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samedi 17 mai 2025

Emma et les mauvais éléments T1

 Une BD écrite par Ariel Holzl et illustrée par Alba Cardona. Publiée chez Jungle.


Cette jolie BD est un condensé de tropes fort communs en littérature jeunesse, mais ce n’est pas une mauvaise chose. Après tout, si ces tropes hérités des contes hantent toujours la littérature, c’est qu’ils ont encore des choses à nous dire. Ils sont les piliers des récits formateurs, ils accompagnent les personnages, aussi bien que les jeunes, lecteurs vers l’âge adulte.
Cette BD parle de découverte de soi, d’émancipation, de liens qui se créent dans l’adversité, d’héritage et de choix. Emma, personnage typique de ce genre de récits, n’en est pas moins attachante. Notre héroïne est une jeune fille vive et intelligente qui découvre un jour qu’elle a des capacités extraordinaires et va rejoindre une école tout aussi prodigieuse. Mais tout n‘est pas aussi rose que ce à quoi elle s’attendait. 
L’intrigue mêle magie et lutte écologique et j’ai un peu eu l’impression de voir Captain Planet (si vous êtes plus jeunes que moi la référence ne vous parle pas. Vous ne perdez rien) à Poudlard… Les motivations des « méchants » de l’histoire restent obscures pour le moment, mais je gage qu’il reste beaucoup à découvrir.
Les personnages ne sont pas très développés, néanmoins ils ont du potentiel. Emma et les mauvais éléments est le premier tome d’une série, il est fort court et a surtout valeur d’introduction. Il charmera sans nul doute les jeunes lecteurs, toutefois en tant qu’adulte je trouve qu’il manque un peu d’ambition. Le récit est simple, mais les illustrations jolies. Le style me rappelle un peu celui de Maliki. Je lirai probablement la suite, pour voir si le scénario cache plus de secrets qu’il n’y semble de prime abord, ce qui est une possibilité, connaissant l’auteur.


samedi 15 février 2025

Nayra et le Djinn

Une BD de Iasmin Omar Ata, publiée chez Bliss Comics Éditions.



Nayra vit une situation difficile. Elle ne se sent pas bien dans son lycée, où elle subit harcèlement et moqueries parce qu’elle est musulmane. Elle voudrait changer d’école, mais sa famille refuse de l’écouter, lui reproche ses notes en chute libre et lui intime d’être forte.
Nayra se sent seule, bien qu’elle ait une amie proche qui se trouve dans la même situation. Rami est plus fataliste quant à ce qu’elles vivent. Elle essaie juste d’éviter les problèmes et se concentre sur le positif, à savoir leur amitié, ce qui semble agacer Nayra.
J’ai eu de la compassion pour ces deux jeunes filles, mais au bout d’un moment l’égoïsme de Nayra m’a saoulée. Je n’ai pas compris pourquoi elle s’éloigne de la seule personne qui l’a toujours comprise et soutenue. Elle se plaint de son isolement tout en s’isolant encore plus. Quand Marjan lae Djinn entre dans sa vie, elle agit de même avec ellui. Pendant une bonne partie de l’histoire elle n’a aucune considération pour les gens autour d’elle. Et quand elle finit par s’amender, cela tombe un peu à plat. Alors certes, c’est une adolescente en souffrance, elle a des excuses, mais elle n’en demeure pas moins très narcissique.
De manière générale, cette histoire est pleine de facilités et de clichés. Les personnages ne sont pas toujours cohérents et il y a quelques évidents soucis de traduction. C’est dommage, car le thème est intéressant. En outre, on n’a pas souvent l’occasion de voir en littérature ce que peuvent vivre deux jeunes filles durant le mois du Ramadan, alors que c’est important. J’ai également apprécié les quelques incursions dans le monde des Djinns.
Pour ce qui est des dessins, le mélange de pastel et de tons vifs m’a un peu vrillé les yeux, mais c’est joli. Cela apporte de la vie aux dessins qui sont relativement simples. J’ai bien aimé ce style qui va bien avec l’histoire.
Mon avis est donc en demi-teinte. Cette BD ne me marquera pas, mais l’intention était louable. Un public plus jeune que moi sera sans doute aussi plus indulgent.


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mardi 16 avril 2024

Sœurs d'Ys

Une BD scénarisée par M.T. Anderson et dessinée par Jo Rioux, publiée chez Rue de Sèvres.


Rozenn et Dahut viennent de perdre leur mère adorée. Tandis que leur père s’abîme dans les plaisirs et se décharge de ses responsabilités, les deux jeunes princesses doivent trouver le moyen d’apaiser leur chagrin  tout en découvrant quelles adultes elles espèrent devenir. J’ai particulièrement aimé les pages qui les montrent en parallèle, lors de leur première dispute. Chacune vit son deuil à sa façon et grandit tant bien que mal, livrée à elle-même. Pendant que Rozenn devient une bienveillante sorcière des bois, amie des animaux, Dahut s’adonne à la magie et recherche le pouvoir dans les livres. Elle qui détestait son père, elle en deviendra l’instrument.
Les deux petites filles emplies de chagrin deviennent ainsi deux belles jeunes femmes aux antipodes l’une de l’autre. Rozenn bat la campagne, insouciante, alors que Dahut profite des plaisirs de la cour, mais doit aussi en assumer seule les responsabilités. Deux sœurs autrefois proches qui se sont éloignées l’une de l’autre peuvent-elles se retrouver malgré les chemins si différents qu’elles ont empruntés et les rancœurs qui les habitent ?
Cette belle BD réinterprète la légende bretonne de la glorieuse cité d’Ys. Je dois avouer que c’est loin d’être ma réécriture préférée car trop simpliste et manichéenne à mon goût. J’ai aimé les deux sœurs, mais elles n’ont aucun relief. Il y avait matière à apporter de la nuance au récit et plus de profondeur aux personnages. En revanche, j’ai beaucoup aimé les dessins, l’usage de la couleur et la texture. J’ai pris grand plaisir à admirer les détails, à feuilleter et re-feuilleter ce livre pour en admirer les illustrations.

mardi 12 mars 2024

Séraphine

Une BD illustrée et scénarisée par Edith, d'après un roman de Marie Desplechin, publiée chez Rue de Sèvres.


La vie de Séraphine a bien mal commencé. Elle est née à l’hospice d’une mère mourante et aurait fini à l’orphelinat sans la bienveillance d’un vieux curé. Seulement voilà, les nonnes ne peuvent pas la garder. Que faire sinon prier Sainte Rita, patronne des causes désespérées ? Il faut croire que le père Sarrault a l’oreille de la sainte car celle-ci leur a vite envoyé une solution en la personne de Charlotte, la tante de l’enfant.
Ainsi, Séraphine grandit à Montmartre en cette fin de XIXe siècle, sous la protection d’un curé, d’une tante prostituée et de la couturière revêche à qui on l’a confiée. Mais Séraphine a bien d’autres aspirations que de bâtir des chemises et poser des boutonnières. Et puis elle est curieuse… Elle aimerait savoir qui étaient ses parents et ce que c’est que cette « Commune » que les adultes autour d’elle n‘évoquent qu’à demi-mot, éludant dès qu’elle ose poser une question. Alors, pourquoi ne pas s’en remettre une fois de plus à la sainte sous la protection de laquelle sa tragique naissance l’a placée ?
Cette BD est adaptée d’un roman jeunesse de Marie Desplechin que je n’ai pas lu, mais je pense y remédier un jour. J’ai beaucoup aimé Séraphine, jeune fille vive au caractère affirmé. Elle se montre aussi pragmatique qu’idéaliste, ce qui donne un intéressant contraste à son caractère, et change sans le savoir le monde autour d’elle. Par amour pour cette enfant, des gens qui ne se seraient jamais fréquentés en temps normal finissent par s’allier, ce qui est particulièrement émouvant, en plus de nous permettre un tour d’horizon de différentes classes sociales de l’époque.
Au-delà de l’histoire personnelle de la fillette, il y a celle de Montmartre et de ses habitants, celle de la Commune et de la plaie béante qu’elle a laissé. Tout cela est raconté de manière aussi pudique que touchante et m’a fait monter les larmes aux yeux plusieurs fois.
Cette BD est destinée à un jeune public, mais peut être appréciée à tout âge. Elle m’a donné envie de découvrir le roman.

mercredi 29 juin 2022

Ô Sisters

 Un roman de Cécile Roumiguière et Julia Billet, publié chez École des loisirs.

