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mardi 14 octobre 2025

Nettle and Bone : comment tuer un prince

 Un roman de T. Kingfisher, publié chez Verso.


T. Kingfisher est une poétesse de l’étrange, sa fantasy flirte avec l’horreur, son horreur danse langoureusement avec le merveilleux… Ne vous y trompez cependant pas, malgré son premier chapitre un rien teinté d’effroi, Nettle and Bone n’est pas de l’horreur, c’est un conte discordant. Kingfisher aime les contes, elle puise dans leur matière originelle, brute et cruelle, pour tisser de grandes histoires, de celles que l’on garde en mémoire. Elle est une autrice prolifique, qui écrit aussi bien des récits pour enfants que pour adultes et dans des genres très différents.
Nettle and Bone est un conte à la fois beau et dérangeant, une histoire profondément originale, qui pourtant possède ce petit quelque chose de familier qui met le lecteur à l’aise. On se sent en terrain connu, pourtant T. Kingfisher se joue de nos attentes. Le récit s’enroule autour du lecteur comme une couverture mais, malgré le confort que celle-ci apporte, il y a un petit je-ne-sais-quoi de malaisant, typique de l’écriture de Kingfisher même quand elle ne fait pas de l’horreur. Ce merveilleux teinté d’effroi est une lecture parfaite pour l’automne.
L’autrice s’amuse à détourner les clichés. Ses personnages n’en sont que plus attachants. J’ai particulièrement apprécié Marra, qui n’est ni belle ni puissante. Elle n’a rien d’une héroïne ; elle n’espère qu’une vie simple et tranquille, mais elle sait que si elle ne fait rien, personne d’autre n’agira. Marra est juste une femme ordinaire et ça change tellement de ce qu’on nous propose habituellement ! Elle se découvre du courage parce qu’elle n’a pas le choix et qu’elle ne saurait détourner le regard. Cela la rend touchante. 
Les personnages qui l’entourent ont aussi leurs particularités. J’ai adoré la dame poussière et la marraine, néanmoins je ne veux pas trop en dire pour ne pas vous gâcher la découverte.
Le récit est subtil et la plume élégante, toutefois c’est l’atmosphère de conte distordu et la magie instinctive, symbolique, qui m’ont le plus charmée. Ce fut une excellente lecture.

jeudi 11 avril 2024

Les moelleuses au chocolat

Un recueil de nouvelles de Silène Edgar, publié chez Gephypre.

Présentation de l'éditeur :

Création vengeresse, puissance libératrice, magie féérique, nouveau sens organique, jeu épistolaire, folie douce, péché capital : sept nouvelles toutes en érotisme et chocolat, qui embrassent les genres de l’imaginaire et les enrobent d’une liqueur cacao à vous faire fondre… sans oublier l’humour, épice indispensable pour lier ces créations concoctées avec amour & gourmandise.

Au menu :
- La chocolatière de Hamelin
- Ève
- La cuisson parfaite
- Effluves
- Entre mes lignes
- Les gourmandes
- Une petite cantate
Évidemment, chaque nouvelle est complétée par ses recettes exclusives et coquines, à cuisiner à deux (ou plus).

Dans ce recueil tout en sensualité et gourmandise se côtoient une sorcière tentatrice et revancharde, une Galatée chocolatée, une veuve qui sait ce qu’elle veut, une fille-fée qui désespère d’être aimée pour elle-même, une mégère apprivoisée et un certain nombre de gourmandes impénitentes toutes plus séduisantes les unes que les autres. Je me suis laissé envelopper par la douceur cacaotée de leurs histoires à la saveur de contes. J’ai trouvé entre ces pages un brin d’érotisme, des torrents de sensualité, beaucoup de gourmandise et tout autant d’amour.
Toutes ces histoires m’ont séduite d’une manière ou d’une autre, mais j’ai une certaine tendresse pour celle de Mahaut, un peu fée, un peu sorcière et surtout fort pragmatique. J’ai aussi particulièrement apprécié Entre mes lignes, un récit aussi drôle qu’attendrissant. Le symbolisme d’Ève, à qui la précision et la mégalomanie donnent corps, mais qui ne prend vie que grâce à la tendresse et au désir a également touché mon cœur de guimauve.
Ces nouvelles ont quelque chose de réconfortant, comme le chocolat qui les a inspirées. Elles explorent le désir, l’éveil des sens, mais aussi la sensation de tomber en amour et sont pour la plupart extrêmement positives.
Les textes sont joliment tournés, poétiques et imagés. Ces récits fortement inspirés de contes sont agréables à lire et se savourent comme autant de mignardises. Il faut être raisonnable, car ce petit livre peut aussi bien se dévorer trop vite. L’autrice a pris soin d’agrémenter ses nouvelles de recettes alléchantes, pour entretenir l’appétit de ses lecteurs, et j’ai bien envie d’en essayer certaines.
J’avais déjà lu Silène Edgar et je trouve qu’elle excelle dans l’art de conter des nouvelles. Ce fut une très plaisante lecture.


vendredi 19 février 2021

Diamants

Un roman de Vincent Tassy, publié chez Mnémos.

Présentation de l'éditeur :

D’un hiver sans fin naît l’espoir d’un printemps radieux
L’Or Ailé, de la cité immortelle, est descendu des cieux.
Seigneur ou roturier, lequel deviendra son suivant ?
Serviteur, conseiller, dévoué ou confident
Dans le labyrinthe d’Œtrange, il devra le guider
Du royaume de Ronces, aux Brumes emplies de danger.
De l’hiver au printemps, de l’obscurité à la lumière
Percerez-vous les secrets de L’Or Ailé venu sur Terre ?
Vincent Tassy portait en lui depuis longtemps ce roman de fantasy. Le résultat est à la hauteur du talent de cet écrivain singulier : sombre et lumineux, doux et violent, androgyne et sexué. Diamants est une œuvre gothique comme moderne, portée par l’une des voix les plus envoûtantes du genre.
Dans un royaume où tout ne semble être qu’ordre et beauté, luxe calme et volupté… apparaît soudain un ange. De sa chevelure déferlent des diamants et sa présence seule suffit à bouleverser l’équilibre du monde. Les écrits les plus sacrés de tous les continents de ce monde disent qu’il apporte avec lui l’abondance et la douceur de vivre à sa terre d’accueil, mais sa venue ne va-t-elle pas déclencher les convoitises, ou attiser celles qui couvaient déjà ?
Dans ces cours élégantes et feutrées bruissent complots et jalousies. Et la présence de l’Or Ailé, cet ange inaccessible à la compréhension humaine ne fait qu’égarer davantage des esprits déjà perdus. Cette histoire nous présente une reine au bord de la rupture, qui navigue entre lucidité et folie sans que l’une soit plus identifiable que l’autre, deux princesses livrées à elles-mêmes dont une toujours profondément absente et l’autre sauvage comme un chat, un mancien à l’esprit acéré mais qui ne peut être partout, des amants qui feront tout pour ne pas se perdre et un jardinier qui oscille entre ambition et totale dissolution de lui-même. Et que dire de l’ange ? Que dire du royaume de Ronces, magique entre tous, presque mythique, et de son Endeuillé Soleil ?
C’est une histoire et mille autres à la fois, échos diffractés et reflets brisés qui se recomposent sans cesse comme en un kaléidoscope, un puzzle dont les mêmes pièces s’emboîtent pour former différents tableaux.
Étrange roman que celui-ci, entre une fantasy classique, tissage de magie, de complots et de guerres, et un conte mélancolique aux accents romantiques, dans le sens littéraire du terme. Oui, l’écriture de Vincent Tassy est indubitablement romantique. Il a ce don particulier d’enchanter la pourriture et de faire pousser des fleurs magnifiques dans des charniers. Il nous conte langueur des âmes et des corps, émerveillement et mal de vivre, amours vénéneuses ou inconditionnelles, toujours dévastatrices, avec une singulière poésie.
Dans Diamants, les personnages s’engourdissent, s’abandonnent, mais ils se révèlent aussi. L’auteur déplie lentement leurs histoires respectives pour nous rendre accessibles les facettes les plus cachées de ces êtres brisés ou brûlants d’espoir. Il nous emmène à la racine de la folie ou du désir avec indolence, nous dévoile tous les travers aussi bien que les miracles dont les humains sont capables.
Je me suis promenée dans ce récit avec une curiosité parfois morbide. J’ai appris à aimer certains protagonistes plus que d’autres et j’ai apprécié qu’aucun ne soit réellement bon ou mauvais. Ils sont humains et faillibles. Ils agissent mal par faiblesse ou par facilité, par égoïsme souvent, mais ils ont aussi des sursauts d’altruisme, de bonté et de loyauté. J’ai particulièrement aimé les deux princesses, si différentes, et Dolbreuse. J’ai pris grand plaisir à voir évoluer Mauront et à découvrir le fin mot de cette histoire.
Diamants est un très beau roman, un récit poétique à la saveur de mythe qui m’a rappelé ce qui m’a un jour attirée dans la fantasy.

lundi 7 septembre 2020

La Louve de Brocéliande, intégrale

Une trilogie de Lia Vilorë.
Le premier volume a été publié chez Lune Écarlate, mais n'est plus disponible à la vente. Vous pouvez vous procurer l'intégrale gratuitement sur le blog de l'autrice et lui faire un don via Tipeee si ça vous dit.

