Affichage des articles dont le libellé est Carnet ciel. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Carnet ciel. Afficher tous les articles

lundi 11 novembre 2024

Le Café secret des nuits de pleine lune

Un roman de Mai Mochizuki publié aux éditions Nami.


Présentation de l'éditeur :

« Le Café de la pleine lune n’a pas d’adresse fixe. De temps à autre, il apparaît là où bon lui semble : dans une rue commerçante, une gare, au bord d’une rivière. »

À Kyoto, un café ambulant tenu par des chats maîtres en astrologie fait son apparition comme par magie les soirs de pleine lune. À la lueur des étoiles, cette mystérieuse roulotte accueille les humains qui en ont besoin.

Fondant au chocolat et sa glace de pleine lune, café glacé au sirop d’aurore… En dégustant les desserts préparés sur mesure, les clients se confient aux étonnants tenanciers à moustaches. Et grâce à la lecture de leur thème astral, tous comprennent peu à peu à quel moment ils se sont égarés. L’interprétation de la carte du ciel leur permettra-t-elle de surmonter les obstacles qui les empêchent de trouver le bonheur ? Inspiré de la croyance populaire japonaise des chats portebonheur, ce roman magique allie sagesse orientale et lecture des étoiles.

Le roman qui a conquis le coeur des lecteurs japonais !

Mai Mochizuki est née à Hokkaido et vit aujourd’hui à Kyoto. Elle est membre du Japan Mystery Writers Association et du Unconventional Mystery Writers Club. Le Café secret des nuits de pleine lune, son premier roman traduit en français, a rencontré un tel succès au Japon qu’il est devenu une série et est en cours de traduction en 17 langues.

Traduit du japonais par Alice Hureau

La vie de Mizuki, la petite quarantaine, semble au point mort. Ses fiançailles ont été rompues abruptement, sa belle carrière de scénariste s’est étiolée et elle vit dans un petit studio déprimant où elle écrit des trames secondaires pour un jeu vidéo. Rien ne l’enthousiasme, elle vivote plus qu’elle ne vit. Pourtant, Mizuki tente un pas hésitant pour remettre sa carrière sur les rails et c’est tout ce que l’unviers semblait attendre pour la pousser en avant.
Le café secret des nuits de pleine lune est un roman feel good entre réalisme magique et onirisme. Mizuki se perd et se retrouve, mais elle est loin d’être la seule. Dans ce récit choral, les personnages se croisent de loin en loin, sans que l’on comprenne tout de suite pourquoi. Leurs histoires s’effleurent ou s’entremêlent selon le moment et l’on prend plaisir à voir ce que deviennent les uns et les autres par touches légères, comme par écho. J’ai aimé tous ces personnages, avec un faible plus prononcé pour Mizuki et Akari, et je me suis souciée de chacun d’eux.
Cette histoire est avant tout profondément humaine et douce. Elle nous offre un regard empreint de bienveillance sur les moments charnières de l’existence ainsi que les répercussions insoupçonnées de nos actions et choix. La dimension fantastique du récit, très éthérée, est agréable. Elle apporte une touche de fantaisie sans verser dans l’excès ni voler la vedette aux personnages.
Dans ce roman, on parle aussi beaucoup d’astrologie, d’un point de vue psychologique et non prévisionnel. J’ai trouvé intéressante la façon dont l’autrice l’incorpore à son récit. Vous n’avez pas besoin d’y croire pour apprécier son usage des symboles. Il suffit de se laisser porter. Pour ma part, j’ai longtemps étudié l’astrologie par intérêt pour son symbolisme. Et même si je suis très dubitative quant à l’idée d’articuler sa vie autour de son thème natal, j’ai trouvé cela très bien construit dans l’histoire. La lecture a été d’autant plus agréable qu’elle a réveillé beaucoup de souvenirs et m’a donné envie de me replonger dans le symbolisme astrologique.
J’ai pris grand plaisir à lire ce roman poétique et très riche en émotions. J’ai adoré la conclusion qui est comme une boucle qui se referme. Lire ce livre, c’est un peu comme faire un long rêve dont on se réveille apaisé. Et en plus il y a des chats. Que demande le peuple ?


mardi 7 mai 2024

Le Mystère des mangeurs d'histoires, Sorcières Sorcières T2

Une BD écrite par Joris Chamblain et dessinée par Lucile Thibaudier, publiée chez Kennes éditions.



Harmonie et Miette sont sœurs, elles ont un dragon de compagnie et vont à l’école pour apprendre à maîtriser leurs pouvoirs magiques. L’univers de ces deux adorables petites sorcières est aussi fantasque que cosy.
Pour une fois, on a deux sœurs qui s’entendent bien. On ne peut pas dire que ce soit courant dans les ouvrages pour la jeunesse. J’aime beaucoup ces petites sorcières qui représentent des valeurs positives. Harmonie est sérieuse et responsable, Miette pleine d’imagination, et toutes les deux ont un très grand cœur.
Dans ce tome, Harmonie qui est particulièrement observatrice, décèle un problème dans son école et décide de mener l’enquête. Ce qui semblait anodin au départ devient très préoccupant quand des enfants tombent malades et que les adultes ne parviennent pas à les soigner. Heureusement, les deux sœurs sont là pour, chacune à sa manière, apporter une solution.
On en apprend davantage sur la façon dont fonctionne la magie dans ce monde et j’ai apprécié cette jolie histoire. Elle nous rappelle le pouvoir de l’imagination et quand enfant on jouait à faire semblant, à construire et déconstruire des univers entiers. Elle nous offre une très belle réflexion sur la créativité et la façon de la nourrir : pour créer des histoires, il n’y a rien de mieux que d’en avoir été nourri, c’est un savoir qui se transmet, se partage, sans en être amoindri.
Cette BD est idéale pour un jeune public. L’histoire peut sembler un rien simple pour un adulte, mais est douce et réconfortante. Elle nourrira positivement les rêves des enfants. En outre, les dessins sont magnifiques, vivants et colorés. Ils font une grande partie de la magie de cette histoire.

mercredi 1 décembre 2021

Les dix mille portes de January

Un roman d'Alix E. Harrow, publié chez Hachette dans la collection Heroes.

Présentation de l'éditeur :

Un voyage aux confins des mondes, une aventure fantastique, entre Terremer et À la Croisée des mondes.

Selon January Ruddy, il n’y a qu’une façon de s’échapper de sa propre histoire : c’est de se faufiler dans celle de quelqu’un d’autre…grâce à une des Dix Milles Portes…

Pénétrez, vous aussi, dans le monde magique de l’Ecrit…où certaines paroles tracées ont le pouvoir de modifier le réel, alors que le Mal qui ferme les Portes une à une est sur vos talons…Attention, la magie vient toujours avec un prix…
Tout commence avec une enfant orpheline de mère. C’est toujours comme ça dans les contes et vous trouverez dans ce récit de nombreux clichés tels que celui-ci. Ils sont néanmoins toujours bien employés.. Le père, quant à lui, est absent (bien sûr). Il voyage à travers le monde pour rapporter des objets précieux à un certain M. Locke, dans l’ombre duquel sa fille grandit.
January — tel est le nom de la gamine rêveuse et bien seule qu’il laisse derrière lui — trompe l’ennui en lisant des livres, bercée par la longueur des jours d’attente et contrainte par une éducation stricte qui vise à faire d’elle une « enfant sage qui sait où est sa place ». Tout un programme pour cette enfant à la couleur de peau aussi indéfinissable que ses origines… Elle s’interroge beaucoup, mais ne se rend pas toujours compte qu’elle étouffe auprès de ce protecteur qu’elle aime tant, même après avoir trouvé sa première Porte. Cependant, tout ne peut pas rester figé à jamais et January va devoir choisir entre être une enfant sage ou vivre sa vie.
Qui n’a jamais rêvé à ces passages magiques que nous décrivent les contes et les romans ? Portes magiques, armoires, terriers de lapin et arbres creux ont bercé les rêves d’enfant de chaque lecteur. N’avez-vous jamais eu envie de trouver l’une de ces Portes vers la Féerie ou le Merveilleux ? C’est sur les cordes de tous ces souvenirs que ce roman joue sa mélodie à la fois familière et singulière.
January a soif d’aventure autant que de réponses. Dans ce petit monde policé qui semble se refermer sur elle de plus en plus à mesure qu’elle grandit, les livres sont son oxygène, son unique fenêtre sur l’extérieur, même s’ils lui en donnent une image déformée.
J’ai pris grand plaisir à lire son histoire. January est une jeune fille futée, courageuse et attachante. L’univers dans lequel elle évolue est rapiécé, fruit d’une réalité conventionnelle et des pouvoirs qu’accorde l’imagination à ceux qui en font bon usage.
La narration est construite de manière subtile, assurée en partie par January et complétée par les extraits d’un livre qu’elle a trouvé et dont le rédacteur, tout en lui révélant de nombreux secrets, fait preuve de réticence à tout dévoiler d’un coup. On a beau deviner son identité, comme certains rebondissements à venir, c’est une histoire qui fonctionne avec cette double narration qui génère du suspense, même s’il est artificiel, et évite au lecteur de trouver le récit trop lent. En somme, c’est un bon roman d’aventures qui éveille beaucoup de souvenirs quand on a eu une enfance de lecteur compulsif et beaucoup rêvé de voyages entre les mondes. Les personnages secondaires, alliés comme ennemis, soutiennent bien l’intrigue. J’ai particulièrement aimé Jane et Bad. C’est inventif, très distrayant et bien écrit, une bonne manière d’utiliser les poncifs et motifs qui ont nourri la littérature jeunesse (et adulte quand elle veut bien l’admettre). J’ai passé un excellent moment avec ce roman.