Présentation de l'éditeur : 
1974. Janig et Macha ont seize ans, les mêmes yeux pailletés d'or et les mêmes sourcils en bataille. Janig vit seule avec sa mère au milieu des vignes et s'ennuie dans son école de secrétariat. Macha étouffe dans son pensionnat de la Légion d'honneur et s'oppose à ses parents bourgeois. Elles sont deux, ne se connaissent pas et viennent d'apprendre qu'elles sont sœurs. Après leur avoir annoncé la nouvelle, Marthe, leur grand-mère, leur a proposé de la rejoindre au camp du Geai, une communauté hippie qu'elle a fondée en Bretagne. Chacune à sa façon, à pied, en train, en stop, en péniche, et même à cheval, Janig et Macha vont traverser la France pour découvrir le secret de leur naissance, se rencontrer et tester les liens du sang...
Ce roman fleure bon les années 70 et nous happe dès ses premières pages dans son ambiance très hippie et rock’n’roll. Je m’y suis plongée avec délice bien que trop jeune pour avoir connu cette période. Et à dire vrai Macha et Janig sont nées la même année que ma mère. Cela m’a fait sourire et m’a sans doute aidée à mieux les comprendre car j’ai retrouvé dans leurs vies respectives et dans la saveur de leur époque un peu de ce qui a forgé ma mère. Elle est toujours à sa manière une ado des années 70 comme j’en suis une des années 90, cela a construit les adultes que nous sommes devenues.
Janig et Macha sont sœurs, mais elles ne le savent pas. La première vit à Narbonne avec sa mère, vigneronne. Son père est mort durant la guerre d’Algérie, elle rêve de liberté et de musique plutôt que de l’avenir bien tranquille que lui prépare sa mère. La seconde vit à Paris. Issue d’une famille riche, elle est reléguée dans un pensionnat par une mère qui la tient d’une main de fer et un père qui l’adore mais est totalement soumis à son épouse. Si les deux filles sont en conflit avec leurs parents, elles ont de bonnes raisons, même si elles peuvent sembler un peu puériles au lecteur adulte. Elles sont proches du point de rupture alors quand arrive une lettre de leur grand-mère qui les appâte avec les miettes d’une grande révélation, les filles plaquent tout, chacune de son côté, pour partir en Bretagne retrouver cette grand-mère farfelue, matriarche d’un camp de hippies.
Je me suis laissé porter dans les pas de ces filles et je les ai tout de suite aimées. Elles oscillent entre l’adolescence et l’âge adulte, butées souvent, injustes parfois, mais pleines de rêves et d’espoirs, de doutes, d’angoisses et d’incompréhension ainsi que du besoin d’être acceptées et aimées. Elles se lancent dans cette quête identitaire avec fougue et panache, mais sans réfléchir, enchaînant les ennuis, les erreurs, mais aussi les rencontres providentielles. J’ai aimé leur façon de s’adapter, d’apprendre à se débrouiller malgré tout et de persister dans leur recherche de la vérité.
Leur récit est parsemé de chansons et de références littéraires, cela les rend encore plus vivantes et accessibles. Elles sont très attachantes et même si elles sont les filles d’un autre temps, on s’identifie facilement à elles. On veut dénouer avec elles le mystère de leur naissance.
Ce roman est avant tout une histoire de femmes, de filles, de mères, de sœurs. L’homme le plus important du récit en est aussi le grand absent. C’est d’ailleurs cela qui lui donne tout son intérêt. Les autres personnages masculins sont des satellites en orbite, perpétuellement de passage, familiers mais distants. Ils sont des intermittents dans la vie de toutes ces femmes. Amis, amants, frères, pères ou maris, aimés ou non ils semblent inconsistants, pas forcément parce qu’ils n’ont pas de caractère, mais parce qu’elles ne leur accordent pas tant d’importance que cela. Ce sont des hommes qui se taisent, majoritairement, par pudeur ou lâcheté, par amour ou par devoir. Ce qui ne veut pas dire que les femmes n’ont pas aussi leurs secrets et leur petit enfer personnel…
Les femmes de ce roman s’aiment mais se déchirent. Elles reproduisent des schémas familiaux ou se laissent influencer par les mœurs de leur époque, ou alors elles pensent bien faire, elles veulent un bel avenir pour leur progéniture, mais elles s’y prennent très mal. Marthe, la grand-mère, a bien compris que cette spirale devait se terminer avec Janig et Macha, mais elle n’est pas meilleure que les autres. Elle aussi a une histoire à démêler et des blessures à guérir.
J’ai aimé voir ces femmes couper tous les fils qui les entravaient, vider leurs cœurs de leurs secrets honteux, de leurs colères et de leurs querelles, se décider à avancer, conscientes du passé mais tournées vers le futur, décidées à ne plus reproduire les mêmes erreurs. Et puis, j’ai apprécié ce séjour au camp du geai, un peu hors du monde, avec tous ces personnages qui vivent à contre-courant. Ce fut une très bonne lecture, un récit prenant et intelligent qui est estampillé jeunesse mais peut plaire à tout âge.

Si vous avez aimé ce roman ou que ce billet a éveillé votre intérêt, je vous conseille la série Blue Cerise à laquelle a participé Cécile Roumiguière. C’est une série jeunesse comme il en faudrait plus.


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lundi 30 mai 2022

Anne d'Avonlea

Un roman de Lucy Maud Montgomery publié chez Monsieur Toussaint Louverture pour les versions papier et numérique, chez Audible pour la version audio lue par Lola Naymark.

Vous pouvez aussi consulter ma chronique du premier tome de la série : Anne de Green Gables.

Présentation de l'éditeur :

Avec ce deuxième roman, Lucy Maud Montgomery continue de déployer sous nos yeux fascinés l’univers enchanteur qu’elle a créé autour d’Anne Shirley, l’orpheline idéaliste aux yeux clairs et aux cheveux roux adoptée par erreur. 

Entre les amis de toujours, qu’on aime retrouver, et les nouveaux venus, si intéressants, entre les idées saugrenues qu’on ne peut museler, et le bon sens qui, désormais, pointe son nez, Anne nous entraîne dans les aléas de la vie douce et enchanteresse d’un village un peu hors du temps. 