Résumé :
De nos jours en Bretagne, peu savent que la légendaire forêt de Brocéliande est le théâtre d'une guerre fratricide entre fées.
Victime de fièvres inexplicables lors de la nouvelle et de la pleine lune, la lycéenne Hikira Bisclavret fait un jour la connaissance d'Éric Freinet. Un être ambigu qui la fascine et en qui elle trouve un ami inespéré.
Éric et Hikira deviennent les cibles de fées prêtes à tout pour les détruire, car découvrir le secret des fièvres de la jeune fille ne sera pas sans payer le prix fort.
Après tout, les Demoiselles sont aussi merveilleuses que terribles...
Hikira a presque seize ans. Elle a perdu sa mère dans des circonstances horribles et s’est un peu renfermée sur elle-même. Cela étant, elle semble être une adolescente normale et c’est par hasard qu’elle attire l’intérêt du docteur Éric Freinet. Déterminé à aider la jeune fille, qui est atteinte de mystérieuses fièvres que tout le monde semble traiter à la légère, Freinet va se trouver embarqué bien malgré lui dans une histoire aussi étrange que complexe.
Amateurs de légendes et de loups-garous, cette trilogie devrait vous intéresser. Lia Vilorë mêle dans son récit de nombreuses influences qui forment un tout cohérent. Je me suis plu à découvrir cette interprétation du Lai de Bisclavret, récit que je vous invite à lire si vous ne le connaissez pas. La trilogie s’articule autour de lui et il est résumé dans son entièreté au cours du premier tome, cependant il ne faut pas vous priver de la lecture, au demeurant fort brève, d’une belle pièce de littérature médiévale.
J’ai vraiment beaucoup aimé la façon dont Lia use de la matière de Bretagne, associée au folklore sur les fées et les loups-garous, pour créer sa propre légende. Sa manière d’interpréter le lai et de l’entremêler à d’autres légendes, comme on peut le voir au fil des tomes, est tout en relief et subtilités.
Hikira est un personnage intéressant. Elle oscille longtemps entre l’enfant et la jeune fille, avec ce petit côté sauvage qui est l’apanage de son héritage. Elle a vécu des événements affreux, chaque petite part de son innocence rognée au fur et à mesure des épreuves, pourtant, elle fait preuve d’une grande capacité de résilience. Vouée à grandir dans la douleur, elle doit sans cesse faire le deuil de son enfance, de ses rêves et même de son humanité alors que paradoxalement elle humanise les gens autour d’elle, du meurtrier de sang froid aux gamins perdus qui ne savent pas toujours comment ils en sont arrivés là. Elle leur permet de faire émerger ce qu’il y a de meilleur en eux et de panser leurs plaies. Cela me touche particulièrement chez ce personnage qui n’est qu’un pion dans une partie d’échecs qui le dépasse et dont il entrevoit pourtant l’issue avec une grande lucidité. Hikira est toute entière aux mains des fées, bonnes et mauvaises, qui se disputent le monde. Le potentiel initiatique de ce récit n’en est que renforcé.
J’ai aussi beaucoup aimé le personnage d’Océane qui pour moi est l’autre face d’une même pièce. Soumise au bon vouloir de la Bête, elle n’en est pas moins la plus forte des deux. Elle aussi est une fille sacrifiée mais, plus encore que Hikira, elle embrasse sa destinée avec détermination. On ne peut que s’attacher à ces deux jeunes filles et leurs défauts ne les rendent que plus humaines.
J’ai lu, il y a de cela quatre ans,, le premier volume de cette trilogie et j’avais vraiment envie d’en connaître la fin. Maintenant que c’est chose faite, j’ai pourtant l’impression que ce n’était qu’un pan de l’histoire globale et que d’autres personnages ont encore des choses à me raconter, même si Hikira est allée au bout de son parcours initiatique.

mercredi 19 février 2020

American Gods

Un roman de Neil Gaiman, en version audio chez Audiolib.
Lu par Valentin Merlet.


Je vous épargne le résumé de l'éditeur, trop bavard à mon goût.

Ces temps-ci j’éprouve le besoin de revenir à des valeurs sûres et Neil Gaiman en fait partie. C’est ainsi que j’ai eu envie d’écouter la version française de American Gods produite par Audiolib et j’ai vraiment beaucoup apprécié la redécouverte de ce roman dans ce format.
American Gods est un grand roman, à la fois road trip et épopée moderne. Le postulat est simple : les immigrants ont amené leurs dieux avec eux, mais que sont-ils devenus sur cette terre hostile que sont les États-Unis d’Amérique ?
Ombre ne croit pas en grand-chose. Il finit de purger une peine de prison et espère juste retrouver sa femme et un travail dans la salle de sport de son meilleur ami à sa sortie. Cependant, cela ne va pas se passer aussi facilement. Entraîné malgré lui sur les routes, il va voir les mythes et légendes, anciens comme modernes, se mêler à une réalité plus triviale. C’est comme regarder un rêve à la lumière du jour, un peu absurde, parfois pas joli-joli, mais riche de symbolisme. Au bord de l’autoroute du progrès, les mythes prennent la poussière. Les dieux quasi oubliés sont réduits à vivre en marge tandis que de nouvelles déités émergent. Cela semble anodin ? C’est passionnant !
American Gods est une fantasy contemporaine comme je les aime. Gaiman est un conteur qui entrelace à la perfection le substrat des mythologies à l’évolution du pays pour créer une histoire qui peut parler à chacun. Il a construit une véritable épopée et fait d’Ombre un héros moderne, un homme qui ne demandait rien et qui s’efforce de faire de bons choix dans une situation dont il ne comprend pas toujours les implications. J’aime beaucoup ce personnage qui représente pour moi ce qu’il y a de meilleur dans l’humanité.
Gaiman a construit ce roman en épisodes, comme des parenthèses bienvenues dans l’arc principal alors qu’elles en sont les piliers. On y découvre l’arrivée progressive des dieux aux U.S.A. Cependant, mes passages préférés sont ceux consacrés à Ombre, surtout quand il est loin de son employeur car c’est dans ces moments-là qu’il est le plus lui-même. J’aime particulièrement son séjour à la maison des morts et toute l’intrigue qui se déroule à Lakeside. Je crois que même en sachant parfaitement tout ce qui va se passer, je ne pourrai jamais m’en lasser. Le fait de l’écouter permet en outre de se laisser bercer par le récit. Il fait partie de ces romans qui sont vraiment agréables à écouter car, comme je l’ai déjà dit, Gaiman est un conteur.
Laissez-vous porter par la richesse de cette histoire ou attrapez les indices au vol pour tenter de déterminer où l’auteur veut vous emmener, à votre guise, il y a plusieurs façons d’apprécier ce road trip. Dans American Gods l’ironie est mordante, le cynisme agressif, mais la magie, même foireuse, n’est jamais loin.

lundi 26 août 2019

La Quête du Sampo, Terres du Nord T1

Un roman de Monia Sommer, publié chez Séma éditions.

Présentation de l'éditeur :
"Alors que la Finlande menace de s’effondrer face à l’invasion suédoise, Satu, une jeune journaliste, part en quête du Sampo, un objet légendaire, seul élément capable de les sauver, elle et son pays. Sur fond d’apocalypse et de légendes finnoises, Terres du Nord propose une quête initiatique qui pose les fondations d’une fantasy à la fois futuriste et magique, dont le Kalevala sert de point d’ancrage et de guide intemporel. "
Les dérèglements climatiques et les impasses politiques qui ont mené à deux nouvelles guerres mondiales ont bouleversé la planète. Tous en subissent encore le contrecoup, bien que l’on ne sache pas exactement quand cette histoire se situe dans le futur, puisque la datation a changé. 
L’accès à la technologie et aux ressources naturelles est devenu de plus en plus problématique. Certains pays se sont alliés pour mieux résister, néanmoins la Finlande refuse de rejoindre la Communauté Scandinave. Combien de temps pourra-t-elle encore résister alors qu’elle se trouve isolée, en proie à la famine et à un mystérieux virus ? 
Ce roman allie fantasy et anticipation d’une manière que j’ai trouvée originale, moderne et plaisante. Le lecteur plonge dans les légendes finnoises à la suite de Satu, mais ne perd jamais de vue des problématiques très actuelles. 
La jeune journaliste est entraînée bien malgré elle dans les méandres d’une affaire qui la dépasse. Il faut dire qu’elle est bien jeune. Elle se montre courageuse, mais pas toujours avisée. Satu est cependant un personnage attachant. Elle est animée de bonnes intentions malgré son impulsivité et ses erreurs de jugement. 
La Quête du Sampo est un roman tissé de magie et de secrets. Cela a été un plaisir de suivre Satu au coeur de ces grandes étendues enneigées, de la voir grandir et s’affirmer, de découvrir avec elle une partie de son histoire familiale. J’aurais cependant aimé en savoir plus à ce sujet et j’espère que la suite comblera cette attente. Il en va de même pour les personnages secondaires qui sont tout aussi intéressants bien que pas suffisamment développés à mon goût. J’espère que le prochain tome remédiera aussi à cela. 
J’ai beaucoup apprécié les passages rappelant les contes. Leur ambiance si bien rendue rappelle des souvenirs. Très férue de légendes, de mythologies diverses et de quêtes identitaires, ce roman était indéniablement pour moi. J’ai aimé découvrir les êtres mythiques qui croisent la route de Satu, tout autant que l’aspect plus moderne du récit, avec cette guerre larvée contre la Suède, ces complots et autres machinations. Je lirai très volontiers la suite.

