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samedi 17 mai 2025

Emma et les mauvais éléments T1

 Une BD écrite par Ariel Holzl et illustrée par Alba Cardona. Publiée chez Jungle.


Cette jolie BD est un condensé de tropes fort communs en littérature jeunesse, mais ce n’est pas une mauvaise chose. Après tout, si ces tropes hérités des contes hantent toujours la littérature, c’est qu’ils ont encore des choses à nous dire. Ils sont les piliers des récits formateurs, ils accompagnent les personnages, aussi bien que les jeunes, lecteurs vers l’âge adulte.
Cette BD parle de découverte de soi, d’émancipation, de liens qui se créent dans l’adversité, d’héritage et de choix. Emma, personnage typique de ce genre de récits, n’en est pas moins attachante. Notre héroïne est une jeune fille vive et intelligente qui découvre un jour qu’elle a des capacités extraordinaires et va rejoindre une école tout aussi prodigieuse. Mais tout n‘est pas aussi rose que ce à quoi elle s’attendait. 
L’intrigue mêle magie et lutte écologique et j’ai un peu eu l’impression de voir Captain Planet (si vous êtes plus jeunes que moi la référence ne vous parle pas. Vous ne perdez rien) à Poudlard… Les motivations des « méchants » de l’histoire restent obscures pour le moment, mais je gage qu’il reste beaucoup à découvrir.
Les personnages ne sont pas très développés, néanmoins ils ont du potentiel. Emma et les mauvais éléments est le premier tome d’une série, il est fort court et a surtout valeur d’introduction. Il charmera sans nul doute les jeunes lecteurs, toutefois en tant qu’adulte je trouve qu’il manque un peu d’ambition. Le récit est simple, mais les illustrations jolies. Le style me rappelle un peu celui de Maliki. Je lirai probablement la suite, pour voir si le scénario cache plus de secrets qu’il n’y semble de prime abord, ce qui est une possibilité, connaissant l’auteur.


mardi 5 novembre 2024

Bride

Un roman d'Ali Hazelwood, en version audio chez Audiolib, lu par Zina Khakhoulia, avec la participation de Quentin Malek.


Ce roman est la première incursion d’Ali Hazelwood en Fantasy et ma première lecture de l’un de ses ouvrages. En toute honnêteté, j’ai levé les yeux au ciel en parcourant le résumé. Une vampire et un loup-garou, deux peuples qui se haïssent, un énième enemies to lovers… Je ne me serais pas intéressée à ce roman si je n’avais parcouru les sorties audios en Fantasy. J’avoue, j’avais oublié le résumé et je ne l’ai pas relu avant d’écouter l’extrait. Or, ce que j’ai entendu m’a beaucoup plu, assez pour me faire acheter ce livre.
Misery Lark est la fille d’un puissant conseiller vampire et a été instrumentalisée toute sa vie. Rejetée par les siens (pour une raison un rien bancale, mais bon ça fait toujours bien d’avoir une outcast comme héroïne à ce qu’il semble…), elle a choisi de vivre parmi les humains jusqu’à ce qu’on la force à sortir de sa retraite. Son père a besoin de créer une alliance avec les loups-garous et souhaite une fois de plus l’utiliser. Cependant, elle a ses propres raisons d’accepter le marché et ça, c’était intéressant.
Pendant la première moitié du roman, j’ai beaucoup apprécié Misery. Elle se montre intelligente et pragmatique. Elle sait qu’elle n’est pas puissante et ne le sera jamais, alors elle utilise sa seule arme, son cerveau. Ce qui est rare dans ce type de roman où l’héroïne commence toujours rejetée et finit en badass surpuissante. Non, Misery n’est pas comme ça. Elle est courageuse, sans être bravache. Elle n’espère pas être sauvée car elle sait qu’elle est seule. Son histoire m’a beaucoup touchée et ses motivations également.
Lowe en revanche (oui on peut faire pire que Misery comme prénom) est un cliché sur pattes. Un gars bien, gentil et tout… mais sans réel relief. Cependant, l’intrigue principale était assez intéressante pour que je sois bien disposée à son égard comme à celui de Misery.
Malheureusement, cette intrigue s’essouffle vite. Les personnages, qui au début étaient acteurs de leur destinée, finissent par se laisser balloter par l’histoire. À partir du moment où ils se rapprochent, on ne suit plus que l’évolution de leurs rapports intimes (même pas de leurs sentiments) et c’est assez pénible à lire, d’autant que c’est très mal écrit. J’ai mis ces passages en lecture accélérée, c’est vous dire…
Ce roman partait vraiment bien et, même si l’intrigue était un peu prévisible, j’étais prête à le lui pardonner. Mais franchement… On a un quiproquo à deux balles qui dure tout le roman, un enemies to lovers avec des personnages qui sont quasi potes dès le départ, une héroïne qui perd ses neurones dès que ses hormones s’emballent… Ajoutons à cela une résolution d’intrigue qui se fait toute seule parce que l’autrice en avait marre et voulait juste écrire du smut et c’est le dernier clou du cercueil. Outre l’épilogue qui est juste là pour annoncer une suite, le roman se termine d’ailleurs par une scène de cul assez malaisante (Dieu sait pourtant que je croyais avoir lu pire…).
Je suis donc sortie de cette écoute très mitigée, parce que la première moitié du roman était bien écrite, drôle parfois, avec des personnages plutôt attachants, l’intrigue tenait la route et la raison pour laquelle Misery accepte le mariage arrangé me plaisait. Mais la seconde moitié était très décevante. J’ai espéré tout du long que l’héroïne retrouve son cerveau, en vain.
La fin ouverte nous promet une suite portant sur d’autres personnages. Je ne sais pas si je la lirai. Malgré tout, j’ai bien aimé l’univers et Ali Hazelwood peut être drôle quand elle veut.
Je me dois aussi de mentionner l’excellent travail de la lectrice.

mardi 26 mars 2024

Le Prince et la Couturière

 Une BD de Jen Wang, publiée chez Akileos.


C’est l’histoire d’une fille qui rêve de faire des robes extravagantes, mais fait office de petite main dans un atelier. C’est aussi l’histoire d’un prince qui, certains jours, préfère être une princesse. Passionnés de mode, Francès et Sébastien étaient faits pour se rencontrer, cependant, sans un coup de pouce du hasard, ils n’auraient jamais dû se croiser. Avec une bonne dose de foi l’un envers l’autre, ils vont décider de faire équipe et de vivre leurs rêves.
J’ai aimé la façon dont ces deux-là apprennent à se connaître et se livrent leurs secrets petit à petit. Leurs espoirs s’entremêlent et ils s’encouragent. Enfin, c’est le cas au début. Eh oui, parce que si tout était idyllique, il n’y aurait pas d’histoire… Nos deux jeunes personnages sont vite rattrapés par les réalités de la vie. Quand l’un a peur que son secret s’ébruite, l’autre craint de rester toute sa vie dans l’ombre…
On pourrait leur reprocher leur incapacité à faire des compromis, mais il faut se souvenir qu’ils sont fort jeunes et que la situation pourrait se révéler très problématique pour l’un d’entre eux qui a très peur de la réaction de son entourage. Francès et Sébastien sont attachants malgré la construction sans nuances de leur caractère. Ils restent avant tout deux adolescents qui essaient de trouver leur place, entre ce à quoi ils aspirent et ce que la société attend d’eux. L’un doit se conformer aux attentes et espoirs de ses parents qui le préparent à devenir roi, l’autre aux exigences de l’industrie de la mode qui brident sa créativité.
Jusqu’à quel point peut-on accepter de faire des concessions sans dévier de ce que l’on est et de ce que l’on  souhaite ? La question se pose d’autant plus pour un travail créatif comme celui de Francès ; entre ce que l’on aspire à créer et ce qui se vend, il y a parfois un monde. Si Sébastien est touchant dans sa façon de ne vouloir décevoir personne, Francès l’est quant à elle dans son amour pour son travail.
Cette BD nous conte une jolie histoire sur l’acceptation de soi, la tolérance et la volonté de croire en ses rêves. Cela manque un peu de profondeur, mais est néanmoins très mignon.
Les dessins, fort simples, dans un style un peu naïf, sont adaptés à la nature de l’histoire. L’usage de couleurs vives est bienvenu car il apporte de la vie à l’ensemble.
À la fin de l’ouvrage se trouve un court dossier dans lequel l’autrice explique son processus créatif. J’apprécie toujours ce type de bonus et celui-ci est intéressant.
C’est une belle lecture pour un jeune public.

mardi 5 mars 2024

La Fille dans l'écran

 Une BD de Lou Lubie et Manon Desveaux, publiée chez Marabulles.



