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dimanche 4 novembre 2012

Brume

Un recueil de nouvelles d'Estelle Valls de Gomis.



"Au fil des jours, pourtant, il continua de rétrécir, de devenir transparent, de fondre, en somme, tel un glaçon dans un verre d’eau.
J’étais catastrophé, ne sachant que faire, changeant son eau de plus belle ou ne la changeant plus, afin de voir ce qui lui convenait mieux, achetant des fortifiants pour plantes que je mêlais au bain, rajoutant ou enlevant certaines de celles qui lui servaient de compagnie, laissant entrer plus ou moins de soleil ou d’air : rien n’y fit. Il fondit bel et bien et finit par se dissoudre dans le bain, ne laissant derrière lui qu’une bague d’or blanc ciselé, ornée d’une émeraude au teint glauque, et que je ne lui avais jamais vue."


Sommaire :
- Brume (inédit)
- Trépassez devant, je vous suie... (in Charlotte Bousquet éd. Plumes de Chats, éditions Rivière Blanche, 2009)
- Le Manoir dans le cimetière (in Lucie Chenu éd., (Pro)créations, éditions Glyphe, 2007)
- Les derniers mots de Poe (inédit)
- Le Baiser de la Fée Verte (in Alain Pozzuoli éd., Tatouages : une histoire et des histoires, éditions Les Belles Lettres, 2005)
- Turquoise (in Léa Silhol éd., Emblèmes hors-série #2 : Les Fées, éditions Oxymore, 2004)
- Cuisse de nymphe (in revue Monk n°2 : Ils se déshabillèrent parmi les tombes, 2007)
- Double, rouge, impair et passe (in revue Monk n°1 : Rouge, 2007)
- La Disgrâce de Lord St Reeve (in revue Univers VI, Outremonde.fr, 2008)
- L’Oiseau-Tonnerre (in magazine Elegy n°45, 2007)
- En attendant Louis (in Charlotte Bousquet éd., Le Crépuscule des loups, Le Calepin Jaune Editions, 2008)

*

Quand j’ouvre un des livres d’Estelle, j’ai toujours l’impression de rentrer à la maison après une longue balade automnale sous la bruine. Je m’installe près de la cheminée et étire mes membres engourdis par le froid, heureuse de retrouver la chaleur du foyer. C’est peut-être parce qu’elle écrit ce fantastique à l’ancienne que j’aime tant et qui se fait si rare de nos jours qu’il en vient à me manquer terriblement, mais aussi, sûrement, par la grâce délicate de son écriture qui est élégante tout en ne mettant pas le lecteur à distance et qui me fait me sentir chez moi.
J’aime la subtilité de son humour, de ses clins d’œil, et aussi son optimisme. Le fantastique est très souvent glauque, il montre le pire de l’humanité, et si je l’aime aussi pour ça, j’ai besoin de celui d’Estelle pour contrebalancer, pour me rappeler que même dans les situations les plus tristes et sombres, il reste un peu d’espoir. Elle nous montre que derrière ce qui angoisse parfois le plus l’être humain se cachent aussi de belles histoires.
Ce recueil, je l’ai longtemps attendu et il a été à la hauteur de mes espérances. Si je connaissais déjà certaines des nouvelles qui le composent, c’est avec plaisir que je les ai relues, notamment Trépassez devant, je vous suie (publiée précédemment dans l’excellente anthologie Plumes de chats que je vous conseille chaleureusement) et la magnifique En attendant Louis. Ce fut un plaisir de découvrir des textes inédits (Les derniers mots de Poe est un texte très prenant) et d’autres qui m’avaient échappé au moment de leur publication, surtout L'Oiseau-Tonnerre et La Disgrâce de Lord St Reeve. J’ai également eu un grand coup de cœur pour Brume, la nouvelle inédite qui ouvre le recueil et lui donne son titre.
J’ai savouré cette lecture à sa juste valeur et espère que vous en ferez tout autant car chacune de ces nouvelles mérite d’être découverte et appréciée.

Vous pouvez vous procurer cet ouvrage sur le site de TheBookEditions.

dimanche 6 novembre 2011

Imago, Les Gentlemen de l'étrange T2

Un roman d'Estelle Valls de Gomis, publié chez Sombres Rets.
Le premier volume avait été publié aux éditions du Calepin Jaune en 2007 et est maintenant disponible uniquement au format poche aux éditions Black Book.