mardi 25 juin 2019

Crimson Peak


Si j’aime beaucoup la littérature gothique, je suis moins portée sur les films du genre. J’apprécie de pouvoir laisser ma propre imagination travailler, investir les lieux et les personnages. Ne nous mentons pas, si j’ai fini par visionner ce film, c’est parce que Tom Hiddleston joue dedans… Ne me jugez pas ! 
Enfant, Edith a vu le fantôme de sa mère, venu lui délivrer un avertissement, et cela l’a profondément marquée. Cela, en plus d’avoir été élevée par un père seul, qui l’a voulue indépendante et cultivée, contribue à la faire se sentir en décalage avec son époque. C’est peut-être aussi la source de ses ennuis… Quand elle rencontre Thomas Sharpe, en qui elle reconnaît un rêveur de la même espèce qu’elle, Edith tombe sous son charme... 
L’histoire est on ne peut plus classique pour une romance gothique. Une jeune femme fortunée s’amourache d’un aristocrate fauché au passé trouble et le suit à l’autre bout du monde pour découvrir un manoir isolé, froid et lugubre, où elle devra vivre avec son mari et sa glaciale belle-sœur… On voit venir le nœud de l’intrigue et Edith, jeune femme intelligente et sensible, qui de surcroît écrit des histoires de fantômes et est une grande lectrice, devrait probablement être un peu plus paranoïaque. Cependant, on se laisse glisser dans ce récit sombre, empli de non-dits et de spectres. 
Parlons-en de ces spectres justement. Guillermo del Toro a choisi de les déshumaniser au maximum, sombres caricatures de leur ancienne existence. C’est l’estampille « film d’horreur » j’imagine. Mais ce n’est pas vraiment un film d‘horreur, sinon je me serais évanouie en le regardant… Je suis une peureuse. Si vous aspirez à du gore, vous serez déçus et soyons francs, les fantômes manquent un peu de subtilité. En revanche, del Toro laisse une grande place à l’imagination du spectateur en ce qui concerne l’intrigue. C’est une bonne ou une mauvaise chose selon les goûts. 
Quoi qu’il en soit, les ambitions horrifiques du réalisateur, même si elles ne tiennent pas leurs promesses, gomment quelque peu la poésie qui doit être inhérente au gothique. Non, des décors décadents, aussi impressionnants soient-ils, ne suffisent pas. Je déplore surtout que l’accent soit mis sur la beauté des décors plus que sur les personnages. Il m’a manqué quelque chose de tout à fait indéfinissable pour adorer ce film. 
D’un point de vue esthétique, le résultat est superbe. Les décors sont délicieusement baroques et magnifiques, les costumes travaillés, c’est un plaisir à regarder, mais le scénario manque de consistance. Outre l’histoire trop prévisible, même pour du gothique qui se veut classique, la psychologie des personnages n’est pas suffisamment développée et c’est le gros point faible du film. On sent qu’ils ont été travaillés en amont, ce n’est pas le problème, mais ce qu’il reste de ce travail à l’écran est moindre. Sans imagination et sensibilité, on peut facilement passer à côté de ce film et ne pas comprendre les motivations des personnages. L’histoire n’est pas plate, mais elle le paraît. La seule empathie que l’on peut ressentir envers les personnages repose uniquement sur le jeu des acteurs. Mia Wasikowska et Tom Hiddleston ont fait un travail remarquable, parvenant à combler les manques et transmettre toute la psychologie et les émotions de leurs personnages à travers des gestes ou des silences. 
C’est moins le cas, de mon point de vue, pour Jessica Chastain qui a pourtant reçu une récompense pour son rôle. Même dans ses moments les plus chargés émotionnellement, je l’ai trouvée à côté de son personnage, je n’y ai pas cru. Mais il faut lui reconnaître qu’elle n’est pas aidée, Lucille ayant la personnalité la moins mise en évidence par le scénario. Je crois que j’aurais apprécié que sa fragilité soit davantage dévoilée. Et puis il y a une scène qui a été coupée et qui selon moi manque cruellement au film. Lucille est toute seule au manoir et on entend la voix de Thomas, lisant le manuscrit d’Edith. Le texte illustre parfaitement la situation de Lucille et aide à mieux la comprendre. 
Chastain nous a offert une belle performance, mais moins que les deux autres. 
Mia Wasikowska, à qui l’on reproche souvent de ne pas être assez expressive, transcende ce personnage auquel le scénario seul ne donne pas assez corps. Cette femme a un petit quelque chose de spécial, une sorte de décalage qui parfois ne fonctionne pas, parfois la rend magique. Dans Crimson Peak, ça marche, elle est éthérée, fragile et forte à la fois. Elle est même parvenue à me faire oublier les incohérences de son personnage (mais pas qu’elle court quand elle pouvait à peine bouger cinq minutes avant, faut pas déconner. L’adrénaline n’est pas la potion de Panoramix non plus…). 
Crimson Peak est visuellement un très beau film et il est plus profond qu’on pourrait le croire de prime abord. Il séduira les amateurs de gothique malgré les quelques défauts scénaristiques évoqués. Et puis il y a Tom Hiddleston, alors…

jeudi 27 décembre 2018

Ilex aquifolium

Une nouvelle de Marie-Lucie Bougon, publiée aux éditions Realities Inc.

La version numérique est gratuite jusqu'au téléchargement des mille premiers exemplaires, alors profitez-en vite.

Présentation de l'éditeur : 
Les contes l’ont imaginée blanche, liliale, la chevelure ornée de douces étoiles de givre, le regard clair. Mais je peux désormais vous dire que la Reine des Neiges est une flamme rouge, une gemme écarlate livrée à l’inconstance des cieux, une torche vive. Je n’ai jamais trouvé le froid si différent de la chaleur : une même sensation jaillit dans cette intensité, dans cette foudre qui emplit le corps lorsque ces deux extrêmes ensemble éclosent. Toucher la neige, c’est toucher le feu, glacer sa chair jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’une violente brûlure. Tenter de faire ployer le givre, c’est plonger dans un bûcher, périr dans une gerbe de flammes blanches. Je me souviens encore de la première fois que je vis de la neige à New Shanghai, au cours de cet hiver cendreux de l’an passé, le plus rude, disait-on, depuis presque cent ans...
Cette année encore, les éditions Realities Inc. nous emmènent à la redécouverte de Noël dans un lointain système solaire. Je vous invite au passage à lire De Rouille et de Glace, la nouvelle de l’an dernier que j’ai beaucoup aimée. De manière générale, leurs nouvelles de saison sont toujours de belles surprises. 
Dans Ilex aquifolium, nous faisons la rencontre d’Aran et Dee. Ils vivent sur une planète où tout est trop uniforme et ennuyeux. C’est une petite attention d’Aran pour sa compagne qui va leur en faire prendre davantage conscience et pousser Dee, très intéressée par les coutumes de l’ancien monde, à faire des recherches sur la symbolique de Noël. 
Ce texte est fort court, pourtant il semble s’étirer comme l’hiver. On ressent le froid, la chaleur du foyer, l’attente fébrile et on vit la quête des personnages. J’ai pris grand plaisir à savourer ce conte initiatique moderne. 
Marie-Lucie Bougon souffle sur les braises de vieilles croyances qui s’entremêlent et qui, bien au-delà de leur aspect religieux, peuvent parler à tout le monde grâce à leur nature symbolique. Ce récit nous invite à réenchanter notre quotidien en entretenant notre flamme personnelle avec des bonheurs simples, il nous invite à prendre le temps de ressentir. Nous avons besoin de symboles et de mythes dans notre vie autant que de froide logique et de raison. Non pour nous bercer d’illusions, mais pour nourrir cette part de notre esprit souvent laissée de côté. On n’est pas complet sans rêve et sans sensations. 
J’ai apprécié la réflexion portée par la nouvelle et relu avec plaisir La Reine des Neiges qui lui fait suite. Ce conte a toujours été l’un de mes favoris. Je ne me lasserai jamais de ce que je peux y redécouvrir. À n’en pas douter, Ilex aquifolium deviendra aussi l’un de ces récits que j’aime relire.

samedi 24 novembre 2018

Noces d'écailles

Texte d'Anthelme Hauchecorne.
Illustrations de Loïc Canavaggia.
Publié aux éditions du Chat Noir.

