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samedi 27 décembre 2014

La prisonnière du Kremlin, Spiridons T2

Un roman de Camille von Rosenschild publié aux éditions Don Quichotte.
Les tomes 1 et 2 forment un ensemble qui, s'il reste ouvert à une suite potentielle, peut être lu indépendamment.


Vous pouvez également consulter mon avis sur le premier tome.


*


Spiridons 2




Résumé de l'éditeur (spoilers sur le premier tome) :
A-t-on seulement peur de mourir quand on est déjà mort ? À travers la Russie, l’Ukraine et les Carpates, le voyage fantastique d’un jeune aventurier escorté par une troupe de Spiridons, ces âmes défuntes aux allures de vivants.
Victor est un garçon pas comme les autres : à dix-huit ans, il se découvre le Don de réveiller les morts.
Cet étrange secret, conservé depuis des siècles par une communauté tzigane des Carpates, lui vaut bien des convoitises.
Accompagné de cinq spiridons, ces âmes errantes revenues du royaume des défunts, et poursuivi par une caste de moines borgnes aux desseins effrayants, notre héros est pris dans une incroyable odyssée aux confins de la Russie.



Vous pouvez lire cet avis sans risque de spoilers.


Le premier tome se terminant dans un suspense insoutenable, il m’avait été presque douloureux de quitter les personnages à ce point de ma lecture. J’attendais cette suite, je l’appelais de mes vœux, je la rêvais… Et je l’ai savourée à sa juste valeur, en tremblant, mains crispées sur mon livre, forcée de m’interrompre parfois quelques minutes tant le récit me troublait.
Rien qu’en repensant à cette lecture, les émotions qui y sont liées remontent, s’enroulent et se nouent en figures aussi complexes qu’improbables, j’en ai des frissons et une boule dans la gorge. Alors comment trouver les mots pour exprimer dans ce billet tout ce que ce fabuleux roman m’a inspiré ?
La prisonnière du Kremlin est une toile d’araignée tissée de nombreux récits épars, mais qu’on sait liés, comme dans le premier tome, bien que de façon plus insidieuse encore. Après tout, une toile reste un piège… Cette histoire est diaboliquement ficelée. Il faut se retenir de tourner frénétiquement les pages pour pouvoir en profiter pleinement et s’accorder le temps de formuler des hypothèses, cela fait partie, selon moi, du grand plaisir de lecture que les deux volumes peuvent offrir. L’auteur se joue quelquefois de son lecteur, mais il est indéniable qu’elle a confiance en l’intelligence de celui-ci.
Comme dans le premier volume, le rythme de l’histoire est particulièrement bien géré. Pas de temps mort, pas de repos pour le lecteur, mais un élan imparable. On voit que cette histoire a été polie avec finesse et patience. Camille von Rosenschild distille petit à petit des informations concernant ses mystérieux personnages. Elle les a construits avec soin et c’est un plaisir de suivre leur évolution.
Elle nous donne également au fur et à mesure toutes ces réponses que l’on attend avec fébrilité depuis le premier tome. Je les regardais avec angoisse s’épanouir lentement ou surgir incidemment, en prédisant certaines, tombant des nues souvent. C’est ce qu’il y a de très déroutant avec cette histoire : elle est terriblement singulière et possède pourtant ce petit quelque chose de familier qui fait qu’on a l’étrange impression qu’elle susurre ses plus sombres secrets à quelque chose de lointain, ancré dans la partie la plus inaccessible de notre imaginaire. C’est de l’ordre du ressenti, de l’instinctif. Ce récit est sombre et merveilleux à la fois. On ne peut s’empêcher de croire tout ce que l’auteur nous raconte, parce que cela sonne vrai et qu’une part de nous désire ardemment que ça le soit.
Le lecteur ne sait jamais par avance où le chapitre suivant va l’entraîner et voudrait être partout à la fois, à la suite de chaque personnage. C’est un tour de force de ne jamais le perdre dans les méandres de cette intrigue aux si nombreuses ramifications. J’ai été sans cesse tiraillée entre l’envie de faire durer ma lecture le plus longtemps possible et celle de tourner les pages frénétiquement pour savoir la suite. Ces deux tomes nous content un récit imprévisible et cette qualité-là n’a pas de prix.
Ce fut une lecture intense, passionnante et immersive. J’avais adoré le premier tome. J’attendais beaucoup du deuxième et il s’est révélé excellent au-delà de toutes mes espérances. Ce diptyque est entré avec fracas au panthéon de mes lectures favorites, celles qui m’ont fascinée, émerveillée, nourrie et qui m’accompagneront à jamais. L’auteur n’a pas choisi la facilité et, si cela m’a bouleversée, je ne peux néanmoins que l’en remercier. Il faudrait plus de fictions aussi atypiques que celle-ci.
Si la fin de La prisonnière du Kremlin reste ouverte, on peut néanmoins considérer le récit comme clos. Camille von Rosenschild a écrit une histoire ambitieuse, originale et complexe qui m’a laissée bouche bée, admirative. J’espère de tout cœur qu’elle écrira encore de nombreux ouvrages, qu’ils soient liés ou non à cet univers.
Les deux tomes des Spiridons ont été pour moi une fantastique aventure, ils sont les dignes représentants de tout ce que j’aime dans la lecture et j’espère vous avoir donné envie de les découvrir à votre tour.

dimanche 2 mars 2014

Spiridons

Un roman de Camille von Rosenschild publié aux éditions Don Quichotte.