mardi 10 août 2021

Gypsy

Un roman de Megan Lindholm et Steven Burst, publié chez Ménamos.

Présentation de l'éditeur :

Dans la ville de Dakota, Mike Stepovitch est un policier divorcé qui vogue dans les affres de la dépression. Lorsqu'il découvre des victimes assassinées dans le sillage d'un gitan amnésique, il croit tenir là son coupable. Pourtant, des événements étranges et surnaturels le font douter. Alors que le gitan recouvre peu à peu la mémoire, Stepovitch sait que ce dernier sera son seul allié pour combattre la magie du monde souterrain qui s'abat sur les habitants. Il lui faudra se tenir aux portes du Monde d'en bas, un univers de ténèbres dont la menace plane sur sa petite ville si paisible...

Entre rêve et réalité, du monde d’en bas où règne une Dame maléfique assoiffée de pouvoir, à un univers de fable, dans lequel évoluent un loup, un blaireau, un corbeau, ce récit à l’ambiance nocturne et saturé de magie demande au lecteur d’accepter de perdre un peu pied pour mieux reconstruire le savant puzzle.

Entre le polar et la fantasy urbaine, il y a Gypsy, comme un pont entre deux mondes qui se considèrent avec curiosité et ne s’effleurent qu’avec méfiance.
Stepovich est un flic aigri qui est un jour pris de l’intime conviction que la personne que lui et son coéquipier (un jeunot qui lui tape sur les nerfs…) viennent d’arrêter n’est pas coupable. Je vous entends, vous dites que ça fait beaucoup de clichés pour un début de roman, et vous avez raison, d’autant plus que les clichés ne s’arrêtent pas là. Pourtant, très vite, vous ne les verrez plus car ce roman possède sa propre originalité. Gypsy jongle entre rêve et réalité, et quand je dis rêve, il s’agirait plutôt de visions aussi symboliques, et parfois sans queue ni tête, que le sont les rêves.
Stepovich est bien vite entraîné dans quelque chose qui le dépasse, une fresque épique dans laquelle un gitan doit vaincre une femme qui menace de voler la lumière du monde, dans laquelle une morte tisse des sortilèges de protection, dans laquelle une vieille arnaqueuse pourrait être une vraie voyante et surtout dans laquelle la fille même de Stepovich est un pion dans une partie aux règles floues.
Gypsy est de l’étoffe dont on fait les mythes. Ses nombreux personnages sont tous intéressants et imprévisibles. Ils font la richesse du récit car on les suit à tour de rôle. Si l’intrigue de base est plutôt simple, classique combat du bien contre le mal, j’ai aimé les imperfections de tous ces personnages qui sont humains, font des choix et peuvent faire basculer le récit à tout moment.
J’ai particulièrement aimé les passages oniriques et la façon dont la magie est décrite dans ce roman. Elle est pratique, symbolique, elle dégage un parfum de contes. Et, après tout, c’est ce que ce roman est au final : un conte à la fois moderne et intemporel plus qu’une fantasy.

mercredi 22 juillet 2020

La Mer sans Étoiles

Un roman de Erin Morgenstern, publié chez Sonatine.

Présentation de l'éditeur :
" Aucune histoire ne s'achève jamais vraiment tant qu'elle continue à être racontée. "
Dans la bibliothèque de son université, Zachary Ezra Rawlins trouve un livre mystérieux, sans titre ni auteur. Découvrant avec stupéfaction qu'une scène de son enfance y est décrite, il décide d'en savoir davantage. C'est le début d'une quête qui le mènera à un étrange labyrinthe souterrain, sur les rives de la mer sans Étoiles. Un monde merveilleux fait de tunnels tortueux, de cités perdues et d'histoires à préserver, quel qu'en soit le prix...

Zachary a toujours aimé la lecture et depuis quelques temps il ne vit plus que dans les livres, le temps de guérir, car la vie s’est révélée décevante. Il est étudiant et il adore ce qu’il fait. Il a une seule amie proche et sa vie sociale avoisine le néant. Pour autant, c’est quelqu’un d’équilibré et de sympathique. Il ne cherche pas vraiment à s’enfermer. On se reconnaît facilement en lui. Il ne s’attend à rien de particulier, mais un jour il trouve le livre...
Un jeune homme tout ce qu’il y a de plus banal tombe sur un livre mystérieux dans une bibliothèque. Il le lit, il l’aime, il découvre un peu de son histoire à l’intérieur. Quel grand lecteur, a fortiori de fantasy ou de fantastique, peut rester insensible à cette simple accroche ? On a envie d’en savoir davantage et ce roman est tellement plus que cela.
La Mer sans Étoiles est de ces romans étranges qui, l’air de rien, vous capturent. On y pénètre comme en un labyrinthe composé d’histoires entrelacées, avec espoir, candeur ou circonspection, pour se rendre compte après quelques chapitres qu’on s’y est volontairement égaré et qu’on ne demande pas mieux que de s’y égarer davantage.
La narration éclatée peut surprendre et former une barrière dans les premiers chapitres. Des récits disparates foisonnent de toutes parts. Certains sont de brèves étoiles filantes et d’autres semblent voués à devenir des fils conducteurs. Pour moi qui me délecte de ce type de construction, c’est jubilatoire, mais je peux comprendre que ça ne convienne pas à tout le monde. Il faut être dans le bon état d’esprit pour plonger dans ce roman exigeant, accepter de lui donner toute son attention, toute sa patience, je dirais même qu’il faut faire acte de foi en le lisant. Il ne peut vous rendre que ce que vous lui donnerez. J’aime ces romans qui prennent autant qu’ils offrent, qui s’impriment à jamais dans la cartographie de votre imaginaire et hantent vos rêves. J’ai su presque immédiatement qu’il serait de ceux-là et que je pourrais le lire des centaines de fois sans m’en lasser.
La Mer sans Étoiles est un tissage complexe d’histoires qui ne semblent pas forcément liées de prime abord. On oscille sans cesse entre un onirisme flou et une réalité qui glisse inexorablement vers l’étrange. Vous lirez entre ces pages des extraits de journaux, des contes, des bribes de vie çà et là, en marge de ce qui semble être l’arc principal. Toutefois, ne vous y trompez pas, tout est lié, le moindre détail compte. Parfois vous remarquerez l’un de ces détails du coin de l’œil et vous serez fier de vous, parfois il s’envolera sans que vous le captiez et son importance vous sautera aux yeux bien plus tard, vous désarçonnant peut-être.
Toutes ces histoires enchâssées les unes dans les autres vous rappelleront peut-être des matriochkas, mais elles forment aussi ensemble les pièces d’un tangram, arrangées de maintes et maintes façons. Toujours semblables pour un résultat toujours différent. Au début, il me semblait qu’elles constituaient une spirale qui n’avait pour but que de m’attirer au centre et il y a aussi un peu de ça. Erin Morgenstern vous leurre dans une galerie de miroirs entre de nombreux reflets déformés. Elle vous donne l’impression de participer à l’histoire. C’est un merveilleux roman, écrit avec une virtuosité sans pareille.
Qui ne rêverait pas de se perdre dans cet univers à la consistance des songes ? Qui ne voudrait pas passer des portes peintes pour parcourir la mer sans étoiles et respirer l’air hanté auprès de ces personnages aussi singuliers qu’attachants ? J’ai suivi leurs aventures avec passion, fait des recoupements, posé des hypothèses et j’ai aimé ce livre comme cela m’est rarement arrivé dans ma longue vie de lectrice.
Dans cette ambiance feutrée, qui peut se révéler aussi intrigante et exaltante que dérangeante, je me suis sentie chez moi, un chez moi que je ne savais pas avoir. Une part de ce roman restera à jamais avec moi.
Zachary parle de moments signifiants, des moments qui vont tout changer dans la vie de quelqu’un, même si un œil extérieur peut parfois les juger anodins. La Mer sans Étoiles est un roman signifiant. J’ai eu la chance, dans ma vie de grande lectrice, de trouver quelques-uns de ces livres magiques qui vous accompagnent et continuent de vous nourrir tout le reste de votre existence. Les histoires d'Erin Morgenstern ont résonné dans mon imaginaire et éveillé de nombreux échos. Une chose est sûre : je veux encore parcourir la mer sans étoiles et respirer l’air hanté.
Magnifiquement écrit, d’une élégance rare et d’un symbolisme riche, ce roman a été conçu pour les grands lecteurs et les rêveurs, les amateurs de jeux de pistes et les téméraires qui ne craignent pas de se perdre. C’est une petite merveille.

