a de quoi s’énerver… 
Dans ce récit moderne bourré d'action, Marika Gallman nous fait découvrir son héroïne décapante : Maeve Regan. Un roman qui vous surprendra par ses retournements de situation et son humour mordant !

C’est un premier roman, donc je vais essayer de ne pas être trop méchante, cependant histoire de donner tout de suite le ton de cet avis : faut le dire, je me suis ennuyée comme un rat mort et j’exagère à peine. J’ai mis un temps fou à lire ce bouquin parce que j’avais l’impression d’être en apnée à chaque plongée dans cet univers. Je déteste quand la lecture devient une corvée… Je ne suis pas très bon public, je l’avoue, mais il en faut beaucoup pour réellement m’ennuyer.
Je n’ai pas aimé mais ne peux pas dire pour autant que l’intrigue est mauvaise en soi ; j’ai vu nettement pire en fantasy urbaine (et aussi nettement mieux. Que voulez-vous, je suis du genre à rester bloquée sur ce « mieux » tant espéré…) Les goûts, les couleurs, etc. Vous connaissez la chanson et moi je chante faux, donc nous allons passer à autre chose…
En fait, si vous avez lu le résumé de quatrième de couverture, vous connaissez déjà la moitié de l’histoire et vous pouvez facilement deviner la seconde. Le récit manque d’originalité, c’est un fait, (je vais éviter de spoiler, cependant je vous garantis qu'on vous a déjà fait le coup), néanmoins ce n’est pas quelque chose qui me gêne particulièrement en général, même si ça peut être agaçant par moment. Je pars du principe que rien n’est original de toute manière, c’est la façon dont on traite le sujet qui fait la différence. Pour moi, le problème majeur avec cette lecture est que je n’ai pas réussi à trouver le moindre intérêt à cette histoire et contre ça on ne peut pas lutter, même si j’ai essayé. Je n’ai fait qu’attendre qu’arrivent des événements que j’ai bien entendu vus venir longtemps avant l’héroïne.
Pour ne rien rattraper, le style est vraiment moyen et plein de maladresses. Il y a de nombreux cafouillages, le récit est mal structuré entre les moments d’action et de latence et il s’en dégage une impression de déséquilibre.
De mon point de vue, bien qu’il n’y ait pas de formule miracle, un texte réussi allie la fluidité de l’écriture au souffle du récit. L’un ne va pas sans l’autre et dans Rage de dents la respiration est laborieuse. L’action est brouillonne (mais paradoxalement assez bien décrite par rapport à d’autres ouvrages du genre, ça je le reconnais, même si les scènes de combats m’ont parfois laissée dubitative) et les révélations n’en finissent pas d’être révélées. Il y a énormément de répétions, j’ai parfois eu l’impression de voir les pensées de Maeve tourner en boucle.
Pour permettre à la part névrosée de ma personne d’apaiser ses nerfs je vais vous donner quelques exemples de tout ce qui a contrarié la lectrice tatillonne que je suis.
Commençons par les répétions. Elles se manifestent dans l’histoire elle-même, mais aussi en écho dans le style : page 112 un rictus déforma ses traits, onze lignes plus bas, un drôle de rictus déforma ses traits. Décidément, le gars aime grimacer… Ce n’est qu’un exemple mais il y en a plein d’autres du même genre, notamment Brianne et son air complice, Lukas et son air mauvais, les yeux couleur glacier de grand-papa…
Il y a également de nombreuses fautes de négation qui font dire aux phrases le contraire de ce qu’elles signifient, c’est extrêmement agaçant de mon point de vue.
Et entre autres erreurs relevées souvent : « après que » n’est jamais suivi du subjonctif, il ne doit pas y avoir de virgule avant le « et » dans une énumération, faut pas confondre les termes imberbe et glabre et l’expression correcte est « tu ne perds rien pour attendre, » même si ça ne coûte pas plus cher non plus... Ah et puis, rapport à la quatrième de couverture, il y a un e à suspense.
Je me sens mieux, je peux reprendre le fil de mon blabla.
Vous me direz que ce ne sont que des détails sans importance et je serais d’accord si ça ne revenait qu’une ou deux fois, mais au-delà de cette limite, on ne peut que déplorer que le texte n’ait pas eu droit à un bon lissage. C’est ce genre de petites choses qui fait la différence entre un médiocre gratte-papier (ici médiocre est à comprendre dans le sens de moyen) et un écrivain.
Ajoutons à ces quelques défauts des dialogues époustouflants qui consistent le plus souvent à faire affirmer quelque chose à un personnage et à faire nier l’autre jusqu’à ce qu’un des deux se lasse, qu’ils se battent ou que Maeve se barre… Ça n’apporte rien à l’affaire, c’est longuet, puérile et ennuyeux. Évidemment ça peut être crédible, vu le caractère de nos personnages, mais une fois, deux fois, trois fois, ça dépasse mes limites…
Pour finir, on en arrive aux personnages. En général c’est la dernière branche à laquelle je me raccroche, je peux oublier beaucoup de défauts si j’arrive à aimer les personnages.
Pas de chance, ceux-là manquent cruellement de profondeur et de cohérence.
C’est reparti pour un exemple : si une de vos amies d’enfance frappait à votre porte en pleine nuit couverte de bleus et de sang en vous suppliant de lui prêter votre voiture, lui claqueriez-vous la porte au nez en affichant un air dégoûté ? Même si vous êtes en froid avec elle et n’appréciez pas ses choix de vie, ne mettriez-vous pas votre petit orgueil de côté ?
J’ai choisi cet exemple parce que ce n’est pas vraiment un spoiler, mais il y en a beaucoup d’autres…
Vous me direz que c’est subjectif, que le caractère d’un personnage est ce qu’il est et blablabla. D’accord, mais imaginons qu’il vous arrive d’agir ainsi, est-ce qu’une semaine plus tard vous déjeuneriez tranquillement avec ladite amie comme si de rien n’était ?
Mouais, bref. Avec les personnages non plus ça n’a pas été le grand amour.
Pourtant, ça aurait pu marcher, Maeve ne m’a pas été plus antipathique que ses consœurs, je n’ai pas eu envie de la massacrer comme c’est souvent le cas avec les héroïnes de bit-lit, mais c’est peut-être parce que j’étais trop occupée à vouloir tuer ses petits camarades… Parce qu’ils sont extrêmement caricaturaux et superficiels (les gentils comme les méchants. Le super vilain de l’histoire étant lui-même d’un ridicule achevé), faut bien le dire, puis surtout qu’il n’y en a pas un pour rattraper l’autre…
Même si j’ai apprécié que, mis à part le méchant très méchant, ils ne soient pas complètement manichéens, ils n’ont généré chez moi aucun réel intérêt.
Maeve est encore le personnage le plus travaillé et réussi de l’histoire (vous me direz que c’est heureux puisqu’elle est à la fois le personnage principal et la narratrice.) Évidemment elle jure sans cesse et ça peut déplaire à certaines personnes… Ça fait partie du personnage, ce n’est pas quelque chose qui me gêne vraiment, même si elle aurait pu être un peu plus inventive tant qu’à faire, puisqu’elle tourne à trois jurons… Ça ne m’a pas choquée, donc, mais c’est malgré tout devenu agaçant à un moment de la voir terminer chaque phrase par « bordel de merde » comme si c’était un point d’exclamation. Bon ça s’est calmé par la suite ceci dit…
Ce qu’on peut lui reconnaître, c’est qu’elle est crédible au moins, même si son immaturité est agaçante, elle reste justifiée par son jeune âge. Elle n’est pas très futée non plus, plus impulsive que réfléchie, mais elle est combattive et loyale, ça compense un peu. Cependant, ce n’était pas suffisant pour moi.
J’ai abondamment critiqué cet ouvrage, mais il y a quand même du potentiel derrière toutes ces maladresses et un univers, des personnages tout autant qu’une écriture qui demandent encore un certain travail pour exprimer leur valeur. Je n’ai pas du tout aimé ceci dit, ça aussi c’est un fait et je ne pense pas qu’un style plus maîtrisé aurait pu tout changer à cela, mais on en revient encore à la chanson, les goûts, les couleurs... Etc.

Je tiens en outre à préciser que si j'énumère quelques fautes (qui ne sont qu'un échantillon) dans cet avis ce n'est pas par mesquinerie mais plutôt dans l'espoir de ne plus jamais les revoir (en particulier dans les livres publiés par le Petit Caveau). Oui, je sais, l'espoir fait vivre...

Ce livre a été lu pour le club de lecture de Vampires et Sorcières. Quitte à faire un billet autant le rajouter au défi lecture puisque je rame sur l'écriture de mes avis en ce moment...

dimanche 28 août 2011

Un mort encombrant

Roman de Robert Louis Stevenson.
Que vous pouvez également rencontrer sous le titre Le Mort Vivant. Et s'il vous sied de le lire, vous le trouverez là sous forme de ebook.

