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mercredi 6 avril 2022

Meute

Un roman de Karine Renneberg, publié chez ActuSF.

Présentation de l'éditeur :

Roman atypique lycantrope, Meute suit les traces de Nathanaël, Val et Calame. Le premier est un loup-garou né de la violence et la solitude qui se débat au sein d'une meute qui ne lui convient pas. Le second est un humain à qui l'on a volé la voix. Quand le troisième entre dans leur vie bien malgré eux, des tensions s'installent et menacent de tout déchirer. Comment trouver son équilibre, dans un monde où les secondes chances n'existent pas ?
Ce récit fantastique est avant tout celui d'une tranche de vie, de ce moment où tout bascule entre le noir et la couleur.

Karine Rennberg est une autrice nantaise. Elle explore l'imaginaire avec une prédilection pour les mondes durs teintés de magie, et les personnages remplis de failles et de couleurs.

Nath a grandi dans les Docks, domaine des gangs qui se disputent les marchés les plus lucratifs : drogues, équipements technologiques ou encore… nourriture. En effet, une éruption solaire a achevé de laminer une société déjà en chute libre. Les ressources se font rares et pour survivre il vaut mieux être fort et sans scrupule.
Nath sait se défendre. Mieux encore, il sait se battre et il aime ça, ce qui fait de lui un mercenaire recherché et un combattant apprécié dans les arènes. Mais il a aussi un secret qu’il doit à toute force garder : il est un loup-garou. Son coéquipier et ami Val, seul humain dans la confidence, est là pour assurer ses arrières, néanmoins il ne peut pas l’arracher à ses obligations en ce qui concerne la meute car, même s’il n’en fait pas partie, Nath a conclu un accord avec l’Alpha. Et cela va le mettre dans une situation aussi inconfortable que surprenante. Cela va, à son corps défendant, le changer.
Ce roman m’a attirée par son originalité. Ces dernières années, la SFFF n’a pas beaucoup exploré la lycanthropie autrement que dans une optique sentimentale. Je ne critique pas, même si je préfère le fantastique, je constate. Cependant il faut bien reconnaître que c’est lassant et aussi réducteur que l’ont été en leur temps les récits d’horreur invariablement associés aux loups-garous. Il fallait que ça saigne, bonnes gens ! Je dois dire que je m’attendais un peu à l’un de ces récits sanglants, mais si Meute est brutal, juste ce qu’il faut, ce n’est pas un roman horrifique. Il suit son propre chemin et celui-ci se trouve entre anticipation, fantastique et roman de mœurs. Il explore l’humanité en ses personnages, la complexité de leur personnalité, la façon dont ils se sont construits et dont ils interagissent, tout cela face à la violence de leur environnement. Ils ne cherchent pas à s’en cacher ou s’en extraire, ils s’adaptent. Ils acceptent la violence, qu’elle viennent d’eux ou de l’extérieur, mais ne se laissent pas dominer par elle. C’est là toute leur force et toute l’intelligence du récit.
Ce roman raconte les liens, choisis ou non, qui se tissent et qui peuvent emprisonner aussi bien que protéger. Il raconte la dévotion, l’amitié, les multiples formes que peut prendre une famille. Mais il raconte aussi les traumatismes, la cruauté et les luttes de pouvoir. Si ce monde est très sombre, il reste néanmoins de l’espoir et on peut le trouver aussi bien en la personne d’un combattant implacable que dans un adolescent mutique.
J’ai aimé Val et sa force tranquille, l’énergie bouillonnante de Nath, les couleurs et la vulnérabilité de Calame, puis les gens qui gravitent autour d’eux. On s’attache à ces personnages, on tremble pour eux, et c’est formidable de les voir évoluer tant ils paraissent réels. Il est d’autant plus facile de se mettre à leur place que la narration est faite à la deuxième personne du singulier, choix plus qu’inhabituel. Je ne vous cache pas que cela m’a gênée au départ, mais je comprends tout l’intérêt de ce choix. Un roman particulier méritait une narration particulière. Quand on s’y fait, cela devient très immersif.
J’ai été très agréablement surprise par tout ce que Meute a à offrir. Une fois la première page tournée, il m’a été très difficile de le lâcher et, quand la fin est arrivée, j’ai mesuré le vide laissé par ces personnages que je n’avais pas envie de quitter. Cela a été pour moi un grand moment de lecture et une excellente découverte.

jeudi 12 mars 2020

Seul un homme

Un roman de Vanessa Arraven, publié chez Pygmalion.

Présentation de l'éditeur :
La colère du peuple gronde à nouveau. Après les indignés et les Gilets jaunes, un troisième mouvement s'est levé : les envoltés. A Nantes, So Yun est une jeune femme issue d'une famille de militaires. Elle ne supporte pas les violences policières. Face à la faiblesse des institutions, elle se saisit d'un bokken, se masque et va dans la foule défendre les participants. Mais, prise entre deux feux, elle se refuse à frapper et se contente de dévier les tirs. Sirin est une envoltée de la première heure. Avec l'apparition de ce protecteur fantomatique, elle trouve un symbole qui lui donne de l'espoir. La jeune femme décide de le soutenir à sa manière : en en parlant sur les réseaux sociaux. Pourtant, comme tout le monde, elle est convaincue que leur mystérieux défenseur est un homme... Lors d'une manifestation, avant que So Yun ait eu le temps de s'équiper, un jeune homme est gravement blessé. Alors, tout bascule. Et la colère grandit, qui devient rage.
Vanessa Terral nous revient sous son nouveau nom de plume — Vanessa Arraven — avec un roman très actuel. C’est un plaisir de retrouver la plume de cette autrice qui fait toujours preuve d’intelligence et d’une grande sensibilité dans tous les sujets qu’elle choisit de traiter.
Seul un homme est à la fois un récit très différent – de l’anticipation avec juste une légère pointe de fantastique — et très cohérent avec tout ce que j’ai pu lire d’elle. J’y ai retrouvé son humanisme et sa façon si particulière de présenter toutes les nuances de gris. Elle ne choisit jamais la facilité.
Ce roman fait écho à notre situation actuelle et exprime le ras-le-bol d’un peuple en quête de changements, de justice et d’équité. La difficulté de se faire entendre et l’horreur des affrontements entre les militants et la police — des gens qui ne sont que des êtres humains, faillibles, dressés les uns contre les autres par un pouvoir injuste et cynique — sont parfaitement décrites. Comme quoi, on peut être une autrice engagée sans faire de propagande. C’est à notre bons sens que s’adresse l’autrice, à notre humanité.
Elle a créé des personnages à la personnalité subtile, à la fois forts et fragiles, qui essaient juste de rendre ce monde meilleur. Et ce fut un plaisir de les suivre (et de boire une tasse de kukicha avec eux. Ça faisait longtemps que je n’avais plus bu ce type de thé...)
Seul un homme est un roman qui se lit vite, il ne m’a duré qu’une journée, lu petit à petit dans les creux de mon emploi du temps, mais c’est un récit fort, humaniste plus que féministe, et engagé à côté duquel on ne peut passer. Il éveillera, je l’espère, un peu plus les consciences et aidera ceux qui cherchent désespérément leur équilibre dans le contexte actuel à retrouver un peu de sérénité.

mardi 19 novembre 2019

Ciao Bella, la vie l'emportera

Un roman de Mélinda Schlige.

Présentation de l'éditeur :
Ingénieur, Benjamin se révèle incapable de réagir à un projet visant à déverser des drones autonomes au cœur des villes. Il pressent que le programme est un danger pour les populations, même si l'engin doit bénéficier de son propre réseau, mais il est entravé par le poids du suicide de sa tante, et son enthousiasme pour la haute technologie a pris fin en Afghanistan, où il a appris à ses dépens qu'un esprit malveillant peut transformer le drone en arme. Les intérêts de Buleo, son entreprise, et ceux du ministre des transports, ou même ceux de Tanya, sublime arriviste en charge de la communication du projet, sont autant d'obstacles à franchir, et les stratagèmes qu'il imagine ne suffisent pas à ébranler une machinerie bien huilée, soi-disant au service de tous. Parallèlement, Habib Khan, l'Afghan à l'origine du drame qu'il a vécu en Afghanistan, poursuit ses manœuvres pour parvenir à utiliser le Junction à des fins de vengeance. Il compte sur son frère Mahdi, et sur sa femme Asima, réfugiés en France, avec qui il a engagé une lutte contre les talibans ? Benjamin parviendra-t-il à recouvrer l'envie de se battre ? En aura-t-il les moyens ? Sera-t-il de taille face à l'ambition démesurée des Français, et à la détermination de Khan ?
Benjamin est ingénieur dans le domaine des drones. Un projet de son entreprise le ramène sur ses terres natales et ses souvenirs commencent à s’entrechoquer. De vieilles hantises remontent à la surface. Tout d’abord le suicide de sa tante Emma. Il ne s’est jamais remis de la mort de cette seconde mère dont l’influence pèse encore sur son existence. Et puis il y a son travail et le développement de drones urbains destinés aux commerçants et aux particuliers pour les livraisons de proximité. Benjamin a un jour accordé sa confiance à la mauvaise personne et s’est rendu complice d’un effroyable crime. Il craint plus que tout que ses créations soient de nouveau dévoyées pour servir les objectifs de personnes sans scrupules. Mais jusqu’où devra-t-il aller pour empêcher cela ?
Ciao Bella est une fiction spéculative où l’anticipation est légère mais pose de nombreuses questions morales concernant l’usage des technologies et leurs dérives. C’est un problème très actuel. Nous savons tous qu’en ces temps incertains ce que l’on crée pour nous faciliter la vie peut très vite se retourner contre nous. Cependant, au-delà de cette question importante, une autre interrogation rythme le roman : où se trouve la limite qui sépare un acte juste d’un acte terroriste. Entre théorie et pratique il y a tout un monde, fait de nuances et de l’impact que toute action peut avoir sur autrui. Des paramètres calculés peuvent malgré tout mener une action que l’on croit maîtrisée au désastre. Si de bonnes intentions ont des effets délétères, qu’importe que la motivation première ait semblé juste. 
Benjamin s’est trouvé confronté à un homme qui, en voulant se faire justice lui-même, a choisi d’occulter complètement les victimes innocentes qui se trouveraient sur son chemin. Ne risque-t-il pas de dériver à son tour ? Et cette mère en colère qui veut frapper un grand coup pour dissuader des extrémistes d’embrigader des jeunes ne court-elle pas à la catastrophe ? Nous sommes tous responsables de nos choix et de leurs conséquences mais nous ne les maîtrisons pas toujours ; nous pouvons tous franchir la limite sans nous en apercevoir. En luttant contre des terroristes et des oppresseurs en utilisant les mêmes moyens qu’eux, ne devient-on pas à leur image, même si l’on ne souhaite pas engendrer les mêmes dégâts ?
Benjamin est un homme idéaliste, un rêveur qui a cru que son travail rendrait le monde meilleur et qui a réussi mais est également tombé de très haut. C’est un personnage émouvant, que l’on voit évoluer, en quête du courage qui lui permettra de couper l’herbe sous le pied de ceux qui pourraient détourner ses drones. Il y a bien sûr les souvenirs de sa tante, cette blessure intime qui demeure et les questions en suspens qu’elle a laissées. Cependant, c’est dans sa relation avec Stella, une fillette immobilisée dans l’attente de l’opération qui la fera peut-être remarcher qu’il est le plus touchant. Stella représente l’avenir, elle rêve de liberté et de voyages. C’est pour elle et sa sécurité que Benjamin trouve la force de lutter. À côté de cela, sa relation avec Tanya, la mère de l’enfant, paraît malheureusement un peu trop artificielle et ne m’a pas convaincue.
Ce fut une lecture intéressante et bien construite pour la réflexion qu’elle propose. J’ai déploré que les faits soient contés de manière assez clinique, mais cela ne dérangera pas les lecteurs qui préfèrent aller droit au but sans fioritures. Il m’a manqué un petit quelque chose d’indéfinissable pour m’impliquer davantage dans le sort des personnages, cependant c’est une perception toute personnelle.
Si vous aimez les fictions spéculatives qui s’intéressent au devenir de nos technologies en développement, les romans qui traitent de problèmes actuels et les personnages dont l’histoire personnelle se mêle soudain à quelque chose de plus universel, cette histoire devrait éveiller votre intérêt.