Quatrième de couverture :

Wolfgang Bloodpint et Manfred Gladstone sont les Gentlemen de l’Etrange. Respectivement érudit aux pouvoirs mystérieux et docteur en psychiatrie, ils entraînent leurs comparses, la jeune gouvernante Mademoiselle Wilhelmine, Gustock Mespin de Scotland Yard, Ernest le souriceau parlant et la chienne labrador Dita, dans une aventure mouvementée en Roumanie – terre de légendes fantastiques s’il en fut – chez le vampire Arpad Nocturnaeru.
Wolfgang entreprend aussi un voyage introspectif durant lequel il va tenter de découvrir ce qu’il est vraiment. Il semble, en effet, qu’en cette fin d’époque victorienne, Londres soit devenu trop étroit pour Manfred, Wolfgang et Mademoiselle Wilhelmine.

Second tome des aventures des Gentlemen de l’Etrange, Imago relate une facette inconnue de la vie de ces surprenants, et non moins attachants, personnages.

Ce roman peut être lu indépendamment du premier tome grâce à un résumé en début d'ouvrage.
Miroir, miroir, montre-moi l'étendue des possibles au-delà du temps et de l'espace !
Et le miroir se fendit, laissant glisser les éclats de lumière qui se reflétaient en son sein, pour qu'ils tournent comme des pages...
Alors le miroir me montra une étrange, et néanmoins connue, troupe de voyageurs sur les routes de l'Europe de l'Est.
Curieuse je suis et plus encore attachée à ceux qu'il me montrait, aussi je ne pus que m'engager à leur suite, dans les profondeurs du miroir...

Ce roman-ci est indubitablement le roman de Wolfgang, qui est, je dois l'admettre, mon personnage préféré parmi le petit groupe de Belgravia... C'est le roman de l'introspection, des dernières illusions qui s'effilochent avant l'acquisition, ou non, de la sagesse et de la sérénité. C'est le roman des choix et de la quête de soi. C'est le roman du changement dans lequel se mêlent ce qui a été et ce qui sera, sans pour autant que ce mélange soit assez homogène pour que l'on puisse y distinguer ce qui de ces deux temps devrait normalement former le présent. Et cela nous ramène à Wolfie car il est vraiment à son image... Notre Wolfie si troublé qui se sent différent, qui fera peut-être le choix de changer plus encore ou celui de redevenir l'homme qu'il ne voulait pas cesser d'être...
Lointain et proche, immuable et pourtant en pleine mutation, Wolfgang est malgré tout, et très paradoxalement, il faut le dire, égal à lui-même tout au long de cette histoire et j'ai eu grand plaisir à le retrouver, à compatir à ses déboires, à le soutenir dans sa recherche et aussi, d'une certaine façon, à grandir avec lui. Car Wolfie et moi nous ressemblons un peu, il est vrai. Mais au-delà de cette communion de pensée, il y a surtout l'affection que je lui porte, à lui comme à Vesper d'ailleurs, qui a rendu cette lecture encore plus émouvante...
C'est bien le mot, ce fut vraiment très émouvant, de bien des façons, ce fut également étrange entre ce jeu de miroirs, cette écriture qui ressemble à celle que je connais de son auteur, pleine d'espièglerie, d'allusions, tissant une atmosphère si particulière, pour s'en éloigner, se faire triste et sérieuse, distante, tant que sans l'histoire elle-même je n'aurais pu la reconnaître, et y revenir finalement. Étrange et fascinant, inquiétant aussi parfois.
Mais puisque l'espièglerie reparaît, que passé et futur acceptent de se mêler de nouveau dans l'instant présent, qu'il y aura toujours des sorcières prenant le thé, un livre dans les pattes d'Ernest et tant de mystères à débrouiller, puis surtout que Wolfie, quoi qu'il décide, sera toujours Wolfie, c'est sans nul doute que tout est pour le mieux et que je peux, rassurée, rentrer chez moi, au-delà du miroir, en important avec moi les souvenirs du voyage.

Et quand je suis revenue dans la bibliothèque, le miroir reposant sagement à sa place, il y avait encore, se mêlant dans l'air, ces effluves de neige et de roses séchées, ce parfum tiède de printemps que je ne connais qu'aux terres du sud et celui, plus doux et plus profond de l'encre.
Mais peut-être était-ce mon imagination, l'odeur trompeuse de l'automne et des livres, de quelques roses oubliées dans une coupelle... Ou peut-être pas.