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mercredi 4 novembre 2020

Sous la lumière d'Hélios

 Un roman de Dominique Lémuri, publié chez Armada éditions.

Présentation de l'éditeur :

2420. Eltanis, planète synchrone en orbite autour de Gliese 581, à vingt années-lumière de la Terre. Une colonie humaine de quelques milliers d’âmes s’y est établie et accueille un nouveau contingent de pionniers. Parmi eux, Clara MacQueen, une jeune télépathe au lourd secret, qui devra se battre pour survivre.

Quels mystères ce monde recèle-t-il sous son crépuscule permanent ? Quelles étranges formes de vie, dangereuses et envahissantes, croiseront la route de Clara ?
Et surtout, qu’est le Vood ?

Pour le découvrir, embarquez pour Eltanis !

Pour avoir voulu sauver sa mère des hommes venus racketter ses parents, Clara est devenue une cible mouvante. Sa seule façon de survivre est de quitter la Terre avec un premier contingent de colons. Plus que le fait de rendre service aux parents de la jeune fille, qui ont travaillé pour la mission spatiale, ce sont les nanoéléments de Clara qui en font une recrue de choix et lui assurent une place à bord. Elle embarque donc, sans savoir si cela sauvera ses parents, pour se réveiller trois siècles plus tard dans un système solaire étranger et découvrir que d’autres colons, partis plus tard, ont profité d’avancées technologiques qui leur ont permis d’arriver plus vite et de fonder une société dans laquelle il va falloir se fondre.
J’ai l’impression de n’avoir plus lu de planet opera depuis très longtemps et renouer avec le genre par le biais de ce roman, autant récit d’aventures que de science fiction, fut un plaisir. Sous la lumière d’Hélios conte à la fois l’histoire d’une femme qui se construit malgré les traumatismes et celle d’une humanité déracinée qui cherche sa place sur une nouvelle planète. Plus qu’un récit de colonisation, c’est un roman d‘apprentissage.
Le départ de Clara a été brutal, entre la violence de l’attaque qu’elle a subie et de sa propre riposte, puis le déchirement de la séparation d’avec ses parents, elle est encore à vif. Elle n’a pas choisi de partir et se retrouve sur une autre planète, élément d’un équipage dont tous les membres se connaissent déjà pour avoir été entraînés ensemble. En outre on attend de Clara qu’elle use d’un pouvoir qu’elle considère avec méfiance. A-t-elle encore la possibilité de faire ses propres choix et de construire son avenir ?
Ce roman est très prenant. Composé de quatre parties que l’on peut comparer à différents épisodes, il est très visuel et pourrait se décliner en série télévisée tant ses multiples arcs s’y prêtent. Il ne laisse pas au lecteur le temps de s’ennuyer. Les aventures de Clara ne manquent pas de rebondissements. Avec elle, on apprend à connaître Eltanis et les différents peuples qui l’habitent, la jeune femme se trouvant vite, de par sa nature et les circonstances, à la croisée entre ces peuples. Elle a des liens avec tous, mais pourtant n’appartient pleinement à aucun d’entre eux. J’ai aimé la voir évoluer et se battre pour son indépendance sans pour autant oublier ceux qui lui sont chers.
L’autrice a beaucoup travaillé ses personnages, refusant de les laisser tomber dans les clichés. Ils sont intelligents, intéressants, et malgré leurs opinions divergentes et les différences culturelles qui ont été creusées par le temps ou la façon de vivre, ils savent qu’ils doivent coopérer pour survivre. C’est cela, aux antipodes de ce qui se fait en général (parce que les oppositions sont censées apporter une dynamique plus virulente), qui m’a le plus séduite dans cette histoire. L’autrice gère son scénario de manière originale. C’est de la SF positive qui donne de l’espoir. Pour autant, les problèmes ne disparaissent pas d’un claquement de doigts, mais les gens peuvent apprendre à s’entraider même s’ils veulent vivre de manière différente. Cette notion est vitale de nos jours.
J’ai aussi été très intéressée par la façon dont chaque peuple appréhende son futur sur cette planète. Les sociétés qu’ils ont formées sont toutes intéressantes à décortiquer. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaise vision, juste différentes façons de s’adapter et de comprendre son environnement. Ce qui nous rassemble est précieux, mais ce qui nous différencie mérite d’être partagé.
Le roman est enrichi d’un portfolio. Le lecteur peut ainsi admirer les portraits des personnages, quelques vues d’Eltanis et découvrir les engins spatiaux dans lesquels se déplacent les personnages. Cela permet de s’immerger encore davantage dans l’histoire.
Sous la lumière d’Hélios est un bon roman, plein de suspense et d’action, avec lequel j’ai passé un excellent moment.

Catégorie hors système solaire

dimanche 20 juillet 2014

Rémiges de cendre

Une nouvelle de Julien Chatillon-Fauchez, publiée en numérique dans la collection e-courts de chez Voy'el.


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remiges_de_cendre




L'univers est un lieu étrange, et Atarashi Hiroshima l'une de ses composantes. Planète dévastée par un hiver nucléaire, elle est morte pour toute vie depuis des siècles. Seules ses richesses minières attirent désormais les prospecteurs, qui font fi des radiations.


Pourtant, dans le silence ouaté des cendres irradiées, Atarashi Hiroshima préserve une confidence de l'univers.