lundi 7 octobre 2019

Europunk

Une anthologie dirigée par Florent Lenhardt et Guillaume Parodi, publiée chez Realities Inc.



Présentation de l'éditeur :

J’appelle solennellement les auteurs de SFFF européens à qui le futur politique, social et culturel de leur(s) pays fait lever des sourcils inquiets ou pleins d’espoir, de se pencher ne serait-ce qu’un instant sur ce continent en ébullition où 500 millions de citoyens sont peut-être sur le point de faire un pas d’un demi-siècle en arrière. Pour le meilleur ou pour le pire ? A vous de nous en parler.
Que vive enfin l’Euro-Punk !

Florent Lenhardt

Un appel à l’Europunk, voilà ce qui a inspiré les auteurs des neuf textes contenus dans ce recueil. Sous la plume d’Olivier Boile, Jonathan Grandin, Romain Jolly, K.T., Geoffrey Legrand, Philippe-Aurèle, Mose Njo, Sandrine Scardigli et Jean-Marc Sire c’est à des avenirs impertinents, rebelles, sombres ou lumineux que cette anthologie vous invite, avec une dose de critique constructive et une autre d’insolence assumée !


Sommaire : 
  • Préface, Florent Lenhardt, Guillaume Parodi et Tesha Garisaki
  • L’Empire de Marbre, Olivier Boile
  • Siri mon Amour, Zuckerbook ma Patrie, Mose Njo
  • Europe sur la Rive, Sandrine Scardigli
  • 99.5, K.T.
  • Punk l’évêque, Philippe-Aurèle Leroux
  • Le Souffle du Taureau sur la Nuque, Jonathan Grandin
  • Dans tous les Coins de l’Hexagone, Jean-Marc Sire
  • Datalove, Romain Jolly
  • Neoropa, Geoffrey Legrand

L’Union Européenne… ce rêve qu’elle pourrait incarner et cette concentration de frustrations qu’elle semble nourrir à la place. Je suis née dans les années 80 et ma génération a été élevée dans l’idée que l’union européenne — à l’époque on parlait de communauté européenne — était une promesse d’ouverture. 
Ce qu’il en reste aujourd’hui est teinté d’amertume. Pourtant, cette union nous a apporté de bonnes choses, noyées cependant sous les récriminations. On voit la crise, l’émergence des nationalismes, une bureaucratie étouffante et souvent absurde… 
Cette union européenne fait partie de notre quotidien. Ses retombée sont présentes dans nos vies à des niveaux auxquels on ne prête même plus attention. Et c’est bien ça le souci : on n’y fait plus attention. Au mieux on l’ignore, au pire on n’en veut plus. Mais mesure-t-on les conséquences qu’aurait sa dissolution ? 
Le pourquoi de la situation est en soi intéressant. Si cette anthologie pose la question dans sa préface, elle en soulève aussi de nombreuses autres qui m’ont interpelée et, parmi elles, celle-ci : pourquoi la science fiction, terreau de tous les possibles et de toutes les réflexions sur l’avenir, ne s’est-elle pas, ou si peu, intéressée à l’Union Européenne ? Vaste sujet. Je ne m’étais jamais posé cette question et force est de constater qu’elle est troublante. 
Cette anthologie tente de compenser ce mépris, s’empare de l’Europe pour la faire sienne, la prendre en défaut ou montrer ce qu’elle pourrait devenir, de multiples façons. 
On navigue entre mythes fondateurs, inepties gouvernementales, futurs radieux ou incertains. On parle de monarchie, de contestation, d’espoir et de la jeunesse, bien sûr. Que serait l’avenir, et en particulier celui de l’Europe, sans la jeunesse ? 
Tout cela nous mène sur de nombreuses pistes, toute plus intéressantes les unes que les autres. 
Olivier Boile a choisi de nous montrer une Europe alternative où la Grèce dominerait. Belle mise en perspective, aussi grinçante que porteuse de réflexion. 
Sandrine Scardigli, quant à elle, fait contraster le mythe grec d’Europe avec l’Europe rêvée de la jeunesse et celle des colères qu’on tente de leur imposer. J’ai beaucoup aimé ce très beau texte. 
Dans 99.5 le lecteur se trouve projeté dans un futur glacé où l’Union Européenne, entourée de murs, doit se défendre contre une menace floue. Mais de quel côté vient-elle ? 
Punk l’évêque m’a amusée. Travaillant au sein d’un organisme qui dispense notamment des formations agricoles, je sais à quel point les normes européennes sont parfois absurdes quand elles quittent leurs jolis décrets imprimés pour être appliquées sur le terrain. En tout cas la comparaison est bien vue. 
Dans Le Souffle du Taureau sur la Nuque, un homme nous raconte son histoire et son Europe. La chute, saisissante bien qu’annoncée, fait à mon sens tout le contraste de ce récit. 
Dans tous les Coins de l’Hexagone met en scène les chasseurs. Ah, les chasseurs… Comment parler de l’Europe sans eux ? Critiquant sans relâche, mais toujours ravis de recevoir les subventions de l’Europe pour repeupler certaines zones d’oiseaux et joyeusement les plomber ensuite. Ou, il faut le dire aussi, pour entretenir des chemins abandonnés depuis longtemps par les communes et aménager des pare-feux… Ce texte, aussi grinçant soit-il, ne manque cependant pas de nuance. 
Dans Datalove, vous rencontrerez des migrants d’un genre particulier. Et si vous parvenez à ressentir de la compassion pour eux, comment ne pas la ressentir pour des humains ? 
Dans Neoropa on en revient à la jeunesse bien sûr. Elle est l’avenir, elle pourrait changer les choses alors autant conclure cette belle anthologie avec elle. Que ne ferait-on pas par amour ? J’ai aimé le côté très humain de ce texte où les motivations politiques côtoient l’amitié et le désir. Ce sont parfois nos aspirations personnelles qui nous mènent à écrire une histoire plus grande que la nôtre. 
Europunk regroupe d’excellents textes, originaux, intelligents et nuancés. Elle explore un bon nombre de problématiques actuelles et si la question de l’Europe, au sens large, vous interpelle — ou si elle ne vous interpelle pas du tout et que vous réalisez que c’est un problème — vous devriez la lire. Et n’ignorez pas l’excellente préface.

lundi 26 août 2019

La Quête du Sampo, Terres du Nord T1

Un roman de Monia Sommer, publié chez Séma éditions.