Quatrième de couverture : 
Octobre 1345, 
Comté de Bourgogne 
Fuyant la colère du baron,Aymeric Jodelet, peintre et coureur de jupons, doit s’exiler de son village.
L’artiste trouve refuge dans la forêt voisine, au mépris des superstitions.
Selon les paysans, un monstre y rôderait : la Vouivre, dont les griffes déchireraient les intrus. Une fable, rien de plus ?
À l’automne, les sentiers sylvestres mènent n’importe où. Parfois jusqu’à l’inconnu.
Comme j’ai déjà pu m’en rendre compte lors de précédentes lectures, Anthelme Hauchecorne excelle dans l’art de revisiter les légendes. Il les régénère en quelque sorte, leur offrant une poésie nouvelle et surtout le relief qui parfois manque à des récits qui, s’ils restent magnifiquement symboliques, sont souvent trop manichéens ou superficiels.
Avec Noces d’écailles, il s’attaque à la Vouivre. Figure mystérieuse, féminine et reptilienne, tendre et cruelle à la fois, qui hante notre imaginaire collectif. D’autres avant lui, dont Marcel Aymé, l’ont tenté, mais ce personnage légendaire reste en retrait des textes modernes. Il a gardé son mystère et n’en est donc que plus passionnant car toujours sauvage.
Noces d’écailles est à la fois novella et artbook. Dans ses magnifiques illustrations, Loïc Canavaggia donne vie comme personne aux créatures de toutes écailles. Que celles-ci soient issues de rêves ou de cauchemars, elles semblent réelles tant le soin du détail qui leur est apporté est acéré. Ce bel ouvrage se feuillette et s’admire autant qu’il se lit.
Aymeric, le personnage principal et narrateur, nous conte à travers des lettres et un journal intime une mésaventure qui lui est arrivée alors qu’il se cachait au cœur de la Sylve serpentine.
Cartésien et acariâtre, Aymeric n’en est pas moins sympathique. On s’attache à ce peintre solitaire, on tremble en le voyant commettre ses pires erreurs. Le fait que le récit nous parvienne par le biais d’écrits intimes renforce l’immersion et la connivence avec le personnage principal, d’autant que la richesse du style permet de s’imprégner de l’ambiance sombre et forestière du récit. Toutes les illustrations sont, de même, censées avoir été brossées par le personnage et n’en paraissent que plus vivantes.
Le texte est superbe et flotte encore longtemps après lecture à la lisière de l’esprit et des songes. Anthelme Hauchecorne a une manière bien à lui de nous faire réfléchir sur le concept de monstruosité et ce questionnement fait partie de ce qui m’a le plus marquée à la lecture de cet ouvrage.
C’est une belle lecture qui ravira tous les amateurs de contes, d’esprit chthoniens et de beaux ouvrages.

vendredi 10 août 2018

La Légende des plumes mortes

Un roman de Maëlig Duval, publié chez Gephyre.

Il s'agit d'une version augmentée de la novella L'Après-dieux, dont vous pouvez consulter ma chronique sur ce blog.

Présentation de l'éditeur :
Les dieux ont disparu, entraînant le décès des humains qui leur étaient le plus liés, la guerre civile et l’apparition d’une nouvelle mort.
Dans cette société en reconstruction sous la férule d’un gouvernement totalitaire, Albert, fonctionnaire, établit des rapports sur les lieux à restructurer. Parfois, il se souvient des dieux, mais hésite à en parler, même à sa maîtresse, sous peine d’être soupçonné de sédition.
Jusqu’au jour où il rencontre Eva qui raconte les légendes proscrites à son fils. Lequel est persuadé d’être destiné à sauver les dieux.
Un enfant, si différent soit-il, aurait-il le pouvoir de changer le monde ?
La vie d’un lecteur est jalonnée de coups de cœur. Cependant, si certains ouvrages sont réjouissants durant leur lecture, leur souvenir s’affadit parfois avec le temps et l’on n’a pas toujours envie de les redécouvrir plus tard. Ce sont les livres qui étaient là au bon moment, mais cet instant était fugace et ne reviendra plus, même si le lecteur, qui en a bien conscience, leur conservera sa tendresse. 
D’autres lectures, elles, sont en revanche intemporelles. Ce sont celles qui restent, qui s’incrustent dans l’imaginaire au point qu’elles semblent en avoir toujours fait partie. Elles vous changent et vous construisent. On peut les lire vingt fois, elles feront toujours écho. Pour moi, La Légende des plumes mortes est de celles-ci. 
J’ai découvert cette histoire dans sa précédente édition, L’Après-dieux chez Griffe d’encre et j’ai su tout de suite qu’elle avait quelque chose de particulier. Alors quand Gephyre a publié une version enrichie, j’ai tout de suite eu envie de la lire. 
Toutes ces années, l’émotion de ma première lecture a perduré, le grand désarroi qui l’avait accompagnée aussi. Il m’est revenu comme un boomerang. Car ce n’est pas une lecture facile. Elle est empreinte d’espoir comme de désespoir, d’amour autant que de tristesse et de nostalgie, de quelque chose de perdu qui ne reviendra jamais. Mais on en sort grandi, je crois. Elle m’a bouleversée à l’époque, elle me touche encore aujourd’hui. 
Dans le monde créé par Maëlig Duval, les humains vivaient en harmonie avec leurs dieux, sorte d’immenses oiseaux au plumage majestueux, qui venaient les écouter dans les temples. Leur vie était rythmée par les marches du temple, symboles des différents âges, qui les rapprochaient des dieux à mesure qu’ils vieillissaient. Quand un humain mourrait, son corps, à l’origine façonné et offert par les dieux, se changeait en poussière et ne restait de lui qu’une plume qui partait alors rejoindre le plumage divin. Mais les dieux ont disparu subitement, laissant les humains orphelins, en proie à la peur, aux conflits internes et à la vraie mort. 
Dans ce monde désenchanté, Albert est un fonctionnaire zélé qui travaille même durant ses congés pour ne pas trop penser à ce que l’humanité a perdu. C’est ainsi qu’il va tomber sur des gens oubliés par le système, dans un petit village promis à la démolition, et devenir, bien malgré lui, un légendier. 
La Légende des plumes mortes est un grand roman, intimiste, original, réfléchi, contemplatif aussi et souvent équivoque. Il a la saveur des légendes et des mythes ; il porte bien son titre. La nouvelle fin, un peu plus complète que celle dont je me souviens (je ne peux vérifier pour le moment) m’a laissé une impression très ambiguë. J’ai toutefois aimé relire cette histoire, la voir s’étoffer dans cette nouvelle version.
Il y a quelque chose de particulier dans ce récit, indéfinissable et poétique. Il nous parle de foi, de la fragilité de l’âme et de la beauté de la mortalité, de la façon dont se façonnent les légendes et les héros. Il nous dit que la façon dont on choisit de vivre notre vie peut changer le monde. 
Ce roman mérite d’être davantage connu et j’espère que vous lui en donnerez l’occasion.

lundi 29 mai 2017

Légendes de Corse

Un recueil de Francette Orsoni, publié chez Nathan dans la collection Contes et Légendes.


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Présentation de l'éditeur :


Au bord d'une rivière, un jeune homme rêve d'amour en contemplant, à la dérobée, une fée qui peigne sa chevelure magnifique. Dans son atelier, un forgeron rusé et désintéressé trompe la Mort venue le chercher. Sous un orage terrible, un berger voit ses moutons transformés en rochers. En haut des montagnes, une pauvre jeune fille se met en route, fière et dure, pour rejoindre son riche fiancé... Figures tragiques et facéties du destin : écoutez, la Corse se laisse conter !



Sommaire :


- La bergère ligure
- Les jours prêtés
- Le comte Pazzu
- La fée du Rizzanese
- La Spusata
- Miseriu
- La pierre du Sarrasin
- le Mal de tête, le Point de congestion et la Mort
- Les quatre frères
- Petru Pà, le garçon qui répète sans comprendre
- Le diable et s*aint Martin
- Le Magu
- La légende des amandiers


