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lundi 6 avril 2020

Écarlate

Un roman de Philippe Auribeau, publié chez ActuSF.


Polar mâtiné de fantastique, Écarlate est un roman sombre qui fleure le sang et les viscères. L’intrigue tourne autour de La Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne. Si vous ne l’avez pas lu, je ne pense pas que cela vous empêchera de savourer Écarlate, mais que ce soit l’occasion pour vous de découvrir cet excellent classique de la littérature américaine si bien écrit et passionnant.
L’histoire se déroule pendant la Prohibition juste après la grande crise de 29. Thomas Jefferson, agent fédéral, est chargé d’enquêter sur un crime atroce perpétré dans un théâtre. Les acteurs répétant une adaptation de La Lettre écarlate ont été sauvagement mutilés, une seule d’entre eux a survécu. La police locale n’est guère enthousiaste à l’idée d’enquêter, elle a trouvé un coupable idéal en la personne du gardien, mais c’est compter sans la détermination de Jefferson à découvrir la vérité. Flanqué de ses acolytes, Diane Crane et Caleb Beaufort, il entraîne son lecteur sur des pistes de plus en plus tortueuses.
Dans ce roman on croise anarchistes, mafieux, secte d’illuminés et même Lovecraft, on déterre des secrets comme autant de coffrets qui renferment d’autres énigmes, et il y a cette figure mystérieuse qui semble se diluer plus on la pourchasse… Qui est qui ? Et surtout qui veut tuer qui ?
L’affaire est complexe, cependant les indices que l’on recueille au fur et à mesure brossent petit à petit un tableau plus sinistre encore que celui auquel on s’attendait. De découverte en rebondissement, j’ai suivi cette enquête avec beaucoup d’intérêt et l’ai trouvée particulièrement bien construite. En revanche, je ne me suis pas beaucoup sentie concernée par le sort des personnages, à part peut-être sur la fin. J’ai apprécié Diane néanmoins et j’ai aimé la suivre quand elle enquête en solo. C’est une femme aussi intelligente que consciencieuse.
D’ordinaire, je ne suis pas fan des romans trop sanguinolents, mais cet aspect de l’intrigue ne m’a pas dérangée, sans doute atténué par l’intérêt que je portais à la résolution de l’affaire. Sachez cependant que si vous avez le dégoût facile il va falloir vous blinder.
La fin m’a laissé un peu dubitative et ce n’est pas vraiment la dernière impression que j’espérais garder de cette lecture. Je préfère retenir le plaisir que j’ai eu à démêler cette affaire en compagnie des personnages. Si vous aimez les enquêtes, je pense que vous apprécierez celle-ci.

lundi 10 août 2015

De mort naturelle

Un thriller paranormal, premier volume de la série Les enquêtes de Tony McLean de James Oswald.


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Présentation de l'éditeur :
Tony McLean vient d’être nommé inspecteur. En plus des affaires courantes qui font son quotidien au commissariat – suicides, meurtres,
cambriolages et autres accidents –, il hérite d’un cold case dont personne ne veut se charger. Le corps d’une jeune femme, crucifiée et atrocement mutilée, a été découvert au sous-sol d’une maison abandonnée. Tout porte à croire qu’elle a été victime d’un meurtre rituel. Au siècle dernier.
Le présent est nourri du passé et certains démons ne demandent qu’à se réveiller. Lorsqu’une série de meurtres sanglants s’abat sur la ville d’Édimbourg, McLean et son équipe – l’inspecteur Robert Laird, dit Bob la Grogne, et le « bleu » Stuart MacBride –, ne savent plus où donner de la tête. Pour un peu, ils dormiraient tous à la morgue, où le médecin légiste voit les cadavres s’empiler…