Coline vit en France, à la campagne, chez ses grands-parents. Elle veut devenir illustratrice. Elle travaille sur un livre pour enfants tout en se battant contre ses crises d’angoisse. Marley vit au Canada et rêvait d’être photographe, mais elle s’est peu à peu laissé engluer dans les nécessités du quotidien. Un jour, Coline va tomber sur les photos de Marley et lui demander l’autorisation de s’en servir comme base de travail pour ses dessins et les deux femmes vont commencer à correspondre.
Coline et Marley étaient faites pour se rencontrer à ce moment précis de leur existence. Chacune va apporter à l’autre un nouvel élan.
Marley a perdu de vue ses idéaux et ses aspirations. Elle vit avec un homme très égoïste et toxique qui détruit petit à petit sa confiance en elle, alors elle a renoncé à s’épanouir dans son travail et ne fait qu’enchaîner les tâches sans motivation. Coline, quant à elle, manque aussi terriblement de confiance. Elle a souffert de phobie scolaire, ses crises d’angoisse minent son quotidien et seuls ses grands-parents semblent comprendre sa profonde détresse. Malgré tout, elle s’accroche. Le fait que chacune aime le travail de l’autre va leur apporter la confiance qui leur manque et les aider à garder le cap. Peu à peu, une forte amitié, et peut-être davantage, va se développer entre elles.
J’ai aimé apprendre à les connaître, comprendre d’où venaient leurs peurs, voir comment chacune soutenait l’autre, pas seulement avec des encouragements, mais aussi des critiques constructives. L’histoire est plaisante, mais je crois que c’est la dimension artistique de l’ouvrage que j’ai préférée.
Dans ce roman graphique à quatre mains, le quotidien des deux protagonistes est exposé en face à face. D’un côté on a Coline en noir et blanc, avec un fond plus dessiné et des cases qui s’adaptent souvent à l’état d’esprit du personnage, de l’autre Marley avec ses couleurs vives et ses planches structurées dans un quadrillage franc à l’image de Montréal où elle vit, mais aussi de son amour pour la photographie. La façon dont les planches se répondent est vraiment plaisante et ajoute à la poésie ainsi qu’à la subtilité de cette histoire. J’ai particulièrement aimé le jeu très esthétique entre les ombres et les couleurs quand leurs deux mondes se rejoignent. Les styles des deux dessinatrices vont très bien ensemble et se complètent efficacement.
Ce fut une excellente découverte.

mardi 20 février 2024

Pole Dance, ma vie en équilibre

 Une BD de Juliette Taka, publiée chez Glénat.


Cette BD nous conte l‘histoire de Laëtitia, une jeune femme dans sa vingtaine, qui a envie de se remettre au sport et décide sur un coup de tête d’essayer la pole dance. Elle tombe amoureuse de cette discipline très exigeante, loin des clichés qu’on peut avoir sur elle, et se lance corps et âme dans sa pratique. Cette BD nous parle du rapport de la protagoniste avec son corps, mais aussi de ce que lui apporte la pratique de ce sport dans son quotidien. Elle s’apprivoise, apprend à s’aimer, trouve du réconfort quand la vie lui envoie des épreuves. Laëtitia est un personnage touchant qui semble d’autant plus réel que l’autrice-illustratrice a mis beaucoup d’elle-même dans son histoire.
Je ne suis pas sportive et ne l’ai jamais été, si on excepte un peu de yoga et de marche, à la cool. Je n’aime pas non plus la danse, même si je ne suis pas insensible aux prouesses dont sont capables les danseurs-euses aguerri-es et surtout les acrobates. Alors pourquoi ai-je été d’emblée attirée par ce roman graphique ?
Je ne sais pas vraiment. J’appréciais les dessins, avec leurs traits modernes et leurs couleurs un peu passées, mais surtout la passion qui se dégageait de cet ouvrage, le message féministe, ce besoin de s’approprier son propre corps et de prendre confiance en soi grâce à une activité valorisante. Parce que oui, la pole dance est valorisante même si elle souffre d’une mauvaise image chez les esprits étriqués. C’est une pratique sportive et artistique comme une autre et je n’ai pas attendu cette BD pour en avoir conscience. J’ai aimé la façon dont le personnage grandit et se développe, dans ses bons moments comme dans l’adversité. Elle prend confiance en elle et même si elle chute, elle parvient à se relever et à s’aimer davantage ainsi qu’à lâcher prise et s’accepter comme elle est. Il y a de beaux messages dans cette BD, d’ailleurs c’est aussi, entre autres, une belle histoire d’amitié. Et puis, quelle n’a pas été ma surprise de glaner quelques mots dans ma langue maternelle dès la première page ! Je suppose que ça a apporté un petit plus. J’ai aussi, point très positif, appris des choses intéressantes au cours de ma lecture et pas seulement sur la pole dance.
J’ai bien fait de m’éloigner de mes sujets de prédilection car ce fut une belle découverte.

mardi 13 février 2024

Pisse-Mémé

Une BD de Cati Baur, publiée chez Dargaud.


Lors d’une soirée bien arrosée, quatre amies s’imaginent tenir ensemble un bar à tisanes, qu’elles appelleraient Pisse-Mémé évidemment. Nora ferait des gâteaux, Marie s’occuperait d’un espace librairie, Camille pourrait avoir un studio de yoga attenant et Marthe mettrait à profit ses talents de leader tout en s’occupant du service. Ensemble, elles travailleraient dans la bonne humeur.
On a tous déliré avec nos potes sur ce qu’on ferait si on gagnait d’un coup une grosse somme d’argent. C’est un joli projet, mais les quatre copines le croient voué à rester dans le domaine du rêve. Enfin, c’est sans compter sur l’héritage de Marthe et Camille, cadeau inattendu d’une tante qu’elles n’ont pas connue. Aussitôt dit, aussitôt fait, les jumelles ressortent cette idée du placard et sont bien décidées à convaincre leurs amies de se joindre à elles. Le hic ? Nora et Marie n’ont pas l’argent nécessaire. Qu’à cela ne tienne, elles vont se lancer dans un financement participatif pour concrétiser leur rêve ! Cependant, cette aventure ne sera pas de tout repos.
Marthe, Camille, Nora et Marie sont des femmes très différentes et, plutôt que de les diviser, cela fait leur force car elles se complètent, se poussent vers l’avant et se soutiennent dans les moments difficiles. Ce n’est pas toujours simple et des fois elles se tapent sur les nerfs, mais elles savent que ça fait partie de la vie et elles l’acceptent. Je pense que c’est ce que j’ai préféré dans cette BD. L’amitié que nous dépeint l’autrice n’est pas parfaite ni idéalisée. Et puis j’ai aimé découvrir ces femmes. Le récit prend le temps de s’intéresser à chacune et de nous décrire leur quotidien ainsi que leurs aspirations.
Marthe, speed et décidée, est l’exemple de la réussite, le genre de personne pour qui tout semble facile, Camille, la hippie aux chats, se satisfait de ne pas être dans la norme, mais ne parvient pas toujours à le faire comprendre à son entourage. Nora est une femme organisée qui semble capable de tout gérer, une bosseuse acharnée qui est toujours restée dans les clous, pourtant elle commence à fatiguer. Et enfin Marie, la mère célibataire, jongle entre trois boulots. Individuellement, ce sont déjà des femmes attachantes, mais l’amitié qui les lie renforce la chose. Elles se soutiennent, mais ne se gênent pas non plus pour se dire leurs quatre vérités quand c’est nécessaire.
J’ai aimé les voir développer leur projet, avec tous les rebondissements, les embûches et les adaptations que cela implique. Là encore, rien ne coule de source, mais elles persistent et leur détermination est inspirante. Cela sonne juste car la vie n’est jamais parfaite, on règle un souci pour se recevoir une autre tuile dans la tronche l’instant d’après... Cependant ces femmes tiennent le coup parce que quand l’une est proche de baisser les bras, une autre est là pour la booster.
Cette BD est l’histoire d’un projet et d’une amitié, mais c’est aussi, pour les jumelles, la découverte d’une partie de leur histoire familiale. J’ai trouvé ce passage-là assez émouvant et apprécié qu’elles puissent le partager avec Nora et Marie.
J’ai trouvé aux dessins une certaine douceur. J’aime ce style vaporeux. Les petits détails glissés çà et là m’ont beaucoup plu, comme par exemple les couvertures des livres que lit Alma ou ce que fait le chien quand personne ne le regarde. Pisse-Mémé est une très jolie BD.

mardi 16 janvier 2024

Comment naissent les araignées

Un roman graphique de Marion Laurent, publié chez Casterman.