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Ce recueil est composé de treize contes parmi les plus connus de Corse. J’en ai moi-même maintes fois entendus la grande majorité, avec plus ou moins de variations, au cours de mon existence. Étant donné que l’esprit de la collection Contes et Légendes est justement de présenter des contes régionaux typiques, on peut considérer que le but est atteint.
Dans ces pages, vous rencontrerez entre autres une fille au cœur de pierre, une fée mélusinienne, des sorcières, beaucoup de bergers et bien entendu Saint Martin, personnage récurrent dans nos histoires, faiseur de miracles à l’esprit vif et taquin. Vous apprendrez aussi pourquoi nous appelons les 2, 3 et 4 avril des jours prêtés ou comment les bergers ont appris à préparer le brocciu.
Peut-être certains textes vous sembleront-ils familiers. Les contes sont ainsi faits qu’ils reprennent souvent des thèmes communs de par le monde, c’est pour cela qu’ils parlent à l’imaginaire de chacun.
Il est possible que vous soyez également surpris de découvrir dans ces contes des personnages chrétiens bien loin de leur image originelle. C’est très corse, la religion étant chez nous assez présente mais imprégnée de paganisme et autres superstitions.
Francette Orsoni, conteuse de profession, appose également sa patte sur ces récits – elle aime bien les envolées lyriques. C’est une façon de conter comme une autre, pas ma préférée, mais qui ne dénature pas vraiment les histoires. Cependant, il faut garder à l’esprit que ce sont des adaptations, une vision très personnelle donc, comme elle l’écrit elle-même. Cette souplesse narrative est aussi ce qui fait la richesse des contes et légendes.
J’ai toutefois été un peu déçue par sa version du Comte Pazzu qui, je trouve, passe à côté du symbolisme de l’histoire en omettant des détails que je juge importants et en insistant sur d’autres qui le sont moins. De même, la fin de Miseriu m’a semblé légèrement bâclée et il est dommage que dans les joutes du diable et Saint Martin l’épisode du pont ait été oublié. Mais nous avons tous notre façon de voir les choses et le bagage émotionnel que véhiculent pour moi ces contes ne me rend pas forcément très objective…
Malgré ces quelques réserves, il s’agit d’un bon recueil si vous souhaitez découvrir des contes corses caractéristiques. Du point de vue du style, il est à réserver aux enfants qui sont déjà de bons lecteurs. Gardez également à l'esprit que certains textes sont assez sombres, ce n'est pas pour un très jeune public. La Pierre du Sarrasin, notamment, n’est pas du tout pour les enfants et ce n’est d’ailleurs pas vraiment un conte à proprement parler. C’était la première fois que je le lisais et je suis dubitative quant à sa place dans un tel recueil. Son seul mérite est, à mon sens, d’expliquer succinctement la tradition des vœux de compérage. Cela mis à part, aucun des récits que je connaissais ne m'a traumatisée quand j'étais petite et je suis d'avis que les enfants font la part des choses, toutefois je préfère prévenir les parents qui choisiront en connaissance de cause.

mercredi 17 mai 2017

Déracinée

Un roman de Naomi Novik publié chez Pygmalion.*

Présentation de l'éditeur :

Patiente et intrépide, Agnieszka parvient toujours à glaner dans la forêt les baies les plus recherchées, mais chacun à Dvernik sait qu'il est impossible de rivaliser avec Kasia. Intelligente et pleine de grâce, son amie brille d'un éclat sans pareil. Malheureusement, la perfection peut servir de monnaie d'échange dans cette vallée menacée par la corruption. Car si les villageois demeurent dans la région, c'est uniquement grâce aux pouvoirs du "Dragon". Jour après jour, ce sorcier protège la vallée des assauts du Bois, lieu sombre où rôdent créatures maléfiques et forces malfaisantes. En échange, tous les dix ans, le magicien choisit une jeune femme de dix-sept ans qui l'accompagne dans sa tour pour le servir. L'heure de la sélection approche et tout le monde s'est préparé au départ de la perle rare. Pourtant, quand le Dragon leur rend visite, rien ne se passe comme prévu...

Imaginez une vallée dont le seigneur est un Dragon à qui les villageois offrent tous les dix ans une jeune fille de dix-sept afin qu’il les protège d’un bois maléfique… Oui, imaginez, mais sachez que le Dragon n’en est pas vraiment un et que la dernière jeune fille désignée pour l’accompagner est tout sauf ordinaire. Avec Déracinée, Naomi Novik rend hommage aux contes polonais que sa mère lui racontait quand elle était enfant. Elle joue avec les poncifs, prend nos attentes à revers, distille les références de-ci de-là et crée une belle fantasy qui parlera à tous les rêveurs. Nous avons tous lu des contes, quelle qu’en soit l’origine, et Novik a su en capturer l’essentiel : cette magie que nous comprenons instinctivement. Cela donne au texte une impression de chaleureuse familiarité, tout en apportant un souffle de fraîcheur qui bouscule nos souvenirs d’enfance. En effet, Novik ne se laisse pas aller à la facilité et son texte est beaucoup moins manichéen qu’on peut le penser de prime abord. Dans cette Pologne imaginaire, la magie est un don que l’on possède ou non dès la naissance et, dans la vallée, on s’inquiète plus du Bois que de politique malgré la menace constante de reprise des hostilités avec le pays voisin. Le Dragon est un mage et la lutte contre le Bois son unique préoccupation, alors cela vaut bien quelques sacrifices pour les gens du cru… Et puis les filles reviennent un jour, même si elles ont changé. Par le hasard de la naissance, Agnieszka est une fille du Dragon. C’est-à-dire qu’elle pourra, comme les autres nées à la même époque, être désignée pour le servir durant dix ans. Mais tout le monde sait bien qu’il choisira Kasia dont la beauté est loin d’être la seule qualité. Or, c’est Agnieszka, fille banale et meilleure amie de Kasia, qui nous narre cette histoire. On se doute bien que tout ne va pas se passer comme prévu… Cependant, quoi que vous imaginiez, ce sera mieux, promis. Gardez patience car le début est assez lent, les maladresses d’Agnieszka, qui sont parfois exagérées, vont finir par passer et l’intrigue va peu à peu vous emporter. Novik n’adhère pas au principe du “show, don’t tell”, d’où le début difficile. En outre, elle aime bien délayer. Cependant, des passages plus vifs arrivent toujours à propos pour redonner du souffle au récit et attiser l’envie de tourner les pages plus vite. Ce roman est tel un long conte à épisodes, oscillant entre scènes du quotidien et batailles épiques, bourré de péripéties et de retournements de situation plus ou moins prévisibles, mais qu’on prend toujours plaisir à voir développés. J’y ai mis le temps, mais je me suis fortement attachée aux personnages : Agnieszka qui se révèle moins balourde de page en page, la trop parfaite Kasia, et même ce Dragon caractériel… Tous gagnent en profondeur, même s’il reste un peu en eux de la caricature typique des héros de contes de fées. Au début, j’étais un peu blasée en découvrant la magie de ce monde. J’aime les systèmes plus élaborés, ceci dit je trouvais tout de même que c’était adapté à l’univers des contes où elle est toujours réduite à de simples formules et claquements de doigts. Néanmoins, j’ai été agréablement surprise par la suite. Même si ce n’est pas le système le plus développé de la Fantasy, Novik a su le rendre cohérent et intéressant. Ce petit pavé m’a accompagnée dans un moment difficile et m’a aidée à mettre de côté mes soucis. Tout en étant à la fois plus travaillé et plus adulte, ce roman vous rappellera le plaisir que vous preniez enfant à lire ou écouter des contes. Déracinée est une belle histoire, qui prendra sans nul doute racine parmi les incontournables de la Mythic Fantasy.

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samedi 4 juin 2016

Le Gardien de la Source

Un roman de Vanessa Terral publié chez Pygmalion.


 

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Présentation de l'éditeur :


"Puis elle le vit L'individu qui l'observait se tenait en retrait, à l'opposé de la pièce. Il ne cherchait pas à se fondre dans l'assemblée des gens bien nés. D'ailleurs, ceux-ci l'évitaient. C'était presque imperceptible, mais le flot des civilités s'écartait de lui dans une valse consommée." En cet été 1814, Marie-Constance de Varages, marquise du bourg d'Allemagne, et son héritière, Anne-Hélène, sont conviées au bal du comte de Forcalquier. Si une telle invitation ne se refuse pas, la marquise est inquiète. Quelques mois auparavant, sa fille a souffert d'un mal funeste et été sauvée in extremis. Depuis, elle n'est plus tout à fait la même... Quelle est donc cette ombre qui plane sur Anne-Hélène ? Et pourquoi le mystérieux Lazare, baron d'Oppedette, semble-t-il soudain subjugué par la jeune débutante ?



Avec ce nouveau roman, Vanessa Terral nous propose une romance historique nimbée de fantastique. Les malédictions des personnages s’y entremêlent dans la trame tissée par la Masco, un groupe de trois sorcières rappelant à la fois les Moires et la puissante Hécate.
Le Gardien de la Source est une transposition au XIXe siècle du mythe de l’enlèvement de Perséphone. L’autrice s’est glissée entre les mailles de l’Histoire, faisant d’elle sa complice. Elle a su trouver la période parfaite pour y inscrire son récit. De la mode au climat, tout semblait prêt à accueillir le mythe et cela en renforce le charme.
J’ai un faible pour les mythes de descentes aux Enfers et particulièrement pour celui de Perséphone et sa romance avec Hadès. C’est une histoire que je connais bien, dans ses nombreuses versions comme son symbolisme. Le Gardien de la Source en est un parfait écho, une réécriture très fine et réfléchie qui, si elle a sa propre personnalité, ne laisse rien au hasard et reprend le moindre détail de l’histoire d’origine. Les noms des personnages sont très significatifs, leurs occupations et caractères en parfait accord avec les dieux qu’ils incarnent. Leur histoire familiale et le biais permettant de les réunir sont à la fois très logiques et évocateurs. Tout ici rappelle le mythe et ce fut un plaisir d’attraper les références au vol. L’auteur fait preuve d’une grande érudition, en plus de la poésie de son écriture. Pour ne citer qu’un exemple, les détails botaniques, pour anodins qu’ils puissent paraître, sont eux aussi très importants pour qui sait les décrypter.
Le déroulement complet du mythe est repris et étoffé. On voit clairement l’évolution d’Anne-Hélène, de Koré, la jeune fille, à la vénéneuse Perséphone. De l’agnelle à la nielle, en somme… Et la personnalité de Lazare rappelle en tous points celle du dieu qu’il incarne. Même les personnages secondaires ne sont pas oubliés. On croise entre ces pages, entre autres déités, Hermès, Dionysos, Adonis… Tous fidèles à leur nature.
On sent que cet ouvrage a demandé beaucoup de recherches et de méthode. Dans les romances historiques, le contexte n'est bien souvent qu’un grossier décor de carton-pâte qui ne convainc personne. Ce n’est pas le cas ici, bien au contraire. Vanessa Terral a respecté les codes et les événements de la période qu’elle a si justement choisie et en a nourri son intrigue. Elle a su se servir de toutes les possibilités que lui offrait ce début de XIXe siècle et les doser afin que son roman ne devienne ni une illusion falote ni un ennuyeux guide historique.
Cependant, si la transposition à l’époque napoléonienne est réussie, je ne suis pas parvenue à me détacher du mythe d’origine. Je le cherchais derrière les mots, dans les détails et les multiples références qui sous-tendent le récit. Au final, je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose. Il est tout à fait possible de lire ce roman sans connaître du tout, ou alors bien peu, l’histoire de Perséphone et Hadès, cependant je trouve que ce serait fort dommage tant la réécriture est pointue. Cette connaissance du mythe offre une double lecture très intéressante. Mais, en s’attachant trop à celui-ci, ne met-on pas de côté la personnalité propre du roman ?
Quoi qu’il en soit, le Mystère de Perséphone s’accomplit dans ce récit et c’est déjà beaucoup. Si vous aimez ce mythe, je ne peux que vous encourager à lire Le Gardien de la Source.