À travers les joies et les peines qui font la trame du quotidien, le style si frais et poétique de Lucy Maud Montgomery porte la voix d’Anne dans les péripéties, les rêveries et les moments de tendresse. Après Green Gables, quel plaisir d’enfin découvrir Avonlea !
C’est toujours un plaisir de retrouver Anne Shirley et son imagination débordante. Ce tome est pour elle celui de la transition. Elle n’est pas encore prête à s’envoler du nid et se trouve à un âge charnière entre l’enfant et la femme. Bien qu’elle ait de nombreuses responsabilités d’adulte, dans son foyer ou dans son travail, elle doit encore grandir. Elle fait ses premiers pas en tant qu’institutrice dans son ancienne école et, si elle est bien jeune, elle n’en est pas moins responsable. Elle a conscience que certains de ses élèves ne sont rien moins que ses anciens camarades de classe.
La petite fille à l’imagination hyperactive est devenue une jeune fille sensée, toujours pleine d’idéaux et de rêves, toujours en quête de poésie dans les petites choses du quotidien, et c’est comme cela qu’on l’aime. Elle reste encline à se mettre dans des situations impossibles, mais elle assume ses erreurs et essaie de les réparer de son mieux. 
Dans ce volume, elle tente de se faire à sa nouvelle place dans la société, en tant que jeune institutrice mais aussi en tant que citoyenne en s’impliquant dans la vie du village avec ses camarades jeunes adultes. Ses amitiés évoluent. Elle rencontre de nouvelles personnes. Puis, surtout, elle doit trouver son équilibre entre la théorie et la pratique dans son école. Et ce ne sont pas forcément les enfants qui vont lui causer le plus de difficultés…
Certes, on peut avoir du mal avec les principes quelque peu vieillots — et bigots — délayés dans ce roman, mais il faut aussi le remettre dans son contexte. Je ne trouve pas cela gênant. Pour ma part, j’aime beaucoup les interactions d’Anne avec les enfants et la tendresse qui en émane. Il est clair qu’elle a à cœur de faire de son mieux et de leur apporter, outre l’instruction nécessaire, ce qu’elle peut de sa sensibilité et de sa joie de vivre. Elle veut avant tout en faire de futurs adultes heureux.
Cependant, ses petits élèves ne sont pas les seuls enfants dont elle doit s’occuper. Ce tome voit l’arrivée de Davy et Dora à Green Gables. J’aime moins les passages concernant les jumeaux, ils sont un peu caricaturaux, mais ils ont leur charme quand on apprécie les facéties enfantines.
J’avoue que ce tome n’est pas mon favori, même si certaines passages sont délicieux et semblent tout droit sortis de contes de fées. On y retrouve cette écriture douce et positive qui apaise l’âme et rend le monde un peu meilleur. J’ai un faible pour les rêveries de Paul, le jardin d’Hester et le merveilleux pavillon aux échos de Mademoiselle Lavendar.
J’ai pris grand plaisir à écouter ce roman. Lola Naymark est une bonne lectrice, même si elle donne parfois à Anne un air un peu halluciné. J’admets toutefois que le personnage est écrasant de gentillesse et de positivité, il peut être assez difficile de trouver le bon équilibre qui empêche l’enthousiasme et la joie de vivre de se changer en niaiserie. La lectrice a fait de son mieux, mais je n’ai eu de cesse de la comparer à Alison Wheeler, qui a narré le premier tome, et qui selon moi l’a fait avec brio. J’apprécie néanmoins le format et je vais continuer mon écoute avec le tome suivant. Cela reste une belle manière de découvrir ou redécouvrir cette série.

lundi 23 mai 2022

La Tapisserie du Dragon-Thé

Une BD de Kay O'Neill, publiée chez Bliss Comics.

Mes chroniques des autres tomes :

Présentation de l'éditeur :

Près d'un an après avoir accepté de prendre soin de Ginseng, Greta n'arrive pas à aider le timide dragon-thé à surmonter son deuil. Alors qu'elle peine à fabriquer un objet assez spectaculaire pour impressionner un maître-forgeron en recherche d'un apprenti, elle se questionne sur la signification de son artisanat, et sur comment aider quelqu'un en deuil. Pendant ce temps, Minette reçoit un curieux paquet de la part du monastère où elle étudiait pour devenir prophétesse. Confuse à propos du but de sa vie, la timide Minette découvre que plus elle ouvre son cœur aux autres, plus elle comprend ce qu'il a toujours renfermé.
Dans ce tome, on reprend l’histoire à peu près où on l’avait laissée à la fin du Cercle du Dragon-Thé. Greta perfectionne toujours son art et tente d’accompagner Ginseng au cours du deuil de son ancienne gardienne. Quant à Minette, elle peine à retrouver son équilibre loin du monastère. Hesekiel et Erik veillent sur leur petit monde, dispensant sagesse et réconfort chacun à sa manière.
Quelle joie de retrouver ces personnages tant aimés ! On se sent comme de retour chez soi.
J’aime particulièrement Greta, si pleine de joie de vivre et de rêves, toujours prête à faire de son mieux dans son travail ou pour son entourage. Elle met beaucoup de cœur à aider son petit dragon, sans beaucoup de résultat, et son amie Minette en pleine crise existentielle. J’apprécie aussi son ambition et son perfectionnisme.
Ce tome est également l’occasion de retrouver Rinn qui a bien grandi et a repris le métier de ses parents. Iel voyage pour vendre ou troquer des plantes, des légumes et des fruits provenant des montagnes et en profite cette fois pour rendre visite à son oncle en compagnie de son ami Aedhan.
J’aime voir de nouveaux liens se nouer entre tous ces personnages et surtout les voir évoluer. Greta et Minette grandissent, leur amitié aussi, si forte qu’elle se passe souvent de mots alors qu’elles s’accompagnent l’une l’autre à travers les difficultés de la vie. Ce sont deux jeunes filles très émouvantes.
Greta veut passer au stade supérieur dans son apprentissage de la ferronnerie, mais il va lui falloir démontrer son talent et peut-être quitter cette famille élargie si précieuse pour elle. Minette, elle, évolue dans une bulle de craintes et de regrets qui menacent de l’engloutir. Comme Ginseng, elle a aussi un deuil à accomplir. Le deuil d’elle-même.
C’est un très beau tome, mélancolique parfois, mais toujours plein d’espoir. Il met en avant l’amitié, les liens de toutes sortes que l‘on crée avec nos proches et dont on ne soupçonne pas toujours la force, ainsi que le partage, qui se fait bien entendu souvent autour d’une théière. Mais le thème majeur est à mon sens l’importance de la transmission du savoir. Qu’il s’agisse des rituels de la cérémonie du thé qu’Hesekiel transmet à Minette, de la ferronnerie pour Greta, Fraida et Kleitos, des plantes sauvages comestibles et médicinales pour Rinn ou encore de la façon de bien s‘occuper des dragons-thé, on se rend compte de l’importance de la survie de toutes ces connaissances. Cette BD nous rappelle en outre de ne pas perdre le désir d’apprendre, de se renouveler et, surtout, le plaisir du partage en lui-même car c’est lui qui permet de tisser ce filet qui nous lie tous et retient entre ses mailles ce qui est réellement important.
Les souvenirs se propagent par le partage du thé, grâce à la magie des petits dragons, cela nous enseigne que ce sont les bons moments et les échanges entre les personnes qui tiennent les unes aux autres qui perpétuent la mémoire ainsi que le savoir et apportent le réconfort.
Les couleurs sont toujours magnifiques, les silences chargés d’émotion, et au fur et à mesure que l’on tourne les pages, on se sent envahi par un bien-être tranquille. Ces albums sont de petites merveilles.
À la fin de la BD se trouvent quelques textes qui expliquent l’origine des dragons-thé et d’autres faits intéressants à leur sujet. C’est un complément fort agréable à découvrir.
J’ai retrouvé avec délice les membres du Cercle et j’espère que Kay O’Neill nous régalera encore de belles histoires à leur propos. Je ne me lasserai jamais de cet univers et de ces personnages si attachants.


mardi 10 mai 2022

Le Festival du Dragon-Thé

 Une BD de Kay O'Neill, publiée chez Bliss Comics.

Vous pouvez aussi consulter mon avis sur Le Cercle du Dragon-Thé.

Présentation de l'éditeur :

Rinn a grandi entourée de dragons-thé dans son village, mais tomber face à un véritable dragon est tout autre chose ! Elle rencontre Aedhan, un jeune dragon qui avait été envoyé pour protéger le village. Mais Aedhan s'est endormi dans la forêt il y a quatre-vingt ans... Avec l'aide d'Erik, l'oncle de Rinn, et de son compagnon Hesekiel, ils vont tous enquêter sur les mystères de ce sommeil enchanté. Mais Rinn souhaite surtout aider Aedhan à accepter le fait qu'il ne pourra pas rattraper le temps perdu...