Présentation de l'éditeur :

4 personnages, 4 destins croisés, 4 vies enchaînées. 

Alice, jeune blonde fraîche et séduisante se cherche dans une ville banale de l'Amérique des années 90. Elle cherche l'amour, elle cherche un sens à sa vie. Isadora, la clocharde, alcoolique... qui se cache derrière cette façade, y avait-il une femme avant l'épave ? Billie, est l'amie d'Alice. Elle ne va plus au cours de danse. Billie est noire. Billie est amoureuse d'un blanc. Barack Obama n'est pas encore président. Dwight aurait bien pu s'appeler Kurt. Artiste dans l'âme, il dessine. Il aime dessiner Alice...
Cette BD traînait dans ma pile à lire depuis des années. Je l’avais achetée dans une vente privée, pour trois sous, parce que j’aimais bien la couverture et le résumé. Je mets souvent du temps à me décider à lire les BD, allez savoir pourquoi… Bref, je me suis dit qu’il était temps, d’autant que j’ai décidé de lire une BD par semaine cette année histoire de faire baisser la pile.
Comment naissent les araignées est un récit choral. On y fait la connaissance d’Alice, une fille qui semble avoir tout pour elle et que tout énerve, les gens, la vie en général. Alice étouffe dans sa petite ville et en particulier sous l’égide de sa mère. Mais elle n’est pas si à plaindre qu’elle le croit. Et puis elle rencontre Dwight, un gars sympa, mais qui a ses problèmes.
On croise aussi le chemin de Billie, belle, intelligente, populaire. Bille étouffe aussi, entre les règles strictes de sa mère et la surveillance de son frère. Elle voit petit à petit sa liberté se restreindre, même si elle se comporte du mieux possible selon les critères de sa famille, et ses proches briser avec désinvolture le moindre de ses espoirs. J’ai beaucoup aimé Billie.
Et puis il y a Isadora, revêche, têtue. Elle vit dans la rue et noie dans l’alcool ses cauchemars aussi bien que ses regrets. J’ai aimé apprendre à connaître Isa, comprendre ce qui l’a menée là, ce qui a empoisonné son esprit et aigri son cœur. J’ai aimé la voir interagir avec Billie et surtout Alice. 
Elles ont beaucoup à s’apporter toutes les trois et elles le font à leur manière, parfois brute. Ces femmes en souffrance grandiront de leur rencontre, de la confrontation de leurs peines et angoisses et du soutien qu’elles parviendront, malgré tout, à s’apporter.
N’attendez cependant pas quelque chose de tout gentil et plein de bons sentiments. Aussi belle qu’on puisse trouver cette histoire, elle est très déprimante. Elle nous parle de l’adolescence et de ses difficultés, de filiation, de conflits familiaux si puissants qu’ils créent des névroses, de dépendance et des situations critiques que peut créer le manque de communication. Elle nous rappelle l’importance d’être soi, de se faire confiance avant tout. Elle nous parle des rencontres fortuites qui peuvent changer la vie. Mais elle nous dit aussi que certaines choses sont impossibles à changer. On ne peut pas tout guérir ni tout rattraper. 
Le récit se conclut avec Dwight, personnage aussi attachant qu’angoissé et cela m’a fait l’effet d’un immense gâchis. Pas parce que la conclusion m’a gênée, bien qu’elle soit triste. Non, ce qui m’a fait cet effet est la façon dont ce jeune homme s’est laissé empoisonné, un peu comme Isa, par son manque de confiance en lui et en l’autre au point qu’il ne s’est jamais permis ne serait-ce que d’apprécier ce qu’il avait. Dwight ne pouvait tout simplement pas croire à son bonheur et c’est cela le plus déprimant dans cette histoire.
C’est une bonne lecture, mais gardez-la pour un moment où vous avez le moral.

dimanche 24 décembre 2023

Retour à St Mary Hill - Cosy Christmas Mystery

Un roman de Carine Pitocchi, publié chez Robert Laffont 



Apprenant que son compagnon la trompe, Jo-Ann Brown, scénariste à succès, s’enfuit sans le moindre mot pour se terrer dans le cottage qu’elle a hérité d’une cousine. Si tout le monde la croit morte, tant mieux, ça fera les pieds à son ex. 
Cela vous rappelle quelque chose ? Oui, Agatha Christie. Ce roman est clairement placé sous le patronage de cette dernière ainsi que celui de Louisa May Alcott. Cela pour mon plus grand bonheur car ces autrices talentueuses ont bercé mon enfance. J’ai adoré toutes les références à leurs œuvres ainsi qu’à leur vie que Carine Pitocchi a glissées dans son propre ouvrage.
Le résumé de l’éditeur, quant à lui, nous vend une héroïne à la Bridget Jones. Ce n’est pas le cas et tant mieux ! J’aimais bien Bridget autrefois, mais j’ai lu ses mésaventures quand j’avais dix-sept ans et je la trouve assez insupportable aujourd’hui que j’en ai plus de quarante. Cela étant dit, j’ai néanmoins eu du mal avec le tempérament de Jo. 
Elle est très en colère au début, ce qui se comprend, je peux donc lui pardonner d’être exécrable. En revanche, quand elle a commencé à mettre sur le dos de son ex des choix qu’elle-même a faits, ça m’a tapé sur les nerfs. Entendons-nous bien, elle était en couple avec un abruti de compétition, mais c’est trop facile de tout justifier, surtout des petites lâchetés qui l’arrangeaient bien, en disant « c’est la faute d’Andrew, je faisais tout ce qu’il me disait ».
Jo et moi avons donc pris un mauvais départ et j’ai eu beaucoup de mal à m’attacher à elle. Je l’ai mieux comprise au fil de l’histoire, mais je n’ai jamais vraiment réussi à l’aimer. Tout au plus, je l’apprécie. Cependant ce manque d’affect est largement compensé grâce aux personnages secondaires. J’ai adoré Daisy, l’assistante débonnaire de Jo, avec son côté peste et son grand cœur. Alex, le neveu délaissé par son père, a lui aussi facilement gagné mon cœur, tout comme Jack, Judith, Violette et, le dernier mais pas le moindre, Lawrie, l’ami d’enfance de Jo.
Ce roman est de ceux que l’on lit pour leur ambiance aussi bien que pour le développement des personnages et en cela j’ai été ravie. Je me suis plu à St Mary Hill, qui m’a un peu rappelé le village où vivait ma grand-mère, et je n’avais pas envie d’en partir.
N’attendez pas grand-chose de l’enquête, elle est prévisible du début à la fin (et souffre d’un défaut de logique assez conséquent), mais cela n’a pas vraiment d’importance. Elle est un élément de décor, pas la trame principale de l’histoire. Ce sont les personnages qui importent : des gens tous un peu paumés à leur manière, qui se trouvent et forment une famille. En cela, Daisy et Alex sont particulièrement touchants, chacun à leur manière, et j’ai particulièrement aimé voir le jeune garçon s’intégrer dans un groupe de filles et sympathiser avec le voisin âgé de sa tante.
Jo, quant à elle, a encore pas mal de chemin à faire pour se guérir de ses blessures psychologiques et des angoisses qu’elles ont générées, néanmoins j’ai aimé la voir progresser et finalement montrer un peu de ses bons côtés.
Ce cosy mystery est idéal pour les vacances de Noël. Il était pile ce qu’il me fallait pour entrer dans l’hiver et l’ambiance des fêtes de fin d’année. Je me suis aussi bien marrée avec ce roman et il donne le ton d’une série qui pourrait bien devenir ma favorite dans le genre.

mardi 27 juin 2023

Fantomatique road trip

Un roman de Mathilde Payen, publié chez Syros.

Présentation de l'éditeur :

Cet été-là, Ninon et June décident de s'éclipser en douce et de partir toutes les deux sur les routes de France. Leur moyen de locomotion ? Un vieux solex et une petite carriole rafistolée, équipée de quelques provisions, deux sacs de couchage, une seule tenue de rechange pour chacune... Leur objectif ? Profiter de l'instant présent, loin des parents, loin du lycée, en oubliant tout projet d'avenir. Elles ignorent encore qu'un troisième larron sera du voyage : le fantôme d'un adolescent de leur âge décédé dans les années 70, qui va les entraîner bien plus loin que prévu, jusqu'à Londres...