vendredi 27 mai 2016

Apostasie

Un roman de Vincent Tassy, publié aux éditions du Chat Noir.

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Présentation de l'éditeur :
Anthelme croit en la magie des livres qu'il dévore. Étudiant désabusé et sans attaches, il décide de vivre en ermite et de s'offrir un destin à la mesure de ses rêves. Sur son chemin, il découvre une étrange forêt d'arbres écarlates, qu'il ne quitte plus que pour se ravitailler en romans dans la bibliothèque la plus proche.
Un jour, au hasard des étagères, il tombe sur un ouvrage qui semble décrire les particularités du lieu où il s'est installé. Il comprend alors que le moment est venu pour lui de percer les secrets de son refuge.
Mais lorsque le maître de la Sylve Rouge, beau comme la mort et avide de sang, l'invite dans son donjon pour lui conter l'ensorcelante légende de la princesse Apostasie, comment différencier le rêve du cauchemar ?
Imaginez que les romantiques Britanniques et Allemands se disputent des contes de fées très connus, les tordent en tous sens, les corrompent, mais les humanisent aussi… Saupoudrez cette œuvre improbable de gothique vampirique et vous obtiendrez Apostasie. Sorte de conte inversé, comme reflété par un miroir maléfique qui en montrerait la face obscure, ce roman distille son merveilleux discordant et atypique, tout en paraissant familier au bibliophage averti. On y retrouve les codes, bien qu’ils soient dévoyés, des genres précités, ainsi que de multiples références à d’autres ouvrages plus ou moins connus. Cette érudition se fond dans l’histoire et c’est un réel plaisir pour tout amoureux des livres.
La préciosité du style est parfaitement adaptée au récit, mais peut rebuter dans les premiers chapitres. C’est elle qui me rappelle beaucoup les écrits, poétiques et fourmillant de détails, de Mme d’Aulnoy en particulier, mais sans leur côté kitsch et par trop galant. Apostasie est composé de contes glauques, imbriqués les uns dans les autres. Ils s’enroulent autour de la trame principale et la nourrissent, comme pour mieux emprisonner le narrateur, mais aussi le lecteur, dans leur toile.
Anthelme est un jeune homme étonnant, à la fois naïf et aguerri. Grand lecteur et solitaire, il a choisi de vivre en marge de la société. Il y a une candeur dans sa façon d’être, à la fois innocence et potentiel en latence, qui fait qu’il est prêt à accepter toutes les bizarreries et que j’ai parfois eu l’impression qu’il réagissait comme on le fait dans un rêve : en sachant qu’on pourrait s’éveiller à tout instant. Anthelme a beaucoup lu… Il ne veut vivre, si ce n’est sa légende. Il s’éveillera presque malgré lui. J’ai appris à l’aimer, petit à petit.
Il en va ainsi des contes, mêmes sombres, le héros pénètre dans la forêt. Et celle-ci est loin d’être ordinaire… Elle est sylve aux arbres rouges, elle est organe pulsant… La forêt, dans les contes comme les récits médiévaux, est le lieu de la sauvagerie, sans notion de bien ni de mal. Les règles de la société n’y ont plus cours et elle peut s’ouvrir sur des pays imaginaires… Dans la forêt, on se perd et on se trouve, à la fois changé et plus proche de soi, on fuit le monde, mais on doit y retourner un jour. Dans celle-ci, au lieu d’une fée, Anthelme va croiser un vampire. Ceci dit, on peut se demander laquelle de ces deux créatures serait la plus cruelle…
J’ai eu quelques difficultés à m’immerger dans les aventures d’Anthelme et c’est à cause de la première partie, trop dolente… Bien écrite, sans nul doute, mais j’ai lu beaucoup de récits de ce type. Aujourd’hui je préfère la sobriété à la mélancolie langoureuse d’une poésie enrobée de préciosité qui se délecte de sa propre algie. Les rêves brisés des personnages m’ont rendue nauséeuse. Cet imaginaire mutilé, dont on regarde goutte à goutte s’écouler l’ichor, n’est pas pour moi. J’ai eu par moment l’impression d’observer malgré moi des scènes sordides que je n’étais pas censée voir. Ce n’est pas effrayant, c’est dérangeant. Il y a du sang, bien sûr, de la violence, mais, si vous craignez les récits horrifiques, sachez que cela reste tout à fait supportable. C’est plus malsain que gore.
Ce récit languide, froid comme une couleuvre, glisse sur l’esprit du lecteur, le fait frissonner, non de peur, mais de malaise, laissant une trace sinueuse et désagréable. C’est ce que je pensais en découvrant la première partie. Contrairement à Anthelme, je me méfiais. Et puis petit à petit on se laisse prendre au piège, on s’attache aux personnages… On voudrait inventer pour eux une fin heureuse. À l’instant où Anthelme entend les premiers mots de la légende d’Apostasie, j’ai été saisie. Comme chacun sait, le ravissement et le dégoût engendrent la fascination. Tout comme le héros, je ne pouvais plus m’échapper. J’ai adoré Ambrosius et Lavinia, leurs peines et leurs fêlures, leur grandeur et leur folie, leur amitié sans faille…
Ensuite, j’ai mieux compris la facture de la première partie. Puis, est venu le moment où je n’ai plus pu lâcher le livre. Il fallait que je voie s’accomplir la légende, que je sache la fin. Et je n’ai pas été déçue, loin de là. Cette œuvre sort vraiment des sentiers battus.
Apostasie est typiquement le genre de roman que l’on aime ou pas, difficile de faire dans la demi-mesure, cependant il est indubitable qu’il s’agit d’un véritable joyau de merveilleux noir.

lundi 23 mai 2016

Notre-Dame de la mer

Une novella de Rozenn Illiano.


Vous pouvez vous procurer cet ouvrage en papier (à paraître en juin) et bientôt en numérique auprès de l’auteur.


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Alors que sa grand-mère est hospitalisée, Nellig profite de devoir veiller sur la maison familiale pour s’accorder des vacances en Bretagne. Mais la demeure est hantée de souvenirs, de présences, d’échos d’enfance enfuie… et Nellig n’aime pas vraiment ça.
La nuit de la Toussaint, tandis qu’une tempête se fracasse sur les côtes et que les phares s’éteignent, pendant que d’anciennes légendes refont surface, le fantôme de son grand-père lui apparaît. Et il a un message à lui faire passer.



Tout m’attirait dans cette novella… titre évocateur, résumé intrigant, couverture sublime et bien sûr la promesse de me laisser bercer, comme toujours, par les mots de Rozenn. Son écriture a un effet bénéfique sur moi, même quand les récits sont sombres. Elle réveille des émotions, des souvenirs, toujours avec justesse et sensibilité, presque sur le ton de la confidence. Elle me donne l’impression de murmurer son histoire à mon oreille. Cette fois encore, la magie a opéré. Dès les premières pages, je me suis laissé glisser dans l’histoire et je suis tombée amoureuse de ce texte. On sent qu’il est très personnel et introspectif. Cela a contribué à happer mon attention.
Nellig, la narratrice, est une jeune femme tout ce qu’il y a de plus normal et je me suis assez vite sentie proche d’elle, d’autant que son grand-père me rappelle beaucoup le mien. Elle se retrouve seule dans la maison de sa grand-mère, alors que celle-ci est hospitalisée. Peu à peu, entre souvenirs d’enfance et événements curieux, elle va creuser son histoire familiale et faire d’étranges découvertes. En suivant Nellig dans ses investigations, le lecteur cherche lui aussi à débrouiller cette intrigue qui se révèle passionnante. Il devient vite impossible de lâcher cette lecture avant de savoir la fin.
Cette novella est un exemple parfait de ce que le Fantastique moderne peut offrir de mieux. C’est un genre que j’affectionne particulièrement, je suis donc difficile. L’auteur nous balade entre énigmes, intuitions, légendes et superstitions, tout en entretenant le mystère. Elle a su recréer l’atmosphère froide et chargée de magie de l’époque de la Toussaint, mais aussi m’emporter avec elle en bord de mer.
J’ai adoré Notre-Dame de la mer, des premières lignes jusqu’à la toute fin, et je vous encourage chaleureusement à découvrir cette histoire.