Sur Atarashi Hiroshima, une planète figée dans un hiver nucléaire, une femme mène des recherches pour le compte d’une grande compagnie minière, jusqu’à son accident. Hallucination ou réalité, il lui semble faire alors une découverte hors du commun.
Il se dégage de ce court et poétique récit de planet op une beauté tranquille et sereine, cotonneuse, hors du temps. C’est presque magique. D’une certaine façon, son aspect apaisant m’a fait penser à Clamatlice de Vanessa Terral, mais en plus éthéré. J’ai aussi songé à l’excellent recueil Sanshôdô de Jean Millemann.
J’ai beaucoup apprécié ce texte très japonisant, dans lequel, pour qui sait contempler, la beauté, l’équilibre et le divin se révèlent au cœur d’un milieu tout ce qu’il y a de plus hostile. La communion de la narratrice avec cette planète oubliée, détruite par la folie humaine, est magnifique et rejaillit par empathie sur le lecteur, lui laissant un sentiment de paix une fois la dernière phrase lue.


Pour vous faire une idée, lisez également la chronique de Lune.


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vendredi 21 juin 2013

Clamatlice

De Vanessa Terral, uniquement paru au format numérique dans la toute nouvelle collection e-courts des éditions Voy’[El]
Il s’agit d’un petit ouvrage constitué de deux nouvelles, Les vagues de Clamatlice et Saison de pluie sur Clamatlice.


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Clamatlice, un monde bien loin de notre Terre, surprend les voyageurs par ses plages de sable vert, ses deux lunes, sa végétation singulière et son surnom : la Planète aux Mille Pensées. Les premiers colons évoquent parfois, à mi-voix, des créatures gigantesques et une nature guidée par une forme de conscience. Bien entendu, les nouveaux arrivés – tel Noota, un jeune surfeur – ne croient pas à ces superstitions…
Jusqu’à ce que Clamatlice murmure à leur esprit.



Ce sont donc deux textes de planet opera qui inaugurent la collection e-court. Pour ceux qui ne sauraient pas de quoi il s’agit, le planet op est un sous-genre de la science-fiction dans lequel l’auteur nous emmène à la découverte d’une planète via le regard et l’expérience de personnages qui l’explorent. Clamatlice, la planète aux mille pensées, ne nous est pas entièrement dévoilée pour autant. Il s’agit de nouvelles, après tout, et elles sont plus axées sur la quête identitaire de leurs personnages ; même si celle-ci est, plus qu’ailleurs, liée à leur environnement et à la découverte de celui-ci, de ce qui, en lui, leur ressemble.
Dans le premier récit, Noota, un adolescent qui vient tout juste d’arriver sur la planète aux mille pensées, cherche sa place dans ce nouveau monde. Sur cette planète qu’il n’a pas encore apprivoisée, ses habitudes se voient en quelque sorte décalées par un environnement qui est familier sans l’être. Lui qui est un surfeur voit ses techniques complètement inutiles sur les mers de Clamatlice. En essayant de s’intégrer, il va trouver bien plus que ce qu’il cherchait au départ…
Dans le second texte, Luccine, une petite fille malmenée par les autres enfants et délaissée par les adultes, est amenée à faire un choix, peut-être encore plus difficile que celui de Noota. Ce texte-ci est doux-amer comparé au premier, mais également plus poignant.
Sur Clamatlice, votre nature pourrait vous apparaître d’une bien étrange façon… Je ne vous dévoilerai pas le principe, mais il m’a vraiment plu, d’autant qu’il est traité avec sensibilité et poésie. Si le style de l’auteur est toujours aussi plaisant que ce à quoi elle nous a habitués, sa façon de raconter s’adapte néanmoins aux événements. Dans la première nouvelle, la fluidité du récit dépend de la façon dont Noota parvient ou non à s’adapter aux caprices de l’océan. Dans le second, le récit se fait plus hésitant, comme Luccine, tournoyant en spirale il revient sur certains points, s’éloigne encore, revient toujours… C’est fait avec délicatesse, si bien qu’on pourrait presque passer à côté de ces détails. Cependant, si on n’en prend pas forcément conscience, on le ressent à la lecture. Cela fait partie de l’harmonie qui se dégage de ces textes, dans le fond comme dans la forme.
Ces nouvelles évoquent la différence, mais aussi l’appartenance à un groupe, à un monde, elles parlent de ce qui est en soi et que l’on choisit d’écouter ou de réprimer, pour soi-même ou pour les autres. J’ai aimé ces deux histoires pour ce qu’elles ont de terriblement humain. Et si la cynique que je suis est un peu dubitative face à tant de bienveillance, je me dis quand même : pourquoi pas ? C’est, après tout, la meilleure manière qu’a pu trouver la nature de cette planète pour éduquer l’humain. Et même si je trouve que ces deux jeunes gens s’en sortent plutôt bien au final, il ne leur en a pas fallu moins de courage. C’est bien aussi de montrer qu’il est parfois récompensé. L’ambiance est douce, mais tout n’est pas forcément rose et les choix des personnages ne sont pas aisés ni une fin en soi.
Ce sont deux très beaux textes, qui, à leur manière, sont plus riches en émotions qu’en action. C’est le second récit qui m’a le plus touchée car, émotionnellement parlant, c’est une histoire qui sonne terriblement vrai.
Je vous invite donc à découvrir ce qui se cache sur Clamatlice, au-delà de ses plages de sable vert et de ses routes pavées.


Pour finir, j’aimerais vous parler de l’initiative de l’auteur que je trouve particulièrement intéressante. En effet, Vanessa Terral propose à ses lecteurs d’écrire des textes portant sur l’univers de Clamatlice, de partager avec elle cette planète riche de possibilités. Les éditions Voy’[El] lancent donc un appel à textes permanent dans leur collection e-courts.
Mais, au-delà de la possibilité de publication elle-même, c’est cette notion de partage qui me touche car je la trouve aussi généreuse qu’enthousiasmante.


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