Ninon et June rêvent d’un été de liberté et d’aventures, loin de leurs parents, des interrogations sur leur futur et des contraintes. Alors, sur un coup de tête, elles décident de partir en solex avec pour guide un vieux livre annoté par son précédent propriétaire. Bien sûr, leurs parents ne sont pas au courant de ce projet un peu fou…
Ce récit, tout comme les préoccupations de ses protagonistes, semble intemporel.
Je me suis rappelé les étés pleins de promesses qui semblent s’étirer sans fin mais qu’on sait éphémères… La fin de l’adolescence est un peu pareille : on sait que tout va changer bientôt, c’est là, quelque part, en périphérie de la conscience, mais c’est comme l’été, on ne voit pas la bobine du temps se dévider, on n’a pas l’impression d’en profiter assez.
Je me suis presque tout de suite entichée de ces deux filles avec leurs espoirs et leur culture qui ressemble un peu plus à celle de mon époque qu’à celle qui les a vues naître. Si Ninon, avec son enthousiasmes et sa spontanéité, donne son élan et son énergie à cette histoire, June, elle, lui apporte sa sensibilité artistique. J’étais prête à les suivre dans leur périple, mais comme nous le savons tous : rien ne se passe jamais comme prévu. Un troisième personnage entre dans l’équation et les filles vont devoir s’adapter.
J’ai aimé cette histoire pendant sa première moitié, vraiment, j’étais à fond, que ce soit à propos des vacances freestyle ou même quand on bifurque vers le surnaturel. Cependant, le soufflé est retombé. La dynamique qui se met petit à petit en place entre les membres de ce trio m’a déplu. Les petites mesquineries, la jalousie mal placée et les amourettes à deux balles, très peu pour moi. Je veux bien croire aux fantômes le temps d’une lecture, mais je n’ai pas cru à ces personnages ni à leurs décisions et encore moins à leurs sentiments. Pourtant, tout était réuni pour m’offrir une belle lecture d’été.
June est la narratrice et comme on vit le voyage à travers ses notes et autres réflexions, il est plus facile de l’apprécier que sa camarade. Cependant, même en tâchant de rester objective, j’ai eu de plus en plus de mal à supporter Ninon au fil de la lecture. June a ses défauts, mais Ninon ne pense pas à grand-chose d’autre qu’elle même et fait peu de cas de ses amis. C’est le genre de choses que je ne pardonne pas.
Sur la fin, j’avais juste envie que ça se termine pour passer à autre chose. Triste contraste avec les premiers chapitres que j’ai dévorés dans un élan enthousiaste.
La fin douce-amère m’a un peu réconciliée avec ce roman, mais la magie s’était évaporée depuis trop de pages pour que je sorte de ma lecture avec une bonne impression. C’est dommage. Faites-vous votre propre idée, peut-être que ce roman saura vous séduire davantage que moi.


mercredi 18 janvier 2023

Lumberjanes, Intégrale 1

Une BD de Brooke Allen, Shannon Watters, Grace Ellis et Noelle Stevenson, publiée chez Kinaye.

Présentation de l'éditeur :

Au camp pour filles badass de Miss Qiunzella Thiskwin Penniquiqul Thistle Crumpet, les choses ne sont pas toujours ce qu’on croit. Des renards à trois yeux. Des grottes secrètes. Des anagrammes !...

Heureusement, Jo, April, Mal, Molly et Ripley sont cinq meilleures amies qui n’ont pas froid aux yeux, et elles sont prêtes à tout pour passer ensemble des vacances d’été qui déchirent… et ce n’est ni une quête magique ni une bande de créatures surnaturelles qui vont les en empêcher ! Le mystère grandit de plus en plus, et ce n’est qu’un début…

Jo, Mal, April, Molly et Ripley passent leur été dans un camp scout pour filles (badass) : elles sont des Lumberjanes (mot formé à partir de lumberjack qui signifie bûcheron) et fières de l’être. Leur devise est « l’amitié au max » et elles l’appliquent tous les jours. Il se passe de drôle de choses autour du camp et nos cinq copines semblent être les seules à l’avoir remarqué. Elles sont bien décidées à tirer tout cela au clair, au grand désespoir de Jen, leur cheftaine, dont elles déjouent régulièrement la surveillance et qui angoisse à mort d’autant plus que Rosie, la responsable du camp, n’en fait pas grand cas.
J’ai été attirée par l’idée de base : une BD qui fait la part belle à l’amitié et qui encourage les filles a être braves, volontaires et à se soutenir les unes les autres. En cela, je n’ai pas été trompée, mais je suis un peu déçue quand même.
Les récits mis en scène dans cette BD manquent de consistance. Tout est fouillis, à l’image du style pictural, et pour commencer j’ai mis un temps fou à intégrer le nom des personnages. Heureusement pour moi, les portraits des filles et leurs personnalités sont exposés en fin d’ouvrage car dans l’histoire elle-même, on ne peut pas dire qu’elles soient développées et j’aurais eu du mal à dire qui est qui et quelles sont leurs caractéristiques sans cela. J’ai apprécié le goût du détail des auteurs qui ont créé une playlist illustrée pour chaque fille. Cela participe à les rendre plus vivantes. Mais ils en ont aussi fait des clichés sur pattes. On aurait pu s’attendre, vu le thème, à dépasser les stéréotypes ou s’en moquer, toutefois on patauge plutôt dedans. La seule qui subi une évolution notable est Jen, qui prend confiance en elle au contact de ses protégées. Elle est à mon avis le personnage le plus intéressant, car davantage mis en relief, de la BD. En tout cas elle est ma préférée.
L’arc principal et les courtes histoires qui composent la BD sont d’une grande simplicité : les filles voient un truc bizarre, genre un animal mutant ou une statue qui parle, et elles lui mettent une raclée. Ou alors elles voient un trou dans le sol et elles sautent dedans sans réfléchir… (Tiens, ça me rappelle un épisode de Buffy.) D’accord, elles sont intrépides et la force de leur amitié leur donne confiance, mais elles oublient quand même souvent de réfléchir avant d’agir (ou avant de cogner) et elles ne respectent pas grand-chose sinon leur envie du moment. Autant dire que c’est répétitif et exaspérant, d’autant que la fin n’est pas très élaborée non plus. En bref, il y avait certes une bonne idée, mais elle est concrétisée de façon assez médiocre.
Je n’ai pas été sensible au dessin non plus. Le trait est souvent grossier à mon goût, cependant j’admets que cela est subjectif. J’ai en revanche beaucoup aimé la galerie de couvertures à la fin de l’ouvrage.
Je dois en outre signaler un défaut de mise en page : toutes les introductions de chapitres, qui définissent les capacités récompensées par les badges que peuvent gagner les lumberjanes, sont amputées de leur fin. Ceci est d’autant plus dommage que ces extraits du manuel des lumberjanes sont intéressants, très positifs et porteurs d’importantes valeurs. Cela donne l’impression que l’édition n’a pas été soignée, d’autant qu’on y trouve aussi des coquilles.
Une seconde intégrale est prévue, mais je ne la lirai pas. On peut facilement se contenter de la première étant donné qu’il y a une conclusion, même simpliste.


mercredi 21 décembre 2022

Bons baisers de New York

Un roman d'Iris Visser, publié en numérique chez Kobo Originals.

Les autres tomes de la série :