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CRAAA

vendredi 20 mai 2016

Le lai de Bisclavret, La louve de Brocéliande T1

Un roman de Lia Vilorë, publié chez Lune écarlate.

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Présentation de l'éditeur :

De nos jours en Bretagne, peu savent que la légendaire forêt de Brocéliande est le théâtre d'une guerre fratricide entre fées. Victime de fièvres inexplicables lors de la nouvelle et de la pleine lune, la lycéenne Hikira C. Bisclavret fait un jour la connaissance d'Éric Freinet. Un être ambigu qui la fascine et en qui elle trouve un ami inespéré. Éric et Hikira deviennent alors les cibles d'une marraine prête à tout pour les détruire. Une alliance est leur seul espoir de survie. Car découvrir la vérité derrière « Le lai du Bisclavret » ne sera pas sans payer le prix fort. Après tout, les Demoiselles sont aussi merveilleuses que terribles...

Férue de mythologie celtique mais aussi nordique nourrie par le travail de l'elficologue Pierre Dubois, passionnée d'Histoire et de littérature médiévale, et joueuse invétérée de jeux de rôles... Lia Vilorë a commencé dès le collège à écrire des histoires où le destin tragique la magie dangereuse et la féerie noire avaient la part belle.

Le lai de Bisclavret… Peut-être ce titre vous évoque-t-il quelque chose ? Il est calqué sur celui d’un lai très connu de Marie de France qui conte la mésaventure d’un loup-garou. Celui-ci, loin d’être sanguinaire comme les autres représentants de son espèce, est trahi par la femme en qui il avait confiance au point de lui avouer sa nature. C’est un très beau texte, que je vous invite vivement à lire si ce n’est déjà fait. Cela n’est pas essentiel pour comprendre le roman de Lia Vilorë, car il y est résumé dans son entier, mais ce serait bête de vous priver de cette découverte. Il existe également une jolie adaptation en dessin-animé et ombres chinoises dans Les Contes de la Nuit (ou Dragons et Princesses) de Michel Ocelot. Mais bref, revenons au roman. Du récit médiéval découle l’histoire d’Hikira et de sa famille, de nos jours, en Bretagne. La jeune fille est la descendante du chevalier-loup et un pion au sein de la guerre que se livrent bonnes et mauvaises fées. Mais, si le lai ainsi que d’autres légendes posent les bases de la trame, l’auteur a su créer quelque chose de cohérent et de personnel. J’ai beaucoup aimé la façon dont elle use de la matière de Bretagne ou de motifs récurrents de la Féerie, celle du Petit Peuple autant que des contes, pour nourrir sa propre imagination. Hikira est un personnage attachant. Elle oscille entre l’enfant et la jeune femme, avec un petit quelque chose, très logique, de l’animal sauvage. J’imagine que son côté « sale gamine » pourrait agacer certains, mais je l’ai trouvée crédible dans son comportement. Elle a vécu de nombreux traumatismes, il lui est difficile, mais en même temps nécessaire, de grandir. Comme son ancêtre, elle navigue entre trahisons et faux-semblants. À la fois monstre et fillette sacrifiée, elle doit dompter sa nature et se construire. Ce premier tome nous conte les débuts difficiles de l’acceptation de son état et son apprentissage. On y découvre sa destinée au même rythme qu’elle, ses ennemis et ses alliés. J’ai trouvé cette trame intéressante et certains passages vraiment très prenants. Il faut dire que j’aime les histoires de sombre féerie et de loups-garous, alors c’est un combo gagnant. Lia Vilorë a su doser les scènes d’action, qui apportent de l’énergie au récit, et d’autres moments plus introspectifs qui étoffent les personnages, cela fait qu’on ne s’ennuie jamais. Elle a pris le parti de retranscrire le parler tel qu’il est censé être dans les dialogues. C’est un peu gênant pour la maniaque que je suis, mais cela se justifie tout à fait. L’ensemble du récit est très fluide et se lit vite. On sent venir certaines choses, mais elles sont bien amenées et il y a aussi quelques surprises. Je suis très curieuse de voir comment vont évoluer l’intrigue et les personnages dans les prochains tomes, maintenant que quelques secrets ont été éventés et qu’Hikira commence à prendre conscience de sa mission. J’ai aussi très envie d’en apprendre davantage sur le passé d’Éric, son mystérieux protecteur.

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dimanche 8 mai 2016

L'oiseau bleu

Un conte de Marie-Catherine d'Aulnoy.

L'Oiseau bleu - Adrienne Ségur 
L'Oiseau bleu - Adrienne Ségur

Je suis tombée amoureuse des contes avant de savoir lire. On m’en a lu beaucoup, puis je me suis débrouillée toute seule. Contes classiques ou modernes, différentes traductions, adaptations plus ou moins réussies… Tout ce que je trouvais y passait et j’ai gardé cette affection particulière en grandissant. Des contes je suis allée aux mythes et des mythes à la SFFF… J’en ai même fait mon sujet d’étude. Toutes ces lectures ont fortement contribué à construire la femme que je suis aujourd’hui. Il est donc difficile de choisir un conte parmi la farandole de mes favoris pour le challenge SFFF et diversité. Le panel des possibilités se réduit un chouia si l’on exclut les contes modernes, comme je crois que c’est le cas. J’ai évoqué L’Oiseau bleu l’autre jour avec une amie, cela m’a donné envie de le relire. Je me suis dit que ça tombait bien… Or, c’était peut-être la fois de trop. Entendons-nous bien, c’est un très joli conte, mais la partie galante est assez longue et en ce moment je manque de patience avec les envolées lyriques et les serments d’amour éternel. Les contes de Marie-Catherine d’Aulnoy sont tissés de motifs très connus et souvent des réécritures de mythes ou d’autres contes. Ce sont des compositions florales arrangées avec goût, dans le plus pur style précieux. Le luxe y est très présent, mais on y critique aussi la coquetterie. Elle glorifie l’amour sincère, elle qui fut mariée contre son gré à un homme bien plus âgé. Elle se moque d’ailleurs très souvent des marieuses de la cour, la fée Soussio de L’Oiseau bleu en est un spécimen, bien que pas le plus ridicule qu’elle ait créé. Pour compenser l’attitude de ses méchants (qui ne sont pas toujours stupides), la conteuse accorde une grande importance aux vertus de ses héros. Dans le monde de Madame D’aulnoy, quand on est laid, mais qu’on a bon cœur, on devient beau et les mauvaises personnes sont punies à la fin. Que dire, ce sont des contes, même s’il y a quelques messages cachés, c’est dans leur nature d’être manichéens… Ici nous avons une belle princesse, aimée d’un roi tout aussi parfait qu’elle, une méchante belle-mère qui ne manque pas de suite dans les idées et son laideron de fille qui n’est malheureusement pas aussi fine qu’elle, une fée partiale et quelques mésaventures. Ce n’est pas original, mais ça reste agréable à lire. J’aime beaucoup le passage du début où la belle-mère séduit le roi. Je le trouve très bien écrit et on ressent la perfidie du personnage. J’ai été très marquée par une illustration d’Adrienne Ségur qui ornait la version que je lisais enfant, aussi je ne peux que la joindre à cette chronique tant elle est pour moi représentative du conte. L’Oiseau bleu est pour moi un incontournable des contes précieux alors, si vous ne le connaissez pas déjà, n’hésitez pas à le découvrir.

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Cette lecture compte pour le challenge SFFF et diversité dans la catégorie suivante : – Un conte que vous avez adoré étant enfant

lundi 7 septembre 2015

La légende de Dugong

Une nouvelle de Salyna Cushing-Price, parue en numérique aux éditions Flammèche.


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Présentation de l'éditeur :
Il est des légendes que les Humains ne devraient pas oublier...


Marega et sa tribu vivent paisiblement sur l’île tropicale qui les abrite. Mais un jour tout bascule : un immense bateau apparait au milieu du lagon et des hommes à la peau claire débarquent. Ils recherchent quelque chose de bien particulier, qu’ils ne pourraient trouver nulle part ailleurs : une sirène.


Les chefs du village acceptent de laisser les étrangers emporter la créature considérée comme maudite, pourvu qu’ils s’en aillent vite. Mais Marega ne l’entend pas de cette oreille. Faisant fi des avertissements, il est prêt à tout pour sauver cette femme mi-humaine, mi-requin. Même aux plus terribles des sacrifices...