Je vous ai déjà parlé du Cercle du Dragon-Thé, une BD destinée à un jeune public, mais pouvant être appréciée par les rêveurs de tous âges, dont je suis tombée amoureuse dès les premières pages. Le Festival du Dragon-Thé en est une sorte de préquelle. On y retrouve Hesekiel et Erik du temps de leur jeunesse, mais toujours accompagnés de leurs petits dragons. Ils ne sont cependant pas les personnages principaux.
Rinn vit dans un village isolé en montagne, auprès de sa grand-mère et de sa sœur. Iel veut devenir cuisinier-e, mais se rend surtout utile en cueillant des denrées dans la forêt pour tous les habitants de sa communauté. En cherchant des champignons, iel va découvrir une créature endormie.
J’ai adoré ce bel album plein de douceur et de positivité. C’est une ode au partage, à l’ouverture d’esprit et à la compréhension mutuelle, à l’acceptation de soi autant que des autres. Dans le village de Rinn, les gens s’entraident. Ils n’ont pas grand-chose, mais le partagent volontiers. Ils ont aussi une façon bien à eux de veiller sur les dragons-thé qui ici ne sont pas attachés spécifiquement à une personne mais à tout le village.
J’ai été très touchée par le parcours d’Aedhan et de Rinn, qui s’aident l’un l’autre à accepter l’un sa vie et l’autre son talent naturel. C’est raconté aussi bien que montré, avec poésie et délicatesse.
Les illustrations sont colorées et vibrantes d’une énergie revigorante. On se sent mieux, apaisé je dirais, après cette lecture.
Cette BD est en outre très inclusive. On a bien sûr un personnage non-binaire, comme vous l’aurez compris, mais l’auteurice sensibilise également ses lecteurices à l’usage de la langue des signes. On trouve à la fin de l’ouvrage des références pour aller plus loin dans la compréhension de cette langue et de la culture qui l’accompagne.
Si vous aimez le thé, les dragons et les belles histoires, que vous avez besoin d’un peu de tendresse dans ce monde angoissant, plongez dans cet univers chaleureux et bienveillant sans hésitation.

lundi 21 mars 2022

Anne de Green Gables

Un roman de Lucy Maud Montgomery publié chez Monsieur Toussaint Louverture pour les versions papier et numérique, chez Audible pour la version audio lue par Alison Wheeler.

Présentation de l'éditeur :

Cheveux désespérément roux, visage constellé de taches de rousseur, Anne Shirley est une petite fille curieuse, pleine d'énergie, souvent perdue dans ses pensées, parfois d'une gravité solennelle, sans aucun doute intemporelle. Difficile de résister à ce petit bout d'humanité de onze ans parfaitement imparfait, héroïne d'une série de romans qui a su conquérir des millions de lecteurs à travers le monde, Anne de Green Gables, écrit par Lucy Maud Montgomery, et dont le premier tome parut en 1908.

Orpheline à l'esprit vif, à l'imagination sans bornes et qui adore employer de "grands mots", Anne se retrouve par erreur chez Marilla et Matthew Cuthbert qui attendaient un garçon pour les aider à la ferme. Féministe involontaire, romantique impénitente, elle est impulsive, dramatique, maligne, drôle, et telle une authentique naïve, elle va bousculer le calme et la monotonie de la vie à Green Gables, en semant partout joies et rêveries, en dénichant la beauté dans les moindres recoins, en ne s'exprimant qu'en points d'exclamation, même dans "les affres du désespoir".

Il était une fois une petite orpheline romantique à l’imagination hyperactive envoyée par erreur chez des gens qui voulaient un garçon… Bien sûr ils vont s’en enticher, mais comment faire autrement ? Anne est très attachante. Rêveuse et étourdie, elle commet de nombreuses bêtises malgré sa volonté de bien faire. Ce roman qui raconte les débuts de sa vie à Avonlea et son passage de l’état de petite fille à celui de jeune femme presque adulte est un véritable bonheur. Les amitiés ou inimitiés de la fillette, sa propension à se perdre dans une imagination exubérante qui prête souvent à sourire, ses aspirations et ses mésaventures forment un récit délicieux aussi bien que réconfortant. Il y a là quelque chose qui nous ramène au temps plus insouciant de notre propre enfance, quand bien même elle serait très différente de celle d’Anne.
Vous connaissez forcément Anne Shirley, ne serait-ce que grâce à la dernière adaptation en date, très libre et néanmoins superbe, de ses aventures sur Netflix. Mais avez-vous lu ce classique de la littérature canadienne ? Si ce n’est pas le cas, je suis ravie de vous annoncer qu’Anne revient dans une nouvelle traduction. C’est un grand plaisir de la retrouver, d’autant plus que l’éditeur a pensé à rendre ce roman accessible dans différents formats.
Si vous voulez découvrir la vie d’Anne Shirley ce sera donc à votre convenance, soit dans un très beau livre, une édition vraiment soignée, élégante et au coût très raisonnable, soit une version numérique à petit prix, soit en audiolecture dématérialisée via audible. Voilà de quoi satisfaire tout à la fois les amoureux des beaux livres, les gens qui manquent de place, les malvoyants et les rêveurs qui aiment qu’on leur raconte de belles histoires.
Quand on aime, on ne compte pas, j’ai donc la version papier (et les suites parues jusqu’à présent. Ces livres sont tellement beaux qu’Anne elle-même en tomberait en pâmoison), mais je n’ai pas pu résister à la version audio après avoir écouté l’extrait. Celle-ci est vraiment très réussie et fut un plaisir à écouter. Alison Wheeler est une excellente narratrice, son interprétation possède la fraîcheur et l’enthousiasme parfaits pour ce roman. Je n’ai pas senti les chapitres défiler, même en connaissant l’histoire. Cela m’a convaincue de me procurer les prochains volumes en audio aussi, même si je suis un peu désappointée de savoir qu’ils seront narrés par d’autres personnes.
Quoi qu’il en soit, je vous encourage à profiter de cette belle réédition pour découvrir ou redécouvrir ce superbe classique.

dimanche 19 décembre 2021

Typo & Graillon

Un livre de Barbora Klárová et Tomáš Končinský, illustré par Daniel Špaček et traduit par Eurydice Antolin. Publié aux éditions du Père Fouettard.

Présentation de l'éditeur :

Pas facile d'être un lutin entropique. Tous les jours, il faut faire pourrir la nourriture, trouer des chaussettes, tacher les canapés de chocolat chaud et mettre plein de fautes dans les journaux. Et tout ça, sans se faire choper par les humains !
Vous êtes-vous parfois demandé pourquoi les choses s’abîment même quand vous ne les utilisez pas ? Ou encore d’où sort cette coquille dans le texte que vous venez d’imprimer et que vous aviez pourtant relu trois fois ? La réponse est à la fois plus simple et plus complexe que toutes celles que vous avez pu imaginer : c’est la faute des lutins entropiques. Leur boulot c’est de faire se dégrader… tout ce qui leur passe sous la main. Ce sont les mites ultimes de l’univers en résumé. Ils oeuvrent avec zèle car ils croient en l’absolue nécessité de la dégradation.
Typo est un jeune lutin encore en apprentissage. Il va à l’école et il accompagne parfois son père (expert en détérioration de livres) à la bibliothèque pour semer quelques fautes de frappe, en attendant d’avoir son diplôme et de pouvoir travailler seul. Sa grande ambition, que ne comprend pas trop son paternel, est de travailler dans l’informatique où il pourra glisser des coquilles traîtresses dans les programmes.
Typo nous raconte son quotidien, nous parle de son école, de son meilleur ami et de toutes ses réflexions de jeune lutin à propos de l’entropie… Jusqu’à la sortie scolaire qui va bouleverser ses convictions.
Ce fut un plaisir de passer un moment avec ces lutins entropiques toujours prêts à inventer les machines les plus extravagantes pour les aider dans leur grand œuvre. Bien qu’elle soit destinée à un jeune public, cette lecture est exigeante sur le fond comme la forme. Elle requerra sans doute l’aide d’un adulte (ou d’un dictionnaire pour les jeunes lecteurs les plus indépendants), mais comme je passe mon temps à déplorer l’indigence du vocabulaire des livres pour enfants publiés actuellement, je suis ravie. Cela étant, ce livre est aussi drôle que réfléchi (et il explique bien des choses, comme le fait que les fils des écouteurs soient toujours emmêlés sans raison apparente. Honnêtement, l’intervention des lutins entropiques est l’explication la plus logique à ce phénomène). Il évoque avec humour, intelligence et finesse des questions philosophiques que l’humanité se pose depuis toujours et continuera sans doute à se poser jusqu’à ce que la Dent du Temps nous ait tous grignotés.
Je suis tombée sous le charme de cette histoire, même si comme tout être humain j’ai tendance à vouloir lutter (en vain) contre ces pauvres lutins qui ne font que leur boulot. Les illustrations sont charmantes et pleines de détails cocasses. J’ai adoré celles des machines entropiques dans les marges. Et puis les lutins sont vraiment craquants.
Ce fut une lecture aussi agréable qu’enrichissante et je vous la conseille vivement.