Bons baisers de New York fait parti d’une série, trois volumes pour l’instant, dont les tomes peuvent se lire indépendamment. Iris Visser propose des comédies romantiques modernes, légères et pleines d’humour. On se laisse facilement emporter dans ses histoires, qui ne sont jamais tape-à- l’œil ni trop dramatiques. On est là pour s’amuser, pas pour pleurer. On peut croire en ses personnages et en leurs réactions car elle n’en fait pas des êtres parfaits ou caricaturaux.
Cette romance est idéale à lire pendant les fêtes car elle se déroule en partie durant cette période et je dois dire que, des trois, c’est ma préférée.
Emma travaille dans l’événementiel et elle a une manie : quand les silences deviennent gênants, elle se met à jacasser. Cela lui vaut d’être envoyée à New York pour un an, parce qu’elle n’a pas su dire non, et si son voyage en avion, assise à côté d’un gars qui tire la tronche, donne le ton de son séjour, elle est plutôt mal barrée…
J’ai beaucoup aimé Emma. C’est une fille sympathique, un peu maladroite mais sans que ça devienne exaspérant. Elle accumule les galères, sinon ce ne serait pas drôle, mais si elle s’en sort ce n‘est pas par enchantement ; elle sait utiliser son cerveau. On s’attache à Emma, on veut la voir réussir dans son travail comme dans ses amours. Et je dois dire que le gars sur lequel elle va jeter son dévolu n’est pas mal du tout...
Iris Visser ne force jamais sur les clichés quand elle en use et même si elle saupoudre souvent ses écrits de rivalité féminine, elle ne prend pas plaisir à noircir le tableau. Dans ses romans, les personnages finissent toujours par exposer leurs griefs et régler avec intelligence leurs problèmes, ce qui est assez rare dans ce type de littérature pour être signalé. J’ai apprécié que cette histoire, aussi focalisée soit-elle sur les amours d’Emma, prenne le temps de développer ses amitiés et sa vie à New York. Suivre la jeune femme dans ses pérégrinations a été un vrai plaisir, d’autant que puisqu’elle arrive à New York en septembre, on vit avec elle les fêtes et les traditions liées à l’automne et l’hiver.
L’autrice a aussi glissé dans ce roman quelques clins d’œil aux autres tomes de la série et on croise même brièvement les deux personnages de Bons baisers de Londres, ce que j’ai beaucoup apprécié.
Je ne suis pas férue de comédies romantiques, mais si Iris Visser en écrit d’autres, je serai au rendez-vous. Si vous avez envie de récits feel good et romantiques, je vous recommande cette série.


jeudi 3 novembre 2022

Quand la vie s'en mêle T2 : Valentine

Un roman de Lucie Castel, publié en numérique chez Kobo Originals.


Présentation de l'éditeur :

Suivez cette fois les pas de Valentine dans ce deuxième tome de la trilogie Quand la vie s’en mêle, par Lucie Castel. Après avoir décidé de couper les ponts avec sa famille, Valentine se lance dans une formation de guide touristique à Paris. À l’obtention de son diplôme, elle postule auprès du célèbre château des Deux Sources de la petite ville de Luserne, d’où elle est originaire. C’est Louis, le châtelain, patriarche fatigué et solitaire, qui l’embauche pour mettre en œuvre une idée qu’il a depuis longtemps : ouvrir le château au public dans l’espoir d’éponger les dettes accumulées par sa famille. Laquelle est farouchement opposée à ce changement… Alors que Valentine se jette corps et âme dans ce projet colossal, elle est rejointe par Gabriel, fils unique de Louis, un homme hautain et glacial. La collaboration entre Valentine, tombée amoureuse de l’édifice et qui veut à tout prix le sauver, et Gabriel, qui ne pense qu’à le vendre et à couper définitivement les ponts avec sa famille, fait des étincelles. Mais événements étranges et problèmes se multiplient au sein du château, poussant Valentine et Gabriel à mettre leurs divergences de côté pour résoudre le mystère de l’origine de ces attaques.

En suivant Adèle dans le premier tome, j’ai découvert une petite ville, avec ses défauts et ses qualités, mais surtout des personnages dont en a très envie de connaître les histoires. Je me suis donc replongée avec plaisir dans cette ambiance qui m’est, en tant que fille du Sud, assez familière, avec ses bons comme ses mauvais côtés. Dans les petites villes, tout le monde connaît tout le monde et souvent parler d’autrui est une distraction comme une autre… Aussi Luserne, bien que fictive, semble très réaliste. J’ai apprécié de la voir en hiver cette fois, avec les fêtes de fin d’année en bonus. Ce genre d’endroits très touristiques offre un tout autre visage hors saison, j’en sais quelque chose, et le changement d’ambiance est parfaitement décrit. Je me suis tout de suite sentie chez moi.
Ce deuxième tome est consacré à Valentine, qui essaie très fort d’assurer les fondations d’une nouvelle vie chèrement acquise. J’ai une certaine tendresse pour elle, cependant je conçois qu’elle puisse paraître assez antipathique de prime abord, surtout dans le premier tome. Toutefois, Valentine se bat contre cette part d’elle-même avec une telle opiniâtreté qu’elle en devient touchante. Dans ce volume, on apprend à mieux la connaître, on voit se dessiner ses cicatrices, mais aussi ses espoirs. Derrière le sarcasme qu’elle manie en permanence, derrière les affres de la maladie, se cache une amie loyale et une jeune femme pleine de rêves qu’elle ose à peine effleurer du bout des doigts. Sa toute récente liberté l’a laissé pleine de détermination mais aussi un peu chancelante. Personnage tout en contradictions, Valentine est à la fois très forte et très fragile. C’est ce qui fait tout son charme et qui la rend si réelle.
Même si ce roman est celui de Valentine, ses camarades ne sont pas laissés de côté. J’ai retrouvé avec plaisir Adèle, Ed, Nicolas et Jazz. C’est sympa de les voir évoluer, même si cela reste en arrière plan. On dirait bien qu’Adèle a apporté un vent de changement avec elle dans ce petit groupe au sein duquel elle a pris racine. Ils ne sont plus figés, subissant tous les aléas de la vie, mais sont bien décidés à se construire une existence qui leur ressemble. Il est un peu frustrant de ne pas en voir davantage à leur sujet.
Il faut dire que ce roman se lit très vite et on ne s’ennuie jamais, même si on voit tout venir de très loin. Les clichés se ramasse à la pelle, mais ce n’est pas bien grave car l’autrice sait rendre son histoire plaisante d’un bout à l’autre. Je serais bien en peine de trouver un genre dans lequel le classer, si ce n’est « feel good ». Prenez une petite ville du Sud en hiver, une bande de copains, un soupçon de romance et un paquet d’ennuis, vous obtiendrez quelque chose d’assez approchant du noyau de ce récit.
J’ai bien aimé l’histoire de fond : une guéguerre entre aristos de campagne et ce château qui s’écroule de partout, comme la famille qu’il abrite, mais qu’on essaie de réhabiliter. Je ne suis pas une fan de secrets de famille, mais tout le folklore inventé autour de ces deux maisonnées est assez amusant. La romance est discrète, juste ce qu’il faut de sucre pour adoucir l’histoire, et les personnages sont attachants. Que demander de plus ? C’est le roman pas prise de tête parfait pour un jour de pluie près de la cheminée. Ce tome s’est révélé meilleur que le précédent et je lirai sans aucun doute la suite.


mercredi 6 juillet 2022

Bons baisers d'Ibiza

Un roman d'Iris Visser, publié uniquement en numérique chez Kobo Originals.


Je vous épargne le résumé de l'éditeur qui en dit beaucoup trop.


Si Eva débarque à Ibiza en début d’été, c’est loin d’être pour prendre les vacances qu’elle mériterait pourtant. Appelée au secours par sa cousine, elle est venue pour mettre ses compétences au service de ses grands-parents. Surendettés, ces derniers pourraient bien perdre leur paillote et avec elle le travail de toute une vie. Leurs deux petites filles sont bien décidées à tout faire pour les sortir du pétrin, même si cela veut aussi dire apporter du changement.
Tout en étant une romance, ce récit est aussi celui d’une famille et cela le rend touchant. J’ai beaucoup aimé la relation entre les deux cousines, qui sont très différentes mais complémentaires. L’amitié, même si ce n’est pas le thème principal, a son importance dans ce roman et n’est pas un tissu de clichés. Je dois reconnaître que ça fait du bien car l’amitié, surtout féminine, est souvent traitée de manière très superficielle dans les romans. Mia et Eva se soutiennent en toutes circonstances et même quand l’une émet des doutes sur les choix de l’autre, elle le fait avec bienveillance.
La romance, en revanche, utilise quelques lieux communs, cependant l’autrice en use à bon escient et sans trop insister dessus. On sait bien sûr toujours où l’on va, mais le cheminement est agréable, en bonne compagnie. Eva et Elias sont des personnages vraisemblables et assez sympathiques, si ce n’est attachants. Leur histoire sonne juste. Eva est une fille intelligente, qui ne pleurniche pas sur son sort et qui ne passe pas son temps à douter d’elle pour le plaisir d’être rassurée, même si elle n’a pas non plus une confiance à toute épreuve. Quant à Elias, si quelques clichés cliquettent à ses basques comme des casseroles, il a le mérite de ne pas être le prototype du mâle toxique que l’on retrouve dans les romances bien trop souvent à mon goût. Cela seul suffit à me le rendre agréable, toutefois j’avoue que son background familial ne brille pas par son originalité.
J’ai apprécié que le récit se déroule à Ibiza, ça change de ce qui se fait habituellement. Bien sûr, ce n’est pas très dépaysant pour une méditerranéenne, mais je me suis un peu sentie comme à la maison, ça compense.
Ce fut une lecture très rafraîchissante et pleine d’humour, une jolie romance estivale légère et néanmoins bien écrite, idéale comme lecture de plage.