Présentation de l'éditeur :
"Alors que la Finlande menace de s’effondrer face à l’invasion suédoise, Satu, une jeune journaliste, part en quête du Sampo, un objet légendaire, seul élément capable de les sauver, elle et son pays. Sur fond d’apocalypse et de légendes finnoises, Terres du Nord propose une quête initiatique qui pose les fondations d’une fantasy à la fois futuriste et magique, dont le Kalevala sert de point d’ancrage et de guide intemporel. "
Les dérèglements climatiques et les impasses politiques qui ont mené à deux nouvelles guerres mondiales ont bouleversé la planète. Tous en subissent encore le contrecoup, bien que l’on ne sache pas exactement quand cette histoire se situe dans le futur, puisque la datation a changé. 
L’accès à la technologie et aux ressources naturelles est devenu de plus en plus problématique. Certains pays se sont alliés pour mieux résister, néanmoins la Finlande refuse de rejoindre la Communauté Scandinave. Combien de temps pourra-t-elle encore résister alors qu’elle se trouve isolée, en proie à la famine et à un mystérieux virus ? 
Ce roman allie fantasy et anticipation d’une manière que j’ai trouvée originale, moderne et plaisante. Le lecteur plonge dans les légendes finnoises à la suite de Satu, mais ne perd jamais de vue des problématiques très actuelles. 
La jeune journaliste est entraînée bien malgré elle dans les méandres d’une affaire qui la dépasse. Il faut dire qu’elle est bien jeune. Elle se montre courageuse, mais pas toujours avisée. Satu est cependant un personnage attachant. Elle est animée de bonnes intentions malgré son impulsivité et ses erreurs de jugement. 
La Quête du Sampo est un roman tissé de magie et de secrets. Cela a été un plaisir de suivre Satu au coeur de ces grandes étendues enneigées, de la voir grandir et s’affirmer, de découvrir avec elle une partie de son histoire familiale. J’aurais cependant aimé en savoir plus à ce sujet et j’espère que la suite comblera cette attente. Il en va de même pour les personnages secondaires qui sont tout aussi intéressants bien que pas suffisamment développés à mon goût. J’espère que le prochain tome remédiera aussi à cela. 
J’ai beaucoup apprécié les passages rappelant les contes. Leur ambiance si bien rendue rappelle des souvenirs. Très férue de légendes, de mythologies diverses et de quêtes identitaires, ce roman était indéniablement pour moi. J’ai aimé découvrir les êtres mythiques qui croisent la route de Satu, tout autant que l’aspect plus moderne du récit, avec cette guerre larvée contre la Suède, ces complots et autres machinations. Je lirai très volontiers la suite.

vendredi 14 juin 2019

Vox

Un roman de Christina Dalcher, publié chez Nil pour la version papier et Lizzie pour la version audio.
Présentation de l'éditeur :
Jean McClellan est docteure en neurosciences. Elle a passé sa vie dans un laboratoire de recherches, loin des mouvements protestataires qui ont enflammé son pays. Mais, désormais, même si elle le voulait, impossible de s'exprimer : comme toutes les femmes, elle est condamnée à un silence forcé, limitée à un quota de 100 mots par jour. En effet, le nouveau gouvernement en place, constitué d'un groupe fondamentaliste, a décidé d'abattre la figure de la femme moderne. Pourtant, quand le frère du Président fait une attaque, Jean est appelée à la rescousse. La récompense ? La possibilité de s'affranchir – et sa fille avec elle – de son quota de mots. Mais ce qu'elle va découvrir alors qu'elle recouvre la parole pourrait bien la laisser définitivement sans voix...
Christina Dalcher nous offre avec Vox un roman dystopique glaçant qui rend hommage au pouvoir des mots et du langage.
Jean est une scientifique. Elle travaillait dans la recherche médicale. Son domaine d'étude était l'aphasie. Elle espérait rendre le langage à ceux l'ayant perdu à la suite d'une attaque ou d'un traumatisme crânien. Mais aujourd'hui Jean n'a plus le droit de prononcer plus de cent mots par jour. Comme toute femme vivant aux USA, enfants incluses, elle porte un dispositif qui décompte ses paroles. Si elle ne respecte pas la règle, elle reçoit une décharge électrique plus violente à mesure qu’elle dépasse le quota. 
Cent mots par jour… Ce n’est rien du tout. Imaginez donc toutes les interactions langagières réduites au minimum. Ne plus raconter d’histoires à vos enfants, ne plus pouvoir parler avec votre mère, ne plus pouvoir exprimer douleur ou colère… Toujours peser avec soin chaque mot utilisé. 
Et vous pensez bien que cette société misogyne ne s’arrête pas là… Les femmes n’ont plus le droit de travailler, elles n’ont plus de droits du tout en fait. Elles sont réduites à leur rôle de mère et à la tenue du foyer. Et encore, elles n’ont pas même le droit de lire des livres de cuisine... Mais ça c’est juste pour les hétéros cisgenres… Vous imaginez bien que c’est pire pour les autres. 
Jean est la narratrice de ce roman. Elle nous explique comment tout a dérapé. Le mot d'ordre qui résonne derrière les paroles de Jean est : exercez vos droits tant que vous en avez. On a tôt fait de les grignoter petit bout par petit bout, sans que vous en ayez conscience, et vous vous retrouvez muselée du jour au lendemain, abasourdie. 
Le fait que l’histoire soit racontée du point de vue de quelqu’un qui la vit la rend encore plus glaçante. La détermination de Jean à protéger sa fille de cinq ans, son incompréhension face à ce qu’est devenu son fils aîné, la révolte qui bout en elle la rendent si proche, si réelle, qu’on ne peut que dévorer son récit. 
J’ai opté pour le livre audio, qui est de bonne qualité, et j’ai eu beaucoup de mal à le lâcher tant je me sentais impliquée dans ce récit. Celui-ci est d’autant plus terrible qu’on n’a pas beaucoup de mal à y croire. 
Cependant, malgré sa qualité narrative, ce roman n’est pas exempt de défauts et de quelques petites invraisemblances. Ces dernières passent plus souvent à l’as au début, quand on est pris dans l’histoire, que vers la fin quand on commence à se dire que l’autrice en fait trop. 
Certains personnages sont trop caricaturaux, je pense notamment à Steven et Lorenzo, mais cela touche davantage encore les méchants, en particulier Morgan, et là c’est plus ennuyeux. Le propos aurait gagné à les rendre plus nuancés, il n’en serait que plus glaçant et porteur. 
La comparaison permanente que fait Jean entre les deux hommes de sa vie a fini par m’ennuyer tant elle se répète. Je ne trouvais pas cela très utile à l’histoire. En outre, certains propos de Jean sonnent très sexistes à mon oreille. C’est censé ne pas compter parce que ça concerne les hommes ? Les a priori sur ce que doit être la masculinité, dans ce contexte qui cantonne les femmes dans leur foyer, n’en paraissent que plus outranciers. 
Entendons-nous bien. Je semble très critique, mais j’ai aimé ce livre. Il est intéressant dans sa construction, ses réflexions et leur développement, même si les rebondissements m’ont semblé plutôt prévisibles. Le fait que ce soit bien raconté change la donne et fait oublier les défauts que j’ai cités. 
Ma seule réelle déception est la fin hasardeuse. Elle se tient quand on n’y regarde pas de trop près, mais c’est quand même un peu facile. Je suis du style à me poser des questions, alors forcément… Les événements s’enchaînent, souvent fort à propos… Notamment en ce qui concerne la présence de gens qui n’ont pourtant rien à faire là. Et puis j’ai eu un peu de mal à croire aux réactions des personnages, surtout les enfants. 
Ce que je crois, c’est que l’autrice a peiné à conclure son récit. Elle ne savait pas comment retomber sur ses pattes de façon crédible. La différence entre les premiers chapitres, très inspirés, et les derniers qui semblent bricolés est flagrante. 
C’est vraiment dommage car l’idée de base est intéressante. Il manque un petit quelque chose à ce bon roman pour qu’il soit excellent, mais je ne doute pas qu’il marquera ses lecteurs.

mercredi 13 mars 2019

La mer monte

Un roman d'Aude Le Corff, publié chez Stock.

Présentation de l'éditeur :
Lisa vit seule à Paris dans un appartement connecté. Dehors, le chant des cigales est aussi accablant que la chaleur, les drones filent entre les immeubles et surveillent les habitants, des créatures virtuelles parlent aux piétons. La jeune femme participe aux projets qui transforment le pays, mais peine à croire en ce nouveau monde à la fois insolite et oppressant. Son voisin Liam, devenu son confident, entretient avec dévotion son jardinium. Quant à Laure, sa mère, elle trouve dans les nouvelles technologies des remèdes à son anxiété et à sa solitude.
Nous sommes en 2042. Des catastrophes naturelles ont frappé le monde et forcé les dirigeants des pays développés à entamer une transition écologique radicale.
Lisa a vécu son enfance auprès d’une mère souvent absente et lunatique, qui tenait avec soin son journal. La fillette, qui le lisait en cachette, a ainsi découvert un épisode douloureux pour sa mère : dans les années 1990, son petit ami est brutalement parti au coeur de l’été, sans un mot. Laure ne l’a jamais revu, et Lisa s’interroge encore. Sa famille s’est toujours montrée silencieuse au sujet de cet abandon et des bouleversements qui ont suivi. Que lui a-t-on réellement caché ? Elle décide alors d’enquêter.
Ce roman très original alterne deux récits de femmes à des époques dissonantes : un monde familier se mêle à un monde imaginaire. Le lecteur est emporté par ces voix et les non-dits qu’elles dévoilent.