P.S. : Je n’ai jamais autant corrigé de coquilles dans une chronique. Merci de ton implication Typo, mais tu devrais aller aider quelqu’un d’autre, de préférence MAINTENANT.

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mercredi 1 décembre 2021

Les dix mille portes de January

Un roman d'Alix E. Harrow, publié chez Hachette dans la collection Heroes.

Présentation de l'éditeur :

Un voyage aux confins des mondes, une aventure fantastique, entre Terremer et À la Croisée des mondes.

Selon January Ruddy, il n’y a qu’une façon de s’échapper de sa propre histoire : c’est de se faufiler dans celle de quelqu’un d’autre…grâce à une des Dix Milles Portes…

Pénétrez, vous aussi, dans le monde magique de l’Ecrit…où certaines paroles tracées ont le pouvoir de modifier le réel, alors que le Mal qui ferme les Portes une à une est sur vos talons…Attention, la magie vient toujours avec un prix…
Tout commence avec une enfant orpheline de mère. C’est toujours comme ça dans les contes et vous trouverez dans ce récit de nombreux clichés tels que celui-ci. Ils sont néanmoins toujours bien employés.. Le père, quant à lui, est absent (bien sûr). Il voyage à travers le monde pour rapporter des objets précieux à un certain M. Locke, dans l’ombre duquel sa fille grandit.
January — tel est le nom de la gamine rêveuse et bien seule qu’il laisse derrière lui — trompe l’ennui en lisant des livres, bercée par la longueur des jours d’attente et contrainte par une éducation stricte qui vise à faire d’elle une « enfant sage qui sait où est sa place ». Tout un programme pour cette enfant à la couleur de peau aussi indéfinissable que ses origines… Elle s’interroge beaucoup, mais ne se rend pas toujours compte qu’elle étouffe auprès de ce protecteur qu’elle aime tant, même après avoir trouvé sa première Porte. Cependant, tout ne peut pas rester figé à jamais et January va devoir choisir entre être une enfant sage ou vivre sa vie.
Qui n’a jamais rêvé à ces passages magiques que nous décrivent les contes et les romans ? Portes magiques, armoires, terriers de lapin et arbres creux ont bercé les rêves d’enfant de chaque lecteur. N’avez-vous jamais eu envie de trouver l’une de ces Portes vers la Féerie ou le Merveilleux ? C’est sur les cordes de tous ces souvenirs que ce roman joue sa mélodie à la fois familière et singulière.
January a soif d’aventure autant que de réponses. Dans ce petit monde policé qui semble se refermer sur elle de plus en plus à mesure qu’elle grandit, les livres sont son oxygène, son unique fenêtre sur l’extérieur, même s’ils lui en donnent une image déformée.
J’ai pris grand plaisir à lire son histoire. January est une jeune fille futée, courageuse et attachante. L’univers dans lequel elle évolue est rapiécé, fruit d’une réalité conventionnelle et des pouvoirs qu’accorde l’imagination à ceux qui en font bon usage.
La narration est construite de manière subtile, assurée en partie par January et complétée par les extraits d’un livre qu’elle a trouvé et dont le rédacteur, tout en lui révélant de nombreux secrets, fait preuve de réticence à tout dévoiler d’un coup. On a beau deviner son identité, comme certains rebondissements à venir, c’est une histoire qui fonctionne avec cette double narration qui génère du suspense, même s’il est artificiel, et évite au lecteur de trouver le récit trop lent. En somme, c’est un bon roman d’aventures qui éveille beaucoup de souvenirs quand on a eu une enfance de lecteur compulsif et beaucoup rêvé de voyages entre les mondes. Les personnages secondaires, alliés comme ennemis, soutiennent bien l’intrigue. J’ai particulièrement aimé Jane et Bad. C’est inventif, très distrayant et bien écrit, une bonne manière d’utiliser les poncifs et motifs qui ont nourri la littérature jeunesse (et adulte quand elle veut bien l’admettre). J’ai passé un excellent moment avec ce roman.

mercredi 14 octobre 2020

Le Cercle du Dragon-Thé

Une BD de Katie O'Neill, publiée chez Bliss Comics.

Présentation de l'éditeur :
Greta, apprentie forgeronne, découvre une petite créature perdue sur la place du marché. En ramenant le dragon-thé chez lui, elle va rencontrer les deux propriétaires du salon de thé : Hesekiel et Erik. Ces derniers vont alors l'initier k l'art délicat du soin des dragons-thé. Tandis qu'elle se lit d'amitié avec eux et avec la timide Minette, Greta va découvrir l'étendue de cet art et comment les dragons-thé enrichissent leurs vies. Un conte de fées envoûtant autour de Greta et de sa découverte du monde enchanteur des dragons-thé.
Greta est une jeune fille enjouée et sympathique qui vit dans un monde magique peuplé de magnifiques créatures. Elle-même a du sang de gobelin. Elle apprend la ferronnerie avec sa mère qui est une forgeronne d’exception. Greta aussi est douée, elle a même noué un pacte avec Brick, une petite créature du feu qui la suit partout.
Un jour, Greta découvre un petit dragon aux prises avec des canidés affamés. N’écoutant que son bon cœur, elle va mettre tout le monde d’accord à la manière douce. En venant au secours de cette petite créature si délicate, elle va découvrir le monde fabuleux des dragons-thé.
Cette BD est d’une beauté, d’une harmonie et d’une douceur incroyables. C’est de la choupitude en paillettes et non ce n’est pas niais du tout, promis. 
Les dessins sont magnifiques et chaleureux, les couleurs douces et vives à la fois. C’est de toute beauté et le texte est à la mesure des illustrations. Greta est un personnage très attachant et les gens qu’elle rencontre le sont tout autant. Ce fut un plaisir de découvrir avec elle l’univers des dragons-thé et les histoires des personnes qui en prennent soin.
Cette histoire met en avant l’amitié, le partage du savoir et la préservation de celui-ci, la générosité et l’amour du thé. Elle est aussi positive qu’inclusive et j’ai été ravie de découvrir la diversité des personnages qu’elle met en scène. En outre, les dragons-thé sont d’adorables créatures. L’autrice leur a donné une apparence en adéquation avec le thé qu’ils personnifient et c’est juste parfait.
La BD est découpée en cinq chapitres courts, soit quatre saisons et l’épilogue. En assez peu de pages, elle offre néanmoins une histoire consistante et subtile. À la fin vous trouverez un guide des dragons-thé qui donne des précisions aussi bien sur les différentes espèces que sur la façon de s’en occuper. Ça donne envie d’en avoir un...
Le seul défaut de cette BD est qu’elle m’a parue trop courte. Je n’avais pas envie de quitter ces merveilleux personnages. Par chance, c’est le premier volume d’une série et le deuxième est beaucoup plus long. Je vais me jeter dessus. 
Même les adultes, pour peu qu’ils soient amateurs de thé et aiment les belles choses, adoreront cette lecture. Je vous invite à découvrir ce très bel ouvrage et à le partager avec vos enfants ou ceux de votre entourage. 


Défi Cortex catégorie Océanie

jeudi 30 janvier 2020

Le Bon Gros Géant

Un livre de Roald Dahl, publié chez Gallimard.