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lundi 18 avril 2022

Quand la vie s'en mêle T1 : Adèle

Un roman de Lucie Castel, publié en numérique chez Kobo Originals.

Présentation de l'éditeur :

Lorsque la grand-mère adorée d’Adèle décède, la jeune femme à l’esprit sarcastique et à la langue bien pendue est déterminée à respecter ses dernières volontés : quitter la demeure familiale et partir à l’aventure.

Une formation de jardinier-paysagiste plus tard, elle part pour Luserne, petite ville du sud, où se trouve Lucien Vidal, vieil homme acariâtre mais aussi et surtout premier grand amour de sa grand-mère. Grâce à lui, Adèle décroche un petit boulot pour s’occuper du jardin du cimetière communal.

Malgré la suspicion qu’elle suscite chez les habitants les plus conservateurs, elle se lie bientôt d’amitié avec un groupe de marginaux : un jeune facteur dont l’obésité menace son maintien en poste, une toiletteuse gothique et lesbienne, une ancienne reine du lycée anorexique et le jeune et séduisant croque-mort de la ville.

Mais l’ambiance se dégrade lorsqu’un corbeau placarde sur les tombes des lettres accusant des notables respectables des pires comportements. Commence alors une chasse aux sorcières qui accuse prioritairement les amis d’Adèle en raison de leurs différences…

Adèle, vingt-cinq ans, ne sait plus quoi faire de sa vie. Elle a perdu l’être qui lui était le plus cher au monde : sa grand-mère qui l’a élevée. Ce deuil lui semble d’autant plus insurmontable qu’elle s’était repliée sur elle-même, enfermée avec sa grand-mère pour profiter le plus possible du temps qu’il leur restait. Pendant dix ans, elle a tout juste vivoté et le peu d‘attaches qu’elle avait réussi à nouer en dehors de cette relation fusionnelle ne pèse pas bien lourd. Mais c’est sans compter les dernières volontés de Mahaut qui avait bien l’intention de sortir sa petite-fille de l’impasse, même malgré elle.
Alors, ça peut sembler cliché raconté comme ça, mais ça n’a pas d’importance, parce qu’on entre dans cette histoire avec une facilité déconcertante et un intérêt qui ne fait que croître au fil des pages. La jeune femme sarcastique et paumée que l’on rencontre au pire moment de sa vie est très attachante. Adèle est sympathique, elle aime le cinéma et les couleurs vives, elle se sent seule et cache ses failles sous beaucoup trop de sarcasme. Parce qu’elle est une fille lambda à laquelle on peut facilement s’identifier, elle ne semble que plus réelle. Elle se trouve désarmée face à la vie car sa grand-mère était le centre de son monde, mais ce n’est pas pour autant une petite chose fragile qui va pleurer sur son sort. Bien au contraire, elle décide de se focaliser sur la vie et d’être heureuse.
Ce roman est assez typique du genre feel good, avec un événement malheureux comme déclencheur d’une volonté de se reconstruire. Le début nous offre quelques réflexions sombres, mais très vraies, sur le cancer. Sachez toutefois, si c’est pour vous un sujet sensible, que c’est l’affaire de quelques pages. L’héroïne ne s’appesantit ni sur son deuil ni sur la maladie. Cependant, ce passage m’a marquée à cause de ses accents de vérité et de mon expérience personnelle sur le sujet. Je suppose que cela m’a aidée à entrer dans l’histoire, puisque j’y ai tout de suite cru.
Une fois les affres du deuil consumées, Adèle décide enfin de sortir de sa coquille et comme il faut bien commencer par quelque chose autant dévider la pelote de souvenirs que lui a laissée Mahaut, une pelote de regrets pour encourager sa petite-fille à ne pas commettre les mêmes erreurs.
Cette histoire est agréable à lire et pleine d’humour. Quand l’autrice emploie des clichés, ce qui arrive souvent, ils se fondent dans l’intrigue sans trop laisser de grumeaux. C’est le genre de clichés qu’on apprécie parce qu’on se sent comme à la maison, même si on lève de temps en temps les yeux au ciel juste par esprit de contradiction. L’ambiance d’une petite ville du Sud est parfaitement rendue, même si bien sûr les contours sont accentués car il faut bien assurer le spectacle.
J’ai passé un bon moment avec Adèle et ses amis. Cependant, j’ai relevé quelques incohérences, coquilles et cafouillages. Entre autres, il y a des contradictions dans l’histoire de certains personnages, une femme change de prénom en cours de route et pourquoi diable Adèle porte-t-elle le nom de jeune fille de sa grand-mère quand on sait que celle-ci s’est mariée ? Enfin, cela est ennuyeux mais pas bien grave. C’est le genre de roman sans prétention qu’on lit pour son ambiance solaire et pour voir les gentils triompher des aléas de l’existence. Dans cette optique, c’est une réussite.
Comme je suis curieuse d’en apprendre davantage sur les amis d’Adèle, je lirai sans doute la suite.


mardi 7 décembre 2021

Dash & Lily


Dash & Lily est une série d’une seule saison en huit épisodes d’environ vingt-cinq minutes chacun. Elle est tirée du roman Dash & Lily’s Book of Dares de Rachel Cohn et David Levithan. Ce roman a eu deux suites. Je ne l’ai pas lu, mais c’est le fait d’en avoir entendu parler qui m’a fait m’intéresser à la série lors d’une journée à buller pendant les vacances de Noël de 2020. Je n’avais pas lu le résumé puisque je connaissais vaguement celui du livre et je pensais qu’il s’agissait d’un film… Autant dire que j’ai été très surprise par le générique de fin du premier épisode. Or, il se trouve que Dash & Lily c’est comme les schokobons : on n’en mange qu’à noël, mais quand on en prend un, il est difficile de s’arrêter. Bon, je vous rassure tout de suite, ce n’est pas aussi écœurant et vous ne risquez pas d’être malade si vous enchaînez les épisodes comme moi l’an dernier, même si vous êtes allergiques aux séries pour ados et aux films de Noël.
Tout commence avec un carnet rouge d’une célèbre marque, déposé dans le rayon d’une librairie tout aussi célèbre, juste à côté de Franny & Zooey de Salinger. Dash, dix-sept ans, promène sa déprime de fin d’année dans ledit rayon (ses deux parents lui donnent la vive impression de ne pas vouloir de lui pendant les fêtes et le bonheur ambiant l’étouffe). Bien sûr il tombe sur le carnet, l’ouvre et y découvre les énigmes laissées par une fille de son âge.
Comme Dash, Lily est une solitaire, mais dans son cas ce n’est pas par choix. Elle peine à se faire des amis, elle se trouve trop bizarre et elle n’a pas les mêmes centres d’intérêt que les jeunes de son âge. Et c’est encore plus dur cette année car elle se retrouve seule avec son frère (qui débute une nouvelle relation amoureuse et n’est pas disposé à passer du temps avec elle). Lily adore Noël, mais le fait d’être privée de sa famille et de voir tout le monde en couple autour d’elle lui pèse, d’où le carnet rouge, véritable bouteille lancée à la mer.
Dash et Lily vont apprendre à se connaître par l’entremise de ce carnet. Ils vont se défier aussi, sortir de leur zone de confort, s’aider à grandir un peu également. Mais vont-ils finir par se rencontrer ? Et surtout l’image qu’ils se sont faite l’un de l’autre sera-t-elle à la hauteur ?
Résumé comme cela, on pourrait croire à une histoire de romance à trois sous, mais c’est beaucoup mieux que ça. Cette série a été une excellente surprise. C’est mignon tout plein et bien dans l’esprit de Noël, c’est drôle et intelligent.
J’ai beaucoup aimé les deux personnages principaux. Dash est un gars un peu grincheux et dépressif, trop intelligent pour son propre bien, mais qui au fond a juste du mal avec les interaction sociales. Quant à Lily, derrière tout son enthousiasme et son côté optimiste guimauve, elle cache de nombreuses blessures ainsi qu’une grande envie de trouver sa place. Ce que j’aime particulièrement chez elle, c’est qu’elle ne veut pas pour autant cesser d’être elle-même, ce qui serait une solution de facilité. Je les ai trouvés l’un et l’autre aussi crédibles qu’attachants.
Les personnages secondaires sont moins fouillés, mais se jouent des clichés pour la plupart, ce qui est somme toute rafraîchissant. J’aurais vraiment voulu une deuxième saison qui leur aurait donné plus d’espace. Ceci dit, la première a une bonne fin et se suffit à elle-même. Je l’ai revue avec plaisir et je pense qu’elle est en train de devenir un de mes classiques de Noël.