Imaginez... L'époque victorienne pétrie de toutes ses valeurs et sa bonne éducation, un vieil homme qui, au lieu d'administrer correctement les biens de ses pupilles, a passé sa vie à emmagasiner des connaissances toutes plus inutiles et absurdes les unes que les autres et dont le seul plaisir est de les partager avec autrui... (En gros c'est un insupportable et invétéré bavard qui est persuadé d’œuvrer à l'éducation des masses.) Imaginez aussi l'aîné de ses neveux, un homme pleurnicheur, pas très futé mais extrêmement près de ses sous qui a toujours un peu l'impression d'être persécuté et qui passe son temps à courir après ce qu'il n'a pas plutôt que de faire fructifier ce qu'il a en main...
C'est là que se noue le problème, car même si le vieux Joseph cède volontiers l'administration de tout ce qui reste de sa fortune à son neveux, ainsi que sa demeure et l'affaire dans laquelle il a investi mal-à-propos les biens de ses pupilles, il manque encore une certaine somme. Or, étant, avec son frère aîné, le dernier en lice pour la gain d'une tontine (les participants mettent tous la même somme sur un compte, le dernier en vie empoche la totalité avec les intérêts,) le vieil oncle accepte également de la céder à son neveu s'il l'emporte... Le jeune Maurice commence alors à voir son oncle comme un investissement et le couve de soins aussi jaloux qu'insupportables.
Cela pourrait s'arrêter là si Maurice n'était pas un paranoïaque patenté et si un accident de train ne venait pas d'un coup bouleverser ses plans. Car, après tout, l'oncle Joseph vaut-il finalement plus mort ou vivant ? Et surtout, dans lequel de ces états est-il le plus encombrant ?

Ce roman, qui n'a d'autre but que celui de divertir son lecteur, remplit définitivement bien son office. Il faut le dire : c'est furieusement drôle.
Il y a l'histoire d'abord, rocambolesque, à la limite de l'absurde parfois (terriblement anglaise dans son humour en somme), servie par une pléiade de personnages aussi hauts-en-couleurs qu'exaspérants, tous plus cinglés et stupides et les uns que les autres. Mais surtout il y a l'écriture, subtile, cynique, extrêmement sarcastique et grinçante, avec son humour incisif qui compense souvent les plus lourdes circonvolutions de cette histoire quand elle est le plus invraisemblable. Il faut dire qu'elle a parfois des allures de pyramide de dominos, sans parler des effets boule de neige qui accompagne la chute desdits dominos...
Je me suis néanmoins beaucoup amusée avec ces personnages qui choisissent toujours la solution la plus compliquée et abracadabrante, qui s'emmêlent dans leurs mensonges, dans leur lâcheté et surtout dans leur imbécilité.
Il n'y a qu'au chapitre neuf que j'ai un peu décroché, le tout devenant un peu trop délirant à mon goût (toujours du point de vue de l'histoire). Mais c'était globalement plaisant et, surtout, j'ai adoré les remarques de l'auteur, caustiques au dernier degré, les meilleures survenant toujours quand on si attend le moins, pince-sans-rire, au détour d'une phrase anodine.
Il se moque de sa société et de ses contemporains, de lui-même et de son écriture, des artifices dont il joue aussi bien que de son histoire, avec ses coïncidences si faciles et pleinement assumées qu'il distille sans pitié au long du roman, tout comme il se moque de ses déplorables personnages, de leurs faiblesses, de leur stupidité et de la vie en général.
Ce fut une très agréable lecture, il y avait longtemps qu'un roman ne m'avait pas fait rire à ce point.

mercredi 24 août 2011

Dans l'oeil noir du corbeau

Un roman de Sophie Loubière, publié chez Le cherche-midi, collection néo.

C'est en écoutant l'auteur parler de son livre au cours de la conférence sur le fantastique des dernières Imaginales, que j'ai eu envie de lire son bouquin. Disons que son histoire me parlait. De fait, certains aspects n'ont pas démenti cette impression, mais au final je n'ai pas aimé ce roman, il avait un parfum de "trop" (trop de coïncidences qui n'en sont pas même en-dehors de l'histoire principale, trop d'évidences, trop de psychologie de magazines féminins, trop de blabla et trop de tout un tas de choses qui, disons-le franchement, m'ont gonflée.) Cette histoire manquait cruellement de subtilité et de surcroît le style d'écriture m'a un peu déplut. Rien à quoi s'accrocher en somme, j'ai mis des plombes à le finir et je me suis entêtée pour rien, tout était prévisible...
La quatrième de couv' nous promet un polar psychologique et culinaire... De la psycho ça il y en a, c'est certain, qui manque grandement de subtilité, qui teinte chaque mouvement des personnages, de ce qu'ils boivent ou mangent au nombre de fois qu'ils pissent (et ne croyez pas que j'exagère, vous seriez surpris de l'intérêt tout particulier qu'ils portent à leur vessie, estomac et intestin... Enfin surtout une...) Mais la partie polar... Mouais bof... Tout était si évident... Parce que c'était logique, bien sûr, mais quand même... L'enquête est de fait très secondaire, au centre de l'histoire tout en étant un prétexte à celle-ci, elle reste succincte et enrobée de beaucoup d'autres choses... Une visite de San Francisco, des courses interminables, un peu de badinage, mais surtout l'analyse psychologique de deux cas désespérés.
Et j'avais envie d'un vrai polar, l'idée que l'art culinaire y soit très présent me plaisait, le point de départ de l'histoire aussi. Il faut croire que les ingrédients étaient trop mal dosés pour le coup...
Mais je m'avance un peu trop vite, j'aurais dû d'abord vous faire un rapide topo sur les personnages et leur histoire pour que vous puissiez suivre toutes mes pénibles récriminations (oui, je sais que je suis pénible).
Je vais vous demander un petit effort d'imagination.
*Fondu enchaîné.*
Anne vient d'avoir quarante ans, elle a méticuleusement gâché sa vie dans les grandes lignes comme les moindres détails.
Boulimique, collectionnant les troubles obsessionnels compulsifs, elle est désespérément seule... Elle est pourtant séduisante et réussit professionnellement, elle présente une émission de cuisine populaire sur une chaîne câblée...
Elle a en fait consciencieusement bousillé sa vie sentimentale, obsédée par le souvenir d'un amour de jeunesse et est encore traumatisée par la mort de sa mère, le désintérêt de son père et une certaine culpabilité d'être elle encore encore en vie...
Elle noie sa solitude dans les coups d'un soir et la gestion de son transit intestinal...
Mais ce n'est pas tout, bien sûr, Anne est vraiment un cas...
Bill, lui, est un inspecteur à la retraite qui dans le concours de la vie la plus pitoyable est au coude à coude avec Anne. Là où celle-ci jongle avec ses troubles alimentaires et comportementaux, lui a choisi l'alcool et la violence... Traumatisé lui aussi par la mort d'un de ses parents et obsédé par les circonstances de cet événement, lui aussi désespérément seul puisqu'il a bousillé son mariage et qu'il persiste à pleurnicher sur son sort en attendant de la seule de ses enfants qui daigne encore lui parler une absolution totale de ses péchés que la pauvre ne peut pas lui donner.
Moins avenant qu'Anne, il a opté pour la compagnie tarifée... Il y a des désavantages à être un homme, n'est-ce pas ?
Un peu le même genre tous les deux en somme, ils étaient faits pour se rencontrer... D'autant plus que Bill est féru de cuisine et suit avec passion l'émission d'Anne, d'autant plus qu'une vieille affaire les relie sans qu'ils le sachent et qu'à cause de cela Anne va avoir un service à lui demander...
Car Bill est l'inspecteur qui a enquêté sur la mort de l'amour de jeunesse d'Anne et qu'il a bâclé l'affaire... Elle sait qu'il y a quelque chose qui cloche, elle veut la vérité, elle veut pouvoir faire son deuil...
Alors Bill, qui depuis des années se retrouve seul pour le réveillon à cause de ses excès d'alcool et de ses réactions imprévisibles, va accepter en échange de l'aide d'Anne et de sa compagnie.
Mais c'est sans compter les corbeaux du passé qui ont bien l'intention de se joindre au festin...
*Fondu au noir*
Parlons donc un peu du style, maintenant que vous voyez l'ambiance et que vous savez où vous avez mis les pattes. Plutôt sec et analytique, il oscille entre le lapidaire, le descriptif minutieux à outrance (il n'y a pas qu'Anne qui a des troubles compulsifs, hein ?) et le ronflant. Un peu guindé parfois, il ne dépasse néanmoins pas la limite et on peut lui reconnaître une certaine élégance, même si elle n'est que fugace. J'ai peiné à m'accrocher, cette façon de raconter donnait l'impression de s'écouter parler, d'énumérer sans cesse toute sortes de choses... Je voulais un roman, pas une liste de listes ou l'inventaire d'un huissier. Mais je suis un peu injuste, il y a eu quelques passages et tournures de phrases intéressants. Et puis certains traits de l'écriture, cristallisation des souvenirs, répétitions ou même ces fichues énumérations faisaient en quelque sorte partie de l'histoire et de son ambiance, caractérisaient ses personnages. Cependant, ça ne change rien au fait que je me suis profondément ennuyée. Je n'ai pas aimé les personnages, donc l'écriture qui leur ressemble m'a laissée froide. Je n'aime pas les gens qui s'enlise dans ce qu'ils ont de plus pitoyable et c'est le cas de ces deux-là. Si au final j'ai gardé un peu de sympathie pour Bill, sa compagne m'a brillé les nerfs. Mais là aussi je suis un peu injuste avec elle, seulement je le suis en toute conscience...
Le livre est divisé en cinq parties, Mise en bouche, l'entrée, le plat, le dessert et l'addition.
La première compte une centaine de pages (ce qui équivaut quasiment à un tiers du roman !) et c'est dans la seconde que commence vraiment l'action. Celle-ci est très lente à se mettre en place. Une centaine de pages avant de vraiment entrer dans le vif du sujet pour un polar qui en compte dans les 350, c'est trop. Pas que je sois contre l'installation minutieuse d'un récit, mais de mon point de vue un polar doit être vif. Dans celui-ci, l'affaire est vite réglée, juste un prétexte vous disais-je...
Vraisemblablement l'auteur et moi ne sommes pas d'accord sur l'importance des différentes étapes d'un repas. Si l'impression que l'on garde de celui-ci est en règle générale surtout tributaire du dessert parce qu'il clôt le festin, je suis d'avis que le plat principal n'en est pas moins le pivot et que ce dernier ne doit manquer ni de consistance, ni de saveur. Ce n'est pas avec un interminable apéritif ou un dessert saturé de sucre qu'on contente le genre de lectrice que je suis.
Les chapitres sont alternés, renforçant l'effet miroir entre les personnages. Même une fois qu'ils se sont enfin rencontrés l'alternance persiste, avec plus de subtilité il est vrai et cela je l'ai apprécié.
Tout semble faire partie du même délire dans ce roman, tout se recoupe, tout est lié. Je peux apprécier ce choix, j'aime que tout ait un sens, mais encore une fois, dans le cas présent, c'est trop pour moi...
Je ne peux pas dire que l'écriture est mauvaise, même si je suis un peu plus mitigée en ce qui concerne l'histoire, c'est seulement que ça ne m'a pas plu et que je n'arrive à voir que cela.
"Une Bridget Jones française et un misanthrope américain amateur de bonne chère plongés dans une enquête passionnante", nous promet la quatrième de couv'. Je n'aurais pas acheté ce livre si j'avais lu cette phrase, ce qui aurait été une bonne chose, même si au final la comparaison est tout à fait hors de propos...
Si vous attendez un polar, comme moi, ou une romance piquante mâtinée de polar, comme vous le promet cette accroche, passez votre chemin. Par contre si vous voulez un roman qui "psychanalyse" deux personnages exaspérants tant ils sont pitoyables, alors là vous avez tapé juste.
Je suis sévère, mais surtout parce que je suis déçue et j'en suis la première désolée car j'ai surtout raté ma rencontre avec cette histoire. Je ne doute pas que d'autres puissent mieux apprécier que moi les attraits de ce roman car contrairement à ce que j'ai pu écrire il n'en est pas dénué. J'espère donc ne pas vous avoir totalement dégoûtés.
Il plaira sans doute plus aux femmes, surtout si elles sont amatrices de psycho, de cuisine, de références à des vieux films, de jazz, et qu'elles ne recherchent pas une romance ou une intrigue policière trop marquées. J'aurais pu rentrer dans cette catégorie si on avait échangé la dose de psycho avec celle d'intrigue policière... Comme quoi l'écriture et la cuisine ça se rapproche, tout est une question de dosage des saveurs...