Futur proche, l’humanité tente de réparer ses erreurs. Les jardins urbains fleurissent sur des tours hyper-connectées dont l’ascenseur vous avertit à la moindre prise de poids. Les robots et les drones sont partout, mais les réfugiés climatiques ne sont pas les bienvenus… Les gens sont désabusés… et surveillés sans relâche. 
Lisa vit seule, comme beaucoup de personnes de son âge. Le couple n’est plus la norme. Elle travaille pour la ville de Paris. Son boulot est d’en améliorer l’environnement pour le rendre plus écologique et plus vivable. C’est qu’il fait chaud à Paris, l’hiver n’est plus qu’un lointain souvenir. 
Lisa s’interroge beaucoup. Au cœur de ses préoccupations on trouve son environnement, les I.A. et robots qui la mettent mal à l’aise et, surtout, sa mère : Laure. Celle-ci est une dépressive chronique que tout angoisse. Quand elle était adolescente, Lisa avait pour obsession de déterrer le secret maternel. Pour la guérir, pour en faire une meilleure mère. Cela la hante depuis. 
On slalome donc entre ce futur déliquescent qui est le présent de Lisa et les années 90, adolescence de Laure et berceau de ses névroses que l’on découvre par le biais d’un journal intime. L’alternance des voix et des époques fait la richesse du récit. 
Je suis tout de suite entrée dans cette histoire. Je pensais m’intéresser bien plus à l’aspect Anticipation du récit, qui est d’ailleurs cohérent et intéressant (même si je doute que l’humanité puisse opérer si rapidement un tel revirement, même pour sauver sa peau), mais peu à peu l’histoire personnelle des deux femmes a aussi éveillé ma curiosité. Je ne l’aurais pas cru de prime abord, ce genre de confidences et de jérémiades sur les amours déçues m’ennuient en général. Et c’est ce que semble être le récit de Laure, du moins au début, avant la dépression. L’aspect psychologique de ce roman est plus profond qu’il n’y paraît, même s’il n’a pas été assez développé à mon goût. 
Il ne faut pas s’y tromper, le futur que l’on nous dévoile est surtout un décor, même si c’est un décor tout en relief qui n’est pas exempt de réflexion sur notre avenir et notre façon de consommer. Les névroses de Laure, mais aussi celles de Lisa, sont en revanche le point focal du récit. 
En lisant les extraits du journal de Laure, on se sent glisser dans sa dépression. J’avais envie de la secouer, tout en ressentant une certaine peine pour elle. Lisa, qui m’était plus sympathique au départ, m’est vite devenue insupportable tant je la trouvais puérile dans ses réactions face à sa mère. Ses propres angoisses justifient-elles les piques et petites mesquineries qu’elle ne manque jamais d’assener à sa génitrice ? La pauvre Laure semble bien peu aidée et aimée. Mais ce n’est pas aussi simple. Tout le monde a ses torts dans cette histoire et la relation un rien malsaine des deux femmes est composée de nombreuses strates. On s’en rend compte à mesure que l’on déterre leurs secrets. 
À la lecture de la quatrième de couverture, je m’attendais à une enquête, sans pour autant espérer un thriller. Cependant, il n’y a guère d’investigation, juste des interrogations, même si elles trouvent finalement des réponses. On se laisse plutôt porter par cette histoire, entre souvenirs et questions récurrentes. 
J’ai été assez déçue par le dénouement. J’avais vu venir de loin l’explication de l’événement qui a gâché la vie de Laure, Thomas et même Lisa et j’ai trouvé facile la façon dont la résolution est amenée. Cela manquait un peu de profondeur et c’est bien dommage. Bien qu’il ne soit pas exempt de maladresses et que l’autrice use de ficelles un peu trop grosses, j’ai passé un bon moment avec ce roman qui n’est jamais pesant malgré les thèmes qu’il aborde.

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lundi 11 septembre 2017

Seven sisters

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Futur pas si lointain, la planète est surpeuplée. Pour nourrir toute cette population, il a fallu modifier génétiquement les fruits, légumes et céréales afin d’accroître la production, mais cela a eu un effet secondaire étrange. Les grossesses multiples se sont généralisées. La solution a finalement aggravé le problème. Pour pallier cela, le gouvernement a mis en place des mesure drastiques : aucune grossesse non-autorisée, un seul enfant par couple. Les contrôles sont stricts, tout le monde doit porter un bracelet d’identification. Ceux qui contreviennent à la loi voient leurs enfants partir vers les centres de cryogénisation qui leur promettent un avenir radieux quand la Terre sera prête à les accueillir. Dans ce monde qui tient à un fil, une femme meurt en donnant naissance à sept petites filles. Son père décide de les cacher et donne à chacune le nom d’un jour de la semaine, le seul durant lequel elle pourra sortir et endosser leur identité commune : Karen Settman. Ce stratagème fonctionnera durant des années, jusqu’à ce que l’une des sœurs ne rentre pas. Fait assez rare, la bande-annonce m’a beaucoup intriguée et donné envie de voir ce film au pitch très prometteur. « Vous ne devinerez jamais la fin » assurait-elle… Cependant, je suis au regret de dire que la promesse n’a pas été tenue. Si j’ai malgré tout passé un bon moment avec ce film, j’ai deviné la fin dès le début, ce qui a nettement gâché le plaisir. Seven sisters est un film bourré d’action et on se laisse facilement entraîner malgré les rebondissements trop convenus. On ne s’ennuie pas, c’est un fait, mais le background aurait mérité d’être exploité plus en profondeur, de même que les caractères des sept sœurs. Peut-être connaissez-vous la comptine des nursery rhymes consacrée aux jours de la semaine. Je l’avais en tête durant tout le film et elle s’applique bien aux personnages. Mercredi, par exemple, est indéniablement poissarde. Elles semblent toutes tellement intéressantes et si différentes… Mais au final on ne fait qu’effleurer leur personnalité. Noomi Rapace a fait ce qu’elle a pu pour donner à chacune du relief, mais elle a clairement manqué de matière. Elles sont des images plus que des personnes et c’est, davantage encore que l’issue prévisible, ce qui m’a le plus chagrinée. En cela, on voit que je suis définitivement une lectrice… On nous montre quelque chose d’intéressant, mais on n’a pas le temps d’y regarder de trop près, puisqu’il faut courir pour sauver sa peau… C’est un film, me direz-vous, nous ne sommes pas là pour faire du tourisme. C’est vrai, mais dans le cas présent c’est bien dommage, le potentiel de l’histoire est largement ignoré. Cela est d’autant plus regrettable que le postulat de départ est assez crédible. Pas forcément en ce qui concerne les grossesses multiples dont l’explication me laisse dubitative, mais le problème de la surpopulation va forcément se poser dans l’avenir. Les pays riches s’approprient une grande partie de nos ressources et on sait que celles-ci sont en voie d’épuisement. Si ce film donne à réfléchir sur le sujet, sans se montrer moralisateur ce qui est tout à son honneur, ce n’est malheureusement que trop superficiel. J’attendais quelque chose de beaucoup plus complexe, d’où l’avis mitigé, mais cela se laisse regarder. Ce film est avant tout un bon divertissement.

mardi 4 avril 2017

Inséparables

Un roman d'Élie Darco publié chez Magnard.


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Présentation de l'éditeur :


Alec et sa soeur Beryl, dix-sept et dix-huit ans, ont été ballottés au gré des affectations successives de leurs parents, tous deux militaires de carrière. Plus ou moins livrés à eux-mêmes depuis l'enfance, ils aiment repousser leurs limites et tenter de nouvelles expériences, quittes à enfreindre les règles d'une société sécuritaire, qui entend lutter aussi bien contre le terrorisme que contre le gaspillage énergétique.


Un jour, la famille échoue dans une petite ville perdue au milieu d'un massif forestier. Pour ces adolescents habitués aux espaces urbains, aux salles d'arcade et aux tripots clandestins, l'adaptation est difficile. Très vite, l'ennui les guette. Un soir, Alec et Beryl subtilisent le pistolet de leur père et vont s'entraîner à tirer en forêt. Des copains de classe les rejoignent. Dans l'obscurité, un écho semble répondre à l'un des coups de feu et une lumière danse entre les arbres. Alec et Beryl découvrent alors ce qu'ils imaginent être une ancienne station militaire à l'abandon.


Mais le lendemain, le chef de la police se présente chez eux : le cadavre d'une jeune fille a été retrouvé cette même nuit, en bordure de la forêt... Pour Alec et Beryl, c'est le prélude d'une série de bouleversements, qui vont les mettre à rude épreuve. Envers et contre tous, ils vont tenter de rester soudés. Inséparables.



Alec et Beryl sont frère et sœur. Un an seulement les sépare et leur relation est plutôt fusionnelle. Enfants de militaires, ils ont été élevés à la dure par des parents distants. Cela, ainsi que de fréquents déménagements, leur a appris à compter l'un sur l'autre. Ils se suffisent et sont complémentaires. Ces ados rebelles aiment flirter avec le danger et les limites de la loi, alors quand ils arrivent dans un patelin paumé à la faveur de la dernière affectation de leurs parents, on ne peut pas dire qu’ils débordent d’enthousiasme.
L’atmosphère est lourde à Morran, entre l’absence de distractions et des règles strictes à observer. Alec et Beryl s’ennuient et cela va les mener au mauvais endroit au mauvais moment. En quelques pages, Élie Darco installe une atmosphère sombre qui ne fera que s’amplifier au fil de la lecture. On se rend vite compte que quelque chose cloche, mais quoi ? L’auteur s’amuse à bousculer les certitudes. On entre vite dans ce récit rythmé et, le suspense allant croissant, il devient de plus en plus difficile de le lâcher à mesure que le mystère prend corps.
Je me plains souvent que la littérature destinée aux adolescents est pétrie de clichés, alors j’ai été ravie de constater que ce n’est pas le cas ici. Élie Darco nous offre des personnages crédibles, qui ne sont pas contrôlés par leurs hormones. Alec et Beryl sont intelligents, combatifs, mais également faillibles. J’ai apprécié leur personnalité et le lien si fort qui existe entre eux contribue à les rendre attachants.
Ce thriller flirte avec la science fiction, le récit prenant place dans un monde qui se remet sur les rails après une grande crise énergétique, mais moi qui suis pourtant férue d’anticipation, j’ai préféré les aspects « réels » de l’histoire.
L’intrigue est vive, efficace, les chapitres courts font que les pages défilent à toute allure. On ne peut s’empêcher de poser des hypothèses et de s’inquiéter pour les personnages, mais qu’on voie ou non se dessiner le dénouement, Inséparables est un très bon roman qui ne plaira pas qu’aux ados.

dimanche 5 mars 2017

Nous entrerons dans la lumière

Un roman de Michèle Astrud publié par les éditions Aux Forges de Vulcain.