De Rachel Cohn et David Levithan, j’ai lu La playlist infinie de Nick et Norah. Je ne l’ai pas chroniqué, mais c’est un chouette livre. Norah est un rien geignarde, cependant je me dois de saluer une romance YA moderne qui sort des clichés habituels.


lundi 13 juillet 2020

Oh Happy Day

Un roman d'Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat, publié chez Fleuve éditions et en audio chez Lizzie.

Vous pouvez consulter mon avis sur le premier tome.

Présentation de l'éditeur :
Après quatre ans de silence et ce qu'il appelle son "grand malheur", Pierre-Marie Sotto décide d'écrire à Adeline Parmelan au sujet d'un certain carnet qu'il aurait laissé chez elle. Est-ce un prétexte pour reprendre contact avec celle qu'il n'a jamais oubliée depuis leur rupture ? En ce cas, le moment paraît très mal choisi. Occupée par son prochain déménagement vers le Canada avec l'homme qui partage désormais sa vie, Adeline a bien d'autres projets en tête que de renouer avec lui.
Seulement, c'est sans compter sur le lien indéfectible qui les attache l'un à l'autre. De surprises en confidences, leur correspondance va les entraîner dans un tourbillon inattendu d'émotions.

Attention :
Cet article contient des spoilers sur le premier tome.
Et contrairement à mes habitudes je pense avoir un peu trop dévoilé les rouages de ce second tome car son sujet me tient à cœur. Alors si vous voulez préserver toutes les surprises, ne lisez pas ma chronique. Je m’en voudrais de vous gâcher la lecture.

Oh Happy Day est la suite de Et je danse aussi, un grand coup de cœur dont je vous ai parlé voilà quelques semaines. Être encore plus séduite par ce second tome me paraissait impossible, pourtant c’est le cas. Oh Happy Day est un coup de cœur absolu et un grand roman. Attention, il faut avoir lu le premier pour l’apprécier à sa juste valeur.
La fin du tome précédent nous laissait sur une interrogation, ce qui n’était pas un problème à mon avis, cela convenait parfaitement à la forme de ce récit épistolaire. Toutefois, j’ai été ravie à l’idée de retrouver les personnages. Je me suis beaucoup attachée à eux, les auteurs ont su les rendre vivants à mes yeux. Je parle bien sûr des deux protagonistes de cette histoire, mais aussi de toute la galerie de personnages qui les accompagnent.
On retrouve tout ce petit monde quatre ans plus tard, alors que Pierre-Marie tente de renouer avec Adeline. On découvre au fur et à mesure où les a menés leur relation et ce qu’ils ont fait de ces quatre années. Les auteurs nous mènent par le bout du nez, avec finesse et virtuosité. J’aime cette façon de dévoiler l’intrigue et toutes ses ramifications par petits bouts. Cela entretient le mystère et laisse au lecteur le loisir d‘émettre des hypothèses. J’avais déjà apprécié cela dans le précédent tome, néanmoins c’est encore plus vrai pour celui-ci. Le suspense m’a happée toute entière, si bien que j’ai fini le roman en deux jours. Il faut dire que j’avais opté pour la version audio, ce qui a rendu les choses plus faciles, mais c’est quand même huit heures d’écoute (si l’on ne compte pas l’entretien avec les auteurs en fin d’ouvrage) !
Cette fois, le roman n’est plus strictement épistolaire et si j’avais apprécié de n’avoir que les courriers dans le premier volume, je dois dire que les quelques passages narratifs et l’ajout des brouillons non-envoyés à la correspondance enrichissent le récit. C’est très appréciable. Pour une fois le lecteur en sait un peu plus que tous les personnages, toutefois dans ce contexte cela ne fait que l’angoisser davantage.
Ce roman aborde des sujets graves, mais jamais de façon désespérante. On parle encore fois de deuil et de trahisons, mais surtout d’un type bien particulier de prédateur : le pervers narcissique. Les auteurs le mettent en scène avec brio. Et puis comme le dit si bien Jean-Claude Mourlevat : « un roman qui n’est jamais drôle n’est pas un bon roman. » Alors, dans celui-ci vous rirez autant que vous tremblerez pour les personnages.
On pourrait croire que Pierre-Marie et Adeline n’ont pas changé en quatre ans et c’est un peu le cas. Comme nous tous, ils évoluent sur la base de ce qu’ils sont déjà, mais on sent que les événements qu’ils vont nous conter les ont beaucoup atteints. Pierre-Marie nous relate son grand malheur, un récit qui m’a beaucoup touchée car je l’ai anticipé, d’une manière fort étrange d’ailleurs, et qui fait écho à une situation dont j’ai été témoin plus jeune. Sa façon de le raconter ne m’en a semblé que plus réaliste.
Adeline, que j’appréciais déjà beaucoup, m’a encore davantage touchée dans ce tome. C’est une femme étonnante et sa façon d’envisager la guérison de manière alternative me plaît beaucoup. Cependant, si je suis un peu plus identifiée à elle cette fois, c’est parce que son histoire m’a parlé. J’ai apprécié la façon dont elle oscille, sans cesse entre l’élan qui pourrait la sauver et tout ce qui la retient. Cela aussi m’a semblé très juste. Adeline est intelligente, volontaire et généreuse. Mais c’est aussi la candidate parfaite pour un genre de prédateurs très sournois. Des tas de jeunes femmes le sont et il faut que ça se sache. Connaître les rouages de ce type de relations peut les sauver.
Sur une note plus légère, j’ai été ravie de retrouver certains personnages secondaire, dont l’excellent duo Max et Josy. J’adore ces deux-là. Certes ils apportent une part de cocasserie non négligeable à l’histoire, mais ils sont aussi très attendrissants, à la fois dans leur manière de ne pas savoir s’aimer sans se disputer, mais aussi dans la franche et fidèle amitié qu’ils vouent à Pierre-Marie. Bien sûr, c’est Max le grand copain de ce dernier, toujours prêt à le suivre dans ses délires, mais Josy, avec son caractère intransigeant et son pragmatisme, incarne la voix de la raison dans le trio.
J’ai passé un excellent moment avec ce roman. J’ai retrouvé tout ce qui m’avait plu et passionnée dans le premier tome, et plus encore.
Le livre audio est d’une qualité exemplaire. Les comédiens, les mêmes que pour Et je danse aussi, font un travail remarquable et j’ai eu autant de plaisir à réentendre leurs voix qu’à retrouver les personnages. Ils contribuent grandement à rendre cette lecture vivante et je ne peux que vous conseiller d’écouter ces livres.
Autre avantage de la version audio : un entretien complète la lecture. Les auteurs y abordent la genèse de leur projet et tout le processus d’écriture. C’était très intéressant.

lundi 1 juin 2020

Dans les pas de Valeria

Un roman d'Elisabet Benavent, publié chez Archipel.
La version audio est chez Lizzie.

Présentation de l'éditeur :
Elles sont quatre amies de toujours qui vivent à Madrid. Complices et inséparables, elles se connaissent sur le bout des doigts et se racontent tout. Vraiment tout. Surtout leurs histoires de cœur...
Valeria, 27 ans à peine, commence à s'encroûter avec son compagnon de toujours - elle déprime ; Lola s'est entichée d'un super coup - mais il est fiancé ; Carmen est amoureuse d'un collègue, mais elle n'ose pas se lancer - elle est un peu complexée ; Nerea, la sainte- nitouche du groupe, vient enfin de rencontrer un homme à sa hauteur - mais...
Tout bouge lorsque Valeria rencontre Victor, un homme ô combien séduisant ; lorsque Lola décide de réagir ; lorsque Carmen parvient à séduire son collègue et découvre que le nouveau petit ami de Nerea n'est autre que... son propre boss - qu'elle déteste ! Leur amitié survivra-t-elle à ce drame ?
C'est drôle, c'est vif, ça pétille et ça passe aussi vite qu'une soirée entre filles. On s'est à peine embrassées qu'il est déjà l'heure de se quitter. À regret.