Le prologue, qui plonge immédiatement le lecteur dans un crime glaçant, semblait des plus prometteurs. Malheureusement, cette première enquête de la série Tony McLean ne s’est pas révélée à la hauteur de mes attentes. Très vite l’intrigue s’enlise, devenant assez poussive. Si l’action s’accélère vers la fin du roman, c’est un peu trop tard pour le lecteur circonspect qui a tout vu venir depuis le début.
Cela démarrait bien, pourtant, avec plusieurs enquêtes pour brouiller les pistes, un meurtre rituel sanglant et l’Écosse comme décor. Cependant l’auteur a choisi la facilité et cousu son histoire d’un fil blanc bien visible qui se défait aux entournures. Les connexions se font plus vite dans l’esprit du lecteur que dans celui de l’inspecteur, contribuant ainsi à renforcer l’impression de lenteur qui pèse sur le récit.
La dimension surnaturelle de l’intrigue, au lieu de lui faire gagner en mystère et en complexité, la fait davantage encore verser dans la commodité. C’est, je pense, ce qui m’a le plus déçue car les polars surnaturels sont légion ; quand on choisit d’explorer ce filon, il faut y mettre de l’originalité ou s’abstenir. Les aspects les plus intéressants sont laissés de côté. Les réponses à certaines questions concernant l’histoire personnelle de McLean sont peut-être réservées à une éventuelle suite. Quant aux zones d’ombre bien pratiques ou explications capillotractées qui font tenir l’ensemble, il faudra faire avec.
Tout est trop prévisible dans ce roman, pas le moindre rebondissement ne m’a surprise, et ce n’est pas ce que j’attends d’un polar. Cela part un peu dans tous les sens à un moment, plus focalisé sur la vie plan-plan du personnage principal que sur les enquêtes. Comme celui-ci manque de relief, ça ne passe pas vraiment.
Tony McLean, inspecteur à la criminelle, est assez distant. Il reste en papier en quelque sorte, tel une ébauche. On a envie de s’attacher à lui, mais il manque quelque chose. Il est un peu falot et a des réactions étranges pour son âge. Les personnages secondaires ne sont pas plus étoffés, versant même davantage encore dans la caricature. Ils ne sont pas spécialement sympathiques ou attachants, ce qui est problématique dans le cas d’une série de livres puisque nous sommes appelés à les revoir.
Tout comme l’histoire, le style est plat. Certaines tournures m’ont laissée perplexe tant elles paraissaient être le résultat d’une traduction mot à mot. C’est agaçant, mais ce récit est de ceux qui se lisent vite sans rester plus longtemps en mémoire. De mort naturelle est un polar de plage qu’on peut poser sans regret et reprendre sans avoir à craindre d’avoir perdu le fil.
Malgré tous ces défauts, la lecture reste distrayante, néanmoins ce n’est pas l’idée que je me fais d’un thriller et je pense que les habitués du genre n’y trouveront pas leur compte. Si suite il y a, je lui donnerai peut-être une chance pour tenter de ne pas demeurer sur une mauvaise impression, mais sans grand enthousiasme.


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mercredi 17 juillet 2013

Les Lumineuses

Un roman de Lauren Beukes, publiés chez Presses de la Cité.




1931, Chicago. Traqué par la police, Harper Curtis, un marginal violent, se réfugie dans une maison abandonnée. A l'intérieur, il a une vision. Des visages de femmes, auréolés de lumière, lui apparaissent. Il comprend qu'il doit les trouver… et les tuer. Dans sa transe, Harper découvre que grâce à cette demeure, il peut voyager dans le temps. Débute alors sa croisade meurtrière à travers le XXe siècle : années 1950, 1970, 1990… D'une décennie à l'autre, il sème la mort sur son passage, laissant en guise de signature des indices anachroniques sur le corps de ses victimes. Mais l'une d'elles survit aux terribles blessures qu'il lui a infligées. Et va tout faire pour le retrouver.