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Présentation de l'éditeur :


"Je suis le guetteur de la nuit, le gardien des hautes cimes. Je surveille l'arrivée du désert, l'avancée des tempêtes, bientôt la maison sera ensevelie sous le sable. Seuls ceux qui habitent les étages les plus hauts arriveront à survivre." Dans un monde en déliquescence, la sécheresse et la canicule font des ravages, l'égoïsme et l'anarchie règnent, et chacun lutte férocement pour sa survie. Antoine, un ancien professeur, rend quotidiennement visite à sa fille Chloé qui, suite à un événement traumatique dont il se sent coupable, souffre de graves troubles de la mémoire et réside depuis des années dans une maison pour enfants malades. Antoine se bat contre l'oubli et la destruction, en photographiant son environnement en train de disparaître, et en reconstruisant sa relation douloureuse avec Chloé. C'est alors que réapparaît Sonia, son amour de jeunesse, devenue documentariste de renom, mais elle meurt avant qu'ils ne puissent tourner la suite du film qu'ils avaient jadis commencé ensemble. Antoine décide de partir sur les routes avec Chloé, dans l'espoir que ce voyage lui permette de sauvegarder les archives de Sonia, et de les sauver eux-mêmes. Dans une atmosphère des derniers jours où l'obscurité gagne, dans une errance où l'oubli croît, Antoine réussira-t-il à assumer son rôle de père ? Chloé arrivera-t-elle à grandir ? Parviendront-ils, ensemble, à retrouver la lumière ?



La canicule s’est installée, l’eau devient une denrée rare et les populations sont quasiment livrées à elles-mêmes. Les gens fuient s’ils le peuvent, mais pour aller où ? Dans ce climat de plus en plus hostile, Antoine essaie de survivre. Il photographie ce pays en déliquescence. Il rend visite à sa fille placée en institution. Il laisse son esprit vagabonder, suivant le courant dans lequel les événements le jettent. Ses souvenirs s’emmêlent, ses aspirations également.
Au début, l’atmosphère est très pesante. Un relent de nausée flotte dans l’air alors qu’on apprend à connaître les personnages et on ne sait pas trop où l’auteur nous emmène. Dans ce roman d‘anticipation, ce n’est pas l’Apocalypse en marche qui importe, mais l’aventure humaine d’un homme et de sa fille, êtres fragiles jetés en pâture à la vie. Antoine est homme passif, voire soumis, qui malgré son idéalisme avait tendance à fuir, à rester en dehors de sa propre existence. Il aimerait bien faire, mais toute sa vie il est demeuré tiède, a évité de vivre ses rêves pour ne pas être déçu. Chloé, quant à elle, est restée enfermée une bonne partie de son exisence. Elle a grandi sans repères, mais elle veut vivre. La fille est abîmée, mais c’est le père qui est perdu. Ce roman est celui de leur reconstruction alors que tout s’écroule alentour. Il s’agit plus de psychologie que de survie. Si vous voulez du post-apo, passez votre chemin.
Antoine m’a longtemps mise mal à l’aise. Il observe, agit peu et, de mon point de vue, ne s’intéresse pas à ce qui est réellement important. Il se laisse porter, ses choix n’en sont jamais vraiment. Puis, surtout, j’étais en colère contre ce père négligeant qui n’assume pas ses responsabilités.
Quant à Chloé, personnage fluctuant s’il en est, je n’ai pas réussi à m’attacher à elle plus qu’à son père. Elle oscille entre l’enfant capricieuse et la jeune femme bien trop mâture pour son âge. Elle est intelligente, un brin manipulatrice. Elle garde en elle beaucoup de rancœur. C’est un personnage complexe, très bien mis en scène.
La façon dont ces personnages sont exploités peut surprendre. On adhère ou pas. Pour moi, c’est une rencontre ratée, même si j’apprécie en général les récits initiatiques très axés sur la psychologie. Néanmoins, ce roman possède de nombreuses qualités. Le style est parfois très onirique, donnant l’impression que l’on peut se réveiller à tout moment. L’auteur a su rendre son récit visuel, voire photographique, tout en laissant filtrer les émotions. L’écriture est poétique et intimiste. Les souvenirs des personnages mijotent à la chaleur de ce monde déclinant tandis que l’on voyage à leurs côtés, entre espoir et renoncement. Le road trip commence assez tard, mais ce n’est pas important. Le récit est initiatique même dans l’immobilisme des personnages.
Il est toujours difficile d’expliquer à quel point un roman est bon quand on ne l’a pas aimé soi-même. C’est pourtant le cas pour celui-ci. La faute m’incombe. Cette lecture m’a souvent dérangée, parfois découragée. La réflexion sur la manipulation de la mémoire et des souvenirs, l’aspect très onirique de certaines scènes, m’ont beaucoup plu, mais pas la personnalité des personnages qui pourtant sortent des sentiers battus. Je n’ai pas cru à leur relation chaotique ni à leur histoire et j’en suis désolée car ce roman mérite de trouver son lectorat et d’être apprécié à sa juste valeur.


Découvrez également les avis de Chani, Cornwall et Mariejuliet.


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jeudi 28 avril 2016

Techno Faerie

Un fix up de Sara Doke, publié chez les moutons électriques.


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Présentation de l'éditeur :


Les fées existent, bien sûr, et elles sont de retour ! Les fées ont cessé de se cacher des hommes : elles sont revenu et bon an mal an l'univers de la Faerie s'est intégrées à la société technologique. Depuis les premiers contacts d'enfants-fae avec la civilisation de l'automobile jusqu'aux premiers voyages spatiaux, ce livre conte l'histoire d'une évolution différente de notre monde. L'auteur, Sara Doke, vit à Bruxelles et est traductrice. La poésie puissante de son inspiration, l'orginalité de sa vision d'un monde soudain enrichi des faes, sont saisissantes. Avec des documents, des fiches couleur sur les 88 principales faes et de nombreuses illustrations, par Bigot, Booth, Calvo, Cardinet, Caza, Ellyum, Fructus, Gestin, Jozelon, Larme, Lathrop, Malvesin, Mandy, Muylle, Nunck, Tag, Verbooren, Zandr et Zariel. Le retour des fées, dans un livre d'exception.



Techno Faerie est un très bel ouvrage à la croisée des genres. Si la Science-Fiction a la part belle dans ces pages, le travail de Sara Doke forme presque un essai. Le sujet est traité de manière atypique. L’auteur part du principe que les Faes, longtemps retranchées loin de notre monde, ont décidé d’y revenir. Leur technologie, qui a pris appui sur la nôtre, est toutefois plus développée. Mais que souhaitent-elles apporter à l’humanité ?
Le livre est divisé en deux parties. La première est consacrée aux nouvelles, qui forment un fix up. Elles illustrent l’évolution du retour féérique et son impact sur nos civilisations. En se basant sur les légendes et la mythologie traditionnelles, Sara Doke a créé une fiction spéculative complexe, intelligente, et surtout très crédible. Elle la développe avec brio au fil des textes. Chacun marque un jalon dans le retour des Faes et ses conséquences sur notre avenir. Le plus souvent, des individus sont au cœur de ces nouvelles, mais l’on perçoit en filigrane l’évolution des mœurs, au-dessus comme dessous la Colline, et les avancées scientifiques qui vont changer le monde.
Les textes s’imbriquent et s’articulent autour de personnages récurrents, dont le plus central se trouve être Arthur Passeur, un humain, mais aussi d’événements qui se répercutent. Les ellipses sous-tendent ces récits, les soutiennent de leurs silences. Le lecteur imagine, devine, extrapole. Il est invité à participer activement à cette construction. Cela est d’autant plus prégnant que ces textes prennent diverses formes et des styles variés. On lit tour à tour des dialogues, des nouvelles, des articles, des témoignages, des journaux intimes… Cette diversité est aussi plaisante que nécessaire afin d’appréhender toutes les facettes de cette fiction. Quelle que soit leur forme, les récits sont denses, très axés sur les ressentis des personnages, ce qui occasionne parfois des longueurs un peu emphatiques. Ces personnages ne manquent pas d’ego… Cependant, la réflexion, qu’elle soit en avant ou en arrière de la scène, est toujours intéressante.
Sara Doke nous invite à nous interroger sur l’altérité, le traditionalisme dans ce qu’il a de meilleur comme de plus pernicieux, sur l’identité, sur la génétique, le vivre ensemble et la créativité. Les sujets de réflexion sont nombreux. Elle a fait un travail formidable et il est dommage de ne pas l’avoir développé davantage.
Le seul vrai reproche que je pourrais faire à Techno Faerie, outre quelques contradictions (notamment sur l’incapacité de mentir des Faes), est que l’on y trouve beaucoup de coquilles. Cela est désolant pour un ouvrage par ailleurs de grande qualité.
La deuxième partie, toute de papier glacé, est constituée de fiches sur les être féeriques, accompagnées d'illustrations que l’on doit à divers artistes. Ces fiches permettent de prolonger la magie des textes et d’en savoir plus sur les créatures que l’on y a croisées. Certaines sont connues, même si quelquefois le nom qu’on leur donne est différent de celui usité dans nos légendes, d’autres sont des inventions de l’auteur mais s’intègrent parfaitement dans la masse. Le tout est homogène et compose un petit dictionnaire complet qui se suffit à lui-même. Les Faes y sont classées par groupes : végétales, liées au feu ou encore esprits domestiques, etc. Il est très intéressant de voir la façon dont elles s’impliquent dans l’univers créé par Sara Doke.
Techno Faerie est un ouvrage original et travaillé qui mérite une lecture attentive. Sara Doke a su intégrer la technologie à la Faerie, ce qui n’est pas une mince affaire. Par exemple, elle n’a pas mis de côté l’allergie au fer des Faes, elle s’en est servie. Elle a su allier Fantasy et Science-fiction, mythes et anticipation, pour envisager un futur possible, ne laissant pas de côté les détails, d’où le fait que je le compare à un essai. Je ne peux que vous encourager à le lire à votre tour et à rêver d’un futur non pas féérique, mais riche de possibilités.


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Avec cette lecture, je cartonne dans les challenges !


CRAAA


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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Lire une œuvre de SF ou Fantasy ou Fantastique (SFFF) francophone mais non française.

mardi 5 avril 2016

Inner City

Un roman de Jean-Marc Ligny.