Dans les pas de Valeria est le premier tome d’une tétralogie ; une adaptation vient de sortir sur Netflix. À force de voir ce livre un peu partout, cela a titillé ma curiosité.
Je suis partie d’un très mauvais pied avec ce roman car j’avais opté pour la version audio et j’ai trouvé la narratrice exécrable. Elle ne met aucune expression dans sa lecture et cela donne l’impression que les personnages sont encore plus stupides qu’ils ne le sont déjà. En outre, j’ai constaté qu’il manquait un bout de phrase dans le premier chapitre. J’en ai eu confirmation quand je me suis décidée à passer à la version numérique, lasse que j’étais de la lectrice. C’est peut-être un incident isolé, n’ayant pas été plus loin que le chapitre six pour l’audio je ne peux l’affirmer, mais cela me fait douter de la qualité de l’enregistrement.
Enfin bref, revenons au récit. Malgré le changement de support et mon opiniâtreté à finir ce roman, je n’ai pas réussi à lui trouver de qualités. Faisons simple, c’est Sex and the City à Madrid. Nous avons Valeria, l’aspirante écrivain dont le mariage bat de l’aile et qui trouve son inspiration dans les aventures sexuelles de ses trois meilleures amies, Carmen l’accro au boulot, Lola la délurée — peu importe de quoi les autres parlent, elle trouvera toujours moyen de placer une allusion sexuelle, de préférence aussi vulgaire qu’incongrue — et Nerea la coincée — ce n’est pas moi qui le dis, ce sont ses amies — avec de très hauts standards. Si tout cela ne te rappelle pas quelque chose, c’est que tu es très jeune. Pour moi, c’est juste une mauvaise contrefaçon avec des coutures qui craquent de tous les côtés.
Que dire… Il est très difficile de s’impliquer dans la vie de ces personnages tant l’autrice nous les rend inconsistantes. Elles n’ont aucun relief, elles n’éveillent ni sympathie ni émotions car leurs histoires sont contées de façon trop superficielle. C’en est aussi étonnant que navrant. Je me suis contentée d’attendre que ça passe.
Ce roman est composé de dialogues et des commentaires de Valeria sur sa vie ou celle des trois autres filles. Les chapitres sont courts et les ellipses nombreuses. La forme de la narration ne sied pas au récit. Le fait que ce soit Valeria qui raconte les histoires des autres contribue à les rendre plus creuses étant donné qu’elle n’est pas omnisciente. Le style est d’une platitude affligeante, elle pourrait nous résumer le bulletin météo que ce serait du pareil au même, elle se contente d’énumérer des faits. Quand on sait que le récit est majoritairement composé de baise et de crêpage de chignon, ça ne fait pas rêver.
Le texte est jonché de phrases toutes faites et de clichés du genre « Telle une tigresse, elle ne versait jamais une larme, mais faisait pleurer les autres. » ou encore mieux : « Victor était une arme de destruction massive... » C’est la version moderne du « canon », j’imagine...
Pour Valeria, il n’y a que deux types de femmes : celles qu’elle se ferait si elle n’était pas hétéro (oui c’est elle qui le dit. Apparemment on ne peut pas trouver une autre femme belle sans devoir se justifier sur sa sexualité) et les guenons. Charmant... Et je vous passe d’autres remarques du même acabit. Je pourrais vous dire qu’avec ce roman l’image de la femme prend un coup dans l’aile, mais celle des homme est en train d’agoniser dans le caniveau. Machos, misogynes, manipulateurs, lâches et abrutis, ils ont tout pour plaire. Il n’y a pas un personnage pour rattraper l’autre.
J’espérais un roman moderne et amusant. Il l’est peut-être pour d’autres. Valeria et ses copines m’ont donné l’impression d’être des concepts plus que des personnages. On veut leur donner un genre, une impertinence et une modernité formatées, mais elles sont juste creuses et vulgaires. Entendons-nous bien, je ne suis pas prude, elles peuvent s’envoyer la terre entière, tous les machos et les bourrins qu’elles veulent, et parler de cul sans arrêt, cela ne me choque pas, mais là c’est juste une énumération d’ébats sans aucune autre finalité. Elles n’ont aucune personnalité. Je ne sais pas quelles femmes elles sont censées représenter...
Je ne comprends vraiment pas l’engouement qu’a provoqué ce roman. J’essaierai peut-être la série, parce qu’on dit qu’elle est assez différente et que je suis curieuse, mais j’en ai terminé avec les romans.

lundi 2 décembre 2019

Passing Strange

Un roman d'Ellen Klages, publié chez ActuSF.

Présentation de l'éditeur :
San Francisco, 1940. Six femmes, avocate, artiste ou scientifique, choisissent d’assumer librement leurs vies et leur homosexualité dans une société dominée par les hommes. Elles essayent de faire plier la ville des brumes par la force de leurs désirs… ou par celle de l’ori-kami. Mais en science comme en magie, il y a toujours un prix à payer quand la réalité reprend ses droits.
Ellen Klages est une autrice américaine d’imaginaire qui vit à San Francisco. Passing Strange, a été finaliste du prix Nebula avant de remporter les World, British Fantasy et Gaylactic Spectrum Award 2018.
Choisir un livre est un pari. Tout lecteur sait qu’il peut parfois ouvrir un ouvrage et ne jamais y entrer ou au contraire tomber dedans dès la première phrase. La raison de cette intimité immédiate peut lui apparaître évidente ou impossible à définir, même une fois la dernière page tournée. Quelle importance de savoir pourquoi on a aimé un livre, pourquoi on a su dès les premières lignes qu’on l’aimerait ?
Cela m’est arrivé avec Passing Strange. Je suis entrée dans cette histoire comme une invitée dans une maison accueillante. C’était confortable et familier, même si j’y venais pour la première fois. Il faut dire que le réalisme magique, comme le fantastique, c’est ma came. Si le second est sombre et introspectif, le premier est plus optimiste ou en tout cas plus ouvert. Lire du réalisme magique, surtout à l’américaine, c’est voir d’un coup l‘horizon s’ouvrir sur un champ de possibilités immense... et souvent aller vers la plus farfelue. La magie discrète qui caractérise ce genre est facile à accepter, banale et habile à la fois. Elle ne prend pas le pas sur l’intrigue, elle s’y mêle naturellement.
Ici, la magie agit sur l’espace et le temps, elle plie le monde pour qui sait la manier. Elle est un art délicat, presque anodin. Ce sont les détails, la persévérance et la finesse, autant mentale que gestuelle, qui peuvent comme un rien changer le cours des choses. Et l’art, bien sûr, que serions-nous sans art ? Ne naît-il pas de notre capacité à nous émerveiller, à voir au-delà des choses, de notre besoin de créer ?
Passing Strange est un roman nimbé de magie où il fait bon flâner malgré les injustices dont il nous rend témoins. Il nous ramène à l’aube de la seconde guerre mondiale, à San Francisco, dans le sillage de six femmes d’âges variés. J’ai adoré les suivre, les voir évoluer, apprendre à leurs côtés ce qui caractérisait leur époque. Je me suis passionnée pour leur vie, insurgée de découvrir comment ces femmes intelligentes et dotées d’un tel appétit de vivre étaient fustigées par la société. Pourtant, ce n’était pas une surprise.
Néanmoins cela paraît toujours aberrant de se dire qu’une femme pouvait être arrêtée si elle ne portait pas au moins trois vêtements féminins. À notre époque où l’homophobie est malheureusement encore bien présente, on se rend malgré tout compte que du chemin a été parcouru. Enfin, dans certains pays…
Mais revenons aux femmes qui font ce roman. Il y a Franny, cartographe et magicienne, qui fait office de fil de trame entre ces femmes, et Babs, sa compagne, la mathématicienne. Il y a Helen, américaine d’origine japonaise qui doit danser pour gagner sa vie malgré ses diplômes. Il y a Emilie qui a fui sa riche famille et Haskel l’artiste. Enfin il y a Polly, seize ans, que son père a voulu protéger des conflits qui font rage en Europe. Elles sont toutes attachantes, brillantes, volontaires. Comment ne pas vouloir le meilleur pour elles ?
J’aurais bien passé davantage de temps avec elles. J’ai particulièrement aimé la personnalité d’Helen et sa finesse d’esprit. La façon dont elle a choisi de clore cette histoire est un tour à sa mesure. Emilie et Haskel sont aussi très émouvantes.
Passing Strange parle de magie et de science, d’amitié et de désir d’émancipation, mais c’est aussi une très belle histoire d’amour.
Le seul reproche que je pourrais faire à ce roman est le nombre assez impressionnant de coquilles : mots absents, en double ou à la place d’autres. C’est fort dommage. Cependant, cela n’empêche pas d’apprécier cette belle histoire que j’ai quasiment lue d’une traite tant elle m’a plu.
Et maintenant je vais me consoler d’avoir fini ce roman avec la nouvelle spin off : Caligo Lane.