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vendredi 29 décembre 2023

Miroirs et Fumée

Un recueil de nouvelles de Neil Gaiman, publié chez Au Diable Vauvert.


Sommaire :

- Lire les entrailles : un rondeau
- Une introduction 
- Chevalerie 
- Nicholas était… 
- Le Prix
- Le Troll sous le pont
- Ne demandez rien au Diable
- Le Bassin aux poissons et autres contes
- La Route blanche
- La Reine d'épées
- Changements
- La Fille des chouettes
- La Spéciale des Shoggoths à l'ancienne
- Virus
- Cherchez la fille
- Une fin du monde de plus
- Alerte : animal à bout
- On peut vous les faire au prix de gros
- Une vie, meublée en Moorcock première manière
- Couleurs froides
- Le Balayeur de rêves
- Corps étrangers
- Sizain vampire
- La Souris
- Le Changement de mer
- Le Jour où nous sommes allés voir la fin du monde
- Vent du désert
- Saveurs
- Mignons à croquer
- Les Mystères du meurtre
- Neige, verre et pommes

Le titre de ce recueil fait référence aux illusionnistes dont les tours ont toujours fasciné Gaiman. Ils sont un thème récurrent dans son œuvre. Après tout, n’est-il pas lui-même un magicien ? Il gratte sous le vernis du quotidien, de la banalité et de l’évidence pour dévoiler l’étrange, le merveilleux ou encore le dérangeant qui se cachent dessous. Cela fait de lui un nouvelliste de génie, comme Ray Bradbury ou Lisa Tuttle, pour ne citer qu’eux.
Il faut du talent pour écrire un roman, mais c’est dans l’écriture de textes courts qu’on voit le génie d’un auteur. Gaiman parvient toujours à nous faire regarder le monde d’un œil différent. Ses textes me nourrissent et entretiennent mon imagination. Il me rappelle toujours de changer d’angle de vue.
C’est aussi pour cela que j’aime particulièrement lire ses introductions. Gaiman y parle toujours de la naissance des textes qu’il présente et je trouve passionnant d’en apprendre à chaque fois davantage sur la façon dont naissent ses histoires. En outre, l’introduction de ce recueil compte une nouvelle dont j’aime beaucoup le thème, bien que le texte lui-même m’ait toujours laissée circonspecte. Sans offense pour cet auteur qui est l’un de mes préférés depuis plus de vingt ans, c’est bien un texte écrit par un homme…
Je le confesse, de tous ses recueils, celui-ci n’est pas mon favori. Il compte néanmoins certains textes que j’adore que je relis toujours avec grand plaisir.
Miroirs et Fumée est le plus ancien recueil de Gaiman paru en français et il n’a pas vieilli. Il propose des textes très variés. Comme à son habitude, Gaiman ne s’attache pas à un seul genre. L’on peut ainsi lire dans ce recueil du merveilleux, du fantastique — parfois horrifique à tendance lovcraftienne ou plus classique — aussi bien que de la science fiction, de la poésie ou encore des contes — réécrits ou originaux, modernisés ou transposés — et même de la littérature blanche.
Mon texte préféré, d’ailleurs, qui bien qu’il ne soit pas le plus connu ni ne culmine parmi ceux qu’aiment à évoquer régulièrement les fans, pourrait aisément être assimilé à de la littérature générale. Il s’agit du Bassin aux poissons et autres contes, qui représente, à mon sens, un peu tout ce qui fait l’imaginaire de Gaiman, l’élégance de son écriture, la profondeur de sa réflexion. Ce texte est un chef-d’œuvre trop méconnu à mon goût.
Cependant je comprends qu’il puisse être éclipsé par d’autres récits qui semblent plus marquants de prime abord. De fait, ce recueil compte, et ce n’est pas pour rien, certains des textes les plus connus de Gaiman. Parmi ceux-ci se trouve Chevalerie, et j’avoue ressentir moi-même une grande tendresse pour cette nouvelle. Elle semble toujours tellement… familière. En vérité, elle sonne juste et représente un peu tout ce que j’aime en matière de nouvelles et dans le genre fantastique, même si on parlerait davantage de réalisme magique pour qualifier ce texte. Chevalerie, c’est le surgissement du merveilleux et de l’insolite dans le quotidien, la magie dans la banalité et la banalité devenue magique.
Je ne peux manquer de mentionner également Le Troll sous le pont, autre texte très connu et un peu dans la même veine. L’histoire m’a toujours semblé très classique. Cependant je l’aime bien aussi, mais j’ai du mal avec les personnages antipathiques tels que le narrateur et c’est le style que préfère dans ce texte, surtout au début. La peinture que Gaiman fait de l’enfance est toujours très parlante pour moi et l’est particulièrement dans ce récit.
Neige, verre et pommes est la troisième nouvelle la plus emblématique du recueil et elle fait partie de mes favorites. Je vous disais plus haut combien Gaiman aimait regarder les choses, et vous les montrer aussi, sous un autre angle. Il aime aussi les réécritures de contes. Il allie les deux dans cette nouvelle écrite du point de vue de la belle-mère de Blanche-Neige. Ce texte est superbe d’un bout à l’autre.
Parmi ses nouvelles inspirées de contes, on trouve aussi La Route blanche, mélange des contes de Barbe bleue et de Mr Fox. Mais il ne faut pas oublier le titre du recueil et jamais trop se fier à ce que nous conte l’auteur…
Si j’aime les contes, je suis aussi une avide lectrice de fantastique. Les textes d’inspiration lovcraftienne ne sont pas du tout ma tasse de thé, mais heureusement on trouve aussi entre ces pages du fantastique plus traditionnel. J’aime beaucoup Le Prix, qui maintenant que j’y songe a sans doute aussi un petit relent de conte. D’autres textes se trouvent un peu entre les deux, notamment Le Balayeur de rêves ou encore Nicholas était... Deux textes aussi courts que marquants que j’ai toujours trouvés très inspirés. Très classique et subtil, La Reine d’épées appartient également à ce genre qui m’est cher et fait écho, encore une fois, aux illusionnistes et au titre du recueil. Vous pourrez lire d’autres récits fantastiques entre ces pages. Certains vous toucheront plus que d’autres, mais ces lectures vous feront toujours vous interroger, chercher le vrai du faux. Elles vous choqueront parfois, vous laisserons un sentiment bizarre de malaise, mais nourrirons toujours votre réflexion.
Parmi les quelques textes relevant d’autres genres, j’ai été marquée par Mignons à croquer, une fiction spéculative grinçante d’autant plus dérangeante qu’elle est plausible. On trouve de la bonne SF dans ce recueil.
Miroirs et Fumée ne peut laisser aucun lecteur indifférent. Je vous invite à découvrir tous ces textes ainsi que ceux que je n’ai pas cités, à les faire vôtres, à les rêver, à chercher le mécanisme qui fait le tour ou à préférer en ignorer les ficelles pour mieux le savourer. Faites à votre guise. Je suis persuadée que vous ne serez pas déçus.