Défi Cortex catégorie Lieux souterrains ou sous-marins

tous les livres sur Babelio.com

mercredi 13 mai 2020

Le Cycle d'Oz t1

Deux romans de fantasy jeunesse, écrits par Lyman Franck Baum et publiés aux éditions Le Cherche Midi.

Qui ne connaît pas Le Magicien d’Oz ? Même sans avoir lu le roman original, on a forcément vu une adaptation, lu une version abrégée ou l’une des nombreuses histoires qu’il a inspirées. Ce récit est entré dans notre imaginaire commun depuis longtemps, même s’il est évidemment plus populaire dans son pays d’origine. Ce que nous savons moins en revanche, nous francophones, c’est qu’il est le premier tome d’une série de quatorze livres (si on ne compte que ceux écrits par Lyman Frank Baum lui-même).
Il y a quelques années, les éditions Le Cherche Midi ont commencé à publier cette série, dont la plupart des titres étaient inédits en français, à raison de deux tomes par volume. Seuls trois de ces volumes sur les six prévus sont parus à ce jour mais les histoires peuvent se lire indépendamment.
Le premier volume contient donc une nouvelle traduction du Magicien d’Oz et une suite Le Mystérieux Pays d’Oz dont Dorothy est absente. Il est illustré en noir et blanc par Stéphane Levallois. Il existe aussi en audiolivre.

Le Magicien d’Oz
Je ne pense pas avoir besoin de présenter cette histoire ni ses personnages.
Ce que j’aime dans ce roman est qu’il prend à contre-pied beaucoup de poncifs des contes. Il montre aux enfants que l’on a en soi des ressources insoupçonnées, mais que l’on a parfois besoin d’une aide extérieure pour en prendre conscience. Au pays d’Oz, la métaphore soutient la logique, le raisonnement ne doit pas aller sans l’allégorie et le rêve. Le symbolisme compte autant que le vécu et il nourrit l’expérience. S’il est important de ne pas s’en laisser conter et de ne pas croire aux illusions du magicien, on grandit tous à notre propre manière et on a besoin de rites de passages autant que des encouragements d’autrui pour prendre enfin confiance en nous.
C’est une histoire sympathique dont la réputation n’est plus à faire.

Le Merveilleux Pays d’Oz
Si l’on retrouve dans ce récit des personnages connus tels que l’épouvantail ou le bûcheron, le héros en est un petit garçon du nom de Tip. Élevé par une vieille sorcière acariâtre qui le traite comme un domestique, l’espiègle gamin veut lui faire une blague. Il fabrique un bonhomme à tête de citrouille qu’il poste sur son chemin pour l’effrayer quand elle rentrera, mais sa farce n’a pas du tout l’effet escompté. La vieille femme ne se laisse pas abuser et, venant d’acquérir une poudre magique auprès d’un sorcier de la région qu’elle a envie d’essayer, elle donne vie au bonhomme ! Après quoi elle est bien décidée à punir Tip de ce mauvais tour et il n’a d’autre choix que de fuir en volant la poudre magique et en emmenant Jack Pumpkinhead avec lui pour le soustraire à la vindicte de la sorcière.
Les aventures, ou plutôt mésaventures, du jeune garçon sont toutes plus abracadabrantes les unes que les autres et il est amusant de le suivre à travers tout le pays à mesure que se joignent à lui des personnages tous plus étonnants les uns que les autres. La force de ce récit est toujours ce merveilleux un peu absurde et l’humour grinçant dont l’auteur ne se privait pas de nous abreuver.
On pourra juger ce roman un peu sexiste. En effet, une armée de filles s’est mis en tête de conquérir la cité d’émeraude et, bien que victorieuses, ces demoiselles sont largement moquées pour leurs motivations vaines (elles veulent des bijoux et de nouvelles robes), leurs peurs absurdes et leur manque de jugeote, sans parler de leurs armes qui sont des aiguilles à tricoter… Toutefois, il ne faut pas se leurrer, derrière l’ambiance bon enfant de ces romans, l’auteur se moque de tout le monde. L’aveuglement des uns, l’orgueil bouffi des autres et même les hommes qui sont épuisés quand ils doivent faire le travail des femmes, tous en prennent pour leur grade. La grande majorité des personnages de ces histoires ne sont pas bien finauds et ils sont très loin de la perfection que l’on confère d’ordinaire aux personnages que l’on trouve dans les récits pour enfants. Cela est pour le moins rafraîchissant.
Il y a de nombreux niveaux de lecture dans ces récits et si leur aspect fantasque plaira aux enfants, les adultes pourront y lire une critique acerbe de la société dans plusieurs domaines.

Ces romans ne sont pas devenus des classiques par hasard et gagnent à être découverts. Ils font en outre de bonnes histoires du soir étant composés de tableaux qui forment de petits récits dans le récit principal.
Je les avais déjà lus, mais j’ai opté cette fois pour la version audio. Je n’ai pas aimé la performance du lecteur qui met beaucoup d’emphase dans son interprétation, cependant c’est une bonne alternative pour faire découvrir ces romans à des enfants qui seraient trop jeunes pour lire seuls un ouvrage aussi dense.

lundi 27 avril 2020

Ninu et la Mère des Vents

Un album pour enfants écrit par Francette Orsoni et illustré par Véronique Joffre, publié chez Syros.


Ce bel album très coloré revisite des motifs connus de l’univers du conte dans une jolie petite histoire pleine de douceur et de poésie. Elle met en avant de belles valeurs comme la ténacité, l’honnêteté et le partage. Dans cette histoire, il est important d’assumer ses fautes et de les réparer au mieux, mais sans culpabiliser à outrance le coupable.
Ninu est un petit garçon courageux qui part demander réparation à la Mère des Vents pour le saccage du champ de blé qui nourrit sa famille. En retour, il recevra un sac magique offrant du pain à volonté en attendant que le blé repousse, aidé par le Vent coupable.
Ce conte corse revisité — il s’inspire de l’un de ceux recueillis par Geneviève Massignon dans son anthologie des contes corses — a l’avantage de présenter aux enfants trois grands vents qui rythment les saisons sur l’île. La Mère des Vents, déesse tutélaire et bienveillante, est une figure positive garante d’équilibre. Le sac qu’elle offre à Ninu est un objet magique que l’on rencontre souvent dans les contes. Son pouvoir dépend d’une formule qui doit rester secrète et qui sera bien entendu éventée. Toutefois, Francette Orsoni a choisi une autre morale pour son conte que celles qui accompagnent d’ordinaire les récits de ce type. C’est une morale qui met en valeur une richesse immatérielle et une autre forme de partage.
C’est une bien belle histoire, une des préférées de mon filleul qui a aujourd’hui cinq ans.
Les illustrations sont superbes, rondes, tout en texture et couleurs vibrantes ou douces selon les pages.
Quelques formules magiques et chansonnettes en corse émaillent le texte, mais elles sont toujours suivies de leur traduction et, si cela vous intéresse, il y a la fin un petit guide de prononciation. Vous pouvez cependant tout à fait lire cette histoire à vos enfants sans être corsophone. Elle est destinée à un jeune public, je dirais entre trois et sept ans.

mardi 3 décembre 2019

Caligo Lane

Une nouvelle d'Ellen Klages, publiée en numérique chez ActuSF.