Mention spéciale pour les recettes à la fin. Ce n'est pas mon type de cuisine, (c'est trop sophistiqué pour m'intéresser, même si j'adore cuisiner), mais l'idée est là.


Ce roman sera donc mon livre bonus pour le challenge lecture d'ABFA et Vampires et Sorcières de 2011.

mardi 16 août 2011

Masques

Un roman fantasy de Patricia Briggs, publié chez Milady.

Sachant que Masques est le tout premier écrit de Patricia Briggs, je m’attendais à quelques maladresses et j’avais pris le parti de ne pas m’en formaliser outre mesure. Je suis toujours assez indulgente avec les écrits de jeunesse quand les auteurs ne les renient pas alors même qu’ils sont bien conscients des défauts de leurs premiers travaux .
La préface donne le ton. Oui, Briggs se rend compte de tout ce qu’il y aurait à changer dans son texte, mais elle l’accepte avec ses imperfections et lui conserve une certaine tendresse, laissant l’essentiel de l’histoire intact. (Je me dis quand même que s’il n’y avait quasiment pas de descriptions dans l’original, ça devait être spécial vu le résultat… Mais bref.)
Et moi, la grincheuse de service, toujours à l’affût de la moindre petite erreur, j’ai quand même fini par embarquer… Pourtant il y en a, des défauts, de ceux qui m’agacent au-delà du raisonnable en général… Les personnages sont très stéréotypés et ne sortent jamais de leur rôle, ils sont manichéens au possible, même celui de Loup, censément trouble, est en fait clair comme de l’eau de roche… Et l’histoire, bien sûr, suit le même chemin sans nuance. Un peu naïve par moment et très prévisible du début à la fin, j’ai vite cessé d’attendre un retournement de situation… L’intrigue manque cruellement de structure, il y a de nombreuses facilités scénaristiques, incohérences et j’en passe…
Néanmoins, le plus tranquillement du monde, j’ai puisé une bonne dose de patience pour supporter les longueurs et les délires bucoliques de camping sauvage qui émaillent le récit… Car il ne s’y passe pas grand-chose en fait, mais tout de même assez pour ne pas perdre mon attention en route. Je dois le reconnaître, Patricia Briggs est définitivement une bonne conteuse, elle l’était déjà à ses débuts.
J'ai apprécié ses petites histoires dans l'histoire, même si ça casse un peu le rythme, l'univers qu'elle a créé avec ses mythes et ses codes, même s'il aurait pu être plus et mieux développé, et l'atmosphère chaleureuse qui de dégage de ce récit.
J’ai parfaitement conscience que pour tous les défauts majeurs que j'ai évoqués j’aurais pu détester cette histoire, pourtant ce n’est pas le cas. Je ne sais comment Patricia Briggs réussit toujours à me rendre ses personnages sympathiques, mais elle y arrive, même dans leurs atermoiements (et ceux de Loup sont pourtant particulièrement agaçants parfois), même sachant qu’ils ne sont pas nuancés pour deux sous et que c’est quelque chose qui m’exaspère en général, je n’ai pas pu les détester… Allez savoir pourquoi, je me suis attachée à Aralorn et l’ai trouvée mignonne dans ses tentatives d’apprivoiser Loup… Moi qui suis pourtant d’une nature plutôt cynique… Et même les seconds rôles, méchants comme gentils (oui pas de demi-mesure, n'oubliez pas) ont éveillé mon intérêt.
Et cette histoire sans prétention, qui ne manque pas de faiblesses au niveau narratif et même stylistique, est finalement plutôt bien passée si j’excepte le début qui a été laborieux à cause des répétions (j’avais décidé de refermer le livre si elle redisait encore qu’un mage humain ne pouvait pas se métamorphoser… Une chance pour elle, c’était la dernière… Oui, je considère que c’est une chance de ne pas finir dans la liste des rares auteurs dont je n’ai pas pu finir un livre.)
Les habitués de fantasy, ceux qui recherchent plus de subtilité, d'originalité ou d'action n'y trouveront sans doute pas leur compte. Mais pour moi ce fut un assez bon divertissement.
Il se dégage de ce roman une impression chaleureuse et conviviale qui me laissera quand même un bon souvenir et qui me fera lire la suite un de ces quatre, même si ce n’est pas une priorité. J’espère toutefois que, comme cette suite a été écrite plus tardivement, qu'elle n'avait pas été publiée à l'époque et que l'auteur l'a corrigée récemment, Patricia Briggs aura sans doute eu moins de scrupules à la remanier plus en profondeur et que le récit en sera donc plus structuré et moins prévisible.

Ce livre a été lu dans le cadre du club de lecture de Vampires et Sorcières.
Et comme je suis fainéante et pas fichue d'écrire des avis en ce moment, je vais le compter pour le défi lecture également.

mercredi 10 août 2011

La légende des Dames de Brocéliande

Ou le petit caillou.
Un album de Sandrine Gestin, publié chez Au bord des Continents.