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vendredi 11 février 2022

The Sandman - Acte II

Adaptation en feuilleton audio du comics scénarisé par Neil Gaiman. Adapté par Dirk Maggs et produit par Audible.
Disponible en CD (uniquement pour la version en langue anglaise. Elle est accompagnée d'un livret et de trois autocollants) ou en version dématérialisée (en anglais, français, espagnol, allemand ou italien) sur Audible.
La chronique porte sur la version française.

Retrouvez ici ma chronique portant sur le premier acte.


Ce très attendu acte II regroupe La Saison des brumes, Jouons à être toi (titré ici Le Jeu de soi) et certaines histoires issues de Fables et Réflexions.
Je me suis trouvée happée dans le récit dès les premières minutes, pourtant La Saison des brumes ne fait pas partie de mes arcs préférés malgré les événements décisifs qui y sont contés. C’est par ce tome que s’ouvre l’enregistrement et il y occupe une grande place. Pourtant, malgré mes a priori, je n’ai pas vu les chapitres défiler. Cette partie est brillamment interprétée, aussi sombre et tortueuse qu’on pouvait l’espérer.
Beaucoup de gens n’aiment pas A Game of You, qui constitue l’autre grand récit de cet opus. Ce n’est pas mon cas. J’ai une tendresse particulière pour les personnages de Barbie et Wanda. J’ai beaucoup aimé la façon dont l’histoire est mise en scène, mais pour le coup c’est une des rares fois où l’image m’a manqué. Cependant, cet arc fait un bon contrepoids à celui de La Saison des brumes. Les enjeux sont moins importants, cependant il n’en est pas moins profond et mélancolique. Si l’on veut s’attarder un peu sur le symbolisme de ce récit, on le trouvera beaucoup plus riche qu’il n’y paraît.
Les histoires de Fables et Réflexions sont habilement réparties. Elles n’interrompent pas les grands arcs, mais offrent des interludes bienvenus entre les deux et permettent à la fin de s’extirper en douceur de cet univers très immersif. J’aime beaucoup les récits courts dans Sandman, qu’ils soient ou non voués à ricocher dans les arcs principaux. J’apprécie surtout le fait qu’ils évitent les évidences et font confiance à l’intelligence du lecteur/auditeur. Ils passent souvent inaperçus, pourtant c’est dans leur originalité et leur réflexion qu’on remarque le mieux le talent de Neil Gaiman pour saisir des histoires au vol et les modeler. La mise en scène particulièrement soignée que leur offre cette adaptation les met heureusement en valeur. C’est une bonne occasion de les découvrir ou redécouvrir sous un autre jour.
Ce deuxième acte est souvent angoissant, toutefois il permet aussi de se glisser sous le couvert fantasque, mais aussi rassurant, du songe. Il m’a ravie de la première minute à la dernière.
L’acte III est déjà confirmé. Je l’attends de pied ferme.

vendredi 10 décembre 2021

The Sandman - Acte I

Adaptation en feuilleton audio du comics scénarisé par Neil Gaiman. Adaptée par Dirk Maggs et produite par Audible.
Disponible en CD (uniquement pour la version en langue anglaise. Elle est accompagnée d'un livret et de trois autocollants) ou en version dématérialisée (en anglais, français, espagnol, allemand ou italien) sur Audible.
La chronique porte sur la version française.


Je vous épargne le résumé de l'éditeur qui en dit trop à mon goût.

La hype autour des comics semble ne plus avoir de limites en ce moment et c’est une excellente chose si cela permet la création d’œuvres telles que celle-ci. D’autant que cela change un peu de ce que l’on nous offre habituellement. L’originalité est dans l’histoire, certes, cependant je fais aussi référence au format. Je n’ai rien contre les films et séries, toutefois je trouve qu’une adaptation audio est une excellente idée. Cela est à la fois original, car peu courant pour une série de comics, et tout à fait traditionnel car l’œuvre s’inscrit dans la longue tradition des feuilletons radiophoniques (malheureusement peu prisés dans nos contrées bien qu’on puisse en écouter de temps en temps sur certaines radios) mais qui sont toujours appréciés et surtout de qualité au Royaume-Uni.
La narration est très différente de celle d’un livre audio, cela s’apparente plus à un film sans l’image et cela plaît ou rebute dès les premières minutes. N’étant pas par nature une visuelle, j’apprécie beaucoup ce format qui laisse place à l’imagination, tout en étant aussi très évocateur si l’on prête attention aux détails de la mise en scène — très soignée dans le cas présent — et à toutes les perceptions inconscientes qu’elle induit. On perçoit notamment où se trouvent les personnages les uns par rapport aux autres. La sonorité est étudiée pour donner une notion de l’espace et les bruitages ne sont pas qu’un fond sonore ; ils enrichissent le récit.
J’ai lu beaucoup de commentaires de gens qui se plaignent qu’on perd toute une dimension de l’histoire sans les images, mais je ne suis pas d’accord. Je n’aime pas particulièrement la partie esthétique des Sandman. C’est juste une question de goût et le talent des différents illustrateurs de la série n’est plus à prouver. Je ne pense pas qu’il faille opposer les deux formats. C’est surtout par snobisme que certains rejettent cette adaptation, de la même façon que la série télévisée, en cours de production, reçoit beaucoup de critiques sur le choix des acteurs alors que l’on n’a pas encore eu  le loisir d’apprécier leur performance. Certains fans de comics sont parfois très sectaires et c’est d’autant plus vrai dans le fandom de Sandman, ce qui est vraiment dommage. Chacune de ces différentes façons d’appréhender des histoires aussi complexes a beaucoup à nous apporter.
Ce feuilleton d’une dizaine d’heures est découpé en épisodes qui pourront peut-être vous sembler sans liens au début (si vous n’avez pas lu les comics), mais vous verrez que tout a un sens dans ces récits et qu’ils se répondent. Vous apprendrez à faire attentions aux détails, même les plus triviaux. L’adaptation couvre les trois premiers volumes de Sandman, soit Préludes et Nocturnes, La Maison de poupée, Le Domaine du rêve. J’ai une affection particulière pour La Maison de poupée et j’ai trouvé la transposition brillante, encore plus flippante que dans les comics. Ces histoires sont de celles qu’on adore ou qu’on déteste.
Sandman n‘est pas pour tout le monde. Certains de ces récits sont très violents et j’ai l’impression que le format accentue le malaise que l’on peut ressentir. Il est parfois pire de deviner sans voir. Je pense surtout à l’épisode « 24h » pour ceux qui connaissent l’histoire…
Quoi qu’il en soit, que la rencontre entre l’auditeur et le feuilleton se fasse ou non, on doit reconnaître le talent avec lequel cette adaptation a été créée. À mon grand désappointement, j’ai dû opter pour la VF, parce que la VO m’égarait avec ses effets de voix et certains accents. Je le regrette, néanmoins je dois dire que la version française est d’excellente qualité aussi.
Je n’avais pas vraiment d’attentes, cependant j’ai été très agréablement surprise. Je me suis laissé emporter très facilement dans toutes ces histoires, même celles qui n’ont pas ma préférence.
J’aime les livres audio traditionnels, mais j’aime aussi beaucoup les feuilletons, surtout quand ils sont aussi vivants et bien interprétés que celui-ci. On devrait nous proposer plus souvent des œuvres de qualité telles que celle-ci. Le deuxième acte est déjà disponible en anglais, la version française est prévue pour fin janvier et je l’ai déjà pré-commandée, ce qui vous prouve mon enthousiasme.

vendredi 9 octobre 2020

Signal d'alerte

 Un recueil de nouvelles de Neil Gaiman, publié chez Au Diable Vauvert.