La légende de Dugong porte bien son titre car, fantasy aux contours flous, elle prend très vite des allures de mythe. J’apprécie beaucoup ce genre de récits en général car je trouve de l’intérêt à leurs échos et motifs ainsi que de la richesse dans leurs inspirations. Me ravissent en outre leurs divers niveaux de lecture. En digne représentante du genre, cette nouvelle a comblé mes attentes.
Elle nous conte avec sensibilité et intelligence une quête personnelle de vengeance et d’expiation mêlée. On y trouve tous les travers habituels de l’humanité, mais sans verser pour autant dans la caricature. De même, les créatures marines que nous présente le récit échappent aux lieux communs.
La lecture fut plaisante, intense sur la fin, et chargée en émotions. Quelques coquilles se sont malheureusement glissées dans ce texte, mais le style est très agréable et fluide. Je suis entrée petit à petit dans l’histoire, m’imprégnant doucement de son atmosphère, et les personnages m’ont émue. Ce fut une belle découverte.


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JLNND-Je-lis-des-nouvelles-et-des-novellas

jeudi 18 juin 2015

Le Prophète et le Vizir

Un recueil de nouvelles d'Yves et Ada Rémy, publié en papier et numérique par les éditions Dystopia.
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Les ouvrages des éditions Dystopia ont cela de particulier qu’ils sont exempts de résumés de quatrième de couverture, laissant ainsi au lecteur la possibilité d’ouvrir ces livres sans a priori. Les couvertures elles-mêmes, toujours travaillées, contribuent à l’aura de mystère qui plane sur les ouvrages, ce qui n’est pas pour me déplaire.
Je vous invite donc à lire cette chronique uniquement si vous souhaitez savoir où l’on compte vous emmener. Quoi qu’on en pense, ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de pouvoir plonger totalement dans l’inconnu en tournant des pages.

Le Prophète et le Vizir est en fait un court et flamboyant recueil composé de deux nouvelles. Pour autant, ces textes sont de ceux que l’on déguste bouchée par bouchée.
Le style est évocateur, raffiné et élégant, un vrai plaisir à lire. Le lecteur se glisse dans cette histoire, emporté par les mots, prêt pour les merveilles qu’il s’attend à découvrir au détour des pages. En effet, ces textes tiennent indubitablement des Contes des mille et une nuits. Merveilleux et cruels, oniriques et intelligents, ils captivent qui veut bien s’y laisser prendre.
La première nouvelle, L’Ensemenceur, est aussi la plus longue. Elle possède une saveur toute particulière, mais également un côté fantasque et éclatant qui m’a beaucoup rappelé le réalisme magique espagnol. Loin de délirer ou de se montrer naïfs, les personnages veulent au contraire prendre leur destin en mains et sont prêts à tout pour cela, ne négligeant aucune piste, de la plus pure vilénie en passant par la magie. Ils croient et donnent ainsi force de vérité à tout ce qui pourrait nous sembler invraisemblable. Dans le réalisme magique, le quotidien semble toujours plus grand, plus lumineux, porteur de plus de possibilités et moins cloisonné par des limites triviales. C’est tout cela que m’a évoqué ce recueil.
La première nouvelle nous mène à la suite d’un pêcheur, au XIVe siècle de notre ère, devenu devin par la force des choses et que son don pousse à l’errance. De son périple autour de la méditerranée, au gré de ses rencontres, puis de ses intuitions, il ramène autant de victoires que de défaites. Mais la sapience de Kemal a une autre particularité : ses visions, d’un avenir très lointain et ainsi invérifiable, se rapprochent inexorablement de sa propre époque, lui procurant ainsi à la fois espoir et angoisse. Que finiront-elles par lui révéler sur son propre avenir ? Qu’adviendra-t-il de lui quand son pouvoir se sera entièrement consumé ?
Le personnage est aussi subtil qu’intéressant. Il est faillible, malgré son bon fond, et très humain dans les doutes qui le taraudent.
J’ai beaucoup aimé la façon dont les auteurs ont tissé des liens, prétendument invisibles, mais logiques, entre le passé et l’avenir. Allant d’une époque à l’autre, ils nous offrent une lecture de l’Histoire inédite, en se servant de ses zones d’ombres pour en exhumer des secrets de leur cru.
Ainsi ce texte, comme celui qui le suit, a valeur de fable, sans pour autant être lisse ou linéaire, et encore moins manichéen.
Si j’ai apprécié la première histoire, le second texte, celui qui offre à ce recueil l’autre partie de son titre, est néanmoins mon préféré. Les deux récits sont liés, l’un découlant directement de l’autre. On change de décor et de personnages, ou presque. La nouvelle est plus courte, mais plus intense.
Elle tranche avec celle qui la précède et qui nous ballottait au gré des voyages de son personnage, car elle nous plonge dans une attente fébrile. Elle est aussi plus onirique, plus fantasque, plus cynique. Elle figure une partie d’échecs que le Vizir engage contre le Destin. Entrelacée d’intermèdes qui mettent en valeur la progression de la partie, elle n’a de cesse de renforcer ce sentiment d’attente et d’inéluctabilité. Pourtant, l’on sent aussi que l’on pourrait être surpris.
J’ai beaucoup aimé la fin, bien qu’elle soit un peu abrupte à mon goût. Non pas que j’aurais apprécié plus de précisions, ceci dit.
Ce superbe recueil, tout en subtilité, qu’il s’agisse de son fond comme de sa forme, est un vrai petit bijou.
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JLNND-Je-lis-des-nouvelles-et-des-novellas

vendredi 20 mars 2015

La Belle et la Bête (2014)

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Je ne vais probablement pas me faire des amis parmi les romantiques qui pensent que La Belle et la Bête est un conte parlant d’amour qui transcende les apparences. Non… À la base, il s’agit d’un conte créé pour éduquer les jeunes filles et leur faire comprendre qu’un mariage de raison n’est peut-être si horrible que ça. Elles seront sans doute dégoûtées par le vieux mari riche que leur papa fauché a pu leur trouver, mais elles s’y habitueront et verront bien ses qualités avec le temps.
J’ai brisé un mythe, je pense avoir gagné ma journée. Et pourtant je vous assure, j’aime bien ce conte. Je l’ai lu ou vu sous diverses formes, certaines intelligemment construites, d’autres très mièvres, pourtant je ne m’en lasse pas. Et, même si son but de départ n’est pas très glorieux, il est aussi ce que l’on a voulu le faire devenir par la suite, à savoir qu’il nous pousse quand même vers moins de superficialité.
Pour cette fois je vais m’intéresser au film de Christophe Gans sorti en 2014.


Quand j’étais petite, j’avais, entre autres versions, un album illustré de La Belle et la Bête que le début de ce film m’a beaucoup rappelé. Cela m’a mise mal à l’aise jusqu’à ce que je le comprenne.
Puis, le film se détache progressivement de l’histoire originelle, ce qui me laisse plutôt mitigée. Visuellement, cela reste joli, un peu trop même. On a parfois l’impression que l’esthétique prime, que l’histoire n’est qu’accessoire et assujettie à la volonté de créer de belles images. Pour ma part, je pense que cela devrait être l’inverse.
Et cette obsession de l’esthétisme alourdit le tout car ce film est long, trèèèèès looooooong quand on passe beaucoup de temps à regarder Belle, affublée d’une de ses nombreuses robes de princesse, avancer dans des décors grandioses, avec des bestioles animées qui ne servent absolument à rien. Oui Belle, moi aussi j’aime mettre des robes de bal et me coiffer comme si j’allais me marier pour me promener dans la cambrousse… Je sais, c’est un conte de fée, il faut de jolies robes, mais bon, honnêtement, rendre le tout un peu moins superficiel n’aurait pas été un mal.
Cette Belle est fade et n’a pas vraiment de personnalité ; absolument toutes les émotions se valent sur le visage de Léa Seydoux. À aucun moment je n’ai ressenti de sympathie envers elle et, disons-le franchement, je me suis ennuyée pendant presque tout le film. L’adaptation en elle-même, avec ses variations, n’est pas transcendante. C’est une histoire que l’on connaît et qu’on aime ou pas telle qu’elle est, il est difficile de la réinventer et l’esthétique du film n’y suffit pas.
De plus, la Belle et la Bête m’ont semblé avoir, dans cette version, bien moins de profondeur que les personnages secondaires et leur relation n’est pas du tout exploitée. Belle ne tombe pas amoureuse de la bête, mais de l’homme que celle-ci a été, cela veut dire beaucoup de choses.
Visuellement c’est un joli film, assez longuet dans l’ensemble, manquant de personnalité. Je n’en retiendrai pas grand-chose, même si je ne regrette pas non plus de l’avoir vu.


Si vous souhaitez lire des réécritures de ce conte, je vous conseille La griffe et l’épine de Pierre-Alexandre Sicart, nouvelle présente dans l'excellente anthologie Contes de villes et de fusées dirigée par Lucie Chenu et publiée par Ad Astra, ainsi que Belle de Robin McKinley publié chez Mnémos mais qui doit sous peu ressortir en poche chez Pocket.


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challenge WMF


Sur le fil, dernière chronique pour le Challenge Winter Mythic Fiction saison 2 !