C'est un livre qui plaira sans doute aux collectionneurs d'ouvrages sur la Féerie, mais qui ne sera certainement pas le clou de leur collection. Ceux qui en ont vu beaucoup ne lui trouveront rien d'exceptionnel et ceux qui ne sont pas des habitués de ce type d'albums feraient sans doute mieux de s'intéresser à d'autres qui sont plus aboutis et originaux.
C'est un assez bel objet-livre, ça il n'y a pas à dire, mais je n'ai pas été séduite. Peut-être parce que je ne suis pas particulièrement fan des illustrations de Sandrine Gestin, peut-être surtout parce que quand on a vu beaucoup de ce genre de livres on se laisse moins facilement charmer, d'autant plus que celui-ci rappelle beaucoup un de ses précédents ouvrages, mais en moins bien...
L'histoire, la quête initiatique d'une vieille femme, ne me semblait pas mauvaise au début, même si c'est un motif sérieusement rebattu depuis le temps. Et puis ça n'a cessé de verser encore davantage dans le cliché...
J'ai trouvé que tout cela sonnait creux. Je crois que c'est en grande partie dû à l'effet de l'alliance entre le récit et le style de l'auteur (car c'est un album avec beaucoup de texte, un récit illustré plutôt que des illustrations émaillées de mots). Si le style avait été plus vif, les défauts du récit auraient été moins visibles, ou alors il aurait fallut que le récit soit plus substantiel et ainsi le style l'aurait nimbé d'une certains grâce éthérée.
Dans les passages les plus travaillés, les phrases sont morcelées, à tiroirs, avec de nombreuses répétitions. Je comprends l'idée, à dire vrai je l'utilise souvent moi-même, c'est une façon de ciseler le texte tout en le rendant plus insidieusement prenant, comme une toile, ça donne, censément, une impression de poésie un peu mélancolique, parfois un rythme musical ou un phrasé délicat et parlé, voire chanté... Ici ça accentue l'effet palpable de la douleur du personnage, une douleur sourde et diffuse. Mais ça n'a pas marché avec moi, c'est tombé à plat et j'ai trouvé ça lourd, limite vide de sens tant ça devenait répétitif et usait de clichés éculés.
Les phrases semblent toutes faites, on devine facilement les mots qui vont suivre tant on a lu souvent ce genre de tournures...
Et puis il y a des incohérences, des fautes... Les passages les moins travaillés sont maladroits, se répètent encore davantage, renforce le côté quelconque du récit...
C'est dommage car certains aspects de l'histoire sont sympathiques (en ce qui concerne le début surtout) et le style aurait pu être plus léger, même si l'histoire est sans surprise, comme une brume froide, vaporeuse, à la fois agréable et dérangeante car elle vous montre le monde sous un autre jour, tout en vous glaçant jusqu'aux os. Mais non, pas moyen...
Néanmoins, cette impossibilité d'apprécier le récit à cause du style n'est pas ce qui m'a désenchantée le plus. La façon de raconter, c'est relatif du moment que je ne peux pas dire que c'est franchement mal écrit, je n'ai juste pas aimé... Mon problème majeur c'est plutôt qu'au cours de l'histoire s'insèrent des légendes plus que connues, avec une justification de leur usage dans le récit, mais franchement peu probante... Et je n'ai vraiment pas besoin qu'on me raconte de nouveau Tristan et Iseult, Mélusine ou la légende arthurienne. Entendons-nous bien, je suis de nature curieuse, je m'intéresserai volontiers à toute réécriture qui peut me sembler en valoir la peine, mais si c'est pour qu'on me résume en une page une histoire que j'ai lu mille fois sous diverses formes, désolée mais je pourrais tout aussi bien lire wikipédia et ce n'est pas du tout l'idée que je me fais de la lecture. Cela d'autant plus si le texte qui enrobe ces légendes est plus que banal et se termine de façon très prévisible dans un très agaçant délire lu et relu.
Les illustrations maintenant. Histoire de finir sur une note un peu plus positive et même si, comme je l'ai dit, je ne suis pas fan... J'ai plus apprécié que d'ordinaire le travail de l'illustratrice. Ses arbres sont magnifiques et j'aime assez la texture de ses couleurs, mais ce sont ses personnages que j'ai toujours moins appréciés, sauf exceptions. C'est peut-être parce que je n'avais pas depuis longtemps feuilleté un de ses ouvrages, mais j'ai trouvé son style quelque peu changé, un peu plus humain et accessible, même si c'est toujours très figuratif et parfois un peu naïf. (Et que tous les prétextes sont bons pour dessiner des rongeurs...)
Cette fois-ci certaine héroïnes ont trouvé grâce à mes yeux et j'ai particulièrement aimé le dragon, même si j'ai trouvé que le tout était un peu trop lisse.
Il est clair que pour moi ça ne suffit pas, mais je ne serais pas étonnée que beaucoup d'autres y trouvent leur compte.


Cet album est mon troisième et dernier dans la catégorie Mangas et BD pour le défi lecture d'ABFA et V&S.

dimanche 17 juillet 2011

A travers le voile

Harper Blaine tome 1, une série de Kat Richardson publiée chez Éclipse.

Harper Blaine est détective privé. Et hier, elle est morte... Pendant deux minutes exactement. Depuis, elle perçoit autour d'elle un brouillard nauséabond peuplé de créatures surnaturelles. Elle est devenue arpenteuse, un être capable de franchir le voile séparant notre monde de la brume et d'interagir avec les créatures qui y rôdent. Sa carrière va prendre un tournant surprenant, que ça lui plaise ou non. Bienvenue dans la vie de Harper Blaine, détective paranormal !

Bon, ça n'est pas si simple que le laisse entendre ce résumé, mais c'est l'idée générale et je ne serais pas fichue de vous l'expliquer de façon si concise, alors on fera avec histoire de gagner du temps.
J'ai eu du mal à trouver dans quel carnet indexer cette récente lecture qui, même si elle a été une excellente surprise par rapport à mes attentes de départ, m'a laissée un peu perplexe sur certains points.
Le style déjà est un peu brusque, comme taillé à la serpe. Les quelques coquilles qui jalonnent le livre (il s'agit surtout de pronoms et déterminants oubliés, ou parfois rajoutés) renforcent cette impression. Le style s'affine un peu au fil de la première moitié du livre, pour redevenir un peu plus brutal ensuite, sans fioritures et quelquefois haché, mais il n'est pas si mal. C'est plus une façon d'écrire qu'une réelle maladresse de l'auteur en fait.
Que ce soit au niveau du style, des personnages ou de l'intrigue, j'ai trouvé ce roman meilleur que bien des ouvrages de fantasy urbaine lus récemment, alors je ne vais pas chipoter.
Par bien des aspects, Harper est plus reposante et crédible que les héroïnes de ce genre de littérature. Elle est têtue, mais pas bornée, courageuse mais pas au-delà du seuil du raisonnable, elle est posée et rationnelle, mais surtout elle n'est pas narcissique ou décérébrée, (ça change). Elle a même fini par m'être quelque peu sympathique. En soi, c'est un exploit.
Ce qui peut par contre être plus déroutant pour les habitués du genre, c'est l'histoire. En fait, elle pourrait facilement être divisée en deux parties qui bien qu'indissociables sont assez différentes dans la façon dont l'auteur traite l'intrigue.
La première ressemble à un polar flirtant avec le fantastique. On suit les enquêtes d'Harper, très bien construites et crédibles, elle avance grâce à ses recherches et déductions, pas de hasard. C'est sombre, glauque, parfois brutal. J'ai vraiment beaucoup apprécié cette partie, mais j'admets que ceux qui aiment l'action continue et la fantasy urbaine pourraient s'y ennuyer un peu... Mais qu'ils se rassurent car la seconde partie de l'intrigue bascule clairement vers une fantasy urbaine plus classique.
Je crois qu'il faut voir cette première moitié du roman comme une transition, à la fois le passage nécessaire à l'auteur pour mettre sa série en place, mais aussi le temps dont Harper a besoin pour passer d'un monde à l'autre. Ça ne m'aurait pas gênée ceci dit de rester dans cet entre-deux flou, à la limite de l'étrange et très typé polar, mais bon la seconde partie n'est pas mauvaise en soi...
Le style redevient un peu plus haché dans celle-ci, c'est même un peu fouillis parfois, mais ça reste prenant et cohérent, si on excepte quelques exagérations et surtout le fait qu'à un moment Harper s'en sort par une pirouette. Je n'ai été déçue ni par l'intrigue ni par le final et pourtant je ne suis pas bon public.
Le truc, c'est que je ne sais pas comment ça va évoluer par la suite, si l'aspect polar restera très prononcé ou si la fantasy urbaine va l'emporter. Si l'auteur parvient à garder l'équilibre entre les deux ça promet d'être une bonne série.

mardi 5 juillet 2011

Maîtresse du vent

Les Gardiens des éléments T1 de Rachel Caine, publié chez éclipse.