Cette nouvelle se situe dans l'univers de Passing Strange.

Présentation de l'éditeur :
1940 : L’ori-kami permet de replier l’espace sur lui-même pour en relier deux points.
À San Francisco, Franny maîtrise cet art et compte l'utiliser pour ramener sa sœur, prisonnière de cette guerre mondiale qui ravage l'Europe.
Mais la magie suffira-t-elle face à l'horreur ?

Cette très courte nouvelle prend naissance dans l’univers de Passing Strange. Elle peut toutefois être lue et appréciée sans connaître le roman.
On y retrouve Franny, un des personnages secondaires de Passing Strange. J’ai une certaine affection pour cette femme généreuse, bienveillante et sagace. Cependant, le fait que les autres femmes de son cercle soient absentes m’a causé une petite déception. Pas d’Helen ni de Polly et, surtout, pas de Babs. Mais bon sang, où est Babs ?!
Cela étant, la nouvelle est magnifique et montre bien qui est Franny. L’autrice développe la pratique magique de son personnage, que l’on a pu entrapercevoir dans le roman, en nous la faisant vivre dans toute sa poésie. C’est un texte très émouvant dans lequel une femme tente d’en sauver d’autres et particulièrement sa sœur, quitte à accepter de faire de gros sacrifices pour cela. Et c’est magnifique de la regarder faire.
La magie de cette nouvelle est belle, puissante et évocatrice, elle happe le lecteur qui ressent autant que Franny le poids de l'urgence, qui se tend avec elle vers ce but incertain… et espère.
Je souhaitais me consoler d’avoir fini Passing Strange, mais je n’en suis que plus nostalgique.

lundi 2 décembre 2019

Passing Strange

Un roman d'Ellen Klages, publié chez ActuSF.

Présentation de l'éditeur :
San Francisco, 1940. Six femmes, avocate, artiste ou scientifique, choisissent d’assumer librement leurs vies et leur homosexualité dans une société dominée par les hommes. Elles essayent de faire plier la ville des brumes par la force de leurs désirs… ou par celle de l’ori-kami. Mais en science comme en magie, il y a toujours un prix à payer quand la réalité reprend ses droits.
Ellen Klages est une autrice américaine d’imaginaire qui vit à San Francisco. Passing Strange, a été finaliste du prix Nebula avant de remporter les World, British Fantasy et Gaylactic Spectrum Award 2018.
Choisir un livre est un pari. Tout lecteur sait qu’il peut parfois ouvrir un ouvrage et ne jamais y entrer ou au contraire tomber dedans dès la première phrase. La raison de cette intimité immédiate peut lui apparaître évidente ou impossible à définir, même une fois la dernière page tournée. Quelle importance de savoir pourquoi on a aimé un livre, pourquoi on a su dès les premières lignes qu’on l’aimerait ?
Cela m’est arrivé avec Passing Strange. Je suis entrée dans cette histoire comme une invitée dans une maison accueillante. C’était confortable et familier, même si j’y venais pour la première fois. Il faut dire que le réalisme magique, comme le fantastique, c’est ma came. Si le second est sombre et introspectif, le premier est plus optimiste ou en tout cas plus ouvert. Lire du réalisme magique, surtout à l’américaine, c’est voir d’un coup l‘horizon s’ouvrir sur un champ de possibilités immense... et souvent aller vers la plus farfelue. La magie discrète qui caractérise ce genre est facile à accepter, banale et habile à la fois. Elle ne prend pas le pas sur l’intrigue, elle s’y mêle naturellement.
Ici, la magie agit sur l’espace et le temps, elle plie le monde pour qui sait la manier. Elle est un art délicat, presque anodin. Ce sont les détails, la persévérance et la finesse, autant mentale que gestuelle, qui peuvent comme un rien changer le cours des choses. Et l’art, bien sûr, que serions-nous sans art ? Ne naît-il pas de notre capacité à nous émerveiller, à voir au-delà des choses, de notre besoin de créer ?
Passing Strange est un roman nimbé de magie où il fait bon flâner malgré les injustices dont il nous rend témoins. Il nous ramène à l’aube de la seconde guerre mondiale, à San Francisco, dans le sillage de six femmes d’âges variés. J’ai adoré les suivre, les voir évoluer, apprendre à leurs côtés ce qui caractérisait leur époque. Je me suis passionnée pour leur vie, insurgée de découvrir comment ces femmes intelligentes et dotées d’un tel appétit de vivre étaient fustigées par la société. Pourtant, ce n’était pas une surprise.
Néanmoins cela paraît toujours aberrant de se dire qu’une femme pouvait être arrêtée si elle ne portait pas au moins trois vêtements féminins. À notre époque où l’homophobie est malheureusement encore bien présente, on se rend malgré tout compte que du chemin a été parcouru. Enfin, dans certains pays…
Mais revenons aux femmes qui font ce roman. Il y a Franny, cartographe et magicienne, qui fait office de fil de trame entre ces femmes, et Babs, sa compagne, la mathématicienne. Il y a Helen, américaine d’origine japonaise qui doit danser pour gagner sa vie malgré ses diplômes. Il y a Emilie qui a fui sa riche famille et Haskel l’artiste. Enfin il y a Polly, seize ans, que son père a voulu protéger des conflits qui font rage en Europe. Elles sont toutes attachantes, brillantes, volontaires. Comment ne pas vouloir le meilleur pour elles ?
J’aurais bien passé davantage de temps avec elles. J’ai particulièrement aimé la personnalité d’Helen et sa finesse d’esprit. La façon dont elle a choisi de clore cette histoire est un tour à sa mesure. Emilie et Haskel sont aussi très émouvantes.
Passing Strange parle de magie et de science, d’amitié et de désir d’émancipation, mais c’est aussi une très belle histoire d’amour.
Le seul reproche que je pourrais faire à ce roman est le nombre assez impressionnant de coquilles : mots absents, en double ou à la place d’autres. C’est fort dommage. Cependant, cela n’empêche pas d’apprécier cette belle histoire que j’ai quasiment lue d’une traite tant elle m’a plu.
Et maintenant je vais me consoler d’avoir fini ce roman avec la nouvelle spin off : Caligo Lane.

mardi 29 octobre 2019

Délius, une chanson d'été

Un roman de Sabrina Calvo, publié chez Mnémos.

Présentation de l'éditeur :
XIXe siècle. Un poète assassin sème la terreur autour du monde, ses victimes sacrifiées aux cours d'horribles rituels floraux. Sur ses traces, Bertrand Lacejambe, un botaniste excentrique et son fidèle Fenby, elficologue amateur. Aux portes de la folie et de la magie, ils vont devoir braver les dangers de Féerie pour dévoiler la terrible menace que fait peser le Diadème sur nos rêves.
Délius, une chanson d'été nous plonge dans une fantasy victorienne étourdissante, dans un univers merveilleux et effroyable, au coeur d'une enquête délirante sur un ton souvent décalé.