Présentation de l'éditeur :

« Il est des choses qui nous perturbent, des mots ou des idées qui surgissent sous nos pas comme des trappes, nous précipitant de notre monde de sécurité et de bon sens en un lieu beaucoup plus sombre et moins accueillant. » C'est là le chemin que Neil Gaiman nous propose d'arpenter à travers ces vingt-quatre nouvelles, contes et poèmes, en s'affranchissant des genres pour ne garder que la substantifique moelle d'un imaginaire tour à tour sombre ou flamboyant. 

Sommaire :

- Introduction
- Monter un siège
- Un labyrinthe lunaire
- Le Problème avec Cassandra
- Au fond de la mer sans soleil
- « La vérité est une caverne dans les Montagnes noires... »
- Ma dernière logeuse
- Un récit d'aventure
- Orange
- Un calendrier de contes
- L'Affaire de la mort et du miel
- L'Homme qui a oublié Ray Bradbury
- Jérusalem
- Clic-Clac, le sac qui claque
- Une invocation d'incuriosité
- « Et pleurer, à l'instar d'Alexandre »
- Nulle heure pile
- Perles et diamants : un conte de fées
- Le Retour du mince duc blanc
- Terminaisons féminines
- Un respect des convenances
- La Dormeuse et le rouet
- Ouvrage de sorcière
- En Relig Odhráin
- Le Dogue noir

Neil Gaiman a la place d’honneur dans le panthéon de mes auteurs préférés — enfin, en guise de temple, j’ai plutôt érigé une grande bibliothèque confortable dans laquelle des gens qui ne savent pas trop ce qu’ils font là parlent de littérature en mangeant des gâteaux et buvant du thé. Enfin bref.
Un roman de Gaiman est toujours pour moi un grand événement, mais un recueil de nouvelles… Je n’ai pas de mot pour décrire la sensation de joie et d’anticipation que je ressens avant de tourner la première page d’un de ses recueils. J’aime les nouvelles et j’adore les siennes. J’aime le fait qu’il leur écrive toujours des introductions pleines de petites anecdotes intéressantes sur la naissance ou la construction de ces textes. J’aime lire des nouvelles inédites et redécouvrir celles qui ont déjà croisé mon chemin.
Lire Neil Gaiman est l’une des joies de mon existence. Non, je n’exagère pas.
À l’instar de ses autres recueils, Signal d’alerte est un petit chef-d’œuvre. Les textes pourraient sembler d’une étonnante diversité pour qui ne connaît pas cet auteur touche-à-tout. Cela va du fantastique le plus subtil à la science fiction, en passant par l’horreur, la poésie, la fantasy et l’humour décalé. C’est aussi pour l’immensité de son imaginaire que l’on aime Gaiman. Avec lui, on ne sait jamais à quoi s’attendre.
Ce recueil est composé de textes inventifs et foisonnants qui s‘enroulent autour de votre esprit, vous font réfléchir et vous inspirent. Certains sont déjà bien connus. Je pense en particulier à La Dormeuse et le rouet, dont il existe une magnifique édition illustrée en anglais comme en français. J’en profite pour attirer votre attention sur le fait que le titre original parle d’un fuseau, de même que le conte, et qu’un rouet n’a rien à faire là, mais bon, passons. Il s’agit d’un très beau texte, très féministe. Gaiman aime jouer sur les apparences et la matière des contes, ce qu’il fait toujours fort bien. Un respect des convenances, texte qui fait écho à la Dormeuse, m’a d’ailleurs beaucoup plu.
Vous connaissez sans doute aussi Le Dogue noir, une novella qui se situe dans l’univers de American Gods et dont les éditions Au Diable Vauvert nous ont offert une très belle édition reliée. J’ai une affection particulière pour ce texte, son ambiance mélancolique, sa valeur initiatique et la présence d’Ombre bien sûr, un personnage auquel je suis très attachée. J’aime quand Gaiman nous emmène dans des petits villages qui semblent tranquilles mais qui se révèlent riches de secrets.
Je vous ai aussi beaucoup parlé sur ce blog de « La vérité est une caverne dans les Montagnes noires... », notamment pour son adaptation en feuilleton radiophonique, et c’est toujours pour moi un plaisir de relire cette magnifique histoire d’amour et de vengeance que je connais presque par cœur depuis le temps. Je ne m’en lasserai jamais.
Pour Gaiman, une histoire peut se cacher derrière de tous petits riens et il nous invite à les débusquer avec lui. Par exemple, vous êtes-vous déjà demandé où sont donc passées ces voitures volantes qu’on nous a tant promis ? Vous aurez la réponse en lisant « Et pleurer, à l'instar d'Alexandre », un texte aussi amusant que bien pensé.
Dans ce recueil vous pourrez aussi trembler devant Clic-Clac, le sac qui claque, une nouvelle qui semble avoir traumatisé pas mal de lecteurs anglophones. Quant à moi, j’apprécie beaucoup ce genre de récits à l’ambiance sombre dans lesquels l’effroi se distille petit à petit. Je me suis sentie plus mal à l’aise face à Terminaisons féminines, beaucoup plus effrayant à mon sens par son sujet autant que son réalisme.
Cependant, comme je vous le disais, on trouve de tout dans ce recueil, même de la poésie. Ouvrage de sorcière, un texte empreint de magie et de mélancolie, est selon moi un des plus beaux poèmes de Gaiman et une des merveilles de ce recueil. Puis j’ai aussi apprécié des récits humoristiques comme Orange, dont la forme un peu particulière renforce l’incongruité, ou encore le déconcertant Un récit d'aventure, à la fois si drôle et si… frustrant ? J’ai aussi aimé des nouvelles plus sombres comme Un labyrinthe lunaire, qui recèle un symbolisme fort. C’est toujours un plaisir de découvrir des endroits insolites avec Gaiman. Et bien sûr, en bonne amatrice de fantastique, l’ambigüité de certains récits comme Le Problème avec Cassandra n’a pu que me séduire. C’est la subtile part de banalité qui fait la grande qualité du fantastique de Gaiman.
L'Homme qui a oublié Ray Bradbury, qui est en soi un magnifique hommage, mérite aussi qu’on s’y attarde, pour sa portée philosophique et la finesse de son style. Je connaissais ce texte pour avoir entendu Gaiman le lire et je le trouve toujours aussi merveilleux dans sa traduction.
Les amateurs de Sherlock Holmes apprécieront sans doute L'Affaire de la mort et du miel, nouvelle dans laquelle on retrouve le célèbre détective. Étant férue d’apiculture, j’avais une autre bonne raison d’aimer ce texte.
Enfin je terminerai en évoque le Calendrier de contes, un défi que l’auteur s’est lancé, avec l’aide des internautes, et qui m’a beaucoup inspirée à titre personnel. Certains de ces textes sont des pépites.
Signal d’alerte est un très beau recueil, bien représentatif de l’imaginaire de son auteur et de la variété de son œuvre. Il est en outre très stimulant, comme du concentré de créativité en flacon. Vous y trouverez de quoi rêver et nourrir votre esprit.