Présentation de l’éditeur :
Joanne Baldwin appartient a l'ordre des gardiens des éléments. Grâce à leurs pouvoirs extraordinaires, ils protègent l'humanité des colères de mère nature. Sans eux, les éléments nous auraient anéantis depuis longtemps. Mais quand Joanne est accusée de meurtre, et que les éléments se retournent contre elle, sur qui peut-elle compter ?

Je me suis dit que ça allait changer un peu. Je trouvais originale et vraiment intéressante l’idée de ces gardiens des éléments et de cette magie météorologique un brin scientifique.
Et puis, si on se fie au résumé de quatrième de couverture, ça a l’air sympa, n’est-ce pas ?
Eh bien au final non, ou en tout cas pas pour moi.
J’ai apprécié le début, cette façon agaçante qu’avait l’auteur de nous propulser tout de suite dans l’action sans rien nous expliquer du problème de Joanne. Elle ne distille les informations qu'au compte-goutte et pas n'importe quand ni en vrac. C’est frustrant, mais agréable aussi de voir l’intrigue se tisser lentement, à son rythme, sans égards pour un lecteur qu’en général on chouchoute trop à mon goût en lui servant toujours tout sur un plateau.
Tout ça c’est très bien, sauf qu’en dépassant la centaine de pages j’avais compris depuis un bon moment déjà qu’il s’agissait plutôt pour l’auteur de faire du remplissage que de respecter le rythme de son histoire grâce à ce procédé stylistique…
De fait, le récit traîne en longueur et est émaillé de répétitions. Joanne s’enfuit et a un souci, Joanne s'en sort, Joanne s’enfuit et a encore un souci (plusieurs fois le même d'ailleurs), Joanne s'en sort encore… Les pièges s’étoffent un peu au fil de l’histoire, mais sont néanmoins très prévisibles. Je sais bien que si elle ne se dépatouille pas à chaque fois il n'y a pas d'histoire, mais il faut admettre que c'est quand même très répétitif. Ça ne commence à bouger un peu qu’à la moitié du livre et même le dernier tiers qui est pourtant bourré d’action n’a qu’un intérêt relatif, tout est un peu facile et le style n’est pas génial.
Le récit est écrit à la première personne et donc centré autour de Joanne, ce qui nous prive d’un développement des personnages secondaires qui aurait été bienvenu car d’une part ça aurait été une bouffée d’oxygène, même si le cerveau de Joanne semble ouvert à tous les vents, et puis d’autre part ça nous aurait permis d’en savoir plus sur leurs motivations et implications dans cette histoire qui, soumises à l’interprétation de l’héroïne, sont souvent assez obscures. (Pourquoi vont-ils m’aider ? Mais parce qu’ils sont tous amoureux de moi bien sûr… Entre autres choses…)
Je n’ai vraiment pas réussi à apprécier Joanne qui manque de crédibilité et qui aime décidément beaucoup s’écouter parler, voire énoncer des faits en boucle.
Seuls quelques flashbacks, petites histoires dans l’histoire plutôt plaisantes, ont contribué à nourrir ma patience et à me faire avancer dans cette lecture. Cependant, je ne m’en suis pas vraiment sentie récompensée en refermant le livre et je ne lirai donc pas la suite. D'ailleurs, ce volume peut tout à fait se suffire à lui-même, ce qui est quand même une bonne chose.

mardi 21 juin 2011

Une longue route

Une longue route de Fumiyo Kouno est un manga one-shot publié chez Kana dans la collection Made in.

Décidément je n'ai pas de chance avec cet éditeur et cette collection... En début d'année j'ai essayé Là où la mer murmure, que je n'ai pas trouvé terrible... Une longue route est bien pire...
C'est la deuxième fois que je me laisse avoir par un titre et une couverture sympathiques (même si le résumé a joué aussi), c'est à croire que j'ai une leçon à en tirer. Pourtant, en général, il faut plus que ce genre de détails pour attirer mon regard, mais bref, de toute façon il me fallait un autre manga pour le challenge ABFA et VS 2011, celui-ci fera aussi bien l'affaire...

Une longue route, c'est l'histoire d'un mariage arrangé, mais pas par n'importe qui... Deux ivrognes un soir de beuverie, ça ne peut avoir que de bonnes idées, n'est-ce pas ? C'est ainsi que Michi et Sosuke sont mariés par leurs pères et que nous nous retrouvons presque aussitôt catapultés dans leur morne quotidien, avec à peine un flashback pour nous expliquer la situation...
Et la route est longue avec ces deux-là, vraiment longue je vous assure... Un bon à rien et une fille perpétuellement dans la lune nous annonce la quatrième de couverture... Il y a de ça, même si ce n'était vraiment pas ce à quoi je me serais attendue. Parce que ces deux-là dépassent de loin les limites, il faut le dire...
Sosuke est un branleur  flemmard, qui passe son temps à courser les filles et si elles ont du blé c'est encore mieux, il est désagréable, caractériel, égoïste, flambeur, pas fichu de garder un boulot... Et, croyez-moi, j'en passe. Il essaie aussi régulièrement de se débarrasser de sa femme et mieux encore d'en tirer un profit substantiel. Il essaie, entre autres, de la vendre à un usurier...
Michi est... une cruche contenant le vide intersidéral, au mieux elle est complètement allumée, au pire elle bat des records de stupidité (elle décide même d'élever des moisissures parce qu'elle se sent seule, c'est dire...) Une plante verte est plus vive qu'elle, un poisson rouge a plus de mémoire... Et la petite Michi trouve un boulot de serveuse, entretient son con de mari, cuisine, range, nettoie... La parfaite petite épouse en somme. Elle ne se plaint même pas.
Mais Michi n'aurait-elle pas une raison autre que sa stupidité qui l'aurait motivée à épouser ce bon à rien de Sosuke ? Peut-être bien, mais ne vous y trompez pas, Michi est et restera un mollusque, peu importe qu'elle vous fasse pitié par moment, même si vous arrivez à la trouver mignonne, même si vous espérez qu'elle ne soit pas si cruche... Il ne se passera rien et on ne saura jamais vraiment ce qu'elle avait en tête au départ. Eh oui, le vide intersidéral est insondable...
N'attendez rien, donc, de ces deux personnages, ni de leurs petites histoires.
Le manga est composé de courts chapitres, de trois à six pages, chacun racontant une petite histoire qui, il faut bien le dire, est le plus souvent sans intérêt. A la rigueur certaines sont mignonnes, mais je ne dois pas avoir le même humour que l'auteur ou alors mon cerveau n'a pas la police de caractères adéquate pour lire ce qu'il y a entre les lignes. Si tant est qu'il y ait vraiment quelque chose...
En bref, je n'ai pas aimé du tout, j'ai même trouvé ça pénible, donc autant ne pas m'attarder sur le sujet... Les dessins n'ont en rien amélioré mon opinion sur cet ouvrage, ils ne l'ont même pas adoucie... Je les ai trouvés brouillons, voire incompréhensibles par moment. Les personnages ont des traits très juvéniles, ils ressemblent a des enfants et cela est accentué par le fait qu'ils sont courts sur pattes. De manière générale l'auteur prend beaucoup de liberté avec les proportions de toute façon... Les décors sont approximatifs, voire inexistants, ce que deux ou trois jolies planches ne peuvent en rien faire oublier.
Une lecture dont j'aurais vraiment pu me passer...


vendredi 10 juin 2011

Narcogénèse

Un roman fantastique d'Anne Fakhouri, publié chez l'Atalante.