Un mystérieux tueur, que la presse surnomme le fleuriste, abandonne sur son passage des cadavres et des fleurs. Une bande de bras cassés est à ses trousses, cependant, malgré toute la bonne volonté de ces gens, aucune piste valable ne se révèle. Ces fleurs inconnues que laisse le meurtrier les poussent à consulter un botaniste, l’excentrique Lacejambe qui saura peut-être démêler cette affaire.
Étrange roman que celui-ci. Délius, une chanson d’été est une histoire de fées, de musique et de meurtres... Ici, un botaniste est détective, un enfant possède une science féerique qui fait défaut à tous les autres et un assassin poursuit une quête obscure. Dans ce polar onirique, on se balade comme entre deux songes, à la lisière de la folie et de l’absurde. Le Merveilleux imprègne le récit. Un élan emporte le lecteur de scène en scène et la narration semble hachée au début alors que toutes ces pistes se télescopent. Des événements que l’on ne peut pas tout de suite relier, mais que l’on devine interdépendants, se succèdent et le récit nous ramène à chaque piste, chaque personnage, de plus en plus rapidement jusqu’à ce que tout s’éclaire et que les intrigues se rejoignent. Le roman forme en fait une spirale qui entraîne le lecteur en lui donnant l’impression de l’égarer, alors qu’il acquiert une conscience de plus en plus aiguë de là où l’on veut le conduire.
Pour faire une comparaison qui siérait à Lacejambe, ce roman tient plus du jardin à l’anglaise que de la forme française ordonnée et géométrique. On s’y perd volontiers, on découvre des secrets dans des recoins faussement laissés au hasard. Il est une expérience synesthésique où les sens se mélangent, on voit la musique, on sent les couleurs…
On est submergé par le nombre de personnages, entre autres un botaniste qui entend les fleurs, un compositeur qui voit les notes, un elficologue qui mélange rêve et réalité, le tueur et les gens qui le poursuivent, une jeune aristocrate à l’esprit acéré et même Arthur Conan Doyle. Fous, intrigants, lourdauds ou brillants et débonnaires ces personnages, qu’ils soient là tout du long ou fassent juste une apparition remarquée, volent en tous sens, comme attirés par une lumière dont on ne perçoit pas l’origine.
Lacejambe et Fenby, avatars de Sherlock et Watson sont deux personnages très intéressants. L’un obsédé par les plantes, l’autre par les fées, vous verrez qu’ils se sont bien trouvés et que leurs intérêts personnels ont plus en commun qu’il n’y paraît. Ils forment un duo attachant, la douceur de l’un contrebalance l’égocentrisme de l’autre. Le tueur, lui aussi, est un personnage fascinant, perdu, désespéré. On se surprend à tenter de le comprendre.
J’ai également apprécié les quelques apparitions de Doyle, qui ne sait pas qu’il est lié, même de loin, à un écho de son œuvre, de ce personnage qui a fait sa renommée mais qu’il déteste pourtant. Bien que présent par touches légères, l’écrivain a une grande importance dans ce roman.
Lire ce livre a été une aventure en soi, exaltante parfois, perturbante souvent. Il est difficile de savoir quoi en penser au final, quand ce qu’il en reste paraît si éthéré. Délius, une chanson d’été est un roman très poétique, tissé de la matière même des rêves. Il l’est également dans sa forme. Les épisodes s’entremêlent comme les tableaux d’un monde onirique, fantasque et merveilleux, ce qui laisse l’impression de l’avoir rêvé plutôt que lu.

jeudi 3 octobre 2019

Les Ombres d'Esver

Un roman de Katia Lanero Zamora, publié chez ActuSF dans la collection Naos.

Présentation de l'éditeur :
Amaryllis a 16 ans et n’a jamais connu que la maison où elle est née, le domaine d’Esver, reculé, magnifique, mystérieux. Dans ce manoir qui tombe en ruines où elle vit seule avec sa mère austère, elle étudie la botanique avec l’espoir d’en faire son métier... Le jour où elles reçoivent une lettre du père annonçant la vente du domaine et le mariage forcé d’Amaryllis à un de ses associés, tout bascule. Pour échapper à ce destin, malgré les ombres qui hantent ses nuits, la jeune fille répondra-t-elle à l’aventure fantastique qui se cache derrière les portes fermées d’Esver ?
Katia Lanero Zamora est actuellement consultante en écriture à la RTBF dans l’unité fiction séries. Elle a notamment publié la trilogie des Chroniques des Hémisphères aux éditions Les Impressions Nouvelles et propose ici un somptueux roman aux accents gothiques.

Décidément, la collection Naos me séduit de plus en plus. Les Ombres d’Esver est une pépite. 
Tout commence comme un conte gothique, sombre, dérangeant, poussiéreux. Amaryllis est élevée à la dure par sa mère, une aristocrate déchue, dans un manoir vétuste. De santé fragile, la jeune fille n’a jamais quitté le domaine et est contrainte de prendre tous les soirs les médicaments que lui prépare sa mère. Cette dernière n’a qu’une ambition : faire de sa fille une botaniste comme elle-même rêvait de l’être. Gersande est une femme pragmatique, peu lui importent les aspirations de sa progéniture. 
La jeune fille est plus ou moins docile, mais rêve d’aventures. Elle grandit comme une pousse maladive dans cette maison en ruine, sous le regard sévère et l’attention sans faille de cette mère autoritaire, qu’elle aime pourtant. Les secrets de cette famille, autrefois respectée et prospère, semblent enkystés dans le décor comme en une chair malade. Amaryllis déteste la saleté car elle pense que les monstres s’y cachent, mais sa mère refuse de s’arracher au passé. Elles vivent donc au milieu des débris de celui-ci. 
Cependant les parents de l’adolescente ont chacun une idée très définie de l’avenir qu’ils lui réservent et leur opposition à ce sujet arrive à sa confrontation finale. Botaniste ou épouse soumise, que va devenir Amaryllis ? 
On ressent tout le poids de cette ambiance dans les descriptions, dans le délabrement du manoir, dans la détresse d’Amaryllis, surtout quand elle cauchemarde, dans le caractère irascible de Gersande. On se sent étouffer dans les premiers chapitres, mais cela ne dure pas. 
Le récit commence lentement, le temps que l’atmosphère lourde vous oppresse et vous capture, pour devenir un roman d’aventures, entre un réalisme pragmatique et un onirisme débridé. Mais quel monde est réel ? Amaryllis est-elle en train de devenir folle ? Les médicaments que sa mère lui concocte l’aident-ils à restaurer sa raison égarée ou l’affaiblissent-ils pour l’empêcher de s’enfuir ? Ce monde qui se superpose au sien est-il réel ? 
L’autrice sème des indices, mais s’amuse à égarer son lecteur. J’ai apprécié ce questionnement qui ne fait que se complexifier au fil des chapitres. Bien malin qui saura démêler le vrai du faux sans son aide avant le dernier quart du roman. C’est la richesse de ces symboles et cette oscillation permanente entre le rêve et la réalité, ainsi que la poésie délicate du style, qui font de ce roman un excellent récit Fantastique. 
J’ai lu la deuxième moitié en une après-midi, ce qui est très inhabituel pour moi, tant je voulais savoir ce qu’il adviendrait des personnages. Cette histoire est à la fois triste et belle, pleine de douleur, mais aussi d’espoir et d’amour. Ce fut une excellente surprise.

mardi 30 avril 2019

Blueberry Girl

Un album de Neil Gaiman, illustré par Charles Vess.


Je suis une grande fan de Neil Gaiman. Néanmoins, n’ayant pas d’enfant, j’hésite toujours à acheter ses albums destinés aux petits. J’ai fini par craquer pour celui-ci et je ne le regrette pas. Si j’avais eu une fille, j’aurais adoré le lire et le feuilleter avec elle. 
Cependant, notez qu’il n’est pas traduit en français, ce qui est bien dommage. 
La version que j’ai achetée à un tout petit prix est grande et carrée, mais souple, ce qui peut se révéler peu pratique, même si ça moi ne me gêne pas. 
Les illustrations de Charles Vess sont superbes et colorées. Elles apportent de la lumière et de la gaîté à l’ouvrage. Foisonnantes, mais pas étourdissantes, il est très agréable d’en observer les détails, notamment tous les animaux présents. J’ai aussi adoré l’illustration de femme enceinte au tout début du livre. Je la trouve d’une grande douceur. 
L’histoire, quant à elle, est une sorte de prière aux sonorités très païennes, un hybride entre poème et berceuse, un enchevêtrement de vœux pour une petite fille à naître. Gaiman l’a écrite pour son amie Tori Amos quand elle était enceinte. En la lisant, on ressent toute sa tendresse à la fois pour la femme et pour l’enfant à venir, mais aussi toute la finesse dont est tissé son propre imaginaire. On y retrouve des thèmes connus, les Parques et les fuseaux, les grands rêves et la joie de vivre, mais aussi toutes ces petites choses qui font l’existence et dont on voudrait préserver ou bénir nos enfants. Quand on a beaucoup lu l’auteur, on sait combien cette prière lui ressemble. Cet ouvrage très court en est d’autant plus émouvant et il fut un plaisir à feuilleter.

jeudi 12 juillet 2018

L'Ombre de l'Ankou

Un roman de Jean Vigne, illustré par Mina M, publié dans la collection Chatons hantés des éditions du Chat Noir.