La version publiée chez ActuSF dans la collection Hélios a été remaniée.
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Présentation de l'éditeur :

En quelques années, Paris est devenue une ville fantôme. Ses derniers habitants sont plongés en permanence dans les réalités virtuelles, bien protégés par une enceinte qui garde à l'extérieur, en banlieue, les pauvres et les miséreux. Mais leur vie dorée est menacée par un tueur agissant dans la Haute Réalité tandis que de l'autre côté du périf, la révolte gronde. Dans ce climat explosif, Hang traque les scoops les plus sanglants pour mieux les injecter (et les vendre) dans ces mondes virtuels pendant que Kriss enquête pour neutraliser ce serial killer...
ActuSF poursuit les rééditions des ouvrages de Jean-Marc Ligny avec Inner City, roman Cyberpunk originellement paru en 1996. Cette version a été retravaillée pour prendre en compte les progrès technologiques de ces vingt dernières années.
L’action d’Inner City se déroule dans un futur difficile à situer, mais qui ne doit pas se trouver bien loin de notre propre époque. Paris est coupée de la banlieue, devenue une zone de combat quasi permanent où règne la loi du plus fort, par une barrière qui grille sur place toute personne qui voudrait la traverser sans autorisation. La province, quant à elle, est désertée. Les dictatures fleurissent de par le monde dans l’indifférence générale. Il y a deux types de personnes dans Inner City : ceux qui sont connectés à MAYA et ceux qui ne le sont pas. Entre eux, le fossé se creuse.
MAYA est un vaste réseau virtuel par lequel tout passe, des appels téléphoniques à la livraison des courses, sans parler des jeux et de la vie, de plus en plus virtuelle, de la majorité des connectés. Les inners se perdent dans ce dédale, qu’ils nomment Haute-Réalité, et y laissent parfois leur raison. Kris est psychoriste, elle récupère et tente d’aider les inners en perdition. Cependant, au cours de ses incursions en réalité profonde, elle va être confrontée à un mystérieux tueur dont l’existence même est sujette à conjectures.
Dans ce roman on suit plusieurs personnages. Il incombe au lecteur de placer à mesure les pièces du puzzle. Qui est le tueur ? Comment la société « connectée » en est-elle arrivée-là ? A-t-elle conscience qu’elle ne tient qu’à un fil ? Je me suis plus intéressée à Alice, la grand-mère de Kris qui vit en Bretagne, et à son amie déjantée Betsy, ainsi qu’à Zora et sa bande d’outers en banlieue, qu’au devenir de Kris et Hang qui sont pourtant les personnages principaux.
Je vais être franche, les réalités virtuelles, intelligences artificielles et, de manière générale, les ouvrages qui traitent de l'immersion dans ces « réalités » ne sont pas du tout ma tasse de thé. De fait, j’ai eu du mal à entrer dans cette histoire. Je n’ai rien contre le Cyberpunk qui, à mon sens, est un genre amenant à la réflexion. Ici, il est question d’immersion dans les réseaux virtuels et de la capacité du cerveau à faire ou non la part entre ce qui est vrai ou pas, la vieille polémique sur la dangerosité des jeux vidéo, mais aussi de l’abrutissement des masses. Les inners deviennent totalement inaptes à la vie en-dehors de MAYA, ils en feraient presque pitié. Ils sont assistés en permanence, dépendant du réseau et des robots qui font tant bien que mal fonctionner leur société déliquescente. À côté de ça, les non connectés ont leur lot de problèmes. Tout dépend de MAYA, même l’électricité. Il n’y a plus de transports, sauf de marchandises… Il est devenu très difficile de survivre en basse-réalité. De ce point de vue, Inner City est intéressant, mais il ne s’agit que du contexte. L’intrigue principale un peu fouillis et le background pas suffisamment développé à mon goût m’ont fait traîner les pieds. J’ai fini par accrocher à cette intrigue au cours des derniers chapitres, quand les événements s’enchaînent de façon plus intense, mais c’était un peu tard.
La fin est ouverte, je commence à avoir l’habitude avec cet auteur et cela ne me gêne pas. Bien au contraire, j’ai cette fois apprécié de pouvoir me faire ma propre idée sur le devenir de certains personnages. Toutefois, il reste des zones d’ombre, des choses que je ne m’explique pas, comme le rôle de Max dans tout ça. Quelles étaient ses motivations et l’origine de son implication ?
J’ai beaucoup aimé la nouvelle bonus qu’on trouve en fin d’ouvrage car elle met en scène des personnages que j’apprécie et qui sont complètement décalés. Elle apporte un peu de légèreté après cette ambiance plutôt sombre et désenchantée.
Inner City m’a laissé une impression mitigée. Je n’étais sans doute pas dans le bon état d’esprit au moment de sa lecture. N’hésitez pas à me faire part de votre opinion, je serais assez curieuse de discuter de ce roman avec d’autres lecteurs.

dimanche 13 mars 2016

Légion, à fleur de peau

Un roman de Brandon Sanderson publié au Livre de poche.


Il fait suite à la novella Légion.


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Présentation de l'éditeur :
Stephen Leeds, surnommé « Légion », est un homme aux capacités mentales singulières lui permettant de générer une multitude d’avatars : des hallucinations aux caractéristiques individuelles variées et possédant une vaste gamme de compétences très spécifiques. Leeds est investi d’une nouvelle mission : retrouver un corps qui a été dérobé à la morgue locale. Il ne s’agit pas de n’importe qui. Le cadavre est celui d’un pionnier dans le domaine de la biotechnologie expérimentale, un homme qui travaillait sur l’usage du corps humain en tant qu’espace de stockage. Il se peut qu’avant sa mort il ait incorporé des données dans ses propres cellules. Ce qui pourrait se révéler dangereux…



"Je déteste les coïncidences. La vie est beaucoup plus simple quand on peut partir du principe que tout le monde essaie de vous tuer."


Quelques mois auparavant, j’ai dévoré Légion, une novella de Brandon Sanderson entre le thriller, le fantastique et la SF. J’ai trouvé l’idée de départ excellente : Stephen Leeds est un génie, il apprend à une vitesse incroyable, mais sa façon de gérer son extraordinaire intelligence est un peu particulière. Son esprit se compartimente et crée diverses personnalités, il ne les endosse pas tour à tour, elles évoluent autour de lui telles des hallucinations. Il sait qu’elles ne sont pas réelles, que ce sont juste des aspects de lui-même à qui il prête certaines de ses capacités pour, très paradoxalement, rester sain d’esprit. Stephen est stable et lucide, mais on sent bien que ça n’a pas toujours été le cas.
Ce personnage est passionnant. J’ai eu un coup de cœur pour lui et cela n’a fait que se confirmer dans Légion, à fleur de peau. Je ne savais pas trop quand se situerait ce court roman par rapport à la novella précédente. J’étais tellement heureuse de retrouver si vite Stephen et ses aspects que, suite ou préquelle, peu m’importait. Or, il se trouve que c’est une suite, elle permet d’approfondir l’évolution du personnage après les événements de la novella, mais son mystérieux passé n’est encore une fois qu’évoqué. Elle peut se lire indépendamment, néanmoins je conseille quand même de commencer par la novella pour bien cerner le personnage et ses aspects.
Légion, à fleur de peau se lit très vite, les chapitres sont courts et l’intrigue prenante. Sanderson laisse place à l’action et aux dialogues. Les rares descriptions sont aussi précises que concises, on se concentre sur l’essentiel. Comme Stephen, le lecteur cherche avant tout à résoudre l’énigme. La possibilité de pouvoir soi-même débrouiller l’intrigue est selon moi la condition indispensable à un polar réussi.
L’auteur nous emmène encore une fois à la croisée des genres, entre le roman noir et la science-fiction. Il est ici question de manipulations génétiques et biochimiques. J’ai préféré l’aspect polar du récit, mais la réflexion scientifique qui se trouve être le nœud de l’intrigue ne manque pas d’intérêt. Je n’y ai pas vraiment cru, cependant elle donne à réfléchir et reste vraisemblable dans le contexte.
En périphérie de l’enquête, on se rend compte que les aspects de Stephen évoluent, ainsi que sa relation avec eux. On retrouve l’inénarrable J.C. – qui m’a bien fait rire – Ivy, Audrey et quelques autres. Ce que l’on avait pu comprendre de la psyché de Stephen s’affine davantage dans ce texte, mais pose aussi de nouvelles questions. J’ai hâte d’en savoir plus à ce sujet, mais également sur le mystérieux passé du personnage, notamment sur Sandra et Ignacio.
Je crains qu’il faille attendre un moment pour découvrir d’autres textes dans l’univers de Légion, mais si vous aimez les thrillers paranormaux bien ficelés, vous ne pouvez pas passer à côté de cette série géniale.


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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante :
– Un livre SFFF traduit

samedi 30 janvier 2016

Plaguers

Un roman de Jeanne-A Debats publié chez l'Atalante.

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Présentation de l'éditeur :

La terre est épuisée écologiquement, les animaux se sont éteints et l’air est à peine respirable. Seul atout de l’humanité : les réacteurs Alyscamps qui puisent l’énergie dans les dimensions non exprimées de la réalité.
Dans ce monde les adolescent sont victimes d’une étrange maladie, la Plaie, qui les rend capables de créer ex nihilo, semble-t-il, toutes sortes de créatures, voire de commander aux éléments.
Le monde les rejette.