Louise Gaucher travaille dans un service de réanimation. Dès qu'elle le peut, elle s'assoupit auprès de ses malades plongés dans le coma. Elle a le don de voyager dans le « monde des rêves » où les patients choisissent entre la vie et la mort.
Simon Larcher est flic. Il ne boit plus, ne baise plus et ne joue à rien. Il voudrait juste nettoyer le monde de son horreur et de sa tristesse.
Une nuit de janvier, un enfant de la DDASS disparu est retrouvé dans le parc du Chais, propriété de la puissante et riche famille de Louise...
Dans Narcogenèse, Anne Fakhouri convoque les grandes peurs enfantines et les personnages de conte pour nous faire vivre la genèse de l abandon et de l infanticide. Sur fond de secret de famille, les deux enquêtes menées par Simon et Louise nous emmènent aux frontières du fantastique.
Ce livre-là m'a poursuivie.
Bien avant sa publication, je trouvais sur ma route, toujours quand je m'y attendais le moins, ce titre énigmatique qui semblait m'attendre. Et j'avais beau tenter de l'ignorer, il revenait sans cesse...
Ensuite il y a eu l'illustration de couverture, superbe, intrigante, puis les premiers chapitres sur le blog de l'Atalante... Mais je crois qu'il m'avait ferrée avant ça. Il fallait que je lise ce bouquin et j'ai commencé à l'attendre avec impatience...
Ça fait un moment que ce billet attend, lui aussi... Pas parce que je n'ai pas apprécié cette lecture, bien au contraire, c'est un grand coup de cœur, mais peut-être parce que j'aurais du mal à vous expliquez pourquoi je l'ai aimée sans trop dévoiler l’histoire. Je ne saurais pas quoi en dire, sinon vous exhorter à la lire.
Je vais néanmoins essayer de vous faire partager, un peu, ce qu'a été cette lecture pour moi, même si mes mots seront forcément maladroits.
Tout d'abord, nous allons passer outre le résumé de quatrième de couverture qui est un peu trop surfait à mon goût et je vous dirai simplement que Narcogénèse est l'histoire d'une famille et des secrets de celle-ci, une histoire de peurs enfantines également, de cauchemars, de sorcellerie et de croquemitaine... Jamais pourtant vous ne serez vraiment sûrs de ce que vous lisez.
Il y a la famille Gaucher avec ses mystères et ses propres démons, puis il y a ces disparitions d'enfants, une quête, une enquête qui s'entremêlent...
C'est du fantastique dans la plus pure tradition du terme, trouble, incertain, étrange, dans lequel la réalité et l'onirisme se mêlent tant qu'il devient impossible de distinguer ce qui est vrai ou faux. Où s'arrête le rêve ? Faut-il croire à une explication logique de cette histoire ou bien voir au-delà ?
L'héritière d'Owlon mis à part, cela faisait longtemps que je n'avais pas été à ce point absorbée par un roman du genre. Je suis difficile, très difficile quand il s'agit de fantastique, mais là je suis conquise.
L'ambiance est sombre, sans jamais être pesante, elle est effrayante sans aller au-delà de mes limites de peureuse, l'intrigue est si bien menée qu'elle a réussi à me surprendre presque jusqu'à la fin et à me faire passer outre certains petits accrochages au final sans importance.
J'ai dévoré cette histoire presque sans temps morts et je sais qu'elle fait indéniablement partie de celles qui resteront toujours gravées dans ma mémoire.
Ce livre-là n'a pas fini de me poursuivre...
Si vous aimez le fantastique, mais aussi les thrillers psychologiques, bien que dans une moindre mesure, je vous le conseille chaleureusement.

Anne Fakhouri parle très bien de son livre dans le café littéraire des Imaginales sur le fantastique et je vous invite à l'écouter pour vous en faire une idée plus précise.

vendredi 13 mai 2011

La rose écarlate

Pour le défi lecture ABFA et V&S, il fallait lire un harlequin, un vrai de vrai...
Afin de le casser allègrement nous motiver, Rose, Angie et moi avions pensé en faire une lecture commune. Je me souviens d'une fin d'après-midi passée à chercher sur quel titre jeter notre dévolu. On avait déjà beaucoup ri... (Je me rappelle surtout du test débile sur le site harlequin et je vous enjoins à le faire pour savoir quoi raconter à votre psy lors de votre prochaine séance. Il est également intéressant d'apprendre à quoi se réduit la liste des fantasmes féminins selon harlequin, mais ceci est une autre affaire... Ma Zeph voilà une étude sociologique qui pourrait te plaire...)
Nous avions alors trouvé un titre dans la collection best sellers : "Des romans captivants, écrits par des auteurs de talent" nous vantait l'intitulé du site. Parce que dans les autres collections le talent n'est franchement pas nécessaire sans doute et les auteurs non plus...
Oui, c'est vrai, nous étions parties pour nous la jouer pucelles frileuses et nous n'en avions pas honte, sachant que de toutes façons le talent est relatif.
Et puis, à la fois pour rire un peu et tenter de trouver en moi la motivation suffisante pour réussir ce défi, j'ai lu les critiques des autres participantes du défi. Je n'aurais pas dû, sachant que j'ai eu un peu plus de scrupules (ouais, je sais, je pense que c'était plutôt le contrecoup d'une intoxication alimentaire, les odeurs de peinture ou quelque chose comme ça) à ne pas jouer le jeu.
Il se trouve également qu'en cherchant une preuve (que je n'ai pas encore trouvée, mais ça viendra) que les harlequins ne sont pas écrits par des êtres humains, je suis tombée sur leur offre numérique gratuite. Et je me suis dit "pourquoi pas ?" après tout 150 pages c'est tellement vite lu... (Ce qui fut une grave erreur.)

Voici donc comment j'ai choisi le harlequin que je vais vous présenter :
Je me suis retrouvée face à dix couvertures hideuses tellement motivantes que j'ai décidé de ne pas lire les résumés pour ne pas m'enfuir en courant. (Ce qui fut sans doute une autre erreur. Oui, une de plus...)
J'ai éliminé deux ebooks, puisqu'ils faisaient partie de deux collections qui ne comptaient pas pour le défi.
J'en ai éliminé encore quatre à cause de leurs couv, une femme enceinte, un bébé, des chaussons de bébé et une mariée, de quoi me donner la nausée pour le restant de la semaine...
Ah et j'ai bien sûr éliminé la collection azur d'entrée, à cause des billets de mes camarades. La vierge et le milliardaire, très peu pour moi, je pense avoir saisi l'idée...
Ensuite j'ai viré le "coup de cœur".
Et je me suis enfin retrouvée face à La Rose écarlate et La duchesse insoumise.
Tout un programme, n'est-ce pas ?
Ma nature m'aurait plutôt poussée vers la collection historique, mais je me suis dit qu'avec un tel titre ça allait étrangement m'agacer de voir l'héroïne à quatre pattes dès le chapitre deux et que de toute façon cette collection n'a sûrement d'historique que le nom...
J'ai donc choisi La Rose, collection audace ma bonne dame, en me disant qu'il serait intéressant de voir ce qui dans le monde d'harlequin passe pour un roman érotique (et là c'est le genre d'erreur qui peut vous coûter votre santé mentale.)

J'ai toutefois appris des choses durant ma lecture :
- On peut écrire sans style et sans histoire.
- Je me suis toujours demandé pourquoi avoir choisi le nom d'harlequin pour cette maison d'édition et maintenant j'ai compris. Il faut être indubitablement démoniaque pour imaginer des trucs pareils. C'est misogyne, c'est vulgaire et c'est débile, ça ne peut que faire croire aux femmes qu'elles sont la lie de l'humanité. Ça doit faire partie d'un vaste plan de dévalorisation conduit par les légions infernales.
- Je me suis souvenue vaguement d'un épisode de South Park dans lequel des lamantins (je crois) écrivaient les dialogues d'une série en choisissant des balles sur lesquelles étaient écrits des morceaux de phrases. Je pense que c'est pareil pour les harlequins, sauf que les auteurs doivent être des babouins. Avant cela, j'étais persuadée qu'ils étaient composés par des ordinateurs...

Et maintenant, passons à la Rose écarlate, je suis sûre que vous mourrez d'envie de savoir ce qui se cache derrière ce titre tellement poétique et original (oui, rassurez-vous c'est bien de l'ironie).
Comme je suis gentille (si, si) j'ai pensé à vous et j'ai surligné quelques citations lors de ma lecture, histoire de rendre le récit bien plus vivant. Eh oui, parce que je vais tout vous raconter, je ne vais pas me gêner pour spoiler, mais d'un autre côté ce n'est pas non plus comme si l'histoire n'était pas des plus prévisibles.

Commençons par les personnages qui ont tellement de points communs...
Revenus tous les deux à Chicago après de longues années d'absence, ils ne sentent pas à leur place dans leurs familles respectives et peinent à faire comprendre à leurs proches qu'ils n'ont pas besoin qu'on s'occupe de leurs affaires, qu'on leur trouve un boulot dans l'entreprise familiale ou quelqu'un pour partager leur vie...

Parlons tout d'abord de Nick.
Ancien soldat (footballeur c'était sans doute déjà pris) qui revient tout juste d'Irak, il s'était engagé pour fuir la pression familiale. Ses très nombreux frères et sœurs sont tous mariés et lui ne semble pas vraiment savoir ce qu'il veut sur le plan sentimental comme professionnel. Il doit avoir d'ailleurs la mémoire d'un poisson rouge car il est tour à tour impatient de devenir père et dégoûté par l'idée de l'être...
Bref, il voudrait quand même trouver une femme, une gentille petite chose fragile qui soit comme lui d'origine italienne et qui lui offre la même stabilité qu'au reste de sa famille (parce qu'ils sont tous tellement heureux en ménage que ça en devient effrayant). Il faut aussi qu'elle sache faire du café et qu'elle fasse rétrécir son pantalon rien qu'en se tenant adossée à un mur (ce n'est pas moi qui le dis, c'est le babouin qui écrivait ce passage du bouquin. La phrase a dû d'ailleurs plaire aux autres car ils l'ont souvent reprise par la suite).
On apprendra plus tard, grâce à cette chère Isa, que Nick est évidemment parfait, tout en muscles avec une grosse... bref et juste la bonne dose de poils sur le torse (je ne savais pas qu'il y avait une juste dose, mais bon...) Elle nous dit également : "Il avait des épaules de déménageur et un torse de la taille d’un stade." (Donc ce gars c'est aussi le géant vert...) Il est de surcroît extrêmement bien élevé, galant et protecteur, mais aussi puissant et sauvage... Ahem, j'vais t'dire ouais...