J’ai vraiment passé l’âge de lire ce genre de romans, mais je suis parfois superficielle et, je l’avoue, j’ai été attirée par la magnifique couverture. Elle m’a vendu du rêve et les illustrations intérieures sont à sa mesure. J’ai adoré en découvrir les détails. Elles participent grandement à l’atmosphère du roman.
Celui-ci est moins sombre que je ne m’y attendais. Sans doute parce que je suis adulte. Ce n’est pas un problème, il en faut pour tous les goûts et les enfants qui veulent frissonner sans cauchemarder ensuite y trouveront leur compte.
Lotie a onze ans, elle vient de déménager dans un manoir très isolé en Bretagne. Ses amies lui manquent, sa maman est malade, les temps sont durs pour elle. Elle est encore très petite fille, entre deux âges en fait, cela la rend aussi agaçante — quand elle chouine — qu’attachante par sa candeur. Cet été-là, sur la lande, elle va tenter d’apprivoiser le passé de sa mère pour la sauver.
Le rythme est assez lent, car assujetti aux découvertes de Lotie, qui fouine un peu mais se laisse surtout porter. Et elle digresse beaucoup cette petite, mais ce n’est pas désagréable. On furète avec elle, on apprend à la connaître.
J’ai vu le dénouement venir de loin, cependant c’est plutôt normal et je pense que les jeunes lecteurs le trouveront à leur goût. J’offrirai volontiers ce petit roman à un enfant en âge de lire cette histoire de fantôme mâtinée de légende bretonne.

vendredi 18 mai 2018

Mary et la Fleur de la sorcière




Mary et la Fleur de la sorcière est le premier long métrage d’animation du Studio Ponoc, fondé par d’anciens collaborateurs du Studio Ghibli. Il est tiré du roman pour la jeunesse The Little Broomstick de Mary Stewart.
Les bandes-annonces ont commencé à déferler sur les sites spécialisés et les réseaux sociaux plus d’un an avant la sortie du film en Europe. Elles ont évidemment piqué ma curiosité d’amatrice d’histoires de sorcières et j’ai attendu ce film avec une impatience croissante (ce qui est rarement une bonne chose).
L’histoire commence comme un conte. Mary, petite fille un peu esseulée, vient d’arriver à la campagne chez sa grand-tante Charlotte où elle vivra désormais. Elle attend ses parents qui tardent à la rejoindre et s’ennuie un peu, ses tentatives pour aider les gens de la maisonnée étant quelque peu maladroites…
Elle passe donc ses journées dehors et s’égare dans la forêt en suivant des chats. Elle y découvre une fleur rare, le vol de nuit ou fleur de la sorcière, qui ne fleurit que tous les sept ans et un balai fiché dans des racines.
Le début de l’anime est vraiment très plaisant, empreint de merveilleux et de mystère, puis, peu à peu, l’histoire devient plus enlevée, mais aussi davantage convenue et manichéenne. Je pense surtout que je m’attendais à autre chose.
Si vous êtes familiers des films du Studio Ghibli, l’apparence de certains personnages vous rappellera quelque chose. Par exemple, vous aurez l’impression d’avoir déjà vus les serviteurs du docteur Dee  dans Le Château ambulant. Ce n’est pas dérangeant.
Les dessins sont magnifiques, c’est un vrai bonheur à regarder, mais le film souffre un peu de ses faiblesses scénaristiques et autres petites incohérences. Peut-être craignez-vous une pâle copie d’Harry Potter avec cette petite fille qui découvre soudain le monde de la magie et une école de sorcellerie, alors rassurez-vous, ce n’est pas le cas. Quant à moi, j’espérais quelque chose de plus axé sur le merveilleux et ai été déçue par la deuxième moitié du film, d’autant que la fin est plutôt brouillonne.
Je ne suis pas très charitable avec cet anime et j’ai conscience qu’il souffre surtout de mon trop-plein d’imagination et de ma longue attente. Pour peu qu’on soit dans les bonnes dispositions d’esprit, on passe un agréable moment avec Mary et la Fleur de la sorcière.

mardi 15 mai 2018

Le Mystère du jeteur de sorts, Sorcières sorcières T1

Une BD de Joris Chamblain et Lucile Thibaudier, publiée chez Kennes éditions.


Présentation de l'éditeur :
À Pamprelune, tous les habitants sont des sorciers et des sorcières. Dans ce petit village fantastique où des dragons apprivoisés côtoient des citrouilles-boîtes-aux-lettres et où magie et sortilèges font partie du quotidien, trois petites sorcières de huit ans sont victimes tour à tour d'un mauvais sort. Harmonie, petite sorcière elle aussi, est la principale suspecte. Elle aura sans doute voulu venger sa petite sœur Miette, souffre-douleur des trois premières... Mais Harmonie est innocente ! Elle est aussi la seule à pouvoir enquêter et à découvrir qui est le mystérieux enchanteur....

Ce sont les illustrations qui m’ont attirée vers cet album en premier lieu. Elles sont magnifiques, pleines de couleurs et de charme. Cela donne envie de tourner les pages. Et puis, si vous avez un peu cerné mes goûts depuis le temps vous savez que j’adore les sorcières… Bien que cette BD soit destinée aux enfants, je ne pouvais passer à côté et, toute adulte que je suis, j’ai beaucoup apprécié ma lecture.
Harmonie et Miette sont deux petites sorcières tout à fait craquantes avec leurs bas rayés. Elles vivent dans un village de sorciers, ont des balais magiques, un dragon de compagnie et une citrouille en guise de téléphone et de boîte aux lettres. Seule ombre au tableau : la petite Miette n’a pas de pouvoirs et elle est moquée par les autres enfants. Heureusement, sa grande sœur est toujours là pour la protéger. Alors quand les filles qui s’en prennent à Miette commencent à être victimes de sortilèges, Harmonie est le coupable idéal…
L’histoire est mignonne, simple mais efficace. Elle sensibilise les enfants en douceur à la tolérance. J’ai trouvé très touchante la complicité des deux sœurs et leur univers est bien sympathique. Cet album est une bulle de douceur.
Une fois le jeteur de sorts démasqué, on peut lire un autre récit éclairant des points de la première histoire restés dans l’ombre. C’est bien d’avoir séparé la narration en deux, cela ménage le mystère et permet aux jeunes enfants de se familiariser avec des récits non linéaires, une multiplicité de points de vue, et d’aller au-delà des apparences.
Ce premier tome existe également en version romanesque pour les enfants qui commencent à lire seuls. Je trouve très bien d’avoir le choix, même si pour ma part j’en resterai à la BD. Je lirai d’ailleurs volontiers la suite tant l’univers de ces petites sorcières regorge de promesses.
Si vous optez pour la version BD, sachez qu’il existe une intégrale des trois premiers tomes avec une belle couverture et de très jolies finitions qui donnent à l’ouvrage des allures de grimoire. C’est un joli cadeau pour les enfants qui aiment les univers un peu fantasques et la magie.

vendredi 24 novembre 2017

Réalités volume II

Une anthologie dirigée par Tesha Garisaki et publiée chez Realities Inc.
Existe en papier et en numérique.