Les Lumineuses est présenté comme étant un thriller fantastique. Il y a de ça, cependant, le surnaturel étant avéré, je l’aurais plutôt classé en Science-Fiction pour ma part. En effet, il est ici question de voyages dans le temps et, si au départ cela semble être un prétexte à l’intrigue policière, cet aspect surnaturel va prendre de plus en plus d’importance au fil du récit.
Ces multiples allées et venues qui s’étalent entre les années 30 et 90 se compliquent au fur et à mesure pour former une boucle temporelle complexe, à laquelle s’intègrent toutes les circonvolutions secondaires et qui me laisse quand même un peu dubitative. J’ai un certain mal à adhérer à ce cercle vicieux car il faut bien qu’il commence un jour. Mais quand ? Où ? Cela reste incertain. Ne croyez pas toutefois que l’auteur a bâclé son concept. Il se dévoile au fil des pages, amenant parfois le lecteur sur de fausses pistes pour mieux le remettre, au détour d’un chapitre, sur le bon chemin et lui offrir au final une explication concrète à ce phénomène. L’auteur a su trouver le bon dosage, elle propose sans trop nous en dire non plus. Ainsi, cela appelle à l’imagination tout en restant construit et cohérent. C’est extrêmement bien pensé. Mon problème est venu du fait que j’ai quelquefois du mal avec le concept même du voyage dans le temps, ses paradoxes, ou absences de paradoxes surtout. J’ai donc moins apprécié le dernier tiers du roman dans lequel tout cela prend de l’ampleur. Ceci dit, chacun percevra ce choix de l’auteur avec sa propre subjectivité.
Si ces boucles temporelles sont le canevas des Lumineuses, c’est la traque d’Harper qui le remplit et donne toute sa dimension ainsi que son suspense au récit. L’homme nous est présenté dès le début comme un psychopathe. Le désespoir dans lequel sont plongés les gens de son époque aurait pu faire illusion un moment le concernant, mais l’auteur ne cherche pas à nous cacher son instabilité. Au contraire, elle a choisi d’en jouer.
Harper a un but, une obsession : tuer les lumineuses. Si j’ai ma théorie sur la naissance de cette fixation, l’auteur ne développe pas vraiment le sujet. On sait juste que pour Harper ces femmes brillent horriblement. Elles l’attirent et forment entre elles une constellation qu’il n’a de cesse de relier par les objets qu’il vole à ses victimes enfants, mais aussi adultes au moment de leur mort, pour les déposer auprès des suivantes. C’est un cercle vicieux complexe que lui seul comprend vraiment.
Ces femmes sont toutes différentes, mais ont du caractère, une présence. On les voit peu pour la plupart, mais elles sont passionnantes. Or l’une d’entre elles a pu échapper au tueur et tient entre ses mains, sans le savoir, les fils qui la relient au reste de la constellation. Cette jeune femme, Kirby, est l’un des personnages principaux et c’est sa propre obsession, reliée à celle d’Harper, qui nous offre le deuxième axe narratif de ce roman. Elle veut comprendre et arrêter son agresseur. On ne peut que la comprendre…
Les chapitres sont courts, incisifs, centrés sur divers personnages. Le nom de celui que l’on va suivre est indiqué en début de chapitre, mais l’auteur ne se gêne pas pour brouiller les pistes car un personnage en amène toujours d’autres…. Le récit est écrit à la troisième personne et privilégie ainsi une immersion dans l’esprit de chacun qui, si elle reste légère car l’auteur ne cherche pas à décrypter dans le détail l’esprit des protagonistes, permet tout de même de s’attacher à certains et de comprendre leurs motivations à tous.
Au début, deux histoires semblent se dérouler chronologiquement, dans une narration en deux temps. Mais ensuite cela se complexifie. On suit Kirby à deux époques de sa vie et le nombre des personnages augmente tandis qu’Harper se balade sur le fil du temps, jusqu’à nous embrouiller un tantinet. L’intrigue est volontairement déstructurée et demande une certaine gymnastique mentale, pas trop épuisante non plus, mais qui met les nerfs à rude épreuve. On sait forcément que certaines choses vont arriver, comme on sait dès le départ qui est le serial killer. Cependant, avec une telle structure narrative, le stress monte et le lecteur cherche à se souvenir des détails pour relier les points entre eux. C’est ce fouillis permanent qui fait le charme d’une historie qui serait sinon assez banale (si on excepte également les voyages temporels et qu’on se concentre sur l’aspect thriller du récit). Si vous aimez les histoires linéaires, sincèrement ça ne va pas le faire. De même, si vous lisez beaucoup de thrillers et que vous recherchez de l’originalité, ce n’est pas non plus ce qu’il y a à retenir de ce roman.
Il est prenant pourtant, bien construit dans ses détours, l’auteur sait parfaitement où elle emmène son lecteur. Son point fort est indubitablement ses personnages, même s’ils ne sont que très sommairement brossés parfois. Harper, le psychopathe, est le plus abouti, mais pas forcément le plus intéressant car il paraît souvent un peu caricatural. L’auteur semble en effet avoir voulu remplir le cahier des charges du tueur en série de base, avec toutes les caractéristiques du cas d’école. Ce n’est pas dérangeant en soi, pas non plus trop répétitif ou appuyé, le personnage est cohérent, mais ça manque un peu de profondeur et de subtilité à mon goût. On sent toutefois que Lauren Beukes s’est bien documentée sur les tueurs en séries, autant que sur tout le reste : les évolutions de la ville de Chicago au XXe siècle, les mœurs, les années de mise en circulation de certains objets, etc. Le travail est minutieux et le résultat intéressant pour le lecteur.
L’histoire est plutôt glauque, mais j’ai lu pire dans le genre scènes sanglantes et scabreuses. Néanmoins, les âmes sensibles devraient s’abstenir. C’est dans la forme du roman, avec ces chapitres épars, que Lauren Beukes maintient la tension quant à ce qu’elle va nous raconter. C’est un bon thriller. Il ne s’embarrasse pas vraiment de psychologie, le ton est vif, sans être froid, mais on ne lit pas non plus ce genre d’ouvrage pour la beauté du style. L’histoire est prenante et se lit très vite, c’est le principal.
J’ai trouvé la fin un peu bâclée, mais dans l’ensemble j’ai vraiment apprécié cette lecture.




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