Isa de son côté est revenue à Chicago contrainte et forcée parce que son papa est malade et ne peut plus s'occuper de la boulangerie familiale.
Tout ce qu'elle veut c'est se barrer au plus vite pour retrouver sa vie de danseuse à New York avant qu'on ne la coince pour toujours, engluée dans la pâte à pain et mariée avec un gentil voisin...
Pour se distraire de ce quotidien si ennuyeux, elle danse masquée, sous le nom de la Rose écarlate, les soirs de week-end dans un club de strip. Mais attention, le club est select et puis si les autres sont des putes filles légères, elle est une vraie artiste et tout le monde s'accorde à le dire. C'est d'ailleurs devenue la star de la boite.
"Car si les habitants de la ville étaient plus qu’habitués à des stripteaseuses aux traits durs, s’effeuillant en ondulant sur les basses d’une musique sexuelle, ils n’avaient tout bonnement jamais rien vu comme elle.
Elle n’avait pas l’air dur. Elle était élégante."

"D’accord, ce qu’elle faisait au Leather and Lace n’était pas exactement artistique. Mais elle n’était pas exactement nue non plus. Elle n’enlevait jamais son string.
D’accord, son public, ici, venait pour la titillation sexuelle plutôt que la stimulation culturelle, mais, au fond, à en juger par les adeptes de danse moderne qui essayaient régulièrement de draguer les danseuses, les motivations devaient être les mêmes."

Ahem... J'vais t'redire ouais...
Nick nous parlera plus tard de son corps parfait, de ses jambes interminables, de sa merveilleuse souplesse etc.

Au début de notre histoire, quasiment à la fin d'un strip pseudo érotique, Rose s'arrête net et balaie la salle du regard car elle a perçu la présence d'un homme mystérieux, tout vêtu de noir, au fond de la salle...
Mais qui donc peut-il être ???

Et les babouins enchaînent sur la présentation de Nick que je ne vais pas vous répéter...
Il pleurniche avec son frangin, assis à une table de la pizzeria familiale parce qu'il ne veut pas s'associer avec un autre de ses frères et son père pour faire tourner le resto et il re-pleurniche parce que son jumeau a l'air béat en parlant de sa femme enceinte...
Et puis... Il la voit. Un femme tellement sublime qu'il s'étonne que personne d'autre ne semble lui prêter attention dans la file d'attente. Son pantalon rétréci et il ne peut s'empêcher d'aller lui parler...
Manque de bol pour lui, elle n'est pas disposée à lui prêter attention et alors qu'il tente maladroitement de flirter avec elle, elle l'envoie se faire foutre... Je crois que c'était pensé pour être drôle, c'est juste navrant...
Le pauvre chéri retourne pleurnicher près de son frère et est inquiet de ne pas avoir reconnu la fille, puisque visiblement c'est ce qui l'a vexée, et il s'inquiète d'avoir dragué une de ses nombreuses cousines...
Nous apprenons alors, stupeur, qu'il s'agit de sa belle-sœur, la sœur de la femme de son frère aîné et potentiel associé... Mince alors c'est la petite Isa qui était amoureuse de lui, qu'il appelait biscuit devant elle et patapouf quand elle tournait le dos... Nick aurait-il fait une grave erreur de jugement autrefois et perdu le grand amour de sa vie ???

De son côté, notre Isa, ex-patapouf, attendait tranquillement sa pizza prise dans le flot de terribles pensées :
"Isa Natale avait un secret.
Enfin, elle avait plein de secrets. Mais celui qu’elle essayait de cacher en ce moment la ferait expulser à vie de Chicago.
Elle préférait le style de pizzas de New York à celui aux croûtes épaisses de Chicago.
Choquant, mais vrai. Au cours des années passées à New York pendant sa carrière de danseuse, elle était tombée amoureuse de tout ce qui concernait cette ville, y compris ses habitudes alimentaires. Seigneur, elle mettrait sa vie en danger si jamais elle le disait ici. La pizza était vraiment un sujet très sérieux, dans le coin. Et son grand-père se retournerait dans sa tombe s’il apprenait qu’elle était passée à l’ennemi — la croûte mince. Son propre père, à la requête de qui elle avait fait ce crochet par Santori’s, la désavouerait. Et sa soeur, dont le mari dirigeait le lieu, ne lui adresserait plus jamais la parole."

Interrompue dans ces importantes considérations par le regard insistant d'un homme qui lui donne des "palpitations entre les jambes" (faut pas faire attention, elle en a très souvent quand il est dans la pièce).
"Elle aurait reconnu Nick en le heurtant, les yeux bandés et par une nuit sans lune. Parce que son odeur était à jamais imprimée dans sa mémoire." (Il pue tant que ça ce mec ???)
Dans le feu de ce regard elle voit soudain resurgir son passé traumatisant...
Dix ans plus tôt, mariage de sa grande sœur, boudinée dans une robe de demoiselle d'honneur affreuse on la force à danser avec le frère du marié, histoire de se moquer d'elle parce qu'elle en est amoureuse depuis toujours...
Et soudain, c'est le drame.
Elle s'emmêle les pattes (ça ne payait pas encore les cours de danse à l'époque, pas vrai Isa...) Lui-même ne la regardait pas parce que son grand-frère lui avait ordonné de ne pas la regarder "pas comme il fallait" (n'attendez pas non plus de babouins qu'ils écrivent un français élégant, ou à tout le moins correct...)
Et ils tombent tous les deux dans les gâteaux, sa jupe finit inexplicablement par remonter si haut qu'elle dévoile sa culotte gaine, le gars se retrouve entre ses cuisses et elle ne trouve pas mieux qu'enrouler ses jambes autour de lui, ce qui a terriblement choqué l'assistance et qui lui vaut encore de nombreuses moqueries dix ans plus tard...
Et il est là devant elle, "même à cette distance, elle perçut la chaleur émanant de lui. Un feu séducteur et affamé naquit à l’extrême pointe de ses cheveux et descendit jusqu’à ses pieds.
Seigneur, cet homme était sexy. Férocement sexy."
Consciente de ses charmes, elle décide de se venger un peu quand monsieur l'aborde de son air sûr de lui... Parce qu'elle n'est plus la petite Isa de l'époque, timide et grassouillette, elle en a déroulé du câble depuis... Tous les milliardaires des vierges de la collection azur c'est elle qui les a dégourdis (je n'invente rien, c'est elle qui nous l'apprend, elle s'est tapé tous les plus beaux et riches hommes de ce monde pendant que Nick se faisait des putes coups d'un soir en Irak histoire de ne pas perdre la main. Oui, ça aussi c'est dans le texte.)
Elle l'allume, puis se fiche bien de sa gueule et le plante au milieu de la salle bondée...

Revenons vers Nick qui pleurnichait et qui prend soudain conscience que :
"Cela paraissait presque trop beau pour être vrai. Il avait enfin rencontré quelqu’un qui lui faisait crépiter les nerfs et rétrécissait son jean, mais qui, en plus, était pourvue d’une approbation déjà acquise du voisinage. Elle était magnifique ; elle était fougueuse. Son sourire avait failli lui provoquer un arrêt du cœur."
C'en est trop, il la lui faut. Aucune femme ne lui faisait plus d'effet depuis si longtemps, à part peut-être une strip-teaseuse croisée la semaine d'avant.
Car Nick aussi a un secret terrible... Il ne veut pas travailler à la pizzeria, il a trouvé un boulot de garde du corps le week-end pour une danseuse, la meilleure de tout Chicago, qui a reçu quelques menaces et été embêtée par des méchants clients. Mais elle ne doit pas le savoir, bien sûr, pour elle il ne doit être qu'un videur comme les autres...
*Petite musique dramatique.*
A ce stade-là je maudissais la mère de l'auteur, jusqu'à comprendre qu'il n'y avait pas d'auteurs, mais des babouins...
S'ensuivent les aventures de Nick le chiot qui essaie de se faire adopter par Isa la boulangère aigrie. Sans succès, jusqu'à ce qu'arrive le week-end et que Nick le chiot, emporté par sa double personnalité devienne Super-Nick le ténébreux garde du corps.
*Imaginez la musique de james bond chantée par les télétubbies. Je sais, c'est effrayant*
Isa, qui a une chance pas possible, portait déjà son masque quand son patron vient lui présenter le "nouveau videur". Et comme c'est une artiste accomplie elle réussit si bien à changer sa voix qu'il ne la reconnaît évidemment pas.
Comme elle le trouve inexplicablement agressif envers elle (parce qu'en fait il aimerait la sauter mais qu'il se sent déjà tellement amoureux d'Isa qu'il doit lui être fidèle même si elle ne veut pas de lui) elle décide de l'allumer un peu et prend conscience que c'est peut-être une occasion pour elle de le baiser sans qu'il sache qui elle est, d'accomplir donc un vieux fantasme sans que sa famille soit au courant et la marie de force (ça y va les clichés sur les italiens...)
Mais Super-Nick, pétri de valeurs morales et amoureux de sa boulangère refuse de la choper sur la coiffeuse, même si l'idée était définitivement très tentante.
"Bien sûr, elle l’avait affecté. Tout homme non affecté par la Rose Ecarlate devait être castré ou mort. "
Je ne vais pas disserter sur la stupidité de cette phrase, ni sur le fait que la castration n'annihile pas forcément le désir, ni mentionner l'inquiétante discussion qu'une bande de harpies a eu mardi soir sur la nécrophilie, mais attirer votre attention sur le fait que dans le monde merveilleux d'harlequin l'homosexualité n'existe visiblement pas.
Alors Nick décline son invitation. "Je sais à quel point ce serait bon. Je ne doute pas que nous pourrions nous envoyer en l’air sans fin et nous faire jouir mutuellement une bonne douzaine de fois." Mais non merci m'dame...