Découvrez aussi :
- Réalités volume I
- Quantpunk
*
realite_vol2
*
Sommaire :
- Les Punaises de Loïc Daverat
- FredJ de Vivien Esnault
- Le Semeur de Colonnes de Wilfried Renaut
- La Fable du Dragon et du Rat de Manon Bousquet
- Dans l’Épave du Horn Sylwen Norden
- Alors le marché fut conclu de KeoT
- La Griffe de l’Être Miroir de Romain Jolly
- La légende d’un homme de Jean-Pierre Baratte
- Five o’clock tea de Marlène Charine
- Pas de quoi fouetter un chat de Jean-Marc Sire

Après un premier volume très réussi, les éditions Realities Inc. nous ouvrent de nouvelles voies vers des réalités alternatives au moyen de textes tantôt fantasques, drôles ou glaçants, mais toujours nuancés. J’ai apprécié autant la variété des genres présents dans cette anthologie que l’originalité des récits.
À mon grand déplaisir, les nouvelles n’ont pas la côte en France, d‘autant plus quand elles sont l’œuvre d’auteurs peu ou pas connus. Elles sont pourtant l’un des piliers de la SFFF anglo-saxonne que nous avons si souvent tendance à ériger en modèle. La nouvelle est un art difficile, qui répond à ses propres codes et dont on exige toujours beaucoup plus qu’on ne le fait d’un roman. On doit mettre en avant des personnages, mais sans oublier de donner corps à leur univers. L’intrigue doit être ciselée, sans pour autant devenir expéditive. C’est un équilibre à maintenir et les auteurs de cet ouvrage l’ont bien compris. Les anthologies étant souvent inégales, cela vaut la peine d’être souligné : ici tous les textes sont de qualité.
Les punaises, une nouvelle à la limite du réalisme magique, ouvre le bal. Débuter l’anthologie par ce texte était un excellent choix. Il permet au lecteur de se glisser dans le bon état d’esprit pour apprécier au mieux ce qu’il va découvrir au fil des pages. En tout cas, il m’a beaucoup plu.
FredJ est un long texte, que je survolais au début, jusqu’à ce que je me laisse entraîner dans l’histoire et que je ressente un brin de sympathie pour le personnage. Petit à petit, le récit devient prenant. Le cynisme est bien dosé et cela donne un texte qui reste en mémoire bien après avoir tourné la dernière page.
Le Semeur de Colonnes nous emmène ensuite vers une ambiance plus douce, à la saveur de légende.
Ce très beau texte, très poétique, m’a surtout plu pour le monde qu’il décrit. J’ai seulement déploré la fin, un peu trop convenue à mon goût. C’est dommage car, dans sa construction et ses thèmes, il m’a un peu évoqué l’univers de Christian Léourier (que je vénère). Néanmoins, cela reste un très joli récit dont le style m’a charmée.
J’ai adoré La Fable du Dragon et du Rat à la fois pour l’histoire elle-même (avec moi les contes ont toujours du succès) mais aussi pour le ton sur lequel elle est contée. À chaque fois que je découvre un texte de Manon Bousquet, je me fais la réflexion que j’aimerais en lire plus.
Réalités II n’hésite pas à souffler le chaud et le froid. Dans l’Épave du Horn nous offre une ambiance radicalement opposée à celle du texte précédent. On nous emmène sur une planète blafarde, décrite de façon si admirable qu’on a l’impression d’y être, avec des thèmes plus sombres et d’intéressantes pistes de réflexion.
Après la SF, un peu de Fantasy avec Alors le marché fut conclu. Cette nouvelle dépoussière allègrement les classiques en faisant d’un Gobelin son personnage principal dans un monde où se côtoient magie et technologie. Je suis un peu restée sur ma faim car ce texte m’a fait l’effet d’être l’introduction à un récit plus long. J’ai toutefois apprécié le background.
Avec son ambiance de polar, La Griffe de l’Être Miroir nous offre une intrigue tout en faux-semblants, pleine de suspense et de rebondissements. Sombre et efficace. Ici aussi on se surprend à en attendre davantage bien que le texte se suffise à lui-même.
La légende d’un homme est un texte très intelligemment construit, un puzzle dans lequel la vérité est multiple et dont l’image finale change selon le point de vue adopté. À quoi ressemblerait une chanson de geste du futur, une chanson de geste interstellaire ? Entre références littéraires et corrélation avec des faits divers, cette nouvelle semble déployer devant le lecteur diverses faces d’une réalité dont la sienne serait une infime partie. J’ai trouvé grand intérêt à cette lecture.
Il est difficile de parler sans spoiler de Five o’clock tea, texte aux implications glaçantes qui attise l’humanité du lecteur tout en cherchant à ranimer celle des personnages. Marlène Charine a fait preuve de beaucoup de subtilité et c’est un très beau texte.
L’anthologie se clôt sur une nouvelle amusante et un peu barrée : Pas de quoi fouetter un chat de Jean-Marc Sire. De quoi rester sur une note un peu moins déprimante, même si elle est teintée d’un humour assez grinçant. Et puis quand même, l’anthologie aurait manqué de chats…
Pour ce deuxième volume, le pari est encore une fois gagné. Tous ces textes m’ont offert d’excellents moments de lecture. J’ai apprécié leur diversité autant que les thèmes abordés et leurs qualités littéraires. Je ne le dirai jamais assez : lisez des nouvelles.

vendredi 26 mai 2017

Flying Witch T2

Un manga de Chihiro Ishizuka, publié chez Nobi Nobi.
Il comporte cinq volumes, le troisième est prévu pour juillet.


Vous pouvez également consulter mon avis sur l’anime et sur le tome 1.


*


flying-witch-2


*


Dans ce tome, Makoto continue sa découverte de la vie à la campagne, tout en profitant des joies du quotidien avec ses cousins. C’est le printemps, cueillette de légumes sauvages, nouvelles amitiés, festival des cerisiers en fleurs sont au programme. Le récit est toujours empreint de douceur, de tranquillité et de bien-être. Rien de nouveau si vous avez vu l’anime, juste la joie de retrouver les personnages et de les suivre dans leur petite vie saupoudrée de magie évanescente.
Notre jeune sorcière est cette fois un peu en retrait. On apprend à mieux connaître son entourage. On voit notamment un peu plus les parents de Kei et Chinatsu qui sont des gens plutôt sympas. Dans ce volume, on rencontre également une autre sorcière que j’avais déjà beaucoup aimée dans l’anime et que j’aimerais voir un peu plus dans la suite. Quant à la petite Chinatsu, de plus en plus attirée par l’univers de ses cousines, elle veut à son tour devenir une sorcière. Cette gamine est vraiment adorable.
Les chapitres forment des histoires simples et brèves et c’est là le seul défaut de ce manga : on en voudrait toujours plus. C’est un festival de petites magies avec un ancrage réel et culturel assez crédible. De fait, je me sens toujours proche des personnages et j’aime les voir évoluer.
Je l’ai déjà dit en parlant du tome précédent : Flying Witch est typiquement un manga doudou, une sucrerie idéale pour les jours où le moral est en berne.

samedi 18 mars 2017

Flying Witch T1

Un manga de Chihiro Ishizuka, publié chez Nobi Nobi.
Il comporte cinq volumes, le deuxième est prévu pour mai et le troisième pour juin.


Vous pouvez également consulter mon avis sur l'anime.


*


flying-witch-1

Présentation de l'éditeur :


À son entrée au lycée, la jeune Makoto quitte la région de Tokyo pour le nord-est du Japon. Hébergée chez ses cousins Kei et Chinatsu, elle découvre les petits plaisirs d’une vie plus proche de la nature, où le temps semble s’écouler plus doucement. Mais le quotidien à la campagne ne s’annonce pas de tout repos pour autant, car Makoto est aussi une apprentie sorcière un peu étourdie !