Quentin est un Plaguer, sous ses pieds jaillissent des sources, et celle qu’il aime, Illya, fait fleurir les orchidées partout où elle passe. Ils se rencontrent lors de leur incarcération dans la Réserve parisienne…

Chez Jeanne-A Debats, aucune crainte des ambiguïtés de la nature humaine, aucune inhibition quant à notre évolution. Une vraie rencontre de l’émotion et de la raison.
L’action de Plaguers se situe environ un siècle après le nôtre. Ce qui reste de la couche d’ozone ne filtre plus suffisamment les rayons du soleil, les humains doivent porter des masques dehors et oxygéner leurs habitations, la flore est moribonde, les animaux ont quasiment tous disparus… Et sur cette planète en pleine déliquescence des adolescents mutent subitement, sans qu’aucune thérapie génique ne puisse restaurer leur ADN. Ils sont affligés de ce qu’on appelle la Plaie, un pouvoir sur les éléments ou le vivant, les effets diffèrent selon l’individu. Est-ce un don ou une malédiction ? Cela reste à voir.
Comme toujours, quand l’humanité ne comprend pas, elle rejette ce qui est différent. Ces adolescents, à défaut de pouvoir être éradiqués car trop nombreux, sont relégués dans des réserves. Plaguers nous conte l’histoire de ces jeunes par la voix de Quentin, un plaguer qui fait naître des sources. Extirpé de force de son milieu privilégié, il va devoir s’adapter, trouver sa place parmi ses camarades et surtout grandir.
J’ai lu ce roman à toute vitesse, les chapitres courts m’y ont aidée, mais j’étais surtout prise dans l’histoire. Jeanne-A Debats a une façon de raconter qui me fait toujours cet effet. Le fait que je me sente proche de ses personnages y est probablement pour quelque chose, mais j’aime aussi beaucoup son style. Et puis l’intrigue est vraiment prenante.
Plaguers est un roman d’apprentissage, avec tout ce que cela implique. Les personnages se cherchent, se découvrent. Je me suis passionnée pour leurs destins et attachée même aux plus exaspérants. Ce sont leurs failles, réelles, plausibles, qui les rendent ainsi. Ils sont réfléchis, bien construits. Ça fait du bien pour une fois de ne pas tomber sur des caricatures d’adolescents. Et même si on les voit évoluer derrière le filtre du regard de Quentin, ils offrent différents points de vue sur leur société.
J’ai aimé découvrir la vie en communauté au sein de la réserve. Elle semble au départ en totale anarchie. À mesure que Quentin prend ses marques, on se rend compte que ce n’est pas tout à fait le cas. Cette organisation m’a semblé un peu trop idyllique par moment, je me demandais comment elle pouvait tenir debout, surtout avec autant de jeunes, qui plus est nantis de pouvoirs parfois dévastateurs. Je m’en suis méfiée aussi, c’est dans ma nature… Pourtant j’ai aimé cet endroit, je m’y serais presque sentie à la maison.
Si comme moi vous avez été nourris aux comics et à la SF dès l’âge le plus tendre, vous pensez peut-être que l’idée de départ est plutôt convenue. Les X-men, tout ça, tout ça… Bref. Non, ce n’est pas le cas. L’auteur a su insuffler de l’originalité à son récit. C’est très loin de ce que l’on pourrait en attendre en se fiant au résumé.
Cela donne à réfléchir sur l’humanité et son devenir. Malgré les épreuves que subissent les personnages, j’ai trouvé ce récit empreint d’espoir et de tendresse. Cette lecture m’a laissé un sentiment de nostalgie et je pense qu’elle continuera longtemps de me trotter en tête.

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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans les catégories suivantes :
- Une œuvre de SF écrite par une femme.
- Lire un livre de cli-fi (climate fiction). Ou éco-fiction (pour écologie fiction).
- Lire un livre de SFFF transhumaniste ou posthumaniste.

vendredi 11 juillet 2014

Dans la dèche au royaume enchanté

Un roman de Cory Doctorow, publié dans la collection folio SF de chez Gallimard.


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"J'ai vécu assez longtemps pour voir le remède à la mort, assister à l'ascension de la Société Bitchun, apprendre dix langues étrangères, composer trois symphonies, réaliser mon rêve d'enfance d'habiter à Disney World et assister non seulement à la disparition du lieu de travail, mais du travail lui-même". Ainsi débute l'histoire de Julius, un jeune homme d'environ cent cinquante ans. Il a tout pour être heureux dans ce meilleur des mondes possibles, pourtant, sa vie va basculer, et l'utopie se transformer en enfer... Avec ce premier roman, Cory Doctorow fait preuve d'un grand talent et se révèle comme l'un des auteurs de science-fiction à suivre ces prochaines années. Dans la dèche au Royaume Enchanté est de ces œuvres denses et novatrices qui nous font prendre conscience que le futur, c'est déjà demain.



J’avais choisi ce petit roman comme livre à trimballer avec moi entre deux grands formats. Il me fallait un récit court et déjanté pour me distraire sans trop me détourner de mes lectures du soir. En ce qui concerne la distraction, j’ai été servie, mais au moment de reprendre le GF du soir, impossible de lâcher Dans la dèche au royaume enchanté. Ce fut une excellente surprise.
Le titre est marrant, c’est d’ailleurs lui qui m’a attirée en premier, et il correspond parfaitement à l’ambiance de ce roman. J’ai eu un peu de mal, au départ, à entrer dans l’histoire, je me demandais où j’étais tombée. Il faut dire que j’avais lu le résumé longtemps auparavant, il ne me restait donc qu’un vague souvenir de l’accroche et de ce qu’on m’avait dit de ce roman. Cependant, après quelques ajustements, le récit m’a emportée et j’ai adoré ça.
Le ton est vif, plein d’humour, mais pas pour autant dénué de réflexion. Dans une projection future de notre monde, la société Bitchun a trouvé comment vaincre la mort. Les cerveaux humains sont sauvegardés, puis restaurés dans des clones. Les gens sont connectés en permanence au réseau, gérant leurs corps selon leur bon vouloir, comme des machines. Ils contrôlent même leurs hormones…
Dans ce monde, l’argent a disparu, tout est une affaire de mérite et de réputation, c’est le taux de whuffie qui définit les privilèges de chacun et, pernicieusement, influe aussi sur l’attitude des gens les uns envers les autres. La façon dont ce système est construit est à mon sens plutôt géniale, même si je détesterais un monde de ce genre. Une idée très humaniste au départ finit souvent dévoyée… Enfin, dans le cas présent chacun se fera sa propre opinion.
Si le prologue se situe aux débuts de la société Bitchun, durant la rencontre de Julius et Dan, deux des personnages principaux, la suite nous emmène de nombreuses années plus tard, alors que Julius a passé le centenaire depuis un bail et que les réfractaires à la société Bitchun sont morts depuis longtemps, offrant à celle-ci le monopole.
L’histoire nous est contée par Julius lui-même, alors qu’il se trouve à un tournant de son existence, quand Dan resurgit dans sa vie. J’ai très vite ressenti une certaine empathie envers ce personnage, très humain, un peu trop gentil et idéaliste, mais qui se bat pour ses idées. Julius est bien intégré dans le système Bitchun mais va pourtant en venir à lutter pour préserver une part de passé, un peu de rêve à l’ancienne, face à la froideur des progrès techniques.
J’ai trouvé ce roman passionnant, l’intrigue policière est plutôt bonne, les ressorts politiques intéressants apportent leur dynamique à l’ensemble sans ennuyer le lecteur et le caractère d’anticipation du récit encourage une certaine réflexion. Ce roman pose les bonnes questions sur la modernité, les réseaux sociaux, le choix du changement, les valeurs, la protection du patrimoine et surtout quel en est le prix, puis comment, parfois, en voulant protéger un héritage chéri ou peut finir par le dénaturer soi-même.
Le nœud de l’intrigue est un peu prévisible, mais cela n’a pas dérangé ma lecture. Le fait d’avoir compris où l’on va ne gâche pas le voyage dans ce cas précis et je n’aurais pas voulu une autre trame tant c’est bien amené et construit. Ce fut une excellente lecture.

dimanche 2 février 2014

Punk's not dead

Un recueil de nouvelles d'Anthelme Hauchecorne publié chez Midgard.


Les droits de cet ouvrage sont reversés à l'association Sea Sheperd France.


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Punk's not dead - Anthelme Hauchecorne




Présentation de l'éditeur :
À quoi l’Apocalypse ressemblerait-elle, contée par un punk zombi ?
Qu’adviendrait-il si le QI des français se trouvait d’un coup démultiplié ? Un grand sursaut ? Une nouvelle Révolution, 1789 version 2.0 ?
Est-il sage pour un mortel de tomber amoureux d’un succube ?
Les gentlemen du futur pourront-ils régler leurs querelles au disrupteur à vapeur, sans manquer aux règles de l’étiquette ?
Comment se protéger des cadences infernales, de la fatigue et du stress au travail, lorsque l’on a le malheur de s’appeler « La Mort », et d’exercer un métier pour laquelle il n’est pas de congés ?


Autant de sujets graves, traités entre ces pages avec sérieux.
Ne laissez pas vos neurones s’étioler, offrez une cure de Jouvence à vos zygomatiques. Cessez de résister, accordez-vous une douce violence…
De toute évidence, PUNK’S NOT DEAD a été écrit pour vous.



Attention, coup de cœur !