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mercredi 19 février 2020

American Gods

Un roman de Neil Gaiman, en version audio chez Audiolib.
Lu par Valentin Merlet.


Je vous épargne le résumé de l'éditeur, trop bavard à mon goût.

Ces temps-ci j’éprouve le besoin de revenir à des valeurs sûres et Neil Gaiman en fait partie. C’est ainsi que j’ai eu envie d’écouter la version française de American Gods produite par Audiolib et j’ai vraiment beaucoup apprécié la redécouverte de ce roman dans ce format.
American Gods est un grand roman, à la fois road trip et épopée moderne. Le postulat est simple : les immigrants ont amené leurs dieux avec eux, mais que sont-ils devenus sur cette terre hostile que sont les États-Unis d’Amérique ?
Ombre ne croit pas en grand-chose. Il finit de purger une peine de prison et espère juste retrouver sa femme et un travail dans la salle de sport de son meilleur ami à sa sortie. Cependant, cela ne va pas se passer aussi facilement. Entraîné malgré lui sur les routes, il va voir les mythes et légendes, anciens comme modernes, se mêler à une réalité plus triviale. C’est comme regarder un rêve à la lumière du jour, un peu absurde, parfois pas joli-joli, mais riche de symbolisme. Au bord de l’autoroute du progrès, les mythes prennent la poussière. Les dieux quasi oubliés sont réduits à vivre en marge tandis que de nouvelles déités émergent. Cela semble anodin ? C’est passionnant !
American Gods est une fantasy contemporaine comme je les aime. Gaiman est un conteur qui entrelace à la perfection le substrat des mythologies à l’évolution du pays pour créer une histoire qui peut parler à chacun. Il a construit une véritable épopée et fait d’Ombre un héros moderne, un homme qui ne demandait rien et qui s’efforce de faire de bons choix dans une situation dont il ne comprend pas toujours les implications. J’aime beaucoup ce personnage qui représente pour moi ce qu’il y a de meilleur dans l’humanité.
Gaiman a construit ce roman en épisodes, comme des parenthèses bienvenues dans l’arc principal alors qu’elles en sont les piliers. On y découvre l’arrivée progressive des dieux aux U.S.A. Cependant, mes passages préférés sont ceux consacrés à Ombre, surtout quand il est loin de son employeur car c’est dans ces moments-là qu’il est le plus lui-même. J’aime particulièrement son séjour à la maison des morts et toute l’intrigue qui se déroule à Lakeside. Je crois que même en sachant parfaitement tout ce qui va se passer, je ne pourrai jamais m’en lasser. Le fait de l’écouter permet en outre de se laisser bercer par le récit. Il fait partie de ces romans qui sont vraiment agréables à écouter car, comme je l’ai déjà dit, Gaiman est un conteur.
Laissez-vous porter par la richesse de cette histoire ou attrapez les indices au vol pour tenter de déterminer où l’auteur veut vous emmener, à votre guise, il y a plusieurs façons d’apprécier ce road trip. Dans American Gods l’ironie est mordante, le cynisme agressif, mais la magie, même foireuse, n’est jamais loin.

lundi 25 novembre 2019

La Mythologie Viking

Un livre de Neil Gaiman, publié aux éditions Au Diable Vauvert.


Si vous avez déjà lu Gaiman, vous savez que son inspiration se nourrit de mythes, de légendes et de contes. Il puise avec facilité dans le grand chaudron de notre imaginaire et trouve toujours le moyen de rendre ce qu’il en extrait à la fois familier et original. La mythologie nordique a une place très particulière dans ses univers, c’est sans doute pour cela qu’il a eu envie de conter à sa façon ses mythes préférés.
Sur le groupe de fans de Gaiman, quelqu’un dont j’ai oublié le nom (désolée), a comparé ce livre à des covers de ses chansons préférées, disant que c’était bien, mais qu’il préférait quand même les versions originales. Cette comparaison est assez parlante. Si vous connaissez déjà ces mythes, vous aurez le plaisir de les retrouver. Sinon, vous pourrez les découvrir dans une version un peu simplifiée mais néanmoins élégante. C’est un bon livre pour une première approche de la mythologie nordique, mais pas pour découvrir l’écriture de Gaiman.
Ces mythes choisis sont bien entendu contés du Commencement au Ragnarök, l’auteur induisant une légère progression au fil des histoires qui nous montre comment les dieux en sont arrivés là.
Gaiman sait raconter. Il n’enjolive pas les mythes, mais il les a tant intégrés à son imaginaire qu'ils font partie de lui. Il sait les partager et les faire vivre. Ce qui est intéressant dans ce livre, c’est justement la très légère subjectivité dont a fait preuve Gaiman. Il n’a rien changé, pourtant on voit ce qu’il voit, on comprend ce qu’il a compris.
J’ai aimé redécouvrir ces mythes bien connus à travers son regard. Cela ne m’a fait que réaliser davantage pourquoi je l’aime tant. Il laisse sa sensibilité transparaître dans ces récits. J’ai notamment beaucoup apprécié sa vision de l’histoire de Fenrir et ne m’en suis pas étonnée. Sa façon de percevoir cette histoire explique en grande partie pourquoi j’aime autant l’homme lui-même que ses écrits.
Gaiman fait partie de ces écrivains face auxquels il n’y a que deux attitudes possibles : soit vous passez totalement à côté et vous ne comprenez pas ce que ses fans lui trouvent, soit vous en tombez irrémédiablement amoureux parce que sa sensibilité fait écho à la vôtre.
Il y a quelque chose dans ce qu’il raconte, quel que soit le texte, qui me parle et m’amène toujours à me sentir mieux, comme si j’avais besoin qu’on me raconte ces histoires. J’ai retrouvé un peu de ça dans ce livre, même si c’est en moindre mesure en comparaison de récits plus originaux.