Comme beaucoup d’enfants des années 80, j’ai grandi avec les livres de Roald Dahl. Ils ont forgé mon imaginaire et m’ont donné le goût de cette magie un peu absurde qui surgit dans un claquement de doigts et contamine la réalité avec sa dinguerie.
Pour le Challenge madeleine de Proust, j’ai eu envie de relire un de ces livres et j’étais à deux doigts de choisir Matilda, qui est probablement mon préféré. Mais je me suis dit que ma dernière lecture de Matilda n’est pas si ancienne et que je devrais plonger plus loin dans mes souvenirs. C’est ainsi que j’ai opté pour Le Bon Gros Géant.
Ce livre étant un classique de la littérature jeunesse, je suppose que vous le connaissez, mais au cas où vous auriez un doute, c’est l’histoire d’un gentil géant — sans blague ! — et d’une petite orpheline appelée Sophie qui deviennent amis et décident de mettre hors d’état de nuire de méchants géants qui mangent les êtres humains.
Ce livre vaut plus par son univers que par son histoire elle-même. Roald Dahl en a écrits de bien plus complexes d’un point de vu émotionnel et scénaristique. Mais c’est un récit amusant qui n’a pas trop vieilli. J’aime beaucoup le fait que son géant soit un souffleur de rêves et cela a profondément marqué mon imaginaire. Ce personnage fantasque, ses embrouillaminis langagiers et ses rêves en bocaux sont très attachants. Pour moi, un cauchemar est resté un troglopompe et quand j’y pense je revois encore l’illustration qu’il y avait dans mon livre… J’en ai gardé le goût des mots emmêlés et autres jeux de langage qui ont sans doute été renforcés par certaines autres de mes lectures d’enfance.


Réécouter cette histoire, c’est un peu comme déguster un plat préparé par sa grand-mère. C’est familier et toujours délicieux. J’ai eu envie de l’écouter plutôt que la lire (ce qui m’a permis de tricoter le cadeau d’anniversaire de ma mère qui est déjà bien en retard, mais vous vous en fichez). 
Il y a une version audio, sortie en 2018, mais qui est sans doute une réédition. Je ne suis pas sûre, j’en avais d’autres quand j’étais petite, mais pas celle-ci.
J’ai opté pour la version dématérialisée et ai été très désappointée de voir que malgré ce qu’annonçait la présentation, elle avait été abrégée. C’est bizarre comme on se rappelle parfois de choses pourtant si anciennes. Ma dernière lecture de ce roman doit bien dater d’une trentaine d’années, mais je me suis étonnée de l’absence d’une scène dont je me souvenais fort bien. Alors j’ai vérifié dans le livre et je ne l’avais pas imaginée. Je suppose que c’est pour faire tenir le tout sur deux CD, soit deux fois soixante-quatorze minutes. Je trouve toutefois fort dommage de couper une histoire si courte, d’autant plus quand on annonce une version intégrale. Je ne conseille donc pas cet audiolivre.
Néanmoins, c’est indéniablement une histoire à faire découvrir.


mercredi 15 janvier 2020

La Maison en thé

Un album de Nicolas Zouliamis, publié chez Seuil.


La Maison en thé est un très bel et grand album d’une soixantaine de pages. Il est destiné aux enfants, mais j’ai été charmée par les sublimes illustrations.
J’ai acheté cet album pour mon filleul, qui est sans doute un peu jeune pour l’apprécier à sa juste valeur. Cependant je n’ai pas pu résister. Outre le charme de l’ouvrage, la fillette qui en est le personnage central porte le même prénom que sa maman. Il aura le temps de l’apprécier en grandissant, quand il aura appris à lire tout seul. Mais revenons-en au livre.
La petite Michèle vient d’emménager dans une nouvelle maison et y trouve peu à peu ses marques. Cependant, le comportement bizarre de son chat, Nestor, l’inquiète. Elle décide donc de l’épier et en voulant le poursuivre elle monte à bord d’un train… dont la locomotive est une théière et les wagons des tasses !
Au cours de ce voyage, elle va visiter sa maison et la voir d’une toute autre façon. Les dessins sont superbes et foisonnent de détails. Je ne sais pas s’ils seront du goût de tous les enfants, mais ça fait plaisir de voir quelque chose d’aussi travaillé pour un jeune public plus accoutumé d’ordinaire aux couleurs pleines et dessins simples. Il est bon de faire découvrir aux enfants des styles différents, surtout quand cela leur permet d’expérimenter la profondeur et la richesse des nuances.
L’histoire, un rien absurde par moment, rappelle un peu Alice au Pays des Merveilles, mais reste relativement simple et accessible. Elle est cependant très jolie et j’ai beaucoup apprécié le passage de la fillette dans l’arbre ainsi que la rencontre avec la sorcière.
Ce petit périple a quelque chose d’apaisant et la chute est mignonne comme tout. Je suis ravie d’avoir offert ce livre.

samedi 14 décembre 2019

Wicca - Le manoir des Sorcelage

Un roman de Marie Alhinho, publié chez Poulpe Fictions.

Présentation de l'éditeur :
De la sorcellerie, des esprits d'antan, un démon maléfique... Découvrez le quotidien de la famille Sorcelage !
Dans la campagne perdue du Berry, où vivent encore les créatures d'antan, les Sorcelage sont loin d'être une famille ordinaire ! Avril et Octobre, comme leurs ancêtres avant eux, pratiquent en secret la Wicca, une forme de magie naturelle et bienveillante. Lorsque le cercle de pierres magiques qui protège la région est brisé, ils doivent compter sur leur meilleure amie Nour et le feu follet H pour empêcher d'anciens démons de resurgir...
Avril et Octobre Sorcelage vivent dans un vieux manoir tout en grincements et passages dérobés, planté en haut d’une colline dans un petit village du Berry. Si Avril est une fonceuse, son frère est plus posé, mais ils partagent un trait commun : ce sont des sorciers, comme tout le reste de leur famille.
Les Sorcelage pratiquent une magie naturelle et bienveillante. Les pouvoirs d’Avril sont liés à la terre, ceux d’Octobre aux émotions. Pour autant, les deux jeunes gens sont des gamins comme les autres. Ils vont à l’école, ont une meilleure amie qu’ils aiment bien effrayer même s’ils lui cachent leur secret, en bref ils mènent une vie aussi normale que possible. Enfin, c’est le cas jusqu’à ce qu’un incident vienne bouleverser leur quotidien.
Ce roman est charmant parce qu’il est à la fois simple et original. Simple dans le sens où il ne cherche pas à vous en mettre plein les yeux avec une magie outrancière, les personnalités des personnages sont mises en avant, pas leurs dons, et il est original parce qu’il se déroule dans un cadre rural. On ne peut pas dire que ce soit monnaie courante et c’est rafraîchissant. On peut facilement s’identifier à ces jeunes ados. Avril a du caractère, mais des complexes, Nour est intelligente et timide, Octobre sensible et fantasque. Ce sont des personnages attachants et positifs. Ils commettent des erreurs et tentent de les réparer. Ils sont humains en somme et pas des parangons destinés à être admirés et inégalables comme on en trouve souvent dans la littérature pour la jeunesse. 
L’histoire est relativement simple, mais amusante grâce aux éléments magiques et aux créatures fantastiques qui la peuplent, et surtout elle porte de bonnes valeurs. Elle incite à la bienveillance, pas seulement envers les autres mais aussi envers soi-même. À mon sens, c’est une notion importante à l’adolescence.
Ce roman est le deuxième de chez Poulpe Fictions que je lis et certainement pas le dernier. Outre la qualité et l’originalité de leurs publications, j’apprécie les petites illustrations qui parsèment les pages. Cela a l’air superficiel et pourtant ça apporte un vrai plus, ça rend la lecture plus vivante. On a tous un jour griffonné dans les marges de nos cahiers et c’est cela que ça me rappelle.


jeudi 20 décembre 2018

Dans le monde pestaculaire (et terrib') de ma soeur Minnie et de son vilain lapin

Un roman de Lissa Evans, publié chez Poulpe Fictions.

Présentation de l'éditeur : 
Un lapin peut en cacher un autre... 
Lors d'une nuit d'orage, Fidge est transportée par magie dans un monde tout à la fois coloré et inquiétant : celui de l'album préféré de sa petite sœur, Minnie.
Elle a trois compagnons : deux d'entre eux sont bizarres (Ella, une éléphante violette joviale et déterminée et Dr. Carotte, un jouet en plastique sur roues, doté en ce monde d'un diplôme de médecine) et le troisième est son ennuyeux cousin hypocondriaque.
Pour rentrer chez elle, elle devra résoudre une série d'énigmes impossibles, puis défaire un cruel dictateur en peluche et sauver 3 000 Doubidous (oui, vous avez bien lu cette phrase).
Et le pire, c'est que toute cette histoire est de sa faute...  
"Dans le monde pestaculaire (et terrib') de ma sœur Minnie (et de son vilain lapin)", c'est de l'aventure, du danger, de l'amitié, et la crainte de ne jamais rentrer chez soi. Mais, c'est toujours drôle : envers et contre tout très drôle !