En considérant tout d’abord « l’emballage » lui-même, Punk’s not dead est un bel objet. C’est certes le texte qui importe le plus, mais ça fait toujours plaisir d’avoir entre les mains un livre aussi réussi visuellement. Les polices d’écriture ont été choisies avec soin, de même que les dessins marquant des interruptions de chapitres sont toujours adaptés au récit qu’ils jalonnent. Chaque nouvelle comporte en outre au moins une illustration. Ces détails minutieusement disséminés dans l’ouvrage concourent tous à le rendre très agréable à parcourir.
J’ai de surcroît beaucoup apprécié qu’à la fin de chaque texte l’auteur nous explique sa démarche artistique. Il évoque la genèse de la nouvelle et les thèmes abordés qu’il relie à un contexte. C’est à chaque fois intéressant et ce petit plus opère toujours un certain charme sur moi. Peu d’auteurs prennent la peine de nous proposer un tour d’horizon dans leurs ateliers ou les coulisses de leurs histoires, ça devrait arriver plus souvent.
Bien sûr, au-delà de la beauté de l’objet et de ces incursions « behind the scenes », il y a les nouvelles, ce pour quoi on achète vraiment un recueil, et celles-ci m’ont particulièrement enthousiasmée.
L’écriture d’Anthelme Hauchecorne est aussi subtile que maîtrisée, conférant une certaine élégance à ses récits, même les plus grinçants ou glauques. En effet, l’auteur ne se prive pas d’étaler un humour assez noir dans les univers sombres qu’il brosse, ses personnages, un brin désemparés parfois, paumés ou à côté de la plaque, se raccrochent à des bribes d’espoir souvent ténues, mais néanmoins bien présentes. Leurs histoires n’en sont que plus addictives alors que, découpées avec précision, elles entraînent facilement le lecteur dans leurs méandres. Parfois l’humour les allège, d’autres fois il renforce leur ambiguïté, mais il est toujours mesuré.
L’auteur sait mettre son propos en valeur, il dose savamment le divertissement et la réflexion et ne prend pas ses lecteurs pour des abrutis. J’ai vraiment apprécié l’intelligence qui nimbe ce recueil, dans son fond comme son agencement.
Certains univers, parmi ceux que j’ai trouvés les plus prometteurs, sont appelés à être explorés plus avant dans d’autres écrits. Certains le sont déjà d’ailleurs. C’est avec plaisir que je m’y replongerai. Décembre aux Cendres, par exemple, est un des récits que j’ai préférés et je l’ai lu avec avidité, regrettant amèrement que cela se termine si vite. Il s’agit d’un conte de Noël décalé et désenchanté, impression renforcée pour ma part car je l’ai justement lu à l’époque de Noël. J’espère vraiment pouvoir lire prochainement d’autres histoires sur ces personnages et la ville de Brûle-Peste.
J’ai aussi retrouvé avec plaisir La Ballade d’Abrahel, réécriture de conte présentée auparavant dans l’anthologie Contes et légendes revisités de chez Parchemins et Traverses, que je vous conseille au passage. L’auteur a su insuffler une vraie réflexion dans cette histoire en l’arrachant à l’obscurantisme dont elle est issue. Cela me touche tout particulièrement.
Le Buto atomique, interpelle de même par ce qui s’est glissé de réalité entre les lignes, par l’empathie qui se dégage de ce récit au-delà de la richesse très prometteuse du système de magie évoqué. Une fois encore, j’espère croiser de nouveau ces personnages et en apprendre plus sur les Sœurs et leur danse.
Le Roi d’Automne, à rattacher à l’univers du roman Âmes de verre, fait également partie des textes qui m’ont le plus rapidement prise dans leurs rets. Cette histoire complexe, à la mythologie très travaillée, ne peut que donner envie de se plonger dans le roman de l’auteur pour explorer plus avant cet univers fascinant.
Parmi les textes plus concis auxquels l’auteur n’envisage pas de suite, il y a notamment l’excellent Sarabande Mécanique. J’ai bien conscience de ne pas faire honneur à l’intelligence que l’auteur a mis dans la création de son récit, comme de ce recueil dans son entier d’ailleurs, mais c’est encore le mot qui traduit le mieux mon impression : c’est excellent. La valse des références, cinématographiques (que je connais moins), littéraires (plus de mon ressort) et historiques est particulièrement gracieuse. C’est grinçant et drôle, futé et divertissant à la fois. Une nouvelle à chute comme on les aime.
Mais tous les textes de Punk’s not dead valent le détour et tous mériteraient un petit mot dans cette chronique, ce que je ne peux leur accorder malheureusement.
Vous irez de surprise en surprise en ouvrant ce recueil, d’une apocalypse zombie démentielle et génialissime en compagnie du dernier Punk de Grande-Bretagne à une anticipation sous forme de documentaire, en passant par un avènement de la robotique vu par les yeux d’une intendante pétrie de sarcasme ainsi qu’une histoire déjantée de quête à l’ancienne et de fantôme dans une double narration particulièrement bien rodée. Et puis il y a les dragons… Que sont devenus les dragons d’après vous ? Vous le saurez peut-être en lisant Punk’s not dead.
Je vous conseille vivement d’investir dans la version papier car outre le fait que, comme je l’ai déjà seriné, elle est très classe, la version numérique a une caractéristique qui est pour moi un petit défaut. Certains passages en gris clair sont particulièrement difficiles à déchiffrer sur une liseuse dont on ne peut régler le contraste. Certes mes problèmes de vue y ont sans doute une part, mais ça reste désagréable même pour des yeux en bonne santé.
Enfin, que vous choisissiez le papier ou le virtuel, j’espère que vous vous laisserez emporter et charmer par cette lecture au moins autant que moi et qu’elle vous donnera envie de découvrir d’autres écrits d’Anthelme Hauchecorne.


Si vous voulez vous faire une idée, sachez que vous pouvez télécharger deux nouvelles figurant dans ce recueil sur le site de l’auteur : Sarabande Mécanique et Les Gentlemen à manivelle.


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logo_vert JLNN

samedi 9 novembre 2013

La brigade des loups, Ep 3

La brigade des loups est un feuilleton numérique de Lilian Peschet, publié dans la collection e-courts des éditions Voy'el.


Mon avis sur les épisodes précédents :
Épisode 1
Épisode 2


La brigade des loups, Ep3


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Le précédent épisode nous laissait face à un retournement de situation intéressant qui promettait d’affecter la structure même de la brigade sur le plan professionnel, mais aussi humain et émotionnel. En effet, ses membres agissent en meute et dépendent de l’harmonie qui existe dans le groupe. Pourtant, les loups savent, avec plus ou moins d’acuité, que derrière ce choix de leurs supérieurs se cache un plan de plus grande envergure.
Ont-ils vraiment le temps d’y songer ? Rien ne va plus depuis longtemps au sein de la brigade des loups mais également dans leur pays. Une crise couvait dans la société roumaine, exacerbée par les événements des deux précédents épisodes, et elle est sur le point d’exploser. Le monde change, mais on ne sait pas encore qui prendra l’avantage. On peut se sentir, comme les personnages, dépassé par tous ces événements qui se précipitent. Le lecteur se retrouve de plus en plus violemment plongé dans l’histoire et plus j’avance dans la lecture de cette série, plus je l’apprécie. C’est un feuilleton d’une très grande qualité, que ce soit dans la construction des personnages, l’intrigue et son contexte, ou encore la gestion du rythme.
Dans ce troisième chapitre, nos héros sont en difficulté, à titre global, mais aussi individuel. Ils doivent gérer une situation qui les dépasse, tout en combattant leurs propres démons. La tension monte tout au long de l’épisode et j’étais vraiment sur les nerfs en arrivant à la dernière ligne.
Vivement la suite.

lundi 23 septembre 2013

La brigade des loups, Ep2

La brigade des loups est un feuilleton numérique écrit par Lilian Peschet et proposé par les éditions Voy’[el] dans leur collection e-courts.


Si vous voulez mon avis sur le premier épsiode, c'est par ici.


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La brigade des loups, Ep2




Présentation de l'éditeur :
2020. L'épidémie de lycanthropie sévit en Europe depuis près de trente ans. La Roumanie est l'un des pays les plus en pointe concernant la recherche sur ce rétrovirus, mais aussi l'un des rares où les lupins ont le droit de vivre dans la société.
Sous certaines restrictions.
Pour s'occuper des crimes lupins, des unités de polices spéciales exclusivement composées de malades ont été créées.
On les appelle les Brigades des loups.


Un attentat dans un centre commercial de Bucarest. Des revendications d'un groupe indépendantiste moldave. Une autre bombe qui doit exploser. Mais l'ennemi se trouve-t-il vraiment à l'extérieur de Bucarest ? La Brigade risque beaucoup à enquêter sur une affaire où elle n'est pas désirée...



Ce deuxième épisode nous amène peu après la fin du premier, aussi il est nécessaire de connaître les événements qui ont engendré la situation présente pour la comprendre et apprécier la nouvelle à sa juste valeur. Il est maintenant clair que ce feuilleton n’offrira pas des épisodes indépendants.
L’univers très sombre que l’auteur nous a présenté précédemment se dévoile de plus en plus, dans toute sa rudesse et sa réalité. On voit qu’il a tissé un canevas complexe et qu’il nous reste encore beaucoup à découvrir, au fil des épisodes, sur ce monde où la lycanthropie est à la fois une réalité et une maladie. L’équilibre des forces est bouleversé dans cette Europe alternative, la façon dont les différents pays ont géré l’épidémie ne nous apparaît encore que par touches, mais on sent bien qu’il y a une vraie réflexion dans la trame de ce feuilleton et je dois dire que ça me plaît.
La brigade des loups est une série très addictive qui se révèle de mieux en mieux. J’ai beaucoup plus apprécié cet épisode que le premier. Je ne sais pas si c’est dû au fait de déjà connaître les personnages et le background, mais ce récit-là m’a semblé beaucoup plus fluide, moins fouillis. Les révélations, sur le monde lui-même comme sur les personnages, sont justement dosées et donnent envie de lire la suite.
En même temps que se joue l’avenir de la brigade ainsi que de ses membres de façon plus personnelle, la Roumanie traverse une grave crise due à des menaces terroristes. La brigade s’y retrouve embarquée et les intrigues se mêlent. L’enquête menée lors du premier épisode a encore des répercussions, parfois inattendues, il faut bien le dire.
Le récit est toujours sur le mode d’une narration chorale, nous offrant des interventions à peu près équivalentes de tous les membres de la brigade ou presque. Les personnages se démarquent un peu plus dans leur style et cela apporte plus encore de cohérence à l’ensemble. J’apprécie vraiment que chacun ait droit à la parole, dans le cas présent cela apporte beaucoup à l’histoire elle-même et le développement psychologique de ces protagonistes est vraiment intéressant.
J’espérais apprendre des choses sur le sort de l’un d’eux, plutôt malmené dans le premier épisode, mais au final on n’en sait pas beaucoup plus. La patience est donc de mise avec cette série, mais elle est récompensée par la qualité de la trame de fond.
L’enquête elle-même est plus prenante que la première, du moins de mon point de vue, et recèle plusieurs surprises. Avec le retournement de situation que l’auteur nous a réservé pour la fin, j’ai encore plus envie de lire le prochain épisode.