La BBC a produit une adaptation radiophonique de certains de ces mythes. Elle repasse de temps en temps sur BBC 4, mais on peut se la procurer en version CD ou en numérique sur des sites comme Audible et Kobo (à ne pas confondre avec l’audiolivre lu par Gaiman). Comme d’habitude, elle est très bien faite. La mise en scène qui permet de lier les mythes choisis entre eux est charmante. Les acteurs sont excellents. C’est toujours un plaisir d’écouter ces adaptations. Si vous compensez bien l’anglais ou si vous voulez vous y exercer, je vous la conseille.

mercredi 5 juin 2019

Good Omens


Il était une fois une sorcière qui voyait loin, sa descendante à l’esprit très pragmatique, et une poignée d’inquisiteurs maladroits. 
Il était une fois un ange et un démon qui appréciaient leur vie parmi les humains et n’avaient pas très envie de voir arriver l’Apocalypse. 
Il était une fois un petit garçon d’apparence tout à fait normale et sa bande de copains. 
Ce sont ces histoires entremêlées que vous découvrirez dans Good Omens, série complètement barrée, drôle et un chouia irrévérencieuse. 

Pour tous les fans de Pratchett et Gaiman, cette fameuse adaptation du roman a longtemps été comme un mirage, disparaissant à chaque fois qu’on pensait s’en approcher. Beaucoup d’entre nous avaient fini par croire qu’elle n’arriverait jamais. Et pour cause, le roman a presque trente ans et cela fait des décennies qu’on parle d’une éventuelle série télévisée. 
Après une si longue attente, on craint forcément la déception. Pourtant, avec toute l’objectivité dont je peux faire preuve à ce sujet, la série est une réussite. Elle n’est pas parfaite, certes, mais j’ai redécouvert cette histoire, lue et relue, avec un grand plaisir. 
Presque tout y est, avec juste assez de fun et de petits aménagements pour offrir un peu de nouveauté même aux plus grands fans. Gaiman a occulté quelques personnages secondaires et raccourci des passages afin d’en développer d’autres qui étaient plus anecdotiques dans le roman. Il fallait s’y attendre avec seulement six heures de show. Et puis c’est aussi pour nous offrir un peu plus de Crowley et Aziraphale, alors on peut bien lui pardonner. Leur duo est probablement la plus grande réussite de la série. Je reconnais toutefois que la fin est un peu expédiée. J’ai plus apprécié la première moitié de la série. 
Je n’étais pas spécialement enchantée d’apprendre que Michael Sheen devait camper Aziraphale et en fin de compte il est à mes yeux celui qui incarne le mieux son personnage de tout le casting. Je ne pourrai plus jamais voir Aziraphale autrement que sous ses traits. Tennant, quant à lui, nous a interprété un Crowley très Bill Nighy, ce qui est plutôt cohérent pour moi. Tous les deux s’accordent à la perfection. J’ai adoré leurs scènes, mais tout le casting est excellent. 
Et je dois bien sûr une mention spéciale aux nonnes sataniques. Regardez les vidéos de promo, si ce n’est déjà fait. Elles sont géniales. 
Si vous n’avez pas lu le roman, il y a des choses qui vous passeront au-dessus de la tête, comme des répliques cultes ou l’omniprésence de Queen en fond sonore, mais ce n’est pas grave, vous aurez d’autres raisons d’apprécier cette série. Vous ne pourrez que vous attacher aux personnages (bon là je manque sans aucun doute d’objectivité...) 
Regarder ces six épisodes m’a donné envie de relire le livre et de réécouter le feuilleton radiophonique. Je suis incurable. Je ne me lasserai jamais de cette histoire.

mardi 30 avril 2019

Blueberry Girl

Un album de Neil Gaiman, illustré par Charles Vess.


Je suis une grande fan de Neil Gaiman. Néanmoins, n’ayant pas d’enfant, j’hésite toujours à acheter ses albums destinés aux petits. J’ai fini par craquer pour celui-ci et je ne le regrette pas. Si j’avais eu une fille, j’aurais adoré le lire et le feuilleter avec elle. 
Cependant, notez qu’il n’est pas traduit en français, ce qui est bien dommage. 
La version que j’ai achetée à un tout petit prix est grande et carrée, mais souple, ce qui peut se révéler peu pratique, même si ça moi ne me gêne pas. 
Les illustrations de Charles Vess sont superbes et colorées. Elles apportent de la lumière et de la gaîté à l’ouvrage. Foisonnantes, mais pas étourdissantes, il est très agréable d’en observer les détails, notamment tous les animaux présents. J’ai aussi adoré l’illustration de femme enceinte au tout début du livre. Je la trouve d’une grande douceur. 
L’histoire, quant à elle, est une sorte de prière aux sonorités très païennes, un hybride entre poème et berceuse, un enchevêtrement de vœux pour une petite fille à naître. Gaiman l’a écrite pour son amie Tori Amos quand elle était enceinte. En la lisant, on ressent toute sa tendresse à la fois pour la femme et pour l’enfant à venir, mais aussi toute la finesse dont est tissé son propre imaginaire. On y retrouve des thèmes connus, les Parques et les fuseaux, les grands rêves et la joie de vivre, mais aussi toutes ces petites choses qui font l’existence et dont on voudrait préserver ou bénir nos enfants. Quand on a beaucoup lu l’auteur, on sait combien cette prière lui ressemble. Cet ouvrage très court en est d’autant plus émouvant et il fut un plaisir à feuilleter.

lundi 11 juillet 2016

How to Talk to Girls at Parties

Une version graphique de la nouvelle éponyme de Neil Gaiman, adaptée par Fábio Moon et Gabriel Ba.
L'édition reliée, dont il est question ici, a été publiée simultanément chez Headline (UK) et Dark Horse (USA).


 

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Présentation de l'éditeur :


How to Talk to Girls at Parties by Sunday Times bestselling writer Neil Gaiman is a graphic novel with extraordinary artwork by the Eisner Award-winning duo Fábio Moon and Gabriel Bá. Soon to be a feature film starring Nicole Kidman, this adaptation is 'a quirky delight' (Audrey Niffenegger) and will appeal to fans of Alan Moore, Dave McKean and beyond.


ENN is a fifteen-year-old boy who just doesn't understand girls, while his friend Vic seems to have them all figured out. Both teenagers are in for the shock of their young lives, however, when they crash a local party only to discover that the girls there are far, far more than they appear!


From the Locus Award-winning short story by Neil Gaiman, one of the most celebrated authors of our time, and adapted in vibrant ink-and-watercolour illustrations by the Daytripper duo of brothers Fábio Moon and Gabriel Bá, this original graphic novel is not to be missed!