Rien que le titre donne envie, n’est-ce pas ? Et le roman est à sa mesure.
Comme toutes les grandes sœurs, Fidge est souvent exaspérée par les caprices de sa cadette. Minnie, quatre ans, n’en fait qu’à sa tête et n’a d’yeux que pour son doudou, Lapirouze, et son livre préféré : Le Monde des Doubidous, qu’elle voudrait qu’on lui lise à longueur de journée.
Et Fidge en a ras-le-bol des Doubidous, vraiment. Mais à la suite d’un accident, elle se trouve coincée dans leur monde en compagnie de Graham, son cousin qui collectionne les phobies, et de deux jouets déglingués. Et il s’en passe des choses dans le monde des Doubidous… Un dictateur a pris le pouvoir et Fidge doit le combattre pour espérer rentrer chez elle et retrouver sa sœur.
Le livre en lui-même est un bel objet, avec une jolie mise en page et des illustrations dans les marges. Cela rend le récit plus vivant. Et quelle chouette histoire ! Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un roman jeunesse aussi drôle et intelligent. Lissa Evans s’est montrée inventive. Elle manie l’absurde et le sarcasme, elle joue avec les références de l’enfance, tout en donnant aussi à son récit une dimension plus tendre et optimiste. Le roman possède ainsi plusieurs niveaux de lectures, mais tous sont accessibles à son public cible. Pas de mièvrerie dans cette histoire, cependant il y a de l’ingéniosité, de la combativité et de la loyauté à revendre. Ce texte véhicule de bonnes valeurs, sans faire la morale.
Les personnages sont très attachants et leurs caractères vraiment travaillés. On peut facilement s’identifier à Fidge, une héroïne lambda avec ses qualités et ses défauts. Cela fait du bien d’avoir un personnage féminin comme elle dans un roman pour enfants. Ella l’éléphante, la coach de vie de Minnie (!) est un personnage délicieusement positif sans être niais, elle fait ressortir les meilleurs côtés de ses compagnons. Et Dre Carotte, sous ses airs sévères, se révèle tout aussi importante et fine psychologue. Grâce à ces deux personnages, autant qu’au contexte, Fidge et Graham vont grandir dans cette histoire et retrouver l’équilibre qu’ils avaient perdu.
Tout en étant très distrayant et drôle, ce texte transmet de beaux messages à travers des métaphores habiles et accessibles. C’est très bien pour les enfants qui lisent tout seuls, mais il a également un beau potentiel pour de la lecture à haute voix avant le dodo. Même une adulte grande lectrice et blasée comme moi a adoré...

mardi 5 décembre 2017

Le Bois sans dessus dessous et autres histoires conthées

Un livre jeunesse écrit par Clémentine Ferry et illustré par Sanoe, publié aux éditions du Lumignon.

Vous pouvez consulter un extrait sur le site de l'éditeur.*

Le-Bois-Sans-Dessus-Dessous

Présentation de l'éditeur :

À travers dix contes, les héros du Bois Sans Dessus Dessous nous emmènent dans des aventures gourmandes. Loirs, hérissons, grenouilles, chauve-souris : tous ont en commun le thé, qui sert de fil rouge à travers leurs différentes histoires.Ces petites contes initiatiques bien ciselés abordent des thèmes aussi variés que le vivre ensemble, la timidité ou encore l’acceptation de soi.

Le Bois sans dessus dessous est un très joli recueil d’histoires pour enfants en grand format, abondamment illustré. Les contes animaliers ont toujours la côte. Cette ambiance campagnarde, fleurant la douceur de vivre, prônant des valeurs telles que l’amitié et la solidarité, a bercé mon enfance et sans doute la vôtre aussi. Le Bois sans dessus dessous est l’héritier de tous ces récits intemporels. Si vous avez grandi avec Pierre Lapin ou les personnages du Vent dans les saules, vous serez ravis de partager avec vos enfants cette délicieuse lecture qui les inspirera et éveillera en vous de bons souvenirs. Plus que le lieu — aussi magique et charmant soit-il — c’est le thé qui se trouve au centre de tous ces contes et cela de façon plus ou moins directe. J’ai apprécié ce lien si improbable et l’inventivité dont a fait preuve l’autrice pour garder ce thème tout en se renouvelant à chaque fois. Qu’il s’agisse de la culture des théiers ou de l’heure du goûter, il y a toujours une bonne raison d‘aimer le thé. Au fil des pages vous trouverez entre autres : un loir qui a le mal de l’air, une petite chouette qui veut devenir créatrice de thés, une chauve-souris timide et un blaireau à la vue déclinante. Si la plupart de ces histoires sont légères, comme celle de la petite souris cherchant le plus beau cadeau de mariage, d’autres sont douces-amères, comme celle des lapereaux perdant leur papa. Cela dit, le sujet est traité avec une grande délicatesse et passe un peu de baume sur les peines qu’il dépeint. Les récits sont courts, juste la bonne longueur pour une histoire du soir. Cependant, ils seront tout autant appréciés par les enfants qui commencent à bien lire tous seuls. La police et le contraste sont parfaits pour eux. Les illustrations sont magnifiques. Elles sont en noir et nuancées, façon crayonnés, ce qui ajoute à leur charme un peu old school. Elles fourmillent de détails et les enfants y passeront du temps avant d’en faire le tour. Le papier épais et de qualité leur rend parfaitement justice. J’apprécie qu’un tel soin soit apporté à un livre pour enfants. La plupart des animaux présents dans ces contes ont des noms de plantes ou d’arbres que l’on retrouve en fin d’ouvrage sous forme d’herbier avec des dessins et une description. C’est une excellente idée, aussi ludique qu’instructive, et qui peut encourager les enfants un peu récalcitrants à la découverte de la botanique. Le Bois sans dessus dessous est vraiment un très bel ouvrage à l’univers un peu fantasque et aux histoires pleines de douceur que je vous conseille chaleureusement.

*

vendredi 9 juin 2017

Les Abîmes d'Autremer - Intégrale

Une trilogie de Danielle Martinigol, publiée en un volume aux éditions ActuSF.

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Présentation de l'éditeur :