Enfin bref, le week-end passé, c'est le retour de Nick le chiot et je vous épargne les détails, si ce n'est qu'il parvient tout juste à lui faire accepter qu'ils pourraient être amis et qu'il finit quasiment tout de suite après par la choper à l'arrière de la camionnette de livraison.
Je me dis que les babouins devaient crever de faim car il est souvent question de nourriture dans ce récit.
J'attire l'attention de mon aimable lecteur, s'il m'en reste un, sur le fait que les babouins ne connaissent pas plus la grammaire italienne que française et que cannoli, déjà au pluriel, ne requiert pas l'adjonction d'un s. Merci de votre attention.
Revenons à notre couple prodigue et précisément à Nick, tout traumatisé parce qu'Isa ne veut pas de relation suivie et surtout pas s'afficher avec lui dans le quartier, même après cette torride partie de jambes en l'air.
Après de nombreuses hésitations quant à n'entretenir avec elle que des relations sexuelles dans des camionnettes ou des arrière-boutiques, Nick se range à l'avis de son sens moral : c'est totalement impossible.

Week-end, retour de Super-Nick et de Rose l'artiste trop classe vexée qu'il ne la reconnaisse pas après l'avoir vue nue, mais en même temps soulagée d'avoir gardé son secret.
Sauf qu'il finit par l'énerver en arrachant ses faux-cils persuadé qu'elle a un insecte sur la figure et que là catastrophe, elle oublie de changer sa voix. Zurflute alors, elle n'est pas sûre qu'il l'ait ou non reconnue. Et en fait il y met le temps.
Ben oui, l'armée ne semble pas lui avoir donné de la vivacité d'esprit à ce pauvre gars...
Il pige quand même et décide de se venger en allant l'allumer avant de la laisser en plan. (Chacun son tour...)
Et là j'avoue que je décroche un peu... (c'est d'ailleurs à ce moment que j'ai commencé à imiter leurs voix pour ne pas péter les plombs...) Il sait, elle sait qu'il sait, et ils en font chacun une maladie de leur côté je crois... Jusqu'à ce qu'elle aille le voir pour s'excuser et qu'il la surprend devant sa porte alors qu'il est en mode furtif pour qu'aucun des habitants du quartier ne puisse le voir rentrer chez lui avec de la bouffe chinoise car sa mère se suiciderait si elle l'apprenait... (Ouais, je sais, les clichés sur les familles italiennes, les babouins affamés, etc.)
Or, tout le monde le sait, la nourriture chinoise est aphrodisiaque et ils finissent au lit... Ils décident finalement qu'ils ne peuvent pas se passer l'un de l'autre, mais que leurs familles n'ont pas besoin de savoir. Il leur en a fallu du temps pour intégrer un concept aussi simple que la discrétion...
Nick le chiot est heureux, Isa la chieuse aussi. C'est merveilleux.
Enfin, ça pourrait l'être parce qu'il y a un problème majeur. Super-Nick va-t-il supporter de voir sa femme danser nue devant d'autres hommes tous les week-ends ???
Le suspense est intenable, l'angoisse de nos deux héros est palpable.
Vous mourrez d'envie de savoir ce qui va se passer...
Mais vous allez attendre un peu parce que nous avons un autre problème qui nous tombe dessus.

Eh oui... Les familles envahissantes n'en ont pas fini avec nos tourtereaux... Il y a notamment le frangin qui insiste pour s'associer avec Nick et qui en plus se rend compte qu'il a un air idiot quand il voit arriver Isa (enfin plus idiot encore que d'habitude.)
Bordel de bouc (spéciale dédicace à Fae) ils sont découverts ! La nouvelle va se répandre comme une traînée de poudre dans tout le quartier, même si le frangin promet de garder le secret tant qu'il le peut, à savoir jusqu'à ce qu'il voit sa femme, qui je vous le rappelle est la sœur d'Isa, parce qu'il ne peut évidemment rien lui cacher...
Horrible coup du sort pour eux qui avaient réussi jusque là à être si discrets, même en se tripotant, assis à table, collés l'un à l'autre, dans la pizzeria familiale avec tout le reste de la clique, les parents, les frères, les sœurs, leurs maris et femmes, leurs enfants, etc (alors que les clients attendaient leurs tables. Quelle idée aussi d'arriver dans un resto à l'heure du repas. Fichus clients...)
S'ajoute à cela un autre problème. Quelqu'un en veut à la Rose écarlate. On lui a fait livrer des fleurs empoisonnées, on a saboté son fauteuil et là ce sont des chocolats fourrés au sirop vomitif qui manquent lui filer la gerbe sur scène !!!
Avec Super-Nick qui fait tout pour ne pas la regarder danser, Isa est désespérée.
Ils s'engueulent, ils se quittent, c'est triste, c'est poignant...
Mais que va-t-il se produire ???
Un dangereux malade va-t-il de nouveau attaquer Isa-Rose avec une pinte de sirop vomitif ? Super-Nick va-t-il oublier ses pulsions de macho et protéger la femme de sa vie de son corps musclé ???
Quelqu'un réussira-t-il enfin à à obtenir une pizza dans le restaurant familial ???
Va-t-on se décider à nourrir les babouins ???

Je ne sais pas si je dois vous donner toutes les réponses.
En ai-je seulement le droit ?
Le voulez-vous vraiment ?
Soit, ami lecteur, le seul qui reste, pour toi je vais le faire :

Non. Oui. Non. Non.

Ne me remercie pas.

La fin, tu veux savoir la fin ?
Mais comment donc, tu n'as pas saisi dès le départ comment ça allait finir ???
La méchante personne qui en veut à Isa est démasquée (parce qu'elle avoue). La surprise est générale, parmi les personnages évidemment, le lecteur n'est pas si bête lui... Quoique pour en être arrivé à ce point-là du livre, on peut se poser la question...
Nick le chiot fait son retour triomphant et offre un bouquet de fleurs à Rose pendant son numéro en disant qu'il l'aime telle qu'elle est (nue de préférence) et qu'il accepte son métier (ouais bon on va faire comme si on ne se rendait pas compte qu'il est quand même en train d'interrompre son show en clamant à tous les mâles qui la zyeutent qu'elle est à lui...)
Enfin, il la retrouve plus tard dans sa loge où ils se déclarent leur amour éternel. Elle lui annonce qu'elle ne repartira pas à New York et qu'elle a déjà avoué à ses sœurs le terrible secret de son second travail. Il lui dit qu'il va acheter la moitié du club de strip et la demande en mariage avec une bague pourvue d'un énooooooorme diamant (oui, ça aussi c'est dans le texte et visiblement ça paie plus que ce que je ne le croyais d'être soldat en Irak...)
C'est beau, c'est merveilleux, c'est tellement surprenant (ne t'en fais pas, lecteur, c'est bien de l'ironie, je n'ai pas plongé dans le côté obscur.)
J'en pleurais à la fin, mais pas d'émotion, j'étais juste indiciblement heureuse que ce soit enfin fini (et puis lire sur un écran ça fait mal aux yeux). Ces 166 pages ont été les plus ennuyeuses, les plus longues de ma vie et j'en ai pourtant lu des conneries dans mon existence, j'ai même survécu à Danielle Steele.
C’est misogyne, c’est bourré de clichés, c'est mal écrit, tout ce qui est censé être drôle est affligeant, tout ce qui est censé être érotique devient drôle.
Très franchement ça fait pitié.
Alors j'aimerais dire aux femmes qui ne jurent que par les harlequins : lisez moins, baisez plus, achetez-vous une pelle et allez planter quelques arbres.