Vous pouvez lire ou écouter la nouvelle en V.O. sur le blog de Neil Gaiman. Si vous préférez la version papier, elle est disponible dans le recueil Fragile Things et en français dans sa traduction : Des Choses fragiles paru aux éditions Au Diable Vauvert (chez J’ai lu pour le poche).
Qu’il s’agisse de la nouvelle ou de la BD, le vocabulaire de la version originale est facilement accessible, mais c’est un récit tout en nuances et doubles sens, donc à vous de voir.
J’aime énormément ce texte, c’est du très bon fantastique. L’altérité, la difficulté de grandir et de se confronter aux autres ainsi que l’accomplissement personnel, entre autres thèmes, y sont évoqués avec sensibilité et poésie. Les propos sibyllins des jeunes filles constituent une grande partie de la grâce fragile qui émane de cette histoire.
Ce récit possède plusieurs niveaux de lecture, tout aussi subtiles les uns que les autres. On peut lui trouver une explication tout à fait rationnelle, ou pas… C’est ce qui fait sa magie.
Dans cette nouvelle, on rencontre deux ados de quinze ans, Vic le séducteur et son copain Enn, plus timide, qui est également le narrateur. Ils sont censés se rendre à une fête, mais Vic a oublié le plan. Ils entendent de la musique et sonnent à une porte, mais sont-ils vraiment au bon endroit ?
Pendant que Vic jette son dévolu sur la plus belle fille de la soirée, Enn cherche à résoudre ce mystère qu’est pour lui la gent féminine et va de rencontre en surprise…
La BD m’a autant séduite que la nouvelle. Brillamment adaptée, elle est restée très fidèle au texte d’origine. L’ambiance m’a beaucoup plu. Tout était tel que je l’avais imaginé lors de ma première lecture. Le style graphique est cohérent, coloré, très agréable à regarder. Seul bémol à mon sens, les deux garçons ont l’air plus âgé qu’ils ne le devraient.
J’ai redécouvert cette histoire avec grand plaisir. Les illustrations sont un vrai plus alors, même si vous connaissez déjà la nouvelle, ne vous en privez pas. Cette adaptation est une très belle réussite !

mercredi 16 décembre 2015

The Truth is a Cave in the Black Mountains

The Truth is a Cave in the Black Mountains est une nouvelle de Neil Gaiman inspirée par un mythe venu des Hébrides.
Il existe une version illustrée par Eddie Campbell, mais on peut aussi la lire dans l’anthologie Stories ou dans le recueil Trigger Warning. Le texte intégral lu par l’auteur est disponible en audiobook, mais c’est du feuilleton radiophonique adapté par Karen Rose que je vais vous entretenir aujourd’hui.
Celui-ci a été diffusé en décembre sur BBC 4 dans l’émission Book at bedtime. Le feuilleton a été découpé en cinq épisodes d’environ quinze minute chacun. Cela nous donne pile la capacité d’un CD et j’espère que celui-ci sortira un jour.
Je n’ai pas encore lu le texte original, donc je ne peux juger de la façon dont la nouvelle a été adaptée et abrégée, mais j’ai pris grand plaisir suivre ces épisodes. Bill Paterson (Ned Gowan dans Outlander) prête sa voix au personnage et nous conte une histoire sombre, pleine de regrets, de colère et de secrets. Il est très agréable à écouter, j’apprécie son accent qui rend le texte particulièrement mélodieux. J’aime beaucoup les adaptations radiophoniques de la BBC qui ne sont jamais sur-jouées.
En écoutant cette nouvelle, j’ai eu l’impression de me retrouver en Écosse, de cheminer sous la pluie avec ces personnages qui ont chacun des choses à cacher. Cette histoire m’a touchée, j’en ai eu des frissons en écoutant le dernier épisode, mais j’aurais tôt fait de trop dévoiler l’intrigue si j’en disais davantage.
Écoutez-la, lisez-la et partez vous aussi à la recherche de la richesse… ou d’autre chose.
Le feuilleton est encore disponible pour une semaine sur le site de la BBC.

vendredi 25 septembre 2015

Coraline (BD)

D'après le roman de Neil Gaiman. Adapté et illustré par P. Craig Russell. Publié par les éditions Au diable vauvert.

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Coraline-BD*


Coraline est à la base un roman pour la jeunesse, ou plutôt une sorte de conte effrayant, écrit par Neil Gaiman, l’un de mes auteurs préférés. Il existe une adaptation animée superbe que je vous conseille chaleureusement, même si je n’ai pas apprécié tous les aménagements qui ont été fait par rapport au texte d’origine (dégage de là Wibby !). Cependant, pour cette fois, c’est de l’adaptation BD que je vais vous parler.
Je dois avouer que je n’étais pas très enthousiaste dès le départ et ma mauvaise impression n’a fait que se renforcer en cours de lecture. Je n’ai pas du tout aimé les dessins. Je les ai trouvés bien trop plats. Ils se veulent réalistes, ce qui enlève de sa dimension magique à l’histoire, mais restent assez grossiers. L’usage de traits épais pour figurer les ombres ou la profondeur est le signe le plus marquant de ce manque de finesse. Ce n’est pas un style qui me parle et je n’ai pas plus apprécié les couleurs, mais j’admets que c’est une affaire de goûts plus que de technique.
Je ne sais pas si des enfants, qui sont quand même censés être le public cible, apprécieront ces illustrations plus que moi. Par contre, je suis assez perplexe quant à la représentation de Coraline elle-même qui est une très jeune enfant dans le roman et me semble un peu grande dans la BD, alors que ses réactions demeurent celles d’une fillette.
Une adaptation est censée apporter une dimension nouvelle à une histoire. Je ne voulais pas forcément quelque chose de gothique ou de fantasque, néanmoins si le dessin ne se révèle guère convaincant et que le scénario est simplifié, autant en rester au roman. La BD se concentre sur l’essentiel, mais le texte d’origine est lui-même assez court. Malgré cela, il y a quelques ajouts, des détails, qui n’ont pas éveillé mon intérêt, alors que des choses plus importantes sont passées sous silence.
Quand on lit cette BD, on se dit que l’intrigue est particulièrement pauvre alors que ce n’est pas le cas. Tout ce qui fait la beauté du texte est aplati. Le roman est de ceux qui donnent des frissons et qu’on aime lire enfant quand il fait mauvais temps, juste pour s’offrir une petite frayeur. Dans la BD, on ne ressent pas l’exaltation de Coraline quand elle passe de l’autre côté ni sa tentation de rester. On s’ennuie, tout simplement. L’autre mère est affreuse, mais pas effrayante. On ne tremble pas avec Coraline, on ne s’attache pas à elle et, de fait, on se fiche un peu ce qui va lui arriver. Les illustrations brident l’imagination au lieu de la nourrir. C’est très décevant.
Lisez le roman, regardez l’anime, mais oubliez la BD.


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dimanche 1 février 2015

The Sleeper and the Spindle

Une nouvelle de Neil Gaiman, illustrée par Chris Riddell.

the sleeper and the spindle

A thrillingly reimagined fairy tale from the truly magical combination of author Neil Gaiman and illustrator Chris Riddell - weaving together a sort-of Snow White and an almost Sleeping Beauty with a thread of dark magic, which will hold readers spellbound from start to finish. On the eve of her wedding, a young queen sets out to rescue a princess from an enchantment. She casts aside her fine wedding clothes, takes her chain mail and her sword and follows her brave dwarf retainers into the tunnels under the mountain towards the sleeping kingdom. This queen will decide her own future - and the princess who needs rescuing is not quite what she seems. Twisting together the familiar and the new, this perfectly delicious, captivating and darkly funny tale shows its creators at the peak of their talents. Lavishly produced, packed with glorious Chris Riddell illustrations enhanced with metallic ink, this is a spectacular and magical gift.