Dans la Confédération des Cent Mondes, Sandiane Ravna, fille d’un grand reporter peu scrupuleux, marche sur les traces de son père à la recherche du scoop à tout prix. Quand elle doit la vie sauve à un Abîme d’Autremer, l’un des mystérieux vaisseaux spatiaux de la planète-océan, elle se met au défi de filmer en action un perl, un pilote d’Abîme. Mais elle se heurte à Mél Maguelonne, futur pilote lui-même et farouche adversaire des médias comme tous les Autremeriens.
Le début d'une folle aventure qui va bouleverser sa vie, comme celle des milliards d’habitants de la Confédération.
Grande saga de space opera humaniste se déroulant en trois époques sur vingt-cinq ans, le cycle des Abîmes d’Autremer a été récompensé par plusieurs prix littéraires dont Le Grand Prix de l’Imaginaire.
À l’origine, Les Abîmes d’Autremer est une trilogie publiée chez Mango. Les éditions ActuSF l’ont rééditée en un volume sous le label Naos, collection jeunesse des Indés de l’Imaginaire, en papier et en numérique. C’est le deuxième titre de cette collection que je découvre et, si je n’ai pas totalement été séduite, je dois néanmoins admettre que cela change de ce que l’on propose trop souvent aux adolescents. C’est une bonne introduction à la science-fiction pour un jeune public.
L’ouvrage se divise en trois parties, les romans d’origine. Trois romans, trois époques, avec comme fil conducteur la lignée des Maguelonne et le lien si particulier que celle-ci entretient avec les Abîmes. On suit ces personnages, et les familles qui gravitent autour, sur quelques générations. Cette continuité est une des facettes de l’histoire que j’ai le plus appréciée. Même si j’aurais préféré des personnages plus développés, plus nuancés, j’ai aimé les voir à divers stades de leur existence.
Les humains ont exploré leur galaxie et se sont implantés sur une centaine de planètes. Le voyage spatial est devenu tout ce qu’il y a de plus banal, pourtant le roman commence avec un naufrage. La version stellaire du Titanic est en perdition avec des milliers de passagers à son bord, dont une équipe de journalistes qui n’a qu’une obsession : couvrir l’événement. Tous ces gens ne devront leur salut qu’à un Abîme, vaisseau majestueux et mystérieux entre tous.
Les Abîmes sont l’apanage de la planète Autremer qui en garde jalousement le secret et refuse d’en faire commerce de quelque façon que ce soit. Nos journalistes, Sten et Sandiane Ravna, y voient l’occasion rêvée de décrocher un scoop, mais se heurtent à la mauvaise volonté de l’équipage. Qu’à cela ne tienne, ils iront chercher l’info sur Autremer elle-même.
Dans cette première partie, on découvre la magnifique planète océan et ses Abîmes. Cela semble parfois une longue introduction et les événements se révèlent assez prévisibles, mais l’histoire est fraîche et se lit vite. On se laisse facilement entraîner dans cette histoire. Les romans sont en grande partie basés sur les interactions et les rivalités entre les personnages, malheureusement je n’ai pas toujours trouvé leurs réactions vraisemblables.
L’intrigue se complexifie dans les deux autres parties, mais globalement je reprocherais les mêmes défauts aux trois récits. Peut-être parce que j’ai passé l’âge, peut-être parce que j’ai beaucoup lu, notamment de la SF, et je ne voudrais pas être injuste avec ce roman qui a aussi de grandes qualités, mais j’ai trouvé le tout trop facile. Les relations entre les personnages ne m’ont pas semblé crédibles. Le même schéma de l’amour au premier regard, alors que tout oppose ces gens, revient plusieurs fois, les points de vue, voire les caractères, changent d’un coup. Et puis j’en ai soupé des « élus » de tous poils…
Pourtant, à côté de ça, je dois dire que le récit est fluide et plein d‘action, ça se lit très vite même si on sait où l’on va. Certains personnages m’ont beaucoup plu malgré le manque de relief et le fait de les voir évoluer sur plusieurs décennies contribue grandement à les rendre plus attachants. J’ai beaucoup aimé la personnalité de Madery, qui est un peu la pierre angulaire de cette famille. Corian, que l’on rencontre dans la deuxième partie, est celui qui m’a le plus émue par son courage et son altruisme. On a envie de le voir vivre son rêve. Enfin, et cela contre toute attente, j’ai appris à aimer l’agaçante Chaddy qui, tout en étant d’une certaine façon le reflet de l’ambitieuse Sandiane, est plus accomplie et plus humaine. Et bien sûr il y a les formidables Abîmes… Leur nature n’est pas novatrice, mais elle est néanmoins le sel de ce roman.
En guise de bonus, on trouve une nouvelle en fin d’ouvrage. Celle-ci nous conte en détail ce qui est déjà évoqué dans le roman : la découverte des Abîmes, leur légende en quelque sorte. On y entrevoit également les débuts de la colonisation d’Autremer et, même si on sait plus ou moins ce qui va se passer, l’auteur a ajouté à ce texte une charge émotionnelle supplémentaire et c’est une bonne façon de quitter en douceur cet univers.
Si je n’ai pas été époustouflée, j’ai néanmoins passé de bons moments avec ce livre. Les grands amateurs de SF n’y trouveront probablement pas leur compte, mais je le conseille à un public plus jeune qui ne sera pas gêné par les poncifs et saura apprécier l’idéalisme des personnages et l’amour qui les lie à leurs Abîmes.

jeudi 19 novembre 2015

When Marnie was there

Un roman de Joan G. Robinson, publié chez HarperCollins Children's Books.

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Présentation de l'éditeur : 

When Marnie Was There is a gripping ghost story telling of Anna's strange encounter and friendship with a shadowy girl called Marnie among the wild and watery sand dunes of the Norfolk countryside. Is Marnie real? Shortlisted for the Carnegie Medal when first published in 1967, this is a classic tale with truths to tell about friendship, loneliness and family.

One of Hayao Miyazaki's top 50 favorite books for children, When Marnie Was There, is coming to the big screen with an animated adaptation by his film company, Studio Ghibli, creators of Oscar-winning Spirited Away and Howl's Moving Castle and Arietty, based on Carnegie-winning novel, The Borrowers. This classic ghost story comes back into print to celebrate the film's release, bringing Anna's encounters with Marnie to a new generation of readers.

Quelques mois auparavant, j’ai vu l’adaptation faite par le Studio Ghibli de ce roman pour la jeunesse. Celle-ci m’a plu, mais quelque chose d’indéfinissable m’a empêchée de me laisser totalement emporter dans l’ambiance onirique, un brin fantastique, de l’histoire d’Anna et Marnie. J’avais le roman à portée de main (j’étais censée le lire avant de voir l’anime), et il ne m’a pas fallu longtemps pour l’ouvrir après le visionnage. Cependant, je l’ai lu assez lentement et pas parce qu’il est en anglais. Il m’a laissé une forte impression et celle-ci se mêle à mes souvenirs de l’adaptation. Les deux se complètent à merveille. L’anime possède une dimension onirique plus marquée, mais le roman est à mon sens plus émouvant. Quel que soit le média, l’ambiance est particulière et imprègne le lecteur. When Marnie was there est un récit vraiment singulier. On y fait la rencontre d’Anna, gamine d’une dizaine d’années qui a un peu de mal à communiquer et à trouver sa place au milieu des autres. Elle est envoyée par sa mère adoptive en bord de mer, dans la campagne anglaise, pour soigner son asthme et leur donner du recul à toutes les deux. Elles n’arrivent pas à se parler, des quiproquos se sont installés, les éloignant plus encore et les deux s’inquiètent, sans parvenir à crever l’abcès. Ce dépaysement va faire du bien à Anna, lui permettre d’en apprendre plus sur elle-même et de s’ouvrir aux autres. C’est à la fois un de ces récits de vacances qu’on apprécie enfant et une histoire plus subtile, chargée de mélancolie et de nostalgie. Les secrets empoisonnent parfois l’existence. Anna se sent mal et ne sait même pas pourquoi. Elle pense n’être pas aimée, se sent monstrueuse parfois, comme si elle devait cacher aux autres qu’elle n’est pas comme eux, sans savoir ce qu’elle serait alors. Elle a oublié ce qu’elle cherche désespérément et en devient très émouvante. Et puis elle rencontre Marnie et alors tout commence à changer… En cours de lecture, je me suis souvent demandé si j’aurais apprécié ce roman de la même façon sans connaître à l’avance le nœud de l’intrigue. Cela a contribué à me faire progresser très lentement dans l’histoire. J’ai versé une larme à un moment, ce qui m’arrive rarement, justement parce que je savais quelque chose qu’Anna ignorait. J’imaginais son désarroi alors qu’elle ne comprenait pas ses propres agissements. Elle avait oublié ce qui motivait ses actes, cela était caché très loin dans son inconscient. Cette scène restera gravée dans ma mémoire. J’ai vraiment apprécié cette lecture, même si j’ai été un peu déçue par la façon dont l’intrigue se dénoue. C’est trop facile de présenter les choses de cette façon et du coup ça rend le tout un peu artificiel. Ce roman se lit facilement. Il n’existe pas encore de version française (cela peut changer si l’anime a du succès), et même s’il date d’une époque où l’on ne craignait pas d’avoir un vocabulaire varié dans les livres pour enfants, il est plutôt facile d’accès. C’est un beau un récit d’apprentissage qui explique aux enfants qu’en connaissant son passé, on est plus fort, plus apte à se construire. La nostalgie diffuse qui imprègne ces pages a un certain charme. J’ai aussi beaucoup apprécié la postface écrite par la fille de l’auteur qui, à sa façon, apporte une touche de magie supplémentaire au roman.

Vous pouvez lire ici ma chronique de l'anime.