*


Spiridons


Je m'abstiendrai de vous recopier le résumé de l'éditeur car je trouve qu'il en dit beaucoup trop.


Victor, un jeune homme qui a tout juste dix-huit ans, a accepté d’accomplir la dernière volonté d’un ami mourant et se rend donc en Russie pour remettre une lettre au fils de celui-ci. Il y découvre un pays bien différent de l’image romantique qu’il en avait et paie les frais de sa naïveté. Les difficultés qui jalonnent ses premiers pas à Moscou vont le mener bien plus loin que ce qu’il espérait.
C’est tout à fait le genre de roman qui me rappelle pourquoi, enfant, j’ai aimé lire. Il a un petit quelque chose de magique, cette atmosphère particulière, mystérieuse et poétique qui vous entraîne et vous fait croire que tout est possible. Spiridons est de surcroît très bien écrit. Le style élégant et fluide de Camille von Rosenschild participe grandement à l’immersion du lecteur dans l’histoire.
Il s’agit de fantasy contemporaine, avec le petit côté aventurier qui accompagne souvent le roman d’apprentissage car nous avons un héros jeune qui part en quête bien malgré lui, cependant l’ambiance est résolument celle d’un roman fantastique, pas vraiment glauque, mais trouble et vaporeuse, tout en clair-obscur, très axée sur l’être et sa construction, en particulier ce qu’il y a de plus sombre en lui. C’est tout à fait mon genre et je suis sous tombée immédiatement sous le charme de cette histoire tout en circonvolutions.
Le bandeau « un jeune auteur nourri à l’œuvre de Tim Burton » nous vend certes un roman sombre (enfin tout est relatif), mais pas aussi décalé qu’on aurait pu l’attendre. Si influence il y a, je ne la trouve pas si prégnante. Ce n’est pas particulièrement grinçant non plus, mais fort bien écrit et l’intrigue, menée d’une main de maître, réussit le prodige de se dévider lentement tout en maintenant le suspense et l’envie du lecteur d’avancer au gré des méandres dessinés par l’auteur. L’action n’est pas toujours trépidante, elle est même parfois assez introspective, mais l’auteur alterne parfaitement ces moments de tension et de latence.
Elle tisse plusieurs trames autour de celle, principale, qui entoure Victor. Cependant, comme on s’en doute, elles sont liées et mettent du temps à se rejoindre, pour mieux emprisonner le lecteur dans leurs rets, le laissant sans cesse dans l’expectative et trouvant toujours le moyen de le surprendre jusqu’à la toute fin. Brillamment mené et construit, Spiridons m’a enchantée.
Les personnages sont complexes, on sent que l’auteur les a longuement travaillés, même si elle ne nous dévoile pas tous leurs secrets. On s’attache à eux ou on les déteste, souvent même les deux à la fois car l’auteur s’emploie à nous montrer qu’il y a du bon et du mauvais en chacun, ce qui est somme toute très réaliste.
Victor, le personnage central du récit, évolue énormément, en cela le roman d’apprentissage est particulièrement réussi. Le concept des Spiridons est brillant en soi. Je ne vous expliquerai pas de quoi il retourne étant donné que tout le sel du roman vient des multiples révélations qui s’échelonnent au cours du récit, mais sachez que l’auteur a su créer quelque chose d’aussi original que tortueux et qui donne matière à réflexion.
Spiridons a été pour moi une excellente surprise et j’avais pourtant beaucoup d’attentes concernant cette lecture. La seule chose qui me chagrine quelque peu, c’est qu’outre le fait que la fin se précipite un tantinet dans les deux derniers chapitres, ce roman appelle une suite. Ce n’est pas précisé sur la couverture et en tant que lectrice je n’aime pas qu’on me piège ainsi, je me sens un peu frustrée. Néanmoins, quand suite il y aura, je me jetterai avidement dessus car il reste bien des choses à découvrir au sujet de Victor et des Spiridons ainsi que de leur quête et que j’ai vraiment adoré ce roman du début à la fin.
J’ai trouvé dans Spiridons, de multiples échos à l’œuvre de Pullman et je pense que si vous avez aimé À la croisée des mondes, vous apprécierez sans doute l’imaginaire et la magie qui se dégage de l’écriture de Camille von Rosenschild.


Vous pouvez voir une interview vidéo de l'auteur sur le site de l'éditeur. C'est intéressant, mais toutefois je vous conseillerais d'en savoir le moins possible sur ce roman avant de le lire. Je me rends bien compte que j'insiste beaucoup là-dessus, mais je pense que c'est nécessaire pour que le charme opère.