The Sleeper and the Spindle, nouvelle récompensée par le prix Locus, est initialement parue dans l’anthologie Rags and Bones : new twists on timeless tales, dirigée par Melissa Marr et Tim Pratt. Elle a été rééditée par Bloomsbury sous une très belle forme, en hardcover et de surcroît abondamment illustrée par Chris Riddell. La version souple devrait sortir sous peu, mais je vous conseille vraiment le superbe hardcover qui d’ailleurs n’est pas beaucoup plus cher. Les illustrations sont magnifiques, en noir, blanc et doré, très détaillées. Elles apportent du cachet à cette nouvelle. L’objet-livre est très beau. Je ne suis pas fan des jaquettes en général, mais je trouve l’effet de celle-ci, en ébauches et transparences sur une couverture blanche et noire, très réussi. Comme son titre l’indique, ce conte revisité s’inspire de La Belle au bois dormant, mais pas seulement… Ce ne sera pas un spoiler si je vous dis qu’une autre princesse, que dis-je, une reine, va s’inviter dans ces pages et partir à l’aventure. J’imagine de plus que beaucoup ont entendu parler de cette nouvelle, non pour ce qu’elle conte réellement, mais en grande partie à cause du dessin de la scène du baiser qui semble avoir choqué pas mal de monde... Il en a été fait un tel foin que l’on a sorti cela de son contexte et oublié l’histoire qui allait avec. Je ne compte pas m’attarder sur le sujet, trouvant la véhémence de ces réactions particulièrement stupide… Sérieusement, remettons les choses à leur place, Thalie la lune et le soleil, texte dans lequel la jeune femme endormie est violée et réveillée par l’un des deux jumeaux qu’elle ne sait même pas avoir mis au monde, est une version de l’histoire révoltante. Par contre, une femme qui en embrasse une autre n’a rien de choquant ni de dérangeant. Et si vous pensez qu’en vous révélant cela je vous ai gâché la surprise, je vous rassure, il n’en est rien. Par bien des aspects, The Sleeper and the Spindle possède une intrigue prévisible, ce n’est pas non plus la plus grandiose nouvelle que Gaiman ait écrite, mais elle a ses petites originalités. Peut-être la percerez-vous trop tôt à jour, peut-être pas, mais vous apprécierez sûrement votre lecture et pas uniquement pour la beauté des illustrations. C’est une jolie réécriture, peut-être pas transcendante, mais moi qui n’ai jamais vraiment apprécié ce conte dans ses versions les plus connues, je le trouve mieux ainsi, plus proche de ce qu’est censé être un conte, plus cruel aussi. J’ai lu de nombreux commentaires sur la fin, mais aussi sur l’aspect féministe que l’on veut faire ressortir de cette histoire. Ne peut-on pas simplement la voir dans son entier au lieu de la détailler morceau par morceau ? Doit-on vraiment à tout prix y trouver une morale ? Chacun se fera sa propre opinion. La meilleure réécriture de La Belle au bois dormant que j’ai pu lire reste indubitablement Une histoire de désir de Delphine Imbert publiée dans l’anthologie Contes de villes et de fusées, éditée par Ad Astra. Si vous en avez l’occasion, ne vous privez pas de cette découverte.

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Challenge Winter Mythic Fiction

mardi 20 janvier 2015

Good Omens

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A full-cast BBC Radio 4 dramatisation of Terry Pratchett & Neil Gaiman's celebrated apocalyptic comic novel, with bonus length episodes and outtakes.
According to the Nice and Accurate Prophecies of Agnes Nutter, Witch, the world will end on a Saturday. Next Saturday in fact. Just after Any Answers on Radio 4..
Events have been set in motion to bring about the End of Days. The armies of Good and Evil are gathering and making their way towards the sleepy English village of Lower Tadfield. The Four Horsepersons of the Apocalypse - War, Famine, Pollution and Death - are assembling.
Witchfinder Shadwell and his assistant Newton Pulsifier are also en route to Tadfield to investigate unusual phenomena in the area, while Anathema Device, descendent of prophetess Agnes Nutter, tries to decipher her ancestor's cryptic predictions.
Atlantis is rising; fish are falling from the sky; everything seems to be going to the Divine Plan.
Everything, that is, but for an unlikely angel and demon duo, who have been living on Earth for several millennia and have become rather fond of the place. If they are to prevent Armageddon they've got to find and kill the one who will bring it about: the Antichrist himself. There's just one small problem: someone seems to have mislaid him.
Adapted, sound designed and co-directed by Dirk Maggs (Neverwhere, The Hitchhiker's Guide to the Galaxy) this first ever dramatisation of Terry Pratchett and Neil Gaiman's novel features a large cast including Peter Serafinowicz, Mark Heap, Josie Lawrence and Paterson Joseph.



Good Omens, De bons présages en version française, est un roman écrit par Terry Pratchett et Neil Gaiman. Il a été adapté par Dirk Maggs en feuilleton radiophonique de 6 épisodes d’environ 30 minutes chacun et diffusé fin décembre 2014 sur BBC Radio 4. L’intégrale de ce feuilleton doit sortir en CD pour la fin janvier, avec en bonus 50 minutes non diffusées lors du passage radio.
Je l’ai écouté en ligne et, à l’heure où je poste ce billet, il est encore disponible, mais plus pour très longtemps. J’ai tant apprécié ce feuilleton que je me procurerai sans faute le CD. Cependant, avant de vous dire pourquoi celui-ci m’a tant plu, je pense qu’il est nécessaire de parler un peu de l’intrigue. Si écouter celle-ci en anglais ne vous tente pas, vous pourrez toujours lire en français la version romanesque qui vaut le détour.
L’Apocalypse aura lieu samedi prochain, j’espère que vous n’aviez rien prévu d’important. Aziraphale, un ange, et son compère Crowley (Rampa en français), démon de son état, aiment bien leur vie sur Terre, ils ont leur petite routine, s’entraident, peinards. Mais c’est sans compter sur leurs supérieurs qui ont décidé qu’il était temps de lancer la grande bataille, celle du bien contre le mal qui décidera de quelle force prendra le pas sur l’autre. Nos deux comparses vont évidemment s’en mêler, mais tout n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît, que ce soit concernant leurs plans ou ceux des autres…
Dans ce roman, ou ce feuilleton, vous trouverez un ange déchu qui a plus glissé que chuté, un ange bibliophile, des gamins tout droit sortis de nos vieux livres d’enfants, une sorcière pragmatique et le fantôme de son arrière-arrière-arrière-grand-mère qui était une obscure prophétesse, des chasseurs de sorcières, des cavaliers de l’Apocalypse à motos, un chien de l’enfer, une fausse médium et bien d’autres personnages hauts en couleur. Et peut-être bien qu’il y aura une Apocalypse, cela dépendra du bon vouloir d’un garçon de onze ans…
Good omens est un excellent roman à l’humour savoureux, mais aussi un récit intelligent, une merveilleuse collaboration entre deux auteurs que j’aime beaucoup. L’adaptation radiophonique est vraiment réussie et très proche du roman, tout en le modernisant un chouia. On ne s’ennuie pas une minute, j’ai beaucoup ri en écoutant ce feuilleton et j’y ai trouvé l’ambiance que j’espérais.
Le casting est tout simplement parfait, j’ai retrouvé grâce à toutes ces voix si bien choisies les personnages que j’avais imaginés. Les comédiens ont vraiment fait un super boulot. De surcroît, les auteurs nous gratifient d’une petite apparition dans le premier épisode, clin d’œil que j'apprécie.
Mon niveau d'anglais n’est pas terrible, mais le fait d’entendre sans voir m’a forcée à être plus attentive et, bien évidemment, connaître déjà l’histoire aide pas mal. Je ne me suis pas sentie larguée, j’ai suivi le récit et apprécié mon écoute.
Je vous conseille aussi bien le feuilleton que le roman. La traduction française a ses limites (je ne me suis jamais remise de Crowley devenu Rampa au mépris de la référence, bien que cela soit précisé en note par le traducteur), mais elle reste quand même relativement correcte.