Flying Witch est un manga en cinq volumes. Il a été adapté en anime en 2016, ce qui nous vaut la sortie du manga en français cette année. Ayant adoré l’anime, j’étais très impatiente de me replonger dans la vie de Makoto, jeune sorcière en apprentissage.
Cependant, ne vous méprenez pas, on est loin de Charmed et Harry Potter. Mako a une vie simple, presque normale, qui n’est pas pour les fans d’action ou de sortilèges impressionnants. Cette série s’adresse davantage aux contemplatifs, ceux qui pensent qu’une sorcière n’est pas là pour lutter contre des démons, mais pour créer de l’harmonie. Le manga et l’anime sont une bulle de douceur, un moment de détente et de bien-être nous rappelant que le bonheur est fait de petites choses. Ils sont très apaisants. L’ambiance tient du réalisme magique, le surnaturel arrive par petites touches. Le tout est fantasque et optimiste.
Les personnages sont très crédibles, même si un peu loufoques aussi, et surtout attachants. C’est le quotidien d’une jeune fille banale, avec juste une petite touche de bizarrerie qui fait rêver.
Dans Flying Witch, une sorcière qui atteint ses quinze ans doit devenir indépendante. Mais les temps sont durs pour les sorcières et les parents de la jeune fille préfèrent qu’elle continue ses études. Elle sera donc hébergée chez des cousins éloignés à la campagne. Mako, qui a toujours vécu en ville, découvre donc les joies de la cueillette ainsi que celles d’entretenir son propre potager. Elle se fait de nouveaux amis, humains ou non, et apporte sa magie douce dans le quotidien de sa famille. Généreuse, optimiste et maladroite, c’est le genre de personnage que l’on craint de voir devenir caricatural alors qu’en fait pas du tout. Il y a quelque chose de résolument lumineux dans ce manga et cela passe par des personnages très humains.
On rencontre la petite Chinatsu, qui oscille entre la crainte et l’enthousiasme face aux pouvoirs de sa cousine, son frère Kei, qui n’aime pas trop les études mais connaît si bien la nature et adore cuisiner, Nao la pragmatique et les autres sorcières dont on fera la connaissance dans les volumes suivants… Tous apportent quelque chose à l’ensemble et on passe d’excellents moments en leur compagnie.
Ce volume couvre les trois premiers épisodes de l’anime. Les deux formats sont très proches, mais l’anime me semble plus développé. Je pense notamment aux scènes de cuisine, mais aussi d’autres anecdotes comme la vieille dame évoquant son amie sorcière, ce qui tient en deux pages dans le manga.
J’ai vraiment eu un grand coup de cœur pour l’anime et la version papier peut sembler un peu plate à côté. Mais cela reste une lecture très douce et relaxante, avec cette jeune sorcière maladroite à laquelle on s’attache très vite.
J’ai aimé retrouver l’univers et les personnages, je lirai la suite, mais j’espère quand même de nouveaux épisodes pour l’anime.

vendredi 28 octobre 2016

Como agua para chocolate - le film

como-agua-para-chocolate

Como agua para chocolate, Les épices de la passion en français (ouais, je sais…), est un film mexicain réalisé par Alfonso Arau et basé sur le roman éponyme de Laura Esquivel. Celle-ci en a d’ailleurs écrit le scénario. En français, le roman s’intitule Chocolat amer et tous les amateurs de réalisme magique devraient le lire. L’histoire se déroule au début du XXe siècle au Mexique. Laura Esquivel nous conte le destin de Tita, dernière-née d’une femme revêche qui, sous prétexte de tradition, veut la garder auprès d’elle et l’empêcher de se marier. Or, Tita est courtisée… Pour se rapprocher de la femme qu’il aime et qu’on lui refuse, Pedro fait donc le choix d’épouser Rosaura, la sœur aînée de celle-ci. Il s’installe chez sa belle-famille, avivant ainsi les tensions. Ma première rencontre avec Tita s’est faite par le biais de mes cours d’espagnol au lycée. J’ai eu à traduire l’un des premiers chapitres du roman et j’ai été touchée par l’histoire de cette jeune femme sur laquelle sa mère a reporté toutes les frustrations de son existence. Cependant, au-delà du fait que mama Elena est une sacrée peau de vache, la tradition est réelle. Cela donne à réfléchir. Pour autant, n’imaginez pas que le film et le roman soient pesants ou emplis de rancœur. On est dans le réalisme magique, le fantasque, le romanesque. Le contexte historique troublé n’apparaît qu’en fond, les femmes sont au cœur du récit. Il y a Tita et sa mère, bien sûr, mais aussi Nacha, la vieille servante qui a élevé la petite dernière, et les autres filles de la maison. On s’attache vite à certaines d’entre elles. Le roman développe davantage leurs histoires personnelles, surtout pour Gertrudis, la cadette, et j’admets avoir préféré de loin la lecture. Elle date un peu, mais je me souviens de chapitres courts, d’une écriture douce qui donne l’impression de chuchoter des confidences et de notes culinaires… Le film est fidèle au roman, mais ne possède pas sa magie. À vrai dire, je ne lui aurais peut-être pas trouvé grand intérêt si je n’avais pas connu toutes les ramifications de cette histoire familiale. La vie de Tita est intimement liée à la cuisine. Chocolat amer est à rapprocher de ces romans qui vous entraînent dans un univers lié aux sens, avec cet éclat de petite magie du quotidien qui fait la différence, sans pour autant verser dans le surnaturel débridé. Pour exemple je citerai La Maîtresse des épices de Chitra Banerjee Divakaruni, qui est assez connu. Film ou roman, Laura Esquivel nous offre un récit d’accomplissement. Il parle de ce que l’on choisit de transmettre, en bien ou en mal, et de la difficulté que l’on peut avoir à se libérer des traditions pour n’en garder que le meilleur et construire sa propre vie. Vous adhèrerez ou non aux choix de Tita, mais vous ressentirez autour d’elle cette présence, ces liens qui l’unissent à plusieurs générations de femmes. C’est une sensation familière quand on répète soi-même les gestes que l’on a appris de ses parents ou de ses proches. C’est un savoir inconscient qui nous accompagne toute notre vie. Le film date de 1992. C’est en le trouvant dans le catalogue de Netflix que je m’en suis souvenue et ai eu envie de retrouver ces personnages. Il peut paraître un peu vieillot, mais il n’est pas mauvais malgré quelques raccourcis à l’emporte-pièce. Je conseille de toute façon de lire le roman avant. Je crois sincèrement qu’à voir le film en premier vous vous gâcheriez la découverte.

mardi 18 octobre 2016

Flying Witch

flying-witch-1

Flying Witch est une série animée japonaise adaptée d’un manga de Chihiro Ishizuka. La première saison compte douze épisodes.
On y fait la rencontre de Makoto Kowata, une jeune sorcière de quinze ans. Selon la tradition, elle doit prendre son indépendance, mais ses parents s’inquiètent pour elle. La vie est dure pour les sorcières de nos jours, ils préfèrent qu’elle continue ses études et loge chez des proches. Elle s’installe donc à la campagne et retrouve son cousin Kei, sensiblement du même âge, et la petite Chinatsu.
Makoto aime s’habiller en noir et a pour familier un chat (devinez sa couleur). Elle est l’un des archétypes de la sorcière qui hantent notre imaginaire collectif. La bonne sorcière, bien entendu. Mako est vraiment adorable. Elle n’a aucun sens de l’orientation, elle commet plein de bourdes par naïveté, mais elle n'est pas stupide. C’est un personnage très attachant et suivre son quotidien se révèle un réel plaisir. Avec ses cousins, elle apprend à reconnaître les plantes comestibles sauvages et à s’occuper d’un potager. En échange, elle apporte un peu de sa magie et de ses bizarreries dans leur vie.
Entre superstitions, personnages étranges et apprentissage de la magie, les épisodes paraissent bien trop courts (alors que le générique dure des plombes). On se laisse imprégner par le réalisme magique de ces histoires, on a envie d’en apprendre davantage sur les sorcières et en même temps leur vie n’est pas si extraordinaire que ça, juste un rien plus magique. N'attendez pas des sorts époustouflants et des combats, mais laissez-vous ensorceler par la bienveillance douce et loufoque de ces sorcières.
La série nous offre un panel de personnages intéressants : la famille de Mako et ses nouveaux amis, d’autres sorcières et des créatures surnaturelles. Tous sont très réussis. Chaque épisode est une découverte. J'ai particulièrement aimé le salon de thé.
L’animation est jolie. J’aime beaucoup les couleurs, l’ambiance, la douceur de cette série. C’est le genre d’anime que l’on regarde en sirotant une tasse de thé, après une très longue journée, pour retrouver un peu de sérénité. C’est très mignon, mais pas cucul. Les amateurs de sorcières ne pourront qu’adhérer, quel que soit leur âge.
J’ai eu un coup de cœur pour cet anime et j’espère qu’il y aura une suite.


flying-witch-2