vendredi 24 octobre 2014

The Graveyard Book - audiobook

Un roman de Neil Gaiman, publié chez HarperCollins pour les versions imprimée et audio.
Disponible en français en édition de poche chez J'ai lu sous le titre L'étrange vie de Nobody Owens.
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Échappant de justesse à un meurtrier venu exécuter toute sa famille, un petit garçon aventureux qui ne sait pas du tout quel danger le guette se réfugie dans un cimetière et va, contre toute attente, y trouver un foyer en plus d’une protection bienvenue. Ça paraît simple, peut-être un peu sombre aussi, mais ce n’est pas le cas. Si les ressorts du récit sont on ne peut plus classiques, il est indubitablement magique et vous enchantera, que vous choisissiez la V.O. ou la V.F., que vous le lisiez ou l’écoutiez. Ce récit est tendre, un peu mélancolique parfois, mais surtout beau et inspirant. C’est le genre d’histoires qui, personnellement, me réconforte.
J’ai tout d’abord lu ce roman en français au moment de sa sortie chez Albin Michel. J’ai l’impression que c’était hier et pourtant un peu plus de cinq ans se sont écoulés depuis. Pour son grand format, l’éditeur français avait doté cet ouvrage d’une très belle couverture, avait eu en outre le bon goût de garder les illustrations intérieures, mais m’avait terriblement déçue en changeant le titre, jugeant sans doute l’original peu vendeur dans sa traduction. « Le livre du cimetière », ça fait tout de suite très glauque… Et pourtant il me parle ce titre... Ce roman, un de ceux de Gaiman que je préfère, ce qui n’est pas peu dire, le porte tellement bien ! Il y a une magie qui s’en dégage, qui me ramène à celle que j’étais enfant, alors que j’apprécie aussi d’être adulte pour le lire, car cela me permet de saisir d’autres nuances que je n’aurais pas perçues plus jeune.
J’aime cette histoire car elle nourrit la rêveuse qui est en moi en m’offrant quelque chose de délicieusement confortable car familier, avec plein de références à des contes, comptines ou lectures qui me parlent et me font sourire, mais aussi un récit résolument original. C’est un des grands talents de Gaiman que de puiser dans ce chaudron qu’est notre imaginaire pour remodeler à sa guise des histoires bien connues, sans faire du déjà-vu.
Avant toute autre source, l'auteur nous le dit dans la postface, ce récit s’inspire du Livre de la Jungle. Ce n’est pas forcément flagrant quand on ne lit pas les deux à peu de temps d’intervalle, pourtant le titre à lui seul nous renseigne à l'avance. Le parallèle entre les deux ouvrages m’a toujours fascinée.
Le livre de la Jungle, (qui en fait devrait s’appeler la bible de la Jungle étant donné l’influence religieuse indéniable qui sourd de ses pages) est un recueil de nouvelles qui, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, ne porte pas que sur Mowgli. The Graveyard Book est construit comme un roman et un recueil de nouvelles en même temps, il y a un arc principal qui s’étend sur tout le récit, mais chaque chapitre offre une histoire à part entière dans la vie de Bod. Les deux gamins grandissent un peu de la même façon, subissent des épreuves qui se font écho, la portée religieuse sous-jacente en moins chez Gaiman. La ressemblance entre les deux livres est notamment flagrante dans le chapitre qui traite de la porte des goules, un de mes préférés, qui fait aussi référence à Lovecraft. Mais je ne vais pas vous abrutir de comparaisons, même si je trouve cela passionnant… Ce roman est tout aussi merveilleux qu’on repère les clins d’œil de l’auteur ou non.
Le chapitre de la sorcière, dont le nom de famille vous rappellera quelque chose si vous vous êtes intéressés de près ou de loin à L’océan au bout du chemin, est aussi parmi mes préférés. Peut-être avez-vous déjà lu cette histoire d’ailleurs, car on peut la trouver sous forme de nouvelle dans certains recueils de l’auteur dont M is for magic.
Mais parlons un peu de la version audio elle-même, c’était le but après tout. Elle se compose de 7 CD, ce qui nous donne dans les 8h30 d’écoute. J’ai acheté le pack qui coûte 18€ et des poussières, mais on peut aussi le télécharger. Les pistes durent à peu près 12 minutes, on trouve cela pratique ou pas. C’est le format CD qui veut ça. Pour ma part, je préfère quand une piste équivaut à un chapitre.
Il s’agit de la version intégrale, une précédente ayant été éditée en 2008 est, semble-t-il, abrégée. Je ne connais pas la première, mais cette nouvelle mouture est vraiment sympa et nantie d’un large panel de comédiens pour nous la narrer. La postface est, de surcroît, lue par l'auteur. Cette version audio est très agréable à écouter et emporte facilement le lecteur dans ce roman initiatique, un brin gothique, terriblement fantasque et onirique. Je me suis sentie transportée dans le cimetière brumeux et fantomatique, j’ai redécouvert avec plaisir l’histoire de Bod et je ne regrette pas mon achat.
Il existe également des comics adaptés du roman, eux aussi en anglais, peut-être me laisserai-je tenter un de ces jours… En attendant je vous conseille chaleureusement la version audio de ce roman et, si votre niveau d’anglais ne le permet pas, il est toujours temps de profiter de la version imprimée française qui reste disponible en poche.
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Cette écoute entre dans le Challenge Halloween de Lullaby.

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